Débats autour du kig ha farz

En ce vendredi 13, retour à la Charrette, comme prévu, pour aller goûter le kig ha farz préparé la veille quasiment sous nos yeux, et qui avait donné lieu à une discussion épique sur la manière de le préparer.


Mais peut-être ne savez-vous pas ce qu’est ce plat? Le nom pourrait vous aider… Mais il faudrait parler breton!

« kig \ˈkiːk\ masculin (pluriel kigoù)

  1. Viande.
    • En Breiz-Izel, e ver mat evit ar paour, hag en pep ti e vo evitan eun tamm bara, eun tamm kig, alïes eur skudellad soubenn. — (Fañch al Lae, Bilzig, Ad. Le Goaziou, leorier, Kemper, 1925, page 37) En Basse-Bretagne on est bon envers les pauvres, et dans chaque maison il y aura pour lui un morceau de pain, un morceau de viande, souvent une écuelle de soupe.
  2. Chair.
    • Setu poazhet ar pesk eta, debret e gig gant gwreg ar pesketaer, e galon, gant ar gazeg, hag he vouzelloù, gant ar giez. — (Fañch an Uhel, Kontadennoù ar Bobl /4, Éditions Al Liamm, 1989, page 48) Voici le poisson cuit donc, sa chair mangée par la femme du pêcheur, son cœur, par la jument, et ses boyaux, par la chienne.
  3. (Religion) Chair, opposée à l’esprit.
    • E-touez ar re bersonelañ hag ar re vravañ e lakaan ar re ma vez komzet diardoù eus cʼhoantoù ar cʼhig just a-walcʼh […]. — (Malo Bouëssel du Bourg, Petra nevez ?, in Al Liamm, niv 416, Mae-Mezheven 2016, page 95) Parmi les plus personnels et les plus beaux je mets ceux où l’on parle sans façon des désirs de la chair justement […]. »

Vous avez déjà le début, le mot qui explique ma surprise de voir ce plat réservé au vendredi en ce lieu… Le deuxième mot, vous le connaissez peut-être. On le trouve dans le nom du drapeau de la région « Gwen ha du » « Blanc et noir ». « Ha » signifie « et ». Quant à « fars », vous avez déjà sans doute mangé un dessert de ce nom, le « far » breton… En latin, « far » est employé pour désigner du blé, de l’épeautre… Le « far », en breton, est à la fois la farine et le dessert fabriqué à base de farine, avec une base de pâte à crêpe épaisse, que l’on garnit de fruits et qui est cuite dans du beurre bien doré. Le nom du plat est ainsi littéralement « viande et blé ».

Il existe, vous l’aurez compris, de nombreuses variantes de ce plat typique nord-breton (notamment Trégor). Les ingrédients sont cependant presque toujours les mêmes. Les viandes, d’abord : du boeuf (beau morceau) et du porc (jarret et lard). Auxquelles s’ajoutent les os à moëlle. Parfois on ajoute des saucisses fumées. Les légumes ensuite : chou blanc, poireaux, navet, carottes, oignons. Les « fars » enfin, de deux sortes : le salé, à base de sarrasin, et le sucré, à base de froment. Ils sont cuits dans des sacs que l’on plonge en fin de cuisson dans l’espèce de « potée » constituée par les autres ingrédients.

Ces sacs étaient autrefois faits avec des toiles blanches, de voiles ou de chemises de marins.

L’un des points de dissension est la manière de servir les fars. Pour certain-e-s, en tranches, tandis que d’autres les préfèrent émiettés, comme de la semoule de couscous.

Celui que nous avons eu la chance de déguster comporte les deux options : le far sucré, en tranche, tandis que le salé était en forme de semoule.

Un plat bien consistant, donc! D’ailleurs les poules se régalent des restes…

Aussi étais-je contente de finir par du plus léger et frais : une boule de glace à l’ortie avec un léger nappage au chocolat. La cheminée suffisait à me réchauffer!

Je ne voudrais pas finir sans revenir à l’aubergiste, cuisinier hors norme, et à sa cousine qui nous a servis avec beaucoup d’amabilité et de chaleur. Il est si rare de trouver un endroit où l’on se sent aussi bien, et où l’on sert une cuisine aussi raffinée et originale qu’authentique et faite de produits locaux et frais!

Une adresse à découvrir… vite, car le propriétaire nous a dit être en difficulté et vouloir abandonner ce qui était le rêve de sa vie… Quel dommage!

Ah! J’allais oublier! En préparant cet article, j’ai trouvé un document archivé par l’INA, où deux Bretonnes expliquent leur manière de concevoir le kig ha farz… Je vous laisse le découvrir ici.

Bienvenue à La Charrette!

Avant de commencer cet article, toutes mes excuses à mes fidèles lecteurs/trices, qui m’ont relancée à maintes reprises car privé-e-s (disaient-elles/ils) de leur lecture quotidienne (ou presque). Je viens de vivre une période difficile pour diverses raisons, et ne me sentais plus capable de commettre des textes, plus ou moins bons… Et écrire « noir », cela n’est pas mon objectif. Sans compter que je sortais beaucoup moins, et n’avais donc plus beaucoup à vous faire découvrir. J’essaie de me « secouer », et vais donc tenter de reprendre un rythme plus soutenu, pour vous emmener avec moi dans des espaces réels, culturels ou pensés et des plaisirs que je voudrais partagés, à défaut d’être aussi « nomades » que naguère.

C’est la rencontre de personnes chaleureuses, avant-hier et hier, qui m’a redonné l’envie de partager… Je les ai rencontrées dans un penty très authentique malgré les transformations subies (ajout d’une maison adjacente, et sans doute rehaussement), transformé en lieu de restauration. Je ne parle pas de « crêperie », car ce terme a été largement galvaudé – opinion partagée avec notre hôte, qui exprime son ressentiment envers tous ses collègues qui prétendent faire des « krampouz » alors que ce ne sont que de mauvais ersatz, souvent pré-fabriqués.

Cela faisait des années que j’avais remarqué ce lieu, étrangement situé à la sortie extrême de Saint-Evarzeg, sur une petite route où ne passent que des personnes pressées d’arriver à Quimper ou de rentrer chez elles en pays Fouesnantais. Drôle de choix d’implantation, me disais-je, tout en me promettant de m’y arrêter un jour, par curiosité. D’autant plus qu’un panonceau – bien situé, lui – annonçait un jour où l’on servait l’un de mes plats bretons préférés, le kig ha farz… Dans ma mémoire, le jeudi.

Arrivée un jeudi matin en Pen Ar Bed, j’étais invitée au restaurant Le Grand Large, Pointe de Mousterlin, car tout le monde sait combien j’aime déjeuner ou dîner face… au grand large, justement. Mais voilà, déception. En janvier, fermé. Appels aux quelques rares restaurants vue mer, entre Cap Coz et Benodet. Tous fermés. Renoncement à l’horizon, donc. Ma crêperie préférée? Fermée aussi. J’ai alors repensé à ce penty intrigant… Appel. Une voix aimable me répond qu’il n’y pas de problème, qu’on m’attend même si je ne puis réserver…

Et c’est ainsi qu’en ce jeudi 12 janvier je découvre enfin le restaurant La Charrette. Le panonceau est toujours là. Mais le kig ha farz, c’est le vendredi, non le jeudi. Qu’à cela ne tienne, il y a sûrement autre chose à déguster…



Et c’est ainsi que nous voilà attablés devant un poêle bien garni, un feu aux flammes vives, dans une petite salle ornée d’un superbe portrait de Léo Ferré.

Ce sont les meilleures crêpes que j’aie jamais mangées! Un pâte « souple », du beurre en quantité bien dosée, et des garnitures originales. Pour ma part, j’avais choisi une « classique », la saucisse. Une merveille de saucisse légèrement fumée, cuite à point, dans une pâte moelleuse.

D’autres avaient choisi la crêpe portant le nom de la maison. Et, surprise, elle est agrémentée d’une boule de glace… à la moutarde ancienne. Un délice! Je découvre pour ma part, pour mon dessert, la galette (pour celles et ceux qui l’ignoreraient, s’il en est, la galette est à base de sarrazin, alors que c’est le froment qui fait la crêpe), la galette, disais-je, aux pommes caramélisées, caramel au beurre salé (une redondance pour les Anciens, car jamais on ne vit de beurre non salé jadis) – jusque là rien de très original) – mais avec une pointe de kremmig et une boule de glace… au sarrazin… Ah, au fait, savez-vous ce qu’est le Kremmig? C’est de la crème de Lambig. Lambig, vous demandez-vous peut-être? J’ai beaucoup aimé cette propagande sur un site marchand :

« Le Kremmig est issu de l’incroyable rencontre entre une crème onctueuse et du Lambig de Bretagne labellisé AOC.

Le Lambig est distillé dans des alambics en cuivre avec des cidres exclusivement produits à partir de pommes de Cornouaille. Il est ensuite vieilli en fûts de chêne, donnant au Kremmig sa jolie couleur café au lait.

Se dégustant frais et, idéalement, sur de la glace pilée, il fera la joie de vos fins de repas.

Il fait également merveille sur une glace à la vanille, un gâteau au chocolat ou sur une tarte Tatin.« 

Si vous voulez commander du Lambig en breton, vous pouvez demander du gwinardant ou, plus facile à retenir « odivi » ou « lagout ».

Du temps où l’on ne pouvait plus parler breton…

Wikipedia est plus objectif et permet de mieux comprendre parfois, malgré toutes les réserves que l’on peut faire:

« La dénomination lambig provient du nom en breton de l’alambic, al lambig. Le lambig est obtenue par distillation de cidre. Son distillat titre environ 70 %. Cet alcool concentré peut ensuite être coupé avec de l’eau pour ramener son titre à environ 50 % en volume. »La dénomination lambig provient du nom en breton de l’alambic, al lambig. Le lambig est obtenu par distillation de cidre. Son distillat titre environ 70 %. Cet alcool concentré peut ensuite être coupé avec de l’eau pour ramener son titre à environ 50 % en volume.

On distille en général une barrique de cidre (225 litres) pour obtenir 20 litres de lambig. L’opération est effectuée, pour le compte des exploitants producteurs de cidre, par des distillateurs professionnels itinérants (ou bouilleurs de cru) qui se déplacent d’un village à l’autre.

En France, la production d’alcool est limitée à 20 litres de lambig par an et par exploitation agricole1.« 

Impossible de clarifier l’histoire du kremmig, mais quelques précisions trouvées sur un site

« Le Kremmig est une crème de Lambig – à l’image du Baileys – de 8 ans d’âge, un pêché mignon que les anciens qualifient de « Petit Jésus en culote de velours » « 

Quant à la glace au sarrazin, elle a ajouté un contrepoint adéquat au sucré de la garniture. En préparant cet article, j’ai découvert que ce n’était pas une invention locale, elle existe bien sur le net. Une recette vous en est par exemple donnée sur ce beau site.

Pendant que nous dégustions tout cela, le patron-cuisinier était en train de préparer… le kig ha farz qu’il servirait le lendemain! Car c’est le vendredi qu’il est servi. Moi à qui l’on a toujours dit que le vendredi était, en Bretagne, le jour des crêpes! Surtout dans un pays dont la religion fut souvent aussi forte que catholique! Servir de la viande un vendredi! Car « kig » désigne la carne, justement interdite le vendredi… Mais, au fait, j’y repense, le portrait de qui est accroché au mur? Et une vue du jardin, en sortant, semble confirmer l’hypothèse…

Rendez-vous donc dans un article suivant pour que je vous parle de ce plat, qui a donné lieu à des discussions sérieuses entre une Bretonne de 91 ans et un Breton de 68 ans, son hôte, entraînant une « dégustation » un vendredi 13…

Varech

Plage de Kerneuc, 31 octobre 2021

En écrivant ce titre, je me suis questionnée sur le choix du mot et son orthographe… Allais-je écrire « varech », « varechs », ou goémon (avec ou sans s)? Ou m’adonner aux joies de la bretonnitude et opter pour « bezhin » ou « gouemon »?

Evidemment, pour celles et ceux d’entre vous qui me connaissez, je me suis précipitée sur le CNTRL puis sur le Littré…

Intéressante découverte, comme souvent… Car, si j’avais voulu évoquer une épave, j’aurais aussi pu faire ce choix terminologique.

« Nom collectif de tous les débris que la mer rejette sur ses côtes. Naufrages et varech, qu’est-ce ? ce sont les biens pêchés au bord de la mer, des lacs et des rivières, Arch. des Finances, mss. Instr. sur la Chambre des Comptes, 1701, p. 19. » (Littré)

Le saviez-vous? Moi, non…

Cela viendrait, d’après le Littré, de la racine indo-européenne présente dans « frangere » (bien connue maintenant avec la mode des « frexit »!)

Pour ce qui concerne l’incertitude singulier / pluriel, elle fut vite levée. On peut mettre les deux, car le singulier de « varech » est un singulier collectif et désigne « du varech » ! Donc ex-aequo…

Reste le goémon. Il est plus précis, puisqu’il ne désigne que des algues… « Mélange d’algues marines brunes des genres fucus et laminaire, récoltées sur les côtes bretonnes et normandes, que l’on utilise comme engrais ou dont on extrait de la soude et de l’iode. » (CNTRL)

Mais un point commun : l’épave. En effet, ce qui est rejeté par la mer sur les côtes, comme ce fut le cas dans le Finistère dernièrement, est dénommé « goémon d’épave »… J’aurais donc dû intituler cet article « Goémon d’épave »…

Car j’ai eu envie ce matin de partager avec vous quelques photos prises sur la Plage de Kerneuc, à Fouesnant – pardon, Fouen… En recherchant la bretonnitude, les traducteurs ont laissé le foin mais oublié la vallée (nant)…

Je tiens à préciser qu’aucune des photos n’a été retouchée, ni même recadrée. Il n’est que le « champignon » qui a été pivoté…

L’idée de leur donner des titres m’a titillée, mais je préfère laisser chacun-e

J’ai volontairement laissé les photos dans l’ordre où elles ont été prises, car cela correspond aux changements réels de luminosité, et aux « découvertes » tout au long de cette belle promenade, le visage fouetté par un suroît agréable…

Et une belle surprise en fin de balade…

Exposition à la Chapelle de Kerbader (Fouesnant les Glenan)

Reportage de notre correspondant en Bretagne…

Une exposition collective d’artistes est organisée comme chaque année par l’association Les amis de Kerbader, dans la chapelle éponyme. Anne-Marie Dalhen, la dynamique présidente, y réunit un grand nombre d’artistes, essentiellement bretons, voire du Finistère.

Chaque semaine l’exposition est entièrement renouvelée. Cet article ne reflète donc que les oeuvres présentées du 22 au 29 juillet 2019.

Impossible de faire un commentaire exhaustif sur les nombreux/euses artistes, c’est donc Suite à son exposition été 2018 en Ardèche, Abstr’Onirique, Philippe Colin présente une nouvelle série de ses dernières oeuvres, Ma Br’Onirique. Pour celles et ceux qui ignorent tout de la langue bretonne, « Ma Bro », c’est « Mon Pays ».

 » O Breizh, ma bro, me ‘gar ma bro ! », selon l’hymne national breton… autres versions ici, Tri Yann, version symphonique

Eclats de mer sur les rochers, soleils levant / couchant sur le Bout du Monde…

… ou encore vert frais des Marais, tels ceux de Mousterlin…

Autant d’évocations, d’interprétations… je précise qu’elles sont de moi, non du peintre lui-même, qui se refuse à toute traduction de ses oeuvres… (voir son site)

Parmi les autres, l’oeil est attiré par une série de tableaux composés à partir d’écorces d’arbres.

La peinture de Claudine Jacq est fraîche, variée, et d’une originalité certaine.

Bref, une exposition à voir absolument si vous avez la chance de passer par « Ma Bro » d’adoption…