Sucrecuitier ?

Un petit plaisir en passant… J’ai appris un nouveau mot hier soir! Jamais rencontré auparavant… Eh oui! en passant devant cette boutique alléchante, j’ai remarqué ce terme sur le bandeau publicitaire, tout en haut, à droite…

Mille questions dès lors… Que pouvait être un « sucrecuitier »? Certes, on peut être « biscuitier », voire « biscuitier outrecuisant », puisqu’il cuit deux fois ses productions. Ou encore « charcutier », comme on aurait pu surnommer le bourreau de Jeanne, cuisant la chair fraîche… Mais « sucrecuitier »? Linguistique, logique et créativité convoquées d’urgence! Et toutes ensemble de préférence !

Imaginons – nous cuire du sucre… Que se passe-t-il ? On obtient du caramel, n’est-ce pas ? Ce serait donc un caramélisateur ? ou un caramélifacteur ? Bon, d’accord, encore des néologismes…

Donc à présent, vite un coup de surf sur le net… Et là, surprise ! Au lieu de voir défiler toutes sortes de (pseudo-) définitions, que constatè-je? Que je ne suis pas la seule que ce terme fait gamberger !

Ainsi, « Mamiefrondeuse » interpelle son lectorat pour lui demander de l’aide à ce sujet.

« Mais qui connaît la signification du mot « sucrecuitier » ? ? ?
Le petit Larousse et Wikipédia ne connaissent pas ……
(et moi jusqu’à il y a quelques jours je ne connaissais pas non plus !)

Il est probable que cela désigne celui que nous appelons le confiseur si j’en juge par l’activité de cette chaine de magasins, et par le voisinage avec le mot « biscuitier ».

Quelqu’un connait-il l’origine de ce mot « sucrecuitier » ?

Certain-e-s évoquent la possibilité de nous en faire baver… comme sur ce blog.

« Sucrecuitier : Mot inconnu du Larousse,sans doute imaginer pour « la cure gourmande » *.A lui tout seul ce mot sent bon le sucre ,le biscuit, les papilles en sont toutes chamboulées. Le sucrecuitier fabrique et cuit le sucre ,il le façonne pour enrober les bonbons et autres berlingots par exemple,mais aussi pour caraméliser les biscuits…C’est ce que nous explique la vendeuse de ce lieu merveilleux. * « La cure gourmande  » c ‘est l’enseigne de plusieurs boutiques en France et à l’étranger,mais c’est dans le sud de la France que sont fabriqués ces produits qui sentent bon le soleil. »

Papotine, quant à elle, est allée consulter des dictionnaires en ligne et interroge les autres participant-e-s d’une liste de discussion sur un site dédié à la langue française.

« À Uzès existe un magasin lumineux et sucré, qui ressemble à la maison d’Hansel et Gretel : il fourmille de bonbons de toutes formes, de toutes sortes, dont mes préférés : des petits radis, carottes, choux-fleurs, poireaux très réalistes en pâte d’amande. Sur la devanture, en grosses lettres peintes à l’ancienne : « Biscuitier  » et « Sucrecuitier« .

Vous l’avez rencontré dans vos dictionnaires ? Le TLFi ne dit rien.« 

Dès lors, pourquoi ne pas s’adresser au responsable de ces questionnements? Et voici ce que, ébahie, j’ai trouvé sur son site.

 » Le travail manuel de l’artisan sucrecuitier permet de donner au sucre cuit un bel aspect brillant et une texture agréable. Loin d’être un simple bonbon, les Choupettes, aussi appelées chiques, font partie de la tradition de la confiserie française et sont une spécialité de La Cure Gourmande. Ces sucettes pour enfants mais aussi pour les plus grands gourmands sont déclinées dans une farandole de saveurs … « 

Pourquoi « ébahie », me direz-vous? Eh oui, vous ne pouvez comprendre ma stupéfaction, car il vous manque une information : adolescente, j’étais surnommée par mes collègues de lycée « Choupette ». Or voici que je découvre la signification de ce terme… Je n’étais pourtant pas en sucre, loin s’en faut ! Encore moins vendue parmi un lot…

Encore un étrange écho… Jamais je n’aurais imaginé que cela pouvait représenter une confiserie! Autant d’années pour l’apprendre… Mais peut-être y a-t-il un autre sens? Espoir…

Donc, résumons-nous… Une enseigne qui choisit d’exploiter ce terme peu usité – si vous voulez en connaître davantage sur leur marketing, on en trouve une étude en ligne … Un mot qui fait couler beaucoup d’encre, enfin, taper sur beaucoup de touches et errer sur le web… Des définitions approximatives… Des errances étymologiques… Beaucoup de pu, finalement, pour cette enseigne!

J’ai fini par trouver une dictionnaire qui, lui, cite le mot et en donne une définition.

Comment l’ai-je découvert? Par l’intermédiaire d’un journal qui l’évoque, et choisit justement « sucrecuitier » comme un exemple de la « résurrection » de certains mots grâce à cet auteur (Sud-Ouest, 2 décembre 2012).

« Dictionnaire Gérard Boutet fait revivre les métiers et savoir-faire d’antan. Un bonheur de mots

Savez-vous ce qu’était un bousou ? Un commis de ferme chargé de curer les bestiaux. Un sucrecuitier ? Un confiseur, que l’on appelait aussi « bonbonneur ». Un javelier ? Un fabricant d’eau de javel artisanale. Un fourmilleur ? Un gagne-petit qui récoltait le couvain des fourmis en forêt. Un chaufournier ? Un ouvrier travaillant à la fabrication de la chaux. Un foinier ? Une personne qui faisait commerce de foin et de fourrage. Un tonnayre ? Un chasseur de gibier d’eau en Aquitaine.

Des noms de métiers et de tâches saisonnières de la paysannerie, de l’artisanat villageois et de la petite industrie, « La France en héritage » en regorge. C’est un « dictionnaire du savoir-faire et des façons de vivre » dans notre pays, entre 1850 et 1970, que l’on doit à Gérard Boutet. Cet Orléanais de 67 ans se définit comme « un écrivain spécialisé dans l’histoire populaire ».

« Glaneur ». Sa matière, il l’a amassée pendant plus de quinze ans, au fil de chroniques écrites dans le journal « La République du Centre ». Dans une démarche de « glaneur », comme il dit, Gérard Boutet s’est nourri de semaine en semaine d’enquêtes de terrain. « J’allais voir les petits vieux et les petites vieilles et goûtais la saveur de leurs mots. »« 

Et voici comment nous en arrivons, par un mot découvert au cours d’une promenade sur l’Ile Saint Louis, en plein Paris du XXIème siècle, à l’idée d’un bonbonneur faiseur de bon-bonheur ?

Elucubration(s)

Il est d’étranges coïncidences… Mais sont-elles réellement des « incidences »? Un lecteur de mon blog m’a fait observer qu’à propos d’ « élucubrations » j’aurais pu penser à Antoine. Antoine, vous connaissez? Pas les jeunes, sans doute… Mais celles et ceux de mon âge s’en souviennent peut-être. Un petit rappel en musique? Mieux, le voici sur scène, avec ses musiciens.. Les reconnaissez-vous? Indice : ils ont fait ensuite une carrière seuls – enfin, ensemble…

J’appréciais particulièrement les deux dernières strophes.

L’une, comme emblème de la « transgression vestimentaire », mais aussi pour le jeu de mots…

 » Si je porte des chemises à fleurs
C’est que je suis en avance de deux ou trois longueurs
Ce n’est qu’une question de saison
Les vôtres n’ont encore que des boutons »

La seconde, pour l’évocation de la bataille que menaient à l’époque les femmes, politiques ou non (Merci, Simone!), mais aussi les jeunes filles, voire les adolescentes (on ne parlait pas encore de pré-ados) dont j’étais…

« J’ai reçu une lettre de la Présidence
Me demandant: « Antoine, vous avez du bon sens
Comment faire pour enrichir le pays ? »
« Mettez la pilule en vente dans les Monoprix »

Sont-ce réellement des « élucubrations »? Moi qui utilise souvent ce terme pour désigner la traduction orale ou écrite de l’écheveau de mes pensées, je le mets en question(s)… Cette chanson, si « légère » paraît-elle, transmets les traces de l’histoire. Certes, pas dans le même esprit que celui des griots, mais quand même… Et je me souviens de la tête de mes parents quand Antoine est passé au milieu d’une émission consacrée aux élections présidentielles… Quand à « fais-toi couper les cheveux », elle fait revivre mon grand-père qui était outré de voir les Beatles avec « leurs cheveux longs »… Si on regarde les photos de l’époque, on les trouve plutôt BCBG…

Mais revenons aux coïncidences… Antoine… ça ne vous dit rien, vous qui avez, bien sûr, lu mon billet sur le spectacle d’Edouard Baer?

Mais oui, Antoine… le nom du théâtre… Au fait, me suis-je dit aussitôt, pourquoi ce nom? Alors je suis allée chercher… Voici ce que dit le site officiel :

 » Le personnage le plus mémorable demeure celui qui donna en finalité son nom au théâtre à savoir André Antoine ; il profita de ce lieu pour instaurer une véritable insurrection artistique : le Théâtre Libre. La vocation de ce mouvement proche des naturalistes demeure la liberté ; le théâtre est conçu comme un fantastique laboratoire où des auteurs délaissés trouvent désormais leur place. De plus, le jeu de l’acteur s’affranchit dorénavant de toute contrainte conventionnelle afin que la mise en scène puisse enfin atteindre son apogée. »

On en revient aux coïncidences et à ce que j’aime à nommer des « échos »… Autrefois à son emplacement se dressait… Le Théâtre des Menus Plaisirs… Voici la chronologie présentée sur le site Les Archives du Spectacle.net

Théâtre des Menus-Plaisirs (Paris) TP [1866-1881]
Comédie Parisienne (Paris) TP [1881-1882]
Théâtre des Menus-Plaisirs (Paris) TP [1882-1888]
Théâtre Libre (Paris) TP [1888-1896]
Théâtre Antoine (Paris) TP [1897…]
Résultat de recherche d'images pour "theatre des menus plaisirs"
Source : Gallica

Quant au « théâtre libre », le nom est repris maintenant par Jean-Marc Dumontet (lié au théâtre Antoine…) pour le Grand Comedia, à quelques numéros de là…

Mais revenons à nos « élucubrations »… Et bien sûr, un détour par l’étymologie… Fiat lux… Eh oui! On ne peut normalement élucubrer que la nuit. Voilà qui me va, puisque ce blog est sorti de l’écran noir de mes nuits blanches, de la page blanche de mes nuits noires… Par contre, si l’on en croit les dictionnaires, c’est un travail de qualité qui aurait dû naître, un écrit ciselé selon les idées du vieux Boileau « cent fois sur le métier… » Et là, ça coince… je n’élucubre pas. Déception. Quoique… Un autre sens du mot a progressivement vu le jour (oui, je sais, c’est mauvais!). » Production déraisonnable, extravagante. Il y avait dans sa bibliothèque un rayon réservé à la cabale, à la magie noire, aux plus bizarres élucubrations (A. Daudet, Trente ans Paris,1888, p. 71).« 

 » Production déraisonnable, extravagante. Il y avait dans sa bibliothèque un rayon réservé à la cabale, à la magie noire, aux plus bizarres élucubrations (A. Daudet, Trente ans Paris,1888, p. 71).« 

On y est ! Déraisonnable… Evidemment ! Extravagante… Plutôt divagante…

Je me suis demandé s’il existait des ouvrages comportant « élucubrations » dans leur titre… Et oui, il en est. En voici quelques exemples, trouvés sur le net.

« 

ELUCUBRATIONS - GHISLAINE CASSIAT

Observez les couvertures… Qui élucubre? Eh oui… uniquement des femmes…

Même sur le net, ce sont des femmes que je rencontre avec plaisir, sur des blogs dénommés Les élucubrations de Fleur, Du bazar sur mes rayons – Les élucubrations d’une amatrice de lettres éclectique, Lectures et élucubrations de Liliba

J’ai cherché désespérément, aucun auteur – sans e – ne semble se livrer à des élucubrations. Sauf ceci, qui semble valider l’hypothèse du manque de self efficacy (auto-efficacité), n’est-ce pas Monsieur Bandura?

Et puis, il y des auteurs (toujours sans e) de théâtre… On y revient…

Et il faut relier texte et musique pour trouver davantage d’ « élucubreurs« …

Source : HAL Archives ouvertes

Vous ne voyez pas le mot? En haut, à gauche, sous « Souvenirs de Pieu »… Observez bien… Il est… au singulier! Car oui, on peut se contenter d’une élucubration, c’est validé par le CNRTL, qui réfère à l’une des auteures qui ont enchanté mon jeune temps.

 » Je prépare une petite élucubration pas trop sotte, émaillée de citations variées, pour montrer qu’on connaît un peu son Molière; … Colette, Claudine à l’école,1900, p. 201. « 

Elucubrations sur des élucubrations…

Une scène, un acteur, un public… Rien que de très normal…
Un homme pénètre par l’arrière, se fraie un chemin entre les strapontins (le théâtre Antoine est plein ce soir-là), et s’adresse à l’acteur, depuis le premier rang…

Un décor double… superbe théâtre à l’italienne et scène de bar

Je ne vous dévoile pas l’intrigue de départ, pour vous laisser la découvrir si vous décidez de me suivre, et d’aller voir la pièce. Un morceau de bravoure d’un acteur, tel qu’on pourrait l’attendre d’un homme en fin de carrière. Mais Edouard Baer est encore dans la force de l’âge. Qu’a-t-il voulu prouver? dire? transmettre? Tout au long du spectacle, il entraîne les spectateurs et spectatrices dans un tourbillon d’émotions, sur une gamme tellement large que l’on s’y perd parfois. On peut aimer cela, mais lorsque Jean Moulin est convoqué entre deux rires, cela peut paraître abrupt, pour quelqu’un-e de ma sensibilité.

En incorrigible cartésienne, j’ai essayé de démêler les écheveaux et, ai tiré sur deux fils rouges, ou plutôt un rouge et un noir, fortement intriqués.

  • Une dissertation sur les interactions auteur-e / acteur ou actrice / personnage / spectateur ou spectatrice. Tout le début, en particulier, conduit à mener une réflexion à ce sujet, et le public est fortement pris à parti, ce qui n’est pas pour lui déplaire.
  • Une réflexion sur la mort, j’ai même envie de dire sur les morts, ou les types de mort, avec une mise en perspective historique, au travers de personnages liés aux arts ou à l’Histoire avec un grand H, le lien étant fait par l’évocation d’André Malraux.

La littérature et le cinéma dialoguent avec le théâtre, autour de la thématique du « héros ». Je laisse ici le masculin, car le texte fait peu allusion aux femmes. Je ne l’ai pas remarqué sur le moment, mais en écrivant ces lignes, je réalise qu’on parle de « héros », mais jamais des « héroïnes ». Est-ce volontaire???

Je me suis régalé à certaines « lectures ». Moins à d’autres. Mais chacun-e ses goûts… Et comme en outre une voisine passait son temps à commenter l’intérêt de tel ou tel écrivain (en particulier Gary), ce n’était pas toujours facile de suivre ces « élucubrations » qui n’en sont pas tant que cela… Mais il est vrai que j’ai retrouvé une partie de « mon » univers de jeunesse, avec Albert Camus (La Chute), Charles Bukowski, Romain Gary, Boris Vian, dont il déclame en entier le magnifique texte « Je voudrais pas crever » (en voici, si vous ne le connaissez pas, une toute autre interprétation, celle de Trintignant)

J’ai beaucoup ri, j’ai été très émue, j’ai été « transportée »…
Et, en ancienne pseudo-pédagogue, je me suis dit que, si l’on voulait faire comprendre à des élèves ce qu’est un acteur, et les aider à ne plus confondre interprète et personnage, c’est cette pièce qu’il faudrait leur montrer, tant l’on voit comment l’acteur se saisit de son personnage, entre dans le rôle, en ressort, en un dialogue parfois avec lui-même. De ce côté, une performance époustouflante par moments…

Bref, je vous laisse lire les nombreuses critiques rédigées par des auteur-e-s plus compétent-e-s que moi… mais me permettrai au préalable de vous donner, pour une fois, un conseil : allez voir ce spectacle, dont, je suis certaine, vous tirerez beaucoup de plaisir(s).

Et vous pourrez m’aider à trouver une réponse à la question que je me suis posée en écrivant ces lignes : quel est l’auteur (eh oui, encore un homme! cité par Edouard Baer, dont les écrits traduisent, selon lui, une réflexion presque en boucle, dans un enfermement que traduit à merveille le style des extraits « lus » (je suis persuadée qu’il les récite… sans vouloir le montrer… suprême ruse d’acteur!) sur scène? Si vous trouvez, merci de partager cela avec moi, je suis impatiente de le lire…

« Sempiternel »

Au cours de la pièce que j’ai vue ce soir au théâtre Antoine, Edouard Baer a prononcé un mot qui a résonné en moi… « Sempiternel »…

Aussitôt a surgi de ma mémoire un des poèmes de Verlaine qui a marqué mes jeunes années…

Ayant poussé la porte étroite qui chancelle,
Je me suis promené dans le petit jardin
Qu’éclairait doucement le soleil du matin,
Pailletant chaque fleur d’une humide étincelle. Rien n’a changé.

J’ai tout revu : l’humble tonnelle
De vigne folle avec les chaises de rotin…
Le jet d’eau fait toujours son murmure argentin
Et le vieux tremble sa plainte sempiternelle.

Les roses comme avant palpitent, comme avant
Les grands lis orgueilleux se balancent au vent.
Chaque alouette qui va et vient m’est connue.

Même, j’ai retrouvé debout la Velléda
Dont le plâtre s’écaille au bout de l’avenue,
– Grêle, parmi l’odeur fade du réséda.

J’ignore pourquoi, parmi toutes les oeuvres de l’un de mes poètes préférés, celle-ci m’a autant marquée… Par sa forme, certes si novatrice? Par la référence à la druidesse évoquée par Chateaubriand? Par la place qu’y tiennent des détails si fins de la présence de la Nature? Et par ce terme si musical, « sempiternelle »…

Par malheur, ce bel adjectif est employé le plus souvent dans notre langue actuelle pour désigner certes quelque chose qui dure, mais plutôt dans un sens négatif… Quel dommage! Ce billet est pour moi l’occasion de lui rendre sa place et sa signification… En faisant écho au Poème Saturnien, il rend hommage à la permanence d’une Nature pourtant apparemment si dynamique et si vivante et à l’immortalité des Amours même apparemment mortes ou disparues…

En allant vers le Luxembourg… la rue Champollion

Passer devant la Sorbonne ne se fait jamais sans une bonne dose de nostalgie… De même devant le Champo, qui permettait à l’étudiante que j’étais de retrouver les cinéastes d’antan. Les films à l’affiche sont toujours aussi tentants ! Et, en écrivant cet article, je viens de découvrir qu’il était classé monument historique depuis 2000… Si l’histoire des cinémas du quartier latin vous intéresse, en voici une présentation.

Vous l’avez deviné, nous allons donc quitter la rue des Ecoles pour prendre la rue Champollion. J’aime beaucoup cette petite rue, même si elle a perdu dernièrement quelques-uns des lieux pleins de charme qui la rendaient si attirante. Notamment une de ces librairies où l’on a du mal à trouver l’hôte tant il est perdu entre les rangées et piles de livres tous plus anciens et intéressants les uns que les autres. J’aimais beaucoup aller le voir et l’entendre parler de ses trésors. Hélas, comme la plupart des librairies de ce quartier, son antre aux trésors a disparu… J’ai trouvé un blog sur ce thème, Le cercle des librairies disparues

Mais il subsiste les cinémas… Après le Champo, c’est le Reflet Médicis, dont les affiches sont une invitation au voyage dans le cinéma d’art et d’essai.. Le Quartier Latin a changé d’enseigne (et de son cachet), et est devenu La Filmothèque du Quartier Latin. Mais il propose toujours des versions restaurées des films anciens, et, une fois par mois, des « leçons de cinéma », analyse par un-e expert-e d’un film après la projection de celui-ci.

Je n’ai pas cité les cinémas sis plus haut… C’est une spécificité de cette petite rue que de concentrer un si grand nombre de cinémas… Autre originalité, ses murs regorgent « d’oeuvres » éphémères, tout au moins quant à leur support. En voici un petit florilège…

En allant vers le Luxembourg… la rue des Ecoles

En ce dimanche de mai, j’ai décidé d’aller voir l’exposition sur les Nabis au Luxembourg. Me voici donc en route, cheminant par la rue des Ecoles.

Camino caminando

J’aime cette phrase qui représente pour moi la Vie, faite d’apprentissages permanents et de découvertes incessantes… Et, comme mes pas me conduisent souvent par la Rue des Ecoles, il y a une con-jonction que j’apprécie.

Je ne résiste pas au plaisir de citer quelques vers de Machado

Caminante, son tus huellas
el camino y nada más;
Caminante, no hay camino,
se hace camino al andar.
Al andar se hace el camino,
y al volver la vista atrás
se ve la senda que nunca
se ha de volver a pisar.
Caminante no hay camino
sino estelas en la mar.

Marcheur, ce sont tes traces
ce chemin, et rien de plus ;
Marcheur, il n’y a pas de chemin,
Le chemin se construit en marchant.
En marchant se construit le chemin,
Et en regardant en arrière
On voit la sente que jamais
On ne foulera à
nouveau.
Marcheur, il n’y a pas de chemin,
Seulement des sillages sur la mer.

Traduction de José Parets-LLorca (Source)

Vous pouvez voir le poème entier et entendre son interprétation musicale par Joan Manuel Serrat ici.

Ave, Bel Eminescu

Comme je le fais toujours, je salue au passage le poète roumain… Quelqu’un lui a-t-il offert des fleurs aujourd’hui? Non, il est dépouillé et toujours aussi jeune, beau et romantique…

Pe cararea-n bolti de frunze,
Apucand spre sat în vale,
Ne-om da sarutari pe cale,
Dulci ca florile ascunse.

Extrait de Floare Albastra (Source)

Bleu de Perse

Le bleu et le vert sont mes couleurs préférées… Il faudra d’ailleurs que je vous explique pourquoi je les relie toujours, et en ai trouvé écho en langue bretonne… Comme, par ailleurs, j’ai flirté avec la Perse dans mes lectures classiques, et rencontré pas mal d’artistes iranien-ne-s à Paris ces dernières années – sans compter que ma chirurgienne-dentiste est aussi Iranienne -, l’expression « Bleu de Perse » me parle triplement… Or il se trouve qu’une boutique ainsi nommée vient de s’ouvrir au numéro 38 de la rue des Ecoles, pour ma plus grande joie.

C’est le pied!

Je ne résiste pas à l’envie de vous poser l’énigme du jour… dont vous connaissez sans doute la réponse… Qui est celui ou celle dont on ne cire qu’une chaussure?

Plaisirs des mots… « Tintinnabuler »

Je ne sais pas si cela vous intéressera, lecteur, lectrice qui gaspillez votre temps à me lire, mais j’ai envie de vous faire partager aussi le bonheur que, depuis ma plus tendre enfance, me procurent les mots.

Alors je commence par celui dont j’ai fait un jeu : essayer de l’employer au maximum, pour le faire revivre. Car ce mot est quelque peu tombé en désuétude, et rares sont les fois où il est prononcé dans la vie courante. Il sonne pourtant si joliment !

« Tintinnabuler »…

Prononcez-le, et vous verrez s’embellir le moment…

« Tintinnabuler »…
Comme les glaçons dans un verre, comme les bouteilles dans un panier, comme les clochettes des animaux dans les alpages…
Evocation d’univers cristallin. De bulles légères. D’air pur et frais.

Où l’ai-je appris? entendu ou vu pour la première fois? Je l’ignore…
Il est présent en littérature, certes…

Le CNRTL cite par exemple Le Capitaine Fracasse de Théophile Gautier :

« Deux robustes chevaux de labour harnachés fort proprement, avec colliers peinturlurés et clarinés de grelots qui tintinnabulaient le plus agréablement du monde au pas ferme et régulier de ces braves bêtes (Gautier, Fracasse, 1863, p. 182). « 

Tiens, « clarinés », c’est un joli mot aussi. Et totalement oublié, celui-là, non?

Il cite également une des mes auteures fétiches, Colette :

 » L’esprit d’un jeune matelot, habitué invisible et espiègle, qui, revenant à jours fixes, s’enfermait dans l’armoire à vaisselle pour y faire tintinnabuler tasses et soucoupes (Colette, Chambre d’hôtel, 1940, p. 196) « 

On apprend qu’il existe un autre verbe, « tintinnuler », de sens voisin. Mais j’aime moins, car l’évocation de « bulle » et « buller » disparaît.

Bien sûr, Sherlock Holmette est allée en rechercher aussitôt l’étymologie… « Tintinnabulum », en latin, désignait un ensemble de clochettes, qui donc produisait ce type de sonorités. En cherchant une image libre de droit d’un tel objet (je n’en ai pas en réserve!), je suis tombée sur celle-ci… Que le lecteur/la lectrice prude me pardonne…

Tintinnabulum ithyphallique
British Museum

Faites vous-même une recherche sur des images à partir du mot, et vous verrez que ce n’est pas le seul cas où l’objet évoque autre chose que ce que j’en disais plus haut! Mais on en trouve de plus convenables, par exemple au Pérou.

Image extraite d’un article relatant un débat scientifique, en 1888, sur le tintinnabulum

Utilisation religieuse ou pas… Voilà qui a fait couler beaucoup d’encre. Et ce dont, franchement, on se moque un peu quand on utiliser le verbe français.
Mais je n’ai toujours pas l’étymologie, à ce stade de l’enquête… Mes recherches m’entraînent sur des chemins de traverse, tel ce chapitre de livre, en accès libre, dont la présentation vaut le détour, à propos du Tintinnabulum Naturae

Un livre à découvrir… (Photo du blog Les Livres de Philosophie)

Je me suis promis de trouver l’ouvrage et vous en rendrai compte, si vous le voulez. J’aime bien la référence de l’auteur « Un solitaire de Champagne »… On revient aux bulles!
Quant à l’étymologie… facile, en lien avec deux verbes qui n’ont d’autre signification que de renvoyer… aux sons… On tourne en boucle!

A propos de sons… Le verbe « tintinarre » a inspiré une chanson bien loin du tintinnabulement! Comment en est-on arrivé à un tel hiatus? En passant par une phrase du fondateur de Playboy, Hugh M. Helfer : « Si non oscillas, noli tintinarre » (les latinistes et amateurs d’italien remarquent la double erreur d’orthographe, n seul et r redoublé), gravée sur une plaque, peinte sur une verrière… Mais c’est une autre histoire…

Oublions tout cela, revenons à l’essentiel et prononçons ce mot : « tintinnabuller »… aussi bien que Graeme Allwright

Un air frais, un cristal pur, un entrechoquement de choses légères…

Le Tour du Monde en 80 jours

Une étrange idée pour un dimanche ensoleillé !

Jamais je n’aurais pensé aller voir cette pièce, tant le titre évoque pour moi de longues heures face à des élèves qui ne comprenaient pas plus que moi pourquoi elles et ils étaient obligés de disséquer un livre considéré par ces ados comme poussiéreux… rares étaient ceux et celles qui aimaient Jules Verne, et il fallait toute la mise en scène de l’enseignante – actrice pour leur faire apprécier l’ouvrage… ou tout au moins quelques extraits… Aussi étais-je dans l’expectative en rejoignant l’ami qui m’y avait poussée… puis en constatant qu’une grande partie du public était constituée de familles « nombreuses » – les parents avaient-ils donc une progéniture si abondante ou certains s’étaient-ils sacrifiés pour emmener les enfants des autres avec les leurs, assurant ainsi aux autres une marge de liberté pour se retrouver en couple?

Un lieu étrange…

Le théâtre de la Tour Eiffel – que je ne vous situerai pas, vous trouverez si vous êtes perspicace ! – n’existe que depuis peu. Il a pris la place du théâtre Adyar, dont vous trouverez le faire-part de décès sur Facebook en date du 13 décembre 2016.

Pourquoi « étrange »? Par sa situation, dans l’immeuble qui abrite le siège français de la Société Théosophique. Vous ne connaissez pas? Mais si… Et si la mémoire ne vous revient pas, voici la présentation qui en est faite sur son site 6 – je cite:

 » La Société Théosophique est un groupement non sectaire dont les buts sont:
 1)      Former un noyau de la Fraternité Universelle de l’Humanité sans distinction de race, credo, sexe, caste ou couleur ;
2)      Encourager l’étude comparée des religions, des Philosophies et des Sciences ;
3)      Etudier les lois inexpliquées de la Nature et les pouvoirs latents dans l’homme.
La Théosophie est la Sagesse qui soustend toutes les religions, au-delà de leurs dogmes et superstitions.
Sa devise : IL N’Y A PAS DE RELIGION SUPERIEURE A LA VERITE »

Les éditions Adyar étaient aussi hébergées à cet endroit… Normal, puisque leur objet est de – je cite encore – « faire connaître l’enseignement théosophique ».

Bien, vous avez maintenant compris l’origine de l’ancien nom de ce théâtre… Il est temps d’en venir au présent, non sans avoir admiré la façade « art nouveau » de cet imposant immeuble sis au numéro 4 dans le square Rapp. Clin d’oeil de l’histoire, soit dit en passant, car le Général Rapp s’était d’abord orienté vers des études théologiques pour devenir pasteur!

4 Square Rapp
Paris 7ème

Et, si vous allez square Rapp, n’oubliez pas de regarder aussi le plus discret numéro 3, un immeuble de l’architecte Lavirotte, dont je reparlerai un peu plus loin…

Une pièce délirante

Comme je le disais, je ne savais pas du tout à quoi m’attendre… et je ne me serais de toute façon pas attendue à ce que j’ai vu.

Le site annonçait certes ceci :
« Le tour du monde en 80 jours, c’est une comédie en 80 fous rires.
C’est le mariage fou entre OSS117 et les Monty Python. 
C’est la traversée délirante des 4 continents et de tous les océans du monde.
Ce sont 5 acteurs complètement cinglés. 
C’est le premier spectacle flashé à 210 sur l’autoroute.
 »

Et j’avais du mal à y croire… Eh bien, pour une fois, la publicité n’a pas trop menti… Spectacle délirant, acteurs engagés dans des dialogues fous qui renvoient au texte initial tout en se faisant l’écho de l’actualité, morceaux de bravoure dont on ne sait jusqu’à quel point ils sont improvisés, mise en jeu des spectateurs… Et des inventions intéressantes dans la mise en scène elle-même. Bref, un excellent moment…

Dommage pour vous, il n’est plus à l’affiche de ce lieu depuis fin avril.

Mais la Compagnie Sébastien Azzopardi le joue au théâtre des Mathurins à partir du 16 mai, d’après mes informations… Et vous pourrez toujours aller voir le Square Rapp et ses environs, dont un autre article traitera.


Instantanés

J’aime à saisir l’instant… Il peut être drôle, émouvant, saisissant… C’est pourquoi j’ai décidé d’appeler ainsi une des rubriques de ce blog, afin de pouvoir partager ces « instants » saisis avec mon Iphone. L’éphémère pérennisé… le personnel diffusé…

Une rubrique-à-brac moins élaborée que celle qui a réjoui mes trajets d’étudiante…

Cela fait longtemps que je « fige » le fugace… Et peut-être un jour en ferai-je quelque chose… Mais construire… A quoi bon? Pour l’instant, je choisis de les faire simplement « figurer » en fonction des rencontres. La question qui se pose est dès lors « texte ou no comment? ». Au fait, pourquoi vouloir établir une règle? Foutu esprit cartésien et perfectionnisme idiot cultivé par toute une éducation et des années d’études sorbonnardes… Laissons-nous aller au gré de l’envie…

Pour commencer, quelques petites séries de photos prises ces derniers temps. Et, pour une fois, une forme de classement ?E

Bars et cafés

Bar poli
Le Bistrot Saint André Mers-les-Bains
Un peu de philo…
Le Loco Loco
Villefranche-sur-Mer

La vie des Autres

« Mais non, je ne te traite pas de haut! »
Tant pis pour Christina Cordula !

J’aime à « saisir » les personnes…

Non pour me moquer d’elles, mais parce que je me questionne en permanence sur leur vie, leurs pensées, leurs choix…