
Mieux vaut en rire…



Un corbeau sur scène, voilà qui n’est guère courant, si l’on excepte les représentations de fin d’année dans les écoles maternelles, où les enfants représentent parfois les Fables de La Fontaine… Or c’est ce qu’il m’a été donné de voir, hier soir, lors d’un spectacle aux Bouffes du Nord.

Un ami m’avait recommandé d’aller voir ce qu’il considérait comme le plus original et « décoiffant » de tous ceux auxquels il avait eu l’occasion d’assister dans sa vie…
Pas de lever de rideau. Dès son arrivée, la spectatrice découvre une scène totalement blanche, constituée de trois panneaux de toile vierge et d’un sol tout aussi immaculé. Comme j’ai raté la photo dans ma précipitation avant le début du spectacle, je ne puis vous la montrer vierge. Par contre, voici la même scène une heure et quart plus tard…

Sur le côté droit, vous apercevez, au bout, en bas, une fente horizontale… C’est par là qu’est entré en scène le premier acteur. Nous vîmes apparaître d’abord un pied chaussé, puis un second, puis des jambes… et enfin l’entièreté du corps d’un grand escogriffe, tenant en main un support de micro. Il se relève, costume noir taché de blanc, et joue un moment en tirant sur le fil du micro, qui finit par entourer le devant de la scène. Le tout accompagné d’un monologue sur le « vide ». Il sort un papier de sa poche, censé être le contenu de son discours.
Surgit alors un corbeau, qui s’en empare et le déchiquète consciencieusement… puis va et vient de bord en bord sur la scène, côté cour, côté jardin et ainsi de suite.
Le monologue reprend, quand un pied nu traverse le même côté droit. Cette fois, dans la fente verticale que vous voyez vers le devant. Il est suivi d’un second pied, de jambes nues, et d’un corps de femme, aux cheveux abondants cachant le visage.
Le ton est donné. Je ne vais pas vous narrer la suite, car cela nuirait à une découverte que je vous conseille de faire. Même s’il y a parfois quelques longueurs – mais sans doute voulues, pour faire prendre conscience du temps qui passe -, les surprises se succèdent dans ce spectacle que je ne puis qualifier, entre danse, acrobatie, peinture, chant, pantomime et théâtre…

Et les applaudissements nourris des personnes présentes étaient bien mérités de ces deux (pardon, corbeau, trois) artistes qui ont montré des facettes très variées de leur talent dans un rythme souvent lent, mais parfois endiablé.

De l’émotion, de l’esthétique, du rire, tout y est pour passer un bon moment malgré l’inconfort des sièges de ce vieux théâtre.

Si vous voulez en savoir davantage, un beau film de présentation ici, un second là, et un entretien avec Baro d’Evel ici.
Vous n’êtes pas sans savoir à quel point j’aime apprendre des mots. En voici deux que l’on a utilisés devant moi, et dont j’ai dû rechercher le sens par la suite. Si vous les connaissez, passez cet article. Sinon, je vous emmène dans l’espace…
L’origine de leur emploi était une discussion sur… les symboles des évangélistes. Faut-il vous rafraîchir la mémoire? Allons-y.


Trois des évangélistes sont associés à des animaux. Ci-dessus, l’aigle. On sait dès lors que c’est Saint Jean qui est représenté…
Ce n’est pas un chien qui surveille Saint Luc en train d’écrire, mais bien un bovidé. Original, non? Surtout qu’il est ailé! Un boeuf? Il semblerait que oui, si l’on observe les détails.

Mais il n’en fut pas toujours de même : ce fut parfois un veau, et parfois un taureau.
« Les enlumineurs du Moyen Âge aimaient peindre saint Luc qui était leur saint patron et le représentaient avec son animal évangélique. Le bœuf de saint Luc n’a pas toujours été un bœuf. Les Irlandais du haut Moyen Âge lui préféraient un veau, symbole d’innocence, et les carolingiens un taureau, symbole de puissance, mais au poil blanc, symbole de pureté. Au temps carolingiens, le bœuf est l’émanation même de Dieu qui souffle à saint Luc la parole divine. Il apparaît souvent ailé et nimbé. Peu à peu le bœuf se transforme en compagnon du saint, lui tenant son livre, lui servant de lutrin, et même parfois de repose pied. » (source)
Et, sur l’épaule de Saint Marc, ce n’est pas un chaton, mais un gentil lion…

Le quatrième, lui, n’a pas eu droit à son animal totem, mais à un ange. Vous l’avez vu enfant ci-dessus, le voici plus âgé…

Si vous réunissez les quatre (tétra en grec) images (ou formes, morphé en grec), vous obtenez un tétramorphe.

« Devant le trône, on dirait une mer, aussi transparente que du cristal. Au milieu du trône et autour de lui, se tiennent quatre Vivants, constellés d’yeux par-devant et par-derrière. Le premier Vivant est comme un lion ; le deuxième Vivant est comme un jeune taureau ; le troisième Vivant a comme un visage d’homme. Le quatrième Vivant est comme un aigle en plein vol. Les quatre Vivants, portant chacun six ailes, sont constellés d’yeux tout autour et en dedans. » (Apocalypse, IV, 6-8).
Le texte est de Saint Jean, situé à la fin du Nouveau Testament. A présent, je vous propose de lire ce texte :
« Tandis que je regardais, j’ai vu qu’un vent de tempête venait du nord, et il y avait un énorme nuage et du feu qui jaillissait; une lumière vive les entourait. Et au milieu du feu, il y avait quelque chose qui ressemblait à l’électrum. Dans le feu, il y avait quelque chose qui ressemblait à quatre créatures vivantes ; leur aspect était semblable à celui d’un humain. Chacune d’elles avait quatre visages et quatre ailes. Leurs pieds étaient droits et ressemblaient à ceux d’un veau. Ils brillaient comme le cuivre poli. Les créatures vivantes avaient des mains humaines sous leurs ailes sur chacun des quatre côtés. Elles avaient toutes les quatre des visages et des ailes. Leurs ailes se touchaient l’une l’autre. Les créatures vivantes ne se tournaient pas lorsqu’elles se déplaçaient ; chacune allait droit devant elle. Voici à quoi ressemblaient leurs visages : elles avaient toutes les quatre un visage d’homme, avec un visage de lion à droite et un visage de taureau à gauche, et elles avaient toutes les quatre un visage d’aigle. C’est ainsi qu’étaient leurs visages. Elles avaient les ailes déployées vers le haut. Chacune avait deux ailes qui se touchaient l’une l’autre et deux ailes qui couvraient son corps. Chacune allait droit devant elle ; elles allaient partout où l’esprit les poussait à aller. Elles ne se tournaient pas lorsqu’elles se déplaçaient. Et les créatures vivantes avaient l’aspect de braises incandescentes. Quelque chose qui ressemblait à des torches aux flammes éblouissantes allait et venait entre les créatures vivantes, et des éclairs jaillissaient des flammes. Et quand les créatures vivantes allaient et venaient, leurs déplacements ressemblaient à des éclairs. » (source)

Ce texte est situé dans la Bible. Il s’agit de la Vision d’Ezechiel (Ezechiel 1:4-28). Il se poursuit avec la description des quatre roues du char. Quatre, un nombre que l’on rencontre ailleurs : en Egypte, avec les quatre hypostases du Créateur, comme sur le temple de Sobek et Haroëris à Kôm Ombo (Ptolémée VI, IIème siècle avant J.C.).

Regardez bien là-haut… Vous les reconnaissez?
A Babylone, quatre siècles plus tôt, ils représentaient les quatre points cardinaux : le Nord, c’était le lion; le Sud, l’aigle; l’Ouest, le Taureau. Une seule différence : c’est un serpent qui représente l’Est. Pourquoi a-t-il changé? Peut-être parce que le serpent, dans la Bible, n’est autre que le symbole du Diable, du Démon, du Mal. On lui a substitué son antithèse, l’Ange, un androïde.
Quatre, c’est aussi le nombre des saisons, n’est-ce pas, Vivaldi? Et on en arrive aux constellations et aux signes du Zodiaque.

Vous en avez reconnu deux, n’est-ce pas? Le Lion… c’est l’Eté. Le Taureau… le Printemps. Vous allez me dire : mais il n’y a ni Aigle ni Ange. Eh si ! L’aigle est associé au Scorpion, dans l’Antiquité. L’Aigle, c’est donc l’Automne. Reste l’Ange… vous avez deviné ? Lequel des 12 (3×4, soit dit en passant…) signes, laquelle des 12 constellations a une forme humaine? Le Verseau, déjà représenté dans l’Egypte antique par un homme versant de l’eau.
Résumons-nous. Dans l’Antiquité, 4 saisons, identifiées par 4 constellations qui les caractérisent. Tout cela repris par un récit se déroulant à Babylone, vers 630 avant notre ère. Visible sur un temple égyptien du 2ème siècle av. J.C. Vous me suivez? On est bien avant l’histoire des Evangiles ! J’ai cherché à identifier les dates des évangiles, ce n’est pas simple… et ça se complique encore quand on cherche les dates des auteurs. Impossible, par exemple, pour Matthieu, alias Levi. Mais lui et les trois autres (non, pas les Mousquetaires… dont vous remarquerez qu’ils étaient aussi quatre, comme le Club des Quatre de l’enfance des filles nées dans les années 50, les Quatre filles du Docteur March… mais aussi les Quatre Vents du Mahjong, les Quatre points cardinaux, les Quatre éléments, sans parler de la Quatrième dimension… Et il a fallu le trèfle à quatre feuilles pour passer du 4 au 5. Il faudra peut-être que j’y revienne?

Vous devez vous demander, si vous connaissez le sens des termes sur lesquels j’ai enquêté, quels liens unissent les évangélistes, leurs symboles et ces termes ? Un peu de patience… En effet, il faut d’abord comprendre le noeud du débat. Il s’agit bien des quatre saisons, décalées des constellations comme vous avez pu l’observer sur le schéma situé plus haut. Comment s’explique ce décalage? Eh bien, oui, par la précession des solstices. Nous y voilà.
» Mouvement rétrograde du point vernal sur l’écliptique, lié au déplacement de l’axe terrestre autour de la direction du pôle moyen de l’écliptique« (Astron. (cilf) 1980). Le soleil franchissait le passage équinoxial sous le signe du taureau, et (…) ce n’est que par l’effet de la précession des équinoxes, qu’il le franchit de vos jours sous le signe de l’agneau (Dupuis, Orig. cultes,1796, p.337).
« Une autre objection d’origine astronomique est celle de la précession des équinoxes (Beer1939, p.13).
« Ces longitudes étant comptées à partir des points équinoxiaux, leur commun accroissement équivaut à la rétrogradation de ces points, qui, graduellement déplacés en sens contraire du soleil, doivent produire chaque année, dans le retour des équinoxes, un avancement ou précession d’environ 20 minutes, temps que le soleil emploie à décrire 50 » de l’écliptique. D’après ce déplacement fondamental, les points équinoxiaux accompliraient une révolution entière (…) en une période de 260 siècles, dont nous n’avons parcouru, depuis Hipparque, qu’une faible partie… Comte, Traité philos. d’Astron. pop.,Paris, Carilian-Goeury, 1844, p.307. » (CNRTL)
Ne comptez pas sur moi pour vous expliquer le phénomène physique ni astronomique. C’est très bien fait dans cette vidéo, que je me sens incapable de résumer. Elle m’a aussi appris que je me trompais dans la définition de l’équinoxe et la confondais avec l’équilux! Encore un mot nouveau pour moi, toujours aussi ignare…
Et voilà comment une discussion entamée lors d’un concert dans l’église Saint Julien le Pauvre a débouché sur une véritable enquête à travers l’Histoire et l’Espace…
Mais ce n’est pas tout. Un défi me fut lancé à l’issue de celle-ci : « Et il ne faut pas confondre « précession » et « nutation »! » A ma question « Qu’est-ce? », réponse « Tu n’as qu’à chercher ». Donc, j’ai obtempéré. Et trouvé l’explication sur cette vidéo.
J’y ai appris que j’aurais dû mieux lire d’Alembert, qui a écrit sur nutation et précession.

L’original, datant de 1749, est accessible en ligne gratuitement. Vous pouvez lui préférer une version plus moderne, comme celle qui est intégrée dans ce livre du CNRS.

Je laisse à l’Encyclopaedia Universalis le soin de résumer:
« De même que l’axe d’une toupie qui tourne décrit un cône sous l’action de la pesanteur, l’axe de rotation de la Terre décrit, en 25 800 ans environ, sous l’action des forces d’attraction de la Lune et du Soleil, un cône dont le demi-angle au sommet est de 230 26′. C’est le phénomène général de la précession. Ainsi, la direction du pôle Nord céleste, actuellement voisine de celle de l’étoile Polaire, en était éloignée de 90 il y a 2 000 ans. Elle sera proche de celle de l’étoile Véga dans 11 000 ans.
Le plan de l’équateur, perpendiculaire à l’axe de la Terre, tourne aussi, de même que l’équinoxe de printemps (ou point γ), intersection de ce plan avec l’écliptique. Cette direction servant d’origine aux systèmes de coordonnées stellaires, les coordonnées des astres fixes varient elles aussi avec le temps. Ce phénomène a été mis en évidence par Hipparque au iie siècle avant J.-C., découverte complétée par celles du mouvement de l’écliptique (xviie siècle) et de la nutation de Bradley (xviiie siècle).
On décompose ce mouvement complexe en deux parties : la précession proprement dite, mouvement continu et actuellement légèrement accéléré de l’axe de la Terre sur un cône de révolution, et la nutation, mouvement multipériodique faisant décrire à cet axe des festons autour du cône. »
Vous avez compris? Alors, votre QI est nettement supérieur au mien ! Mais je retiens une image…
Sur laquelle des toupies vivons-nous? Voilà qui n’est guère rassurant! Et si, en plus, on pense que cela a à voir avec le climat, où allons-nous?
A propos, je vais vous faire rire (jaune?)! En recherchant une image de toupie, j’ai découvert un nouveau mot, « inception ». Mais c’est une autre histoire…
Je ne sais si La Poste a voulu faire de la provocation, ou si des publicistes se sont déchaînés et ont voulu toucher une clientèle internationale, mais j’avoue avoir été partagée entre rire et colère en voyant cette annonce.
En effet, dans le bureau de poste d’une petite bourgade picarde, j’ai vu cette annonce, parmi les autres, apparemment insignifiante…

En écrivant le titre de cet article, j’avais spontanément remplacé le « ma » par un « my »… et c’est en recherchant l’illustration ci-dessus que je me suis aperçue de mon erreur ! Alors je vais vous demander de faire le test suivant : comment lisez-vous l’encadré en rouge, et est-il immédiatement compréhensible pour vous?
Je pensais par ailleurs qu’il s’agissait d’une publicité pour La Banque Postale. La recherche que je viens d’effectuer sur le net m’a appris que ce n’était pas du tout le cas. Il s’agit d’une filiale de celle-ci.
« La Banque postale a créé Ma French Bank (MBF) dans le but de séduire un public plus jeune et attirer les plus réfractaires au monde bancaire. Basée sur un écosystème 100 % en ligne semblable aux néobanques, elle promet un complément bancaire innovant en plus des établissements traditionnels. Malgré sa jeunesse, le concept a déjà séduit des centaines de milliers de clients en France et ambitionne bien plus dans les années à venir. » (source)
Le concept de frenchitude a été développé dans les différents messages publicitaires de ladite banque, à partir de petits clips mettant en scène différents types de client-e-s potentiel-le-s, en jouant sur les stéréotypes du Français/de la Française : French Fashion, French Lover… et même French baguette… S’y ajoutent bien évidemment les stéréotypes de genre : la femme est coquette, vit dans sa maison, tandis que l’homme travaille et mange sur le pouce, a une moto et va séduire… Vous pouvez voir ces clips dans un article qui leur est dédié ici.
Par la suite, ce sont les stéréotypes liés à la jeunesse qui ont été exploités : le French charmant, le French bordélique…

Cette fois, on parle bien français : « ça le gonflait » ! Qui plus est, avec un beau jeu de mot relatif aux bouées…
Les jeux de mots d’un goût douteux sont caractéristiques de la marque : après « Ma French Bank entre en Seine », on a eu droit à cette publicité :

Et, pour finir, un jeu de mots parfaitement franglophone dans cette affiche (allusion à Cloclo?)…

Qui a conçu tout cela?

« Nous souhaitions concevoir, avec Publicis Sapient, une communication attractive pour les ados et rassurante pour les parents afin de valoriser l’App WeStart en zone de confiance intergénérationnelle. » – Héloïse Beldico-Pachot, Directrice Marketing et Communication de Ma French Bank. » (source)
Il y a eu deux vagues de campagnes publicitaires. Les spots présentés ci-dessus appartiennent à la première.
« Cette 1ère vague de campagne – appelée le « French Blast » – lance la marque avec cette conviction que « la vie c’est mieux en French ». Elle a été pensée pour intriguer et attiser la curiosité, et pour commencer à installer l’idée que si la vie c’est mieux en French, la banque c’est mieux avec Ma French Bank. » (source)
La seconde a eu lieu à l’occasion du lancement du compte WeStart. Voici ce qu’en dit Karen Weber, responsable marque et communication.
« Nous avions deux ciblages différents pour notre campagne de communication. Les parents d’un côté et les ados de l’autre. L’objectif était d’aller toucher les 35-50 ans pour qu’ils souscrivent à un compte pour leurs enfants. Nous avons mis en place un challenge TikTok pour toucher les adolescents et faire de la considération. Nous avions des objectifs de notoriété et de performance. Chez Ma French Bank, nous avons toujours ce double objectif quand on fait une campagne. De la notoriété car nous sommes encore une jeune marque et la performance : l’ouverture de nouveaux comptes. Nous avons toujours une approche ROISTE : combien de clients, pour quel coût d’acquisition ? » (source)
Résumons-nous : deux sortes de « jeunes » sont visés, les ados et leurs jeunes parents. Le lancement montrait plutôt des trentenaires « bobos »… une moyenne? Par la suite, on rajeunit, c’est « la génération Z » qui est visée, comme l’explique Louis Broccholici, chef de projet communication et marketing :
« Pour revenir sur l’activation TikTok, nous avons incité les jeunes de la génération Z à montrer leur créativité et à partager du contenu dans lequel ils utilisaient les filtres de Ma French Bank. L’objectif était de marquer le plus de points de la façon la plus originale, parce que la créativité est le gros atout de la plateforme. Bien évidemment derrière ce challenge, trois PlayStation 5 étaient à remporter par tirage au sort. Cette activation a généré 300 millions d’impressions, 100 millions de vues sur Tik Tok et 45 000 vidéos créées. C’est aujourd’hui l’un des best case de ce réseau social et d’ailleurs généralement TikTok l’utilise pour présenter ses projets. Nous sommes fiers de cette réussite et de la notoriété qu’on a générée grâce à ce challenge. »

Résultat de leurs cogitations conjointes : un QR code présent dans les VTC, destiné à éveillé la curiosité de celui ou celle qui se laisse transporter, et qui va ainsi être filmé à son insu, par « eye-tracking » (restons franglophone!).
« J’aime beaucoup l’intelligence artificielle qu’il y a derrière tout ça. La possibilité en une seconde de pouvoir identifier la personne qui est assise dans le VTC et définir l’audience que l’on souhaite toucher avec des critères prédéfinis (femme, homme, moins de 35 ans, etc…) pour avoir une publicité adaptée. C’est selon moi, le gros plus de ce média. Pour terminer, je dirais également que les analyses et les chiffres qu’apporte la régie, sont très précis par rapport à ceux de certains médias plus traditionnels. Là nous savons, grâce au système de l’eye-tracking dans la caméra de l’écran comme l’expliquait votre CEO Mikael Bes, que notre message a été lu, vu et sur combien de temps. Nous avons eu des analyses très précises et cela nous va très bien.«
C’est ainsi qu’on en arrive aux groupes de jeunes adultes, gérant leur papier toilette…

« Plus qu’une campagne de publicité ou de promotion d’une nouvelle offre, nos visuels présentent une galerie de groupes d’ados, libres de vivre leur rapport à l’argent comme ils l’entendent, révélateurs de leurs identités et emblématiques d’une plastique de la culture jeune. Ils reflètent le vrai ton d’une génération, sont connectés à notre cible, naturels et authentiques, tout simplement. » – Louise Carrasco, photographe de la campagne.
La musique du spot publicitaire (2019) – que vous retrouverez ici – est un extrait de Maryland, du groupe Elephanz. Regardez le clip officiel, il en vaut vraiment la peine et ne peut pas ne pas interpeller, me semble-t-il.

Interrogeant le genre et ses stéréotypes, il évoque l’aventure, la guerre, la séduction, et même les croisades…
Et je me questionne encore sur le lien avec les paroles que voici :
Pas d’urgence mais j’atterris pas
Et plus j’y pense plus je plane je suis plus moi
Viens me chercher je suis pas normale
Quand on aime on ne compte pas des heures d’escale
Pas de panique si ça décolle
C’est un classique n’attendons pas l’automne
Toi tu hésites je me passionne
Pour ton ko qui gravite et qui tâtonne
C’est fou comme les heures font durer le bonheur
Je me refuse à regagner la terre
Split the oceans grab my hands
I won’t Maryland
Back into your arms
At your place
Split the oceans grab my hands
I won’t Maryland
Oh you break the distance
Baby
Premier vol mais d’humeur fatale
Contre tout vent je te kidnappe en rafale
Si t’es ok je suis raisonnable
Profite des derniers instants sur le sable
C’est fou comme les heures font durer le bonheur
Je me refuse à regagner la terre
Split the oceans grab my hands
I won’t Maryland
Back into your arms
At your place
Split the oceans grab my hands
I won’t Maryland
Oh you break the distance
Baby (2 fois)
Split the oceans grab my hands
I won’t Maryland
Oh you break the distance
Baby
Il me manque certainement des références culturelles (malgré une exploration du site sur le Maryland MDR) et, si vous pouvez m’éclairer, écrivez des commentaires…
En attendant, voici ceux d’un site spécialisé.
« Elephanz présente en collaboration avec Eugénie le titre Maryland, issu de son dernier album. Un cocktail électro indé d’où Romain Daudet-Jahan, réalisateur du clip, a fait surgir une aventure solaire à l’esthétique fabuleuse. Il transpose les Elephanz, en duo de Robinson Crusoë sur l’île de Maryland. Ici, la nature a repris ses droits, seule perdure la silhouette sombre et massive d’un blockhaus, échoué sur la plage comme épuisé par le temps. Reprenant les codes du roman d’aventure, de l’impromptu, et du jeu, Romain Daudet-Jahan conçoit pour cette version francophone du titre Elephanz, un scénario largement nourri des univers de Peter Pan (1902) ou de Jumanji (1981). Là, les brigands, se font guerriers vêtus de jeans cousus et recousus qui ne laissent entrevoir que leurs regards étincelants. Aux masques s’ajoutent leurs armes, des lances et bannières faites d’accumulations de couteaux et de talismans de toutes formes. Les capsules en métal se mêlent aux cuillères, les tissus troués par les mites, aux dagues de pirates. Les occupantes de l’île, véritables amazones portent les Elephanz dans la forteresse de béton nichée dans les dunes.«
Franchement, je n’avais pas repéré Peter Pan… Quant à Jumanji, j’avoue… je ne connais pas.

Le roman, paru en 1981, a donné lieu à un film en 1995, puis à une série télévisée d’animation à partir de 1996 aux USA et 1997 sur France 3, puis à un jeu vidéo. Et devinez l’année de sortie du jeu? 2019, comme la banque. Belle coïncidence, non?

Résumons-nous à nouveau. Une banque à l’image bien française à l’origine – car quoi de plus « french » que nos anciens facteurs? – crée une filiale pour les ados et leurs jeunes parents. Les publicités jouent sur les stéréotypes, l’humour plus ou moins fin, le langage « djeuns » et la branchitude. Et la musique évoque l’univers de la musique alternative, mais renvoie à un clip qui, lui-même, évoque les univers de l’enfance des générations Y et Z et les jeux vidéos qui les rapprochent… Voilà comment on passe de la French Fashion à Peter Pan.

Mais le pays imaginaire n’est pas celui que l’on croit. Et Peter Pan inventé par Disney n’est pas le vrai personnage.
« Le petit garçon qui ne voulait pas grandir naît autour de 1900. Peter Pan apparaît dans le Petit Oiseau Blanc de J.M Barrie puis il fait une pièce de théâtre autour du personnage. Enfin, il écrit un roman en 1911 sous le nom de Peter Pan and Wendy.
L’histoire est celle d’un enfant qui ne veut pas grandir et qui récupère les enfants morts, tombés du berceau ou abandonnés pour les envoyer au pays de “Neverland”. Ce personnage, loin d’être un enfant de chœur, est habité par une haine profonde des adultes. Un adage de l’île raconte qu’à chaque respiration, un adulte meurt. Alors Peter Pan s’amuse à respirer fort et haleter le plus possible pour tuer le maximum d’adultes. Il tue aussi les enfants perdus. Dès qu’ils grandissent, il ne veut plus d’eux sur cette île. Profondément égoïste, le héros a aussi perdu la notion de temps en étant bloqué depuis des années sur cette île. » (Source)

Voilà qui laisse à réfléchir… Mais revenons à des idées plus gaies…
Pour clore ce billet, un bel exemple de franglojeunophonie.
Guillaume de Tonquedec, ça vous dit quelque chose ? Cela vous évoque un château fort des Côtes d’Armor ?

Vous n’avez pas tort. Il existe bien, et date bien du XIIème siècle, pour sa partie la plus ancienne. Il a été acheté – pardon, acquis ! -en 1636 par René de Quengo, seigneur du Rochay (ou du Rocher, comme vous voulez). Depuis, sa famille l’a revendu, puis racheté, puis revendu à la fin du XIXème. Voilà qui explique le nom complet de Quengo de Tonquedec.

Voyez-vous à quoi nous en arrivons? Pas encore ? C’est que vous ignorez que l’un des descendants de cette noblesse bretonne porte ce nom, avec les prénoms de Guillaume Emmanuel Marie… Vous commencez à comprendre ? Eh oui, l’acteur aux 3 Molière (je ne parle pas du César ni du Prix Beaumarchais) est d’origine noble. Vous ne le saviez pas? Moi non plus, au moment où j’ai commencé à écrire cet article, et donc à me renseigner un peu plus sur lui!

Mais revenons à Paris, 1er jour du mois de 2/22… et au Théâtre Montparnasse. A 17 heures, j’ai couru acheter des places à l’Office de Tourisme de Paris, l’un des kiosques où l’on peut acquérir des places de première catégorie à moitié prix le jour de la représentation – ce qui est idéal pour les imprévoyantes comme moi! -, direction le quartier… breton! coïncidence, me direz-vous. Oui, mais j’aime y croire, aux co-incidences… Et, le soir… un régal!

3 acteurs et 1 actrice, la parité n’est pas respectée… Mais la jeune actrice (28 ans) occupe le terrain, face à un acteur aussi « présent ». Camille Aguilar montre des facettes variées de son talent dans un rôle qui est loin d’être facile. Les deux autres acteurs m’ont moins convaincue…
Je ne vous raconterai pas le scenario, car cela vous priverait des surprises qu’il réserve.
Donc juste un mot pour vous dire « Allez-y ». Certes les décors sont tristounets, et la mise en scène peu inventive selon moi. Mais…
Le texte de Clément Koch est d’une grande richesse, et les allusions, jeux de mots, citations ont provoqué à maintes reprises les rires de la salle… Les acteurs sont investis dans leur rôle et nous font partager des tensions et émotions intenses. L’une des répliques m’a fait penser à l’un de mes amis qui fait du théâtre amateur. Je vous la livre (de toutes façons, vous l’auriez trouvé en ligne, par exemple ici).
« Quand je joue, c’est comme si j’avais plus de place pour moi à l’intérieur de moi. Je sais, c’est un peu tordu à dire, mais c’est ça que ça me fait. De la place.«
Ce n’est pas Guillaume de Tonquédec, alias Matt Donovan, acteur sur le déclin, qui la prononce, mais Camille Aguilar, alias Sara (« surtout sans H« , comme elle le répète) Bump, serveuse dans un bar, actrice en devenir.
Et surtout, le thème même, une réflexion sur la question « Qu’est-ce qu’être acteur/actrice? », thème passionnant en soi, est traité avec finesse…
Dans l’article précédent, une photo mal prise montrait un panonceau, encourageant à devenir « locavore ». Pour un ou une latiniste, cela signifierait « qui mange un lieu »… pas le poisson, non, un « lieu » au sens géographique du terme. Et encore, avec une faute de latin!
Or, vous n’êtes peut-être pas sans savoir que cela signifie « qui mange local », qui suit les principes du « locavorisme ». A une ânerie linguistique s’en ajoute une autre. Mais nous ne sommes pas là pour parler « langue »…
Me voilà donc à nouveau plongée dans les méandres de l’Internet, à partir des questions que je me pose…

Bien sûr, comme tout le monde j’aime aller au marché du coin, acheter les légumes ou fruits produits sur place, discuter avec la jeune femme qui fait du fromage de chèvre, avec celle qui produit sa bière artisanale… J’encourage les AMAP et vais même jusqu’à expliquer autour de moi aux personnes qui ignore de quoi il s’agit ce que c’est… J’apprécie d’aller acheter des crevettes ou du poisson directement à la sortie du chalut… Mais suis-je pour cela « locavore »?
Revenons à la langue… Je commence à comprendre… le terme n’est pas français, il est né aux Etats-Unis.
« La première occurrence du terme est le fait d’un article, signé à trois mains, dans la rubrique alimentation du San Francisco Chronicle, « trois locavores ou trois femmes qui mangent local ». Il a surtout été rapporté à l’une d’entre elles, Jessica Prentice, dont le blog consigne les différents éléments de contexte et dresse un portrait du mouvement Local Food en Californie dans les années 2000. » (source)
Vous pouvez l’entendre prononcer le mot en anglais dans ce documentaire.
Les sites pullulent, qui argumentent pour ce mouvement, et culpabilisent les consommateurs/trices dont je suis, qui continuent à aimer les produits exotiques en tout genre, soit parce qu’ils ou elles ont été « locavores » dans un pays éloigné, soit tout simplement par goût. Certains donnent des adresses pour s’approvisionner ou aller manger, comme Le Bonbon.
Une question vient cependant à l’esprit de celle qui a vu se débattre les agriculteurs/trices, riziculteurs/trices, producteurs/trices de fruits comme les agrumes, les mangues, les avocat-e-s, les fruits de la passion… ces mêmes personnes qui sont déjà victimes de la mondialisation, de la main-mise européenne, américaine ou asiatique sur les circuits d’approvisionnement, de transport et distribution, vont-elles devoir subir les conséquences de cet engouement pour le « local ». Citoyen-ne-s du Monde, le Monde n’est-il pas notre « local »? Alors oui, bien sûr, le circuit court, toutes les fois où on peut, mais ne condamnons pas à être encore plus pauvres celles et ceux qui produisent, souvent difficilement, des aliments que nous aimons… Au contraire, aidons-les à trouver d’autres circuits pour faire venir leurs productions jusqu’à nos marchés, de la manière la plus écologique possible, certes, mais aussi la plus efficace et profitable pour elles et eux…
« Dans un pays où les alertes à la nourriture contaminée sont fréquentes et où deux tiers de la population présente une surcharge pondérale, les habitants ne touchent plus à leurs assiettes sans culpabilité. Il n’y a pas si longtemps, les Américains se moquaient de José Bové. Aujourd’hui, ils réévaluent leur mode de vie. Comme on dit à la ferme, mieux vaut tard que jamais. » (Corinne Lesnes dans Le Monde)
Les extrêmismes sont tous aussi dangereux… Et je continuerai à aimer les bons produits des régions où je suis, mais aussi à varier mon alimentation en évitant au maximum de participer à la paupérisation et à l’exclusion d’une partie de la population mondiale, en particulier africaine… et en refusant de me laisser culpabiliser et manipuler par des fanatiques et des « bien-pensant-e-s », quel-le-s qu’ils ou elles soient, locavores ou autres… sans compter que parfois, cela prend une tournure un peu « chauvine ».

Un récent sondage posait ainsi la question :
« Sondage : Quel consommateur êtes vous ?
Alors qu’on sait à quel point les catégorisations provoquent des exclusions et risquent d’entraîner des conflits, pourquoi en ajouter de nouvelles? Ne sommes-nous pas capables de concevoir ce qui est nocif, nuisible et ce qui ne l’est pas?
Quel joli mot, n’est-ce pas? Connaissez-vous ce terme? Ce n’était pas mon cas, lorsque je l’ai découvert cette semaine dans la Lettre de Thot Cursus à laquelle je suis abonnée. Depuis, bien évidemment, je me suis informée sur son sens.
Le CNTRL ne le connaît pas. Il s’agit donc d’une création récente, voire d’un néologisme?
Ah non! une autre recherche, toujours sur ce site, aboutit à une définition : « Bruit de protestation, de mécontentement, de plainte, de récrimination ». Ah ? J’espérais quelque chose de plus poétique! Elle provient du Dictionnaire du Moyen Français. « Voici encore une de mes lacunes ! », me dis-je, en me précipitant pour comprendre de quoi il ressortait. D’un dictionnaire conçu tout récemment par une équipe de l’Université de Lorraine, pour couvrir une période dont le terminus a quo (encore une découverte terminologique : la date de début, en français vulgaire) est 1330 (avant avènement des Valois et guerre de Cent Ans) et le terminus ad quem (limite de fin) est 1500 (les guerres d’Italie correspondent à une forte modification de la langue). Si la genèse de ce dictionnaire vous intéresse, vous pouvez lire cet article en ligne.
Bref, le terme était utilisé durant cette période, soit avant 1500… pas nouveau! Mais, visiblement, moins ou non utilisé par la suite?
Pas vraiment non plus. Et là, nouvelle surprise : ce phénomène ne s’entend pas (enfin, presque), mais se voit… Et vous en avez toutes et tous vus! Moi-même j’ai souvent tenté de le photographier, sans grand succès : on le doit aux oiseaux ou insectes en vol. Je vous conseille de regarder cette petite vidéo, vous comprendrez mieux.
Encore une surprise : son exploitation dans des chorégraphies, comme ce Projet Murmuration de Sadeck Berrabah, qui en a fait un ballet extraordinaire dont vous trouverez un extrait ici. Le Ballet des Lucioles est visible dans une autre vidéo.
En ce sens, le spectacle de Veronal dont je traitais dernièrement comporte des murmurations. Ce sont d’ailleurs les morceaux que j’ai préférés!
Revenons à l’article qui a suscité mes questionnements.
« On s’intéresse à ce phénomène dans plusieurs disciplines, par exemple, pour la coordination de centaines de drones, dans les techniques de contrôle des foules, dans l’élevage d’espèces grégaires, en marketing et même en éducation. Le phénomène pose aussi d’intéressantes questions en philosophie et en sociologie.
Certes nous prétendons à un certain libre arbitre comme individu, mais nous consentons dans plusieurs situations à adopter les idées et comportements communs à un groupe et de là à concentrer notre attention seulement sur certains éléments. Vu de l’extérieur, plusieurs mouvements sociaux sans coordination correspondent à une murmuration, manifeste du partage des mêmes référents par des milliers sinon des millions de personnes et que des intelligences artificielles ont tôt fait d’amplifier sur les réseaux. »
Pourquoi s’intéresser à cela dans le domaine auquel se réfère Thot Cursus?
« L’école est le principal vecteur de la transmission de référents communs à une société. La murmuration n’a pas de coordination, mais elle peut être influencée. La liberté académique vient avec une certaine responsabilité de ne pas enseigner n’importe quoi ni d’en sous-estimer la portée. Je suis toujours surpris du peu de considérations sociales quand vient le temps d’enseigner l’économie, le marketing ou même la santé. Certaines idées qui ne se situent pas dans le courant matérialiste sont systématiquement écartées. Nous avons le droit d’étendre notre vision au delà de notre seul groupe, sous peine de voir nos capacités de réflexion réduites à «quelques éléments simples et faciles à interpréter». »
Les articles de ce dossier montrent des expériences passionnantes autour de la question « Jusqu’où irions-nous pour nous conformer au groupe », comme reporté dans le film I comme Icare.
« Lors de son procès, le criminel nazi, Eischmann explique qu’il n’était pas difficile pour lui d’envoyer des milliers de personnes à la mort… puisque le langage bureaucratique facilite cela. Le « Amtssprache » ou « langage bureaucratique » dans lequel le locuteur n’assume aucune responsabilité de ses actes ; toute initiative individuelle est inexistante.«
« D’un point de vue purement cinétique,la murmuration des oiseaux a été modélisée, elle répond à deux règles simples:
Autrement dit, on passe vite des mouvements collectifs d’oiseaux à des mouvements de foule dangereux, qu’ils soient physiques ou idéologiques… Mais aussi, d’un point de vue plus optimiste, on peut en arriver à l’intelligence collective, ce à quoi aboutit cet article : Les hommes savent-ils murmurer? Dont le titre se poursuit par « ou préfèrent-ils percoler? »
L’exemple des cyclistes qui se coordonnent est proposé dans un autre article sur le même thème.
Mais on observe bien des murmurations dans les villes si l’on filme longtemps et accroît la vitesse des images, comme dans cette vidéo sur Osaka, qui m’a rappelée un très beau film muet vu autrefois. Cela m’a remémoré un film que j’avais adoré, lors de sa sortie, voici quelques années, voire décennies. Dans mon souvenir, il était de Coppola. Mais apparemment non, je ne le trouve pas sur le net. L’avez-vous vu? Une suite d’images aux lumières éblouissantes, montrant les voitures dans une ville à gratte-ciel, sur une musique époustouflante. Ni acteur, ni parole. Qu’images et musique. Si vous en avez une idée, merci de mettre un commentaire, ça me ferait plaisir de le revoir… et c’était bien de la murmuration d’humains.
Des vidéos sont également présentées dans le dossier, pour réfléchir à ce type de phénomène et à ce qu’il peut entraîner de positif ou négatif. Phénomène que l’usage du numérique permet d’amplifier, au travers des réseaux. Je vous invite à lire l’intéressant article sur les foules numériques, tout à fait en lien avec l’actualité récente et le futur proche…
Les arts se sont emparés du phénomène, comme le montrent quelques exemples, comme ce magnifique film du photographe Xavi Bou.
Une exposition en 2020 regroupait des oeuvres autour de ce thème.

Le terme apparaît aussi dans le titre d’oeuvres littéraires, comme le livre de Robert Lock, où l’auteur utilise le « pattern » pour évoquer la vie d’individus en 150 ans.

Finissons, si vous le voulez bien, par une note d’humour…
Celles et ceux d’entre vous qui me lisent depuis longtemps savent à quel point j’aime apprendre de nouveaux mots. J’ai été gâtée cette semaine, avec un florilège de termes qui n’appartenaient pas à mon vocabulaire. En voici un exemple : « écoinçon ».
Avez-vous une idée de son sens?
Si vous le décomposez et en recherchez la « racine », vous pouvez trouver… Alors que moi, je ne l’ai pas compris d’entrée de jeu dans le contexte où il était employé.
Il s’agissait – souvenez-vous, si vous avez lu l’article précédent sur le théâtre des Champs-Elysées – de la description de la salle. Le lustre, les peintures de Maurice Denis… vous y êtes? Je cite : « Il y illustre quatre thèmes dans les écoinçons« . Or, le lustre est rond, et la forme globale de ce que l’on serait tenté de dénommer « plafond » est… je ne sais comment dire? … ovaloïde?
Vous aviez peut-être, comme moi, pensé à « coin ». Mais des coins dans des ronds ou des ovales, voilà qui est original ! Me serais-je trompée ?
Que nenni ! Il s’agit bien d’un mot forgé à partir de « coin ». Alors, me direz-vous ? Comment se fait-ce ?
Le CNTRL précise que le terme est apparu en 1331 sous la forme « escoinson » (L. Delisle, Actes Normands de la Chambre des Comptes sous Philippe de Valois, 28). Mais a disparu jusqu’en 1798, date à partir de laquelle il est orthographié tantôt « écoinson », tantôt « écoinçon ».
Bien gentil de nous donner étymologie, histoire et orthographe, me direz-vous, mais cela ne nous donne pas sa signification !
Résumons-nous : cela vient de « coin », est employé en architecture et en menuiserie/ébénisterie… Bon, d’accord, je cède, le plus simple est de citer les définitions officielles:
A.− ARCHITECTURE
2. Pierre qui forme l’encoignure de l’embrasure d’une porte ou d’une fenêtre. Les douze écoinçons des six dessus de portes de l’hôtel de ville, que Carrière vient de peindre (Goncourt, Journal,1892, p. 259).
B.−AMEUBL. Partie qui est située à l’angle d’un meuble ou d’une partie du meuble. Écoinçons de l’abattant, des vantaux.Les pieds des meubles restent légèrement galbés, les panneaux carrés ou rectangulaires sont échancrés et une rosace est placée dans l’écoinçon (Viaux, Meuble Fr.,1962, p. 111).
♦ Meuble en écoinçon. Meuble construit pour être placé à l’angle d’une pièce. Armoire en écoinçon (Fonv.1974).
Mais alors, objecterez-vous à juste titre, pourquoi parler d’écoinçon dans ce cas de formes « sans coins »?
J’ai trouvé un autre sens au terme, dans les beaux-arts, en recherchant les oeuvres du peintre.
Voyez ceci. Les écoinçons seraient les parties restantes lorsque l’on dessine un ovale sur un support rectangulaire. Ou un cercle sur un support carré.
Un article très intéressant montre comment le peintre s’est vu contraint à peindre les Béatitudes dans les écoinçons de l’Eglise Saint Louis de Vincennes. En voici un exemple:

« Dans cette église à l’architecture très novatrice, de plan carré, Maurice Denis ne trouve évidemment pas le contexte habituel des églises anciennes. En particulier, les murs des trois façades autres que celle du choeur sont occupés par d’immenses verrières en béton. C’est dans les écoinçons des quatre grands arcs délimitant tout le volume de l’église qu’il est envisagé de placer les fresques des « Béatitudes », à l’intérieur de « panneaux ronds ». » (Source)
Il ne reste plus qu’à trouver des images de l’ensemble de l’oeuvre. Pas facile! Et seule la maquette au 10ème est accessible sur le net.

On voit nettement la partition en 4, avec des parties plus étroites séparant les fresques. Dans chacune, un rondo et… des écoinçons !
Quittons la peinture et le théâtre pour d’autres environnements agrémentés d’écoinçons. Beaucoup de hauts reliefs sur les façades des églises, notamment autour des portails.


Pour ce qui est du mobilier, vous l’avez vu, il y a deux sens. Soit le meuble lui-même est « en écoinçon », c’est-à-dire destiné à meubler une encoignure.

En plus moderne, voici ce que cela donne :

Soit il y a des écoinçons sur les meubles (mais aussi sur des parquets).

Je vous laisse jouer à les repérer sur les photos ci-dessous…



Je terminerai par un tableau, dont les écoinçons sont particulièrement « parlants ».

Je vous conseille de lire le billet de l’auteure… Katia Schaal, « Des médailles aux écoinçons d’une remise de médaille », publié dans le carnet de recherche Au revers de la médaille, le 20/08/2019, https://medaille.hypotheses.org/489.
C’est à vous… Repérez des écoinçons autour de vous et placez la photo en commentaire ?
Vous l’avez deviné, il ne s’agit pas de rugby. Même si je me suis de temps à autre, pour des raisons affectives et/ou amicales, intéressée à ce sport, le préféré de mon grand-père gascon, pratiqué par mon cousin et par des amis, ainsi que pour des raisons professionnelles, en raison de la démarche « Scrum » prônée dans le management agile. Mais je ne m’y connais pas assez pour disserter ou divaguer sur ce blog à ce sujet (même si l’envie m’en est venue le jour où une émission de radio mettait en exergue le débat sur le genre : football connoté masculin, rugby connoté féminin).
Donc, disais-je, pas de rugby.
Vous commencez à deviner…
Mais oui, bien sûr, il s’agit du livre que j’ai appréciée lors de mon adolescence, parce que l’hédonisme commençait à poindre son nez et n’était pas encore entré en conflit avec l’épicurisme dans un cerveau non encore (dé) formé.
L’auteur dont j’ai adopté la devise « Que sais-je? ».
Celui qui défend son amitié amoureuse avec celui qui a disparu.
Celui qui se réfugie dans sa « bibliothèque » pour fuir le bruit du monde…

Mise en scène et jeu de l’acteur, tout est excellent. La mise en scène est extrêmement sobre et ne joue que sur les indices : cloches, bassine pour se laver, vêtements… Mais cela suffit à filer la métaphore une journée / une vie.
Hervé Briaux joue de tous les registres, sa diction est parfaite, et il épouse par le ton, la voix, le jeu, les idées de Montaigne.
Quant au texte, je l’ai acheté à l’issue du spectacle, bien que j’aie déjà dans ma bibliothèque au moins deux exemplaires des Essais. Pourquoi? Tout simplement parce que j’ai aimé la sélection faite. Les extraits choisis composent une nouvelle oeuvre, parfaitement cohérente.
Je ne vous en citerai que des « extraits d’extraits », afin de vous laisser le plaisir de découvrir les autres.
« Il faut toujours avoir ses bottes aux pieds et être prêt à partir » (suivi d’un développement sur l’inepsie d’anticiper et de craindre, voire de souhaiter mourir de vieillesse).
Montaigne a été élevé en langue latine, et ne pouvait ignorer le poème d’Horace (22-23) extrait des Odes :
« Tu ne quaesieris, scire nefas, quem mihi, quem tibi
finem di dederint, Leuconoe, nec Babylonios
temptaris numeros. ut melius, quidquid erit, pati.
seu pluris hiemes seu tribuit Iuppiter ultimam,
quae nunc oppositis debilitat pumicibus mare
Tyrrhenum. Sapias, vina liques et spatio brevi
spem longam reseces. dum loquimur, fugerit invida
aetas: carpe diem, quam minimum credula postero. »
Traduit ainsi par Leconte de Lisle en 1873 (eh oui, il n’a pas écrit que La Marseillaise!)
« Ne cherche pas à connaître, il est défendu de le savoir, quelle destinée nous ont faite les Dieux, à toi et à moi, ô Leuconoé ; et n’interroge pas les Nombres Babyloniens. Combien le mieux est de se résigner, quoi qu’il arrive ! Que Jupiter t’accorde plusieurs hivers, ou que celui-ci soit le dernier, qui heurte maintenant la mer Tyrrhénienne contre les rochers immuables, sois sage, filtre tes vins et mesure tes longues espérances à la brièveté de la vie. Pendant que nous parlons, le temps jaloux s’enfuit.
Cueille le jour, et ne crois pas au lendemain« .
« Tout ce qui peut être fait un autre jour, fais-le aujourd’hui. » Cela dit, non pour le travail, mais pour les plaisirs...
« Ces plaisirs leur eurent bientôt donné un doux gage de leur amour, une fille qui attira les dieux et les hommes dès qu’on la vit. On lui a bâti des temples sous le nom de Volupté.
Les Amours de Psyché et de Cupidon, II »
« Quoi que disent les philosophes, le but ultime de notre visée, c’est la volupté ».
« … de tous les plaisirs que nous connaissons, la poursuite même de ces plaisirs est attrayante. Il faut empoigner les biens et les plaisirs présents, ici et maintenant, car nous n’avons aucune prise sur les choses à venir. »

Pour finir, un passage qui m’a réconfortée, moi qui ai des difficultés à accepter mes paradoxes et tensions internes…
« Toutes les contradictions se trouvent en moi. De bonne humeur – de mauvaise humeur, intelligent – obtus, timide – insolent, bavard – taiseux, dur à la peine – paresseux, menteur – véridique, chaste – luxurieux« .
J’espère que cette sélection dans une autre sélection vous aura plu, et donné envie d’aller voir ce spectacle court mais qui marque l’esprit…
En revenant de week-end, j’écoute toujours France Musique, car je reste étonnée de la conversation quasi-surréaliste pour moi entre les expert-e-s musicaux/ales, qui commentent des interprétations différentes d’un même air. Aujourd’hui, il s’agissait de quelques Polonaises de Chopin.
Le ton sentencieux, les débats derrière une entente cordiale, les coups bas au-delà de l’apparente courtoisie, le jargon utilisé sans souci de la compréhension possible par les auditeur-e-s… tout cela me laisse pantoise. Le tout pendant une heure et demie… de quoi faire Le Tréport-Beauvais, en admirant au passage la superbe vallée de la Bresle. C’est finalement Rubinstein qui l’a emporté, malgré des dissensions évidentes autour des 5 autres pianistes (pour celles et ceux qui ne connaîtraient pas cette émission, codés par des lettres, de A à F. Premier morceau : deux éliminés. Deuxième : un éliminé. Restent en lice 3 interprètes pour le dernier morceau, en l’occurrence l’Opus 53, connu sous le nom d’Héroïque.

Un podium où l’on ne retient que la médaille d’or, en quelque sorte. Je ne sais pas si c’est exactement cette version, mais j’ai trouvé pour vous en ligne ce film, où on le voit jouer en personne…
Pour finir le trajet, en entrant dans la banlieue parisienne, je me suis redirigée sur France Inter car j’avais entendu le programme : c’est Claude Lelouch qui était l’invité dans l’émission Hors Piste, à l’occasion de la sortie de son nouveau film « L’Amour, c’est mieux que la vie ».

Plusieurs surprises à l’écoute de cette émission. Mais je dois d’abord dire que, si j’aime des films de Lelouch, je ne le connais pas spécialement en tant qu’homme. J’ai apprécié sa sincérité. Il ne cherche pas à frimer, visiblement. Et semble extrêmement émotif. Une première surprise : les hommes qu’il a déclaré admirer. Dans l’ordre où ils ont été cités : Bernard Tapie, Jean-Paul Bnelmondo, Johnny Hallyday, et… Dupond-Moretti, dont j’ai appris à cette occasion qu’il avait joué un procureur dans ce film :

Soudain, un chanteur. Une affreuse chanson, totalement « has been », une voix comme je ne les aime pas… surprise, à nouveau : c’est… Tapie… Vous pouvez le voir ici, chantant « Réussir sa vie » (le titre vous étonne?). De lui, Lelouch dit « Il était sincère, quand il trichait ».
Autre surprise, belle, celle-ci : une chanson interprétée par Jean Gabin, une chanson qui me parle : « Je sais ». Si vous avez un moment, écoutez-la… , ici par exemple. Je ne l’ai malheureusement pas en film authentique…
Une autre encore : 7 enfants (de plusieurs femmes), dont chacun-e porte un prénom commençant pas un S : Salomé, Stella, Simon, Sarah, Sachka, Shaya et Sabaya. En l’honneur de son père Simon… et d’ajouter que les mères n’avaient pas le choix…
Enfin, la dernière : dans la chanson célèbre du film Un homme et une femme, ce n’est pas « Chabadabada », mais « dabadabada », qui a été inventé au départ pour combler les vides des paroles non encore écrites, puis gardé pour laisser, dit-il, à chacun et chacune la possibilité d’imaginer sa propre histoire. Je vous ai proposé la version avec film, mais la véritable version de la chanson, la voici, sur une archive de l’INA.

Quelques phrases de l’entretien…
« La seule chose qui nous appartienne, c’est le présent ».
« La mort est une récompense, c’est une promotion… je crois beaucoup au recyclage, au recyclage des âmes… On a tous les qualités de nos défauts… »
Petite parenthèse : une déception après l’émission, car il n’a pas inventé cette expression. Elle court sur le net, sans que j’aie pu comprendre qui l’avait initiée…
« Je crois que si je crois en Dieu, c’est parce que j’ai beaucoup observé le monde ».
Enfin, l’épitaphe qu’il souhaiterait sur sa tombe : « A suivre »