Le temps passe, les inégalités demeurent… Salons, suite et fin

Dans les trois précédents articles de cette série, vous avez visité les trois quarts environ du Salon… enfin, je ne suis pas sûre de la proportion, qui est peut-être moindre. Si vous vous reportez à la photo d’ensemble du premier, il reste le petit coin, au bout, à droite, c’est-à-dire, en entrant, tout au fond à gauche. Là se cachent – ou sont cachés? – d’une part les « invités » étrangers, et d’autre part l’un des quatre Salons, qui eut autrefois son heure de gloire, le Salon des Indépendants.

Pour ce qui concerne les pays étrangers invités, ils ont droit chacun à un tout petit espace. A titre d’exemple, voici celui du Salvador.

C’est ce que l’on pourrait désigner par « recoin », n’est-ce pas? Bon, d’accord, ils et elles ne sont pas « des Artistes Français »…. Par contre, les autres « remisés » dans cette partie quasi déserte le sont bien, eux.

Le premier article écrit pour relater ma visite ce samedi 12 février 2022 au Grand Palais Ephémère était intitulé « Salons » au pluriel. En effet, il y a 4 salons dans cette exposition. Et il faut dire que les deux premiers, consacré à ladite Société et le second, aux « Comparaisons », étaient ce jour-là beaucoup plus fréquentés que les deux autres. Le troisième, « Dessin et peinture à l’eau », accueillait encore quelques visiteurs/euses. Mais le dernier, « Salon des Indépendants », était quasi vide. Il faut dire qu’il était situé à gauche de l’entrée, alors que tout poussait les personnes entrantes à aller vers la droite : foule, musique, déambulation de mannequins superbes et étonnants.

Pourquoi cet ostracisme? J’ai découvert une hypothèse explicative en regardant une vidéo proposée dans un petit espace de moins de 20 m2, meublé d’une grande télévision et d’un petit banc pouvant accueillir au maximum 4 personnes (pas trop larges !). Inutile de vous dire que j’ai eu le plaisir de visionner avec seulement entre 1 et 3 autres spectateurs/trices cette vidéo, qui expliquait ce qu’était le Salon des Indépendants.

« Ni jury, ni récompense ».

Voilà qui caractérise ce salon. Certes, à l’heure actuelle, cela peut vous sembler dérisoire. Mais il n’en était pas de même lorsque fut créée en 1884 la Société des Artistes Indépendants. Pourquoi? Je parlais précédemment d’ostracisme. C’est de cela dont il s’agit. Pour exposer au Salon (le vrai, l’unique, à cette époque), il fallait y être accepté. Notez que cent ans plus tard, c’était toujours le cas dans d’autres salons, tels que celui de Versailles. L’un de mes amis, actuellement peintre renommé et côté, m’a raconté à ce propos une anecdote, cette semaine. Il avait été accepté au Salon, et en était ravi, pour l’une de ses toiles, représentant Brassens – qui venait de décéder, peu de temps avant, ce qui justifiait l’abandon provisoire de ses thématiques courantes – ambiances du quotidien, vie du et au Pays Basque. Peu de temps avant l’ouverture, il reçoit un courrier lui apprenant que sa toile n’avait pu être accrochée, car elle était « trop grande », et qu’il devait venir la récupérer. Il se rend donc à l’endroit indiqué, où des personnes lui expriment leurs regrets, visiblement très sincères. Au moment de signer la décharge, il aperçoit, bien placé et bien visible, une immense toile représentant une sorte de gâteau à la crème, dans de vilains tons de rose et de blanc. Il exprime son étonnement à la personne qui le recevait, sans mâcher ses mots concernant la « croûte », mais surtout en demandant pourquoi celle-là n’avait pas été refusée. Explication : « Je n’ai pas à vous le dire. Et cette oeuvre est de moi. » Belle gaffe de sa part, certes, mais aussi expression d’une injustice qui le poussa par la suite à ne plus jamais penser exposer au Salon des Artistes Français. Mais, dans ces années-là, ladite toile put quand même être vue dans d’autres salons, comme je l’ai découvert en recherchant sur le net (source de la reproduction).

BRASSENS ET LE CHAT

Soit dit en passant, le tableau a été retenu pour figurer sur la couverture d’un disque, en 1985 ; Une petite fille chante Brassens.

Les sentiments éprouvés et émotions ressenties par cet ami, on imagine qu’il en fut de même pour les artistes qui étaient refusés par la Société organisatrice du Salon des Beaux-Arts, ainsi que par ceux qui voyaient les prix décernés aller à des « croûtes », ou en tout cas à des tableaux reproduisant les goûts « classiques », et rejetant toutes les innovations. Vous allez me dire : « peut-être simplement manquaient-ils de talent? ». Il suffit, pour vous convaincre du contraire, que je vous cite quelques noms – ou plutôt, non, je vais copier ce qu’il en est dit sur leur site.

« Un petit groupe d’artistes novateurs, nos pères précurseurs Paul Cézanne, Paul Gauguin, Henri de Toulouse-Lautrec, Camille Pissarro et fondateurs Albert Dubois-Pillet, Odilon Redon, Georges Seurat, Paul Signac, décident de créer le Salon des Indépendants.

« Sous l’impulsion d’Odilon Redon, la Société des Artistes Indépendants est fondée le 29 juillet 1884 ; Guimard est élu président ; elle a désormais une existence légale.« 

« C’est par un froid sibérien que le 1er Salon des Artistes Indépendants fut inauguré par Lucien Boué, président du Conseil municipal de Paris le 1er décembre 1884. Installé au Pavillon polychrome situé à proximité du Palais de l’Industrie, il devint le refuge des « Refusés ». Parmi les œuvres exposées, «La Baignade à Asnières » de Seurat refusé au Salon ;

Baignade à Asnières, Seurat (1884)

le « Pont d’Austerlitz » de Signac,

Pont d’Austerlitz, Signac (1910)

puis des œuvres de Cross, Redon, Dubois-Pillet, Valtat, Guillaumin, Angrand… Rien de surprenant à ce que la Société des Artistes Indépendants ait fait siennes les couleurs de la capitale, le bleu et le rouge, ceci en reconnaissance du soutien apporté aux artistes novateurs.« 

Un documentaire très intéressant était projeté, retraçant l’histoire de ce Salon des Indépendants. Par combien de personnes a-t-il été vu durant les quatre jours qu’a duré Art Capital? On y apprend que trois personnalités ont, parmi beaucoup d’autres, marqué cette histoire.

La première a une fonction inattendue : officier de la Garde Républicaine. Et d’ailleurs, sa carrière (courte, car il est mort à 43 ans) pâtit de son rôle dans l’histoire des Artistes Indépendants.

Il était aussi peintre, et a exposé lors du premier salon, en 1884.

L’Enfant mort, Dubois-Pillet, 1884

Pour celles et ceux d’entre vous qui sont fanas de Zola, cela doit vous rappeler quelque chose, non?

« Claude s’était mis à marcher, dans un besoin nerveux de changer de place. La face convulsée, il ne pleurait que de grosses larmes rares, qu’il essuyait régulièrement, d’un revers de main. Et, quand il passait devant le petit cadavre, il ne pouvait s’empêcher de lui jeter un regard. Les yeux fixes, grands ouverts, semblaient exercer sur lui une puissance. D’abord, il résista, l’idée confuse se précisait, finissait par être une obsession. Il céda enfin, alla prendre une petite toile, commença une étude de l’enfant mort. Pendant les premières minutes, ses larmes l’empêchèrent de voir, noyant tout d’un brouillard : il continuait de les essuyer, s’entêtait d’un pinceau tremblant. Puis, le travail sécha ses paupières, assura sa main ; et bientôt, il n’y eut plus là son fils glacé, il n’y eut qu’un modèle, un sujet dont l’étrange intérêt le passionna. Ce dessin exagéré de la tête, ce ton de cire des chairs, ces yeux pareils à des trous sur le vide, tout l’excitait, le chauffait d’une flamme. Il se reculait, se complaisait, souriait vaguement à son œuvre.

Émile Zola, L’Œuvre, 1886. »

Zola s’est effectivement inspiré du tableau qu’il connaissait pour ce passage émouvant. Dubois-Pillet menait de front sa carrière et son amour de la peinture. Ce Saint-Cyrien devint ami avec Seurat et Signac, et c’est à lui que l’on doit la structuration de la Société. Une plaque apposée sur le quai Saint-Michel rappelle son

Le second personnage de cette histoire est Odilon Redon.

Mon portrait, Odilon Redon, 1867

« Le jury du Salon de 1884 s’est montré une nouvelle fois hostile à la nouvelle peinture. Quelques artistes courageux, emmenés par Signac et Seurat décident alors de créer un salon libre. Une exposition libre ! C’est la ruée, mais aussi une déception.
Le jour du vernissage, la toile de Signac n’est même pas accrochée ! Emus par la situation qu’ils jugent scandaleuse, quarante exposants réagissent et sous la présidence de Odilon Redon créent la Société des Artistes Indépendants (4 juin 1884).
 » (source)

Je ne puis illustrer avec l’oeuvre qu’il a présentée au Salon, car je ne sais ce qu’elle était, dommage!

Le troisième enfin est Jean Monneret, qui a été plusieurs fois élu Président entre 1977 et 2001. Une rétrospective de ses oeuvres a été organisée en 1997.

« Au cours de sa carrière de peintre et, surtout, à partir de l’arrivée d’André Malraux aux commandes d’un ministère de la Culture, Jean Monneret ne cessera de défendre la liberté d’expression en matière d’arts plastiques contre toute forme de dirigisme institutionnel. En 1999, dans le catalogue raisonné du Salon des indépendants, il publie un violent manifeste contre l’« art d’État » qualifié, selon lui, d’« art contemporain » par des fonctionnaires qui dépenseraient l’argent public pour imposer cet art à la population, alors que celle-ci le rejette. » (Wikipedia)

Pour en savoir plus sur les affiliations des artistes, vous pouvez voir la Galerie, en ligne ici.

Tout cela pour en arriver, en ce mois de février 2022, à un « strapontin » dans Art Capital… Mais à qui doit-on cela? Si j’en crois l’histoire, c’est la Ville de Paris qui est chargée des lieux d’exposition. « Art Capital » ou « Art Capitale »? Que s’est-il donc passé cette année? Toujours est-il qu’on pouvait quasiment compter sur les doigts les badaud-e-s qui s’esbaudissaient devant les quelques oeuvres offertes au regard dans ce coin du Grand Palais… L’histoire se répèterait-elle? Et l’ostracisme demeurerait-il de mise?

Une longue histoire, mais toujours autant de fantasmes autour de La Femme…

La Société des Artistes Français a une longue histoire, comme elle le raconte sur son site. Elle serait issue du Salon initié par Colbert en 1667. Et existe en tant que telle depuis 1881.

« En 1881, elle prend son nom actuel de Société des Artistes Français. L’Etat lui délègue le soin d’organiser une exposition annuelle des Beaux-Arts et la charge de s’administrer elle-même.

En 1883, un décret paru au journal officiel la déclare « d’Utilité Publique »

Depuis 1901, tous les ans, si l’on excepte quelques interruptions dues aux guerres ou à des travaux, le Salon a lieu à Paris au Grand Palais des Champs-Elysées. »

Une mini-exposition sur son histoire est présentée, et donne l’occasion d’observer l’immense différence entre les Salons d’autrefois et ceux d’aujourd’hui.

Cela saute aux yeux : il y a bien eu une forme de démocratisation, même si l’on peut encore observer que le public aujourd’hui ressort d’une certaine « élite », plus « intello-bobo » qu’aristocratico-bourgeoise.

Il est par contre un point commun évident. Regardez bien la photo ci-dessus. Que représentent les statues?

Eh oui, des femmes… De la femme comme objet de l’art à la femme comme objet, y a-t-il tant de pas? L’artiste magnifie-t-il gratuitement l’objet de ses fantasmes?

Je ne répondrai pas à cette question et vous laisse ce soin. Je vous propose simplement une balade dans cette exposition, orientée autour de la thématique « représentations de la femme »… là encore, une sélection de mon cru, donc éminemment subjective. D’autant que j’ai choisi les oeuvres que j’aimais ou qui m’interpellaient…

Vous en avez déjà vu certaines dans les précédents articles, – excusez-moi des « redites » -, mais elles devaient aussi apparaître dans ce florilège sans commentaires.

Je terminerai par mon propre Palmarès : peinture, photo et sculpture…

Au Salon des Artistes Français

Hésitation sur les majuscules… en faut-il ou non? si oui, partout ou considère-t-on que l’adjectif ne doit point en avoir? Vous me connaissez, je suis allée vite vérifier sur le site de la Société éponyme… Oui, il en faut partout! Ouf!

Dans le précédent article vous avez découvert des vues d’ensemble. Imaginez donc que vous êtes à l’opposé de la Tour Eiffel, côté sud, là-bas, tout au bout à gauche sur la vue panoramique… Tout près de l’entrée, donc. C’est là qu’a commencé ma déambulation dans le Grand Palais Ephémère en ce samedi 19 février.

Toute la partie droite est réservée à la Société des Artistes Français, avec des stands pour les éditeurs d’art. Je n’ai pas photographié les deux mannequins superbes, d’au moins 1,90 mètres, des lianes métisses d’une grande beauté qui attiraient plus de monde (surtout masculin!) que les oeuvres d’art… Par contre, j’ai saisi les deux jeunes femmes qui jouaient merveilleusement bien et dont la musique a accompagné tout le début de ma visite.

Elles mettaient un tel entrain dans leur jeu que les spectateurs/trices dansaient sur place!

Mais laissons là musique et mannequins… Comme dans la partie présentée précédemment, je vous livre quelques photos – plus ou moins bonnes, et parfois prises « de travers » – de cette visite. Pas de commentaires, je vous laisse découvrir et, je l’espère, aimer quelques-unes de ces oeuvres, dont la variété est extrême.

Encore une fois, elles ne sont pas « représentatives » de l’ensemble… Il s’agit d’un choix d’échantillon et/ou de compositions que j’ai construit au gré de ma balade…

Je dédie la photo qui précède à « Karlhiver », dont j’ai fait la connaissance toute virtuelle lors du premier confinement, qui nous a donné l’occasion d’écrire « en écho », ici pour ce qui me concerne, et sur Facebook de son côté (Un jour Un tableau)… Depuis mon article sur les lavandières (ou bugadières), il place régulièrement sur son site – que je vous conseille vivement de visiter, si ce n’est déjà fait… il me « donne la pêche » chaque jour de l’année! – il place régulièrement, disais-je, des tableaux où l’on voit la lessive… A mon tour donc…

Mais reprenons notre errance parmi l’Art…

Je vous laisse sur cette robe virevoltante qui revêt la Femme Invisible… Car le prochain article sera consacré aux Visions de la Femme dans ce salon…

Salons au Grand Palais Ephémère

Vous avez déjà eu l’occasion de visiter avec moi la structure éphémère qui se substitue actuellement au Grand Palais, sur le Champ de Mars. C’était à l’occasion du Salon de la Photographie. Cette fois, ce sont les beaux-arts qui sont à l’honneur, pour le Salon Art Capital.

Beaucoup moins de monde en ce samedi après-midi de février, que lors du précédent salon. Sans doute l’effet fin de vacances pour les uns et début pour les autres? Ou faut-il en conclure que les beaux-arts attirent moins que la photo?

Je vous propose une visite de ce salon en plusieurs éclairages.
Commençons par des aperçus de l’ensemble, pris depuis la cafétéria, au 1er étage. Cafétéria, soit dit en passant, aux tables trop peu nombreuses et à l’ambiance trop froide à mon goût… mais qui offre une belle vue sur le Champ de Mars.

Tournons le dos à la Grande Dame pour nous concentrer sur l’espace d’exposition…

J’ai commencé la visite par ce qui se trouve à gauche, au fond de cette photo. En effet, comme on ne l’identifie absolument pas dans ce point de vue, l’entrée s’effectue par ce qui est à l’opposé de la cafétéria, qui constitue ici le « fond » de l’allée centrale.

Ce que vous voyez ici, c’est l’espace dédié à la « peinture à l’eau ». Approchons-nous…

Descendons à présent, si vous le voulez bien, pour voir de plus près ces « peintures à l’eau » (et, me semble-t-il, encres)… Comme tout le reste de l’exposition, elles sont extrêmement variées… Je vous en propose quelques exemples seulement, non représentatifs de l’ensemble, soyons claire!

Je finirai par celle à qui, dans cette série, j’accorderais le premier prix, si j’étais membre du jury… je vous laisse aujourd’hui sur cette oeuvre, et reprendrai la visite par la suite…

Des signes et des mains… pour de fines gueules…

Voici quelques temps, je vous ai parlé du « Café Signes« , situé à Paris, dans le 14ème arrondissement. A ce propos, je puis maintenant ajouter que toutes les personnes qui l’ont fréquenté en ont été ravies…

J’ai, vendredi, découvert un autre restaurant tenu par des personnes sourdes et malentendantes. Dans un endroit où je ne m’y attendais pas : en plein centre commercial Evry 2 ! Ne le cherchez pas sur le plan ni l’annuaire proposés par le site officiel, il n’y est pas. J’espère que ce n’est pas parce qu’il n’est pas éphémère…

L’amie qui me l’a fait découvrir l’avait elle-même trouvé par hasard, car elle travaille à côté. Si vous entrez par la Place des Terrasses (niveau 1), il faut prendre l’escalier en face et monter. Il est situé à l’étage supérieur.

Le menu vous apprend à « signer » si vous le souhaitez.

Source : article du Parisien, en date du 15 février 2022

Mais vous pouvez communiquer oralement avec certaines des personnes qui vous accueillent. Les plats sont très fins. Je me suis pour ma part régalée avec des acras de morue juste à point et ne baignant pas, comme cela arrive parfois, dans un bain d’huile. Ensuite, de l’agneau fondant accompagné de guacamole, légumes grillés et riz.

Côté boissons, beaucoup de jus de fruits frais, et j’ai goûté au jus de gingembre, très bon, bien que pour moi un peu trop sucré car mélangé avec du jus d’ananas. Mais je suis une des rares à aimer le jus de gingembre très corsé, je crois… La carte des vins est tout à fait suffisante, et les prix en sont très corrects.

Le personnel est d’une rare amabilité – j’allais écrire « à l’écoute », et oui, je l’écris, il l’est réellement. Et, malgré le ratio assez faible personnel / clientèle, nous avons pu déjeuner dans l’heure impartie par notre employeur. Si nous avions eu le temps, nous aurions siroté un café dans de profonds fauteuils de cuir…

Les lieux sont étonnants. On aurait pu penser que l’espace trop vaste nuirait à l’impression d’intimité. Mais on oublie cela assez vite, sous un ciel que les nuages embellissent.

Il ne s’agit pas d’un ESAT avec spécialité « restauration », comme c’est le cas dans le restaurant du 14ème, dans celui que je fréquente souvent rue du Faubourg Saint Martin, ou encore à l’Institut du Val Mandé.

Je m’explique : les personnes qui cuisinent et servent ne sont pas des « travailleurs handicapés », comme en ESAT. Il s’agit de personnes en contrat d’apprentissage qui, une partie de la semaine, fréquentent un établissement de formation, la Faculté des Métiers de l’Essonne. Cela explique que le restaurant n’est ouvert qu’une partie de la semaine (seconde moitié).

C’est une association, APESE Haïti, qui porte ce projet. Vous le trouverez explicité, par une personne en situation de surdité, sur cette vidéo.

Bref, si vous passez par Evry, en milieu ou fin de semaine, allez le découvrir, il fait partie des lieux qui redonnent de l’espoir en un vrai « vivre ensemble », et un vrai dialogue.

Promenade au parc Suzanne Lenglen

Le Parc Suzanne Lenglen abrite non seulement de nombreux espaces sportifs, allant du club de pétanque aux courts de tennis couverts ou non et aux terrains de tous les sports collectifs possibles, mais aussi une ferme pédagogique bien évidemment tournée vers le « bio », avec un « Jardin des Saveurs », notamment. Elle prône donc l’attention à la nature, dans une vision très écologique. A ce titre, on trouve des espaces de culture, comme celui qui est actuellement littéralement « empaillé ».

Lors des périodes de production, les fruits et légumes naissant ici sont vendus sur place. En hiver, ce sont des productions du Vexin qui y sont écoulées, chaque jeudi en fin d’après-midi.

Pensons à la pollinisation… Quels êtres nécessaires? les abeilles, bien sûr!

Sus à l’oligarchie et à la méritocratie! Les autres insectes sont tout aussi concernés, et ont droit à leur hôtel particulier…

En complément de ces alliances Homme-Nature, des explications sur les espèces végétales présentes sont parfois apportées. Tel est le cas de toutes les affiches qui nous apprennent tout ou presque sur les arbres et arbustes plantés. Et c’est là que ça se gâte.

Non seulement les termes « techniques », le « jargon », ne sont pas explicités, mais en outre on dénombre de nombreuses erreurs d’orthographe sur les panonceaux destinés non seulement aux promeneurs/euses, mais aussi aux charmant-e-s bambin-e-s qui fréquentent les lieux – sans compter les élèves en sortie scolaire ou les centres de loisirs…

Peut-être sait-on ce qu’est « l’humus », ce que signifie « calorifique », mais qui sait ce qu’est un « bois de tête »? Quels enfants d’Issy les Moulineaux connaissent les « jougs »? Passe encore. Mais qui, parmi vous, connaît le sens de « fastigié »?

« BOT. [En parlant d’une plante, d’une inflorescence] Caractérisé par des ramifications dressées verticalement et formant un faisceau. Fleurs fastigiées, rameaux fastigiés (Ac.1835-1932).Des ifs noirs et des pins fastigiés en cônes (Pommier, Océanides,1839, p. 103).Cognassier, taxodier fastigié (Gressent, Créat. parcs et jardins,1891, p. 207, 292).

Prononc. et Orth. : [fastiʒje]. Ds Ac. 1835-1932. Étymol. et Hist. [1781 d’apr. Bl.-W3-5]; av. 1796 (L. Reynier ds Encyclop. méthod. Agric.). Empr. au b. lat. fastigiatus, class. fastigatus « élevé en pointe », dér. de fastigium « faîte ». » (source)

Autre mot que j’ignorais : « drupe ». Mot-valise formé de « drap » et de « jupe »? Que nenni!

« BOT. Fruit charnu, indéhiscent, renfermant un seul noyau. L’abricot, la pêche, la cerise, la prune, sont des drupes (DG).Le tanguin de Madagascar, employé par les Malgaches dans les épreuves judiciaires, est la drupe du Tangénia (Wurtz, Dict. chim.,t. 3, 1878, p. 186).

Rem. Certains aut. et lexicographes (dont Ac. 1835-1932) attribuent à ce terme le genre masc. : Comme le dattier, le doum sert à tous les usages. Son fruit est un drupe ligneux, désagréable sous la dent et dont la saveur affaiblie rappelle celle du pain d’épice (Du Camp, Nil, 1854, p. 297). Pour la majorité des dict. gén. et spécialisés du xxes., ainsi que pour la plupart des botanistes (cf.Quillet 1965), il est du genre fém. (cf. Lar. 20e-Lar. Lang. fr., Plantefol, Bot. et biol. végét., t. 2, 1931, p. 372, Méd. Biol. t. 1 1970). »

Structure d’une drude typique, la pêche

Je suppose que vous avez remarqué au passage que les dictionnaires ne sont pas forcément facilitateurs… Que signifie « indéhiscent »?

« BOT. [En parlant d’un fruit ou d’une de ses parties] Qui ne s’ouvre pas naturellement à la maturité et que la radicule est obligée de rompre à la germination des graines. « La graine » chez la betterave est, en réalité, un fruit indéhiscent ou « glomérule » qui contient trois ou quatre graines (Rouberty, Sucr.,1922, p. 25).À maturité le fruit des Ombellifères se sépare en deux moitiés indéhiscentes contenant chacune une graine et constituant un akène (Plantefol, Bot. et biol. végét., t. 2, 1931, p. 407).V. akène ex. 1″

Et ça continue! Akène? Késako?

On peut ne pas être bon en vulgarisation, certes! Mais au moins faut-il l’être en orthographe…

Je vous livre quelques exemples… Dans ce texte, à nouveau, des termes qui peuvent susciter des questions. Si « mellifère » peut être compris par des adeptes de botanique ou des latinistes férus d’étymologie, « drageonne » peut évoquer davantage les animaux fantastiques que le mode

« Les drageons ne mordent pas, Jardinier paresseux

Chez le robinier, les fleurs sont tellement « féminines » qu’elles ont doit à un E supplémentaire!

Un peu plus loin, l’accord de l’adjectif est oublié, et les abeilles ont beau être en grand nombre, il n’y a ni « e » ni « s » à « moult »…. Nous découvrons la sagesse du « tilleul », qui est « sensé »…

Laissons là pédagogie et vulgarisation pour retirer la droiture à l’écrit… pardon pour ce mauvais jeu de mots! ôtons l’ortho pour ne garder que le graphe, avant de refermer le portail du parc pour retrouver la « ville ».

La nuit tombe, il est temps de refermer la porte de ce parc qui, fait exceptionnel, reste ouvert jusqu’à 22h30… et de retrouver l’agitation urbaine, après un coup d’oeil sur le Parc des Sports aux arêtes vives.

Le printemps en février…

Venus et Cupidon, Pontormo, 1533

Cupidon s’était approché un peu trop près des rosiers du jardin de l’Olympe, et fut piqué. Je ne sais si c’est par les abeilles qui butinaient les fleurs ou par les épines. Toujours est-il que son sang, en coulant, donna une belle teinte rouge aux pétales… Cela affola sa maman, Vénus qui accourut vers lui. Dans sa précipitation, le flacon de parfum attaché à sa ceinture se renversa sur les fleurs, leur transmettant les fragrances délicates qu’elles émettent encore…

Une belle légende pour la reine des fleurs… Mais Shakespeare la voit autrement et l’associe à la mort d’Adonis dont Venus est amoureuse…

Vénus pleurant la mort d’Adonis, B. West, 1768

« CXCV. — Tout à coup l’enfant étendu mort auprès d’elle s’évanouit à ses yeux comme une vapeur ; et dans son sang, répandu sur la terre, naquit une fleur pourpre tachetée de blanc, semblable à ses pâles joues et au sang qui en parsemait la pâleur en gouttes arrondies.

CXCVI. — Vénus baisse la tête pour sentir la nouvelle fleur, et la compare au souffle de son Adonis. « Elle sera déposée dans mon sein, dit-elle, puisque Adonis lui-même m’a été arraché par la mort. » Elle cueille la fleur, et la tige laisse échapper une sève verte qu’elle appelle des larmes.

CXCVII. — Pauvre fleur, ajoute-t-elle, c’était ainsi (douce fille d’un père plus doux encore que ton parfum), c’était ainsi que ton père pleurait au moindre chagrin ; croître pour lui seul était son désir comme c’est le tien ; mais sache qu’il vaut autant te flétrir dans mon sein que dans ton sang.

CXCVIII. — Ici fut la couche de ton père, ici dans mon sein ; tu es son héritière, voici ta place. Repose dans ce doux berceau, où les battements de mon cœur te berceront jour et nuit. Il ne se passera pas une minute dans une heure sans que je baise la fleur de mon bien-aimé. » »

Légende et création poétique convergent pour associer la rose à l’amour, et l’on comprend comment le marketing actuel s’en est emparé pour en faire l’emblème de la fête des amoureux/euses le jour de la Saint-Valentin. Mais j’ignore si un jour on a vu fleurir des roses, dans les régions septentrionales de la France, la semaine du 14 février…

Dès l’entrée dans le Parc Suzanne Lenglen, où je suis venue me détendre après une journée de « visio », je suis saisie de stupeur devant le jaune resplendissant de cette rose bien éclose, à la robe non pourpre, n’en déplaise à Ronsard.

Mais elle n’est pas seule. Plus discrètes, derrière, des roses s’épanouissent aussi en cette fraîche journée d’hiver.

Elles défient la glaciale architecture de la tour dont le seul mérite est de refléter les rayons de l’astre déclinant.

La lumière se venge en la déstructurant brillamment…

Les reines des fleurs sont accompagnées de toute une cour, aux éclats de couleurs qui se concurrencent en une symphonie bien orchestrée.

Crocus, jonquilles et narcisses s’épanouissent en déclinant les jaunes, du plus pâle au plus orangé…

Crocus et pâquerettes entourent une souche publicitaire… Celles et ceux qui ont lu l’article posté il y a un mois environ, article qui narrait une promenade sur les quais de l’Ile Saint Louis, reconnaîtront l’effet d’annonce de cette affichette… Heureusement qu’il est précisé « jeune »!

Excusez la mauvaise qualité des photos, mais le crépuscule n’aide pas mon modeste Iphone à réaliser des chefs d’oeuvre! Elles n’ont ici que valeur illustrative…

Qui a pris la couleur de l’autre? Les fleurs ou l’hélicoptère?

Plus modestes, sur la pente d’un des monticules du parc, les pensées n’en sont pas moins colorées…

… par les crayons qui les surplombent?

Bien cachées par un paravent de verdure, d’autres roses, en déclinaison de blancs et de roses…

Le crépuscule arrive, mais je ne résiste pas à l’envie de saisir quelques « sculptures »…

La promenade se termine et il va falloir retourner vers l’agitation de Paris, non sans une dernière contemplation du ciel à l’occident.

Opéra en Liberté et Hymne à l’Amour

Dans le précédent article, qui vous a fait voyager dans les Cieux, je faisais allusion à l’église Saint Julien le Pauvre. Vous la connaissez, si vous lisez ce blog depuis longtemps, car j’en ai déjà parlé ici. Pour les autres, c’est cette jolie petite église plus ou moins romane, blottie dans le petit parc -jardin Viviani – qui fait face à sa grande soeur, Notre-Dame, de l’autre côté de la Seine, et fait angle avec la rue Galande.

Une église qui a vécu une histoire pleine de rebondissements (histoire que j’ai déjà narrée, je n’y reviens donc pas), et est maintenant consacrée au rite grec melkite catholique. Une petite visite, mais limitée au côté droit… je n’ai pas pu me promener dans l’église avant le concert! Et le manque de luminosité explique la mauvaise qualité des photos…

Les Grecs (ainsi dénommés non par leur origine géographique mais parce que c’est la langue grecque qui est utilisée) Melkites Catholiques sont des catholiques de rite byzantin. Ce qui explique la présence de nombreuses icônes.

Chapelle latérale

Cela explique aussi la présence de l’iconostase où se trouvent, entre autres, les peintures représentant les 4 évangélistes et leurs symboles, sujet de ma verve d’avant-hier… Observons-le de haut en bas (pour la petite histoire, le haut avait disparu à une certaine époque!)…

Quel lien avec l’Opéra et l’Amour? Tout simplement, cette église accueille très souvent des concerts, dont celui qui fait l’objet de mon discours ce jour. Vous l’aviez peut-être compris, si votre regard s’est porté sur le piano de la photographie ci-dessus!

EGLISE SAINT JULIEN LE PAUVRE - Salles de spectacles

En ce jour de fête commerciale, rien de tel, pour contrecarrer les visées économiques, que de se nourrir de musique et de chants, n’est-ce pas? Et ce fut un régal.

Le pianiste est remarquable. Il faut dire que Philippe Alègre a une carrière riche, qui l’amène à jouer régulièrement dans les salles célèbres comme Cortot et Gaveau.

Philippe Alègre au piano

« Parallèlement à sa carrière de concertiste, il est depuis 2003 le fondateur et directeur artistique des « Nuits musicales du Rouergue », festival d’été au cœur de l’Aveyron. Il est également directeur artistique de « Piano Passion », série de concerts tout au long de l’année à l’église Saint-Julien -le-Pauvre à Paris. » (source)

C’est donc, si je comprends bien, l’instigateur de ce concert. Voilà qui explique le fait qu’il s’agisse à la fois d’un récital de piano, avec des morceaux interprétés en soliste, et d’un récital d’airs chantés par deux artistes, Clémence Lévy et Matthieu Justine.

Le public attend encore quand s’élève une voix du fond de l’église. Vêtue d’une longue robe rouge, la couleur symbolique de cette fête, une jeune femme s’avance, doucement, s’arrêtant de temps à autres pour créer une connivence avec le public, tout en continuant à chanter… Lorqu’elle arrive au choeur, le changement de sonorité est surprenant et fait comprendre comment l’acoustique est modifiée par l’architecture. Elle est ensuite rejointe par son comparse, et l’on saisit très vite une entente étonnante entre les deux artistes, qui semble aller bien au-delà du duo de chanteur/euse…

Je ne vais pas détailler le programme, ma mémoire n’est pas assez performante et il n’y a pas eu de document écrit. Mais il fut d’une extrême variété, allant de Franck Sinatra à un Ave Maria… Cette diversité fut pour moi un peu difficile à accepter, je dois bien l’avouer, même si la thématique était claire : l’Amour, comme l’indiquait le titre du concert. Mais voir swinguer sur le « Maria » de West Side Story dans une église, alors que quelques minutes plus tôt et plus tard on était envoûté par des airs d’opéra, demandait une certaine adaptabilité. Et il a fallu toute la dynamique du trio, et surtout de la jeune femme, pour que cela constitue au total un spectacle exceptionnel, avec une mise en scène bien réglée.

Lorsque j’ai cherché à en savoir davantage sur le duo, j’ai compris. D’abord, que mon hypothèse était juste : Clémence Lévy et Mathhieu Justine forment bien un couple à la ville comme sur la scène. Ils ont d’ailleurs tourné pendant le confinement une vidéo que je vous conseille de regarder.

Toujours pendant le confinement, lorsque celui-ci s’est un peu « ouvert », ils n’ont pas craint d’aller chanter et jouer en plein air. D’autres vidéos, sur leur site officiel, les montrent dans un décor de cités.

Cela correspond à leur engagement citoyen, explicité dans ce texte:

« L’émotion au cœur.
La voix comme drapeau.
L’opéra est universel, il n’a pas d’âge, de couleur, de frontière.
Amener l’opéra et la musique classique là où on ne s’y attend pas.
Faire un pas vers celles et ceux qui pensaient ne pas y avoir accès.
Partager, toucher, vibrer ensemble aux sons des relations humaines dans une cité, une grange d’un petit village de campagne ou une école.
C’est notre engagement aujourd’hui.
Oui l’opéra et la musique classique sont accessibles à tous et l’accueil du public nous le confirme, concert après concert.
« 

On saisit mieux dès lors le nom de leur ensemble : Opéra en Liberté. Et sa devise : « L’opéra partout. L’opéra pour tous ». Car la soprano et le ténor se produisent aussi dans des contextes plus « classiques », comme on le voit sur cette vidéo.

Le public a suivi. Il a aimé. Il a vibré. Moi aussi. Vous savez, ces instants où tout à coup votre corps est parcouru par des picotements, comme une « chair de poule » généralisée? Et ceux où les larmes vous viennent aux yeux tant l’émotion est forte? Et ceux où vous vous surprenez à sourire en permanence (derrière votre masque) tant vous vous sentez heureux/euse?

Le public a applaudi. Ovations qui se sont terminées debout après deux « bis », ou plutôt deux nouveaux airs offerts.

Précession et nutation

Vous n’êtes pas sans savoir à quel point j’aime apprendre des mots. En voici deux que l’on a utilisés devant moi, et dont j’ai dû rechercher le sens par la suite. Si vous les connaissez, passez cet article. Sinon, je vous emmène dans l’espace…

L’origine de leur emploi était une discussion sur… les symboles des évangélistes. Faut-il vous rafraîchir la mémoire? Allons-y.

Représentation de Saint Jean

Trois des évangélistes sont associés à des animaux. Ci-dessus, l’aigle. On sait dès lors que c’est Saint Jean qui est représenté…

Ce n’est pas un chien qui surveille Saint Luc en train d’écrire, mais bien un bovidé. Original, non? Surtout qu’il est ailé! Un boeuf? Il semblerait que oui, si l’on observe les détails.

Mais il n’en fut pas toujours de même : ce fut parfois un veau, et parfois un taureau.

« Les enlumineurs du Moyen Âge aimaient peindre saint Luc qui était leur saint patron et le représentaient avec son animal évangélique. Le bœuf de saint Luc n’a pas toujours été un bœuf. Les Irlandais du haut Moyen Âge lui préféraient un veau, symbole d’innocence, et les carolingiens un taureau, symbole de puissance, mais au poil blanc, symbole de pureté. Au temps carolingiens, le bœuf est l’émanation même de Dieu qui souffle à saint Luc la parole divine. Il apparaît souvent ailé et nimbé. Peu à peu le bœuf se transforme en compagnon du saint, lui tenant son livre, lui servant de lutrin, et même parfois de repose pied. » (source)

Et, sur l’épaule de Saint Marc, ce n’est pas un chaton, mais un gentil lion…

Saint Marc, évangéliste - Christ Roi

Le quatrième, lui, n’a pas eu droit à son animal totem, mais à un ange. Vous l’avez vu enfant ci-dessus, le voici plus âgé…

File:Godfried Maes - St Matthew the Evangelist.jpg

Si vous réunissez les quatre (tétra en grec) images (ou formes, morphé en grec), vous obtenez un tétramorphe.

Tétramorphe

« Devant le trône, on dirait une mer, aussi transparente que du cristal. Au milieu du trône et autour de lui, se tiennent quatre Vivants, constellés d’yeux par-devant et par-derrière. Le premier Vivant est comme un lion ; le deuxième Vivant est comme un jeune taureau ; le troisième Vivant a comme un visage d’homme. Le quatrième Vivant est comme un aigle en plein vol. Les quatre Vivants, portant chacun six ailes, sont constellés d’yeux tout autour et en dedans. » (Apocalypse, IV, 6-8).

Le texte est de Saint Jean, situé à la fin du Nouveau Testament. A présent, je vous propose de lire ce texte :

« Tandis que je regardais, j’ai vu qu’un vent de tempête venait du nord, et il y avait un énorme nuage et du feu qui jaillissait; une lumière vive les entourait. Et au milieu du feu, il y avait quelque chose qui ressemblait à l’électrum.  Dans le feu, il y avait quelque chose qui ressemblait à quatre créatures vivantes ; leur aspect était semblable à celui d’un humain. Chacune d’elles avait quatre visages et quatre ailes. Leurs pieds étaient droits et ressemblaient à ceux d’un veau. Ils brillaient comme le cuivre poli.   Les créatures vivantes avaient des mains humaines sous leurs ailes sur chacun des quatre côtés. Elles avaient toutes les quatre des visages et des ailes.   Leurs ailes se touchaient l’une l’autre. Les créatures vivantes ne se tournaient pas lorsqu’elles se déplaçaient ; chacune allait droit devant elle.   Voici à quoi ressemblaient leurs visages : elles avaient toutes les quatre un visage d’homme, avec un visage de lion à droite et un visage de taureau à gauche, et elles avaient toutes les quatre un visage d’aigle.  C’est ainsi qu’étaient leurs visages. Elles avaient les ailes déployées vers le haut. Chacune avait deux ailes qui se touchaient l’une l’autre et deux ailes qui couvraient son corps Chacune allait droit devant elle ; elles allaient partout où l’esprit les poussait à aller. Elles ne se tournaient pas lorsqu’elles se déplaçaient.  Et les créatures vivantes avaient l’aspect de braises incandescentes. Quelque chose qui ressemblait à des torches aux flammes éblouissantes allait et venait entre les créatures vivantes, et des éclairs jaillissaient des flammes. Et quand les créatures vivantes allaient et venaient, leurs déplacements ressemblaient à des éclairs. » (source)

char des Elus; Ezechiel;William Blake;Prophète Daniel;  Miton;Melville;Faulkner;Xanadu;Orson Welles;Coleridge;mystique  juive;Merkaba;Gnose juive;ascèse;guematria; kabbale;Isaac Luria;Pardès;Talm  – Octoscopie
La Vision d’Ezechiel, Giuseppe Longhi

Ce texte est situé dans la Bible. Il s’agit de la Vision d’Ezechiel (Ezechiel 1:4-28). Il se poursuit avec la description des quatre roues du char. Quatre, un nombre que l’on rencontre ailleurs : en Egypte, avec les quatre hypostases du Créateur, comme sur le temple de Sobek et Haroëris à Kôm Ombo (Ptolémée VI, IIème siècle avant J.C.).

Regardez bien là-haut… Vous les reconnaissez?
A Babylone, quatre siècles plus tôt, ils représentaient les quatre points cardinaux : le Nord, c’était le lion; le Sud, l’aigle; l’Ouest, le Taureau. Une seule différence : c’est un serpent qui représente l’Est. Pourquoi a-t-il changé? Peut-être parce que le serpent, dans la Bible, n’est autre que le symbole du Diable, du Démon, du Mal. On lui a substitué son antithèse, l’Ange, un androïde.

Quatre, c’est aussi le nombre des saisons, n’est-ce pas, Vivaldi? Et on en arrive aux constellations et aux signes du Zodiaque.

Vous en avez reconnu deux, n’est-ce pas? Le Lion… c’est l’Eté. Le Taureau… le Printemps. Vous allez me dire : mais il n’y a ni Aigle ni Ange. Eh si ! L’aigle est associé au Scorpion, dans l’Antiquité. L’Aigle, c’est donc l’Automne. Reste l’Ange… vous avez deviné ? Lequel des 12 (3×4, soit dit en passant…) signes, laquelle des 12 constellations a une forme humaine? Le Verseau, déjà représenté dans l’Egypte antique par un homme versant de l’eau.

Résumons-nous. Dans l’Antiquité, 4 saisons, identifiées par 4 constellations qui les caractérisent. Tout cela repris par un récit se déroulant à Babylone, vers 630 avant notre ère. Visible sur un temple égyptien du 2ème siècle av. J.C. Vous me suivez? On est bien avant l’histoire des Evangiles ! J’ai cherché à identifier les dates des évangiles, ce n’est pas simple… et ça se complique encore quand on cherche les dates des auteurs. Impossible, par exemple, pour Matthieu, alias Levi. Mais lui et les trois autres (non, pas les Mousquetaires… dont vous remarquerez qu’ils étaient aussi quatre, comme le Club des Quatre de l’enfance des filles nées dans les années 50, les Quatre filles du Docteur March… mais aussi les Quatre Vents du Mahjong, les Quatre points cardinaux, les Quatre éléments, sans parler de la Quatrième dimension… Et il a fallu le trèfle à quatre feuilles pour passer du 4 au 5. Il faudra peut-être que j’y revienne?

Les Saisons calendrier 4 works by Alphonse Mucha on artnet
Les quatre saisons de Mucha

Vous devez vous demander, si vous connaissez le sens des termes sur lesquels j’ai enquêté, quels liens unissent les évangélistes, leurs symboles et ces termes ? Un peu de patience… En effet, il faut d’abord comprendre le noeud du débat. Il s’agit bien des quatre saisons, décalées des constellations comme vous avez pu l’observer sur le schéma situé plus haut. Comment s’explique ce décalage? Eh bien, oui, par la précession des solstices. Nous y voilà.

 » Mouvement rétrograde du point vernal sur l’écliptique, lié au déplacement de l’axe terrestre autour de la direction du pôle moyen de l’écliptique«  (Astron. (cilf) 1980). Le soleil franchissait le passage équinoxial sous le signe du taureau, et (…) ce n’est que par l’effet de la précession des équinoxes, qu’il le franchit de vos jours sous le signe de l’agneau (Dupuis, Orig. cultes,1796, p.337).

« Une autre objection d’origine astronomique est celle de la précession des équinoxes (Beer1939, p.13).

« Ces longitudes étant comptées à partir des points équinoxiaux, leur commun accroissement équivaut à la rétrogradation de ces points, qui, graduellement déplacés en sens contraire du soleil, doivent produire chaque année, dans le retour des équinoxes, un avancement ou précession d’environ 20 minutes, temps que le soleil emploie à décrire 50 » de l’écliptique. D’après ce déplacement fondamental, les points équinoxiaux accompliraient une révolution entière (…) en une période de 260 siècles, dont nous n’avons parcouru, depuis Hipparque, qu’une faible partie… Comte, Traité philos. d’Astron. pop.,Paris, Carilian-Goeury, 1844, p.307. » (CNRTL)

Ne comptez pas sur moi pour vous expliquer le phénomène physique ni astronomique. C’est très bien fait dans cette vidéo, que je me sens incapable de résumer. Elle m’a aussi appris que je me trompais dans la définition de l’équinoxe et la confondais avec l’équilux! Encore un mot nouveau pour moi, toujours aussi ignare…

Et voilà comment une discussion entamée lors d’un concert dans l’église Saint Julien le Pauvre a débouché sur une véritable enquête à travers l’Histoire et l’Espace…

Mais ce n’est pas tout. Un défi me fut lancé à l’issue de celle-ci : « Et il ne faut pas confondre « précession » et « nutation »! » A ma question « Qu’est-ce? », réponse « Tu n’as qu’à chercher ». Donc, j’ai obtempéré. Et trouvé l’explication sur cette vidéo.

J’y ai appris que j’aurais dû mieux lire d’Alembert, qui a écrit sur nutation et précession.

L’original, datant de 1749, est accessible en ligne gratuitement. Vous pouvez lui préférer une version plus moderne, comme celle qui est intégrée dans ce livre du CNRS.

Je laisse à l’Encyclopaedia Universalis le soin de résumer:

« De même que l’axe d’une toupie qui tourne décrit un cône sous l’action de la pesanteur, l’axe de rotation de la Terre décrit, en 25 800 ans environ, sous l’action des forces d’attraction de la Lune et du Soleil, un cône dont le demi-angle au sommet est de 230 26′. C’est le phénomène général de la précession. Ainsi, la direction du pôle Nord céleste, actuellement voisine de celle de l’étoile Polaire, en était éloignée de 90 il y a 2 000 ans. Elle sera proche de celle de l’étoile Véga dans 11 000 ans.

Le plan de l’équateur, perpendiculaire à l’axe de la Terre, tourne aussi, de même que l’équinoxe de printemps (ou point γ), intersection de ce plan avec l’écliptique. Cette direction servant d’origine aux systèmes de coordonnées stellaires, les coordonnées des astres fixes varient elles aussi avec le temps. Ce phénomène a été mis en évidence par Hipparque au iie siècle avant J.-C., découverte complétée par celles du mouvement de l’écliptique (xviie siècle) et de la nutation de Bradley (xviiie siècle).

On décompose ce mouvement complexe en deux parties : la précession proprement dite, mouvement continu et actuellement légèrement accéléré de l’axe de la Terre sur un cône de révolution, et la nutation, mouvement multipériodique faisant décrire à cet axe des festons autour du cône. »

Vous avez compris? Alors, votre QI est nettement supérieur au mien ! Mais je retiens une image…

Toupies en bois

Sur laquelle des toupies vivons-nous? Voilà qui n’est guère rassurant! Et si, en plus, on pense que cela a à voir avec le climat, où allons-nous?

A propos, je vais vous faire rire (jaune?)! En recherchant une image de toupie, j’ai découvert un nouveau mot, « inception ». Mais c’est une autre histoire…