Départ au Terminus

En ce lundi matin, il est temps de repartir travailler, et donc de quitter Bordeaux. Arrivée un peu tôt à la gare, je décide d’aller prendre un jus de fruits. Le quartier de la gare est en chantier, donc peu agréable, comme Paris ces dernières années… Plusieurs bars se font concurrence aux alentours, dont certains encore fermés, car il est bien tôt. Mon choix se porte sur celui qui me semble le plus ancien, de par son architecture : le Terminus. Un nom d’une banalité affligeante, certes. Mais tant pis. En outre, c’est celui où il y a le moins de monde. Quelques personnes en terrasse. Mais nul être humain autre que le serveur à l’intérieur. Cela me donne tout loisir de photographier.

Comme j’ai voulu connaître un peu mieux son histoire, j’ai effectué des recherches. Créé en 1923, il se dénommait jadis « Hôtel du Faisan », et voici une carte postale ancienne dénichée sur le net.

La dénomination « Terminus » est plus tardive, comme vous pouvez le constater. On la voit sur cette autre carte, nettement plus récente, à en juger par le parc automobile et les tramways.

A l’intérieur, des photos rappellent ce passé. Il vient juste d’être rénové, mais on a gardé certains éléments Art Déco qui évoquent sa splendeur d’autrefois. Je vous entraîne dans une petite visite?

L’heure du départ approche, il est maintenant temps de gagner la gare toute proche. Pourquoi s’appelle-t-elle Saint-Jean? Je n’ai pas trouvé… si vous le savez, merci de placer un commentaire!

Plus ancienne que l’hôtel, elle date de 1855, année où la Compagnie du Midi créa la Gare… du Midi. Pourquoi est-elle si loin du centre ville? Parce que sa construction, envisagée au centre, sur les quais, a donné lieu à une levée de boucliers des riverains, et a donc été décalée plus loin. Dommage, non? Comme si les gares d’Orsay, d’Austerlitz et de Lyon avaient dû être construites en banlieue… L’intérieur garde trace du passé, par sa superbe verrière et une carte dont je me suis demandé, sur le moment, pourquoi elle était tronquée et n’allait pas jusqu’à englober Paris. J’ai compris : la construction de la gare est liée à l’implantation de la ligne Bordeaux-Sète. A l’époque, on ne reliait pas tout à la capitale!

La carte met en évidence la volonté de relier Bordeaux à la Méditerranée, d’une part (à partir de 1852) et au Pays Basque, à Irun, d’autre part (1854). Vous voyez aussi sur cette carte les lignes maritimes au départ de ce qui fut un port renommé… mais c’est une autre histoire…

Jouer dans la réalité virtuelle

Il m’a été donné l’occasion de tester des jeux en réalité virtuelle. J’avais déjà mis un équipement permettant de s’y promener, à l’occasion du Bal Blanc de Bianca Li (voir article, si cela vous intéresse… c’était génial!). Mais d’y jouer, jamais.

Me voici donc équipée du casque, une manette dans chaque main. Un fond de couleur bleue. Des cubes me foncent dessus. Chacun avec un triangle. Le principe est simple : il faut « trancher » chaque cube dans le sens du triangle. Les bleus, avec le « bâton » bleu que l’on a en main. Les rouges, avec le rouge. Autrement dit, parfois avec la dextre, parfois avec la senestre. Pour corser le tout, de temps en temps des « murs » virtuels vous foncent aussi dessus, et il faut les éviter en faisant un pas à droit ou un pas à gauche, voire en restant bien droit ou en se pliant.

Je pensais que ce type de jeu m’ennuierait. Que nenni! Pourquoi? Parce qu’il est accompagné d’une belle musique rythmée, qui vous pousse à danser. Me voici donc me déhanchant tout en tranchant assez sereinement des cubes. De quoi vous faire douter de mon intelligence, n’est-ce pas?

Eh oui, il me faut bien avouer que j’ai aimé. Et que j’en ai redemandé. Surtout que je réussissais. Il ne manquait à la fin que 2 coups sur 200… De quoi devenir addicte, non? Mais il est vrai que ce n’était que le premier niveau de jeu, et qu’ensuite il y a de quoi devenir fou/folle…

Quelques temps plus tard, je me suis retrouvée en train de jouer dans un superbe mini-golf en corniche sur le mer. Un parcours varié, avec des difficultés de tous ordres, et des vues sur rochers surplombant les flots bleus. On s’y croirait!

La réalité est peut-être virtuelle, mais elle croise la « vraie », car je suis aussi mauvaise au lancer de balle! Mais j’ai pris un plaisir bien réel, lui, à ainsi taper de mon club dans la balle, et me déplacer dans ces beaux espaces.

Si vous voulez essayer, le nom du premier jeu est Beat Saber. Si vous voulez en savoir plus, des explications ici. Quant au mini-golf, une idée grâce à cette petite vidéo (une différence : je n’ai pas vu « ma tête »!). Des commentaires sur ce site, avec une autre vidéo.

Il ne me reste plus qu’à commander au Père Noël un casque de réalité virtuelle. Mais d’une part cela coûte cher. Le Meta Quest 2, que j’avais, vaut environ 500 euros. Et un expert (familial) m’a conseillé d’attendre le 3, qui devrait sortir bientôt. Pour votre information la plus complète, voici un extrait du Journal du Geek.

« Si l’on en croit les informations partagées par The Verge, le casque embarquera un hardware amélioré, à commencer par la fameuse réalité mixte présente sur le Quest Pro. En plus d’éviter de se cogner pendant l’utilisation, cette technologie permet surtout de multiplier les applications de la VR.« Si l’on en croit les informations partagées par The Verge, le casque embarquera un hardware amélioré, à commencer par la fameuse réalité mixte présente sur le Quest Pro. En plus d’éviter de se cogner pendant l’utilisation, cette technologie permet surtout de multiplier les applications de la VR.

De nombreuses applications pourront profiter de nouvelles fonctionnalités. Les jeux et programmes plus grand public pourront donc se lancer dans la réalité mixte qui ne sera désormais plus réservée aux utilisateurs les plus fortunés. Cependant, cet upgrade conséquent s’accompagnera également d’une hausse de prix. Si la douloureuse n’a pas encore été dévoilée, il est déjà possible d’imager une tranche de prix.« 

Cette tranche serait de 600 à 700 euros. Une broutille, comparée au prix du casque Pro : « Sauf que ces technologies ont un prix : 1799€, une addition salée loin d’être à la portée de tous les utilisateurs en quête de VR« .

Et il faut ajouter les manettes. Si vous voulez voir comment on les teste, c’est ici.

Sans compter les jeux. Il en est des gratuits, mais la plupart valent entre 10 et 40 euros. Un investissement, donc, mais pas plus coûteux qu’un ordi et des jeux… Avec toute la différence du métavers, si tentant qu’on peut craindre l’addiction, ce qui risquerait d’être mon cas… Essayez?

Des huîtres, encore des huîtres!

Comme dit dans l’article précédent, nous étions venu-e-s en famille à Lanton pour déguster les huîtres du crû, sur le conseil des « jeunes » qui fréquentent souvent « Le Cabanon ».

Un petit mot d’abord de l’endroit, fort agréable. Niché au bord du petit port de Cassy, il constitue une grande « cabane » (non tchanquée, comme je le disais précédemment, rien que pour utiliser ce mot surprenant), avec une jolie vue sur le port, qui doit être encore plus agréable depuis la terrasse, rendue inutilisable par le fort vent de ce dimanche de mars.

Qu’à cela ne tienne! L’intérieur est spacieux, et notre table reculée permet de ne pas souffrir du bruit. Certes, la vue est limitée. Mais il reste les tableaux. Je préfère nettement celui du fond, ici, aux autres plus colorés.

L’accueil est chaleureux, et nous commençons par ce que l’on nous présente comme « une sangria blanche », ce que personnellement je nomme « marquise ».

La carte est prometteuse, et le prix des huîtres fort raisonnable si l’on compare à ceux qui sont pratiqués ailleurs.

Quatre douzaines sont immédiatement commandées… mais une à une d’autres suivront… nous atteindrons les 7 douzaines, tant elles sont remarquablement délicieuses, charnues à point.

J’avais appris la veille qu’en pays gascon on les sert avec du pâté, ce que je n’aurais jamais imaginé. Donc, essai, bien sûr. Les deux sont bons, mais pour ma part je les préfère séparés…

Un petit vin blanc pour accompagner, bien évidemment. Chance! J’avais déjà apprécié le Graves blanc, rare dans les restaurants. Et il y en a !

Place maintenant au rizotto de coquilles Saint Jacques, pour les uns, aux crevettes, pour les autres, et aux poissons grillés.

J’apprécie une dorade toute simple, accompagnée d’une pomme de terre en robe des champs avec crème légère.

Certain-e-s ont préféré prendre des brochettes de thon, avec cuisson sur demande.

Et iels ont préféré un peu de rouge pour les accompagner. Encore du Graves!

Je vous passe les desserts (et notamment les excellentes crêpes) et le café. Pas de pousse-café, il faut rentrer ! Une promenade dans un vent de plus en plus fort sera bien digestive…

Au pays de l’ostréiculture

Le temps est incertain en ce dimanche matin, mais qu’à cela ne tienne, deux voitures se dirigent vaillamment vers le Bassin d’Arcachon pour y fêter un anniversaire.

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Je connais le bassin, et apprécie toujours de m’y rendre, mais je n’étais encore jamais allée à Lanton. Mais impossible de se perdre : les autorités ont tout fait pour nous rappeler où nous sommes…

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Le petit port de Cassy m’a vraiment séduite. Peut-être parce qu’il est plus que calme en ce dimanche de printemps? Je n’avais jamais vu de canards glisser sur la vase…

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… ni de barques amarrées dans des bassins…

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Impossible d’ignorer la principale activité du coin quand on longe le port.

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Et cela tombe bien, puisque c’est ce que nous sommes venu-e-s déguster! Le repas est prévu dans un « cabanon » ou « cabane« , mais pas « tchanquée » (terme qui signifie littéralement « sur échasses », donc sur pilotis). Je vous parlerai des ripailles dans un autre article.

Quittons le port pour nous diriger vers la plage, en longeant le chenal.

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Des bourrasques de vent, très violentes, rendent difficile la promenade sur la plage pour la seule intrépide, visiblement, que je suis. Mais elles présentent l’avantage de faire évoluer rapidement les nuages, et le soleil apparaît donc par moments, pour mon plus grand plaisir.

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En quête du merveilleux à Bordeaux

Une fin d’après-midi à Bordeaux en ce 25 mars… Stationnement Place des Quinconces, et en route!

Sur le plan ci-dessous je n’ai pu suivre que le début de cette balade. Ensuite, je perds le fil car j’ai enchaîné toutes sortes de petites rues, en direction de la Librairie Mollat, mon étape intermédiaire, située près de « Gambetta ».

Les taggeurs (orthographe???) ne manquent pas d’humour pour ainsi défier Montaigne…

Je suis déjà passée par là à maintes reprises, mais n’avais jamais remarqué ce détail saphique.

La Place de la Bourse, noire de monde la veille, est quasi-déserte.

Se promener tête en l’air est bien la seule manière d’échapper à la société de consommation. Certains détails font de la ville une cité déjà bien méridionale.

Et l’on a l’impression d’assister à un concours de fenêtres.

Certaines boutiques à la devanture remarquable trompent le chaland. Publicité mensongère?

La curiosité me pousse à pousser… une porte et pénétrer dans un immeuble sans prétention. J’ai malheureusement raté la photographie de la fontaine situé en bas de ce bel escalier en colimaçon.

Mais je n’ai pas résisté à l’attrait du carrelage dont l’usure conduit à imaginer tous les pieds qui l’ont produite.

Refermons la lourde porte qui préserve la vie secrète de cet édifice. Il est temps d’aller vers le merveilleux…

Ambiances bordelaises

Naguère je n’aimais pas Bordeaux. Trop « fermée ». Trop « froide ». Trop « bourgeoisie de province ». Mon ressenti a changé. Et hier après-midi, en arrivant dans la cité, j’ai retrouvé la ville vivante, mais non grouillante, telle que dans mon souvenir. Pour aller de la Gare Saint Jean au Centre Ville, après un petit trajet en tram, j’ai choisi de poursuivre à pied jusqu’au lieu du rendez-vous fixé avec une amie qui y réside avec bonheur.

La première partie du trajet m’a emmenée outre-Méditerranée, en ce premier jour de Ramadan, avec des vitrines arborant des tenues rutilantes et de couleurs éclatantes. Les étals des épiceries, eux, mettaient en avant de superbes dates, avec des étiquettes précisant leur provenance.

Un peu plus loin, j’ai retrouvé sans surprise, mais toujours avec le même questionnement, la jaguar verte encastrée par Jean-François Dosso dans la façade du Parking Victor Hugo. Il aurait pu nommer l’oeuvre « Défenestration de Jaguar »!

La rue Sainte Catherine, elle, accueille toujours autant de badauds et de badaudes, de chalands et de chalandes, que ce soit pour la promenade, sorte de « passeggiata » girondine, ou pour des achats dans les nombreuses boutiques de cette voie rectiligne.

Le rendez-vous était prévu dans un café que je ne connaissais pas, et dont j’ai appris qu’il est une « institution », comme on dit, de la capitale de Nouvelle-Aquitaine, le Café des Arts. Le serveur a pris le temps de m’explique qu’il datait de 1924. Il occupe le rez-de-chaussée d’un « Monument Historique », l’Hôtel Gradis, fondé en 1750. Ce dernier tient son nom d’une famille séfarade originaire de Palestine, qui, chassée d’Espagne à la fin du 15ème siècle, s’est installée à Bordeaux. Deux siècles plus tard elle y a créé une importante compagnie maritime, la Maison Gradis, devenue ensuite Société Française pour le Commerce avec l’Outre-Mer. Une rue de la ville porte le nom de David Gradis.

« David Gradis I (ca1665-1751) est consacré par une rue parce que sa famille a participé activement au consistoire israélite de Bordeaux ; il y a été « syndic de la nation juive » en 1728, et lui-même a acquis en 1724 un terrain dédié au premier cimetière israélite de la ville (près du cours de la Marne). Jusqu’alors « marchand portugais », il est devenu « bourgeois de Bordeaux » en 1731. »

Mais restons au rez-de-chaussée pour admirer le décor Art Déco du café dont voici quelques aperçus, rendus possibles par le fait que 17h est un peu « heure creuse » en cette veille de week-end, qui plus est avec la manifestation prévue à 19h, qui va entraîner de grosses perturbations dans les transports en commun.

L’escalier qui permet d’accéder aux toilettes est remarquable… Observez le médaillon à sa droite…

Sur le palier, un fauteuil et un téléphone fleurant bon le siècle passé.

On parvient ensuite à un petit salon orné d’une belle collection de papillons. Une « antichambre » des lieux d’aisance, eux-même décorés de photographies d’artistes du passé.

Les cocktails sont peu chers, et le serveur, Olivier de son prénom, prend la peine, lorsqu’il sait que j’apprécie un « bon » Mojito, de me préciser qu’il a lui-même rajouté ce qui fait le goût spécifique de ceux qui sont faits dans les règles de l’art, comme les appréciait Ernest Hemingway : avec une goutte d’angostura (à base de rhum, gentiane, écorces d’orange, substances amères et aromates).

Il me faut repartir si je veux pouvoir bénéficier de trams pour me rendre à Blanquefort, où je suis attendue. Après la rue Sainte Catherine, un peu moins noire de monde que d’habitude, j’arrive aux alentours de la Porte Cailhau, vestige de remparts disparus depuis longtemps.

Les terrasses des cafés sont pleines, et un groupe de jeunes garçons joue au ballon, sans craindre de casser les vitrines environnantes ou de faire tomber les passant-e-s. Bref, un condensé de vraie Vie urbaine en quelques centaines de mètres…

Soy de Cuba por una noche

Une soirée muy caliente ce 23 mars… dans les rues, certes, mais aussi au 13ème Art, Place d’Italie, où un groupe de musicien-ne-s et de danseurs/euses a entraîné durant presque deux heures un public survolté dans l’histoire d’une jeune ouvrière d’une fabrique de cigares.

Pourtant, quand on arrive dans cette vaste salle, la scène est bien sobre, d’un gris qui contraste peu avec le noir ambiant. Mais très vite les couleurs explosent, dans une déclinaison violente des rouges, bleus, violets…

Le principe de la mise en scène est simple: le fond est un vaste écran où sont projetées des images de Cuba, mais aussi des symboles d’autres villes lorsque l’histoire narre le voyage de la troupe de danse à laquelle appartient l’héroïne, une troupe composée d’ouvrières et ouvriers d’une fabrique de cigares (au fond, sur cette photo de mauvaise qualité, vous pouvez peut-être lire son enseigne). Quelques éléments suffisent à planter le décor : au début, des tables et chaises, et une représentation très épurée des outils utilisés, dont les presses.

Pour en savoir plus sur ce point, voir par exemple l’article dont est tirée cette belle photo

Tout y est figuré, jusqu’au contremaître ou patron boîteux dont l’apparition, annoncée par le bruit de sa canne, provoque l’arrêt des danses et la reprise du travail.

Les images projetées, les objets déplacés et surtout les lumières vont ainsi faire voyager au travers de l’espace, mais aussi de la narration. Une des ouvrières, objet de plaisir d’un des leaders de la bande, va tomber amoureuse d’un catcheur minable… Je ne vous raconte pas la suite, pour ne pas gâcher la découverte si vous allez voir le spectacle. On est donc littéralement « transporté » de l’usine à la rue, de la rue à la salle de sports, à la salle de danse, etc.

Excusez une nouvelle fois la mauvaise qualité des photos, mais il est bien difficile de saisir le mouvement dans une telle ambiance lumineuse… J’ai cependant tenu à vous les montrer, pour que vous puissiez avoir une idée de la performance des danseuses et danseurs, que ce soit ensemble, à deux, ou en solo. Chorégraphie de qualité, danses endiablées, et duos romantiques à souhait par moments… tout y est, et les amateurs/trices de salsa ont pu se régaler. Pour ma part, je ne suis pas une grande fan de ce type de musique, mais j’ai apprécié la qualité des artistes sur scène.

Ce qui se voit rarement, l’orchestre respecte la parité. Au piano, à la trompette et à la batterie, trois hommes. Vous voyez les deux premiers ci-dessous, et le troisième ci-dessus, au fond à gauche.

Au violon, aux congas et au trombone, trois femmes. Un des plus beaux moments de la soirée a été pour moi le solo de la jeune femme que vous pouvez voir sur la photo ci-dessous.

Les voix sont aussi très belles, et j’ai particulièrement aimé celle de la musicienne qui joue des congas avec une force étonnante. Vous pouvez la voir au centre de cette photo, avec l’homme qui « raconte » l’histoire.

Elle a été prise à la fin du spectacle, juste après que la troupe ait entraîné la foule par une danse déchaînée qui a provoqué mon admiration : cela faisait près de deux heures qu’ils et elles dansaient à un rythme rapide!

Que vous soyez ou non adeptes de cette musique ou de ces danses, une telle soirée « réchauffe », dans tous les sens du terme. Et cela fait du bien de s’évader vers les Caraïbes. Retrouver ensuite la Place d’Italie sous la bruine fut un choc!

Eteindre ou étreindre le feu ?

J’ai été saisie par la beauté et la profondeur de quelques vers dits magnifiquement par une personne, et ai recherché le poème de Louis Aragon d’où ils sont extraits. L’oeuvre est longue, et triste… Je me suis demandé si je vous la livrerais en entier ou si je la couperais, moi aussi, et, si oui, à quel niveau. Voici donc le choix que j’ai fait. Mais si d’aucun-e-s souhaitent tout lire, ne craignez rien, vous le trouverez en ligne. Pour les autres, sachez simplement que la suite évoque l’Espagne franquiste… Le titre du poème? Le Vaste Monde

Il fait peut-être (je ne suis pas parvenue à trouver les dates des deux écrits) suite à une lettre d’Elsa Triolet qui commençait comme ceci :

« Il n’est pas facile de te parler. Tu sembles oublier que nous vivons l’épilogue de notre vie, qu’ensuite il n’y aura plus rien à dire et que l’index lui-même d’autres le liront — pas nous.

Je te reproche de vivre depuis trente-cinq ans comme si tu avais à courir pour éteindre un feu. Dans ta course, il ne faut surtout pas déranger, ni te devancer, ni t’emboîter le pas, ni te suivre — quel que soit l’ouvrage — aussi bien couper des branches sèches, il ne faut surtout pas s’aviser de faire quoi que ce soit avec toi, ensemble.« 

Où faut-il qu’on aille
Pour changer de paille
Si l’on est le feu

À moins qu’il ne faille
Si l’on est la paille
Fuir avec le feu

La paille est si tendre
Mais vouloir l’étendre Étendra le feu
Qu’on tente d’étreindre

Or il faut l’éteindre

Le long pour l’un pour l’autre est court
II y a deux sortes de gens
L’une est pour l’eau comme un barrage et l’autre fuit comme l’argent

Le mot-à-mot du mot amour à quoi bon courir à sa suite
Il est resté dans la
Dordogne avec le bruit prompt de la truite
Au détour des arbres profonds devant une maison perchée
Nous avions rêvé tout un jour d’une vie au bord d’un rocher

La barque à l’amarre
Dort au mort des mares
Dans l’ombre qui mue

Feuillards et ramures
La fraîcheur murmure
Et rien ne remue

Sauf qu’une main lasse
Un instant déplace
Un instant pas plus

La rame qui glisse

Sur les cailloux lisses
Comme un roman lu

L’orchestre de Budapest à la Philharmonie

On a beau vouloir tout découvrir – comme c’est un peu mon cas, l’avouerai-je? -, certains lieux échappent à votre curiosité, pour des raisons qu’il est difficile de définir. Tel est le cas de la Philharmonie de Paris, que je ne connaissais que de l’extérieur, notamment pour être allée à plusieurs reprises à la Grande Halle de la Villette (en particulier pour la magnifique exposition Toutankhamon) et au Musée de la Musique (à propos, n’hésitez pas, si vous êtes dans le coin, à aller à la Nuit du Rossignol, dont j’ai déjà parlé dans ce blog : c’est le 31 mars cette année). Aussi étais-je bien contente de la découvrir pour un concert en ce mardi soir encore bien frais pour la première soirée complète du printemps.

Il ne faut pas souffrir de vertige, comme moi, pour fréquenter le balcon du 6ème étage, où j’ai eu la chance d’être au premier rang, ce qui offre une vue splendide sur la salle et sur la scène.

L’architecture en est sidérante, et bat en innovation, à mon sens, celle de la Seine Musicale. J’ai entre autres apprécié son asymétrie et l’audace du balcon blanc, projeté comme un vaisseau spatial… Mais le long balcon plus calme et serein qui lui fait face n’est pas mal non plus…

La scène est disposée pour accueillir un orchestre symphonique, ainsi qu’un piano. Cela obligera d’ailleurs le chef d’orchestre, Ivan Fischer, à tourner le dos à une partie des musicien-ne-s, avant l’entracte qui fera disparaître l’instrument.

Dans cette salle, l’acoustique est telle que le moindre petit bruit des spectateurs/trices résonne partout. Ce qui contraint à un silence absolu, qui fut d’ailleurs respecté tout au long du spectacle. Mais cela permet aussi de prendre des places moins chères et d’entendre tout aussi bien! Soit dit en passant, une place comme celle que j’avais est pour moi excellente, car on y voit à merveille les doigts courir sur le clavier du piano comme sur les cordes des harpes…

Vous ne verrez pas de photos de l’orchestre, car il est interdit de saisir des images dans la salle. Je vous renvoie pour le découvrir à son site, accessible en anglais pour celles et ceux d’entre vous qui ne sont pas magyarophones. Ce Budapest Festival Orchestra a enthousiasmé la salle. Par la qualité de son jeu, et une harmonie remarquable entre ses membres, sous la direction d’un chef dynamique et original, qui termine le concert par des « mini-impros » de deux groupes de musiciens, sur des thèmes de musique hongroise, qui n’ont rien à voir avec le programme annoncé. Mais revenons à celui-ci. Je dois dire que j’ai préféré la première partie à la seconde, qui était composée de trois morceaux de Richard Strauss aux tonalités très différentes : Dom Juan, Danse des sept voiles, Till Eulenspiegel. Le dernier en particulier ne m’a pas vraiment « emportée », même si j’ai apprécié la virtuosité des artistes et la véritable sym-phonie, au sens propre du texte, de l’orchestre.

Une mention spéciale, donc, pour le début de la première partie, d’un compositeur hongrois dont je crois n’avoir jamais entendu parler : Ernö Dohnänyi (1877-1960). Les Minutes Symphoniques op.36 m’ont littéralement emportée par leur mélodie et leur poésie. J’en ai trouvé pour vous une interprétation par deux autres orchestres : la première, que je trouve personnellement moins bonne car trop « enlevée » à mon goût, mais qui vous en donnera une idée. La seconde, par un orchestre plus modeste mais à la tonalité plus proche. Il faudrait que la Tribune des Critiques de Disques consacre une de ses émissions du dimanche après-midi à cette oeuvre!

Une seconde mention spéciale pour le concerto n°4 de Beethoven. Si je devais expliquer à quelqu’un ce qu’est un concerto pour piano et orchestre, c’est sans conteste ce spectacle que je conseillerais… L’instrument et l’orchestre se complètent, se répondent, s’opposent discrètement parfois, en une synergie parfaite. Il faut dire que Rudolf Buchbinder, est exceptionnel. Ce pianiste né en Bohême d’une famille originellement allemande a maintenant 77 ans. Vous pourrez le voir et l’entendre, mais beaucoup plus jeune et avec un autre orchestre, sur cette vidéo. Après moults rappels, il a joué deux autres morceaux, seul, cette fois, et l’admiration des membres de l’orchestre était évidente. Les ovations du public sont la preuve que je n’étais pas la seule à l’admirer… Si vous voulez l’entendre, il revient jouer à Paris les 5 et 6 avril, à la Maison de la Radio et de la Musique, ce concerto mais aussi d’autres oeuvres, et avec un autre orchestre, celui de Radio France.

Inutile de vous dire combien l’on vit intensément durant un tel concert, en oubliant le fracas du monde, et comme il est dur d’en sortir… mais la musique résonne encore en soi, n’est-ce pas?