Glisse éolienne… ou glisse au vent?

Comment faut-il traduire « windsurf »? Je déteste utiliser les mots propres à l’anglophonie, mais il faut avouer que parfois ils sont difficiles à interpréter dans notre belle langue! Si vous avez des idées, n’hésitez pas à les placer en commentaires de cet article!

En ce week-end frisquet de fin janvier, une ribambelle de papillons géants ornait le ciel changeant… je n’ai pu m’empêcher d’aller voir de plus près de quoi il s’agissait…

Eh oui, vous l’avez deviné… mais il faut dire aussi que vous avez vu le titre, ce n’était pas difficile! Les voiles de ces « windsurfs » égaient un ciel où les nuages dominent.

Ils ne sont pas seuls à jouer avec les vagues… Deux baigneuses profitent de cette fin d’après-midi pour jouir de l’eau plus que fraîche, laissant les badauds ébaubis, comme moi.

Le soleil descend doucement vers la falaise. En été, il se couche sur l’eau, donnant lieu à des spectacles dont on ne se lasse pas. Mais en cette saison, il arrive difficilement jusqu’à la jetée du phare. Il n’atteindra celui-ci que vers la Saint Valentin, comme pour un rendez-vous amoureux…

Il est temps pour les sportifs de regagner la rive, avant l’heure du couvre-feu, et ils ou elles reviennent progressivement vers la rive.

Parmi ceux-ci, une exception…

Tel le Petit Poucet, je suis les petits cailloux jonchant le sol pour trouver mon chemin…

… qui me mène vers l’équipe sportive admirée dans ses évolutions sur les flots et dans les airs…

Comme des fleurs épanouies sur un erg lointain…

Lorsque je remonte sur l’esplanade, la clé de l’énigme m’y attends… Ils ont migré depuis quelques kilomètres au Nord…

Comme un écho…

Je suis abonnée depuis bien longtemps au blog d’un poète de Nice, Gabriel Grossi. J’admire la constance avec laquelle chaque semaine au moins, et souvent chaque jour, il partage son goût de la langue française et de la poésie. Et, ce matin, je découvre un poème en prose qu’il a écrit récemment. Au-delà de la qualité littéraire, j’apprécie la voix qui résonne comme un écho à un mal-être qui s’étend, et qui, pour certain-e-s comme pour moi, se calme un peu en écoutant et regardant l’eau vivre (une pensée pour l’Eau Vive de Béart…) et en humant l’air marin. Je me permets donc – et je vais l’en prévenir – de publier ici son poème. Juste un point : pour moi, la mer n’est pas « féminine »… mais celles et ceux qui me connaissent bien pouvaient s’en douter!

Mers-les-Bains, 23 janvier 2021

Près de la mer

Lorsqu’il sent poindre en lui les assauts de la dépression, il s’en va chercher refuge près de la mer. Elle ne se lasse pas de chanter, pour lui comme pour quiconque, la même histoire de vagues et d’écume, offrant à chacun, pour rien, son spectacle de rue, ses acrobaties légères, sa danse de voiles et de tulle. Jamais elle ne refuse de donner, à qui le demande, sa vision toute féminine de l’infini. Elle est une présence qui apaise, dans le bercement du ressac et la ligne pure de l’horizon. Elle laisse, à qui veut bien les trouver, de menus lots de consolation : morceaux de verre colorés, squelettes d’oursin étoilé, fragments d’algues desséchées… Certains jours, assis sur un banc, face au vide, seul avec la mer et plus uni encore avec elle qu’un doge de Venise, il écoute sa fable mélancolique, ses plaintes caricaturales et ses cris de mouette effarouchée. Il ne lui reproche pas son emphase, non plus que ses trop longues phrases et sa grandiloquence mal placée. Il sait qu’en dépit de ses postures de cinéma, de ses airs de princesse et de son humeur fantasque, la mer est sincère. Il laisse à cette amie fidèle le soin de bercer son chagrin.

Gabriel Grossi, janvier 2021.

J 10 après N-C

Voici 10 jours, un tiers de mois, que j’ai commencé cette série de photos, une par jour, pour tenter de déjouer la morosité du confinement, soit par la dérision, l’humour et le rire (souvent jaune), soit par une quête esthétique, plus ou moins réussie. Une par jour, m’étais-je dit… Voici donc celle de ce 10 novembre, prise hier soir. Un moment à saisir : la pluie menaçait au loin tandis que le soleil qui avait permis un bain de mer le midi était en train de se coucher…

Rideau de pluie au couchant

En faisant route vers Paris entre 4 et 7 du matin, j’ai aussi pu admirer un superbe croissant de lune éclairant la campagne picarde et la vallée de la Bresle… Mais là, pas de photo possible… Je vous laisse donc imaginer…

J 7 après N-C

Rien de tel pour s’évader qu’une promenade sur les falaises. Surtout quand vient l’heure du couchant, et que celle-ci correspond à une marée presque haute, qui permet les entrées et sorties des chalutiers dans le port… Hier soir j’ai assisté à un ravissant (au sens profond du terme) ballet des bateaux. D’abord, l’entrée, alors que le soleil déclinait. Puis, la sortie, quand celui-ci commençait à disparaître progressivement…
J’ai pris des dizaines de photos, mais comme j’ai promis de n’en placer qu’une par jour…

Une pensée pour Jacques Brel… qu’aurait-il dit de ces ports silencieux?

J 3 après N-C

Chalut au Tréport (1er novembre 2020)

J’aurais pu créer une devinette, du style « Quel est cet objet mystérieux ? »

Mais vous auriez aisément deviné qu’il s’agit d’un chalut…

C’est l’époque où certains des pêcheurs du Tréport ravaudent leurs filets. Pendant la période des coquilles Saint Jacques (début octobre à fin avril), ils ont en effet modifié l’équipement des chalutiers. Et, lorsque la tempête sévit, ils mettent à profit le temps libre pour nettoyer, sécher, réparer les filets qui ne servent plus.

Alors la plateforme qui jouxte l’écluse d’entrée à l’arrière-port se transforme en un gigantesque tableau coloré… dont voilà un échantillon.

Avatars de galets. Du patrimoine naturel au patrimoine culturel

En ce dimanche de septembre qui fête le Patrimoine, un groupe d’artistes et leurs amis proposaient au Tréport une demi-journée sur la thématique présentée dans le titre de cet article.

J’ai eu le plaisir d’en faire partie, et de vivre des moments riches d’émotions, esthétiques certes, mais aussi liées à la véritable synergie qui s’est développée au fil de l’après-midi.

Une exposition « falaises et galets »

Point de départ : une exposition de Jean-Claude Boudier et de Michèle Mareuge (qui n’a pas de site, désolée) à la Galerie Résonances au Tréport.

Jean-Claude Boudier
entre outils, galets, oeuvres
et film sur son art

Point de départ disais-je donc : ce que Jean-Claude Boudier nomme des « galets », ces morceaux de minéraux ramassés au pied des falaises, tombés des platiers, ou dans des anciennes couches sédimentaires sur les plateaux crayeux.

Les outils de l’artiste
et sa dernière oeuvre, La Pieuvre
(clin d’oeil à Georges Oucif)

Il les transforme en oeuvre d’art, tantôt en maintenant le matériaux original, tantôt en fondant du bronze dans le moule qu’il a fabriqué à partir de celles-ci.

Moules et oeuvres
Au mur, tableau de Alain Colliard
(exposition actuelle)

Michèle Mareuge, pour sa part, présentait des tissages faits à partir de ses pages de calligraphie, autour du thème des « falaises ». Des merveilles d’oeuvres translucides, avec lesquelles la lumière joue au gré de leurs ondulations.

Michèle Mareuge devant une déclinaison de ses calligraphies du mot « falaise »,
deux tissages et un tableau


Si je connaissais les sculptures de l’un, je découvrais les tissages et tableaux de l’autre avec intérêt, admiration et bonheur…

Sylvie Henrot, propriétaire de la galerie, a proposé aux organisateurs des Journées du Patrimoine d’organiser un ensemble de micro-événements autour de cette exposition. D’où l’idée du titre, puis de tout ce qui s’est succédé de 15 à 19 heures.

Visite nature au pied de la falaise du Tréport

Une visite au pied de la falaise du Tréport, avec le guide nature Pascal Leprêtre, que j’avais déjà suivi dans ses présentations si passionnantes de la flore et de la faune indigènes.

Le guide Pascal Leprêtre
passionnant son auditoire

Il entraîna le groupe dans l’histoire à la fois géologique, architecturale et humaine du Tréport, dans un exposé très complet où il fut, bien évidemment, aussi question de galets. C’est ainsi que j’ai découvert l’ancien tracé des falaises, la composition des galets, l’exploitation qui en était faite autrefois et dont une partie perdure grâce à des concessions de 99 ans…

C’est ainsi qu’à ma grande surprise j’ai découvert qu’il y avait des micro-organismes superbes au coeur de ces galets… les radiolaires par exemple. Si le sujet vous intéresse, un article les présente ici.

« Promenade ludique » – jeu de piste de l’Esplanade à la Galerie

Au nom de l’association Goéland, j’ai préparé un petit jeu de piste autour de la thématique des galets, pour ramener le groupe de la falaise à l’exposition de manière ludique.

Une belle lumière pour le jeu de piste…

Occasion de mauvais jeu de mots, d’observations amusantes, de découvertes intéressantes aussi, de l’architecture et de l’histoire de la ville, en particulier dans le Quartier des Cordiers.

Les ramiers

Rencontres aussi avec des commerçants, qui vendent des galets… des bonbons, des confiseries, des magnets, ou avec des artisans, comme ce verrier qui fabrique de très beaux galets de verre.

Bref, une petite promenade vivante et bon enfant, dans ce coin de la ville entre pleine mer et port.

Vidéo et composition musicale

Didier Debril, journaliste et compositeur travaillant avec l’IRCAM, avait pour l’occasion créé une oeuvre mettant en scène les galets, les falaises et la mer… Composition électro-acoustique, à partir entre autres du bruit des galets caressés ou chahutés par les flots. Du calme à la fureur des flots déchaînés, puis retour au calme avec un couchant magnifique et des galets éclairés de cette belle lumière… une oeuvre prenante et émouvante… Promis, dès qu’elle sera en ligne, je place ici le lien. Elle est en ligne à présent, ici. Et vous trouverez une vidéo sur l’environnement de Jean-Claude Boudier, du même vidéaste.

Lecture de texte

Un peu intimidée, et surtout anxieuse car c’est la première fois qu’a lieu une lecture de mes textes (que vous pouvez voir dans la section « Plaisirs des mots »), je m’exécutai à la demande générale et lus les deux poèmes, dont l’un en prose, et leur préambule, écrits spécialement pour cette occasion.
Quelle émotion que ce temps de partage de sentiments et d’émotions aussi intimes…

Un moment de convivialité et de synergie artistique

La journée s’acheva par des échanges entre les différentes personnes présentes, chacun-e parlant de son art, certain-e-s expliquant des techniques, telle cette dame explicitant la fonderie et en discutant avec Jean-Claude Boudier, ou cette autre parlant avec passion de la gravure qu’elle pratique… Michèle Mareuge et Philippe Colin échangeant sur les encres et la calligraphie… Didier Debril explicitant la composition musicale… Anne expliquant ce qu’elle venait de découvrir lors des visites organisées à Mers-les-Bains… Toutes et tous réuni-e-s autour de Sylvie Henrot et de son « bénévole », sans qui ces rencontres n’auraient pas eu lieu… qu’il et elle en soient remercié-e-s…

Avatars de galets

Les textes qui suivent ont été écrits à l’occasion de la Journée du Patrimoine, 22 septembre 2019… Une exposition à la Galerie Résonances, au Tréport, d’oeuvres de Jean-Claude Boudier… autour de laquelle a été conçue une animation intitulée « Avatars de galets. Du patrimoine naturel au patrimoine culturel ». Une découverte de la richesse au pied de la falaise du Tréport, suivie d’un jeu de piste organisé par l’Association Goéland, menant de l’Esplanade au Quartier des Cordiers, puis ramenant à la Galerie pour admirer les sculptures et autres oeuvres exposées, dont celles de Michèle Mareuge, mais aussi écouter une composition musicale et voir un film de Didier Debril, et enfin une lecture des textes qui suivent…

PS : maladroite avec ce logiciel, je ne suis pas parvenue à scinder les strophes…

Préambule

Force et faiblesse… C’est ce que m’évoque le galet, tel que vécu, senti, regardé sur la plage de mon enfance, de mon adolescence et de ma pseudo-maturité…

Que de fois ai-je entendu les adultes, les touristes, jeunes et vieux, se plaindre des galets et désirer le sable. Mais que ce soit à Nice, mon autre « chez moi » ou à Mers-les-Bains, haut lieu de mon enfance, les galets ont représenté pour moi un mystère et un symbole d’antinomie…

Enfant, je descendais en courant, pieds nus, sur les galets pour rejoindre le sable et la mer. Plus tard, j’appréciais de me baigner à marée haute, pour nager au plus vite en mer profonde.

J’ai joué avec eux, j’ai vu jouer aussi. Mes enfants. Mes petites-filles. Et maintenant cela va être le tour de Samuel, qui a initié cette année une nouvelle génération de grimpeurs, descendeurs et chercheurs de galets sur la place de Mers. C’est la 6ème que je vois. Une vie.

Je me suis souvent demandé si j’associais les galets à la vie ou à la non-vie, à l’animé ou à l’inanimé… Un jour, une conversation avec un ami a fait écho à ce questionnement. Il évoquait pour moi la place du galet dans le Feng Shui. Elément de Terre, il contribue à l’équilibre, en particulier pour détruire les effets négatifs de l’Eau… Voilà qui lui redonne un aspect dynamique dans sa minéralité si statique en apparence…

J’ai choisi de livrer ce jour deux courts textes qui chantent ces galets, patrimoine naturel, patrimoine culturel….

Avatar 1

Roulé, malmené

Embarqué par les flots

Roulé, maltraité

Façonné par les flots

Il deviendra galet

Fondu dans la masse

Des autres galets

Unique pourtant

Invisible, trop visible

Au regard de l’enfant

Qui recherche le sable

Fin, le sable mouvant

Sous petits pieds fragiles

Imprévisible sous le pied

De l’adulte vieillissant

Qui cherche à s’assurer

Mais risque de tomber

Sur jambes si peu agiles

Fondu dans la masse

Des autres galets

Devient maltraitant

Unique, singulier

Le galet

Si recherché

On vante sa rondeur

Sa douceur

Ses couleurs

Mais aucun des galets

N’a d’égal à lui-même

N’est égal à un autre

La quête du galet…

L’enfant émerveillé

De si brillants jouets

L’adulte enchanté

De formes si variées

Toutes et tous en quête

D’un objet rare et beau

Caché sous la grisaille

De sa peau

Douce et rêche

Chaude ou fraîche

Car telle une coque

La surface anonyme

Peut cacher un trésor

De couleur et de forme

Roulé, malmené,

Le galet résiste

Il résiste à la mer

Le temps a peu de prise

Pourtant il finira

Par devenir poussière

Grain de sable d’abord

Epais, craquant, massant

Puis grain fin si plaisant

Sous le pied du passant

Homme libre,

Quand tu vas voir la mer

Contemple le galet

Si différent

Si semblable

Si faible

Et si puissant…

Avatar 2

Une masse blanche. Elle a chû de la falaise, a quitté le platier pour venir se rouler à nos pieds… Caressée. Massée. Travaillée par les flots, le flux et le reflux, la vague écumeuse…

La voici « galet ». Galet de calcaire. Pur mais pas dur. Lisse et doux au toucher. Prêt à se livrer aux mains de l’artiste et à ses outils.

L’artiste le pèse et le soupèse, le caresse à son tour. Il joue de ce galet, le regarde, s’interroge, se questionne, imagine, anticipe, projette et se projette dans une œuvre future.

L’ovoïde blanc est blessé. Entaillé, fendu, coupé, sculpté, mutilé, il souffre sous le coup des outils de l’Homme. Il se transforme, se trans-forme.

Peu à peu émergent… Un doigt ? Un ongle ? Un œil ? Anthropoïsation progressive. Ou animalisation. Ou… Tout est possible au créateur.

Une masse blanche. Qui n’a plus rien d’une masse. La lumière joue avec les creux et les reliefs, rompant la blancheur éclatante et projetant des ombres…

Alors apparaît l’œuvre. Sculpture intégrale. Pas de face cachée. Tout est fin. Tout est pur. Tout est Beau. Le galet travaillé par les mains de l’artiste se mue en œuvre d’art…