Huellas

Sans préméditation aucune, me voici au Théâtre du Rond-Point, en cette soirée de janvier qui s’annonçait terne jusqu’à ce qu’une invitation me parvienne, au tout dernier moment… Je ne sais pas ce que je vais voir, mais je m’y précipite, grâce à un bus qui ne marque que la moitié des arrêts, et une petite marche qui me mène du Pont des Invalides jusqu’à ce théâtre, l’un de mes préférés à Paris… Je découvre, en surfant sur mon Iphone, que le titre est « Huellas »… et, toujours sur le net, que cela signifie « empreintes », « traces »… Le site du théâtre annonce un spectacle hybride, danse et cirque. Pas fana du cirque, je suis un peu inquiète, mais j’y vais…

L’architecture des lieux me plaît toujours autant, et la gentillesse du personnel n’a pas diminué : pas de cocktails à la carte? Pas grave, on me fait le Moscow Mule que je demande, rien que pour moi!

Mais vous ne lisez pas cet article pour que je vous parle de mes goûts… Alors, venons-en au spectacle. Dé-coif-fant! Etonnant! Impressionnant! Je ne trouve pas le mot qui pourrait le mieux le qualifier. Danse, acrobatie, mais aussi musique et chant emportent la spectatrice que je suis dans un véritable tourbillon entrecoupé de silence et d’obscurité. Ce sont aussi eux qui règnent au début. Le public reste coi, plongé dans le noir et, au départ, le silence. Assez long. Soudain rompu par une voix… puis un tambour… Et cela dure pour mon plus grand bonheur. La curiosité s’exacerbe. Un flash… On découvre un corps allongé. Un deuxième. Le corps est comme en suspension. Un troisième. Des sursauts… Le chant s’amplifie, le rythme du tambour s’accélère… Et l’on assiste à des tentatives d’un homme préhistorique, qui essaie de se dresser sur ses deux membres postérieurs…

La suite, je ne vous la raconterai pas, pour ne pas déflorer le thème du spectacle, qui se révèle progressivement, dans une succession de tableaux tous plus saisissants les uns que les autres, avec des rythmes et des figures dont la diversité témoigne de la virtuosité du chorégraphe et des danseurs, mais aussi du musicien et de la chanteuse-musicienne.

Vous l’aurez compris, j’ai beaucoup aimé à la fois la musique et la danse, sur une thématique qui nous questionne au plus profond… A voir donc absolument!

Joies de la nature

Au-delà du canotage et de la voile, la nature offre d’autres plaisirs à Gustave, qui aime notamment jardiner. Avec passion et avec soin. Car ce perfectionniste ne fait rien sans rigueur… Dans l’exposition, davantage tournée vers la vie urbaine comme vous le découvrirez par la suite, peu de tableaux représentant cette nature, domestiquée ou non. Mais on découvre d’une part le peintre qui aime à représenter des promeneurs, solitaires ou non, et d’autre part le jardinier prenant soin de ses plantations.

Cela commence dès la maison de Yerres, que voici représentée avec des soldats, donc à l’époque où Martial Caillebotte père était encore en activité. Et cela se poursuit à l’autre extrêmité de l’Ile de France, sur les bords de Seine, à Gennevilliers où on le voit travailler dans le jardin et la serre y attenant, ou se promener avec ses amis humains et canins.

Les paysages sont toujours peuplés de promeneurs/euses, quand ce n’est pas de pêcheurs…

Et d’aucuns font la sieste, tandis que d’autres soignent les rosiers ou s’adonnent à des cultures bien ordonnées…

Voiles sur Seine

Nous avons évoqué hier la passion de Caillebotte pour les canots (et canotiers!). Aujourd’hui nous le retrouvons en bord de Seine (et de mer), mais s’intéressant à un autre type d’embarcations, les voiliers. Il a en effet été parmi les premiers membres du Cercle de la Voile, fondé à Argenteuil en 1858. Si l’histoire de ce cercle vous intéresse, vous la trouverez ici.

Comme il l’avait fait pour des canots, il se passionna pour la construction de voiliers, tels que l’Iris (au premier plan sur la photo ci-dessous), Inès et le Roastbeef.

Voici ce qu’en disait un des commentaires d’une exposition précédente, intitulée « Dans l’intimité des frères Caillebotte » :

« À la fin des années 1870, les frères Caillebotte se lancent dans le yachting, passion qu’ils partageront jusqu’à la mort de Gustave en 1894. Vice-président du Cercle de la voile de Paris dès 1880, Gustave participe avec Martial aux régates d’Argenteuil. Sur des voiliers comme Inès ou Condor, ils s’illustrent en obtenant souvent les premiers prix (Régates à Argenteuil, Bateaux à Argenteuil). Leur propriété du Petit Gennevilliers, située en bord de Seine, devient par ailleurs le siège des activités du Cercle de la voile de Paris (La Berge du Petit Gennevilliers et la Seine).

Qualifié par le journal Le Yacht d’ « amateur d’Argenteuil de grande compétence » en 1881, Gustave Caillebotte commence à concevoir lui-même les plans de ses bateaux (Gustave Caillebotte travaillant à un plan de bateau). Le plus célèbre d’entre eux est le Roastbeef que Martial photographie en chantier (Le Roastbeef à sa sortie du chantier) avant ses brillants débuts sur le bassin d’Argenteuil en 1892. De la conception à la navigation, les frères Caillebotte suivent attentivement le parcours technique de leurs voiliers »

Et il arrive que l’on navigue et régate en mer, comme ici en Normandie…

L’architecte, le navigateur et l’administrateur du Cercle de Voile n’oublie pas pour autant qu’il est peintre. La série « voiliers » de l’exposition m’a séduite.

Contrairement aux tableaux consacrés aux canots, on ne distingue pas bien les corps ni les têtes des navigateurs, qui restent dans un flou subtil…

… à une exception près…

Peindre les hommes… Sur l’eau, les canotiers

A l’époque de Caillebotte (mais pas seulement!), les artistes ont beaucoup créé autour des femmes, voire de La Femme. Aussi est-ce assez inhabituel de trouver une collection de tableaux en hommage à la beauté des hommes, voire, parfois, à la virilité. C’est pourtant l’impression la plus puissante que j’ai eue en visitant cette semaine l’exposition organisée par le Musée d’Orsay. A vrai dire, en plaçant l’affiche en tête de cet article, je me suis aperçue que j’avais mal interprété le sous-titre « Peindre les hommes », en raison de la stupidité de notre langue – par ailleurs si belle – qui confond en un seul mot le genre humain et l’homme en tant que catégorie sexuée et/ou de genre…

Impossible de prendre des places sur le net, qui annonce « complet » jusqu’à la fin. Heureusement, la Carte Blanche permet d’entrer, et, qui plus est, d’entrer avant les autres, dès 9 heures du matin. D’où une stratégie qui me conduit désormais à entrer tôt, et commencer… par la fin. Cela permet de voir des salles désertes, et d’apprécier au mieux les oeuvres. Je l’avais déjà fait pour l’expo Van Gogh… J’ai recommencé. Et je dois dire que voir les trois dernières salles dans ces conditions fut un vrai bonheur. D’autant qu’elles sont consacrées aux bateaux et aux jardins… Je me promenais avec le peintre, et admirais la nature, l’eau, les voiles… et les « hommes », avec une béatitude extrême! Les teintes claires, vert, bleu et blanc, de ces salles les « aèrent » et l’on imagine le souffle de la brise et le bruissement des feuillages. C’est donc par ces salles, les dernières en réalité, que je vais vous introduire dans cette belle exposition.

Laissons-nous donc glisser sur l’onde…

Entendez-vous le rythme des pagaies fendant l’eau?

C’est l’occasion de saisir le mouvement, de mettre en évidence la force musculaire et la puissance des mains…

A cette époque de sa vie, il résidait à Gennevilliers, et sa maison bénéficiait d’un ponton.

Passionné par les canots, il en concevait lui-même, comme on peut le voir en visitant une autre de ses demeures, à Yerres, ou sur cette photo.

Le Musée d’Orsay consacre, lui, une vitrine à son activité au sein d’un Club. Mais comme il s’agit de voile, je vous en parlerai dans un prochain article…

Grand Tour

Un film presque totalement en noir et blanc. Une plus grande proportion de narration en voix off que de dialogues. Et surtout une ribambelle d’anachronismes délibérés. Voilà ce qui me vient à l’esprit au sujet du film Grand Tour, de Gomes.

Peut-être aussi l’exploitation des stéréotypes : les « Caucasien-ne-s » sont expansifs, incarnés par des acteurs/trices qui surjouent, alors que les « Asiatiques » ont le verbe rare et restent de marbre en toute situation.

Ou encore une accumulation de saynètes qui pourraient sortir d’un guide touristique sur les pays visités et leurs spectacles étonnants : ombres chinoises, marionnettes, sports de combat, combats de coqs, musique difficile à faire accepter à nos oreilles policées par le classique ou le jazz, danses subtiles…

Mais surtout la beauté des images, des paysages, les choix de cadrage qui tour à tour plongent le spectateur / la spectatrice dans des villes bruyantes, tourbillonnantes, virevoltantes, ou dans des vallées montagneuses impressionnantes de sérénité et de silence uniquement troublé par le froissement d’ailes d’oiseaux ou le grignotage des pandas.

Si j’ai éprouvé quelques difficultés à « entrer » dans l’histoire, tant le scénario est rocambolesque, je me suis laissé porter par la suite, jusqu’aux trois quarts du film. J’ai moins apprécié la fin, beaucoup trop mélodramatique à mon goût.
Car, dans ce film, on oscille en permanence entre rires et larmes, et la « guimauve » n’est jamais loin. Un art certain de funambule pour le réalisateur… trahi à la fin par une précipitation pour clore le tout. Dommage!

Néanmoins une oeuvre « rare », qui fait oublier, le temps de la séance, le monde ambiant pour nous plonger dans nos rêves et nos fantasmes, au sein d’un univers souvent poétique. A voir, donc, pour se forger sa propre idée…

En fanfare

Le titre du film m’avait intriguée, et les bribes d’informations que j’avais m’ont alléchée… Me voici donc dans une salle sombre, prête à découvrir ce que j’espérais un hymne à la fraternité et à la musique.
De ce côté, je n’ai pas été déçue. Je ne vous raconterai pas l’histoire, car cela déflorerait le sujet, au cas où vous viendrait aussi l’idée d’aller le voir…

Côté « fraternel », les bons sentiments, toujours proches des rejets, ne manquent pas. Et les deux acteurs sont si opposés et jouent si bien que ça « passe », sans trop virer à la guimauve.

Côté « musique », pas de doute, « ça baigne »! On passe de l’univers classique au jazz, via la chanson française, y compris Sardou… Le Boléro venant réconcilier tout le monde à la fin. Les amateurs de classique comme ceux de jazz seront ravis, et les fans de Sardou pas moins. On ne peut pas faire plus « consensuel »! Un peu trop, peut-être, sussurre en moi un diablotin…

Toujours côté « musique », si vous n’appréhendez pas bien en quoi consiste la conduite d’un orchestre, c’est un bon tutoriel. Vous finissez pas comprendre beaucoup de choses, y compris que diriger un orchestre symphonique de haut niveau n’est pas si différent que mener une fanfare d’amateurs/trices plutôt fantaisistes, voire fantasques.

Alors, me direz-vous, qu’est-ce qui fait qu’on vous sent « retenue »?

Les stéréotypes concernant le pays minier. Pourtant, j’avais été la première à m’extasier devant « Bienvenue chez les ch’tis ». Mais Dany Boon connaît et aime son pays, et s’est joué des stéréotypes avec brio. Ici, ce n’est pas le cas. Parfois même je me suis sentie gênée. Pourquoi? Difficile à expliciter!

Trop d’emphase autour de la solidarité des ouvriers/ères et des mineurs?

Trop de gentillesse chez dans les portraits de femmes dégoulinant de courage, d’amour et de bons sentiments?

Trop de caricature dans les décors, notamment la maison en briques des quartiers populaires? Sans compter l’incontournable canal…

Et le côté invraisemblable, notamment de la fin, qui fait plus « conte de fées » que film réaliste. Ce qui m’amène à la troisième raison : un « mélange des genres » pour moi assez difficile à accepter. Mais ce ne sont que mes impressions, et je vous conseille de vous faire votre propre opinion, en allant voir ce film. Car il est un bon dérivatif à la grisaille et la froideur (dans tous les sens du terme) ambiantes…

Une alternative : aller à Walincourt?

La simple vue de cette carte suffit à comprendre que l’on n’est pas en pays minier: celui-ci est situé beaucoup plus au nord! et encore moins près de la mer!

Mais pour ce qui est de la musique, vous ne serez pas déçu-e si vous y allez ce week-end…

Naviguons-nous parmi les Fous?

Mes fidèles lecteurs l’ont constaté : ce blog se fait rare, et, après un long silence depuis l’été, sa reprise a été interrompue par un nouveau mutisme… que je romps aujourd’hui, car l’un de vous s’est manifesté pour me parler de son intérêt envers les derniers articles. Cela me donne le courage de reprendre… Et donc de vous proposer ce qui sera le quatrième article sur cette exposition, qui se poursuivait sur les « fous » d’hier et d’aujourd’hui, en se terminant par un tableau dont j’ai eu bien du mal à reconnaître l’auteur… ce sera l’énigme du jour…

Mais revenons au sujet du jour : le Fou du Roi…

Les joueurs/euses d’échec, parmi vous, le savent bien : le fou est situé près du roi, comme la reine. C’est dire la place qu’il occupait dans une cour royale… Imaginez-vous à la place des nobles et monarques au Moyen-Age. C’est l’hiver, il fait froid, on ne chasse plus, on est enfermé dans des châteaux tous plus sinistres les uns que les autres malgré les cheminées et les tentures… On a beau festoyer et lutiner parfois, convoquer des musiciens, trouvères et troubadours pour se distraire, on s’ennuie quand même parfois. Alors, avoir un « boute-en-train » à demeure, pourquoi pas? L’idée fait son chemin, et ces « fous » qui étaient jusque là dehors, et pour lesquels existaient une fête et des élections (comme celle de Quasimodo), commencent à pénétrer et à s’installer dans les demeures royales. Leur rôle va évoluer au cours du temps, et ils deviendront parfois des « Sages » déguisés en « Bouffons »…

L’exposition ne pouvait pas les ignorer, et elle leur fait une large place, dans deux salles qui leur sont consacrées. Une autre salle m’a intéressée. Elle est consacrée au Carnaval de Nüremberg. Et l’on y retrouve la Nef des Fous, dans une version… sur roue… Une thématique que l’on retrouve régulièrement dans le défilé, comme vous pourrez le constater à partir des images suivantes, accompagnées des années concernées…

Excusez la mauvaise qualité des photos, mais je voulais vous montrer les variations d’un char sur un même thème! A quoi fait-il référence? A un théologien de cette époque, dont les écrits sont quelque peu tombés dans l’oubli, mais pas ceux qu’il a fait publier, comme le De Revolutionolibus orbium de Nicolas Copernic, en 1543.

Andreas Osiander (1498-1552) a été un acteur important de la Réforme, notamment pour la ville de Nüremberg. Une anecdote en passant : comme il était devenu ami avec Thomas Crammer, c’est sa nièce qu’a épousé celui-ci, dont le nom ne vous dit peut-être rien? Mais si je vous dis « Archevêque de Canterbury », cela vous parle davantage?

L’autre personnage représenté sur ces chars carnavalesques n’est autre que l’auteur de la Nef des Fous, Sébastien Brant. Si vous n’avez pas lu cet ouvrage, précipitez-vous! Il n’est absolument pas démodé, malgré ses 530 ans…

Et la satire des travers des Humains est irrévérencieuse au possible! Vous pourrez en entendre un extrait, si vous vous rendez au Louvre, ainsi qu’un autre texte enregistré, l’Eloge de la Folie, d’Erasme.

Ce qui me conduit tout naturellement à l’un de mes peintres préférés, Jérôme Bosch, qui ne pouvait pas ne pas être présent dans une telle exposition (oh la belle litote! rires…)

Il est temps maintenant de quitter l’Univers des Fous… ou d’y revenir? Auparavant, un petit florilège de représentations de « Fous » qui m’ont frappée, amusée, intéressée, et que je souhaite partager avec vous.

Et je ne voudrais pas terminer sans un clin d’oeil pour « boucler » avec la cornemuse…

Fou d’Amour ou Amour fou?

Dans ce troisième épisode concernant l’exposition du Louvre, nous allons parler d’amour. Enfin, continuer à parler, car nous avons déjà rencontré l’amour de Dieu avec Saint François d’Assises, le désir amoureux avec Aristote… Nous en arrivons maintenant à l’érotisme, limite pornographie. Cela commence avec des satires de l’amour courtois. Le fou s’interpose entre les représentants des deux sexes… Mais il symbolise avant tout le plaisir physique, du désir à l’orgasme.

On en arrive ainsi à la gravure qui suit, où le fou se cache dans l’angle droit, tandis qu’une fontaine représente le Manneken-Pis de l’époque.

C’est ainsi qu’on le voit passer, cornemuse au dos, devant la porte où des couples font ripaille… voire plus…

Habituellement, ce sont les sirènes qui attirent par leur chant… Ici, c’est le fou qui attire par sa musique…

Et je ne commenterai pas les images qui suivent!

Une expo de ouf (2 bis)

Je vous avais promis de vous donner la solution… La voici donc : il s’agit d’un philosophe de l’Antiquité Grecque, que d’aucun-e-s (comme moi) avaient tendance à considérer comme un « Sage »… Aristote! Eh oui… Alors, comment se fait-il qu’on le trouve représenté en si fâcheuse posture?
A l’origine, de violents débats autour de la philosophie, dans la Sorbonne médiévale (mais pas seulement!). Il a été victime des controverses entre l’Eglise et la Science. Dans un tel cas, les partis cherchent à nuire aux personnes qui leur sont opposées. De nos jours, c’est plutôt aux vivant-e-s. Mais à cette époque, aucun problème pour attaquer les mort-e-s, donc Aristote.

Qu’avait-il donc fait qui lui a valu un tel traitement artistique? Tout simplement d’avoir été amoureux de la maîtresse d’Alexandre le Grand, Phyllis. Les trouvères ou troubadours se saisirent de l’histoire, et ainsi naquit le Lai d’Aristote.

Moi qui faillit devenir médiéviste et qui suis fan des Lais de Marie de France, je dois bien avouer que je ne connaissais pas ce lai. Je ne résiste donc pas à l’envie de vous le livrer tout entier, ce qui vous permettra de méditer cette nuit…

Aristote, qui avait pour élève Alexandre le Grand (356-323 av. J.-C.), reprochait à ce dernier de se laisser déconcentrer de ses royales fonctions par la courtisane Phyllis dont il était éperdument amoureux. Obéissant, le brave roi de Macédoine cesse donc de fréquenter la donzelle et s’en retourne traiter les affaires de l’État. Apprenant les raisons de son abandon, la gourgandine décide de se venger du vieux philosophe et tente de le séduire en se pavanant sous ses fenêtres en tenue légère. Notre Stagirite tombe sous le charme ! Phyllis annonce alors au sage que s’il veut la posséder, il devra d’abord se livrer à un petit caprice et, sellé et bridé, se laisser chevaucher par la belle. L’éminent barbu accepte ce jeu sans se douter du tour qu’on est en train de lui jouer. En selle et hue ! voilà Phyllis qui se promène à dos d’Aristote dans les jardins du roi, le fouettant pour le faire avancer. Alexandre du sommet de sa tour, assiste à cette scène accablante. Amusé, il reproche tout de même à son maître de n’avoir point de raison et d’avoir cédé au jeu de la tentation. Le philosophe est bien contraint d’admettre qu’il n’a su résister à son désir, mais profite de la situation pour donner la leçon à son pupille : si même le sage succombe, que de précautions doit prendre le jeune et fougueux Alexandre pour ne pas se laisser prendre aux pièges de la séduction. Comme le dit Aristote : «Veritez est, et ge le di, / Qu’amor vaint tout et tout vaincra / Tant com cis siecles durera » (Lai d’Aristote version de M. Delbouille, v. 577-579).

Au fait, nouvelle énigme : qu’est-ce donc qu’un Stagirite?

Une expo de ouf (2)

Je vous avais promis une suite à la narration relative à l’expo sur le Fou… Je tiens donc parole, en vous présentant une autre découverte surprenante. En entrant dans la troisième salle, je me suis demandé si ce n’était pas une expo sur le Genre… ou sur les Domina… Jugez-en plutôt…

Ce n’est qu’en lisant les explications, puis en me référant à la littérature médiévale que j’ai compris… Mais ne croyez pas que je vais vous dire de quoi ou de qui il s’agit! A vous de deviner… Si vous trouvez, placez un commentaire. Sinon, réponse demain!