J 32 après N-C

Avez-vous déjà pratiqué 7 heures de tête à tête en visio par Teams avec une personne? une expérience inoubliable pour la nomade que je suis!!! 7 heures scotchées à mon siège, face à un écran, pour des échanges qui habituellement sont faits d’interactions en présence, de véritable dialogue, de collaborations, et de mouvements… 7 heures à ne communiquer que partiellement. Car l’oral n’est pas notre seul mode de communication!! Et cette épreuve se renouvelle, suite au diktat du « télétravail » qui, certes, peut (peut-être) convenir pour certains métiers, mais pas pour le mien, car il transforme et le contenu et la forme. En ce qui me concerne, il pervertit même l’ensemble, dans la mesure où le média induit une modification de l’andragogie, et va à l’encontre des principes qui sont au fondement de mon engagement professionnel…

Mais vous n’êtes pas ici pour que je vous fasse part de mes états d’âme professionnels, je le sais.

Après cette rude journée vécue hier, je suis allée marcher dans Paris, pour me défouler.

Triste spectacle. Des rues quasi-désertes. Quelques boutiques éclairées et ouvertes, noyées dans la « sombritude » des autres devantures, bars, restaurants, cinémas, théâtres, salles de sport, fermées.

Un tour chez Gibert pour essayer de me réconforter? Sous prétexte d’aller chercher un livre sur Sextus Empiricus… Mais peu de monde, des employés désoeuvrés (avantage : ils se sont mis en 4 quand je leur ai demandé une information, au point que c’est moi qui ai dû abréger!), de rares chalands…

J’ai donc continué vers le Carrefour de l’Odéon, habituellement si vivant et animé en fin d’après-midi… La statue de Danton sert de point de rendez-vous aux amateurs de bars, de sorties nocturnes, de balades au crépuscule, d’after-works – je détestais ce mot jusqu’à maintenant, mais depuis qu’on n’a plus droit qu’au « work » et pas à l' »after », je commence à lui donner du sens! Personne aux pieds du tribun. De rares fantômes masqués passant rapidement le long du Boulevard… quelques bus… quelques voitures… à 18h, c’est incroyable!

J’ai alors emprunté le Passage du Commerce, un de mes lieux préférés dans le quartier. Lui aussi, d’ordinaire si vivant, ressort davantage en ce moment d’une ruelle coupe-gorge que de l’espace convivial qu’il est en d’autres temps…

Au débouché de la ruelle désormais obscure, la rue Saint André des Arts est certes illuminée par la Ville, mais tout aussi déserte, malgré les quelques commerçants qui continuent à vouloir survivre… Plus de spectacles, qu’ils soient culturels comme au cinéma éponyme – un des cinémas indépendants qui ont réussi à résister jusqu’à maintenant, ou érotiques comme le théâtre Chochotte

La Place elle-même est sinistre, et ce n’est pas mieux devant la Fontaine, qui, asséchée lors de la dernière canicule au grand dam de la population qui aurait pu s’y rafraîchir, pleure maintenant inlassablement les passant-e-s, les touristes, les musicien-ne-s ou autres artistes de rue, et les manifestant-e-s de tout poil qui l’animaient naguère… sans compter les ami-e-s, les bandes de copains/copines, les couples d’amoureux/euses ou d’amant-e-s pour qui elle constituait (elle con-statuait, allais-je écrire) un lieu de rendez-vous idéal…

La vengeance des Dragons

Un kilomètre à l’ouest… mais un peu plus d’une heure !

En ce 11 novembre, comme je vous le disais, j’avais décidé de me promener, comme j’aime tant à le faire, dans les rues de la capitale. D’habitude, il règne, les dimanches et jours fériés, une joyeuse atmosphère, empreinte d’affection familiale, d’amitié, d’amour… Sans compter la curiosité des touristes, leur air ravi en découvrant les trésors tant convoités, leurs sourires pour les selfies et photos de groupe… Ce jour-là, c’était sinistre. Des fantômes ambulants, masqués, s’éloignant de l’autre lorsqu’ils se croisent, déambulant plus que musant…

Pas moyen d’aller, comme j’aime tant à le faire, explorer en détail un petit bout de quartier un peu éloigné. Je suis donc repassée là dans des endroits déjà bien connus, et ai revu des lieux que je connais déjà bien. Quelques détails cependant ont changé…
Je vous propose donc de suivre cette balade, et de partager avec moi cette tristesse ambiante, que ne rompent que la beauté des édifices et quelques détails plus ou moins artistiques…

Le Pont de la Tournelle m’a conduite sur l’Ile Saint Louis. Personne sur les berges, dont ne profitent que les goélands et les canards.

Pas de file devant Berthillon. On n’a plus droit aux glaces. Pas de musiciens sur le pont qui mène à l’arrière de Notre Dame… le silence n’est rompu que par un hors bord de la police, filant sur la Seine désertée par les bateaux-mouche. Et par le bruit des grues. Car les travaux, eux, continuent, comme je vous l’ai montré dans une photo récemment publiée ici et comme le montre celle-ci.

Me revoici rive gauche… « ma » rive! La rareté des voitures est surprenante à cette heure, et je m’amuse à traverser et retraverser la large rue… Vais-je prendre la rue de Bièvre? Une nouvelle oeuvre l’orne, plutôt inattendue à cet endroit…

J’imagine l’artiste en train de la créer! Comme a-t-il ou elle fait pour déjouer les rondes policières, si fréquentes dans ce coin?

La suite est bien triste… Tout est fermé, déserté, voire grillagé… Les plaisirs sont abandonnés…

La culture est interdite (vous avez déjà vu le magasin de musique Avanti la Musica sis à cet endroit), et les galeries ne peuvent plus jouer leur rôle de promotion de l’art et des jeunes artistes… un beau projet pourtant ?

Et finalement, ce sont les traces du passé qui donnent un peu de « couleur » et de « gaieté » – oh, bien relatives! – à toute cette grisaille… Je retrouve avec plaisir la boutique de calicot qui me ravit, à chacun de mes passages…

Et l’ancienne « Tonnellerie centrale » voisine rappelle à quel point il a pu y avoir de commerces de vins depuis ce lieu jusqu’à Bercy…

Nous sommes 5, rue des Grands Degrés. Peut-être ne savez-vous pas que le bois pour les constructions et productions de tout genre était débarqué tout près de là, comme l’atteste le nom d’une rue proche, la rue de la Bûcherie? (merci au site que je viens de découvrir en recherchant l’origine de cette enseigne, site qui porte un nom qui me correspond « Parislenezenlair« …

En face, les péniches, peu nombreuses, restent sagement amarrées face aux travaux gigantesques de la réfection de la vieille dame.

Me voici arrivée au Square René Viviani – dont le nom rend hommage à celui qui fut au début de sa carrière député socialiste élu deux fois dans le 5ème arrondissement -, square où j’ai passé jadis des heures en attendant que le service des urgences de l’Hôtel Dieu veuille bien me recevoir… Il a changé depuis, car une statue y a été placée en 1996, en hommage à Saint Julien… Elle a remplacé la pelouse sur laquelle je me reposais…

J’en ai fait plusieurs fois le tour, tant pour prendre des photos que pour essayer de comprendre ce qu’elle représentait… Car elle allie des airs de monument aux morts à des tonalités de statues évoquant les plaisirs…

J’ai bien sûr cherché par la suite à en savoir plus sur cette statue. En réalité, c’est une fontaine… je ne suis pas perspicace! L’artiste se nommait Georges Jeankelowitsch et l’a créée peu de temps avant sa mort, alors qu’il avait 63 ans. Vous ne le trouverez pas sous ce nom dans les plaquettes touristiques. En effet, il avait modifié son patronyme en « Jeanclos », et, les dernières années, en hommage à sa mère, avait ajouté le patronyme de celle-ci, Mossé. D’où la signature de ses dernières oeuvres « Georges Jeanclos-Mossé ». Un personnage étonnant, visiblement ouvert à différentes cultures, que je me promets de découvrir un peu mieux plus tard… Mais revenons square Viviani…

Ce qui a peu changé, au regard de sa longévité, c’est le célèbre robinier qui va bientôt fêter ses 420 ans.

Bon, d’accord, il n’existait pas encore lorsque Dante ou encore Pétrarque sont venus à l’église voisine… mais quand même, ce n’est pas mal, non? A propos d’église voisine, elle a eu une histoire plus que mouvementée, dont je vous parlerai peut-être un jour où je pourrai y entrer… car en ce moment, elle est aussi victime des interdictions, dont celles de célébrer ensemble en un lieu consacré un culte quel qu’il soit. En l’occurrence, il s’agit de l’Eglise grecque-melkite-catholique. Pour celles et ceux qui seraient comme moi béotiens en matière de religions, je décrypte, grâce à ce que j’ai lu sur un site qui présente la multitude incroyable de rites orientaux. Grec, car les Pères de cette église ont écrit en grec. Melkite (du terme désignant un « empereur »), car lors du Concile de Chalcédoine, en 451, il y eut schisme avec les Monophysites (alors là, ne m’en demandez pas plus pour l’instant!) qui leur donnèrent ce nom. Enfin, catholique, car un nouveau schisme se produisit au XVIIIème siècle et une partie se rattacha à Rome, tandis que d’autres sont orthodoxes. En bref, un culte byzantin mais catholique, dont les textes fondateurs sont en langue grecque, qui se pratique dans ces lieux depuis 1889.

Impossible d’y entrer, disais-je. J’enchaîne donc par la rue Galande, ordinairement si gaie et vivante avec ses boutiques exotiques, ses restaurants qui le sont tout autant – un vrai tour du monde en quelques mètres! – et le fameux studio de cinéma, lui aussi actuellement condamné. Pas un chat. Je suis seule. Comme diraient certain-e-s, c’en est même « flippant »! Et cela perdure jusqu’à la Place Maubert ! Même la boutique Tahnh Binh, où j’allais autrefois acheter mon sac de riz avant de repartir au Maroc, est déserte! pourtant, elle est ouverte, elle! Au passage, je m’interroge à nouveau sur la Société d’Instruction élémentaire. Voici un bon nombre de fois que je me promets de rechercher de quoi il s’agit, mais je ne l’ai toujours pas fait!

M’engageant à nouveau à mener cette enquête, je poursuis ma route et m’aperçois que certains immeubles ont pris des couleurs qui tranchent sur la grisaille environnante…

L’heure est dépassée, et il me reste encore un peu de chemin à faire… Vite, pressons-nous! Ah non, pas tant que cela, car la devanture du traiteur grec m’appelle… Echo à l’église admirée un peu plus tôt? Et… c’est ouvert, en ce 11 novembre à 17h… devinez ce que j’ai fait ? Je suis allée échanger un peu avec le charmant jeune Grec qui tient cette alléchante boutique au nom évocateur, Le Pirée !

Eh oui, délices de l’Hellas… vrai taboulé, hommos et pain azyme, tiropites, aubergine farcie, gâteaux mielleux à souhait… sans oublier vin de Crète et Néméa… tout y est passé… et je dois avouer que ce fut un régal par la suite, en écoutant de la musique grecque, bien sûr. Non, non, pas le sirtaki, mais les Chants traditionnels grecs, interprétés par Vivi Kassou. On s’échappe comme on peut!

Des inégalités induites par le rayon d’un kilomètre

En ce temps de privation de liberté de déplacement, avez-vous fait l’expérience de l’application qui permet de voir ce que représente le rayon d’un kilomètre autour du lieu où vous êtes censé-e résider?
Un de mes amis m’avait fait une remarque lors du dernier confinement. Il faisait état de l’inégalité fondamentale induite par cette règle : si l’on habite en bord de mer, on « perd » la moitié de la zone. Comme en ce moment je partage mon temps entre mes diverses « résidences », dont l’une en bord de mer, j’ai fait l’expérience, et vous la relate ici.

Voici donc la photographie de l’écran concernant la résidence « bord de mer ».

Comme vous pouvez le constater, près de la moitié du cercle obtenu se situe… dans la mer… Qu’à cela ne tienne, on peut marcher dans l’eau, n’est-ce pas? Je suis donc allée voir sur GéoPortail quelle était la profondeur de la mer à cet endroit. Elle est d’environ 50 mètres. J’ai donc le droit d’aller me promener à 50 mètres sous la surface des flots. Sportif, non? Et là, le bât blesse… Les sports nautiques sont interdits! Mais marcher au fond de la mer constitue-t-il un sport nautique? Nouvelle enquête… ça se corse! Sur Légifrance, sont définis les sports extérieurs, les sports d’hiver… mais pas les sports nautiques! Le CNTRL reste assez vague (sans jeu de mots, promis!) : « Sport nautique. Sport qui se pratique dans ou sur l’eau. » A ce stade (encore sans jeu de mots), si je fais de la gymnastique respiratoire dans ma baignoire, je tombe sous le coup de la loi… Qu’en est-il de la pratique de la marche dans l’eau? Si on la fait assez loin pour qu’elle soit considérée comme sportive, cela s’appelle du « longe-côte ».

« Le Longe Côte® – Marche Aquatique consiste à marcher en milieu aquatique au bon niveau d’immersion, c’est-à-dire avec une hauteur d’eau située entre le nombril et les aisselles (immersion minimum au-dessus de la taille) avec et sans pagaie. » (source)

J’ai au passage appris qu’elle avait été conçue comme « à l’origine une méthode de musculation avec pagaie conçue pour l’entrainement des rameurs. Apparue en 2005 sur le littoral du nord de la France, cette pratique a été élaborée par un entraîneur professionnel d’aviron, à la recherche d’une activité de renforcement musculaire et cardiovasculaire sans traumatisme articulaire. »

Or, sa pratique dépend des décisions préfectorales. Donc, résumons-nous : comme mes aisselles ne sont pas à 50 mètres, ce n’est pas ce sport. Ainsi, quand je me suis promenée dernièrement en maillot, genoux dans l’eau, le long de la côte, je ne pratiquais pas de marche aquatique… donc, je suppose, pas de sport nautique.

Mais marcher sur les fonds marins ? Si, si, on peut le faire! Regardez cette vidéo d’une charmante jeune femme qui se déplace à 20 mètres de profondeur… Mais mes compétences en termes d’apnée se limitent aux concours que je faisais, enfant, avec mon frère, dans le lavabo de la salle de bains…

Le mystère reste donc entier. Mais je sais que, quoi qu’il en soit, un citoyen ou une citoyenne ordinaire, comme moi, ne peut pas décemment considérer comme simple d’aller marcher à un kilomètre du bord de mer… et perd donc, comme je le disais, une partie du territoire autorisé. Ce qui, reconnaissez-le, constitue une injustice fondamentale!

Prenons maintenant un second exemple. Voici le rayon tracé autour de ma résidence parisienne.

Veinarde que je suis! Je puis aller muser à Saint Michel (mais pas à Saint Germain des Prés), me promener au Jardin des Plantes (mais pas au Luxembourg), prendre le soleil sur les quais de Seine, mener une quête photographique sur l’Ile Saint Louis dans son entièreté (mais sur toute l’Ile de la Cité), ou encore observer l’avancement des travaux de Notre Dame, comme vous avez pu le voir sur la récente photographie montrant le travail des ouvriers en ce 11 novembre pourtant censé être férié. Avouez qu’il y a pire! D’ailleurs, je vous ferai profiter de ma dernière promenade dans un prochain article, si cela vous intéresse…

Mais imaginez le rayon de celui ou celle qui se trouve dans un de ces ghettos de Sarcelles ou d’ailleurs? Ou, à l’opposé, de celle ou celui qui habite dans une vallée resserrée, où seuls les déplacements se font en amont ou en aval, mais pas sur les côtés? le « cercle » devient alors « rectangle »… Ou encore des ruraux dont l’habitation est isolée, à plus de deux kilomètres (un plus un…) de toute autre? Qui ne peut dès lors rencontrer qui que ce soit dans ses balades…

Bref, inégalités de toutes sortes… Vive les penseurs (je n’ose imaginer « penseures ») – j’aurais pu écrire « technocrates », terme épicène – qui ont osé créer ces limites absurdes et injustes.

Grignan – Episode 3

Je reprends le récit de ma balade matinale à Grignan, récit interrompu sous le coup de l’émotion hier…

Souvenez-vous, je sortais du cimetière jouxtant la Chapelle Saint Vincent… Vous y êtes? Et me retrouvai donc, si vous avez compris la topologie, devant la salle des fêtes, face à ce qui est ici dénommé « Le Mail ». Je viens de vérifier le sens de ce terme, qui pour moi désignait une promenade le long d’un cours d’eau. Eh bien non, pas du tout, c’est seulement une « promenade publique ». Alors, pourquoi faisais-je cette erreur? Tout simplement parce que dans mon enfance j’ai toujours entendu parler du « Mail de la Sambre »… comme quoi des erreurs peuvent perdurer!!!

Au bout de ce Mail, un édifice arrondi, avec des colonnes, m’intrigue… Et, lorsque je m’approche, me ravit… Une belle fontaine, aux eaux claires qui laissent voir des pièces… de quoi protège-t-elle? Je l’ignore…

Une petite grimpette, et me voici longeant les remparts de la ville médiévale. Les époques s’y mêlent et entremêlent…

Les murs sont, comme le long du Mail, ornés de rosiers grimpants.

C’est en effet une caractéristique de ce bourg que de s’être spécialisé dans les rosiers anciens – à propos, je m’aperçois que je n’ai toujours pas écrit l’article sur Bagatelle où je suis allée me promener en juillet!

De verdoyants jardins en contrebas…

Sous les remparts, de nombreux jardins, aussi variés que verdoyants, agrémentés de jolies ferronneries parfois.

Mignon, le cochon, non?

Et des prairies… Dans l’une d’entre elles, des animaux dont la silhouette au loin me frappe. Je m’approche donc… et découvre deux magnifiques porcidés noirs… Bien gras et dodus, pas comme ceux qui errent sur les routes de Corse…

Puis je m’engage dans les ruelles et placettes de la vieille ville, séduite par le calme qui y règne, par la beauté des couleurs, et intriguée par le nombre de chats qui semblent y régner en maîtres des lieux…

Chat gardien des lieux?

Quelques hommes jardinent, arrosent, reviennent du tennis. Tous souriants et aimables. Et les façades ou intérieurs aperçus révèlent la diversité des habitant-e-s comme celle des goûts architecturaux et décoratifs.

Le bien-être n’est pas oublié, et le nombre incroyable de bancs et sièges de toutes sortes en est la preuve…

Bancs privés…
Bancs publics… ne manquent que les Amoureux…

Plus haut le regard butte sur l’étonnante assise rocheuse du château.

Les bougainvillées lui donnent encore plus de relief…

Naturel et artificiel se jouent l’un de l’autre, et l’Homme s’en est donné à coeur joie pour transformer l’éperon rocheux en une subtile composition…

Les « maçons » aussi se sont amusés à glisser des symboles ici et là…

Le jeu du jour… Quels détails symboliques?

Levez la tête… un clocheton… A votre gauche, une petite fenêtre dont le volet porte une date étonnante… Un peu plus loin, on aperçoit la silhouette d’un autre village…

Un clocheton discret!
Regardez la date…
Au loin, la Garde Adhémar???

Le jour est maintenant bien levé. Je redescends vers la Porte du Tricot (original, ce nom n’est-ce pas? je ne suis pas parvenue à identifier l’origine du nom…), surmontée de ce que l’on nomme Tour de l’Horloge (pas original, ça!). C’est la seule des 7 portes de la ville à avoir « survécu »…

Il est l’heure de regagner Le Petit Jeu… un délicieux déjeuner m’y attend.

Il ne reste presque plus rien… Délicieuses, les petites crèpes!
Petits pots décorés par Caroline…

Suivi d’une baignade dans la piscine…. et de profiter de la douceur de ce jardin dominé par la maison d’hôtes…

Le temps de dire « au revoir » à Caroline et Bruno, et je quitte Grignan avec autant de regret que Le Petit Jeu…

Nouvel incendie à Jansiac

Celles et ceux qui me connaissent un peu auront sans doute remarqué un hiatus dans les articles récents. Lors de mon séjour dans le Jabron, j’avais annoncé une visite à Jansiac, dont je n’ai plus parlé ensuite. Ce qui ne me ressemble pas.

La raison en était simple : je voulais protéger ce qui reste de la « Nef des Fous », et celle qui en est la gardienne, « Ferlane ». Je la sentais en danger dans ce monde déraisonnable et souvent odieux. Et j’avais raison. Hier soir m’est parvenue par une amie l’information que je redoutais. Un nouvel incendie a ravagé plus de 30 hectares, dont une grande partie leur appartenant, et les bâtiments qui avaient été épargnés par le précédent. Ce dernier avait détruit ce qui était la « salle à manger d’été », avec le piano et le clavecin ancien qui permettaient à Ferlane de jouer.

J’ai donc décidé aujourd’hui de rompre ce silence, car il faut trouver une solution pour protéger ce qui fut une Utopie, au vrai sens du terme. Et que je suis allée voir, empruntant une mauvaise piste pour grimper en montagne, puis cherchant en altitude où pouvait se trouver ce territoire hors du temps. Je l’ai trouvé, niché non loin d’un col, et ai été accueillie par le dernier membre de la communauté, Ferlane, maintenant âgée de 71 ans, selon ses dires, et ai fait aussi la connaissance de la jeune femme qui l’a récemment rejointe, et des jeunes gens qui l’aident à reconstruire des bâtiments, dont un Compagnon charpentier.

J’avais entendu parler d’ « ermites » qui vivaient en montagne. M’enquérant par la suite de cette histoire, j’en appris quelques bouts, et m’étonnais de voir considérer comme « fous » des êtres qui vivaient en autarcie au-dessus de la vallée. Un article découvert dans le journal local que l’on m’avait conseillé m’a permis d’en savoir davantage, et de concevoir le projet un peu fou d’essayer de les trouver.

Nous étions donc trois femmes à être montées les rencontrer, et nous avons reçu un accueil remarquable. Ce fut un vrai bonheur que de partager un repas avec cette petite communauté reconstituée le temps de l’été, et j’écoutais avec intérêt ce qui m’était dit du passé. Mais j’avais décidé de le taire, pour ne pas les mettre en danger. Tout en me demandant comment continuer à recueillir ces dires, pour garder la mémoire d’une aventure hors du commun et d’une démarche philosophique et sociétale très intéressante.

D’entrée de jeu, lorsque je parlai de « 68 », je fus rembarrée par mon interlocutrice, qui tint à faire observer que sa communauté n’avait rien à voir avec les « hippies », ni les « écolos », ni les militant-e-s de tout bord politique.

La jeune femme qu’elle était a rejoint cette communauté un an après sa création, en Bourgogne. Les deux fondateurs étaient des architectes qui ont délaissé leur ancrage francilien pour se lancer dans le projet d’une Utopie. En 1974, suite à des informations qu’ils ont recueillies et vérifiées, ils acquièrent un terrain, pour ne pas dire un territoire, énorme – regroupant trois propriétés agricoles et sylvicoles – sur les monts qui dominent la vallée du Jabron, et s’y installent pour créer ce qui devait être la première d’un ensemble de communautés en Utopie.

Au moment où j’écris ces lignes, sous le coup de l’émotion, je n’ai pas encore étudié les textes, articles, interviews et autres témoignages de l’époque, ce que je me proposais de faire par la suite, après avoir réfléchi à la manière de témoigner sans nuire. Mais les déclarations de mon hôtesse évoquaient une démarche philosophique basée sur la phénoménologie, et une expérience sociétale fondée sur l’absence de toute valorisation. L’idée était de vivre en une sorte d’autarcie partagée (expression de mon cru, à vérifier!), et de voir comment plusieurs communautés pouvaient vivre ainsi. Ils ont tout essayé. Modifier l’environnement naturel (2000 arbres plantés, des étangs creusés, des terrasses cultivées…), produire de l’énergie, et il subsistait encore, lorsque je suis montée, une scierie, une menuiserie, une imprimerie… Imprimerie? Eh oui, car la Nef des Fous fut une maison d’éditions, ainsi dénommée en référence au tableau de Jérôme Bosch, lui-même inspiré de l’ouvrage de Sébastien Brant, Das Narrenschiff.

Ferlane a tenu à préciser, en riant, que, pour eux, les Fous n’étaient pas à l’intérieur, mais à l’extérieur du « navire »…

Je ne suis pas en mesure actuellement d’en dire davantage sans risquer de raconter des sornettes, et je ne veux pas pervertir la pensée de cette communauté. Mais vous l’aurez compris, elle mérite d’être fixée et de rentrer un jour dans l’Histoire.

Me taire n’a pas suffi à protéger ce qu’il en reste. Espérons que la Mémoire pourra jouer et l’Histoire s’emparer de ces idées, pour que d’autres continuent à vouloir (re?)créer des Utopies…

Grignan – Episode 2

J’avais promis de poursuivre le récit de la découverte de Grignan… je tiens donc parole, et vous livre la narration de la promenade faite à l’aube de ce début d’août.

Pas de préméditation. Je n’avais rien lu au préalable. Je suis donc partie le nez au vent (sans vent mais avec un nez sentant les odeurs multiples de la Provence).

Une ferme où l’on vend des tomates à un euro le kilo… Des villas et chambres d’hôtes… Une gendarmerie au style architectural plus que douteux… et, au loin, j’aperçois une chapelle… Ce sera donc mon premier but. Le soleil commence à en caresser le faîte, et découvre un cimetière niché autour d’elle. Je longe donc la salle des fêtes (devinez comment elle s’appelle?) et me dirige vers celui-ci.

Celles et ceux qui me suivent depuis un moment savent combien j’aime errer dans les cimetières. On y apprend tant des « familles » de la zone… On essaie de deviner les vies… On découvre parfois les circonstances des morts… Les liens sociaux, faibles ou forts, y transparaissent. Et des traces d’affection et d’amour…

Ce cimetière n’échappe pas à la règle.

Mais une spécificité me frappe d’abord. Sans doute le terrain est-il trop dur, et les tombes ne sont pas toutes creusées. On trouve des coffres comme dans les régions montagnardes. Et certains sont littéralement surchargés de plaques…

J’essaie de comprendre la topologie et de repérer les quartiers les plus anciens. Mais presque tout le cimetière est ancien, et je suis surprise du très grand nombre de tombes menacées d’être reprises car les concessions sont arrivées à échéance.

Pourtant il y a bien des traces de vie plus récentes. Ici un motard, là une personne engagée dans une association de boules, là-bas une femme qui visiblement aimait les chats… Un homme mort jeune, dont la pierre offre aux regards un long poème.

Mais aussi de plus anciennes, et des traces des guerres et des maladies. Des successions de générations, aussi. Que sont devenu-e-s les descendant-e-s?

Il est temps maintenant de découvrir la chapelle, dont j’apprends qu’elle est dédiée à Saint Vincent.

A l’intérieur, un style très épuré, et de belles lumières. Des plaques expliquent qu’il s’agit d’une oeuvre artistique. Les vitraux étaient sans doute disparus. On a placé devant chaque verre blanc une plaque de couleur. Ici bleue, là verte, ailleurs jaune…

Quand je photographie une des plaques, je découvre avec surprise que la photographie ne correspond pas du tout à ce que l’oeil avait révélé. J’ai essayé de saisir cet étrange phénomène.

En 1, la photo telle qu’obtenue spontanément. En 2, la photo avec focus sur la plaque. Et en 3, la mauvaise photographie de l’ensemble, vu du choeur.

Le cimetière est vaste, et j’ai passé un long moment à m’y promener, entre fleurs de céramique (?) et fleurs en pot ou coussins.

Mais les plus belles sont sans conteste les fleurs naturelles qui reprennent possession des lieux…

Etape à Grignan – Episode 1

Vue lors de la descente vers le village

Harmonie… telle est l’image que je garderai de ce village de la Drôme provençale, découvert hier soir, presque par hasard. Pas tout à fait le hasard, puisque, lors de la recherche d’une chambre pour l’étape, le nom de ce lieu a évoqué immédiatement des souvenirs littéraires… Mais oui, vous y êtes! LA Marquise… Sinon, essayez de vous remémorer la littérature… Une mère écrivant des tonnes de missives à sa fille, Madame de Grignan… Sévigné? ça vous rappelle quelque chose?

La fille de la célèbre épistolière était effectivement l’épouse du Seigneur du lieu, et sa maman lui rendait visite régulièrement.

Je comprends pourquoi.

Ce village respire la paix et la sérénité. Tout en étant bien vivant.

Harmonie

L’eau est omniprésente, au travers des fontaines sur les places, dans les rues, dans les jardins.

Et pas d’intruses parmi les maisons blotties entre remparts et château… tout est cohérent, paisible…

Un accueil chaleureux par les hôtes du Petit Jeu… un lieu tout aussi paisible, dont le jardin offre, au-delà de la piscine bleutée, une belle vue sur le promontoire.

Dommage que les fils ne soient pas plus discrets…

Les échanges avec Caroline, une « compatriote » car originaire de la même ville que moi (si, si!), et Bruno sont passionnants.

Caroline aime accueillir. Cela se voit, cela se sent, cela se ressent. Co-fondatrice d’une association d’aide à la scolarisation au Sénégal, elle est aussi créatrice, et propose ses productions, très imprégnées d’Afrique, sous la marque Kalissaye. Sur la table du petit-déjeuner, j’ai apprécié à la fois ce qu’elle fait elle-même (compotes, confitures, yaourts) et leur contenant, comme ces pots de yaourts en verre ornés d’un collier de tissu africain.

Bruno, lui, est poète. Ses ouvrages sont présents dans la chambre, posés simplement sur la vieille machine à coudre Singer. Je me renseigne aussitôt sur le net… et découvre avec stupéfaction qu’il a été publié notamment par Gallimard, et a remporté le prix Louise-Labé en 2012. Encore un clin d’oeil de la co-incidence! Une de mes écrivaines préférées! Mais la littérature n’est pas le seul art qu’il apprécie, comme en témoignent les conversations sur la peinture qui ont émaillées la matinée.

Une ombre à ce tableau idyllique : la difficile recherche d’un restaurant qui veuille bien accepter de servir… à 20h! Eh oui, les terrasses étaient bien remplies (sans trop, Covid exige), mais aucun des restaurants de la ville n’a accepté de « faire un deuxième service » (??? vu l’heure…) pour combler des touristes… Heureusement qu’un des établissements du centre, le Bar des Vignerons, est tenu par une équipe de courageuses jeunes femmes qui, elles, m’ont accueillie avec le sourire. Une table s’est libérée, elle fut aussitôt nettoyée et redressée. Bon, il a fallu oublier l’agneau de Sisteron et les ravioles de Romans… En effet, on ne sert ici que des tapas… mais quel délice! Un gaspacho assaisonné à merveille, et un écrasé de pommes de terre, suivi d’une déclinaison de chèvres frais… Et les conseils d’une adorable experte en oenologie locale, pour le choix des vins du cru, dont la carte propose un nombre impressionnant. J’ai opté pour un rouge profond, gouleyant, mélange de plusieurs cépages venant de vignes anciennes, et non pour un Syrah pur comme il est souvent de mise dans le coin, sur ce terroir de « Grignan-lès-Adhémar » (La Garde Adhémar est toute proche…). Et je me suis promis de revenir dans cette région goûter à d’autres nectars…

La placette est animée, juste comme il faut; touristes et autochtones se mêlent avec bonheur. Une vraie soirée de douceur et de volupté gustative.

Puis balade nocturne dans le haut du village, pour approcher le château où se déroule un spectacle, à en juger par la musique qui s’en échappe. Vous ne verrez pas de photo de cette promenade sous le clair de lune, car elles sont toutes ratées! Iphone n’aime pas Séléné!

Et retour à la maison d’hôte, toute proche…

Découverte de la Vallée du Jabron

Je viens de réaliser que cela fait plus d’un mois que je n’ai pas écrit sur ce site… Un mois de reprise du travail, tant bien que mal, un mois encore perturbé par les événements… Me voici enfin plus tranquille, sinon sereine (comment pourrait-on l’être, au vu de l’actualité?), et je tente de renouer avec l’écriture. Pas facile, après une telle interruption! Par quoi commencer? Les articles « en retard »? Et Dieu sait s’il y en a! Ou l’actualité?
C’est la seconde réponse qui l’emporte, et je décide de vous faire partager la découverte de la Vallée du Jabron.

Un microcosme verdoyant où des jeunes et moins jeunes tentent de vivre au plus près de la nature, dans une société qui veut échapper à tous les méfaits de nos sociétés modernes et de la mondialisation. Un pari qui serait réussi s’il ne se heurtait aux contraintes de la productivité génératrice de revenus. Nous y reviendrons au détour d’un article. Car oui, je ne pourrai me contenter d’un seul pour partager ce que je vois et vis ici…

Mais commençons par le commencement… Les « Portes », les « Claux » (avec ou sans x), les « Clues »… Ce sont elles qui isolent, et celles qui ouvrent. Vous connaissez peut-être celle de Sisteron, dominée par la citadelle… Dans la vallée du Jabron des synclinaux se rejoignent presque pour « fermer » cette vallée, voie traditionnellement empruntée par les colporteurs pour relier la vallée du Rhône et la Durance, au travers des « Baronnies ». Mais en réalité, elle ne l’est pas totalement, et l’une de ses dénominations est « Vallée sans portes »…

« Alpes de Haute Provence »… cette appellation récente traduit la dualité Alpes-montagnes- climat rude – pastoralisme versus Provence-piémonts et plaines- climat doux-cultures. Ici, les deux se rejoignent en un mélange étonnant. Adrets et ubacs s’opposent d’autant plus que la vallée est globalement très orientée ouest-est (pour prendre la sens de la rivière éponyme). Près de la source du Jabron, tout en haut, à plus de 1000 mètres d’altitude, des champs de lavande éblouissent le regard et parfument l’air. Mais dans la descente la végétation diffère, rendant compte des variations importantes de température et d’un climat déjà partiellement montagnard, qui empêche la plantation de certaines espèces végétales – dont les tomates – avant les Saints de Glace. Et, au moment où ces lignes sont écrites, 21 juillet, la température descend entre 12 et 15 degrés le matin, à l’altitude de Curel (environ 700 mètres), mais monte au-delà des 30 le midi… Une sacrée amplitude!

La vallée fut riche autrefois, car alliant élevage, en particulier de moutons et de chèvres, et agriculture, voire, jadis, viticulture et nuciculture. Elle subit comme nombre de régions de ce type la déshérence des jeunes générations dans les années 50 et 60. Mais vit arriver après 68 des communautés, comme la célèbre communauté de Jansiac, connue sous le nom de la Maison d’Edition qu’elle avait créée, la « Nef des Fous ». Et je me suis promis d’aller rendre visite aux deux femmes qui font perdurer l’esprit de la communauté, près de la crête de la Lure, à plus de 1000 mètres d’altitude. On dit qu’une troisième, d’une autre génération, les a rejointes en 2011… J’espère pouvoir y aller et vous en rendre compte…

J’écris depuis le gîte « La Lure », un des gîtes communaux de Curel. Curel, c’est un village historique sans trop l’être, situé à peu près au centre de la vallée, un de ces villages où il fait si bon vivre que Marseillais, Savoyards, Hollandais et Belges de Binche y achètent des maisons pour venir s’y « poser ». Un village discret s’il en est, où même la mairie se fait invisible, accessible par une impasse pierreuse…

Les gîtes sont à l’extérieur, dans un lieu dénommé « Cabine du Passavour ». Au départ, je pensais « cabane »… rien que de très normal en montagne… Mais non, c’est bien « cabine »… pourquoi??? Une hypothèse serait liée à l’existence d’un bâtiment voisin, devenu salle des fêtes communales, qui aurait peut-être abrité une cabine téléphonique… Mais cela me paraît « léger »… à voir… Quant à « Passavour », je ne l’ai pas trouvé dans les divers dictionnaires de langue d’oc ou provençaux… Certes, on peut penser à l’idée de « passage », mais rien ne l’atteste… Donc le mystère reste entier, concernant le nom de cette ferme datant sans doute du XIXème siècle, donc assez récente.

Le gîte « La Lure »

La plus grosse surprise, à mon arrivée, concerne le nombre de jeunes (plus ou moins) femmes qui oeuvrent dans et pour la nature et ses hôtes, végétaux ou animaux. Elles viennent « d’ailleurs », pour la plupart, et certaines ont vécu une autre vie avant, ont eu des diplômes élevés, ont exercé d’autres professions. Mais ici, elles se fondent dans une forme de « communauté » dont les membres, solidaires bien que parfois concurrents, ont en commun le rejet de la consommation, de la monétarisation, du profit, du stress urbain, des dégradations de la nature.

Les chevrières qui fabriquent des produits à partir du lait de leurs troupeaux. Deux d’entre elles ont un local sous le gîte, véritable laboratoire où elles concoctent de délicieux fromages. Une troisième a une exploitation à 300 mètres d’ici. Une autre encore est située plus bas dans la vallée, mais plus haut en altitude. Et l’on m’a parlé d’un quatrième troupeau, voire d’un cinquième… en quelque sorte, il y en aurait un par bourg.

Une jeune maraîchère produit ses légumes dans de grandes serres, en « total bio ». Déjeunant au Bistrot de Village de Noyers, je l’ai vue apporter une caisse de salades d’une belle fraîcheur. J’ai appris qu’elle s’adonnait à la traction animale, et que les deux magnifiques chevaux que j’avais vus à l’aube dans un pré non loin du gîte lui appartenaient.

Encore une femme, rencontrée ce matin alors qu’elle s’occupait de deux chevaux, dont la robe de l’un m’a questionnée… J’ai ainsi appris qu’on l’appelait « truitée »… de petites tâches noires sur une robe blanc gris… très original! Notre conversation m’a aussi permis d’échanger autour de l’équithérapie. Je m’étonnais en effet qu’on ne profite pas davantage de tout ce qui se faisait dans la vallée pour des personnes en situation de handicap. Or ses chevaux ont été dressés pour ce faire… Elle s’adonne aussi à la culture, et m’a expliqué qu’elle cultivait et cueillait des herbes (des « simples »?) comme on les appelait autrefois.

C’est aussi une femme qui s’occupe des gîtes; passionnée de permaculture… J’ai eu ce matin le bonheur de visiter son jardin, bien orienté sur l’adret, à la belle terre noire enrichie au fumier… Coloris superbement éclatants : jaune des tournesols et des fleurs de courge, orange des courges, rouge des tomates, violet de la bourrache… Sans compter toute la gamme des verts, depuis le vert tendre des butternuts pas encore mûrs jusqu’au vert sombre des feuilles de haricots, en passant par les verts variés des salades et des blettes… J’ai pu goûter de la menthe « chocolat ».

« La Menthe chocolat s’élève jusque ± 60 cm, et ses feuilles lancéolées n’offrent pas un parfum de chocolat, mais plutôt celui de la crème à la menthe utilisée dans les confiseries « After Eight ». »

Par la suite j’ai pu découvrir le parfum si particulier de la livèche (ou « ache des montagnes »). Depuis, j’ai appris qu’originaire de Perse, elle était cousine du céleri.

« La livèche est une plante vivace (c’est-à-dire qui vit plusieurs années) pouvant atteindre deux mètres de hauteur. Elle est reconnaissable à ses larges feuilles découpées en plusieurs lobes dentelés, pouvant rappeler celles du céleri. Cependant, elle tient surtout son surnom de « céleri perpétuel » de son parfum ou goût proche du céleri, qui lui a également valu le sobriquet « d’herbe à Maggi ».

L’été, de jolies fleurs jaunes pâles viennent embellir cette plante sous la forme d’une vingtaine d’ombellules. Sa tige cylindrique et creuse peut servir de paille ; et ses graines de 7 millimètres sont prisées en pâtisserie. Cependant, seules les feuilles de la livèche sont utilisées pour ses propriétés thérapeutiques, après leurs récoltes de Mars à Novembre. »

Que de productrices!

Femmes cultivant, élevant, plantant, dressant… Un univers gynarchique? Cultivent-elles la liberté, avec cet art de vivre si original? Pourtant le travail est rude… et encore, je ne vois que l’été! Partir le matin à l’aube vers l’un des marchés locaux, situés entre un quart d’heure et plus d’une heure de route, pour vendre leur production, tout en continuant à produire… Et il faut entretenir, gérer… Comment font-elles?

Il ya aussi des artistes… Plus discrets/discrètes, presque caché-e-s, ils et elles sont apparemment assez nombreux/euses à s’adonner aux beaux-arts, aux arts plastiques, au graphisme, à la musique. Rien que dans ce tout petit village de Curel, deux violonistes, dont un premier alto, et un saxophoniste… Je n’ai rencontré pour l’instant – et par hasard – que l’une d’entre elles…

Vallée des femmes? Où sont les hommes? Refuge des femmes? Ou de nouveaux risques d’aliénation?

Dernière nouvelle : demain matin, je vais « monter » en altitude, essayer de rencontrer d’autres femmes…

« Plage dynamique »…

Au pied de la falaise de Mers-les-Bains

« Plage dynamique »… Mais elle l’a toujours été, la plage, dynamique!

Avec le flux et le reflux de la mer…

Avec le sable se mouvant sous les vagues… blessé par les pelles des enfants et des pêcheurs de verre… transformé en oeuvre d’art ou en édifices et bateaux plus ou moins réussis par les parents retrouvant leur puérilité…
Avec les montagnes de galets sans cesse modifiées par la puissance des flots ou les pieds des baigneuses et baigneurs…

Avec toute cette vie qui grouille en elle et autour d’elle…

Alors, pourquoi cette expression ?

Contraindre les personnes à « bouger »… Facile pour les enfants! Moins pour celle ou celui qui a travaillé durement les jours précédents… et encore moins pour les personnes qui ont des difficultés à se mouvoir. Si ma mère était encore de ce monde, il lui serait interdit de rester à admirer la mer? Et l’enfant à la jambe cassée doit aussi marcher sans cesse s’il veut en profiter?

Vous l’avez compris, retrouver hier soir un de mes sites favoris dans ces conditions a déclenché une vraie colère contre les aberrations actuelles! D’autant plus que les galets sont jonchés d’énormes engins : les travaux printaniers, habituellement finis à cette époque, n’ont pas été réalisés. Des monstres métalliques embellissent le paysage. Bien statiques, eux!

Alors les personnes font ce qu’elles peuvent. Les bancs étant interdits, bardés de cordon en plastique rouge et blanc (combien de déchets toxiques indestructibles pour ce faire, au niveau national?), elles s’asseoient sur la digue ou sur les épis, le temps d’avaler leur sandwich. Car on tend nettement à la « mauvaise bouffe »: droit d’acheter frites, hamburgers et glaces pour les manger officiellement debout en marchant, alors que les restaurants qui proposent poissons et salades à des client-e-s détendu-e-s, bien assis-e-s, restent clos. Je pense aux jeunes qui ont racheté les Mouettes cette année, anciens salarié-e-s du patron qui leur a vendu le fond… à la famille qui tient l’Octopussy et à son personnel, qui m’accueillent quelle que soit l’heure quand j’arrive de Paris le vendredi soir…

Les personnes font ce qu’elles peuvent, disais-je. On « marchotte », on s’appuie, on fait quelques pas puis on s’assied avant de repartir. Un manège étonnant… Et à l’heure du dîner, c’est un concours d’inventions pour rester en famille ou entre ami-e-s sans que cela ne se remarque trop… Certain-e-s « craquent » et sont quand même « en grappes » assis par ci par là, sauf sur les bancs, les galets et le sable…

Et les oiseaux narguent ces pauvres humains…

Mouettes rieuses et goélands fanfaronnent…

Interdit !
Conversation à la plage, Louis Valtat (autour de 1910)

« Homme libre, toujours tu chériras la mer…

La mer est ton miroir… »

Pique-nique et promenade

Il fait beau, voire chaud, en ce mardi soir. Rendez-vous a été pris avec des ami-e-s pour un pique-nique en bord de Seine. Impossible en effet de profiter de terrasses… encore moins de restaurants… Donc, quelques victuailles et boissons dans le sac à dos, et me voici en route vers le quai de la Tournelle. Réfléchissons… où y aura-t-il du soleil le plus longtemps possible, dans les environs?

Un petit tour sur l’Ile Saint Louis s’impose… je pense à la pointe de l’île, toujours si accueillante. Semblable à la proue d’un bateau, qui n’aurait pas qu’une figure, mais plusieurs, car il y a toujours quelque personne pour y rêvasser, traînasser, lisant ou écrivant, dormant ou méditant, voire jouant de la musique… Aujourd’hui, ce n’est pas une, mais une multitude… quel monde! On sent un afflux lié aux conditions de vie des précédents mois, ainsi qu’à la survenue de ce temps plus que printanier.

Une contrainte imposée par la distance physique : trouver soit une grande table, soit un vaste espace, soit deux « bancs » (ou équivalents) se faisant face, à au moins un mètre. Je finis par trouver un banc non loin d’une bordure de pierre suffisamment haute pour servir d’assise… pas trop de monde… le soleil devrait rester visible assez longtemps vers l’ouest… et m’y installe donc.

Les deux jeunes gens assis en bord de rive discutent tranquillement. Ils sont peu à peu rejoints par deux, quatre, six… etc. autres, chacun bardé de boissons plus que de nourriture. Bientôt l’un d’entre eux sort une enceinte, et la musique se fait entendre. Cela ne me gêne pas, mais l’amie qui me rejoint ne supporte pas les basses… elle devra cependant s’y faire, car entretemps les rives droite et gauche se sont remplies et sont maintenant surpeuplées…

Le ciel est d’un bleu méditerranéen…

et se reflète dans une Seine toute surprise d’être le centre de ces retrouvailles collectives…

Après le pique-nique, balade vers une autre île, celle de la Cité. Mes ami-e-s n’ont pas encore vu Notre Dame en cours de réparation… Elle est embellie par la lumière du couchant…

Les gargouilles se détachent sur le bleu du ciel, encore davantage maintenant que la flèche n’est plus là.

L’Hôtel Dieu semble déserté…

Est-il troublé

par la Belle Dame

qui se cache

derrière les feuillages ?

Le Marché aux Fleurs a triste mine, avec ses plantes semi-desséchées abandonnées sur les toits. Mais il reste de belles fleurs derrière les rares vitrines non protégées par des volets… Sabots de Vénus ou non ? Je ne sais, mais je reste en émoi devant ces magnifiques sculptures vivantes.


Dans une autre boutique, je retrouve un bouquet qui réveille la petite fille en moi. La « monnaie du pape » chère à ma grand-mère est là. Il y en avait toujours au moins un vase dans la maison ardennaise…

Phébus n’est pas trop pressé de disparaître, dans nos contrées, et cela permet d’admirer sa trajectoire…

Le temps de raccompagner les amis jusqu’au milieu du Pont (la « Rive Gauche » refuse de passer Rive Droite… rires), la belle luminosité s’était éclipsée, et façade ainsi que tours ont repris leur couleur blanche.

Entretemps, j’avais eu le temps de m’amuser du mauvais goût flagrant des décors proposés par deux boutiques du Marché aux Fleurs, et de profiter des deux Fontaines Wallace, hélas en mauvais état…

Les restaurants sont clos dans le Quartier Latin comme ailleurs, c’est tristounet. Mais un propriétaire d’une pizzéria habituellement prise d’assaut par les touristes lutte vaillamment.

Il a établi tout un étal devant son restaurant, mis de la musique et propose des boissons… mais seuls les serveurs sont là, à attendre le chaland qui ne vient pas. Un décor de fête mais pas de participant-e-s… triste!

Tous les bouquinistes ont disparu… Pourtant, la vente des livres est autorisée ? Découragés par le peu de passant-e-s?

Une autre Fontaine Wallace a été transformée en oeuvre d’art moderne… digne d’intégrer la collection de Beaubourg…

Les rues sont libres de circulation. Qu’elles soient piétonnes, comme la Rue Galande que j’affectionne particulièrement, ou prêtes à accueillir des véhicules. Même le boulevard Saint Germain est désert !

J’en profite pour baguenauder en m’étonnant, m’émerveillant, m’amusant devant les vitrines… Je vous emmène? Un vrai tour du monde en quelques centaines de mètres…

Les peluches en prennent à leur aise… Les unes jouent à se faire passer pour des canidés, tandis que les autres attendent les client-e-s qui ne viennent pas… Un peu d’humour pour vaincre la nostalgie des rues vivantes d’autrefois…