De l’hybride au franc de pied

A la fin de l’épisode précédent, nous étions prêt-e-s à déguster. Mais, avant que le vin n’arrive dans nos verres, il a fallu bien du travail ! Si vous vous souvenez, je vous ai parlé de la famille qui tient ce domaine depuis trois (et bientôt 4) générations. Nous allons donc remonter dans le temps pour comprendre comment le vignoble s’est constitué. Plus exactement, dans les années 20. La demeure que vous avez vue date de 1920. Les premières plantations, de 1921.

La vigne rouge, Van Gogh (1888)

1888. Le peintre a saisi les nuances de rouge des vignes pour les magnifier. Mais c’est un drame qui se joue. Si les feuillages ont cette couleur, c’est que les plants sont malades. Un ver venu des Etats-Unis les détruit à une vitesse incroyable. Un an après qu’il a peint ce tableau, la production de vin en France n’est plus que de 23,4 millions d’hectolitres, alors qu’elle atteignait, 13 ans avant, en 1875, 84,5 millions d’hectolitres. Pour comparaison…

La deuxième production mondiale après l’Italie (55% de rouge, 26 de blanc et 19 de rosé) Source CNIV

Pourquoi évoquer le phylloxéra? Pour comprendre le choix fait par l’aïeul de notre hôte de ne planter que des hybrides.

« L’histoire de l’Agriculture ne nous a conservé, à aucun moment et pour aucune autre plante cultivée, le souvenir d’une crise aussi grave que celle traversée par les vignes de l’ancien continent lorsqu’elles furent envahies par le Phylloxéra » Gustave Foex, 1900. (source)

Dans les années 20, on sort à la fois de la Grande Guerre et de la crise viticole. La plantation d’hybrides ou de porte-greffes est l’une des trois options pour lutter contre le phylloxéra, les deux autres étant la lutte chimique et la modification des méthodes culturales, comme l’immersion des terres évoquées par le conférencier. Ce sont donc des plants venus des Etats-Unis qui ont pris racine sur cette terre solognote, constituée pour les 2/3 d’argile à silex et le reste d’argile avec sable.

Argile à silex en Vendômois (source)

On comprend la relation entre terrain et culture.

« Ces argiles ont également l’avantage de retenir l’eau et d’éviter aux vignes de souffrir de stress hydrique les années sèches. En outre, il ont un effet tampon très utile à l’automne, quand le temps est pluvieux. En effet, l’eau descend très doucement dans les argiles avant d’être absorbée par les racines huit à dix jours plus tard. Cela permet aux vignerons de ramasser les raisins avant qu’ils ne pâtissent de ces pluies trop tardives. Des sables ou mêmes des argiles légères laisseraient descendre l’eau beaucoup plus vite jusqu’aux racines des vignes. Une pluie d’automne peut alors mettre en péril une récolte en moins de deux jours. » (source : La Revue du Vin de France)

Pour ma part, j’ignorais le lien entre les sols et l’aspect gustatif… Eh bien, il semble qu’il soit fort, comme l’explique ce vigneron de Vouvray :

« Si le silex est trop présent, il induit un déséquilibre gustatif avec des notes de céleri, estime-t-il. L’argile lisse les textures, mais n’apporte pas de minéralité. Le silex apporte minéralité et rectitude au vin et, avec l’âge, des épices et des notes fumées. »

« La texture d’un vin est d’autant plus serrée que les argiles d’origine sont lourdes. Les vins d’argiles lourdes sont droits, complexes, caractérisés par des notes de pierre à feu. » (ibidem)

Le type spécifique du sol a un nom d’oiseau : « perruche ».

« Perruche (sol) vigne (perruches ou les perruches) : ce type de sol (argile à silex) se rencontre surtout dans la vallée de la Loire. Il est constitué de terres argilo-siliceuses, avec une abondance de silex en surface qui permettent un bon assainissement du sol. C’est un terroir idéal pour une production de vin rouge. En très bonne exposition et sur sous sol calcaire, les blancs y sont excellents.

Les aubuis

Les perruches ont pour pendant les aubuis. Ils sont situés dans la partie basse du coteau, ce sont des sols argilo-calcaires pierreux, terres chaudes, fertiles et perméables sur lesquelles le chenin se plaît particulièrement bien. » (Source)

On comprend donc la richesse du terroir choisi par Kléber Marionnet en ce début du XXème siècle… Joseph Kléber est né en 1897 à Soings où son père, Clotaire, s’était marié en 1889. D’une longévité exceptionnelle, puisque décédé en 1992… 95 ans! Les vignes ont été plantées l’année de son mariage avec Renée Juliette Peltier, née en 1902. Celle-ci venait de perdre son père l’année précédente. Dans la liste des maires de Soings, on retrouve trois fois le nom de Peltier (à la Révolution, de 1819 à 1842 et de 1944 à 1971). Un hasard? Mais je m’égare… revenons à l’histoire du domaine. Peut-être un lien entre sa constitution, le décès du beau-père et le mariage ?

Ce sont donc des hybrides qui ont été plantés sur ces « perruches » et « aubuis ». Un « cépage américain », nous a-t-on dit. Le domaine, à cette époque, fera jusqu’à 57 hectares (il en fait 10 de plus aujourd’hui).

Le site officiel en montre une partie, située autour des maisons et bâtiments administratifs, commerciaux et techniques.

Source : le site du Domaine

Il est temps d’en venir à la vigne elle-même. Je n’ai malheureusement pas pu visiter le domaine lui-même, pour mieux comprendre. Toutes les explications ont été données en un seul lieu, sur la petite parcelle que vous voyez au coeur du triangle formé par les maisons. Il y reste des plants hybrides. Et, pour m’amuser, j’ai parié qu’ils étaient taillés en « guyot ». Et même « en guyot simple »…

Vieux cep taillé en guyot, avec le « palissage »

Et j’ai gagné! Il faut dire que, comme j’ai naguère travaillé sur la taille de la vigne, j’ai encore quelques souvenirs… Et c’est le plus facile à reconnaître…

Source

Depuis cette époque, les plants se sont diversifiés.

Bien sûr, du Gamay. Dont un très particulier, le « Gamay de Bouze ».

« D’après le traité d’ampélographie de Viala-Vermorel, cette variété a pris naissance en Côte d’Or, vraisemblablement à Bouze, petit village des environs de Beaune. C’est un Gamay à jus rouge, le plus anciennement connu, et le père de tous les autres (Chaudenay et Fréaux). Le jus de ses raisins était très coloré, et donnait à l’époque des vins rustiques mais recherchés par leur générosité. L’INAO l’a exclu complètement des cépages recommandés il y a une quinzaine d’années. Cette variété a, aujourd’hui, pratiquement disparu et c’est par hasard qu’Henry Marionnet a pu récupérer une parcelle.La vinification est similaire à celle d’un Gamay classique. Le raisin est cueilli à la main et trié, puis disposé en petites caisses. Les grappes intactes sont mises en cuve pour 6 jours de fermentation intracellulaire afin d’obtenir un jus très dense, avec une couleur intense très foncée, marquée par les fruits noirs, la fraise des bois et un goût de terroir. » (source)

A l’accueil, une collection de bocaux au contenu original permet de « voir » les grappes en toute saison… Un premier exemple :

En 1989 a été planté du Sauvignon.

Oh joie, j’ai appris un mot, ou plutôt une expression : « franc de pied ». Qu’est-ce que cela signifie? Que le pied n’a pas été greffé sur un « porte-greffe », qui le rendrait plus résistant, notamment au phylloxéra (on y revient). A ce propos, vous ai-je parlé des rosiers? Non, car j’avais expliqué leur rôle dans l’article sur le vignoble de Belleville… Mais ici, à ma grande surprise, très peu de ces rosiers qui permettent de déceler la présence du vilain puceron. Bien sûr, la question a été posée « Pourquoi? ». La réponse fut surprenante : ici, c’est une plus grosse bête qui les mange. Les chevreuils se révèlent être un véritable fléau pour les vignes… et pour les rosiers!

Autre cépage : le Chenin. Rabelais en parlait déjà au XVIème siècle, dans Gargantua.

 » Ce faict, et bergiers et bergieres feirent chere lye avecques ces fouaces et beaulx raisins, et se rigollerent ensemble au son de la belle bouzine, se mocquans de ces beaulx fouaciers glorieux, qui avoient trouvé male encontre par faulte de s’estre seignez de la bonne main au matin, et avec gros raisins chenins estuverent les jambes de Forgier mignonnement, si bien qu’il feut tantost guery. « 

Et un cépage original, dont je n’avais jamais entendu parler : le Romorantin, dont on attribue l’implantation dans cette région à François 1er.

« Il faut remonter le temps sur rien moins que 5 siècles pour rencontrer les ceps de vigne, originaires de Bourgogne, qui ont donné naissance au Romorantin. François 1er, en épicurien averti, décide la plantation de 80 000 pieds de vigne près du château de Louise de Savoie, sa mère, sur la commune de Romorantin, d’où le nom du cépage qui naîtra sur cette terre d’adoption. Les pieds seront plantés à l’automne 1517 et sont aujourd’hui encore à l’origine du cépage Romorantin. » (source)

Les vendanges, sur le domaine, sont effectuées manuellement. Voilà qui mérite d’être souligné, n’est-ce pas? La main d’oeuvre cependant ne se trouve pas parmi les autochtones, malgré le chômage hélas bien présent dans le coin : « 70 chômeurs à Soings », déclare notre hôte. Ce sont essentiellement des Bulgares gérés par une entreprise d’intérim, et des Turcs résidant à Romorantin qui effectuent ces vendanges, en commençant par le Gamay.

J’ai commencé cet article par le fléau d’autrefois. Il faut malheureusement aussi évoquer celui d’aujourd’hui : l’esca.

« L’esca est un syndrome caractérisé par l’expression souvent irrégulière de symptômes sur les organes herbacés tels que des anomalies de coloration et des dessèchements et par la présence de désordres vasculaires et de nécroses dans le bois, à caractère évolutif. 

Ce syndrome a le plus souvent été décrit selon la vitesse de développement des symptômes foliaires en deux formes distinctes, une forme lente et une forme apoplectique. Mais des observations récentes tendent à montrer que ce syndrome peut aussi être décrit selon un gradient de sévérité allant de quelques feuilles symptomatiques au cep entier foudroyé avec de nombreux stades intermédiaires affectant un ou plusieurs sarments, un ou plusieurs bras. » (source)

Actuellement les chercheurs tentent encore de trouver des remèdes contre cette maladie dont l’origine n’est pas encore complètement connue. Ce serait une association de champignons et de bactéries, dont certains seulement ont été identifiés. Ils pénètreraient par le bas. Des viticulteurs ont donc essayé de « noyer » les plants durant l’hiver pour tuer les assassins potentiels. Mais c’est très risqué! Au domaine de la Charmoise, on a essayé une autre solution : la musique. Des boîtes à musique ont été placées dans les vignes. Essayer de comprendre pour vous expliquer m’a permis d’apprendre un nouveau mot : la génodique. Savez-vous ce que c’est?

Explication apportée sur le site du constructeur, Genodiscs

« C’est dans les années 90 que la physique quantique a montré, grâce à Joël Sternheimer, docteur en physique théorique et musicien, qu’à chaque acide aminé contenu dans les protéines (présentent notamment dans la vigne) correspond une onde qui peut être retranscrite en une note de musique à l’aide de calculs. C’est ce qu’on appelle la génodique! »

Joël Sternheimer, connu aussi comme chanteur sous le nom d’Evariste

Les boites diffusent donc des séquences musicales de 7 minutes, à intervalle régulier. Cependant, le scepticisme du viticulteur qui nous reçoit est évident… « On est très risqués », ajoute-t-il. Oui, car le franc de pied, vous l’aurez compris, est beaucoup plus fragile que l’hybride. Alors pourquoi s’entêter? Tout simplement parce qu’il produit des vins de qualité, et des crus originaux. C’est une autre histoire, que je narrerai dans un autre texte, si vous voulez continuer à me suivre..

Un domaine tourangeau

Un cadeau d’anniversaire original : une journée avec un club d’oenologie… Me voici donc, en ce 21 mai, dans un autocar roulant vers la Sologne, avec trois groupes de personnes adhérentes à ce club, ainsi que de rares invité-e-s. Je n’aurais jamais pensé à la Sologne comme une région de viticulture! Et pourtant, si, il y a bien des vignobles. Notamment à Soings-en-Sologne, notre destination.

Cette carte (peu visible et lisible, je le sais) n’avait pour objectif que de vous faire appréhender l’ensemble de la zone viticole. Ciblons maintenant l’extrêmité Est, du côté de Cheverny.

Vous pouvez observer que Soings-en-Sologne est situé vraiment en bordure orientale des vignobles tourangeaux. Je n’ai hélas pas pu visiter le village ni voir son lac étonnant, et l’ai un peu regretté, mais une journée, c’est bien court! Le programme était pourtant bien conçu, précis.

7h45 – Rendez-vous devant chez Picard au 25 bis Rue Jean Bleuzen, 92170 Vanves

8h00 – Départ de Vanves en bus

11h00 – Visite du domaine viticole Henry Marionnet La Charmoise, 41230 Soings-en-Sologne

Téléphone : 02 54 98 70 73

  • visite chai 40 mn
  • dégustation 40 mn
  • achats vins 40 mn

13h15 – Déjeuner à l’auberge du Vieux fusil 1140 Rue de Contres, 41230 Soings-en-Sologne

15h30 – Visite de la fromagerie David Bodin 13B Rte de Soings, 41700 Sassay

Téléphone : 06 33 37 59 77

  • visite/explications 30 mn
  • dégustation 30 mn maxi
  • achats fromages 30 mn maxi

17 maxi – Retour sur Vanves devant chez Picard au 25 bis Rue Jean Bleuzen, 92170 Vanves

Les organisateurs/trices ont vraiment bien fait les choses, et ce programme a été respecté, avec un léger retard au retour, dû au(x) plaisir(s) des participant-e-s joyeux/euses vivant-e-s, qui jusqu’au bout ont voulu profiter des paysages, des plaisirs gustatifs (dont certains non prévus, je vous en parlerai dans un autre article), et du soleil qui a régné en maître toute la journée.

Donc pas de visite du village, que je me suis promis de retourner voir, car il présente quelques spécificités. Une histoire ancienne, d’abord. Sans doute lieu de druidisme, ce territoire à la limite de la mer des faluns, dont le sol regorge de coquillages et fossiles, comme nous le confirmera le viticulteur rencontré. Une église datant du XI-XIIème, à la suite d’un lieu de culte plus ancien sans doute. Et un lac mystérieux, dont les fluctuations du niveau de l’eau n’ont encore à l’heure actuelle aucune explication scientifique!

Nous voici donc arrivé-e-s sur le domaine d’une famille qui en est à sa quatrième génération, accueilli-e-s par un membre de la troisième (je rencontrerai sa fille, puis son fils, à la fin). Celui-ci nous reçoit dans une cour cernée de bâtiments. Des hangars, qui abritent pour l’un la partie technique et pour l’autre le stockage. Un bel édifice orné de roses comporte l’accueil, les bureaux et une salle de séjour pour la dégustation. Et des maisons. Nous apprenons ainsi qu’en triangle ont été construites trois demeures, correspondant aux trois générations. Au Nord, une belle longère protégée par un héron (et non une cigogne, comme nous fûmes nombreux/euses à le penser) : la maison du fondateur, que j’appellerai « le grand-père ».

Au Sud, celle des parents. Quant à celle de notre hôte, elle se trouve à l’est… Il restera l’ouest pour la jeune génération, si elle décide d’y rester. Ce qui n’est pas impossible, car la jeune fille de 13 ans que j’ai rencontrée a déclaré aimer la viticulture et l’oenologie. Et le frère cadet nous a été présenté par son papa… En principe, une maison « de père en fils », comme l’atteste une photographie dans un livre qui raconte cette histoire.

Les trois premières générations ont été photographiées, voici un peu plus de 40 ans, devant la maison que vous avez reconnue, je pense, avec son héron… Le jeune garçon à droite est notre hôte. Nous le retrouvons au milieu, avec son fils à droite, sur la photographie suivante.

Comme je faisais remarquer que sa fille aurait dû y figurer, puisqu’elle déclare, en pleine adolescence, s’intéresser au Domaine, il m’a été fait la promesse de m’adresser une photo avec elle… A mon tour je vous promets de la placer sur ce blog, dès que je l’aurai…

Au coeur du triangle dont les pointes sont les domiciles respectifs des diverses générations, se situe l bâtiment administratif et commercial. Son pignon est orné d’un magnifique rosier…

Vous aurez remarqué, ci-dessus, que les vignes viennent jusqu’au seuil, ou presque!

Dans l’entrée, des grappes conservées dans du formol… un peu moins sinistre que les embryons conservés dans certains musées! Je vous les présenterai dans le prochain article, où nous verrons les questions plus « techniques »… Une vaste salle de séjour aux grandes baies vitrées est meublée, entre autres, de deux très grandes tables destinées à permettre la dégustation de groupes comme le nôtre.

Avant la dégustation…

Après (rassurez-vous, les gobelets n’ont servi que de « crachoirs », car avec la pandémie il est interdit d’utiliser un crachoir commun.

Vous aurez peut-être remarqué la superbe armoire sur la droite ? La voici de plus près.

Divers objets rappellent le contexte… Un pressoir, par exemple.

Et deux objets en cuivre dont j’ai oublié de demander la fonction. Distillation???

Le fonds de la bibliothèque est quelque peu orienté… vers… ?

Toute aussi orientée, la décoration murale. Un tableau au sujet plus qu’adapté…

Une dédicace au père de notre hôte, en 2009

Un blason quelque peu fantaisiste rappelle que « le vin éteint la soif »…

Enfin, une photographie nous renvoie à notre rang de pauvres plébéiens, tant l’hôtesse accueillie est illustre! Un peu moins, celui qui l’accompagne, mais quand même…

A droite, le père de Jean-Baptiste, en train d’offrir une bien belle bouteille…

Une belle « touche » !

Je revenais à pied de l’Hôtel de Ville, en raison de la grève des chauffeur-e-s de bus, quand mon regard fut attiré par un petit attroupement sur le quai d’Orléans, sur l’Ile Saint Louis. En m’approchant, je vis que deux personnes conversaient avec un pêcheur. Pêcher depuis le haut? Voilà qui m’intrigua… je m’approchai… puis me penchai…

Je vous présente une magnifique femelle « silure glane« . Qui l’a amenée dans cette fâcheuse position, sur les bords du quai? Rassurez pas, non point un vilain prédateur ni un accident fluvial, mais un jeune pêcheur, l’auteur de l’attroupement dont je parlais précédemment.

A gauche, le jeune pêcheur. A droite, le « passant sportif ».

Le pêcheur demande au jeune passant sportif (qui s’est arrêté pour le regarder) s’il accepterait de l’aider. L’autre accepte volontiers, et se retrouve en train d’apprendre à manier la canne, que va lui confier son propriétaire afin de descendre sur la berge. Pour ce faire, il se laisse glisser…

Mur-toboggan

Petit détail en passant : les traces rouges sur la queue ne sont pas des blessures. Il s’agit de la fraie, car c’est la saison de la reproduction. Dans quelques temps, il n’y aura plus ces « marques » typiques de la femelle, et son mâle s’occupera des oeufs pendant qu’elle se balade, avant peut-être d’être dévoré par elle…

« Coucou la Belle, j’arrive! »

Puis il se déchausse…

Il enfile des gants et plonge ses mains dans la gueule du Monstre, apparemment gentil…

Nous comprendrons par la suite qu’il est en train de retirer l’hameçon. Ayant fait sa connaissance ensuite, j’ai appris qu’il savait exactement ce qu’il faisait. Voici ses explications, données par courriel le jour même (nous sommes resté-e-s en contact…).

« Il s’agit d’une espèce originaire du Danube qui a colonisé la France au XXème siècle, une partie par voies fluviales naturelles, et une partie suite à des introductions dans le but d’en commercialiser la viande (ce fut un échec commercial).
Le silure n’est pourtant pas une menace pour notre écosystème dans la Seine et il cohabite bien avec la trentaine d’autres espèces de poissons qui vivent dans ce fleuve.
C’est un grand prédateur qui consomme des poissons, rats, canards, pigeons, mouettes, écrevisses, moules d’eau douce…
Mais il joue avant tout le rôle d’éboueur de la rivière en consommant les animaux morts et autres déchets notamment la nourriture jetée par les bateaux. Et il s’autorégule par cannibalisme.
Ils se reproduisent entre mai et juin dès que l’eau atteint 20 degrés. La femelle délimite un nid en général dans des racines immergées, puis le mâle la féconde et oxygène les oeufs en leur soufflant dessus durant plusieurs jours.
En général le silure est sédentaire et reste dans le même secteur.

A Paris le silure est recherché par les pêcheurs sportifs, qui le pêchent avec de grandes précautions (hameçons spéciaux, sans le sortir de l’eau comme vous l’avez vu, etc) pour assurer sa remise à l’eau dans de bonnes conditions qui ne perturbent pas son comportement naturel. L’association de pêche de Paris (Union des pêcheurs de Paris) dont je fais partie s’occupe de la protection des espèces aquatiques notamment en luttant contre les braconniers (des trafiquants pour le marché noir des pays de l’Est s’attaquent parfois aux silures).« 

Blason de l’UPP : non, ce n’est pas un silure!

Il tire le silure tout au long de la berge, jusqu’à un endroit peu profond où celui-ci est « posé », tout en restant dans l’eau, comme dit ci-dessus.

A ce moment, je me demandais ce qu’il faisait… J’apprendrai plus tard qu’il repérait des « marques » sur le sol pour pouvoir ensuite revenir prendre les dimensions… environ 2,10 mètres!

Entretemps, la police est revenue. Deux véhicules. Dans l’un, un pêcheur venu « aider » (trop tard!) et constater avec les autres la prise, ses conditions et la taille de la bête… Et puis, une autre activité : un concours de photos!

Ils et elle ne sont pas les seul-e-s : l’auxiliaire bénévole du pêcheur fait de même… mais pour la bonne cause : garder trace de cette prise.

J’apprendrai par la suite que l’animal a peut-être été déjà pêché :

« Probablement un poisson déjà pris par un de mes amis en 2021. Il est relativement fréquent de reprendre les mêmes silures car ils sont assez sédentaires.« 

Il m’avait expliqué de vive voix que ce silure nichait sans doute à l’extrêmité ouest de l’Ile Saint Louis. D’autres « nids » sont, paraît-il, bien visibles sur l’Ile de la Jatte; je me suis promis d’aller les chercher quand je retournerai sur cette île que j’aime beaucoup…

Un petit câlin, on serre le poisson dans ses bras, avant de le relâcher.

Car oui, quelques minutes plus tard, elle repartait tranquillement rejoindre ses congénères, s’enfonçant rapidement dans l’eau sombre de la Seine. Ce fut une merveilleuse leçon pleine d’espoir : on pêche pour le plaisir, et pour la « connaissance », mais on laisse libre ensuite l’animal.

Autre belle leçon en ce matin de mai : la solidarité entre des individus qui ne se connaissent pas. J’ai déjà parlé des deux jeunes gens. Mais il y avait là aussi une dame âgée, coiffée d’un foulard jaune, qui a gardé leurs affaires, et mon sac, pendant toutes les actions. En discutant par la suite avec elle, j’ai appris qu’elle était Kabyle d’origine, mariée à un Breton de Cancale. Gardienne d’un immeuble du coin, elle voulait le rejoindre en Bretagne, mais les habitant-e-s de l’immeuble lui avaient demandé de rester… et elle vivait toujours là, loin de son époux qu’elle aspirait à rejoindre…

Quatre individus d’horizons et d’environnements si différents, uni-e-s pour une heure de partage… cela aussi m’a réjouie…

Balade aux Tuileries

Le printemps, le soleil, les chants des petits zozios… c’est le moment de profiter des parcs et jardins si nombreux et beaux dans notre capitale… Direction donc les Tuileries. Voilà bien longtemps que je n’y suis allée et, la dernière fois, une partie était un vaste chantier…

Autant faire une arrivée triomphale, non? Pardon pour ce vilain jeu de mots… Bien sûr, je parlais de l’Arc de Triomphe du Carrousel. A ce propos, je me suis interrogée sur l’origine de ce nom. Il vient tout simplement de la situation du monument, sur la place qui portait déjà à l’époque napoléonienne le nom de « Place du Carrousel ». Pourquoi? Parce qu’en 1662, Louis XIV avait célébré de manière grandiose la naissance de son fils, le Dauphin, par un superbe spectacle équestre, donc un magnifique « carrousel ».

Le Grand Carrousel au Louvre, 5-6 juin 1662

Les chevaux sont toujours là… mais moins vivants : c’est un quadrige qui domine les lieux, depuis le sommet de l’arc… difficile à photographier car, en cette fin d’après-midi, le soleil est déjà très à l’ouest…

Il serait aujourd’hui impossible d’imaginer reproduire le spectacle offert par le Roi Soleil… Vous devinez pourquoi? Réfléchissez… une construction moderne, insolite en ces lieux, qui a fait couler beaucoup d’encre et n’est toujours pas acceptée par un certain nombre de nos compatriotes… Vous voyez de quoi je parle ?

Mais la façade de l’aile nord, récemment rénovée, brille de son classicisme intact et plus éclatant que jamais, d’un ocre se détachant sur le bleu du ciel et le vert des buissons bien taillés.

Je ne me lasse pas des innombrables statues qui peuplent – j’allais écrire « qui hantent » – nos espaces verts, et servent de socle aux pigeons orgueilleux, telle cette Nymphe qui ne s’attendait pas à un tel couvre-chef…

Regardez la photo ci-dessus. De nouvelles statues sont venues s’ajouter aux anciennes… Vous les voyez, au fond à gauche?

Continuons à admirer les personnages antiques, plus ou moins mythologiques. Cassandre, d’abord, qui se met ici sous la protection de Pallas.

Joies courbes, n’est-ce pas? Mais il n’y a pas que des courbes féminines à admirer dans ce Jardin… Une petite devinette? A qui appartiennent celles-ci?

A un héros et au Monstre qu’il est en train de tuer… Mi-homme mi-taureau… ça vous dit quelque chose?

Eh oui, Thésée et le Minotaure… On comprend mieux Ariane, n’est-ce pas?

Délaissons maintenant la statuaire pour nous intéresser à la nature. Enfin, la nature bien travaillée, à en croire les panneaux qui expliquent les oeuvres d’art des jardiniers/ères.

Je n’ai pour ma part pas beaucoup vu de ce « bleu précieux »… mais peut-être n’est-ce pas la saison? Il faudra revenir… Par contre, j’ai vu « l’ivoire divin »… enfin, un peu relevé par de l’orangé et du jaune…

Une petite pause sur les fauteuils près de l’un des beaux bassins des Tuileries, pour admirer les « amerrissages » des cols verts et s’attendrir sur les petits canetons. Quand tout à coup surgit, du côté de la Tour Eiffel, un autre arc, en ciel celui-là, tout à fait inattendu vu l’absence de pluie.

Mais il se fait tard, et le soleil commence à décliner derrière l’Obélisque qui se mire dans l’eau et commence à se dévêtir…

Un château disparu

Qui se souvient de ce château en bord de Seine, si près de Paris? Qui a jamais entendu parler du château de Becon? Sans « les Bruyères », si vous pensiez à cela. Quoique. Oui, vous pourriez l’ajouter si vous pensez que tous deux se situent à Courbevoie…

J’ai cherché l’étymologie du terme. Deux pistes trouvées : d’une part, « la terre de Becco », ce dernier étant un nom gaulois; d’autre part, « le phare terrestre » (Claude Bourgeois, 1997). Pas impossible, car il y avait un port à cet endroit.

Bref, un château dominant la Seine, à une époque où ses rives étaient verdoyantes.

Plan de Roussel, 1733

« Les Bruyères », c’était un quartier d’Asnières-sur-Seine et de Bois-Colombes… Et, sur le plan ci-dessus, vous pouvez situer le château, car l’île située en face porte toujours le même nom (ou presque) : c’est celle qui soutient le pont de Courbevoie. Difficile d’imaginer autant de verdure à cet endroit, non? Et encore plus un bac, comme celui que l’on voit sur la carte ci-dessous.

Le château fut construit à la fin du XVIIIème siècle, à peu près à l’emplacement de ce qui fut une maison de campagne qui aurait accueilli un temps Richelieu, au hameau de Becon. Au départ, ce n’était qu’une « maison de plaisance », qui appartenait à Mme de Choiseul. Par la suite, le Comte Orsini l’agrandit. Il passa ensuite entre les mains du Comte de Cayla, pair de France, puis à sa fille, puis au docteur Guillée. C’est dans ces lieux que Thiers aurait écrit son Histoire du Consulat et de l’Empire.

Il aurait par la suite abrité une congrégation religieuse frappée d’interdit par l’archevêché de Paris, et enfin servi d’avant-poste aux fédérés pendant la Commune de Paris, ce qui lui a valu quelques dégâts sévères. Et ce fut pour moi l’occasion de découvrir un ouvrage intéressant, qui porte sur la loi du 10 Vendémiaire an IV. Je vous conseille d’y jeter un oeil, c’est passionnant. Et lisible en ligne sur le site de la BNF…

Quels liens, me direz-vous, entre ce livre et le château? Les indemnités, et ce qui a valu une mini-guerre juridique entre l’Etat, Paris et les communes environnantes. J’y ai découvert (pages 140 à 144) ce qui a été nommé « L’affaire du Château de Bécon », au Tribunal de la Seine le 10 décembre 1873.

Le Château en 1871

Or à cette époque il semble que le château ait déjà été racheté par le Comte Stirbey, dont je vous ai déjà parlé dans des articles précédents (vous savez, celui qui a adopté les peintres Achille et Consuelo Fould? Est-ce à partir de ce « secours spécial distribué par voie de répartition administrative » (pour reprendre l’expression du texte) qu’il a commencé à embellir l’édifice, notamment en y ajoutant un escalier monumental?

Lorsque je vous ai parlé du Musée Roybet-Fould, j’ai évoqué les questions que me posaient la présence d’un artiste né dans la même région que moi, le Nord. Plus précisément, pour ce qui le concerne, Valenciennes. Carpeaux était tombé amoureux de son modèle qu’il représenta en buste.

La Fiancée, Carpeaux, 1869 (source)

Il avait alors 42 ans, et la jeune femme en avait 20 de moins. Et le 20 avril 1869 Jean-Baptiste Carpeaux épousa Amélie Victorine Marie Clotilde (aussi orthographié Clothilde) de Montfort, dont le père était conseiller général de la Marne et gouverneur du Palais du Luxembourg. Le couple eut très vite trois enfants, dont l’un, Charles, né en 1870, deviendra un photographe explorateur; sa soeur Louise Clément-Carpeaux, née en 1872, sera, elle, sculpteure et écrira sur la vie et l’oeuvre de son père.

Mais l’artiste développa une jalousie maladive à l’égard de sa femme, et le couple se sépara en 1874. Etait-il déjà malade? On peut le penser en voyant son autoportrait peint cette année-là.

Autoportrait, Carpeaux (1874)

Peint au château de Bécon? C’est possible, car c’est à cette époque que Jean-Baptiste Carpeaux fut accueilli par le Prince Stirbey qui le logea dans une dépendance de sa demeure, où l’artiste mourut, un an plus tard, d’un cancer de la vessie. Il n’aura pas vu grandir ses enfants, dont l’aîné avait 5 ans…

Au début du XXème siècle, l’endroit était champêtre : près du château, des moulins, une ferme, comme on le voit sur cette carte.

On y voit les stations de chemin de fer. C’est ce moyen de transport qui va entraîner l’industrialisation de ce coin de paradis, avec des noms célèbres : Guerlain, Cadum, Berliet, Hispano-Suiza. C’est la présence de cette usine qui aurait provoqué le bombardement de Courbevoie lors de la seconde guerre mondiale. Episode douloureux pour la ville. Et qui valut au château une destruction partielle, dont il ne se remit pas.

Il finit par disparaître en 1957.

Heureusement que Buffet en a saisi le charme avant…

Le Château de Bécon, Bernard Buffet, vers 1949

Des pays scandinaves à l’Inde en passant par la Valachie…

Il a suffi d’une recherche sur le net, destinée à trouver un endroit intéressant à visiter non loin de La Défense, pour que, ce jour-là, je me retrouve dans le pavillon de la Suède et de la Norvège de l’Exposition Universelle de 1878 – vous savez, celle qui a donné naissance au Trocadéro?

Si vous connaissez l’emplacement de celle-ci, vous allez vous dire que je perds la raison… La preuve dans le panorama de celle-ci…

On est loin de La Défense, n’est-ce pas? Alors, comment le pavillon de la Suède et de la Norvège a-t-il pu « glisser » du centre de Paris à Courbevoie?

Il faut revenir près de 10 ans en arrière pour le comprendre. Les berges courbevoisienne de la Seine, à cette époque, commençaient à attirer nobles et bourgeois. Il faut aussi se souvenir que c’est là que s’était amarré le bateau ramenant les cendres de Napoléon. Je ne vais pas vous retracer toute l’histoire, mais vous expliquer pourquoi on trouve dans ces lieux une maquette de La Belle Poule.

Maquette exposée au Musée Roybet Fould

La Belle Poule ne pouvait remonter la Seine. Elle s’arrêta à Cherbourg. Et, le 18 décembre 1840, les cendres furent transbordés sur le vapeur Normandie. Elles auraient pu être transportées par voie terrienne, mais le gouvernement craignait trop les émeutes et a privilégié la voie fluviale…

Transbordement des cendres de Napoléon en rade de Cherbourg
(tableau exposé au Château de Versailles)

Et le relais continue…. Après un arrêt au Havre, c’est à Val-de-la-Haye, non loin de Rouen, qu’elles sont chargées le 9 décembre sur le bateau La Dorade, qui s’amarra au quai de Courbevoie le 14.

L’arrivée de La Dorade à Courbevoie
(tableau exposé à La Malmaison)
Tableau exposé au Musée Roybet Fould

Cela explique que le Musée Roybet Fould consacre une pièce à cet évènement. On y trouve notamment une étonnante collection d’assiettes.

Est-ce cet évènement qui poussa à investir sur les terrains du coin? La proximité de Paris? La beauté des paysages? Toujours est-il qu’en cette année 1869 George Barbu Stirbai, né en 1828 à Bucarest, en Valachie (une des provinces constitutives de ce qui devint en 1861 la Roumanie), commença à acheter des terres le long de ces berges, et vint s’installer au Château de Bécon.

Le Château de Bécon vers 1870

Comment ce Roumain est-il devenu ministre des Affaires Etrangères en France de 1866 à 1867, j’avoue ne pas l’avoir compris… Si vous avez des idées, je suis preneuse… Placez un commentaire!

Buste du Prince Georges Stirbey exposé au Musée Roybet Fould

Le Prince de Valachie – eh oui, il était prince! il en existe hors des contes de fée…- n’est pas resté seul dans ce domaine. Il épousa sa maîtresse, une femme étonnante, Valérie Wilhelmine Joséphine Simonin. Ne la cherchez pas sous ce nom, elle est plus connue sous trois autres noms : Mme G. Fould, Melle Valérie et… Gustave Haller.

Vous voulez des explications? Le premier est son nom d’épouse. Le second, son nom de scène, et le troisième, son nom d’artiste.

« Mlle Valérie », c’est son nom de théâtre. « Elle entre au Conservatoire de Paris en 1850, y suit le cours de déclamation de Samson et remporte le 1er prix de comédie en 1852. Elle débute alors au Théâtre de l’Odéon dans l’Honneur et l’Argent. En juillet 1853 jusqu’en 1858, elle est pensionnaire au Théâtre Français. »

La jeune Valérie a défié sa famille en épousant le fils d’Achille Marcus Fould, banquier et ministre, et est parti avec son époux, Gustave-Eugène Fould, homme politique et écrivain – homme de théâtre, pourrait-on dire, connu sous le nom de Jalin, vivre à Londres. Alors que, née d’un père chimiste, restaurateur de livres anciens, après avoir bénéficié d’une éducation très ouverte et d’une instruction étendue, elle s’était orientée d’abord vers le théâtre, elle en vint ensuite à la sculpture et devint l’élève de Carpeaux – une des raisons de la présence d’oeuvres du Valenciennois dans cet endroit.

Elle a exposé une sculpture au salon de 1857 et son oeuvre y fut remarquée. Mais elle s’adonnait aussi à la littérature sous le même pseudo. Elle relia écriture et beaux-arts en écrivant sur la peinture, dont elle devint une des pièces maîtresses quand fut enfin reconnue aux femmes le droit d’exposer et d’être primées.

« Avant-hier a eu lieu la première réunion du jury d’admission pour le Salon des artistes Femmes exposant au Palais de la Femme. Le jury est composé de Mmes Demont-Breton, Gustave Haller (sculpteur), Achille Fould, Coutan-Montorgueil, Léon Comerre, Huillard, Pégard et Vallet-Bisson. » (La Presse, 10 mai 1900)

Relisez la liste ci-dessus. Remarquez-vous quelque chose? « Achille Fould »… si vous m’avez bien lue jusqu’ici, cela doit vous rappeler des souvenirs… Qui est cette femme dénommée « Achille Fould », comme le beau-père de Valérie. Ce ne peut être lui, il est mort en 1867. Ni son fils, mort en 1884 après des années de paralysie. Non, c’était une de leurs descendantes… La fille de Valérie. Car, de son mariage avec Gustave-Eugène Fould étaient nées deux filles : Consuelo, en 1862, et Achille Valérie, en 1865. Toutes deux devinrent… peintres. Et eurent droit chacune, comme atelier, à… un pavillon de l’Exposition de 1878. On y revient! Car Le Prince, ami, amant, puis époux de leur mère les considéra comme ses propres filles. Chacune eut droit à un atelier sur les terrains proches du château de Becon…. on y revient.

Pour la cadette, le pavillon des Indes.

Côté Seine
Côté rue

Pour l’aînée, le pavillon de la Suède et de la Norvège. Le seul que j’ai pu visiter.

Je reviendrai dans un prochain article sur ce que contient ce Musée si étonnant…

Il est encore des lieux chaleureux… Le Café de Ponthoile

Lors de ma dernière virée en Baie de Somme, j’ai découvert un endroit qui échappe au temps, à l’agressivité, à l’égocentrisme. Pas par hasard, non, mais parce que des amis m’en avaient parlé la veille. Un petit détour sur la route au retour du Crotoy, et me voici à Ponthoile. Littéralement, le domaine (ou la ferme, bref, « villa » en latin) du pont. Désignation qui évoque l’eau, omniprésente dans ce coin si proche de la baie et des étangs/marais de la Somme.

Un village proche de la Baie et des Marais. Ici, une randonnée suggérée sur le site Outdooractive

Un village tranquille, paisible, qui perdure à travers les siècles : on y a trouvé de l’habitat gallo-romain (voir page 334 de cet article de Roger Agache en 1962), un tertre de l’époque mérovingienne (voir cet article sur la Neustrie septentrionale), et les traces d’une église médiévale brûlée, comme beaucoup d’édifices dans ce secteur, au moment de la Guerre de Cent Ans, qui a vu une chute de la population : de 180 feux on passa à seulement 48… Actuellement, elle tourne autour de 600 personnes, et le village s’est battu en vain, comme beaucoup d’autres, pour garder son école, ce qui ne se fit pas. Les vidéos sur Internet en témoignent : ici ou encore ici, des témoignages poignants… il en est toute une série, avec le 3 et le 4, qui traite davantage de la chanson de l’artiste creusois que de l’école.

Un écho en fut transmis en ligne sur le site de Regain, dans un article intitulé « Aux mioches de Ponthoile« , dont je vous livre un bel extrait:

 » Il est des endroits qui ont une âme. Chaque saison, nous faisons escale dans un village vivant. Planté en terre paysanne aux abords de l’estuaire du fleuve Somme se trouve Ponthoile.
Un village picard rustique et paisible, couché dans la splendeur des bas-champs marécageux. D’ici émane le goût du vrai !

La civilisation du village vacille, continuellement bousculée, malmenée par la modernité. Ponthoile est un de ces villages oubliés, un beau patelin. Cinq hameaux paisibles (Bonnelle, Le Hamel, Morlay, Romaine, Romiotte) entrelacés sur une vingtaine de kilomètres autour d’un petit bourg clairsemé, rendu hirsute par le vent du Nord, à l’image de ces canards de Barbarie qui traînent devant la ferme des Prevost , une vieille famille paysanne. Situé entre Abbeville et Le Touquet, Ponthoile fait partie du Parc naturel régional de la Baie de Somme. Bienvenue en Picardie maritime, au pays de l’oiseau migrateur.

Sous le joug de l’administration de la communauté de communes Ponthieu-Marquenterre, une machine écrasante qui lisse les vies de 71 localités, Ponthoile pleure son école disparue en septembre 2018. Dieu sait si les mioches font le bonheur des campagnes. Se voir ôter injustement l’école du village, l’un des derniers lieux de vie, n’est pas une peccadille pour les 630 âmes qui vivent ici ! JeanLuc Massalon, l’instit’, juge cette décision administrative tout à fait « antidémocratique » et ne peut admettre que le rectorat d’Amiens ait permis « sans concertation et sans nuance aucune » la fermeture définitive de cette école primaire où l’harmonie régnait. Une école de deux classes qui n’était pas en sous-effectif. Une école sans problème qui ne demandait rien à personne : une école heureuse.« 

Vous pourrez à ce sujet écouter la chanson Les Oubliés, de Gauvain Sers.

Mais je ne compte pas vous parler aujourd’hui d’histoire – c’est dans la ferme de Romiotte que les célèbres frères Caudron ont réalisé leurs premiers essais de vol , ni de géographie – la commune possède des marais tourbeux, des prairies humides, des roselières et des mares de petite taille, favorisant la bio-diversité. Les rivières du Dien et des Îles, le ruisseau des Caserettes sont autant de lieux favorables à la conservation des espèces locales, ni de biologie (un des seuls endroits où l’on trouve la grenouille des champs, et je ne blague pas!).

Non, c’est d’un petit endroit hors du temps et de la méchanceté des hommes, le café de Ponthoile. J’ai découvert, en préparant cet article, qu’il existe depuis bien longtemps, comme on peut le voir sur cette carte postale ancienne. Il était alors « café-épicerie ».

Et en voici une autre, empruntée à un site qui m’a beaucoup intéressée et qui a consacré un article dans la série « Un jour un parcours » à Félix Duclaire, que vous avez vu conduisant à 16 ans le tracteur entraînant l’avion sur la carte précédente.

Je n’ai pas pu réaliser de photo de l’établissement car il y avait des véhicules et des personnes à tout moment. Voici l’image du site Guru, fidèle à l’actualité.

A l’intérieur, on est saisi par la « chaleur » de l’endroit. Au comptoir, en ce beau dimanche après-midi de mars, des hommes accoudés. Derrière le comptoir, une dame qui les écoute avec patience et anime la conversation. Dans un coin, un bric-à-brac : nous apprendrons que c’est le lieu de dépôt des dons pour l’Ukraine, ce qui embolise une partie de la salle.

Un magnifique billard en envahit presque tout l’espace. La dame y joue par moments avec l’un ou l’autre des clients. Elle a visiblement enseigné le jeu à un jeune homme qui entame une partie avec elle.

A l’arrivée, bien sûr, des regards interrogatifs : « Qui sont ces étangers? » Mais très vite nous nous sentons accepté-e-s, et la conversation se noue.

Le seul coin possible à photographier car le seul coin vide…
Vers les toilettes
Carpe diem

Et nous y serions bien restés plus longtemps si nous n’étions pas attendus le soir à Mers…

Il a donc fallu prendre le chemin du retour. Un bien beau chemin. La petite route qui ramène vers la « civilisation sauvage » est ceinte de fossés, que les Flamands dénommeraient watergangs…

La mer et la foi

Je ne voulais pas poursuivre tout de suite sur Le Crotoy, par peur de vous lasser. Mais comme des ami-e-s vont découvrir le bourg ce week-end pour un rassemblement familial, je leur dédie cet article autour d’une église où la mer est omniprésente.
Certes, ce n’est pas un cas isolé, car je me me souviens notamment de Sète, d’Antibes, de Sainte-Marine, et, bien sûr, du Tréport plus proche. Sans oublier la Bonne Mère, bien sûr! Mais autant les autres sont ancrées dans le passé, autant l’actualité est ici présente, au travers d’un affichage presque choquant d’un point de vue esthétique.

A première vue, lorsque l’on pénètre dans l’édifice, tout paraît « normal », si l’on excepte les filets qui tracent le chemin vers le choeur…

Mais très vite je me suis sentie pertubée par les rapprochements inattendus.

Confrontation entre les traces des Templiers et les détails techniques…

Très poussés, ces détails. Jugez-en plus tôt (j’ai failli écrire « jaugez »!) en vous approchant…

La proximité aussi avec des oeuvres d’art m’a quelque peu choquée.

Le saint ne semble-t-il pas prier pour qu’on lui épargne cela?

Placer la Crucifixion au-dessus de l’Etoile du Matin ne me semble pas non plus du meilleur goût…

Bref, vous l’avez compris, je n’ai pas franchement apprécié ce qui ressemble à une exposition de – je ne sais quoi dire, d’ailleurs… les photos étant loin d’être artistiques, et la précision du nom des propriétaires alors que les équipages sont simplement désignés par le nombre de « personnes » ne m’a pas davantage plu.

Heureusement, la mer est les bateaux sont présents sous d’autres formes. Les maquettes tant espérées sont bien là. Posées ou suspendues.

Saint-Pierre bénit les voiliers, assisté du saint Curé d’Ars…

Mais ce sont les vitraux qui m’ont le plus séduite. Derrière l’autel, trois d’entre eux mettent en scène la mer.

Je n’ai pu m’approcher de celui du centre, mais regardez ceux de gauche et de droite :

Superbes, n’est-ce pas, ces nuances de bleu et de vert, de « glass » comme disent les Breton-ne-s ?

D’autres vitraux, bien sûr, sur d’autres sujets.

Et je crois deviner qui vous vous attendez à voir… La Jeanne, bien sûr. Pas celle de Brassens, mais celle d’Arc. Alors, à votre avis, est-elle dans l’église? Eh oui, bien sûr! D’abord, sur ce vitrail représentant l’apparition de Saint Michel à la jeune femme emprisonnée.

Puis sous forme de statue, sous une toile marouflée classée parmi les objets « Monuments historiques ».

Vous ne voyez pas bien ce qui est écrit? « Que voici un bon peuple. Plût à Dieu que je fusse si heureuse lorsque je finirai mes jours que je puisse être enterrée en ce pays. » Une phrase attribuée à Jeanne, mais cela n’est pas confirmé…

Je ne l’avais pas placée dans l’article qui lui était consacré pour vous offrir cette surprise, qui me permet de « boucler » pour clore en beauté (à défaut de finesse) cette série sur Le Crotoy.

Mais avant, permettez-moi trois petits « arrêts sur images ». En premier lieu, devant le baptistère.

Ensuite, devant cette bannière qui accompagne les processions.

Enfin, devant ce tableau représentant la Vierge et son enfant, accompagnés par la musique des anges.

Une bonne nouvelle il y a quelques temps pour l’église et Le Crotoy : le classement de celle-ci parmi les Monuments historiques, ce qui permettra d’effectuer les travaux dont vous avez pu voir qu’ils deviennent nécessaires, voire urgents. Pour en savoir plus, une vidéo ici.

Seul le clocher date du XIIIème.
Le reste est une reconstruction au XIXème

Jules, Jeanne et les 3 Jean. Troisième épisode : les 3 Jean

Les 3 Jean… De qui s’agit-il?

Vous allez être déçu-e-s : je l’ignore.

Eh oui. Autant il fut aisé de parler de Jules et de Jeanne, autant il va m’être impossible de vous parler d’un seul Jean.

Sans doute ont-ils existé. Mais quant à connaître leur identité… J’ai écrit pour en savoir plus. Si j’ai une réponse, je vous la transmettrai, promis.

En réalité, il s’agit du nom d’un restaurant que je fréquente régulièrement quand je vais au Crotoy. Non qu’il soit beau. Non qu’il soit confortable. Non qu’on y mange spécialement bien. Mais il offre sur la Baie une vue incomparable, avec pour toile de fond le Hourdel, ce micro-port de pêche et de plaisance désormais très fréquenté par les personnes avides de cueillir la salicorne et surtout de découvrir les veaux marins.

Comme les photos ont été réalisées en hiver, la terrasse est entourée de baies en plastique qui, certes, ne sont pas du plus bel effet, mais au moins protègent du vent.

A la belle saison, tout est découvert et l’on peut profiter du soleil avec cette magnifique vue, tout en dégustant moules frites, fruits de mer, poisson ou ficelle picarde…

Comme vous pouvez le constater, ce n’est pas qu’un restaurant, mais aussi un hôtel, dont certaines chambres offrent une vue incomparable sur l’embouchure de la Somme.

Vous voulez une autre adresse de restaurant avec vue mer au Crotoy? Mais, cette fois, avec vue sur Saint-Valéry et les huttes de chasse qui ne flottent que lors des très grandes marées, comme je l’ai découvert ce dimanche? Je vous explique.

Lors des grandes marées, les huttes posées sur le fond de la Baie offrent un spectacle que je trouve magique : la mer les porte, elles deviennent navires ancrés.

C’est pourquoi, alors que je travaillais le samedi, j’ai foncé vers la Baie ce week-end, et vers Le Crotoy ce dimanche midi. Marée haute prévue à 13h07, il était impératif de déjeuner face à la scène. Voiture à peine garée, je fonce vers la Place Jeanne d’Arc (oui, on la retrouve!) et cherche d’où, à part Chez Mado, le restaurant historique, si typique jadis, devenu selon moi un peu surfait, avec des prix exorbitants. Analyse fait, c’est le Restaurant du Port que je choisis.

Hélas, la dame qui me reçoit me dit qu’il ne reste que les tables du fond, avec vue… sur le manège! Je lui expose mon désarroi et lui explique pourquoi je suis venue. Cela l’attendrit? la fait rire? lui fait penser qu’elle a affaire à une cinglée? En tout cas, elle va vers la table centrale, modifie les réservations, et me la consacre. Gentil, non?

Huttes sur le banc central de la Baie, face à Saint Valéry

Voilà qui m’a permis de déjeuner en chemisier, en plein mois de mars, d’huîtres et d’une parillade de poissons, avec une vue imprenable sur les huttes…

12h50… 13h… Le suspense est à son comble… 13h07… rien. 13h15… toujours rien.

Elles ne se sont pas soulevées! La marée n’est pas assez forte. J’ai ainsi appris qu’un coefficient de 100 ne suffit pas, surtout avec une onde sereine, et qu’il faut au moins 110 pour qu’elles frémissent!

Le perroquet qui trône dans la salle de restaurant me semble se moquer…

Une consolation : les belles images qu’offre cette Baie dont je ne me lasse pas…

Difficile de traduire la force du courant par une photo. Mais on la devine sur celle qui précède, non? Les bateaux quittant le port à ce moment – des touristes, bien sûr, car les professionnels connaissent leur baie… – ont bien du mal à le remonter et partent de gauche et de droite, sans parvenir à l’affronter.

La mer envahit très vite les zones ordinairement asséchées. Ici, elle commence à monter sur les berges environnant le port, pour la plus grande joie des canards.

Derrière l’écluse, elle va plus lentement, car l’eau est régulée.

Cela permet de profiter des couleurs grises et ocre des fonds vaseux.

Les épaves ligneuses sont épargnées, et pourront continuer à servir de refuge aux animaux perdus.

Jules, Jeanne et les 3 Jean. Deuxième épisode : Jeanne

Non, ce n’est pas celle de Brassens, quoique, pour certaines personnes, en France, les derniers vers puissent lui convenir…

« Dans ses roses et ses choux n’a pas trouvé d’enfant,
Qu’on aime et qu’on défend contre les quatre vents,
Et qu’on accroche à son corsage,
Et qu’on arrose avec son lait…
(…)

Quand elle est mère universelle,
Quand tous les enfants de la terre,
De la mer et du ciel sont à elle
… »

Il a même chanté le décès de la cane de ladite Jeanne.

Au passage, visionnez cette visio ou encore celle-ci.

Mais notre propos, vous l’avez compris, ne porte pas sur cette Jeanne, mais sur une autre, qui est passée par Le Crotoy et y a séjourné. Hélas pour elle, pas pour les Bains de Mer. Car elle n’y fut point tout à fait libre de ses mouvements. Une photo? Je ne puis. Mais une photo de la statue qui commémore son passage, volontiers…

La reconnaissez-vous? On n’a pas l’habitude de la voir ainsi vêtue, ni si tranquillement assise. Deux détails cependant pourraient vous mettre sur la piste…

Sculpture de Fossé, 1881 (source)

Une dame enchaînée? avec une épée? ça vous dit quelque chose. Manque des animaux, mais ils ne sont pas loin. Ici ce sont des moutons d’estran, mais ils ressemblent un peu à leurs cousins de l’est. Et sa monture n’était sans doute pas un Henson...

Quant au périple qui l’amena sur les terres picardes, il est narré surtout lors de son procès dans la province voisine, la Normandie. Voici une synthèse qui renvoie aux verbatim.

« De Beaurevoir, 0n la mena à Arras, et de là, par Drugy, au Crotoy où elle fut remise aux Anglais par les officiers du duc de Bourgogne (4).
  Pendant qu’elle était au château de Drugy, les dames de Saint-Riquier allèrent la visiter dans sa prison. Au château du Crotoy, où elle séjourna jusqu’à ce que les dernières mesures fussent arrêtées pour son procès, elle ne parait pas avoir subi une captivité bien rigoureuse. Elle était renfermée dans une chambre qui existait encore en 1657. Un prêtre de la cathédrale d’Amiens, Me Nicolas de Guetille, dit un vieil annaliste du Ponthieu, lui administrait les sacrements et disait beaucoup de bien de cette vertueuse et très chaste fille.


  Quelques dames de qualité et des bourgeoises d’Abbeville l’allaient voir comme une merveille de leur sexe. La Pucelle les remerciait de leur charitable visite et les baisait aimablement. « Que veschy un bon peuple, disait-elle en pleurant ; pleust à Dieu, quand je fynerai mes jours, que je puisse estre enterrée dans ce pays(5). »
  Hélas ! ce n’était point là que devait mourir l’héroïne d’Orléans; c’était à Rouen que les Anglais devaient accomplir ce qu’un chroniqueur a appelé « le plus grand crime que les hommes aient commis depuis la mort du Christ. »

  Bientôt arrivèrent au Crotoy les soldats anglais chargés de la conduire dans cette ville. L’escorte devait être nombreuse et bien armée, à cause du péril de la route et du prix que Bedford attachait à ce que la prisonnière ne pût lui échapper à la faveur d’un coup de main. Il est permis de supposer que cette escorte comprenait notamment John Gris, Berwoit et Talbot, qui eurent la garde de la Pucelle dès son arrivée à Rouen (6).
Vers la fin de décembre, Jeanne fut menée en barque, du Crotoy à Saint-Valéry, de l’autre côté de la Somme, et de là, conduite à cheval sous bonne garde, par Eu et Dieppe (7).
« 

Ainsi, ce qui fut refuge inspirant pour Jules fut halte malheureuse pour Jeanne. La ville garde soigneusement mémoire de son séjour.

J’ai été interpellée par l’absence de la préposition sur le panonceau ci-dessous…

Mais l’hommage est clair, sur le socle de la statue ornant la place face à la Baie.

Comme je le soulignais pour Jules, Jeanne a droit aussi aux perversions diverses liées au commerce et à la publicité.

Place du Monument aux Morts. A gauche l’Hôtel Jeanne d’Arc

On pouvait peut-être y boire la bière brassée non loin de là, à Ronchin, dans le Nord?

La ville continue à célébrer la « Jeanne bergère », ce qu’elle fait depuis bien longtemps…