The tifle termed mortality

Je connais peu la littérature anglophone, ayant été, comme beaucoup d’enfants de ma génération, orientée vers la langue allemande et le latin… Aussi est-ce avec plaisir que je la découvre peu à peu, au fil de mes lectures et du surf sur le net. C’est ainsi que j’ai pris plaisir à déguster l’oeuvre de cette Dame du Massachussets, si extra-ordinaire et passionnante.

Description de cette image, également commentée ci-après
To venerate the simple days
Which lead the seasons by,
Needs but to remember
  That from you or me
They may take the trifle        5
  Termed mortality!
  
To invest existence with a stately air,
Needs but to remember
  That the acorn there
Is the egg of forests        10
  For the upper air!

Emily Dickinson

Je lis et comprends (pas toujours) l’anglais, mais bien évidemment me sentais incapable de traduire ce poème. Un de mes amis anglophone a eu la gentillesse d’en rechercher des traductions « valables », et j’ai choisi celle-ci, de Guy Lafaille, même si elle ne me satisfait pas pleinement – mais, à vrai dire, je reste convaincue qu’on ne peut pas « traduire » un poème…

Pour vénérer les simples jours
Qui mènent les saisons
Il suffit de se souvenir
Qu’à toi ou à moi
Ils peuvent prendre la bagatelle
Appelée mortalité !

Pour donner à l’existence un air majestueux
Il suffit de se souvenir
Que le Gland qui est là
Est l’œuf des forêts
Pour atteindre l’Air d’en haut !

L’ami dont je vous parlais a ajouté que cela lui rappelait une chanson de Simon and Garfunkel, interprétée par Joan Baez, Dangling Conversation.

« We are verses out of rhythm,
Nous sommes des vers, sans rythme
Couplets out of rhyme,
Des couplets qui ne riment pas,
In syncopated time
Dans un temps syncopé
And the dangled conversation
Et la conversation languissante
And the superficial sighs,
Et les soupirs superficiels
Are the borders of our alliance.
Sont les frontières de notre alliance« Vous pouvez l’entendre ici.

Le Vieux Chêne, Harpignies

Nouvelle découverte que celle d’Henri-Joseph d’Harpignies, au travers de ce tableau dont certains – autre découverte que celle du blog intitulé Les Orogénèses érogènes d’Eugène, j’y reviendrai sans doute) affirment qu’il s’agit du chêne de Goethe à Weimar, ce qui serait un double clin d’oeil à mon histoire : le Nord (Henri-Joseph d’Harpignies est né à Valenciennes) et Weimar, une des villes de mon adolescence… Par la suite, Harpignies peignit à nouveau cet arbre, mais cette fois en le situant dans le sud.

Vieux Chênes à Menton, Harpignies

Enfin, un autre point de rencontre avec cet artiste : le violoncelle… Le peintre jouait de cet instrument, comme me l’apprit le site des « Amis d’Harpignies » auquel j’emprunte la photo suivante.

Vous pourriez me faire remarquer que je suis passée du coq à l’âne, d’une jeune poétesse affranchie à un vieux peintre bourgeois, juste à partir d’un fruit… C’est que le Chêne questionne l’Humain plus que jamais, n’est-ce pas, Monsieur de La Fontaine? Datant du Paléogène, cette espèce est victime depuis un siècle de maladies qui la déciment.

« Depuis le XXe siècle, les forêts de chênes en Europe sont victimes de plusieurs vagues de dépérissements notables et de pathologies : oïdium du chêne depuis 1907, maladie de l’encre dans les années 195057, nécroses cambiales58 et pourriture noire dans les années 197059. »

Une consolation : « Les trois espèces de chênes (pubescent, sessile, pédonculé) principalement trouvés en France, bien qu’apparemment assez proches, se comportent comme des espèces en voie de spéciation : leur hybridation par croisement artificiel donne de mauvais résultats (ex : moins de 1 % de fécondation réussie pour l’hybride Quercus robur × petraea et robur × pubescens) et les hybrides obtenus sont très fragiles 60,61. L’hybridation semble par ailleurs rare dans la nature en raison d’une phénologie différente (dates de floraison différentes) qui permet aux trois pools génétiques d’évoluer séparément, sans pollution génétique croisée (on parle de « séparation botanique »)62. »

Il y a donc de l’espoir… Humain-e-s nous sommes, humain-e-s nous resterons, avec tous nos défauts et toutes nos qualités!

Wild Nights -Wild Nights!

Were I with thee

Wild Nights should be

Our luxury!

Futile —the Winds— To a Heart in port—

Done with the Compass—

Done with the Chart!

Rowing in Eden—

Ah, the Sea!

Might I but moor —

Tonight-In Thee!

Emily Dickinson

Avatars de galets

Les textes qui suivent ont été écrits à l’occasion de la Journée du Patrimoine, 22 septembre 2019… Une exposition à la Galerie Résonances, au Tréport, d’oeuvres de Jean-Claude Boudier… autour de laquelle a été conçue une animation intitulée « Avatars de galets. Du patrimoine naturel au patrimoine culturel ». Une découverte de la richesse au pied de la falaise du Tréport, suivie d’un jeu de piste organisé par l’Association Goéland, menant de l’Esplanade au Quartier des Cordiers, puis ramenant à la Galerie pour admirer les sculptures et autres oeuvres exposées, dont celles de Michèle Mareuge, mais aussi écouter une composition musicale et voir un film de Didier Debril, et enfin une lecture des textes qui suivent…

PS : maladroite avec ce logiciel, je ne suis pas parvenue à scinder les strophes…

Préambule

Force et faiblesse… C’est ce que m’évoque le galet, tel que vécu, senti, regardé sur la plage de mon enfance, de mon adolescence et de ma pseudo-maturité…

Que de fois ai-je entendu les adultes, les touristes, jeunes et vieux, se plaindre des galets et désirer le sable. Mais que ce soit à Nice, mon autre « chez moi » ou à Mers-les-Bains, haut lieu de mon enfance, les galets ont représenté pour moi un mystère et un symbole d’antinomie…

Enfant, je descendais en courant, pieds nus, sur les galets pour rejoindre le sable et la mer. Plus tard, j’appréciais de me baigner à marée haute, pour nager au plus vite en mer profonde.

J’ai joué avec eux, j’ai vu jouer aussi. Mes enfants. Mes petites-filles. Et maintenant cela va être le tour de Samuel, qui a initié cette année une nouvelle génération de grimpeurs, descendeurs et chercheurs de galets sur la place de Mers. C’est la 6ème que je vois. Une vie.

Je me suis souvent demandé si j’associais les galets à la vie ou à la non-vie, à l’animé ou à l’inanimé… Un jour, une conversation avec un ami a fait écho à ce questionnement. Il évoquait pour moi la place du galet dans le Feng Shui. Elément de Terre, il contribue à l’équilibre, en particulier pour détruire les effets négatifs de l’Eau… Voilà qui lui redonne un aspect dynamique dans sa minéralité si statique en apparence…

J’ai choisi de livrer ce jour deux courts textes qui chantent ces galets, patrimoine naturel, patrimoine culturel….

Avatar 1

Roulé, malmené

Embarqué par les flots

Roulé, maltraité

Façonné par les flots

Il deviendra galet

Fondu dans la masse

Des autres galets

Unique pourtant

Invisible, trop visible

Au regard de l’enfant

Qui recherche le sable

Fin, le sable mouvant

Sous petits pieds fragiles

Imprévisible sous le pied

De l’adulte vieillissant

Qui cherche à s’assurer

Mais risque de tomber

Sur jambes si peu agiles

Fondu dans la masse

Des autres galets

Devient maltraitant

Unique, singulier

Le galet

Si recherché

On vante sa rondeur

Sa douceur

Ses couleurs

Mais aucun des galets

N’a d’égal à lui-même

N’est égal à un autre

La quête du galet…

L’enfant émerveillé

De si brillants jouets

L’adulte enchanté

De formes si variées

Toutes et tous en quête

D’un objet rare et beau

Caché sous la grisaille

De sa peau

Douce et rêche

Chaude ou fraîche

Car telle une coque

La surface anonyme

Peut cacher un trésor

De couleur et de forme

Roulé, malmené,

Le galet résiste

Il résiste à la mer

Le temps a peu de prise

Pourtant il finira

Par devenir poussière

Grain de sable d’abord

Epais, craquant, massant

Puis grain fin si plaisant

Sous le pied du passant

Homme libre,

Quand tu vas voir la mer

Contemple le galet

Si différent

Si semblable

Si faible

Et si puissant…

Avatar 2

Une masse blanche. Elle a chû de la falaise, a quitté le platier pour venir se rouler à nos pieds… Caressée. Massée. Travaillée par les flots, le flux et le reflux, la vague écumeuse…

La voici « galet ». Galet de calcaire. Pur mais pas dur. Lisse et doux au toucher. Prêt à se livrer aux mains de l’artiste et à ses outils.

L’artiste le pèse et le soupèse, le caresse à son tour. Il joue de ce galet, le regarde, s’interroge, se questionne, imagine, anticipe, projette et se projette dans une œuvre future.

L’ovoïde blanc est blessé. Entaillé, fendu, coupé, sculpté, mutilé, il souffre sous le coup des outils de l’Homme. Il se transforme, se trans-forme.

Peu à peu émergent… Un doigt ? Un ongle ? Un œil ? Anthropoïsation progressive. Ou animalisation. Ou… Tout est possible au créateur.

Une masse blanche. Qui n’a plus rien d’une masse. La lumière joue avec les creux et les reliefs, rompant la blancheur éclatante et projetant des ombres…

Alors apparaît l’œuvre. Sculpture intégrale. Pas de face cachée. Tout est fin. Tout est pur. Tout est Beau. Le galet travaillé par les mains de l’artiste se mue en œuvre d’art…

Que vois-je à l’horizon ?

Que vois-je à l’horizon ?

Une oie sauvage échappée de son escadrille ?

Elle fonce elle vole fend l’air et se perd…

Que vois-je à l’horizon ?

Un éclat de deuil dans le bleu du ciel ?

Il rompt l’harmonie de l’azur profond

Il explose et se dissémine dans l’air…

Que vois-je à l’horizon ?

Une vague folle se trompant de mouvement ?

Elle tourbillonne autour des rochers

Elle s’envole vers sa destinée

Elle se perd dans l’éternité…

Que vois-je à l’horizon ?

Une œuvre qui s’expose aux regards inexperts

Harmonie d’indigo

Renforcée par le blanc

Violentée par le noir

Spectacle exhibé à des yeux si pervers…

Transparence

« Quelle belle transparence ! » se disait la Sirène. « Un voile de lumière un voile de douceur »…

Pourtant les flots sont là, ils jaillissent et sombrent…

« Quelle belle transparence ! » répondit le Marin. « Car je vois la Sirène en ce petit matin »…

Pourtant Sirène est morte, morte désespérée

De n’avoir pu marcher…

Pourtant Marin est mort, mort désemparé

De n’avoir su nager…

« Quelle belle transparence ! » s’exclama le Soleil. « Je vais les ranimer »…