De la crue aux bougies… une Chandeleur inattendue

Je ne sais pourquoi, mais je me suis toujours figurée que la Chandeleur était une fête païenne… Une partie de journée tout à fait inattendue, hier, m’a appris qu’il n’en était rien, et qu’elle correspondait à la présentation de l’Enfant Jésus au Temple… Un rituel social, donc, mais qui, pour les « croyants », correspond à la reconnaissance du Messie, au travers de la parole du vénérable Syméon.

Gerbrand van der Eeckhout (1672)

Mais comment en suis-je arrivée là, me direz-vous?

Tout simplement parce qu’il faisait doux hier, et qu’au milieu d’une journée de comptabilité – sous l’effet de la menace de suppression de mon autorisation, il y avait urgence! -, je suis allée voir si la Seine était bien cette vieille dame paresseuse qui était « sortie de son lit ». D’accord, j’emprunte cette image à l’équipe de Yann Barthès qui se moquait, hier soir, des chaînes d’informations qui avaient relayé des images catastrophiques de l’inondation alors qu’elle ne touche qu’une petite partie des berges.

Aux alentours des îles de mon quartier, il y avait bien inondation… Mais d’abord, une bonne surprise! La culture est de retour… Eh oui, un bouquiniste a ouvert son échoppe, et offre à mes yeux médusés une série de « Budé », cette collection qui a embelli ma jeunesse.

Je ne sais comment les habitant-e-s des péniches voisines peuvent aller les voir, car leurs passerelles sont devenues inutiles! Elles ressemblent à des rames mal coordonnées…

Côté rive droite, ce n’est pas mieux. Les péniches qui offrent l’été des terrasses si vivantes sont aujourd’hui menacées par la montée des eaux.

Les arbres des berges ont les pieds dans l’eau, et la pointe de l’île ne peut plus accueillir les musicien-ne-s ni les amoureux/euses. Le réverbère se transforme en balise…

Je poursuis mon chemin vers une église que je n’ai encore jamais visitée, bien qu’elle jouxte l’un de mes cafés-restaurants préférés, l’Ebouillanté, dont je vous ai déjà largement parlé, et la Maison des Compagnons du Devoir, où j’ai déjà déjeuné dans une ambiance conviviale, et que des apprentis m’ont fait visiter un jour. j’emprunte donc la pittoresque rue de l’Hôtel de Ville et débouche sur la Place de l’Orme, où des policiers sont en train de vérifier l’identité de porteurs et porteuses de banderolles (en ce moment, peu de jours sans manifestation dans la capitale!), au milieu d’un troupeau de camions de CRS. Hésitation… faire demi-tour pour fuir cette ambiance? Mais finalement, je décide de pénétrer dans l’église Saint Gervais Saint Protais.

Comme je n’ai pas pu photographier la façade en ces temps perturbés et par la météo et par la révolte grondante, j’emprunte cette photo à Wikipédia, pour que vous puissiez imaginer la taille de cette église.

Façade de l'église, vue l'ouest

A l’époque de la construction de la basilique qui l’a précédée (entre 387 et 576), on était plus malin qu’au XXème siècle, et on construisait à l’abri des inondations… ce qui explique l’emplacement de ce qui fut une église très fréquentée, d’abord par les commerçants et artisans des quartiers proches, puis par la haute bourgeoisie, avant de devenir l’église des offices d’une communauté religieuse.

Celles et ceux qui me suivent depuis longtemps connaissent mon penchant pour l’art romain. Mais il faut avouer que parfois le gothique « en jette » – pour reprendre une expression naguère vulgaire et aujourd’hui bien surannée… Toutefois, je ne vais pas vous saoûler avec l’histoire et l’architecture de l’édifice, que vous pourrez trouver sur le net – attention, il y a plusieurs églises dédiées à ces deux frères, en France, comme l’atteste la base Mérimée. Je vais plutôt vous livrer quelques impressions, non pas « soleil levant » mais méridiennes.

Un émerveillement d’abord. Devant les vitraux. Certes, ils sont très divers : époques gothique, Renaissance, et plus tardives. Vitraux transparents blancs, comme ce fut la mode à une période donnée (que je ne suis pas parvenue à identifier, mais non, ce ne sont pas les vitraux de Soulages à Conques…). Et des vitraux très modernes, aux magnifiques couleurs vives.

Il est impossible de « rendre » l’effet d’un vitrail par des photographies, et je le regrette. Car le vitrail est vivant. Il change, varie, se transforme, en jouant avec la lumière… c’est ce qui fait pour moi tout son attrait, dont je ne me lasse pas.
Le ciel était pourtant bien gris ce jour, comme vous avez pu le constater sur les photos de la Seine. Mais les vitraux donnaient un air un peu méditerranéen, faisant oublier la grisaille ambiante. Les bleus et les jaunes, notamment, sont superbes, avec une palette aussi étendue que les couleurs de la mer, du ciel et du soleil…

Un vitrail tranche parmi les autres, par la géométrie de ses formes, un peu rugueuses, et la violence du jaune, presque trop « resplendissant ».

Et cela s’explique par l’Histoire. Le jour du vendredi saint, des croyant-e-s étaient rassemblé-e-s dans l’église pour célébrer la mort du Christ. Soudain un obus toucha l’édifice, faisant plus de 100 victimes. Ce vitrail a été construit sur la symbolique de la Porte du Paradis, ouverte à celles et ceux qui trouvèrent la mort en pleine prière.

Un autre vitrail m’a profondément touchée. Ou plutôt, un détail de vitrail, plus ancien, celui-là.

Comme un écho à travers le temps…

La musique est omniprésente dans l’église. Bien sûr, en premier lieu par l’orgue des Couperin – qui demeuraient dans la maison jouxtant l’édifice, orgue qui donne lieu à de nombreux concerts… actuellement tous annulés. Mais c’est une autre espèce d’orgue qui a attiré mon regard, à la fois par sa forme et par sa décoration.

Ce qui m’a interpelée?

La forme, en premier lieu…

La mise en avant de quatre instruments, psaltère, cithare, harpe et… ? je ne suis pas parvenue à trouver le nom français du quatrième… un nouveau jeu pour vous!

A chacun est associé un « saint », dont le nom est écrit mais incompréhensible pour moi… j’ai cru voir « Aron »…

L’écriture d’un texte, en bas, en hébreu… et, d’une manière générale, l’impression d’influence orientale qui s’en dégage.

Et l’on retrouve celle-ci dans divers détails, dont par exemple les icônes qui encadrent l’accès au choeur et celle qui orne l’autel, ainsi que le menorah, le chandelier à 7 branches… A quoi est-elle due? Une hypothèse serait que l’église est fortement reliée à Jérusalem, par la communauté qui la fréquente. Et j’ai fait une nouvelle découverte: j’ignorais qu’il se créât encore des communautés religieuses.

« … c’est à Paris qu’est née la première fraternité de Jérusalem. (…) La genèse de cette première fondation citadine commence au… Sahara ! C’est là au milieu du désert de pierres de l’Assekrem que Frère Pierre-Marie a reçu cette intuition que le véritable désert est aujourd’hui dans les villes. Alors est né en lui ce désir de faire jaillir un oasis de prière au cœur de Paris, cette ville qui l’a déjà adopté depuis plusieurs années. Parallèlement, le Cardinal François Marty, alors archevêque de Paris, a lancé un appel pour que s’installent dans la capitale des moines pour l’an 2000. Ce désir et cet appel vont faire alliance dans une rencontre mémorable entre Frère Pierre-Marie et le Cardinal Marty. Le fameux « c’est d’accord » de ce dernier deviendra un ordre de mission pour cette première fraternité dite « de Saint-Gervais ». Celle-ci verra le jour avec douze frères pour les premières vêpres de la fête de Toussaint en 1975. » (source)

Et j’ai vu les moines et les moniales. Car trois messes sont célébrées chaque jour. Et l’une d’entre elles avait lieu en ce mardi de la Chandeleur, à midi et demie. J’ai donc eu le privilège d’assister à une belle cérémonie, à la fois simple et émouvante. Plusieurs officiants, une trentaine de religieux/euses en aube d’un blanc éclatant, dans le choeur. Et, dans la nef, une assemblée très diverse, contrairement à d’autres qui ressemblent à des Ehpad… Une quinquagénaire souriante a offert une bougie (avec une jolie corolle de papier blanc) à mon voisin, et l’a allumée. Une vieille Africaine est venue m’en apporter une, et a fait de même. Quelques minutes plus tard, tout le monde tenait en main une bougie avec flamme vive… Le choeur a été soudain éclairé par une lumière vive. Et la messe a commencé.

J’en retiens trois points saillants.

Les chants, purs, s’élevaient, conduits par une voix très cristalline, qui m’a rappelée l’héroïne d’une nouvelle écrite par un ami. J’ai regretté de ne pouvoir les enregistrer!

L’échange des regards, entre les « fidèles », dont j’ai appris plus tard par un ami pratiquant assidu qu’il remplaçait les poignées de mains souvent pratiquées. Mais ces « regards de paix » – pour reprendre le qualificatif du prêtre – prenaient en cette période cruelle un signification forte, et cela m’a beaucoup émue.

Et le fait que la communauté, contrairement aux autres, ne portait pas de masques. Comme une famille, en quelque sorte?

Si vous voulez avoir une idée de celle-ci, les Laudes sont retransmises sur You Tube. Voici la retransmission de celles d’aujourd’hui et d’une messe du dimanche, qui vous permettra de mieux comprendre (non, non, je ne fais pas de prosélytisme!)

Et, pour en finir avec cet épisode dont je pourrais parler plus longuement, un détail qui m’a frappée…

A la sortie de l’église, me voici à nouveau sur la place de l’Orme, en réalité Place Saint Gervais, ancien Carrefour de l’Orme.

Image illustrative de l’article Place Saint-Gervais (Paris)
Photo copiée sur Wikipedia

 » Il était autrefois un usage général de planter un orme, protégé par une chaîne, devant la grande porte des églises. Après la messe, on se réunissait à l’ombre de cet arbre, les juges y rendaient la justice et l’on y acquittait les rentes. Cet arbre, appelé « orme Saint-Gervais », était entretenu par la fabrique de Saint-Gervais, il servait également de point de rencontre et plusieurs peintures et gravures en gardent témoignage, ainsi que des représentations de cet orme sur les stalles à l’intérieur de l’église et sur des bâtiments voisins.

Ce carrefour est cité dans Le Dit des rues de Paris, de Guillot de Paris, sous le nom de « l’Ourmetiau », car à cette époque, vers 1300, l’orme était jeune1. »

« Vers 1790, l’arbre est arraché pour agrandir et débarrasser la place ; il servit à la construction d’affûts de canons. »

« L’orme actuel fut planté en 1935. »

Comme un panonceau explique l’historique de la place et indique que l’orme est représenté sur les façades de la rue qui longe le côté septentrional (gauche, sur cette photo) de l’église, me voici à la recherche de celui-ci… Il fallait le trouver! En réalité, il s’agit d’un motif de la ferronnerie des balcons.

Orme, détail d’une demeure de la rue François-Miron

Il ne me restait plus

qu’à longer les quais nus

traverser le pont chenu

sur la Seine toujours en crue…

Une Grande Dame sans admirateurs/trices

Mes pas m’ayant conduites dans le quartier de la Tour Eiffel, j’ai eu l’occasion de voir combien la crise pesait sur les environs de la Vieille Dame… au point qu’elle se cache dans les nuages pour ne pas voir les dégâts sur la Terre…

Qu’il s’agisse des nombreux bars et restaurants, ou de commerces plus « alimentaires », il semble que les propriétaires ont baissé les bras et renoncé à se battre… les chaises sont empilées derrière la devanture de la belle pâtisserie.

Le marchand de « souvenirs » n’est plus lui-même qu’un souvenir. Il a visiblement abandonné au lendemain des fêtes, à en juger par la décoration de sa vitrine, un mois après…

Mais un vaillant petit soldat continue de se battre. Il a maintenu son affiche, et son enseigne est éclairée, contre vents et marées, comme s’il allait accueillir des spectateurs en soirée…

Dire qu’il y a deux ans, à quelques jours près, un dimanche après-midi, j’assistais en ces murs, parmi un public très hétérogène qui n’épargnait pas ses rires. On jouait alors « Le Tour du Monde en 80 jours », et familles, personnes âgées et/ou isolées partageaient un excellent moment convivial et détendant malgré la grisaille de l’hiver…

Neige facétieuse…

La neige a saisi Paris en ce week-end de janvier, mais à peine apparue, elle s’est effacée… Non sans jouer quelques tours… D’abord, déposer un immense cercueil dans la cour de l’immeuble…

Je me suis précipitée pour saisir des images du « blanc manteau », mais il était déjà trop tard, la pluie l’avait en partie éliminée…

Neither singing in the rain… nor in the snow…

Je vous invite à me suivre dans cette promenade qui m’a conduite du Pont de la Tournelle sur l’Ile Saint Louis, puis celle de la Cité, pour revenir ensuite rive gauche…

Camouflage ?
Déshabillez-moi… Mais non, pas tout de suite, pas si vite…
Ternitude…
Sur la scène, Monsieur du Corbeau…
Mais où sont les spectateurs/trices???
Ah: En voici un au balcon…
Mais il regarde de l’autre côté!
Le Siam grelotte…
Palmier enneigé !

J 60 après N-C : Clohars-Fouesnant

J’aime beaucoup le petit village de Clohars-Fouesnant, niché à l’écart des grands axes routiers, non loin de la mer mais relativement protégé du tourisme… Côté architectural, rien de très remarquable, mais son église est étonnante de disproportions qui « l’ancrent » dans le sol breton.

Eglise Saint Hilaire

En recherchant des informations sur cet édifice, au travers de diverses sources sur le net, je me suis aperçue que mon impression d’irrégularité surprenante avait déjà été observée et notée par un archéologue et historien breton, Louis Le Guennec : « église pittoresque, construction fort imposante, mais d’une très savoureuse irrégularité »…

J’aime à observer les traces de lutte entre les pierres et le temps qui passe et cherche à les piéger de mille manières, prenant parfois pour alliés des végétaux qui modifient les couleurs des minéraux…

Il y a longtemps que je n’ai pas soulevé d’énigme… En voici donc une, pour achever cette année dont les « découvertes » furent moins nombreuses que lors des précédentes… Que peut bien représenter ce médaillon situé à droite de l’un des porches?

Enigme…

Pour ma part, je dois avouer que non seulement je n’ai pas la réponse, mais en outre je ne puis même pas émettre d’hypothèse!

Proche de l’église, la croix est surplombée par un arbre à l’imposant tronc rectiligne. Il s’agit d’un chêne pédonculé, décrit en ces termes par un des auteurs du Bulletin Municipal, qui semble s’être bien documenté pour ce faire : « Cet arbre possède un port d’une élégance rare, trois mètres soixante de tour, dix huit mètres de haut, autant en envergure, voilà ses mensurations prises, en 2009, lors de son recensement dans l’inventaire des arbres remarquables de Bretagne,fait par Bretagne Vivante. » L’auteur s’interroge sur l’âge de l’arbre, mettant savoureusement en scène des personnages que nous devrions connaître, en tant que lecteur/lectrice, pour mieux apprécier les références.

« Quel âge a-t-il ? Là aussi, difficile d’être (ce verbe prête vraiment à confusion lorsque l’on parle d’un chêne !) affirmatif, entre cent quarante et cent soixante ans, le débat est ouvert (pour un chlorophyllien je dirais même tout vert). Jean Auffret,***qui le situait en 1848, revient aujourd’hui sur son estimation depuis qu’il a vu cette photo datée, sans certitude, de 1900, où chacun s’accorde à dire que voilà déjà un bel arbre, mais n’excédant pas les trente, trente cinq ans, ce qui nous fait remonter autour de 1870.

Photo de Jules Robuchon

Yvonne Nicolas, sur ce même cliché, au-delà de l’arbre, a vu les toilettes portées par les femmes. Se référant à la mode du temps, elle situe plutôt la prise de vue autour de 1890, ce qui nous donnerait un arbre de vingt ans très grand (trop ?)pour son âge ou au contraire, un quadra un peu maigrichon. Jean-Yves le Corre (qui est le découvreur de la photo aux archives départementales) nous livre son analyse très pertinente : pour lui notre pédonculé possède un tronc anormalement maigre par rapport à sa hauteur et à son envergure, conséquence d’une malnutrition. Un manque d’humus au pied, dû au ramassage incessant des feuilles depuis toujours par nos cantonniers, gage d’un accès dégagé et propre à l’église et au cimetière. Sans doute aurait-il connu un autre développement en pleine nature. » (Source)

J 59 après N-C… En route vers « Pen Ar Bed »

Lever de soleil sur la campagne picarde… et couchant sur l’Atlantique, au bout du monde ou presque, le Finistère… Quelques photos glanées chemin faisant…

9 h 01… J’ai appris plus tard qu’un énorme sanglier se promenait par là quelques minutes plus tôt… mais je n’ai vu que les arbres sagement alignés pour saluer la re-naissance de l’astre solaire… ou l’apparition du char du Dieu ?

Levant sur la campagne picarde

10 h 27… Traversée du bac de Duclair, près de Rouen. D’habitude, je le prends dans l’autre sens en allant travailler, en alternance avec celui de La Bouille. Je ne me lasse pas des bacs, qui me rappellent l’Afrique… et ont un parfum de passé un peu nostalgique. Sur le quai, une « oeuvre » sujette aux attaques du vent et de la pluie évoque celui-ci.

Hier
Aujourd’hui
Passagère clandestine
Mouette Soeur Anne

12 h 47. Pause pique-nique sur la plage d’Houlgate, en une journée très alcyonnienne…

[1] Chéréphon. Quelle voix, Socrate, est arrivée jusqu’à nous, de ces rivages et de ce promontoire ? Qu’elle est douce à l’oreille ! Quel est donc l’animal qui peut la produire ? Car on dit que les habitants des eaux sont muets.

Socrate. C’est un oiseau marin[2], cher Chéréphon ; on le nomme Alcyon, il a la voix gémissante et pleine de larmes : les hommes débitent à son sujet une fable antique. On dit que jadis femme et fille d’Éole, fils d’Hellen, elle pleurait amèrement un époux, objet de sa plus vive tendresse, mort à la fleur de l’âge : c’était Céyx, de Trachine, fils de Lucifer et d’une beauté égale à celle de son père : la volonté des dieux lui a donné des ailes ; et maintenant, semblable à un oiseau, elle vole le long des mers, cherchant son époux, et errant par toute la terre, sans pouvoir le rencontrer.

[2] Chéréphon. C’est Alcyon, dis-tu ! Jamais auparavant je n’avais entendu cette voix, qui m’est arrivée toute nouvelle. C’est un son vraiment lugubre que fait entendre cet oiseau : comment est-il donc fait, Socrate ?

Socrate. Il n’est pas grand, mais il a reçu des dieux une grande récompense de sa tendresse conjugale : durant tout le temps qu’il couve ses petits, le monde passe des jours nommés alcyoniens, remarquables par le calme qui règne su milieu même de la mauvaise saison ; c’est aujourd’hui l’un de ces plus beaux jours. Vois comme le temps est serein ! comme la mer tout entière est calme, sans vagues, et ressemble, pour ainsi dire, à un miroir !

Fronton près du lieu de pique-nique

17 h 27… Course contre la montre! Le soleil se couche, d’après mon application « météo », à 17 h 31… Il faut donc espérer pouvoir assister à son coucher, comme les courtisans à Versailles jadis. Et c’est un spectacle toujours aussi envoûtant, avec pour décor lointain les îles des Glénan.

18 h 07 La nuit tombe… Mais une nouvelle belle surprise offerte par la nature m’attend sur le tout dernier tronçon qui me ramène à l’intérieur des terres… Un superbe lever de lune… de pleine lune, devrais-je dire… qui me guide vers ma destination.

J 54 après N-C… et veille de Noël

On nous rebat les oreilles de Noël plus qu’on ne l’a jamais fait, cette année. Pour nous inciter à consommer, bien sûr! Et les films – guimauve surabondent sur les chaînes de télévision, pour mettre en scène des rencontres de couples qui, ne se connaissant pas au début, finiront par passer la fête ensemble, dans une maison super-illuminée (pas écolo!!!) ou une grange que tout le village aura participé à décorer… et avec des pulls tous aussi laids les uns que les autres. Seule la drôlerie en sauve quelques-uns.

Dommage, car Noël pourrait être une belle fête, si l’on oubliait tout ce clinquant et le côté économique. Une des rares fêtes de la laïcité. De la vraie laïcité, c’est-à-dire de l’acceptation des autres idéologies, philosophies et religions. Que pour certaines c’est La date importante de l’année, où l’on célèbre la naissance du Sauveur, et pour d’autres celle d’un prophète parmi d’autres, et pas le plus important, tout le monde l’accepte, dans un partage qui pourrait être vrai, et qui l’est heureusement encore souvent… C’est aussi celle de la subsidiarité (cela fait deux semaines que je veux écrire à ce sujet mais n’en trouve pas la sérénité nécessaire pour aborder un tel sujet)… Oui, des portes s’ouvrent, des couverts sont mis, des bras sont ouverts pour des personnes esseulées ou en difficulté de tout ordre. Enfin, je devrais mettre l’imparfait. Car cette année elles resteront hélas souvent closes, et les places à la table de fête seront souvent limitées… Qui restera dehors? Ou qui mangera à la cuisine, pour reprendre l’excellente idée de certains de nos membres du gouvernement? Mais je sais que « l’esprit de Noël », si vanté dans les films américains pour des raisons tenant autant du puritanisme que du commercial, règne encore, et je vous souhaite de passer le meilleur ou le moins mauvais réveillon possible.

Alors, aujourd’hui, dans cet esprit d’ouverture et de laïcité, quelques photos d’une crèche arménienne. Elles ont été prises avant-hier à la cathédrale Sainte-Croix des Arméniens, à Paris. J’ai eu des difficultés à comprendre la genèse de cette église, vouée au culte catholique orthodoxe arménien.

D’après certaines sources, elle a été construite sur un terrain où se situait avant un entrepôt de bois, qui a brûlé en 1897.

« La cathédrale Saint Jean-Baptiste a été construite entre 1902 et 1904 sur les ordres du bienfaiteur Alexandre Mantashev, un richissime arménien originaire de Tbilissi en Géorgie.

Le terrain sur lequel la cathédrale est construite abritait un grand entrepôt en bois qui a accueilli le bazar de la Charité pendant quelques mois avant de brûler en 1897.

Mantashev a confié l’œuvre à Albert-Désiré GUILBERT, architecte français à qui l’on doit l’église Notre-Dame de la Consolation, située à 150 mètres de l’actuelle cathédrale au 23 de la rue Jean Goujon.

L’ensemble de la construction comprend la cathédrale, une cour intérieure, un bâtiment de deux étages servant de siège à la primature (1er étage) et de locaux administratifs (rez-de-chaussée) avec en plus une salle en sous-sol, d’une capacité d’accueil d’une centaine de personnes, créée en 1990 et qui fut nommée d’après un bienfaiteur, Nourhan Fringhian. »

D’autres racontent une histoire bien différente. Elle aurait une origine beaucoup plus ancienne et aurait connu bien des vicissitudes.

« Sa construction remonte à 1623. Le financier Claude Charlot qui entreprend de créer des logements dans le quartier du Temple, construit l’église Saint-Jean-Saint-François ainsi qu’un couvent attenant où s’installent des frères capucins. La chapelle de ce couvent est construite l’année suivante, sur l’emplacement d’un ancien jeu de paume dont un mur subsiste le long de la rue Charlot.

A la Révolution le couvent est détruit puis loti sauf la chapelle qui devient en 1791 église paroissiale. L’église, fermée en 1793 puis achetée par la ville de Paris en 1798 est rendue au culte en 1803 après le Concordat.

L’église est agrandie entre 1828 et 1832 et son porche est reconstruit par Victor Baltard en 18551 (sic). Entre-temps Cavaillé-Coll y réalise une de ses premières orgues parisiennnes en 1844. Dans les années 1970, l’église, alors fermée au culte, est confiée à la communauté arménienne qui la transforme en cathédrale catholique. »

Pour ma part, j’ai tendance à opter pour un mixte des deux. En effet, sur la façade, on voit inscrit la devise de la République… Ce serait sans doute durant la période 1798-1803 dont il est fait état plus haut. A moins que cela ne corresponde aux années 1970? Par contre, pour la suite, je pense que les donateurs auxquels il est fait allusion ont effectivement oeuvré à son achèvement.

J’étais déjà venue dans ces lieux pour un concert. Et c’est la musique qui m’y a accueillie, avec le son des orgues. Sans doute une répétition ou un essai, car trois messieurs sont ensuite sortis de derrière l’autel, où se situe le clavier, laissant le silence s’installer.

Cette image a un attribut alt vide ; le nom du fichier est am24.jpg

Mais revenons à la crèche… L’an dernier, j’avais eu le plaisir de visiter une exposition de crèches du monde entier. Cette fois, c’est un univers spécifique que j’ai admiré… Prenez le temps d’observer, zoomez, les détails sont émouvants…

J 53 après N-C

Les oeuvres d’art exposés dans les galeries du Marais sont d’une diversité extraordinaire, et c’est toujours un vrai régal que de les découvrir. Mais aussi, parfois, on ne peut s’empêcher de sourire, voire de rire, quand notre esprit les « rapproche », comme ce fut le cas hier devant deux galeries de la Place des Vosges… comme si elles « dialoguaient »…

A quoi pense l’aviateur ou l’aviatrice quand, sur le plancher des vaches, elle regarde le ciel?

A un-e pilote aussi inattendu-e que son engin volant ?

J 52 après N-C : balade au Marais

Agréable promenade dans le Marais en ce premier jour post-solstice… Hélas pas pu voir le ciel cette nuit, avec ce phénomène extraordinaire qui était annoncé… J’espère que vous, vous avez pu en profiter?

Enfin une bonne nouvelle : les jours vont rallonger! Si, si! Mais la durée du couvre-feu ne va pas raccourcir pour autant… A ce propos, j’ai trouvé triste de voir tous ces gens entassés sur des bancs, ou debout aux tables hautes des bars placées dehors, alors que toutes ces vitrines, toutes ces salles, toutes ces terrasses de cafés étaient sombres, closes, sinistres! Heureusement, il faisait très doux à Paris en ce 22 décembre. Mais que sera-ce quand le froid va venir?

Quelques images à partager ? Oui, bien sûr! Je me/vous propose de décliner une série de « quand »…

Quand la destruction pousse les artistes à s’exprimer, face aux engins porteurs de mort, dans des oeuvres éphémères qu’un nouvel édifice tuera…

Quand Victor sortait de chez lui pour aller rejoindre Juliette qui logeait dans une rue proche, j’aime à penser qu’il passait sous ces voûtes…

Combien d’amants les ont admirées depuis ? A moins qu’ils ne soient passés sans les regarder, préférant plonger leurs yeux dans ceux de leur amante ou courant pour aller la rejoindre, comme le poète éperdu ?

Quand les passant-e-s observent une enseigne révélatrice d’un passé laborieux et aperçoivent une main de fer (je ne vous ferai pas le mauvais jeu de mot « à vapeur »!) sur un balcon… Oeuvre d’art en péril ?

Zoomez sur le balcon du 2ème étage…

Quand les rues changent de noms, et que le monde de la culture s’insurge contre les flèches mortelles qu’on ne cesse de leur lancer…

Bien sûr, la curiosité m’a poussée à chercher l’histoire de cette double dénomination…

La première vient du fait que dans cette rue se situe l’Hôtel d’Ecquevilly, propriété de la veuve d’Auguste de Harlay. Au passage, signalons qu’il y a une autre rue Harlay à Paris, du nom d’Achille de Harlay, premier président du Parlement de Paris, dans le 1er arrondissement. De ce fait, autrefois, l’une était désignée comme « Harlay-au-Palais », car elle longe le Palais de Justice, et l’autre, « Harlay-au-Marais » – inutile de vous expliquer pourquoi…

Pour la petite histoire, cette dernière s’est aussi appelée « rue Diderot », avant de prendre en 1879 le nom de ce qui est actuellement sa partie nord.

Alors, que viennent faire ici les arquebusiers? Eh bien, leur compagnie, entre 1609 et 1670, était établie non loin de là, dans un bastion de l’enceinte de Charles V approximativement située sur ce qui est maintenant le Boulevard Beaumarchais… Et ils s’entraînaient sur un terrain proche de la rue qui rappelle désormais leur souvenir, dont il reste des traces : le jardin de l’Arquebuse. Toujours aussi curieuse, je suis allée rechercher un vieux plan de Paris qui montre son emplacement, non loin de la Bastille.

Le jardin de l’Arquebuse. (source)

Effectivement, la forme allongée du jardin offrait l’espace nécessaire au tir à l’arquebuse !

Quand les poubelles sont sagement alignées en rang d’oignons et vous montrent la route… Où celle-ci mène-t-elle ?

Quand les hôtels 4 étoiles sont signalés par des poubelles et un vélo de location… c’est qu’ils sont fermés!

Quand les chasses royales permettaient aux veneurs de se faire construire des palais en plein Paris…

Vous avez sans doute remarqué sur les photos précédentes le haut-relief situé sur la porte. En le voyant, je me suis demandé ce que faisaient ces cors entrelacés en plein coeur de la capitale…

Ils marquent le début de la rue du Grand Veneur, qui conduit à l’ancienne résidence de celui-ci, l’Hôtel d’Ecquevilly, à l’élégante architecture classique.

Etonnant hétéroclisme de l’architecture, dans cet espace presque clos qui mène à l’hôtel… et décalage total entre les édifices eux-mêmes, et entre les édifices et la population qui profite du jardin.

Quand la Mairie de Paris méprise une auteure et fait des anachronismes (volontaires?).

Quand une déclaration d’amour embellit un mur plutôt tristounet dont la grisaille est rompue par une porte bleue…

Quand les artisans/commerçants contredisent les peintres… Vous vous souvenez de la déclaration de Magritte à propos de son tableau si controversé ? « La fameuse pipe, me l’a-t-on assez reprochée ! Et pourtant, pouvez-vous la bourrer ma pipe ? Non, n’est-ce pas, elle n’est qu’une représentation. Donc si j’avais écrit sous mon tableau « ceci est une pipe », j’aurais menti! » Et en plus, l’auteur-e de l’enseigne joue de la métonymie!!!

Quand les galeristes se mettent aux jeux de mots et qu’un objet de la vitrine renvoie à un tableau exposé…

Je ne vais pas continuer à vous soûler avec mes écrits (sans corps ni âmes) en cette nuit pluvieuse, et continuerai, si vous le voulez bien, un de ces jours prochains… Vous l’avez compris, j’apprécie infiniment les balades au Marais…

J 32 après N-C

Avez-vous déjà pratiqué 7 heures de tête à tête en visio par Teams avec une personne? une expérience inoubliable pour la nomade que je suis!!! 7 heures scotchées à mon siège, face à un écran, pour des échanges qui habituellement sont faits d’interactions en présence, de véritable dialogue, de collaborations, et de mouvements… 7 heures à ne communiquer que partiellement. Car l’oral n’est pas notre seul mode de communication!! Et cette épreuve se renouvelle, suite au diktat du « télétravail » qui, certes, peut (peut-être) convenir pour certains métiers, mais pas pour le mien, car il transforme et le contenu et la forme. En ce qui me concerne, il pervertit même l’ensemble, dans la mesure où le média induit une modification de l’andragogie, et va à l’encontre des principes qui sont au fondement de mon engagement professionnel…

Mais vous n’êtes pas ici pour que je vous fasse part de mes états d’âme professionnels, je le sais.

Après cette rude journée vécue hier, je suis allée marcher dans Paris, pour me défouler.

Triste spectacle. Des rues quasi-désertes. Quelques boutiques éclairées et ouvertes, noyées dans la « sombritude » des autres devantures, bars, restaurants, cinémas, théâtres, salles de sport, fermées.

Un tour chez Gibert pour essayer de me réconforter? Sous prétexte d’aller chercher un livre sur Sextus Empiricus… Mais peu de monde, des employés désoeuvrés (avantage : ils se sont mis en 4 quand je leur ai demandé une information, au point que c’est moi qui ai dû abréger!), de rares chalands…

J’ai donc continué vers le Carrefour de l’Odéon, habituellement si vivant et animé en fin d’après-midi… La statue de Danton sert de point de rendez-vous aux amateurs de bars, de sorties nocturnes, de balades au crépuscule, d’after-works – je détestais ce mot jusqu’à maintenant, mais depuis qu’on n’a plus droit qu’au « work » et pas à l' »after », je commence à lui donner du sens! Personne aux pieds du tribun. De rares fantômes masqués passant rapidement le long du Boulevard… quelques bus… quelques voitures… à 18h, c’est incroyable!

J’ai alors emprunté le Passage du Commerce, un de mes lieux préférés dans le quartier. Lui aussi, d’ordinaire si vivant, ressort davantage en ce moment d’une ruelle coupe-gorge que de l’espace convivial qu’il est en d’autres temps…

Au débouché de la ruelle désormais obscure, la rue Saint André des Arts est certes illuminée par la Ville, mais tout aussi déserte, malgré les quelques commerçants qui continuent à vouloir survivre… Plus de spectacles, qu’ils soient culturels comme au cinéma éponyme – un des cinémas indépendants qui ont réussi à résister jusqu’à maintenant, ou érotiques comme le théâtre Chochotte…

La Place elle-même est sinistre, et ce n’est pas mieux devant la Fontaine, qui, asséchée lors de la dernière canicule au grand dam de la population qui aurait pu s’y rafraîchir, pleure maintenant inlassablement les passant-e-s, les touristes, les musicien-ne-s ou autres artistes de rue, et les manifestant-e-s de tout poil qui l’animaient naguère… sans compter les ami-e-s, les bandes de copains/copines, les couples d’amoureux/euses ou d’amant-e-s pour qui elle constituait (elle con-statuait, allais-je écrire) un lieu de rendez-vous idéal…

La vengeance des Dragons

Un kilomètre à l’ouest… mais un peu plus d’une heure !

En ce 11 novembre, comme je vous le disais, j’avais décidé de me promener, comme j’aime tant à le faire, dans les rues de la capitale. D’habitude, il règne, les dimanches et jours fériés, une joyeuse atmosphère, empreinte d’affection familiale, d’amitié, d’amour… Sans compter la curiosité des touristes, leur air ravi en découvrant les trésors tant convoités, leurs sourires pour les selfies et photos de groupe… Ce jour-là, c’était sinistre. Des fantômes ambulants, masqués, s’éloignant de l’autre lorsqu’ils se croisent, déambulant plus que musant…

Pas moyen d’aller, comme j’aime tant à le faire, explorer en détail un petit bout de quartier un peu éloigné. Je suis donc repassée là dans des endroits déjà bien connus, et ai revu des lieux que je connais déjà bien. Quelques détails cependant ont changé…
Je vous propose donc de suivre cette balade, et de partager avec moi cette tristesse ambiante, que ne rompent que la beauté des édifices et quelques détails plus ou moins artistiques…

Le Pont de la Tournelle m’a conduite sur l’Ile Saint Louis. Personne sur les berges, dont ne profitent que les goélands et les canards.

Pas de file devant Berthillon. On n’a plus droit aux glaces. Pas de musiciens sur le pont qui mène à l’arrière de Notre Dame… le silence n’est rompu que par un hors bord de la police, filant sur la Seine désertée par les bateaux-mouche. Et par le bruit des grues. Car les travaux, eux, continuent, comme je vous l’ai montré dans une photo récemment publiée ici et comme le montre celle-ci.

Me revoici rive gauche… « ma » rive! La rareté des voitures est surprenante à cette heure, et je m’amuse à traverser et retraverser la large rue… Vais-je prendre la rue de Bièvre? Une nouvelle oeuvre l’orne, plutôt inattendue à cet endroit…

J’imagine l’artiste en train de la créer! Comme a-t-il ou elle fait pour déjouer les rondes policières, si fréquentes dans ce coin?

La suite est bien triste… Tout est fermé, déserté, voire grillagé… Les plaisirs sont abandonnés…

La culture est interdite (vous avez déjà vu le magasin de musique Avanti la Musica sis à cet endroit), et les galeries ne peuvent plus jouer leur rôle de promotion de l’art et des jeunes artistes… un beau projet pourtant ?

Et finalement, ce sont les traces du passé qui donnent un peu de « couleur » et de « gaieté » – oh, bien relatives! – à toute cette grisaille… Je retrouve avec plaisir la boutique de calicot qui me ravit, à chacun de mes passages…

Et l’ancienne « Tonnellerie centrale » voisine rappelle à quel point il a pu y avoir de commerces de vins depuis ce lieu jusqu’à Bercy…

Nous sommes 5, rue des Grands Degrés. Peut-être ne savez-vous pas que le bois pour les constructions et productions de tout genre était débarqué tout près de là, comme l’atteste le nom d’une rue proche, la rue de la Bûcherie? (merci au site que je viens de découvrir en recherchant l’origine de cette enseigne, site qui porte un nom qui me correspond « Parislenezenlair« …

En face, les péniches, peu nombreuses, restent sagement amarrées face aux travaux gigantesques de la réfection de la vieille dame.

Me voici arrivée au Square René Viviani – dont le nom rend hommage à celui qui fut au début de sa carrière député socialiste élu deux fois dans le 5ème arrondissement -, square où j’ai passé jadis des heures en attendant que le service des urgences de l’Hôtel Dieu veuille bien me recevoir… Il a changé depuis, car une statue y a été placée en 1996, en hommage à Saint Julien… Elle a remplacé la pelouse sur laquelle je me reposais…

J’en ai fait plusieurs fois le tour, tant pour prendre des photos que pour essayer de comprendre ce qu’elle représentait… Car elle allie des airs de monument aux morts à des tonalités de statues évoquant les plaisirs…

J’ai bien sûr cherché par la suite à en savoir plus sur cette statue. En réalité, c’est une fontaine… je ne suis pas perspicace! L’artiste se nommait Georges Jeankelowitsch et l’a créée peu de temps avant sa mort, alors qu’il avait 63 ans. Vous ne le trouverez pas sous ce nom dans les plaquettes touristiques. En effet, il avait modifié son patronyme en « Jeanclos », et, les dernières années, en hommage à sa mère, avait ajouté le patronyme de celle-ci, Mossé. D’où la signature de ses dernières oeuvres « Georges Jeanclos-Mossé ». Un personnage étonnant, visiblement ouvert à différentes cultures, que je me promets de découvrir un peu mieux plus tard… Mais revenons square Viviani…

Ce qui a peu changé, au regard de sa longévité, c’est le célèbre robinier qui va bientôt fêter ses 420 ans.

Bon, d’accord, il n’existait pas encore lorsque Dante ou encore Pétrarque sont venus à l’église voisine… mais quand même, ce n’est pas mal, non? A propos d’église voisine, elle a eu une histoire plus que mouvementée, dont je vous parlerai peut-être un jour où je pourrai y entrer… car en ce moment, elle est aussi victime des interdictions, dont celles de célébrer ensemble en un lieu consacré un culte quel qu’il soit. En l’occurrence, il s’agit de l’Eglise grecque-melkite-catholique. Pour celles et ceux qui seraient comme moi béotiens en matière de religions, je décrypte, grâce à ce que j’ai lu sur un site qui présente la multitude incroyable de rites orientaux. Grec, car les Pères de cette église ont écrit en grec. Melkite (du terme désignant un « empereur »), car lors du Concile de Chalcédoine, en 451, il y eut schisme avec les Monophysites (alors là, ne m’en demandez pas plus pour l’instant!) qui leur donnèrent ce nom. Enfin, catholique, car un nouveau schisme se produisit au XVIIIème siècle et une partie se rattacha à Rome, tandis que d’autres sont orthodoxes. En bref, un culte byzantin mais catholique, dont les textes fondateurs sont en langue grecque, qui se pratique dans ces lieux depuis 1889.

Impossible d’y entrer, disais-je. J’enchaîne donc par la rue Galande, ordinairement si gaie et vivante avec ses boutiques exotiques, ses restaurants qui le sont tout autant – un vrai tour du monde en quelques mètres! – et le fameux studio de cinéma, lui aussi actuellement condamné. Pas un chat. Je suis seule. Comme diraient certain-e-s, c’en est même « flippant »! Et cela perdure jusqu’à la Place Maubert ! Même la boutique Tahnh Binh, où j’allais autrefois acheter mon sac de riz avant de repartir au Maroc, est déserte! pourtant, elle est ouverte, elle! Au passage, je m’interroge à nouveau sur la Société d’Instruction élémentaire. Voici un bon nombre de fois que je me promets de rechercher de quoi il s’agit, mais je ne l’ai toujours pas fait!

M’engageant à nouveau à mener cette enquête, je poursuis ma route et m’aperçois que certains immeubles ont pris des couleurs qui tranchent sur la grisaille environnante…

L’heure est dépassée, et il me reste encore un peu de chemin à faire… Vite, pressons-nous! Ah non, pas tant que cela, car la devanture du traiteur grec m’appelle… Echo à l’église admirée un peu plus tôt? Et… c’est ouvert, en ce 11 novembre à 17h… devinez ce que j’ai fait ? Je suis allée échanger un peu avec le charmant jeune Grec qui tient cette alléchante boutique au nom évocateur, Le Pirée !

Eh oui, délices de l’Hellas… vrai taboulé, hommos et pain azyme, tiropites, aubergine farcie, gâteaux mielleux à souhait… sans oublier vin de Crète et Néméa… tout y est passé… et je dois avouer que ce fut un régal par la suite, en écoutant de la musique grecque, bien sûr. Non, non, pas le sirtaki, mais les Chants traditionnels grecs, interprétés par Vivi Kassou. On s’échappe comme on peut!