Je vous ai abandonné-e-s voici quelques jours à l’entrée de l’église. Il est donc largement temps d’en découvrir l’intérieur. Qui regorge d’éléments décoratifs en tout genre! Pénétrons donc par le portail roman tardif hyper-décoré bien caché, comme nous l’avons vu, par un portail beaucoup plus sobre…
A droite de l’entrée, un Christ sur un tombeau, figure relativement rare, me semble-t-il…
Découvrons maintenant la nef et le choeur.
Pour que vous compreniez mieux, un plan photographié dans l’église.
« L’église est dotée de trois nefs qui terminent par trois absides à l’extérieur et deux de plus a l’intérieur. Les voutes des bas-côtés sont à croisée d’ogives (xive siècle) et celles de la nef centrale sont des voutes en étoile de style gothique (xvie siècle). »
Il est vrai que les « plafonds » sont remarquables.
Avançons un peu dans la nef…
Deuxième surprise : deux chaires symétriques.
Cela signifie-t-il que les sermons se prononcent tantôt à droite, tantôt à gauche? Ou n’est-ce qu’un choix architectural? Un troisième étonnement devant la quantité impressionnante d’anges et angelots. Je crois n’en avoir jamais vu autant, même à Nice et en Ligurie!
Les évangélistes sont repérables à leur plume…
… et l’on peut se questionner sur le genre de Saint Jean.
Nombreuses sont les statues, et chacune interpelle, en particulier par l’expression des visages, mais aussi par tel ou tel détail, comme le petit diable tranchant avec l’angelot.
Et, pour en finir avec les « bouche bée », les statues de la Vierge, de la plus sombre aux plus « rayonnantes » (sens propre comme figuré!)…
Avant de quitter les lieux, un regard sur l’orgue, de taille relativement modeste, qui m’a également intéressée par ses tuyaux horizontaux.
En rédigeant cet article, j’ai découvert le sens de « chamade » !
“Tuyaux en chamade”
Expression pour parler de tuyaux à anches placés horizontalement et en dehors de l’orgue, généralement sous la façade, c’est-à-dire près du sommier. Dans ce cas le son de ces tuyaux est projeté directement vers l’auditeur, ce qui produit un effet surprenant et éclatant. Cette manière de faire provient des orgues espagnols du XVIIIe siècle où l’on trouve les Trompettes de Bataille faisant l’écho aux Trompettes réelles installées verticalement dans l’orgue. On a également placé horizontalement des jeux d’anches à pavillon court. (source)
Un dernier détail amusant dans le baptistère : les fonts baptismaux sont surmontés d’un couvercle. Un système à poulie mobile permet de l’ouvrir et le fermer…
Ingénieux et néanmoins élégant, non?
Quittons l’église San Miguel pour le centre du bourg, que je vous présenterai prochainement…
Comme je n’ai pas pu « monter » à la chapelle d’où a été prise cette vue, je l’ai empruntée sur cet article que je vous conseille de lire…
« Ainhoa », c’est « la petite colline », comme le « gain » que l’on trouve dans de nombreux toponymes, comme Bordagain…
« Le nom du village d’Ainhoa apparaît dans les archives au 13ᵉ siècle, aynoa en 1238, sans le -h-, et quelques années après, en 1243, aynhoa et aynho, avec le -h-. Le -h-, non aspiré, et même muet, nous indique la marque d’une ancienne palatalisation de la nasale. En d’autres termes, cela signifie que le nom a jadis dû être prononcé [Aiñoa], avec un -n-mouillé, un -ñ-. La forme Agnoa figure d’ailleurs dans l’enquête linguistique et toponymique dite de Sacaze, réalisée en 1887 dans l’ensemble des départements pyrénéens. Cette forme « mouillée » semble avoir disparu, car aujourd’hui, on dit simplement Ainhoa. » (Source)
Je ne connaissais pas le village d’Ainhoa, et ai souhaité aller le découvrir. Ce que je n’ai pas regretté, loin de là. Tout en me disant qu’il valait mieux le voir « hors saison » que lorsqu’il était envahi par une horde de touristes. Car des touristes, il doit y en avoir parfois, à en juger par la quantité de boutiques et de restaurants sagement alignés le long de la rue principale! Cette même artère bordée de maisons aux façades toutes plus belles et/ou intéressantes les unes que les autres.
Une spécificité, outre les colombages : le nom du ou des propriétaires, à certaines époques, est indiqué par une plaque.
Un incontournable : l’église et le cimetière qui l’entoure, avec une jolie vue sur la vallée.
Bien sûr, de nombreuses stèles discoïdales.
« Composée de deux parties distinctes, la stèle discoïdale superpose un carré (ou trapèze) et un cercle. Symboles universels, ces deux formes disent la fonction du monument : le passage du carré au disque suggère celui du défunt de la terre vers le ciel.
Ces stèles sont l’œuvre d’artisans, tailleurs de pierre, qui maîtrisent la technique du champlevé pour la réalisation du décor. Elle consiste à faire émerger les motifs en évidant la surface de la pierre, créant face au soleil des effets changeants et des jeux d’ombre d’une grande force décorative. » (Source)
Certaines inscriptions rappellent que le Pays Basque n’est pas en France…
Le porche de l’église est surprenant, traversant et orné d’un beau double escalier en colimaçon.
Pénétrons dans l’édifice. Typiquement basque, avec ses tribunes… Mais le plafond est exceptionnel.
« Au XVIIe siècle a été créé le somptueux plafond en pitchpin à six caissons lambrissés. Une merveille de la charpenterie basque, unique en son genre, au moins au Pays basque Nord. » (Source)
En y regardant de plus près, deux surprises. La première, c’est le motif décoratif…
Vous ne rêvez pas! Ce sont bien des piments d’Espelette. Il faut dire que les deux bourgs sont proches…
La seconde se trouve dans le tableau. Observez bien. Que regarde le nourrisson?
Pas du tout sa mère! Mais le vaste monde… ou vous?
Une autre Vierge à l’Enfant originale : la statue proche de l’entrée. Difficile à photographier, mais j’ai tenté…
« Statue de Notre Dame de l’Arantza (Aubépine se dit « arantza » ou « elorri » en basque).
Selon la tradition, la Vierge serait apparue à un jeune berger au-dessus d’Ainhoa, près d’une source qui jaillit sous un buisson d’aubépine. Une tradition en tous points semblable à celle qui prévaut pour le sanctuaire d’Aranzazu, au-dessus de l’université d’Oñate en Guipuzcoa, lieu de pèlerinage célèbre depuis le XVe siècle.
Selon la coutume, le lundi de Pentecôte, une procession part de l’église Notre-Dame de l’Assomption au bourg pour se diriger vers la chapelle Notre Dame d’Arantza érigée sur le lieu supposé de l’apparition. » (Source)
C’est la chapelle d’où a été prise la vue initiant cet article… La voici, photographiée par un ami.
Une autre statue a retenu mon attention.
Je n’entrerai pas dans les détails de tout ce qu’offre cette église d’apparence si modeste, mais m’attarderai sur l’un d’entre eux.
Surprise de voir cet animal et ses petits sur l’autel, j’ai voulu m’enquérir à ce sujet. Heureusement, dans un coin de l’église, j’ai trouvé des feuillets plastifiés, fort abîmés hélas, qui m’ont permis de comprendre. Voici l’extrait concernant l’explication…
Si vous passez par là, prenez le temps de placer une pièce pour voir s’éclairer l’édifice, et vous bénéficierez en outre d’un bel accompagnement musical ! A propos de musique, n’oublions pas l’orgue.
Bon, d’accord, on ne le voit pas… Par contre, on admire le décor.
Dommage que la loi entraîne de telles violations de l’esthétique! Suivons donc le panneau et sortons, car il est temps pour moi d’aller faire une visio. Avantage et inconvénient du télétravail! Mais où la faire? Je me dirige vers un café restaurant proche de l’église et explique mon cas, sans trop y croire. Et, à ma plus grande surprise, le patron accepte de me recevoir. Non seulement cela, mais, comme le restaurant n’ouvre pas ce jour-là, il me laisse la salle entière pour que je puisse procéder tranquillement à la visioconférence, afin d’éviter d’être dérangée comme ce pourrait être le cas dans la partie « salon de thé ».
Je profite donc de cet article pour le remercier, ainsi que son aimable personnel et le barman qui m’a préparé un délicieux Moscow Mule… Ah! j’allais oublier de donner le nom de ce bel établissement où je me suis promis de retourner pour un repas dans cette ambiance si sereine. C’est la Maison Oppoca.
Le temps a été trop court pour découvrir tous les trésors de ce bourg, il va donc falloir que j’y retourne lors d’un prochain séjour… ou que je lise cet ouvrage qui lui est consacré?
Tous les ans, le 15 août, le port de Nice vibre aux couleurs non plus noire et rouge, mais blanche et bleue. Les pointus sont décorés, fleuris, embellis. Les marins se vêtent de blanc, avec une petite touche de bleu. La circulation est suspendue, et la foule assiste à la procession de la Vierge qui sort de l’Eglise de l’Immaculée Conception, face au port, traverse les quais et est embarquée sur un pointu, avec le prêtre qui va bénir les frêles embarcations et leurs propriétaires. Normalement, des pêcheurs. Mais depuis quelques décennies ils se font de plus en plus rares, comme je le disais dans un article où je présentais cette cérémonie. Ensuite, une messe est célébrée sur les quais, en grande pompe, par l’évêque et toutes ses troupes, en présence des élu-e-s, des habitant-e-s et de nombreux touristes, en milieu d’après-midi. C’est une des grandes traditions de la ville, que respectent tous ses habitants, quelles que soient leurs religions ou leur athéisme.
Cette année, pas moyen de trouver trace d’une annonce de ces festivités sur les sites, ni même dans les journaux. Et difficile de voir, sur le site consacré aux horaires des messes, s’il y en aurait une ce jour-là, vers le port. J’ai quand même réussi à en trouver une, annoncée à 18h30 dans l’église dont je parlais plus haut. Curieuse, je m’y rends. Eglise parée de bleu et blanc, mais vide, si l’on excepte quelques grenouilles…
Une Vierge au-dessus de l’autel, une autre sur le côté…
… et le troisième de l’autre côté…
Les cierges rouges ont été complétés par des bleus et blancs, ce qui donne un air républicain à la statue… mais n’est-ce réellement qu’une impression???
Aucune n’est donc de sortie en ce jour de l’Assomption. Pas de fête donc? En fouinant, je découvre une petite affiche sur la porte.
Des personnes errent, en quête de la messe. Je leur montre l’affiche… Il ne leur reste qu’à tenter d’aller voir sur ce quai, situé de l’autre côté que celui où se déroule habituellement les festivités. Aucune procession en vue. Toujours mue par la curiosité, je fais de même. Tiens, tiens, petite agitation du côté des pointus. Et des gerbes de fleurs?
Visiblement, on les prépare!
Je continue à avancer, et aperçois, au loin, d’autres embarcations parées qui défilent dans l’indifférence générale.
Pas de bateau avec prêtre, mais, au loin, j’entends des chants. Je m’approche. Chants nissarts…
Dans un rectangle ceint de barrières, entourés du bleu non de la Vierge mais des uniformes de police, municipale et nationale, et de gendarmerie, plus des soldats armés, quelques personnes sont là pour assister à la messe prévue. On les a fouillées à l’entrée! Et il y a bien un orchestre typique. La Cimarde? Je ne sais, je suis trop loin pour le voir. Je repars donc, et trouve cette fois des équipages qui déchargent les gerbes de leur pointu. Il s’est donc bien passé quelque chose. Une bénédiction en cachette?Quelques Niçois ont compris, et viennent récupérer les fleurs. Des touristes de passage par là demandent s’ils peuvent aussi en avoir. On leur en donne. Et c’est ainsi que j’ai pu offrir à ma voisine, le lendemain, ce joli bouquet…
L’église de Saint Nectaire est l’une de celles que j’admire le plus. D’abord, parce qu’elle est de mon style préféré, le roman. Ensuite, parce que la pierre volcanique lui donne une teinte sombre remarquable. Enfin, pour sa situation, sur ce promontoire dominant la vallée. Mais je pourrai désormais ajouter une quatrième raison : son acoustique exceptionnelle.
Comme je l’ai précédemment narré, je venais y écouter un concert de la chorale francilienne Philomèle (alias « Rossignol »), dans le second répertoire qu’ils et elles interprètent cette année. J’avais entendu le « mozartien » en juin à Saint-Jacques-du-Haut-Pas, dans le 5ème. Cette fois, un florilège de « musique orthodoxe, baroque et classique ».
Un petit tour à l’église en arrivant : les choristes sont bien là, en train de répéter. Un petit verre au café voisin… Une bière locale, bien sûr!
Pleine de saveurs et de finesse, dégustée en admirant l’église.
Un amusant ballet commence alors. Les choristes sortent, en petites grappes, en habit de « touristes ». Musicien-ne-s ont leur instrument à la main. Elles et ils partent vers le haut. Par la suite, j’apprendrai qu’on leur a préparé un vestiaire dans le local de l’association s’occupant de la paroisse. Puis les revoici, dans l’autre sens, entièrement revêtu-e-s de noir. Certain-e-s ont déjà mis leur écharpe ou leur pochette (rouge, jaune ou orange). D’autres les tiennent en main. Quand tout le monde est passé, direction le porche, puis l’intérieur des lieux.
Commence enfin le concert. D’abord avec « le petit choeur ». Les autres se tiennent près de nous, dans les travées latérales. Le chef explique le programme, présente les compositeurs, resitue les oeuvres..
Il dirige avec passion chanteurs/euses et musiciennes (violon, violoncelle et orgue). Une soliste laisse coi le public, avec un Ave Maria très difficile à interpréter.
Le Soleil descend, et les rayons, pénétrant par le portail laissé ouvert, viennent taquiner les artistes placés au centre du dernier rang. On le voit éblouir le premier…
… puis venir taquiner mon ami José Dhers…
… avant de mettre en lumière son voisin, en train de se désaltérer…
A la fin, les choristes se déplacent, et viennent entourer le public. Ce dernier morceau restera inoubliable, je pense, pour les auditeur-e-s présent-e-s! Un instant d’émotion intense. C’est hélas le moment de se séparer. Pour ma part, je vais revoir la Vierge en majesté dite « Notre-Dame-du-Mont-Cornadore » (le site des eaux réputées de la ville thermale).
Hélas maintenant elle est enfermée dans une vitrine qui cache une partie de sa beauté.
Inutile de vous dire combien j’étais déçue! Par contre, je suis toujours aussi effrayée par le buste de Saint Baudime, reliquaire en chêne recouvert de cuivre repoussé et doré.
Il est temps de quitter l’église pour aller dîner, car ici, on mange tôt. Encore plus ce soir, nous apprendront les serveurs/euses, car il y a une soirée à Murol, avec défilés et feu d’artifice, et le personnel veut y assister!
Pendant que je me régale d’une tartelette au Saint Nectaire et d’une part de tarte aux myrtilles (oui, je sais, pas très équilibré, ce repas!) avec un verre de Chanturgue, le couchant sublime l’architecture romane…
Puisque j’en suis à faire une sorte de « pélerinage » sur les lieux de mon enfance et adolescence, autant continuer… Direction « le dolmen », car je veux retrouver la prairie prêtée à mes parents pour y placer leur caravane, par le docteur Roux (neveu du collègue de Pasteur), pour que mon petit frère puisse faire tranquillement sa cure chaque année. Une calamité, vous l’imaginez, pour l’enfant, et encore plus l’adolescente que j’étais! Plus de copains ni copines. Je n’ai jamais autant lu, enfermée dans ma tente. Notamment, je me souviens, toute la série des « Jalna ». Renny Whiteoak m’avait séduite! Voiture garée, reste à explorer à pied. Sans avoir trouvé le dolmen, je reconnais la prairie, et revois en images la caravane et son auvent, et les deux petites canadiennes à sa gauche. Il faut dire que films et photos familiales ont aidé à visualiser les souvenirs! Une pensée émue pour le médecin, doux et gentil, qui aimait tant son petit malade, accompagné année après année. En recherchant son nom sur le net, je viens d’apprendre qu’il était également maire de la ville. Sa villa s’appelait… « Villa du Dolmen »… Nous étions donc bien dans sa propriété!
« La Villa du Dolmen appelé aussi la Villa du Dr Roux ». Mr Roux a été Maire de St Nectaire de 1945 à 1965 et il était aussi un médecin réputé. » (source)
J’ai aussi découvert qu’il avait publié un livre en 1978…
Une fois le terrain trouvé, il ne reste plus qu’à chercher le dolmen. Et il est bien là, juste à côté! Pour info, si cette période vous intéresse, il y a 6 mégalithes sur la commune de Saint-Nectaire : deux dolmens et quatre menhirs.
La nuit tombe, et l’église est désormais éclairée. Pardonnez la mauvaise qualité de l’image, mais je voulais terminer par ce spectacle, plus beau en réalité qu’en photo…
Non, ce n’est pas de musique ni de choeur dont je vais vous parler aujourd’hui… Quoique la musique soit bien présente dans le film, mais davantage en écho au scenario et à ses fondements qu’en accompagnement de l’intrigue, contrairement à d’autres musiques de films. Film… le mot est lâché… car c’est du 7ème art dont il est question. L’affiche est elle-même riche de symboles, que je vous laisse découvrir.
« Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur ! Il s’est penché sur son humble servante ; désormais, tous les âges me diront bienheureuse. »
Qui est « l’humble servante » dans cette oeuvre si forte? La Vierge, statue abîmée abritée par des lierres en une cache sylvestre, à qui l’adolescent confie le canif avec lequel il s’auto-mutilait ? Sara la Kali, que les Gitan-e-s honorent chaque année, le 24 mai, aux Saintes Maries de la Mer? La transgenre, dont le certificat de décès révèle qu’elle a pu devenir puis rester prêtre pendant des années et sur laquelle va enquêter la chancelière diocésaine? Cette dernière elle-même, dont on découvre progressivement le drame et la richesse de sa vie passée? La jeune diacre, qui s’épanouit dans l’exercice de ses fonctions… en attendant de pouvoir devenir prêtre? Autant d’avatars de la Femme placée devant les injonctions limite contradictoires de l’Eglise catholique…
Vous le voyez, le scénario est riche… un peu trop foisonnant peut-être, il aurait pu être « purifié » à mon sens. Mais un film étonnant, prenant, émouvant à plus d’un titre, qui questionne la place des femmes dans cette Eglise qui devrait être ouverte sur le monde et accueillir chacun-e en égalité… Rassurez-vous, ce n’est pas un plaidoyer. Mais l’intrication d’histoires personnelles qui entrent en résonances.
Bref, j’ai été totalement séduite. Et le jeu des acteurs et actrices est impressionnant. Berléand assume les contradictions de son personnage. La jeune Anaïde Roland-Manuel, alias Anaïde Rozam, est lumineuse. Le choix de cette actrice a-t-il été guidé par sa ressemblance avec l’une des héroïnes du film italien au titre similaire, sorti en 1993, qui porte, lui, sur le Moyen-Age?
Avouez qu’il y a une troublante ressemblance entre la novice du film italien, incarnée par Consuelo Ferrara, et la diacre du film français, non?
Les critiques n’ont pas été tendres avec ce film. Et certains de mes amis ont trouvé le jeu de Karin Viard inégal. Mais je n’ai pas honte de dire que j’ai apprécié. Pas pour le côté « féministe ». Il est surpassé par le côté « quête de spiritualité transculturelle, transgénérationnelle, trans… tout ce que vous voudrez »…Si vous ne craignez pas les salles obscures en ce début d’été, filez vite voir ce film, vous y trouverez beaucoup de Lumière(s)…
Je vous ai laissés dans le précédent article au Guilvinec, en train d’admirer les photos près du petit phare abandonné.
A propos du Guilvinec, savez-vous qu’un auteur de chansons porte ce nom? Yves-Marie Le Guilvinec (en réalité, Yves-Marie Le Core) a vécu en pays goelo et non bigouden. Vous connaissez peut-être « La Cancalaise« ? C’est de lui… Un chanteur. Un marin. Un poète. A la vie brève, puisqu’il disparut en mer à l’âge de 30 ans, « ivre de calva, de tafia, de vin rouge et d’anis pur ». (L’Obs, 2 avril 2020) ».
Un livre lui a été dédié, racontant la biographie de ce pêcheur de morue sur les grands bancs de Terre-Neuve.
Remarquez-vous quelque chose sur cette couverture? Vous connaissez sans doute l’un des auteurs, mais ne l’attendiez pas là… Eh oui, François Morel est bien celui que vous regardez ou écoutez parfois. Il a trouvé chez un brocanteur des textes du marin poète, et s’en est emparé pour les chanter.
Mais revenons sur la côte de « Bigoudénie »… Nous allons quitter les rives du Steir et les marins de ce qui est devenu le 3ème port de pêche de France. Non sans évoquer leur cantique, répertorié dans un ouvrage que vous pouvez lire en ligne et dont voici la traduction en français.
« …Tout comme vous grands apôtres Nous allons tous les jours sur la mer bleue. Notre pauvre petit bateau est souvent bien balloté Et c’est miracle qu’il ne sombre pas (…) Sainte Anne, pendant toute notre vie Soyez notre mère, soyez notre patronne ; Du péché, des écueils Préservez les habitants de Guilvinec »
Ce n’est pas Sainte Anne, mais sa fille que je remarque, dominant un carrefour à la sortie du bourg de Treffiagat, aux portes du Guilvinec.
Je ne disserterai point aujourd’hui sur les épis de blé aux pieds de la Vierge… ce sera peut-être l’objet d’un autre article, un jour… car il y a beaucoup à dire. Par contre, j’ai été intriguée par les phrases sur la colonne.
Vite, Internet à mon secours! C’est ainsi que j’ai découvert qu’il existait un chant portant en titre la première des phrases.
« Titre breton (normalisé) : Gwerc’hez Vari Titre français (normalisé) : Vierge Marie Auteur (normalisé) :Salaun (Jean-Marie) ? Date de composition : 1879-09-12 Genre : En vers Langue : Breton Résumé :
Gwerc’hez Vari, j’aime ton nom ! (Passage en revue des tous ceux qu’elle protège : l’enfant dans son sommeil, la jeune fille et ses rêves, le combattant, le paysan, le marin dans la tempête, le pâtre, le pauvre attendant le paradis.). »
En effet, cela signifie « Vierge Marie » en breton… Une autre chanson porte ce titre, en y ajoutant la gloire : Gwerc’hez gloriuz Vari, chant collecté par Théodore Hersart de La Villemarqué dans le 1er Carnet de Keransquer. J’ai eu plus de mal pour la suite, tant l’orthographe des mots en breton peut varier… Cela signifierait, si j’ai bien compris « Protège nos terres ». Ce serait donc la prière, cette fois, non des marins, mais des cultivateurs des environs.
Quittons Ar Gelveneg (la pointe rocheuse) pour longer la côte vers l’ouest.
Route buissonnière pour le retour, par la côte de dunes et Loctudy.
En passant, je remarque un cimetière « anglais », dont les tombes sont plantées dans la pelouse autour d’une église. Arrêt immédiat pour aller le voir de plus près.
L’église paraît peu intéressante, de l’extérieur.
Je pousse cependant la porte et découvre une magnifique église romane, étonnamment bien conservée.
Une série de bannières – pardon, banielou – orne les murs. Elle rappelle l’importance des processions religieuses, des pardons, en terre bretonne. On en compte plus de 1000!
Remarquez, sur celle de la patronne de la Bretagne, les deux cordons qui l’équilibrent. Porter une bannière n’est pas simple. Et l’incliner encore moins. C’est sportif, comme en témoigne un article du Télégramme au mois de mai 2022.
« Vendredi soir, quelques-uns des quinze porteurs de bannières de la paroisse de Minihy-Tréguier s’étaient donné rendez-vous à l’église Saint-Yves de Minihy-Tréguier pour s’entraîner à cet exercice pour le moins très physique : le porter de bannières. « Tout est dans la technique et la souplesse », indique Yves-Marie Le Cozannet, fidèle de la première heure. Car si les bannières, au nombre de trois, pèsent entre 13 et 16 kg à la verticale, il en est tout autre lorsqu’il faut les incliner lors du salut des bannières. Pour rappel, les porteurs saluent à plusieurs reprises lors du Grand pardon de Saint-Yves : à l’arrivée du saint dans sa paroisse à la croix de mission, à sa sortie de l’église et lorsqu’il quitte Minihy-Tréguier. »
La crèche est encore en place, et je me demande au passage l’origine des couleurs LGBT disposées devant elle.
A la sortie, tour de l’église pour aller en voir le chevet. Disproportionné par rapport au clocher… ou l’inverse?
A proximité, une salle abrite une exposition présentant les nombreux édifices religieux du pays bigouden.
A Loctudy, pas de « demoiselles » non plus, depuis une semaine. Avez-vous deviné de quoi il s’agit? C’est le nom donné aux langoustines du pays.
« Symbole de la pêche en pays bigouden, la langoustine vivante, nommée affectueusement la demoiselle du Guilvinec mais aussi de Loctudy ou de Lesconil, est la reine des plateaux de fruits de mer.
La fierté du Guilvinec, c’est ce crustacé à chair rose qui peuple la façade Atlantique nord de l’Islande au sud du Portugal, aux pattes fines, aux longues pinces, à la chair blanche et délicate : la langoustine. Appréciant les fonds meubles, sableux et vaseux où elle aime à creuser son terrier, elle en sort pour chasser et se nourrir au lever et au coucher du soleil de crevettes, mollusques et autres équinodermes tels les étoiles de mer et les oursins. Moment idéal pour la capture… » (source)
L’heure tourne, et nous arrivons à Pont l’Abbé.
Halte aux superbes halles de la ville, pour vérifier que, là non plus, on n’en trouve pas. J’avais le souvenir d’avoir acheté là pour Noël des crustacés fraîchement pêchés, que le poissonnier avait cuit directement sous mes yeux ébahis… Rien non plus depuis une semaine. Grande cohérence des informations, donc, et l’on n’essaie pas dans ce pays de nous vendre des langoustines venues d’ailleurs…
La nuit tombe, il est temps de rentrer. Le dîner se fera sans « demoiselles », hélas!