Sur les traces du passé

Jeune maman, j’ai habité dans le XVIIème arrondissement de Paris. Le plus proche parc était loin, mais cela ne me faisait pas peur. J’emmenais donc, quand mes études le permettaient, mon « bébé en poussette » au Parc Monceaux. Depuis, je suis souvent passée devant ce parc, mais n’y était jamais retournée. Aussi la visite au Musée Cernuschi fut-elle l’occasion de le revoir. A vrai dire, je ne me le remémorais pas du tout tel qu’il est : je le voyais plus vaste, plus « sauvage », moins cerné d’immeubles. Mais il offre cependant quelques sources de belles surprises, et surtout d’étonnement.

Ainsi, par exemple, j’ignorais cet épisode de l’histoire de l’aéronautique.

C’est bien un parachute que vous voyez sur la plaque. Pourquoi? Tout simplement parce que c’est ici qu’atterrit le 22 octobre 1797 le premier parachute. Je me suis demandé (et vous aussi, peut-être?) comment on pouvait faire du parachute alors qu’il n’y avait pas d’avion… et pourquoi? Réponse 1 : en sautant d’une montgolfière. Réponse 2 : pour permettre aux habitant-e-s d’un immeuble en feu de sauter en sécurité. Il paraît que, ce jour-là, il y avait foule au Parc Monceau, pour voir s’écraser le téméraire. Mais Jacques André Garnerin s’en sortit indemne, ou presque : une entorse.

« Il monte à 700 mètres d’altitude à bord d’une montgolfière puis fait exploser le ballon. La corbeille à l’intérieur de laquelle il se tient descend alors, simplement accrochée à une voilure.L’aérostatier arrive au sol sain et presque sauf, avec une entorse à la cheville. »

Mais la suite de l’histoire est étonnante…

« En 1799, c’est au tour de sa femme de tenter et réussir l’exploit ! Le 11 octobre 1802, elle dépose le brevet du parachute au nom de son mari, après que celui-ci a amélioré la stabilité de son engin. » (source)

Puisque j’en suis à vous parler d’histoire, un peu de toponymie? Je me suis demandé qui était « Monceau » ou ce qu’était « Monceau ». Or ce nom serait en réalité une déformation de « Mousseaux », nom du village sur lequel il a été créé (source). Mais comme il est situé face à la ville de Batignolles-Monceaux, il en aurait pris le nom. Attention cependant, je ne connais pas le sérieux de la source. Mais allez lire ce passage, à défaut de l’ouvrage, il en vaut la peine. Merci, Gallica!

La nature est très en avance encore cette année, et les fleurs sont déjà bien épanouies en cette mi-février. Malheureusement, le soleil n’est pas là pour sublimer les couleurs…

J’ai tenté de photographier une curiosité : un tronc tordu comme un linge qu’on essore. Pas très réussi, mais je vous le montre quand même.

Guère mieux réussie, mais j’aime cet arbre, un saule pleureur fait figure de statue.

Je ne dirais pas que ce parc est magnifique. Mais il est étonnant à plus d’un point de vue. D’abord parce qu’il est littéralement prisonnier, encerclé par des immeubles. Pas un point de vue sans l’un d’eux. Certes, leur architecture est parfois belle…

L’un d’entre eux m’a interpellée. Je pensais à un édifice ultra-moderne. mais en y regardant de plus près, ce sont des travaux qui sont en cours, bien dissimulés derrière des panneaux d’une blancheur éclatante.

A l’intérieur, un seul bâtiment, une rotonde.

Elle faisait partie du Mur des Fermiers Généraux, datant d’un peu avant la Révolution. C’est l’une des 7 enceintes successives de Paris, aujourd’hui élargi en particulier par les « Bois » (surface plus claire ci-dessous).

Long de 24 kilomètres, ce mur fut détruit en 1860. Sans regret pour les Parisien-ne-s, à qui il évoquait surtout l’impôt fort décrié, sur les marchandises entrant dans la ville : « Le mur murant Paris rend Paris murmurant. »

Une autre construction étonne dans ce parc (je vous passe la pyramide et autres ornements…), mais, cette fois, l’effet est assez réussi. Oubliez l’horrible immeuble derrière, et concentrez-vous sur le bas de la photo.

La colonnade fait un peu « déplacée ». Normal : elle le fut. Elle provient de la Basilique Saint Denis, où Catherine de Médicis avait imaginé la Rotonde des Valois pour honorer son époux.

Le bassin qu’elle borde porte un nom surprenant : la Naumachie. Traduction pour les non-héllénistes : bataille navale (pas le jeu, la guerre). Pourquoi? Mystère…

Puisqu’on en est aux « mystères », en voici un autre : que fait ici cette étrange composition? une fermette en bois, et des animaux faits de bric et de broc. Et une échelle bizarre, comme vous allez le constater.

Mais ce qui m’a le plus choquée, c’est la représentation de la Femme dans la statuaire du Parc. Littéralement toujours aux pieds de l’Homme. Alanguie, admirative ou séduite, mais toujours à Ses pieds. Je vous laisse en juger par vous-même (la photo 2 n’est pas de moi) : dans l’ordre, Edouard Pailleron, Guy de Maupassant, et, le comble, Chopin. Et Gounod a même droit à trois femmes (vous me direz : les Muses?) !

Une journée de rencontres. Episode 3 : le Musée Cernuschi

Je vous ai déjà narré l’exposition et la démonstration vues dans ce musée. Je ne vous en dirai pas beaucoup plus, mais ne voulais pas le « quitter » sans avoir parlé du peu de collections permanentes que j’y ai vue, et qui m’ont donné envie de le découvrir davantage lorsque les travaux seront finis. En effet, ne sont ouvertes actuellement que les salles consacrées à l’Antiquité. Heureusement, les couloirs et escaliers offrent des espaces où l’on peut admirer de belles pièces. Mais faisons d’abord connaissance avec l’Hôte de ces lieux. Il y a deux ans, l’on pouvait fêter le deux centième anniversaire de la naissance, à Milan, d’Enrico Cernuschi.

S’étant souvent révolté contre les politiques de l’époque, il en vint à voyager de par le monde, et réunit une collection énorme d’objets, notamment du Japon et de Chine. Pour les abriter, il se fit construire la vaste demeure qui est devenue Musée, par suite du don qu’il en fit à la Ville de Paris, à la seule condition que ce Musée portât son nom francisé lorsqu’il fut naturalisé Français après la guerre de 70.

Les récits de l’époque montrent que sa demeure était déjà une sorte de musée, dans lequel étaient donnés les bals costumés qu’adorait le banquier.

Joli brûle-parfum, n’est-ce pas? Mais pas aisé à placer chez soi!

La verrière centrale est de toute beauté, véritable puits de lumière. J’ai tenté de la photographier…

La vitrine au fond comporte une collection de théières et de pots à eau chaude.


Comme je le disais, beaucoup de pièces sont fermées. Mais on peut avoir une idée de la mise en scène dès la première (section Antiquité).

Superbes poteries, donc. Et j’ai aussi admiré de nombreux objets datant d’un millier d’années avant JC. Parmi ceux-ci, je vous laisse deviner ce qu’est celui-ci. Je vous donnerai la réponse dans un prochain article, sauf si l’un-e d’entre vous la donne par commentaire, ce qui serait pour moi une très agréable surprise…

Une belle surprise, j’en eus une : ce fut une des rencontres que je vous avais annoncées en début de semaine. Dans la queue morose qui attendait pour entrer voir la démonstration de calligraphie, il y avait trois femmes dont l’attitude tranchait. Elles bavardaient gaiement, prenant visiblement cette longue attente de manière positive. Durant la démonstration, l’une d’entre elles engagea la conversation, durant les pauses. Ses réparties étaient justes, drôles, et elle irradiait la Vie. Nous nous dîmes « au revoir » à la fin. Mais, une fois sortie, je les retrouvai devant le Musée, et nous engageâmes la conversation. Elles se demandaient notamment où trouver le papier hanji, et je leur parlai de mes magasins de fourniture beaux-arts, Sennelier et… impossible alors de retrouver le nom du second (Adam, pourtant, j’aurais pu m’en souvenir!). Je leur promis de le leur envoyer (ce que je fis, après avoir vérifié qu’il en avait bien, notamment au magasin de Montmartre). C’est ainsi que furent échangées nos coordonnées et que s’initia une relation dont j’espère qu’elle va durer. En particulier parce que deux d’entre elles font du théâtre amateur, et que j’aimerais les voir jouer. Depuis, j’ai appris qu’elles partaient faire un trek au Maroc, pays où j’ai longtemps vécu, et j’ai hâte d’avoir leur récit… Une très belle rencontre de personnes aussi assoiffées de découverte et de partage que moi!

La rencontre du Geste et de l’Esprit (2)

Je vous ai déjà présenté Young-sé Lee, et ne vais donc pas recommencer. Par contre, je ne vous ai pas encore parlé de la « démonstration » qu’il fit de son art, en ce samedi 18 février 2023. Vous avez pu lire hier quelques explications concernant la calligraphie, à partir d’une vidéo sur un autre peintre célèbre. Tout cela, j’ai eu le bonheur de le vivre « en vrai », « en direct », « en live », comme disent les franglophones…

La « palette » (objet qui brille par son absence, soit dit en passant…) est beaucoup plus réduite que celle de son prédécesseur. Les trois couleurs primaires. Du bleu, du jaune, et du cinabre. Couleur que je ne connaissais pas. Et dont j’ai appris depuis qu’il est utilisé depuis l’Antiquité, que jadis en Chine seuls les empereurs pouvaient l’utiliser, et qu’il provient d’un minéral en lien avec le souffre.

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Et surtout du noir. De la « suie » issue du charbon de bois.

«  Le bâton d’encre est, avec le pinceau, le papier de riz et la pierre à encre, un des quatre trésors du lettré, instruments de la calligraphie et de la peinture de lettré chinoise, coréenne et japonaise.

Le liant originel de l’encre de Chine proprement dite, en bâton, est une colle de protéine, colle de peau ou colle de poisson…

La préparation de l’encre, qui précède l’exécution d’une calligraphie ou d’une peinture de ce style, consiste à moudre le bâton d’encre sur la pierre à encre, avec de l’eau. La proportion d’encre et d’eau détermine l’intensité de l’encre, et permet d’aménager des contrastes ; notamment dans la peinture de paysages3«  (source)

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Ce que vous voyez au premier plan, c’est le rouleau de papier coréen, fait d’écorce de mûrier. S’il vous intéresse de voir comment est fabriqué ce type de papier, vous pourrez le découvrir ici, ou, en vidéo, là, très pédagogique...

Un seul pinceau pour l’ensemble des oeuvres qui seront créées devant nous. Le peintre m’expliquera à la fin que c’est pour lui très important, comme une gageure, un signe d’expertise en quelque sorte, en tout cas une fierté, et qu’il y tient. Mais que d’autres ont tout un panel de pinceaux de tailles divers et surtout aux configurations de poil différentes. Il ajoute que la qualité du pinceau est extrêmement importante, et qu’il n’est pas toujours aisé de trouver l’objet idoine. Il faut absolument que ce soit du poil de chèvre pur.

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La phase de préparation est donc assez longue; de même que la phase de concentration avant le premier geste. Cela sert, comme je le disais, l’aspect spirituel de la création artistique.

Et voici l’oeuvre achevée, présentée par l’assistante du peintre.

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Elle va rejoindre, malheureusement sur le sol (je vous ai parlé de l’incroyable inorganisation de la séance!), les autres productions récentes.

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Chacune a permis de voir des facettes différentes de cet art… La première (ananas et pommes), notamment, comment on obtient des nuances de couleurs très fines et comment le blanc façonne les formes. La seconde, comment on travaille les courbes et comment l’on dessine finement à l’aide de « points » en pressant plus ou moins le pinceau. J’ai été particulièrement séduite, dans la suivante, par la manière dont les spécificités des bambous étaient rendues, juste par la manière de presser ou non le pinceau, plus ou moins encré, dans un trait sans interruption aucune. Admirez…

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J’étais cependant un peu frustrée car, si vous vous souvenez bien, j’attendais ce que bêtement je considérais comme de la calligraphie (sans doute en lien avec mon expérience d’immersion en pays de culture arabe) : de l’écriture. Aussi fus-je ravie de voir cette attente comblée dans la deuxième phase… Les mêmes mots, en quatre styles différents.

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Vous avez remarqué que, cette fois, le pinceau est tenu bien droit, la main placée assez haut…

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Si, si, je vous assure, ce sont bien les mêmes mots… Hélas, je ne me souviens plus exactement lesquels, mais ils ont un rapport avec « lumière » et « printemps ». Et en voici deux autres interprétations (calli)graphiques.

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Comme je vous le disais, j’ai eu l’honneur de discuter avec l’artiste à la fin, et il m’a fait une démonstration « personnelle ».

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La rencontre du Geste et de l’Esprit (1)

Lorsque j’écrivais voici peu que la signification de « calli- » était « belle », je ne me suis pas apesantie, mais il y avait beaucoup à dire, en particulier pour qui aime la philosophie et l’art de la Grèce Antique. Car les Grecs anciens alliaient beauté physique et beauté morale – j’aurais plutôt tendance à utiliser l’adjectif « spirituelle ». J’ai retrouvé cette fusion dans les gestes des calligraphes que j’ai pu voir samedi dernier. L’un, en vidéo. L’autre, « en vrai ».

Le premier est Zhan Deqian. Une vidéo, malencontreusement projetée… au sol!… le montre créant l’une de ses oeuvres, avec une charmante assistante (l’une des femmes de sa vie? il semble avoir été un grand séducteur, marié au moins trois fois…).

Comme vous le voyez, les encres sont préparées en amont, ici. Ce n’est pas toujours le cas, comme je vous le montrerai plus tard.

La phase de préparation est une phase de méditation. L’artiste se concentre, la conception est de l’ordre du spirituel. Le premier geste est longuement réfléchi. Autant que l’occupation future de l’espace, que va marquer l’emplacement initial du pinceau.

Une des choses qui m’a le plus frappée, c’est l’importance de la tenue de celui-ci. A la fois dans la position du pinceau (plus ou moins verticale) et dans la pression (qui va donner la finesse du trait). La position de la main sur le pinceau joue aussi un rôle certain, faisant de celui-ci un véritable « instrument ». Cela nécessite une incroyable maîtrise de la main. Voici quelques exemples de ces positions, durant la création présentée dans cette vidéo.

Pour « étaler »

Pour un point ou un petit trait fin

Pour des traits moyens et plus longs (et, en appuyant, on densifie)

Pour écrire finement

Le principe est de ne pas revenir en arrière. Il faut donc être rapide, précis, et posséder une grande maîtrise, ce qui fut démontré dans la conception de cette oeuvre.

La pause du cachet, signature de l’artiste, est toute aussi méticuleuse. Admirez le beau geste… On ne voit même pas l’objet, tant il est couvert par les deux mains, l’une le maintenant pile à l’endroit où l’on souhaite l’apposer, bien vertical, et l’autre pressant pour qu’il soit net.

Et voilà, l’oeuvre est achevée. Accompagnée d’un texte que je ne puis hélas vous traduire, et qui n’était pas explicité…

Une journée de rencontres. Episode 2 : l’encre en mouvements

Cet article fait suite au précédent, puisque nous allons retrouver 4 des personnes qui y étaient évoquées.
Mais avant d’en venir à elles, je souhaite vous faire partager tout l’intérêt que j’ai pris à la visite de l’exposition « L’encre en mouvement » qui se déroule actuellement au Musée Cernuschi.

Une chance incroyable! Une place de parking juste en face de l’entrée du musée! Dirigeons-nous donc vers lui…

Certains titres d’expositions sont un peu trompeurs, voire « propagandistes »… Ce n’est pas le cas ici. Et le terme « mouvement » est aussi riche que les perspectives qu’il permet. Vous remarquerez que, dans le titre, j’ai ajouté un « s », pour marquer la pluralité de ces dynamiques. Mouvements artistiques. Mouvements sociétaux. Et mouvements de la main des calligraphes… Tout est présent dans cette exposition qui explique bien comment les calligraphes asiatiques ont investi un art traditionnel et assez strict, s’en sont emparés, et l’ont adapté à leur créativité. Bref, une belle synergie entre passé et présent, entre tradition et création, entre culture et individualité…

Je ne peux pas vous montrer tout ce que j’y ai découvert, bien sûr, mais je peux vous présenter un petit florilège, avec encore toutes mes excuses pour la mauvaise qualité des photos. Elles n’ont ici comme prétention que celle d’un « reportage », pas d’une valeur artistique autre que celle de l’oeuvre photographiée.

Vous l’aurez deviné, c’est un ordre chronologique qui a été adopté pour la scénographie de cette exposition, qui présente des artistes du 20ème au 21ème siècle. Elle commence par la calligraphie au sens premier du terme (la « belle écriture »).

Mais qui était la Dame Qiao? Suis allée chercher sur le net… Merci Wikipédia!

« Da Qiao (entre 175 et 186 – entre 220 et 229) fut une épouse du seigneur de guerre chinois Sun Ce ainsi que la fille de Qiao Xuan lors de la fin de la dynastie Han en Chine antique.« Da Qiao (entre 175 et 186 – entre 220 et 229) fut une épouse du seigneur de guerre chinois Sun Ce ainsi que la fille de Qiao Xuan lors de la fin de la dynastie Han en Chine antique.

On raconte qu’elle était, avec sa petite sœur Xiao Qiao, la plus belle dame du royaume de Wu. On disait que la beauté de Da Qiao faisait tourner la tête à la Lune et même rougir la plus belle des fleurs.

Elle eut une fille avec Sun Ce, Sunshi, qui se maria avec le célèbre général Lu Xun du royaume de Wu, et qui eut pour enfant Lu Kang.« 

Mais l’encre ne sert pas qu’à « écrire ». Et, dans la plupart des oeuvres présentées, « écriture » et « peinture » se complètent. Les guillemets traduisent toutes mes réserves sur la distinction entre les deux, je pense que vous me comprenez… et comprendrez encore mieux en voyant les quelques oeuvres ci-dessous. Comme je n’ai pas l’intention de reproduire l’exposition ni de faire oeuvre de pédagogue, je ne vous présenterai pas les artistes concernés. Mais je pourrai répondre à vos questions, si vous le souhaitez.

La première oeuvre (Wang Zhen, 1922) représente le moine bouddhiste Huaisu, qui vécut au 8ème siècle. Ce célèbre calligraphe chinois aurait planté des bananiers autour de son ermitage pour pouvoir utiliser leurs feuilles comme support d’écriture.

Ce sont donc d’abord des caractères seuls qui sont présentés, puis on découvre comment ils viennent « compléter » (mais lesquels complètent les autres?) des « peintures » figuratives, plus ou moins esquissées, plus ou moins détaillées.

Plus on avance dans le temps, plus on a l’impression que les caractères s’effacent. Ainsi, la découverte des peuples de l’ouest, lorsque les artistes ont fui Pékin, a poussé certains à reproduire ce qui les étonnait.

Puis vint l’époque où les peintres s’intéressèrent aux nus. Telle cette artiste, Pan Yuliang (1895-1977) dans cette oeuvre intitulée « Nu assis au qipao rouge ». Un qipao, c’est une robe longue et ample, qui était autrefois de mise à la cour des Mandchous, avant de se rétrécir, se répandre et se populariser dans les années 1920.

Nous en arrivons à la naissance de l’abstraction, et aux artistes dont certains ont connu une renommée internationale. Je ne citerai que Zao Wou Ki, dont j’ai déjà parlé dans ce blog. Il ne pouvait être absent de cette exposition, bien sûr.

Dans la même salle, j’ai cru reconnaître Soulages, à ma grande surprise… Que faisait-il là? Mais non, ce n’était pas lui, mais un artiste chinois. Avouez que la méprise est explicable?

L’exposition se termine par des oeuvres récentes, dont celles-ci, que j’ai appréciées parce que, selon moi, elles poursuivent la tradition tout en innovant, dans des « styles » très différents.

Une journée de rencontres. Episode 1 : Young-sé Lee

Il est des journées qui commencent de manière assez ordinaire, mais se transforment par enchaînement de faits ou d’échanges… Tel fut ce samedi de février, qui a mis sur ma route des personnes capables de redonner sourire et espoir.

Deux d’entre elles sont arrivées en France depuis les contrées lointaines de l’Asie. Elles n’ont que cela de commun, outre leur force intérieure perceptible. Les 7 autres venaient hier du Vexin pour 2, de l’Est de Paris pour 3, de Paris pour la 6ème et environ de Corte pour la dernière. Mais oublions les considérations géographiques et revenons aux faits.

J’avais décidé de découvrir un des musées parisiens dans lequel je n’ai jamais mis les pieds: le Musée Cernuschi. S’y déroule actuellement une exposition sur l’utilisation des encres, thème qui m’avait alléchée. En outre, il était annoncé une démonstration de calligraphie. Moi qui m’y intéresse depuis ce stage organisé par le Ministère de la Coopération, voici bien longtemps, où j’avais eu la joie de rencontrer Hassan Massoudy – dont bien sûr nous ignorions qu’il allait devenir aussi célèbre! Donc, déjeuner vite expédié, à « l’heure des vieux », voiture, stationnement dans l’enceinte jouxtant le Parc Monceau (une chance!), Musée à 13h15, le seul créneau disponible sur le net le matin même. Une inorganisation assez remarquable, il faut l’avouer. Impossible de télécharger les billets. Un seul guichet pour les renseignements, la librairie, l’achat de billets et leur retrait (mon cas). Et pas moyen de réserver pour la calligraphie, alors qu’on nous annonce à peine une quarantaine de places pour l’événement dont nous apprenons qu’il aura lieu… à 15h30. Sachant que les trois quarts du Musée sont fermés et qu’il n’y a pas de café, l’attente va être longue! Mais le personnel est charmant, et la dame préposée à l’entrée promet de me faire garder deux places. J’aurais pu ajouter le personnel dans les rencontres donnant espoir… Car, par la suite, ils et elles ne furent pas moins de 7 pour gérer avec une amabilité certaine l’inorganisation qui a fini par le stationnement de l’ensemble du public sur un palier où les nouveaux arrivants les doublaient pour aller se mettre à la porte de l’auditorium, d’où le personnel était obligé de les renvoyer vers la queue. Vous pensez bien que deux sont quand même parvenus à « griller » tout le monde, y compris deux personnes âgées qui heureusement avaient apporté leurs sièges! Quant à moi, fort gentiment, il m’en fut apporté un par un charmant jeune homme. Enfin, après cette longue attente, La Rencontre. Celle de Young-Sé Lee.

Je ne saurai en réalité qu’après la séance qui il est. Car nulle présentation. Pas un mot. Aucun organisateur pour nous dire qui nous fait l’honneur de cette démonstration. Et, par la suite, aucun commentaire jusqu’à la fin où, enfin, se noue le dialogue avec l’artiste. Je comprends la nécessaire concentration du peintre, du calligraphe. Ce silence dans lequel il médite, conçoit, crée, avant de situer très précisément le pinceau à un endroit déterminé du « papier ». Mais au moins une affiche aurait pu nous informer sur l’artiste… Bref, tout ce que je vais maintenant vous dire de lui est né de la conversation qu’il m’a accordée à la fin de la démonstration. Et je souhaite le partager avec vous, car vous pourrez ainsi le découvrir. Pas seulement lui. Ses parents aussi.

En effet, Young-sé Lee est fils de deux artistes qui se sont rencontré-e-s en 1949 au Salon des Beaux-Arts de Séoul. Son père, Lee Ungno (décédé en 1989), est présenté en ces termes lors d’une exposition:

« Lee Ungno (1904-1989) est l’un des peintres asiatiques les plus importants du XXe siècle en raison de son rôle pionnier dans la fondation d’un art coréen contemporain, de sa participation au mouvement de l’art informel en France ainsi que de son enseignement de la peinture à l’encre qui inspira plusieurs générations d’artistes. »

Quant à sa mère, In-kyung Park, elle expose actuellement à la Galerie Vazieux, rue du Louvre. Elle avait 23 ans lorsqu’elle fut exposée au Salon où elle rencontra celui qui allait devenir son époux.

« Artiste dès son plus jeune âge, In-kyung Park expose en 1949 au Salon National des Beaux-Arts de Séoul où elle obtient le premier prix de peinture. « 

« À près de 97 ans, sa flamme créative continue de briller. Installée dans une petite maison baignée de lumière, Park In-kyung travaille quotidiennement, entourée par les arbres et la végétation. Le souffle du vent, un rayon de soleil, des feuilles déchues ou des pétales de rose, les éléments naturels sont pour elle une source d’inspiration inépuisable.

Assise au bord d’une table ou allongée sur le sol, l’artiste fait danser son pinceau et glisser l’encre noire sur la surface lisse du papier hanji. De ses mouvements fluides et ses touches assurées naissent des formes simples, presque abstraites, qui viennent chanter son ode à la nature. » (source)

La photo qui suit la montre à une époque récente, toute à son art.

Les deux artistes se sont installés définitivement en France en 1960. Le jeune Young-sé avait donc 4 ans lorsqu’il est arrivé à Paris. Pas étonnant qu’il maîtrise parfaitement le français, comme l’ont découvert les spectateurs/trices qui, au départ, pensaient avoir affaire à un allophone. Car nulle présentation n’a été faite de l’artiste qui allait oeuvrer pendant deux heures devant elles et eux… on en revient à l’organisation!

Artistes Young-sé Lee - Galerie Sabine Vazieux

Ce que je viens de vous dire est possible grâce à la gentillesse de celui-ci, qui a accepté des échanges avec le public – et en particulier avec moi – à la fin de sa démonstration. Il m’a entre autres dit qu’il était en train de refaire son site, et que je n’y trouverais rien. Ensuite, je me suis renseignée sur Internet…

« Artiste d’origine coréenne né en 1956 à Séoul, Young-Sé Lee, arrive très jeune à Paris où il s’initie à la peinture dans l’atelier de son père Ungno Lee, avant de fréquenter la grande chaumière, puis l’École des Beaux-Arts.

Son œuvre, résolument moderne, trouve ses racines dans la tradition asiatique. La nature, traduite de manière informelle, mêle végétal, minéral, eau, terre et lumière, et dialogue avec la richesse des matières et des techniques utilisées par l’artiste. » (source)

« Études à Paris à l’École d’Art Graphique (1974-1975), à l’École d’Art Appliqué (1975-1976), à l’Académie de la Grande Chaumière (1976-1978), et à l’École des Beaux-Arts (1980-1984). Young-Sé Lee participe à plusieurs expositions collectives de peintures depuis 1971 à Séoul, Londres, Paris (Asian Avant-garde, Paris, Salon des Réalités Nouvelles), Francfort (Foire Internationale de Francfort) et également à des expositions personnelles à Séoul, San Francisco, Strasbourg, Paris… Depuis 2010, parallèlement à son travail de peintre, il s’intéresse à la photographie. » (source)

C’est ainsi que j’ai appris que ce peintre et calligraphe avait une autre corde à son arc. En voici un exemple.

Ce fut un vrai plaisir de découvrir cet homme, au travers de sa création, mais aussi des commentaires qu’il voulut bien faire à la fin, à destination d’un public plutôt novice en la matière. Et je me suis promis d’aller à la galerie Vazieux, et d’essayer de trouver ses oeuvres picturales et photographiques dans les galeries et musées…

Quand le théâtre se joue de lui-même

Quelle pièce aller voir une fin de semaine, quand les autres partent en week-end ou en vacances et que l’on reste à Paris? Une idée me vient en consultant le web : les Faux British ! Je ne l’ai pas encore vue, mais, quand j’en parle, on me dit qu’elle est tellement bonne qu’on irait bien la revoir…

Direction donc les beaux quartiers, où je trouve heureusement une place non loin de la Comédie des Champs-Elysées. A la limite… Quelle idée d’avoir ainsi avancé les heures de spectacles! Maintenant, on se trouve placé-e devant un choix cornélien : dîner ou « spectater »… Combien de salles se trouvent moins fréquentées à cause de cela? Car d’aucun-e-s .ne peuvent se passer de repas. Ce n’est pas mon cas, et j’arrive donc à l’heure sans avoir mangé… enfin, pas depuis 5 heures, ce qui reste supportable, n’est-ce pas?

J’adore l’ascenseur gigantesque de ce théâtre, avec son liftier, à qui je n’ai pas osé demandé pourquoi il n’était pas vêtu comme Spirou. Ce qui aurait été très seyant, car il est mignon comme tout. Et très aimable, ce qui ne gâche rien. Impossible de le photographier, car il est pris d’assaut… Mais quelques vues (pas très bonnes) du théâtre, dont je vous ai déjà parlé sur ce blog, voici bien longtemps…

Plusieurs surprises à l’arrivée au théâtre, mais je ne vous en dirai rien. Je vous laisse les découvrir, si vous allez voir ce spectacle, ce que je vous recommande chaudement. De quoi oublier tous les tracas du quotidien!

Car j’ai passé une heure trente à rire, rire, rire. Voilà qui fait du bien! Et à admirer des acteurs et actrices qui jouent le rôle des pires interprètes possibles. A cela s’ajoutent tous les gags liés à la mise en scène et aux décors, sans compter les textes dits de toutes les manières possibles…

Bref, un excellent moment dans cette belle salle ancienne, où seuls les genoux se plaignent…

Les artistes offrent toute une gamme de « jeux » tout aussi réjouissants les uns que les autres, flirtant parfois avec le burlesque sans vraiment y tomber.

J’ai un peu regretté la trop grande place accordée à l’un d’entre eux, visiblement tout aussi danseur que comédien. Car cela s’est fait au détriment d’autres, beaucoup plus subtils…

Je vous laisse comparer l’état du décor : avant / après… cela vous donnera peut-être une idée du spectacle?

Le public, hélas très peu nombreux (j’ai été « surclassée »!), ne cessait d’applaudir, et il a fallu couper court aux innombrables rappels.

Il cello e il cielo

Comme les « ancien-ne-s » de ce site le savent, j’aime le violoncelle. Alors, comment résister, par cet après-midi pluvieux, à l’appel de cette annonce? D’autant que je ne connais pas cet endroit!

Je situais bêtement l’Oratoire au Louvre ! Que nenni! Il est situé non loin, certes, mais pas du tout dans le périmètre de celui-ci. Mais en réalité c’était vrai jadis. Car il s’agit ni plus ni moins de l’ancienne Chapelle Royale du Palais.

Et j’imaginais une sorte de petite chapelle. Que nenni! En réalité, l’édifice est de taille imposante, aussi vaste qu’une grande église.

Un peu d’histoire en passant ? C’est la Congrégation de l’Oratoire (avatar de la Société de l’Oratoire, issue de la Contre-Réforme), créée en 1612 par Marie de Médicis, qui a souhaité un lieu de prière digne de sa renommée et fait lancer le chantier en 1620. Après modification des plans, il fut achevé en 1623. C’est là qu’eurent lieu les cérémonies funèbres de Richelieu, de Louis XIII, d’Anne d’Autriche et de Marie-Thérèse. Mais la consécration de l’église n’eut lieu qu’en 1750… et cela dura peu, puisqu’elle fut désacralisée à la Révolution. C’est justement en 1789 que les protestants obtiennent la liberté de culte. Et, en 1811, la première cérémonie protestante a lieu à l’Oratoire qui, depuis, est l’un des plus grands temples de Paris. Si vous voulez en savoir plus, le site de l’Oratoire est très pédagogique.

Une mini-exposition sur le mémorial de Coligny l’est également. Toutes les explications concernant histoire, actualités de l’époque, architecture et statuaire y sont apportées.

Comme tous les temples, très austère. Mais, pour ma part, j’ai ressenti une forme de malaise en y pénétrant. Une tristesse, un manque de « vie », en quelque sorte.

Le concert m’a fait oublier tout cela. Pas un concert ordinaire, non. Alternance de commentaire (par une pasteure) et lecture (par une autre pasteure) d’extraits de la Bible (plus ou moins) relatifs aux rêves et de morceaux interprétés au piano et au violoncelle.

Le public est séduit par la pianiste, dont il apprend très vite qu’elle n’est autre que l’organiste en titre de l’Oratoire. Ce qui m’a donné envie d’aller l’entendre à l’orgue, bien sûr. Coréenne née et élevée en Australie, elle a rejoint la France et mène une carrière internationale. C’est son jeune frère, arrivé plus récemment en France, qui est au violoncelle.

Et ce fut un délice de les entendre, dans des oeuvres extrêmement variées.

Parmi celles-ci, j’en ai particulièrement apprécié deux : Romance sans parole pour piano et violoncelle, de Mendelsohn (je n’en ai pas trouvé une aussi bonne interprétation sur le net, mais vous pouvez écouter ici pour en avoir une idée) et la Suite bergamasque de Debussy. Mais l’ensemble était bien choisi et interprété avec beaucoup de sensibilité, et, d’après un connaisseur, l’interprétation de Bach, remarquable.