Une soirée à Radio France, épisode 1. Sibelius, Tapiola et le Kalevala

J’ignorais qui était Thomas Adès, certes. Mais j’apprécie Sibelius… Direction donc le Parisian Far West en ce vendredi soir! Arrivée un peu tôt, je prends le temps de monter au 2ème étage et y découvre un bar fort agréable et étonnamment peu fréquenté.

Le temps d’un Moscow Mule, et me voici redescendant vers le 1er, pour gagner ma place. Le plafond est toujours aussi beau!

Je suis toujours étonnée par le nombre impressionnant d’instruments dans un orchestre symphonique. Mais, cette fois, je le suis encore davantage. Pourquoi? Je ne sais. Peut-être les deux pianos? Les percussions très variées? Ou simplement le fait que, la scène étant plus petite que celle de la Philharmonie ou de la Seine Musicale, la quantité paraît supérieure? Mais voici qu’arrive un homme que je prends pour le chef d’orchestre.

Mais non, c’est un présentateur qui vient introduire le spectacle. Et j’apprends alors que le Maestro, ce soir, est aussi le compositeur de deux des morceaux qui vont être interprétés. Fait assez rare, n’est-ce pas? Mais d’abord Sibelius, avec Tapiola. En 1926, Sibelius, qui a alors 61 ans, vit dans la Villa Ainola (du nom de son épouse, Aino), nichée dans une forêt de pins. C’est là qu’il va composer ses deux dernières oeuvres, qui font l’objet du concert de ce 10 avril, cent ans plus tard. Il poursuivra sa vie sans composer durant les 31 années qu’elle durera encore, jusqu’en 1957…

Si vous êtes fan de la mythologie ougro-finnoise, vous connaissez sûrement Tapio. Ce n’était pas mon cas avant cette nuit, où je l’ai découvert. Revenons en 1835, plus exactement le 28 février. Un érudit, Elias Lönnrot, publie le premier Kalevala ou Les vieilles chansons caréliennes du peuple finnois d’antan. Vous êtes perdu-e? Alors décomposons. La Carélie, c’est une république sise à l’est de la Finlande.

« En 1617, par le traité de Stolbova, signé par la Suède (à laquelle était alors rattachée la Finlande) et la Russie, que la Carélie fut divisée en deux: à l’ouest, la Carélie finlandaise, à l’est, la plus étendue, la Carélie russe, elle même divisée en Carélie blanche au nord, et en Carélie Olonets au sud. Lorsque la Finlande passa sous domination russe, la partition resta effective même si les nationalistes finlandais, renforcés par tout un courant littéraire et musical, en firent, au milieu du XIXème siècle, un thème de leurs aspirations… » (source).

Je vous passe tous les détails de la Première Guerre Mondiale, durant laquelle la Carélie redevint Finnoise.

« ‘C’est en octobre 1920 que le traité de Tartu signé par la Finlande et la Russie soviétique fixa la frontière entre les deux pays: si, au Nord, la Finlande gagnait un accès à la mer de Barents, elle dut en revanche renoncer à ses prétentions sur les régions de Repola et Porajärvi contre la volonté affichée de leurs habitants. »

Sibelius n’est pas Carélien. Il est né et a vécu en Finlande méridionale, dans la région d’Helsinki. Mais il s’est intéressé à un ouvrage publié en 1835 par un certain Elias Lönnrot. Explorateur, médecin, poète et linguiste. Bref, un érudit, qui soutenait qu’une nation ne peut exister sans base culturelle partagée.

« Voici qu’un désir me saisit,
L’idée m’est venue à l’esprit
De commencer à réciter,
De moduler des mots sacrés,
D’entonner le chant de famille,
Les vieux récits de notre race… »

« Lönnrot eut l’idée de rassembler les légendes de l’ancienne Finlande en 1828. Il parcourt Finlande et la Carélie pendant les sept années suivantes rendant même dans les plus petits villages. Puis, il compara et adapta ces légendes pour en faire une épopée héroïque qu’il appela le Kalevala. Ce recueil s’est enrichi jusqu’à rassembler près de 23 000 vers en 1849.
En réalité, le Kalevala prend sa source en partie dans l’ancienne mythologie et en partie dans l’imagination d’Elias Lönnrot lui-même. Dans son ardeur à vouloir écrire une épopée comparable à l’Iliade d’Homère, Lönnrot a écrit des poèmes entièrement nouveaux à partir de fragments d’informations qu’il a réunis pendant ses voyages. Le Kalevala raconte une querelle entre deux peuples: les Kaleva originaires du sud de la Finlande et les Pohjola venus du nord de la Finlande et de la Laponie. »

Si vous voulez le lire à votre tour, le voici, ce livre qui regroupe cinquante chants, sous le titre Kalevala, « Terre Nourricière des Héros ».

Parmi les divinités, Tapio.

« Dieu ou esprit de la forêt, Tapio apparait sous forme humaine en général nu mais parfois magnifiquement habillé; il porte une magnifique barbe de lichen et d’épais sourcils en mousse.
Il est cité dans le récit du Kalevala.
Les chasseurs lui adressaient des prières avant la chasse pour qu’elle soit fructueuse.

Il vivait au cœur de la forêt en compagnie de son épouse, la belle déesse de la forêt, Mielikki. Ils étaient les parents du dieu de la chasse, Nyyrikki et de trois filles Annikki, Tellervo, Tuulikki. » (Source)

Et nous en revenons à Sibelius, et à Tapiola, le premier des morceaux de cette soirée. Le dernier composé par le musicien. Comme un oméga face à l’alpha qui serait sa Première Symphonie. Voici ce qu’en dit Radio Classique.

« Sibelius s’inspire des contes mythiques du Kalevala écrits dans les années 1830, sous la plume d’Elias Lönnrot (1802-1894). Vingt-trois mille vers exaltent les chants de Carélie. Sibelius choisit l’un des héros, Kullervo pour sa symphonie. L’identité nationale nourrit l’originalité du langage du compositeur. Elle annonce la Première Symphonie de 1899. Celle-ci recompose un folklore imaginaire criant de vérité.

L’inspiration se tourne plus volontiers vers les couleurs slaves d’un Tchaïkovski. « Il y a chez cet homme bien des choses que je reconnais en moi-même » affirme Sibelius à son épouse Aino, en songeant au musicien russe. Lors de la création, en 1899, le succès est d’autant plus immédiat que le public s’approprie l’œuvre comme un acte de résistance face à l’hégémonie de la Russie du tsar Nicolas II.« 

Très d’actualité, n’est-ce pas? Mais alors que dans cette symphonie le héros est le seul personnage tragique de la mythologie finlandaise, Tapio est au contraire une divinité respectée, à laquelle les chasseurs s’adressent avant leur équipée. Dieu ou esprit? Je ne sais. Mais il est souvent représenté sous forme humaine avec barbe de lichen et sourcils en mousse.

Si vous voulez en savoir plus, un intéressant documentaire en ligne, mais en anglais.

Revenons à la musique, maintenant que nous avons une idée du contexte… Vous ne l’entendrez pas par l’Orchestre de Radio France, mais par celui de Londres. Cependant, vous aurez une idée de la puissance de ce poème symphonique en écoutant ceci. Et, si vous voulez en savoir davantage sur sa composition, un podcast en ligne est disponible sur le site de RadioFrance.

Une auberge accueillante

Cela faisait longtemps que je n’étais revenue dans ma région natale. Mais l’approche de la Toussaint m’a poussée à y retourner. Une fois le devoir accompli, c’est le moment de profiter de cette si jolie contrée qu’est le Nord, et notamment de la magnifique forêt de Mormal. Il y a au fin fond de celle-ci, dans le petit village de Locquignol, une petite auberge où j’aimais venir jadis. « Chez Mado ». Que de bons souvenirs de repas amicaux et familiaux! Existe-t-elle encore? Vite, un appel. Echec. Je m’apprête à me résigner mais, tenace, essaie à nouveau. Et cette fois, réponse. Oui, c’est ouvert. Oui, je peux venir y déjeuner. Quelle que soit l’heure? C’est encore un « oui » aimable. Me voici donc sur la route qui serpente parmi les prairies d’un vert printanier malgré la saison, puis entre les hautes futaies.

L’auberge est toujours là, au bord de la route, avec sa terrasse bien ensoleillée… Et il y reste une table, dans un coin tranquille.

Ici, pas de chichis ni de nappes damassées. De jolies toiles cirées vertes et des sets rappelant les beautés de l’Avesnois.

L’accueil est toujours aussi chaleureux, malgré le départ du « patron » qui était si souriant et gentil, et la flamiche toujours aussi bonne. Une excellente flamiche au Maroilles – normal, le village éponyme n’est pas loin! Une pâte très légère, tendre à souhait. Et autant de fromage que l’on espère y trouver… Car ici, point de carte aux plats tellement multiples qu’on se demande comment ils pourraient être frais. Non, on vient ici pour manger la flamiche. Agrémentée de salade, aux légumes de saison poussés dans le jardin ou dans une ferme voisine. En ce moment, des chicons. Vous ne connaissez pas? Mais si! Vous les nommez sans doute « endives ». Et puis, un délicieux dessert fait maison. Le tout accompagné de bière ou de cidre du coin, sauf si vous préférez d’autres boissons. Et, pour finir, un verre de Fleur de Bière.

Une véritable auberge, où l’on se sent bien. La nature est omniprésente, dans l’assiette comme autour de nous. Les lieux transmettent le lien avec les générations précédente. Car au siècle dernier, c’était un bar tenu par la grand-mère de notre hôtesse. Et il n’est pas rare d’y voir une ribambelle de gamins et gamines : elle m’a annoncée la naissance de son dixième petit-enfant! Et toute la famille vit dans les environs. Quant à la clientèle, elle est souvent très sympathique, parfois essentiellement composée de cyclistes et de randonneurs/euses. Ce midi, un couple racontait qu’il venait ici tous les six mois environ, depuis son lieu de résidence éloigné, pour se ressourcer. Un autre couple, avec une petite fille, profitait tranquillement du soleil. Une fois le repas terminé, la jeune femme a desservi sa table. Elle avait compris que l’aubergiste, seule en ce dimanche de vacances scolaires, était fatiguée. Un troisième couple engagea la conversation avec moi alors que je desservais aussi, pensant que j’étais employée. Tous deux médecins généralistes des environs de Lille, venu-e-s se mettre au vert et profiter de la forêt. Nous avons longuement échangé sur leurs conditions de travail et les difficultés qu’il et elle rencontraient. Bref, un lieu de convivialité, d’échanges et de partage. Simplicité, authenticité, générosité et douceur de vivre… Que demander de mieux ? Cela mérite bien un détour, n’est-ce pas?

Une guinguette menacée de disparition

Voilà bien longtemps que je n’ai écrit sur ce blog, et beaucoup m’en ont fait reproche. Mais l’été a été très occupé, et surtout, lorsque je reçois des hôtes dans ma demeure niçoise, j’édite quotidiennement à leur intention une Gazette, pour leur permettre de profiter de chaque jour et chaque soirée au mieux. La collecte d’informations, chaque jour, sur les spectacles de Nice, ses environs et l’arrière-pays, leur sélection en fonction des goûts des personnes accueillies, et la rédaction de cette Gazette me prennent tant d’énergie et de temps que je délaisse ce blog.

Me voici de retour à Paris, le travail a repris. Et hier, il m’a menée à Meudon. Comme une visio conférence suivait immédiatement une séance de travail à Saint-Philippe (je vous en parlerai, de cet endroit étonnant), je me suis dirigée, pour la faire tranquillement, vers les étangs de Meudon, dont je vous ai déjà parlé sur ce site, en particulier, l’étang de Trivaux. Près de celui-ci, une guinguette, qui fleure le plaisir et la simplicité, toute proche de l’étang, dont je vous ai déjà parlé.

Guinguette de Trivaux naguère (source)

Et là, quelle n’a pas été ma surprise… et ma colère!

L’adorable guinguette, trace du passé et lieu actuel de plaisir, avec le partage de délicieux repas et de bons moments partagés, est menacée de disparition. Un arrêté de démolition a été pris à son encontre. Et le bâtiment principal porte les stigmates de la lutte que mènent les habitant-e-s de Meudon pour la sauver.

Ce matin, je me suis donc renseignée autant que faire se peut sur les facteurs de cette menace. D’après ce que j’en ai compris, ce sont les Eaux et Forêts qui ont demandé la destruction de ces bâtiments, en arguant de leur esthétique douteuse et en refusant d’en renouveler la concession. Le maire de la ville a été destinataire d’une pétition d’habitant-e-s de Meudon, il lui a été demandé d’intervenir, et une association s’est créée pour défendre la guinguette. Désormais la pétition est à signer en ligne, et les témoignages se multiplient pour raconter les bons moments et expliquer le plaisir de dîner à la bougie, car il n’y a pas l’électricité ici… Affaire à suivre…

Déjeuner non sur l’herbe, mais à la Mare aux canards

Une maison bien cachée dans le Bois de Meudon… Pour y parvenir, il faut délaisser l’Observatoire, et aller en quête de la Mare d’Adam… jouer à cache-cache avec la N 118, frôler l’antre du Standard, et on y parvient finalement, au coeur du Bois.

Une cour bien abritée, dominée par les marronniers, hêtres et chênes environnants, qui laissent cependant largement passer les rayons du soleil…

Un accueil charmant. Les tables sont assez éloignées les unes des autres pour garantir la tranquillité de chaque hôte.


Pour commencer, un Mojito très bien dosé, ou le cocktail maison, si toutefois on aime suffisamment les fraises pour leur permettre de prendre le pas sur le goût du Champagne.

Parmi les entrées, jouons le classique, populaire avec les os à moelle, merveilleusement fondants, ou le plus snob, avec un foie gras très correct.



Et, bien sûr, ensuite, du canard. Sous toutes ses formes. Depuis le quart ou demi grillé au feu de bois (qui crépite dans la cheminée à l’intérieur de l’auberge), jusqu’au magret au miel et aux épices.

La carte des desserts est très variée, mais j’ai opté pour une déclinaison de fruits rouges en ce beau jour de mai.

La carte des vins offre de bons crus à des prix accessibles, comme le Crozes Hermitage choisi pour accompagner le canard.

Bref, tout le bonheur des restaurants retrouvés, avec en prime un repas de qualité et un accueil sympathique.

Sans compter la possibilité de s’égailler ensuite dans la forêt qui abrite l’auberge…

Une petite auberge abandonnée

Ce sera le dernier article consacré à la forêt de Meudon… tout au moins pour l’instant, car vous avez bien compris, si vous commencez à me connaître, que je reviendrai vous parler des autres étangs et sources… Il est aussi un autre lieu que je me suis promis de venir revoir : le hangar Y.

Pour l’instant, on ne peut pas le visiter, sauf parfois lors des journées du Patrimoine. 70 mètres de long, 24 de large et 26 de hauteur, on ne peut pas ne pas le voir lorsque l’on arrive du côté des étangs de Chalais et Trivaux! Voici ce qu’en dit le site « Culture et Patrimoine » : « Cette œuvre unique et intemporelle construite à partir des portiques métalliques provenant de la “galerie des machines” de l’Exposition Universelle de 1878 conçus par Henri de Dion, fut le hangar à dirigeables depuis lequel le ballon La France effectua le premier vol en circuit fermé au monde. » La ville de Meudon en a fait un projet phare, qu’elle présente sur son site avec une vidéo sans texte, qui le décrit longuement (4’43!). Il devait, en 2020, devenir « un futur lieu événementiel dédié à la science ». Mais je n’en dis pas plus ce jour, ce sera l’objet d’une autre visite, et d’un autre article.

Car mon objet, ce jour, est une petite auberge abandonnée, comme vous avez pu le voir en titre… A la croisée des chemins et entre les deux étangs dont je traitais récemment, elle a un air de chien abandonné, et une allure de chaumière désertée.

Pourtant, elle est la trace d’une vie conviviale, avec des pêcheurs, des couples bourgeois ou bobos venus s’encanailler ou des familles profitant de l’atmosphère sylvestre aux beaux jours.

Comme vous pouvez le voir, la vitrine est couverte de documents, dont quelques photos d’autrefois.

Il n’y a pas si longtemps qu’elle est fermée, cette auberge. J’ai trouvé un article en ligne qui en parle de manière dithyrambique.

« Entre le lac et la forêt de Meudon, se cache un petit cabanon vert… Les fenêtres sont embuées par le poêle allumé et la cuisson du poulet rôti, entrez… Vous êtes Au Rendez-vous des Pêcheurs, un restaurant familial, tenue depuis 20 ans par une adorable mère et sa fille.

La cuisine est généreuse, les prix doux, et l’accueil kids friendly. La charmante gérante, elle-même grand mère, est tout simplement adorable et amicale avec les enfants. Envie d’un déjeuner au vert en famille ? N’hésitez plus….« 

Libération avait publié un article sur ce restaurant en 2015, reprenant le titre du texte ci-dessus, dont voici le début :

« Si vous n’avez pas peur du loup, enfoncez-vous dans le bois de Meudon un samedi soir pour savourer un dîner aux chandelles dans une cabane de pêcheurs. »

Voilà qui donne envie, n’est-ce pas, d’un vrai dépaysement à 15 minutes du « périph »!

Le dernier des avis pour la plupart très positifs sur TripAdvisor date de mars 2020. Un an seulement, donc. Est-ce la crise qui en a eu raison, comme de beaucoup d’établissements de petite taille?

Vue de derrière, sur le chemin menant au Tapis Vert et à l’étang de La Garenne

Toujours est-il qu’on n’a qu’une envie : de la voir revivre… et surtout, « dans son jus »…

Que d’eau! Sources, réseaux et étangs de Meudon

Voici donc le troisième volet de cette série consacrée à une balade au sud de Paris, qui m’a menée de part et d’autre de Meudon, depuis la Terrasse de l’Observatoire jusqu’au menhir de la Pierre aux Moines, où j’avais découvert le premier des étangs de cette visite, celui de La Garenne. Deux autres ont ensuite été découverts : celui de Chalais et celui de Trivaux. J’ai choisi de faire de ces étangs et de leur environnement l’objet de ce nouvel article… en attendant d’aller voir les autres… La carte ci-dessous, empruntée au site des randonneurs ovillois, qui avaient, par un jour glacial de février 2018, fait une randonnée de 22 kms dans ces lieux. Si, comme moi, vous vous demandez ce que signifie « ovillois », je vous donne tout de suite la réponse, que je suis allée chercher sur le net : on ne peut pas la trouver soi-même, je pense : c’est le nom désignant les habitants de Houilles!

Pour en revenir aux étangs, chacun a sa personnalité, son histoire et un environnement spécifique.

Si vous vous intéressez à la géologie et à la vie dans les environs de Paris au XIXème siècle, j’ai découvert par hasard, en recherchant le lien entre certaines sources et les étangs, un chapitre de livre consacré aux « Collines de Meudon », datant de 1843. Vous pourrez le lire ici. L’auteur y révèle que les conditions sont optimales pour la… viticulture!

« Meudon se trouve exactement dans les conditions imposées par Virgile pour la culture de la vigne : « Neve libi ad solem vergant vineta cadentem. » » (par. 271)

Des sources en abondance

Selon lui, l’eau sourd en abondance dans la forêt.

« La plupart des sources ou toutes celles qui sont les plus élevées dans la forêt de Meudon, sourdent de la partie intérieure de ce terrain, et ne font que passer sur les argiles qui recouvrent le gypse ; elles résultent de l’infiltration des eaux pluviales a travers les couches perméables des terres supérieures, et comme elles ne rencontrent dans tout leur parcours que des argiles siliceuses et alumineuses ainsi que des sables, elles restent douces, dissolvent bien le savon, et sont très recherchées par les promeneurs en été à cause de leur fraîcheur et de leur pureté ; telles sont les fontaines d’Aubervilliers, ancien écart de la paroisse de Meudon, où il paraît y avoir eu des ruines ; de Triveau ; de la Garenne ; du Rossignol et des Lins. Cependant il y en a de ferrugineuses et sur le bord du chemin, prés de l’étang de Chalais, j’en citerai notamment une de ce genre qui pourrait être mise à profit comme source minérale. »

J’ai particulièrement apprécié ce passage où il critique la gestion de l’eau à Meudon:

« Le village de Meudon possède plusieurs sources importantes ; mais il est bien à regretter, pour le dire en passant, qu’elles soient presque toutes dans des propriétés particulières et qu’il n’y ait pas une belle fontaine, comme je l’ai déjà signalé au commencement de cet ouvrage, sur la place même de ce village si populeux.« 

Un réseau hydraulique du XVIIème siècle

Une association travaille sur ces sources de Meudon : « ARHYME a été créée en 2003 par Jean Ménard pour la sauvegarde du Réseau hydraulique réalisé au XVIIe siècle pour alimenter les bassins et jets d’eau du château de Louvois à Meudon. On peut voir sur leur site le travail réalisé pour dégager les canalisations aux alentours de la source de la Garenne. Je leur ai « emprunté » les photos qui suivent, en espérant qu’ils ne m’en voudront pas.

Source au-dessus de l’étang de La Garenne
Canalisations en grès, datant du XVIIème, situées sous le lit du ruisseau actuel

Un immense réseau hydraulique avait été construit pour desservir le château de Meudon (vous savez, celui qui a mal tourné : il est devenu observatoire!)

Les deux châteaux de Meudon avec la Grande Perspective vers 1715. En 1695, Louis XIV acheta Meudon pour son fils aîné, le Grand Dauphin. Le Château-Vieux (au centre) est prend feu en 1795 et démoli en 1803 par ordre de Bonaparte. Le Château-Neuf (à droite) est bâti à partir de 1706 et incendié en 1871. De 1880 à 1885, le grand astronome Janssen le coiffe d'une coupole… Il devient l'Observatoire de Meudon. [Restitution virtuelle de Franck Devedjian et Hervé Grégoire, 2012]
Plan général du Réseau Hydraulique : entre Vélizy au sud-est en amont , Clamart au sud et Meudon en aval au nord-est. Les rigoles sont en bleu ainsi que les étangs réservoirs, les aqueducs souterrains sont en rouge.
Plan général du Réseau Hydraulique : entre Vélizy au sud-est en amont , Clamart au sud et Meudon en aval au nord-est. Les rigoles sont en bleu ainsi que les étangs réservoirs, les aqueducs souterrains sont en rouge. Copié sur ce blog

L’étang de La Garenne

Mais revenons aux étangs… sous la source de La Garenne, vous l’aurez compris, l’étang du même nom.

J’ai gagné l’étang de La Garenne à partir d’un parking situé très en hauteur, et ai eu l’impression d’une sorte de descente aux Enfers par de petits sentiers rocheux…

Mais arrivé à destination, j’ai trouvé une ambiance joyeuse, avec de nombreux enfants dont certain-e-s les pieds dans l’eau malgré une température plutôt frisquette… Sans que cela ne semble déranger les canards, canes et foulques qui tracent de jolis sillons aquatiques…

L’étang semble assez petit, car il est tout en longueur. Mais j’ai appris depuis qu’il ne fait pas moins d’un hectare 25!

Je ne suis pas parvenue à savoir si cet étang est naturel… je vais donc continuer à chercher, avant de vous présenter les autres… à bientôt!

Mégalithes ou faux ?

Je vous ai laissé-e-s, dernièrement, auprès d’un dolmen dont je me demandais s’il était réel ou non. Vous souvenez? C’était sur la terrasse de l’Observatoire de Meudon.

Carte postale ancienne (source)

Je m’étais promis aussi d’aller voir de près la bâtisse exceptionnelle que je voyais en face, dans la Forêt…

Me voici donc en train d’explorer le Bois de Clamart. Rien. Je ne trouve rien. Des allées, des avenues, pas de problème. Mais rien d’autre, à part des arbres, des arbres, des arbres. Normal, me direz-vous, en bois ou en forêt.
Je m’arrête donc sur un parking, en plein espace sylvestre. Et appelle l’Office de Tourisme de Clamart. Une dame très aimable me répond. Je résume ses dires. « Ah non, je ne sais pas. » « Vous savez, je viens d’arriver, je ne connais pas bien ». « Le bois? Non, je n’en sais rien ». Lorsque, perdant quand même un peu patience, je lui demande de me passer un-e collègue plus informé-e, elle déclare avec amabilité : « Ma collègue connaissait mieux que moi. Mais elle a pris sa retraite ». Chou blanc, donc, comme on dit…

Une dame arrive avec ses enfants. Je lui parle d’un éventuel menhir. La réponse vient de sa fille « Venez avec nous. On va nourrir les canards. Le menhir est juste à côté ». Je les suis donc… Et arrive à la Pierre aux Moines. Qui serait, en réalité, la Pierre de Chalais.


Il faut dire qu’il est bien difficile, dans le coin, de démêler le vrai du faux… Pour ce qui est de la « Pierre aux Moines », ou censée l’être, ce serait bien un « vrai », déjà attesté en 1904. Un historien considère qu’il s’agirait en réalité d’un reste d’un dolmen, ce qui expliquerait sa petite taille.

Quoi qu’il en soit, la ville actuelle s’enorgueillit de cette histoire, comme vous pouvez le voir sur ce texte extrait du site officiel.

« une campagne de fouilles menées entre 1915 et 1919 sur le secteur de Trivaux a permis de découvrir des milliers d’objets néolithiques : des pierres taillées, des tessons de poteries, des grattoirs, des couteaux en silex, des tranchets et même des débris d’une urne. La preuve était donc faite que le site fut occupé par l’homme entre -5 000 et 2 000 ans. Des mégalithes et dolmens non datés sont visibles sur la terrasse de l’Observatoire (mégalithe trouvé en 1845 sur l’actuelle avenue du Château et installé sur la terrasse en 1861) et dans les bois (la Pierre aux Moines est un menhir a été redécouvert en 1893 par Marcellin Berthelot et classé monument historique en 1895). Depuis 1896, le cimetière des Longs Réages compte parmi les tombeaux une originalité venue des landes bretonnes, le dolmen de Ker-Han. Les douze blocs ont été acheminés depuis le Morbihan pour y retrouver leur usage ancestral, celui d’une sépulture pour la famille Piketti.

Pourquoi Meudon ? Les Gaulois appelaient ce lieu Mole-Dum et les Romains Moldunum, ce qui a donné Meudon. Ce toponyme existe aussi en Bretagne, au Brésil, aux États-Unis, en Suisse…« 

Il existe ainsi des pierres « vraies », « fausses », déplacées… Peu importe, l’environnement est si agréable… Comme je vous le montrerai dans un prochain article, dédié aux étangs…