Un petit arrêt à la sortie du village de L’Herbe… pour tout dire, il s’agissait de rechercher un endroit « tranquille » car aucun lieu trouvé pour ce que vous devinez… Et, dans ce recoin espéré, une trouvaille inattendue : une chapelle! Qui plus est, très intrigante.
Chapelle ou mosquée? Plutôt la première, à en juger par la croix… Mais pourquoi ce style mauresque? Approchons-nous… Des inscriptions en latin « Gloire à Dieu ». C’est bien catholique, ça. Mais une autre en arabe « Marhaba », « Bienvenue »… Etrange, non?
Vous avez aussi sans doute remarqué que les croissants de lune, symboliques de l’Islam, y sont très présents ? Pénétrons maintenant dans cet édifice pour mieux comprendre…
Eléments d’architecture et de décoration évoquant les pays d’Orient, mais le reste peut sans nul doute être relié à la religion catholique. C’est donc bien une chapelle… D’ailleurs, vous avez repéré la crèche, n’est-ce pas ?
Plutôt moderne, non? Et il manque un roi mage… Quant à l’ange, il est plutôt discret!
La lumière est omniprésente, et joue avec les vitraux.
Du plafond pendent un lustre d’inspiration orientale et un voilier hélas dé-voilé.
Au-dessus de la porte, un élément de type « moucharabieh », une rosace au coeur de laquelle se distingue une lyre, instrument né en Mésopotamie, adopté en Egypte, et parvenu jusqu’à nous par l’intermédiaire des Grecs. Encore un clin d’oeil à d’autres cultures…
Alors que je me dirige vers la sortie, mon regard est attiré par un tronc à la forme ambigüe.
Il est temps de sortir rejoindre le groupe qui m’attend dans les voitures. Le Bassin est tout proche.
L’ombre que vous voyez n’est autre que celle d’un magnifique pin qui ploie sous le poids des ans et la force des vents.
Vous l’avez peut-être remarqué sur la première photo de cet article : un panonceau explicatif apporte des informations sur cet endroit. En voici quelques extraits.
La chapelle faisait partie d’un ensemble comportant aussi une école et une demeure bourgeoise, la « Villa Algérienne », sise dans un vaste parc.
Un site de cartes postales anciennes, « Ferret d’Avant » présente de nombreuses vues de la Villa, dont on voit ci-dessous le mini-golf et le débarcadère.
Il avait fallu au propriétaire l’autorisation du Président de la République, René Coty, pour construire cette chapelle privée, mais ouverte au public, qui, auparavant, devait se rendre en pinasse de l’autre côté du bassin ou franchir les kilomètres qui séparent le lieu des premières églises.
En préparant ce texte, j’ai aussi appris que le style mauresque est assez répandu sur le Bassin d’Arcachon. Mais c’est une autre histoire…
J’ai déjà écrit, sur ce blog, un article présentant la Villa Paloma. Celles et ceux qui l’ont lu comprendront que j’aie eu envie d’y retourner.
Ce que j’ai donc fait après la visite du Pavillon Bosio. Et, pour la première fois, j’ai pris le bus qui serpente à travers Monaco et Monte Carlo, menant du Musée océanographique au Jardin exotique. Presque une demi-heure, qu’on ne voit pas passer tant il est intéressant de découvrir un autre Monaco, à travers la population qui prend ce bus, par exemple pour aller au marché Place d’Armes, ou pour vaquer aux occupations quotidiennes. Car il y a bien, dans cette ville, une population qui est loin des fastes et de la richesse, et qui profite des transports en commun parce qu’elle n’a pas, ou plus de véhicule personnel.
D’un terminus à l’autre, on peut aussi découvrir les différents aspects de la ville, et les étonnants mélanges d’architecture…. Me voici arrivée « tout en haut » (ou presque) : la villa Paloma jouxte le Jardin exotique. Les fenêtres offrent une vue plongeante, comme le montre cette photo empreinte de « japonisme » (plongée, poteau, « grille », voile – j’ai bien appris ma leçon, lors de la conférence à Nice!).
J’y retrouve deux oeuvres qui ont changé : normal, elles exploitent la mouvance de la nature. L’une, parce qu’elle est composée à partir de peaux d’agrumes;
l’autre, parce que des plantes y poussent dans des chaussures, qui elles-mêmes vieillissent…
L’exposition du moment ? La casa ideale, de Pier Paolo Calzolari. Au départ, surprenante… des salles quasiment vides. Dans l’une, une bande de métal…
Dans une autre, des quasi-monochromes blancs un peu « ocre » avec quelques objets.
Mais peu à peu je suis entrée dans l’esprit de l’artiste, et me suis prise au jeu.
Il est des « oeuvres » qui m’ont questionnée sur le sens de ce qualificatif, comme celle-ci:
Un bruit au fond du couloir, étrange, comme un grincement répété à l’infini. Je découvre un petit porcelet rose, comme coincé dans une porte…
Mais d’autres m’ont séduite, comme celles qui suivent.
Approchons-nous, si vous le voulez bien…
Sur le mur qui lui fait face, cette phrase :
Après le bois, la fleur… La nature est souvent présente, d’une manière ou d’une autre, dans les oeuvres. Ainsi ces pétales qui forment le fond de ce « specchio oro portrait »…
… et ces feuilles de tabac qui forment comme une guirlande au bout de l’expression en lumière…
Il m’a cependant fallu voir l’entretien filmé dont j’ai pu profiter seule dans la salle de projection, pour mieux encore le comprendre, et saisir son rapport au monde, au langage, à la poésie. Vraiment très intéressant!
Un dernier regard sur le vitrail qui orne l’escalier, aux oiseaux éponymes de la villa, et je redescends vers le Rocher…
« Cette œuvre m’a demandé quatre ans d’un travail exclusif et assidu, et elle est le résultat de toute ma vie active. Je la considère malgré toutes ses imperfections comme mon chef-d’œuvre. »
Ainsi Henri Matisse parlait-il de la Chapelle du Rosaire, à qui il consacra effectivement les années 1947 à 1951 (trois ans avant son décès). J’ai déjà vu maintes fois ce monument, mais je le revois toujours avec plaisir, comme à chaque fois que je le fais découvrir à d’autres. Pourtant, je ne suis pas une « fan » de cet artiste, même s’il est né dans une ville proche de mon lieu de naissance, et même si j’admire son oeuvre. Mais ce lieu aux lignes et aux décors épurés appelle profondément à la spiritualité, quelle qu’elle soit.
Venez avec moi, entrez…
Avançons jusqu’à l’autel… Matisse a conçu chaque objet, depuis le crucifix qui orne cet autel jusqu’à la nappe sacerdotale, brodée de poissons (regardez bien, vous en verrez 3 sur le pan visible sur la deuxième photo ci-dessous).
Un livre est ouvert à la date du jour… le texte fait écho à l’actualité : « Va d’abord te réconcilier avec ton frère… Mets-toi vite d’accord avec ton adversaire… »
La lumière filtrant à travers les vitraux de la façade sud se reflète dans les céramiques peintes de celle du nord, alors que le panneau du fond reste contrasté noir / blanc.
Si j’avais déjà vu la chapelle, je n’avais, par contre, jamais visité l’exposition qui relate sa conception. Elle est particulièrement intéressante, car présente des plans, des dessins, mais aussi des photos qui nous montrent les diverses phases de l’élaboration.
Hélène Adant (Hélène Mossoloff) a ainsi pris des clichés de l’artiste en pleine création. Pour information, cette photographe d’origine russe était la cousine de Lydia Delectorskaïa, qui fut le modèle et l’assistant de Matisse de 1926 à sa mort, sa dernière muse. Si vous voulez en savoir plus sur l’auteure des photos, voici quelques liens : ici et là…
On découvre qu’il y avait dans sa demeure une maquette de la chapelle, d’une taille lui permettant de créer in situ l’ensemble des vitraux et décors.
On le voit en train de concevoir le Christ qui orne l’autel.
On ressent une irrépressible émotion en lisant les extraits de missives manuscrites, comme celle-ci, qui questionne la préparation de la nappe ornée de poissons.
On le « voit » demander conseil aux religieux et religieuses qui lui apportent leurs lumières, comme ici pour les poissons, ou plus bas pour la conception du confessionnal.
Une photo le montre, peignant une esquisse en « grandeur réelle ».
J’expliquais dans mon précédent article que je le poursuivrais par deux autres. Voici donc le deuxième, que je consacrerai au fondateur légendaire de la ville, Saint Pol.
Kantik sant Paol
Sant Paol, patron benniget Hor bro gaer a Leon Ni’fell d’eomp oll ho karet Kennerzit hor c’halon Enn hon touez ho relegou ‘Zo hor brasa tenzor Evel gwechal hon tadou Ni rento d’eo henor
Saint Paul, patron vénéré de notre beau pays de Léon Nous voulons tous vous aimer Raffermissez nos coeurs Parmi nous, vos reliques sont notre plus grand trésor Comme autrefois nos pères Nous leur faisons honneur.
Kristenien vad Bro Leon En enor d’an Dreinded Ha da sant Paol, hor Paeron Hon tad meurbed karet Holl kanomp mil meuleudi Karantez ha bennoz Ra vo d’eomp-ni eun dudi E veuli deiz ha noz.
C’houi, hor patron benniget Diouallit ac’hahomp Er iec’hed hag er c’hlenved, Ouz-oc’h en em bedomp Keit a ma vezo reier Var bord aochou Leon, Grit ma vo nerzuz, tener, Ar feiz enn hor c’halon.
Je n’ai pas trouuvé la traduction des des deux dernières strophes. Si quelqu’un peut m’aider?
Je ne sais pourquoi on le désigne par un nom plus complet : Pol Aurélien. Peut-être pour le distinguer du Paul romain?
Vous aviez remarqué le dragon sous les pieds de la statue? C’est à cet animal si symbolique que je vais consacrer la suite… Mais continuons au préalable avec la vie du Saint, en particulier la cloche censée lui avoir été apportée par un poisson (d’avril?). Une autre version raconte qu’elle aurait été découverte dans le ventre d’un poisson présenté comme mets lors d’un repas.
Trois verrières sont consacrées à des épisodes de cette vie de légende. La première, à son entrée dans la « ville morte ».
La seconde le montre intimidant un superbe taureau (pour quelqu’une qui est du signe du Taureau pour les Occidentaux et du Dragon pour les Chinois, un homme à fuir!)
La troisième est bien sûr consacrée au terrassement du dragon, sur l’Ile de Batz toute proche.
La biographie de Pol Aurélien a été écrite par un moine au 9ème siècle. Cela donne des repères, même si l’on sait que l’on ne peut accorder tout crédit à ce type de Vita.
« D’après l’hagiographie, la Vie de Paul Aurélien, écrite en 884 par le moine Uurmonoc de l’abbaye de Landévenec1, Paul Aurélien serait un moine venu du Pays de Galles pour évangéliser le territoire des Osismes vers 525. Il aurait été le premier évêque de la ville, peut-être une abbaye-évêché sur le modèle irlandais. » (article fort bien documenté de Wikipédia)
Sa tombe est située devant le maître-autel.
Le dragon est représenté sur le mobilier funéraire de la cathédrale. Par exemple, sur le tombeau de Roland de Neufville (évêque de 1562 à 1613… ça fait 51 ans!!! pas mal, non?)
Un autre exemple : le tombeau de René de Rieux, évêque qui lui a succédé, monument provenant de l’abbaye du Relec.
Je n’ai pas réussi les photos des autres tombeaux, et vous devrez me croire sur parole. Seule la position de la lance varie…
Laissons là le Monstre et son Vainqueur, et dirigeons-nous vers les stalles pour admirer le travail et l’humour des menuisiers et (ou?) ébénistes… Mais ce sera l’objet d’un autre texte… A bientôt!
Après une agréable nuit sur la Baie de Morlaix, direction la ville. Pas question de quitter le coin sans être allée rendre visite à cette Gloire Bretonne de jadis, dont j’ai tant entendu parler. J’avais emprunté, la veille, à l’accueil du camping, un ouvrage pour me cultiver. Mais je dois bien avouer que je ne l’ai pas lu en entier!
Partons donc à la découverteUn joyeux bric-à-brac jouxte le théâtre catholique…
Le monument aux morts a un petit côté nationaliste (mais breton).
Le bar du coin fait référence à Robin des Bois….
… mais les bières quittent la Bretagne des Romans de la Table Ronde pour revenir au Pays Bigouden, pourtant loin de Saint Paul… et de Carhaix d’ailleurs.
Bien sûr, première destination, la cathédrale. N’oublions pas que cette ville fut le siège d’un des sept évêchés de Bretagne! La paroisse actuelle correspond à un doyenné de jadis, avec ses 19 « clochers », comme on dit.
« Le haut Léon est la partie occidentale de l’ancien évêché du Léon, dont la capitale était Saint Pol de Léon, ( en breton Kastell Paol ). Il s’étend entre la côte des légendes et le pays de Morlaix. Posées sur le littoral du Finistère, les communautés de la paroisse Saint Paul Aurélien du haut Léon sont implantées sur une terre fortement rurale mais qui possède également une facade maritime importante. La paroisse s’étend de la communauté de Tréflez à l’ouest, à celle de Locquénolé à l’est. »
Comme il y a beaucoup à dire sur la ville, je me propose de scinder mon propos en trois parties : les « étonnements », les « dragons », et « autres découvertes ». Commençons donc par ce qui m’a étonnée, en visitant la cathédrale.
« La cathédrale St Paul-Aurélien est en fait l’ancienne cathédrale du diocèse du Léon, lequel fut supprimé lors de la révolution française en 1790, seul restant le diocèse de Quimper. Cet imposant édifice de style gothique et d’influence normande a été construit entre le 13ème et le 16ème siècle. Ses fondations reposent sur les ruines d’une précédente église romane du 12ème siècle. La nef du 13ème siècle a été bâtie en pierre de Caen, ce qui est inhabituel pour la région. Le reste de l’édifice est en granit. L’abside, le chœur et les chapelles latérales datent des 15ème et 16ème siècles. » (source)
Entrons donc dans l’édifice.
En premier lieu, ce damier qui rend l’orgue si original.
Evidemment, le damier noir et blanc m’a poussée à faire des recherches sur le facteur d’orgue. Venu d’outre-Manche, le Stuartiste Dallam s’est réfugié dans la ville de Morlais, toute proche, et, durant son séjour, a conçu plusieurs orgues, dont celui-ci. Mon hypothèse s’est révélée confirmée par un article du Télégramme, faisant référence à des recherches que je n’ai hélas pas trouvées en ligne.
« Des travaux récents d’un jeune docteur en musicologie et histoire de l’art ont révélé à ce sujet un document de taille : le grand orgue de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon, cet extraordinaire instrument, serait, sans doute, l’un des témoins les plus éloquents et le moins discutable des idées maçonniques circulant dans l’entourage de la reine Henriette d’Angleterre, la mystérieuse veuve du symbolisme maçonnique, suivant certains auteurs. »
« Pour rappel, les historiens font remonter la fondation des premières loges sur le territoire français à l’installation au château de Saint-Germain de la cour des rois anglais catholiques Stuarts en exil, en 1649. Autour d’Henriette de France, fille d’Henri IV et veuve de Charles Ier d’Angleterre, décapité à l’instigation de Cromwell, et de ses deux fils qui régneront successivement sous le nom de Charles II et Jacques II, les fidèles catholiques écossais et irlandais dissimulaient derrière le secret maçonnique leurs agissements politiques en vue du rétablissement de la monarchie catholique en Grande-Bretagne. Après le retour de Charles II, à Londres, et le rétablissement de la monarchie anglaise sur le trône, en 1660, Robert Dallam rentra en Angleterre, et c’en fut provisoirement fini, en France, des relations de la musique et de la franc-maçonnerie. »
Les Dallam sont facteurs d’orgue de père en fils. Le père de Robert, Thomas Dallam, est à l’origine des orgues de Westminster et d’une partie de Canterbury. Outre la Bretagne, Robert a oeuvré à York, Oxford et Londres. Et son fils, Charles, est resté en Bretagne, où on lui doit de nombreux instruments.
Mes « étonnements » furent de divers ordres. Commençons par ce que je n’avais jamais vu ailleurs.
Au-dessus de l’autel, comme une grosse clochette florale. Qu’est-ce?
Visiblement, je ne suis pas la seule à l’ignorer, car un panonceau bien placé apporte les explications souhaitées.
Une liste des défunts et défuntes de l’année, mise en évidence par une sorte de petit retable.
Puisque nous parlons de mort, voici une autre source d’étonnement, pour ne pas dire d’effroi…
35 boîtes, sous forme de chapelles surmontées d’une croix, dans lesquelles sont placés des crânes, identifiés et datés. L’ensemble porte le beau nom d’ « Etagères de la Nuit ».
Mais laissons le côté sombre, pour parler de lumière… La cathédrale est astucieusement éclairée de lumière jaune qui mettent en relief architecture et décors.
Hier je vous ai laissé-e-s à la porte de l’église, tout en vous ayant alléché-e-s avec les artistes créateurs des vitraux et avec son architecture. Il est temps d’y entrer pour ce concert, dont l’affiche vous a peut-être séduit-e.
Le public est déjà installé (beaucoup de têtes grises et blanches!). Mais il reste un peu de temps pour observer l’environnement. les orgues, d’abord. Rien ne vous étonne? Regardez la photo…
Eh oui, elles sont placées en face de nous ! Pour ce qui me concerne, je les ai toujours vues dans le fond (ou, très rarement, sur le côté) des églises. Je suis allée vérifier sur le net, et vous pouvez faire de même, par exemple sur un site dédié aux orgues, un autre, très beau, sur les orgues à Saint Omer et dans l’Audomarois, et dans les photos de l’intéressant article dédié à l’histoire de l’orgue sur Wikipedia.
J’ai fini par découvrir le fin mot de l’histoire. Si vous revenez au plan et à ma description d’hier, on entre dans l’église depuis l’intérieur du bâtiment, et non, comme souvent, par un portail donnant sur l’extérieur. Vous me suivez? En 1931, l’orgue Abbey avait été placé « normalement », dans le fond.
« La construction du nouveau sanctuaire s’accompagna de l’installation d’un orgue de 47 jeux construit par la maison Abbey. Malheureusement, la compagnie fit faillite avant que les travaux soient terminés. La fin de la construction et du montage se fit à la hâte mais l’orgue souffrit de défauts de conception. Les tuyaux étaient placés dans une pièce annexe s’ouvrant en baie sur le sanctuaire. Cet emplacement, qui avait été jugé convenable par le facteur, s’avéra néfaste à la sonorité de l’instrument, le son ayant des difficultés à se projeter dans l’église malgré la pression du vent qui altère par ailleurs la beauté et la clarté des timbres.
De plus, la console était située dans le côté opposé de l’église. La transmission électropneumatique d’Abbey s’avéra extrêmement fragile, ajoutant au retard d’émission du son et causant de nombreuses pannes et réparations coûteuses. »
Petite parenthèse ; je vous invite à aller découvrir l’histoire de la famille Abbey, qui oeuvrait à Versailles, puis à Montrouge; c’est passionnant! Et on y découvre que 1931 marque justement la fin de cette aventure familiale.
« le 1er août 1930, John Abbey meurt. Son fils John Marie décède à son tour le 28 octobre 1931. L’entreprise ferme définitivement ses portes. Les derniers orgues fabriqués sont ceux de l’église Sainte-Anne de la Maison Blanche, 1927-1928 (actuelle église Sainte-Anne de la Butte-aux-Cailles), de la Chapelle Sainte-Thérèse de l’Œuvre des orphelins d’Auteuil (actuels Apprentis d’Auteuil) et de l’Église américaine de Paris.«
Peut-être les problèmes de l’orgue Abbey sont-ils liés aussi à cette époque perturbée pour l’entreprise et ses créateurs?
Bref, il fallut le remplacer. Mais les ennuis ont duré une vingtaine d’années, et ce n’est qu’au début des années 50 que le projet fut amorcé par l’organiste titulaire, Edmond Pendleton.
Un organiste qui sort du commun… Né en 1899 à Cincinnati, il fit des études de composition, et devint ensuite chef d’orchestre. Puis tour à tour, pour gagner sa vie, saxophoniste et pianiste, puis organiste improvisateur (c’est là que nous le rencontrons). Il reprit la composition pendant la seconde guerre mondiale, dans les Alpes où il s’était réfugié, avant de revenir à Paris… jouer de l’orgue, entre autres. Il était ami, entre autres, de James Joyce, Ernest Hemingway et Pablo Picasso. (source)
Donc, la guerre finie, il se soucie de faire remplacer l’orgue à son retour. Mais ce n’est qu’en 1984 que la décision fut prise.
» Edmond Pendleton, organiste et chef de choeur de l’église de 1935 à 1975, amorça le projet qui se concrétisa seulement en 1984 lorsque le choix du conseil de fabrique se porta sur Rudolph von Beckerath. Suite aux leçons apprises de l’expérience précédente, il fut décidé que le nouvel instrument serait placé dans le sanctuaire contre le mur du fond du choeur. La conception de l’instrument, selon le « Werkprinzip », est due à Gerhard Scharenberg. Chaque plan sonore possède son propre buffet, le tout enchâssé dans un meuble de style gothique. Le récit (3è clavier) surplombe les claviers, les tuyaux sont en boîte expressive, à l’exception du jeu de Violprincipal 8′, en façade masquant les jalousies. Au centre du buffet, le Grand Orgue (2è clavier) avec les petits tuyaux du Principal 8′ en montre. Au sommet du buffet, le Positif (1er clavier), avec le Principal 4′ en montre. La Pédale est divisée en deux buffets encadrant l’ensemble, le Principal 16′ en montre.
La construction, en atelier, commença en juillet 1987 et dura neuf mois. L’instrument, opus 208 de la maison Beckerath, arriva à Paris le 7 avril 1988 pour être monté sous la responsabilité de Klaus Schmekal. Six sommiers, largement dimensionnés, construits en pin de l’Orégon, accueillent les 3328 tuyaux de fabrication artisanale dont 116 sont en bois (basses de Gedackt 16′, du Bordun 16′, de la Rohrflöte 8′; jeux de Violprincipal 8′ et Gedackt 8′) Les tuyaux de métal sont en alliage étain-plomb à 78% de Zn pour les Montres, 56% pour les Principaux, 46% pour les résonateurs d’anche et 36% pour les Flûtes. La préharmonisation de Hans Ulrich Erbslöh a été parachevée par Rolf Miehl et Timm Sckopp. Les motifs d’ébénisterie sont de Gunther Hamann.
L’inauguration se déroula du 7 au 9 octobre 1988. Richard Gowman (St. George’s Church), Connie Glessner (St. Michael English Church), Nicolas Gorenstein (Saint-Jacques-du-Haut-Pas), François-Henri Houbart (La Madeleine), Susan Landale (Saint-Louis des Invalides), Marie-Louise Jacquet-Langlais (Sainte-Clothilde), Gaston Litaize (Saint-François-Xavier) s’y firent entendre.«
Tout cela est un peu technique, et nous allons l’abandonner pour aller voir le vitrail situé au-dessus.
Hélas la photo est mauvaise, mais cela ne vous empêche pas de remarquer, comme moi, la beauté de la déclinaison de bleus… J’ai désespérément cherché sur le web une meilleure photo, en vain. (Par contre, vous pourrez voir tous les vitraux sur ce site d’un passionné.) Et vous pourrez aussi remarqué l’évocation de l’étoile de David, à 6 branches.
Quelques oeuvres décorent aussi les lieux, comme ce tableau que j’ai pu voir près du banc où je me trouvais.
Plus le temps, disais-je, car l’artiste arrive…
Bien sûr, vous ne verrez pas d’autre photo du concert, car je n’en prends jamais. Nous allons donc nous concentrer, si vous le voulez bien, sur la musique.
Liszt jeune
Le récital a commencé avec des pièces dont j’ignorais totalement l’existence : 6 consolations, de Liszt. Une très belle harmonie. Et, vraiment, « ça me parle »… Vous pouvez les entendre en ligne, il en existe de nombreuses interprétations, comme celle de Zilberstein. Pourquoi ce titre ? Il semble qu’il y ait deux hypothèses explicatives. L’une rattache le titre à celui d’un recueil de poésies de Sainte-Beuve, précédé d’une longue dédicace à Victor Hugo. L’oeuvre intégrale est accessible sur le net ici. J’ai beaucoup aimé les deux exergues, l’une de Chateaubriand et l’autre de Pétrarque.
« On ne hait les hommes et la vie que faute de voir assez loin. Étendez un peu plus votre regard, et vous serez bientôt convaincu que tous ces maux dont vous vous plaignez sont de purs néants. (René).
« Credo ego generosum animum, præter Deum ubi finis est noster, præter seipsum et arcanas curas suas, aut præter aliquem multa similitudine sibi conjunctum animum, nusquam acquiescere ». (Petrarca, de Vita solitaria, lib. I, sect. 1)
Je vous en ai choisi un sonnet, qui est précédé d’un vers d’Horace : « Fallentis semita vitae »
« Un grand chemin ouvert, une banale route À travers vos moissons ; tout le jour, au soleil Poudreuse ; dont le bruit vous ôte le sommeil ; Où la rosée en pleurs n’a jamais une goutte ;
— Gloire, à travers la vie, ainsi je te redoute, Oh ! que j’aime bien mieux quelque sentier pareil À ceux dont parle Horace, où je puis au réveil Marcher au frais, et d’où, sans être vu, j’écoute !
Oh ! que j’aime bien mieux dans mon pré le ruisseau Qui murmure voilé sous les fleurs du berceau, Qu’un fleuve résonnant dans un grand paysage !
Car le fleuve avec lui porte, le long des bords, Promeneurs, mariniers ; et les tonneaux des ports Nous dérobent souvent le gazon du rivage. »
Effectivement, des échos, dans ces poèmes, avec ce que j’ai ressenti en écoutant avec bonheur les six morceaux… Le recueil date de 1830, et les pièces pour piano solo, des années 1844-1849. Donc pas impossible…
La seconde hypothèse évoque le poème de Lamartine « Une larme, ou Consolation ».
« Tombez, larmes silencieuses,
Sur une terre sans pitié; Non plus entre des mains pieuses, Ni sur le sein de l’amitié !
Tombez comme une aride pluie Qui rejaillit sur le rocher, Que nul rayon du ciel n’essuie, Que nul souffle ne vient sécher.
Qu’importe à ces hommes mes frères Le coeur brisé d’un malheureux ? Trop au-dessus de mes misères, Mon infortune est si loin d’eux !
Jamais sans doute aucunes larmes N’obscurciront pour eux le ciel; Leur avenir n’a point d’alarmes, Leur coupe n’aura point de fiel.
Jamais cette foule frivole Qui passe en riant devant moi N’aura besoin qu’une parole Lui dise : Je pleure avec toi !
Eh bien ! ne cherchons plus sans cesse La vaine pitié des humains; Nourrissons-nous de ma tristesse, Et cachons mon front dans mes mains.
A l’heure où l’âme solitaire S’enveloppe d’un crêpe noir, Et n’attend plus rien de la terre, Veuve de son dernier espoir;
Lorsque l’amitié qui l’oublie Se détourne de son chemin, Que son dernier bâton, qui plie, Se brise et déchire sa main;
Quand l’homme faible, et qui redoute La contagion du malheur, Nous laisse seul sur notre route Face à face avec la douleur;
Quand l’avenir n’a plus de charmes Qui fassent désirer demain, Et que l’amertume des larmes »
Personnellement, j’adhère moins à cette dernière, car certaines des pièces sont plus joyeuses que cela. La troisième, d’ailleurs, serait un arrangement d’un air populaire hongrois, et la cinquième, un madrigal.
Scriabine à 24 ans
La deuxième oeuvre interprétée par la pianiste est de Scriabine. Je devrais écrire « série d’oeuvres » ou mettre le terme « oeuvre » au pluriel : Opus 11, 1 et 2, Opus 14. Prélude op.16 n°1. Plusieurs « opera » au sens latin du terme, qui d’ailleurs, je viens de le remarquer, ne s’emploie pas en français : on dit « des opus ». Bizarre! J’ai, de loin, préféré l’Opus 16 aux autres, car plus sensible et plus doux. Je vous conseille d’écouter son interprétation par Igor Zukhov. Si vous voulez en savoir plus sur Scriabine, il y a eu en janvier 2022, pour les 150 ans de sa naissance, une émission dédiée sur France Culture.
On avance dans le temps, avec Les Jeux d’Eau. Ecoutons leur compositeur en parler:
« « Les Jeux d’eau, parus en 1901, sont à l’origine de toutes les nouveautés pianistiques qu’on a voulu remarquer dans mon œuvre. Cette pièce, inspirée du bruit de l’eau et des sons musicaux que font entendre les jets d’eau, les cascades et les ruisseaux, est fondée sur deux motifs à la façon d’un premier temps de sonate, sans toutefois s’assujettir au plan tonal classique. » (Maurice Ravel, esquisse autobiographique, 1928)
Elle s’inscrit dans la lignée de Liszt, tout en réclamant fortement sa modernité. En l’écoutant, j’ai pensé à Saint-Saëns, mais j’ai appris par la suite que celui-ci l’avait détestée et traitée de « cacophonie » ! Désolée, Meister, je ne suis pas d’accord avec vous, elle m’a beaucoup plu.
Liszt au piano
Retour à Liszt en fin de concert, pour les Variations sur un motif de Bach. Moins adepte de ce genre de musique. Et je me suis demandée, en bonne ignare que je suis, ce que signifiait le titre. Jusqu’à ce que je comprenne qu’en réalité, il ne s’agit pas de reprendre son prédécesseur, mais d’adopter une technique.
« En musique, le motif BACH désigne le motif formé par les notes si la do si. Cette séquence de notes s’écrit B A C H en notation allemande (le si bémol s’écrit B et le si bécarre s’écrit H) et forme le nom de famille de Jean-Sébastien Bach.
La première occurrence de cette suite est due à Jan Pieterszoon Sweelinck — il est possible, mais pas certain, que celui-ci l’ait écrite en hommage à l’un des ancêtres de Johann Sebastian, eux-mêmes des musiciens réputés.
La notation allemande, particulière, permet d’écrire BACH en toutes lettres alors que la notation anglaise par exemple, ne connaît pas le « H », utilisé pour noter le si naturel. De même, le mi bémol, noté E bémol en notation anglaise, est un « Es », se prononçant comme la lettre « S », en notation allemande. » (Wikipedia)
Voilà, vous savez tout… ou presque… alors que pour ce qui me concerne, je n’en ai pas encore saisi toute la finesse…
Bref, ce fut un beau concert offert par cette pianiste, qui a joué avec beaucoup de finesse et de doigté pour un public hélas trop peu nombreux. Un seul regret de ma part : je l’ai trouvée un peu « froide ». Mais peut-être est-ce explicable? Je ne vous ai encore rien dit d’elle, et voulais finir par quelques mots à son sujet. Mais visiblement la communication est maîtrisée… Impossible de trouver une biographie autre que ce qui en est dit sur son site personnel. Elle y explique notamment son attrait pour Scriabine.
Si elle est très touchée par Brahms, Liszt et sa Sonate, la musique française, dans laquelle elle baigne depuis son enfance, Bach, vers qui elle revient toujours, c’est Scriabine qui entre puissamment en résonance avec ce qu’elle est aujourd’hui.
« Il rassemble maintes qualités que je recherche au piano : l’harmonie hyper sophistiquée aux couleurs raffinées, la superposition de mélodies créant de multiples plans sonores, la diversité des états émotionnels parfois opposés ; mais ce qui me touche plus que tout est la singularité de son imaginaire. »
Son dernier disque
Il est temps de tourner la page, la dernière des partitions et celle de ces belles découvertes. Un dernier regard « to the American Church ». Au fait, je suis maintenant capable de vous dire pourquoi « église » et non « temple » (vous vous souvenez de mon questionnement dans le précédent article?). C’est que les lieux accueillent différents cultes, diverses religions… Quant à moi, j’espère y retourner admirer les vitraux et écouter d’autres concerts…
Lors des promenades en bateau-mouche, incontournables quand on reçoit des « touristes », j’ai été questionnée par la présence d’une « Eglise Américaine » sur les quais. Je ne sais pourquoi, l’alliance de ces deux termes tenait pour moi de l’oxymore, dans la mesure où les religions sur le continent américain me semblaient nombreuses et pas toujours très compatibles. En tout cas non fongibles en une « Eglise », même si le sens premier du terme évoque l’idée de « communauté ». Que peut signifier « communauté » pour l' »Amérique »?
Bref, une énigme pour moi, qui se représente à chaque fois que je passe devant, ce qui arrive souvent car j’aime emprunter les quais pour traverser Paris d’est en ouest. ou vice-versa.
Belle occasion à saisir, donc, que cette annonce d’un concert un dimanche en fin d’après-midi, à l’heure où je reviens de Picardie, souvent en passant par l’ouest….
Une route difficile sous une pluie battante et avec un vent à décorner les boeufs, mais je suis arrivée à temps, grâce à une place de stationnement libre juste à côté de l’adresse indiquée. Après la longue route faite sans interruption, une visite aux toilettes s’imposait. Et j’avoue que j’étais aussi curieuse d’en voir un peu plus que la salle de concert… Cela m’a effectivement permis de descendre à l’étage inférieur… enfin, pas tout à fait. Car l’édifice se présente comme le Palais de Cnossos, en demi-étage (ou tiers, ou quart, je n’ai pas mesuré!).
Et j’y ai découvert une école, reconnaissable aux petits porte-manteaux, aux casiers et aux salles de classe. Mais aussi au fait que les cuvettes sont visiblement pensées pour de jeunes enfants!
Un élément m’a interpelée, que je vous livre ici.
Je ne sais si vous parvenez à lire le panonceau? « Catacombes »… Que sont ces « catacombes »? S’agit-il d’un accès à celles que nous connaissons? Mais nous sommes bien loin de leur entrée, Place Denfert-Rochereau!
Alors, selon mon habitude, je suis allée vérifier.
D’après ce plan et les explications données, impossible… J’ai vérifié sur d’autres plans, tout aussi impossible.
Et c’est finalement, au bout d’un certain temps de recherches, dans un exposé fait par celle qui était en 2003 la pasteure « de la vie communautaire », Madame Christine Blair, que j’ai trouvé la réponse. Je cite d’abord le début de son texte, qui permet de comprendre pourquoi cette église.
« Grâce aux secours que la France a donnés à la nation nouvelle-née des Etats-Unis d’Amérique, beaucoup d’Américains sont venus étudier, faire du commerce ou travailler en France au début du XIXe siècle. On s’est vite rendu compte que les Américains avaient besoin d’un lieu de culte ou d’une chapelle. Un petit groupe anglophone a commencé à se rassembler pour le culte en 1814, et en 1816, l’Eglise Réformée de France a permis l’utilisation de l’Oratoire (à côté du Louvre). Napoléon III a signé le contrat qui a établi l’église rue de Berri, et c’est finalement en 1929 que nous avons construit l’église qui se trouve au quai d’Orsay.«
En réalité, la première pierre fut posée en 1926, et elle fut inaugurée en 1931. Quant à l’église rue de Berri (8ème), j’ai eu des difficultés à la trouver. En réalité, il s’agissait d’une chapelle, sise au 21 de la rue, et qui a maintenant disparu (source).
Quelques lignes plus loin, les explications attendues.
« Une des missions principales de l’Eglise Américaine a été la présence auprès des jeunes étudiants anglophones, aux XIXe et XXe siècles. Par exemple, dans les années 1960 et 70, les étudiants se réunissaient dans ce que nous appelons « les catacombes » et les jeunes musiciens et acteurs y jouaient leur musique ou la comédie pour acquérir de l’expérience ou gagner leur repas. Ainsi l’Eglise Américaine a vu le commencement de carrières d’artistes maintenant très connus, comme Joan Baez, Bob Dylan, Robert DeNiro. Cette mission auprès des étudiants anglophones continue à être très importante pour notre église : nous avons un pasteur qui s’occupe exclusivement de la mission auprès des jeunes, adolescents ou jeunes adultes. » ((Emission du Comité Protestant des Amitiés Françaises à l’Etranger du dimanche 2 mars 2003, sur France-Culture à 8 h 25).)
Il s’agit donc d’une forme de « cave » ou « caveau », comme il en existait à cette époque à Saint-Germain-des-Prés et dans le quartier latin. Vous connaissez peut-être celle du superbe café « Chez Georges », rue des Canettes, dont j’ai déjà parlé sur ce blog, ou le Caveau de la Huchette?
Entrée de l’étage inférieur
Retour à l’étage supérieur, pour observer l’architecture des lieux.
Aile ouest, le couloir
Aile ouest vue du nord
Pour vous aider à mieux appréhender la visite, comme je n’ai pas trouvé de plan, je vous ai préparé un petit schéma.
La cour est plutôt un patio. Comme vous le voyez, elle est située à l’étage inférieur.
Eglise vue de l’aile ouest
Pour des détails concernant l’architecture, comme je ne suis pas compétente, je vous renvoie à la littérature sur Internet.
« L’architecte Carrol Greenough a bâti cette église sur les fondations d’une ancienne manufacture de tabac. La décoration a été en partie assurée par des artistes américains : Charles J. Connick, Walter G. Reynolds et Burnham dessinèrent des vitraux qui ont été réalisés par Charles Lorin ; Ralph Adams Cram a conçu le mobilier et le décor, tandis qu’on doit l’iconographie au Dr Joseph Wilson Cochran. » (source)
Selon d’autres sources, l’architecte, né en 1863 à New York (et mort en 1941 en Caroline du Nord), a fait ses études à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris et a vécu dans la capitale jusqu’en 1924. Il a donc conçu les plans, mais a été relayé sur place par un autre architecte.
« After graduation in Paris he continued to reside in the city. During the first World War Mr. Greenough designed a number of Army Hospitals in France, later collaborated in preparing plans for the American Church in Paris of which Ralph Adams Cram was architect. After returning to the U. S. in 1924 he maintained an office in New York for a time and devoted his attention mainly to work on Housing Projects. » (source)
Charles Jay Connick est à l’origine d’une célèbre fondation abritant entre autres un « studio » du vitrail aux Etats-Unis.
« After working in Pittsburgh, New York, and Boston, Charles J. Connick opened his stained glass studio at 9 Harcourt Street, Back Bay, Boston in April, 1913. From this time until it closed in 1986, the Connick Studio designed impressive windows for churches, cathedrals, chapels, schools, hospitals, and libraries throughout the United Statesand abroad. » (source)
Né en Pensylvanie en 1875, il a surtout travaillé dans la région de Boston. Mais il a voyagé, et visité la France.
« Connick a également étudié le dessin et la peinture dans des cours du soir et est allé en Angleterre et en France pour étudier les vitraux anciens et modernes, y compris ceux de la cathédrale de Chartres , dans lesquels il a examiné l’effet de la lumière et de l’optique qui avaient été utilisés aux XIIe et XIIIe siècles, mais qu’il percevait comme négligée depuis. [3] [5] Connick a également été influencé par le mouvement anglais Arts and Craftsvitrail Christopher Whall . [6] »
« Connick a préféré utiliser du verre « antique » transparent, similaire à celui du Moyen Âge et a loué ce type de verre comme « un éclat coloré, avec le lustre, l’intensité et la qualité vibrante déconcertante des lumières dansantes ». Il a utilisé une technique de joints de soudure « décalés » dans son avance et ses barres, ce qui, selon l’historien anglais du vitrail Peter Cormack, donne aux fenêtres leur caractère « syncopé ou » oscillant » (source).
Vous trouverez un intéressant documentaire sur cet artiste en ligne.
Une seconde erreur, dans la présentation initiale, m’a valu d’errer assez longuement sur le net pour trouver qui était l’autre auteur des dessins des vitraux… Il ne s’agit évidemment pas du peintre Walter G. Reynolds, qui était mort depuis un bon moment à cette époque, mais de Joseph Gardiner Reynolds.
« In 1923, Joe established a new studio with two former Connick artists and craftsmen, William M. Francis, a glass cutter, and Henry Rhonstock, a glass painter. The new studio was named Reynolds Francis and Rhonstock. Napoleon Setti later affiliated with them as a designer. The Reynolds Francis and Rhonstock studio was located at One Washington Street, Boston, Massachusetts, and produced designs and windows in the USA and France (see partial list), including the American Church in Paris. (For this special Church he produced two nave aisle windows). After the deaths of his partners, the studio name was changed in 1954 and Joe became the president of a new firm: Joseph G. Reynolds and Associates (Designers and Workers in Stained and Leaded Glass). » (source)
Le troisième larron mis en scène dans le texte choisi est Burnham. Pourquoi avoir omis les prénoms? Je l’ignore… Il s’appelait Walter Herbert Burnham. Cela, c’est sûr. Mais lequel? Car père (1887-1974) et fils (1913?-1984) ont eu exactement le même nom. Le premier a, lui aussi, beaucoup voyagé en Europe durant ses jeunes années. Mais il a entraîné ensuite son fils dans les mêmes périples. Seules les dates peuvent nous aider. En l’occurrence, il ne pouvait s’agir que du père… peut-être avec Junior…
« Among Burhnam’s most notable works are windows in the Cathedral of Saints Peter and Paul, Washington DC; the Cathedral of St. John the Divine and Riverside Church in New York City; Princeton University Chapel; and the American Church in Paris.
On tour with his family in Europe prior to the first World War, Burnham sketched famous stained glass windows in many cathedrals. In a 1935 article in the journal Stained Glass, Burnham expresses his views about the importance of the medieval tradition in the harmony of the primary colors, red, blue, and yellow, with the complementary orange, green, and violet typical of his windows. His studies of medieval windows demonstrated that reds and blues should predominate and be in good balance. Burnham also noted that windows should maintain high luminosity under all light conditions. » (source)
William Herbert Burnham, aux environs de 1940
Après vous avoir présenté les trois artistes à l’origine des dessins des vitraux, j’en arrive à celui qui les a réalisés. Son nom vous dira peut-être quelque chose, car il (le nom, pas l’artiste!) existe encore aujourd’hui : Lorin. Voici le site de la Maison Lorin, qui perdure actuellement à Chartres. Une association avait été fondée en 1896 par Charles et sa mère. Elle a été transformée ensuite en entreprise. On peut imaginer que les vitraux de l’Eglise Américaine ont été réalisés dans les ateliers créés par Nicolas Lorin, le papa de Charles -dont je vais vous parler-, en 1863.
Ateliers de la Maison Lorin
Charles Lorin (1866 – 1940) était donc le digne descendant de son père, auquel il a succédé.
Charles Lorin
Très ancré dans le catholicisme (il avait fréquenté le Petit Séminaire), Charles Lorin a cependant prêté son art au protestantisme, comme c’est le cas ici, et au patriotisme, avec la réalisation de vitraux mémoriels.
Sa signature
Un artiste engagé…
Pour ce qui concerne les aspects techniques, j’y reviendrai ultérieurement, car j’ai commencé à m’intéresser aux diverses technique du vitrail… Revenons donc à l’architecture… et à l’église proprement dite. Soit dit en passant, comme je croyais que, chez les protestants, on parlait de « temple », je suis un peu perdue…
Façade ouest
L’église de style néo-gothique s’inspire plus particulièrement du gothique tardif anglo-saxon. Elle est construite selon un plan à nef unique, précédée d’un narthex et s’achevant par une abside encadrée de chapelles dont certains vitraux sont de Tiffany. Deux niveaux d’élévation (grandes arcades, fenêtres hautes à remplage flamboyant) et couverte par des voûtes d’ogives quadripartites. Le clocher-porche est reporté sur le flanc droit de l’édifice (église non orientée). » (source)
Façade ouest
Je ne vous propose pas d’y pénétrer tout de suite, ce sera pour le concert, dans le second article sur ce sujet…