Le pari à la mode : un repas pour un billet

On nous le serine, mais aussi tout le monde en souffre : tout augmente, et il devient difficile de s’offrir ne serait-ce que le nécessaire. Alors, pour le superflu! Des ami-e-s et moi avons donc fait le pari de pouvoir déjeuner ou dîner au restaurant pour un billet. Bien sûr, ni 10 ni 20, mais 50.

A deux, deux plats au moins, avec du vin ou de la bière et du café. Voici donc les trois premières adresses où l’on peut se régaler à ce prix, dans des styles très différents.

Je vous ai déjà parlé des deux premières, mais je vais vous les rappeler… D’abord, ce petit restaurant vietnamien de la rue Galande, dans le 5ème (ou limite 6ème?), la Fraternité Vietnamienne. Entrée, plat, une bouteille de vin à deux… simple et très bon.

La deuxième est située dans le 15ème arrondissement, au 36 rue Dantzig. J’aime beaucoup son nom, La Cantine des Tontons. Et c’est bien une espèce de cantine, car il faut s’y servir en partie. Mais rien à voir avec un self-service : un véritable accueil du patron et de son épouse japonaise. Ce que j’aime, outre cet accueil? La simplicité. La convivialité. Le fait qu’on puisse manger asiatique ou français. Autant que l’on veut (entrée, plat, fromage, dessert) pour un prix dérisoire. Et c’est bon. Je me suis régalée des nems avec une laitue composée d’autre chose que d’eau et une sauce épicée à souhait. Et du léger gâteau à la mangue et passion, que j’ai choisi en délaissant les délicieux éclairs, l’excellent baba au rhum ou encore la tarte au citron et la tarte Tatin… Une « cantine » telle qu’on aimerait en trouver partout où l’on travaille! Et ici, beaucoup viennent y manger chaque jour de labeur… Plutôt une clientèle d’âge moyen et masculine le midi. Le soir, très mixte à tout point de vue. Avec 25 cl de vin, le compte est bon…

Les bois ont été trouvés… Le patron est violoniste, pas chasseur!

Je vous ai promis un choix varié. La troisième adresse se trouve dans un quartier « chic », le 7ème arrondissement, rue Saint Dominique. Un restaurant tout aussi « chic », mais qui a décidé de casser ses prix le midi en offrant deux plats au choix dans la carte (indiqués par une étoile) à 19 euros. Bon, d’accord, si on prend du vin, cela va dépasser légèrement les 50 euros. Mais la cuisine y est raffinée et les assiettes, dressées avec goût. Jugez-en par vous-même, avec le vol-au-vent en entrée, et la selle d’agneau en plat.

Un vrai régal (même le pain y est très bon), dans un cadre serein. Un peu trop, peut-être? Mais plutôt reposant, avec ses banquettes en cuir… et j’ai apprécié les coupelles en bois, moi qui adore la vaisselle dans ce matériau!

J’allais oublier de vous donner son nom! Le Comptoir des Fables. Je me suis demandé s’il s’agissait d’un jeu de mots, car il est situé en face de la Fontaine (de Mars)…

Blacklister

J’ai reçu hier un courriel, sur ce que je nomme ma « boîte de dérivation », c’est-à-dire l’adresse que je réserve aux « commerces » en tout genre, d’un de mes amis, qui me demandait si je l’avais « blacklisté »…

Ce terme m’a interloquée, d’où le billet de ce matin… Interloquée, d’abord, parce que l’ami en question est un érudit, qu’il aime notre belle langue, et qu’il écrit lui-même de belles nouvelles pleines de poésie, en un français châtié. Pourquoi avoir utilisé ce mot à consonance anglophone, alors que nous avons un beau « inscrit sur la liste noire », certes un peu plus long, mais pas tant que cela (3 syllabes si les e restent muets, 2 si on remplace « inscrit » par « mis », plus courant).

Et l’idée même convoquée par son utilisation me choque. « Blacklister »… Jamais je ne fais cela, sauf dans des cas de force majeure, si je m’estime en danger. Il est si aisé d’expliquer à une personne qu’on ne souhaite pas, qu’on ne souhaite plus communiquer avec elle, et de lui en expliciter les raisons, non? Surtout quand cette personne est ouverte, vous respecte et se respecte!

Alors, pourquoi ce mot, me direz-vous? Je n’en sais rien. La seule hypothèse plausible, pour moi, sur l’instant, a été une forte émotion qui l’a poussé à enfreindre ses propres normes et à se laisser aller à un vocabulaire qui évoque la prohibition et le « milieu »… à moins qu’il ne s’agisse d’une provocation destinée à me faire réagir. Elle a réussi, puisque j’ai commis ce billet…