L’après-midi d’un faune

Frontispice d’Edouard Manet, édition Derenne, 1876

Je dédie cet article à un ami musicien confiné seul dans sa Bourgogne natale, et qui me soutient chaque jour par des échanges amicaux souvent orientés vers les plaisirs procurés par les sons, qui volent vers les pauvres humain-e-s emprisonné-e-s… C’est lui qui en as choisi le thème, à partir de l’oeuvre musicale de Debussy, Prélude à l’après-midi d’un Faune.

« J’adore cette pièce, pleine de poésie brumeuse, de nonchalance contemplative, et d’une douce et tiède sensualité évanescente (naissante?)…

« Et c’est fortement d’actualité

Lascivité rêveuse…
Et mélancolie latente

L’attente de quoi… » (JL, 13/4/2020)

Je vous propose cet enregistrement de 1989 sous la direction de Leonard Bernstein.

Pour ma part, je vais commencer par le texte, que, je pense, peu de monde connaît dans son entièreté. Il faut dire qu’il est long, cet « églogue », que j’ai copié sur une édition de 1876, numérisée sur le site de la BNF, qui en propose d’autres éditions auxquelles vous pourrez accéder.

Vous pouvez, à votre guise, écouter d’abord la musique, puis lire le poème, ou bien faire l’inverse, ou mener de front les deux… Enfin, pour ce faire, vous êtes totalement libres!!!

Je dois dire que j’ai beaucoup apprécié les illustrations de ce livre, et vais donc vous en proposer quelques-unes, en espérant que leur reproduction est libre de droit, ce dont je ne suis hélas pas certaine. Mais en ces temps difficiles, je pense que des dérogations sont possibles? Quoique…

Cette oeuvre, Mallarmé la dédie à des amis, de manière très explicite.

Léon Cladel (Bracquemont, 1883)
Ecrivain, militant, Quercytain
(1835-1892)
Léon Dierx, poète parnassien
(1838-1912)

Les quatre écrivains étaient de la même génération. Stéphane Mallarmé, né en 1842, était le plus jeune de la bande…

Catulle Mendès, écrivain, librettiste (1841-1909)

Partition originale

Pour en revenir à l’oeuvre de Debussy, voici la version préférée de mon ami. Le Royal Concertgebouw Orchestra y est dirigé par Bernard Haitink. Je vous livre son commentaire.

« Elle est lumineuse et voilée à la fois…. Voilée de mystère. » (J.L.)

Thomas Turner a effectué un diaporama sur la musique de Debussy, interprétée par L’Orchestre symphonique de Montréal, Charles Édouard Dutoit, avec de très beaux tableaux, en grande partie impressionnistes. Je vous conseille d’aller visiter sa page Youtube, il y a beaucoup d’autres propositions sympathiques…

Un parallèle est effectué entre les deux oeuvres, musicale et poétique, dans cet article publié dans la Revue Italienne d’Etudes Françaises.

J’ai recherché des lectures du poème. Il y a celle de Pierre-Jean Jouve, mais je la trouve bien trop « déclamée »… sans doute est-ce dû à la période où elle a été enregistrée… Je préfère largement la version de Gérard Ansaloni, mais attention, il ne reprends que quelques extraits dans Les Faunes.

Cela me donne l’occasion d’un clin d’oeil à un autre de mes amis, musicien lui aussi, poète et amateur de faunes. Il reconnaîtra celui-ci, que je ne puis malheureusement plus aller saluer en ce moment.

Voilà qui constitue une heureuse transition vers un autre art, la danse. Bien sûr, impossible d’évoquer Debussy sans en venir à Nijinski, n’est-ce pas?

Aquarelle de Léon Bakst en 1912 (source)

Voici une version filmée en 1912, superbe. Une belle analyse en est proposée sur ce site. On trouve aussi encore à acheter des livres sur le danseur et chorégraphe, en lien avec le ballet.

1991

Depuis, la chorégraphie a été reprise à maintes reprises, avec plus ou moins de bonheur à mon goût. Un superbe décor pour cette interprétation que je ne parviens pas à dater, mais je ne suis pas séduite. Nureyev en faune / fauve dans cette version, toujours non datée.

Au cinéma, George de la Pena jouant Nijinsky dans le ballet (film éponyme, 1980)…

Je ne puis bien évidemment pas oublier le remake célèbre et fort controversé de la chorégraphie de Nijinsky dans le clip officiel de I want to break free, de Queen (2’12 à 3’10 environ) – ce qui rappelle le spectacle vu cet hiver, dont je vous ai déjà parlé…

Freddie Mercury

PS. Au moment de « boucler » cet article, je découvre un article de France Culture fort intéressant, intitulé « Le faune de Mallarmé, Debussy et Nijinski ou le Scandale des gestes nouveaux« , à lire, écouter, partager…

Et, pour forclore, un émouvant court-métrage au début très « en écho », « Henri Storck, l’après-midi d’un faune » by Colinet André, avec de beaux airs de harpe celtique. Mais pour ouvrir sur l’avenir, une performance alliant vidéo et concert, en 2011, et Muses à découvrir…

Nostalgie

Automat, Edward Hopper (1927)

Ô nostalgie des lieux qui n’étaient point
assez aimés à l’heure passagère,
que je voudrais leur rendre de loin
le geste oublié, l’action supplémentaire !

Revenir sur mes pas, refaire doucement
– et cette fois, seul – tel voyage,
rester à la fontaine davantage,
toucher cet arbre, caresser ce banc…

Monter à la chapelle solitaire
que tout le monde dit sans intérêt ;
pousser la grille de ce cimetière,
se taire avec lui qui tant se tait.

Car n’est-ce pas le temps où il importe
de prendre un contact subtil et pieux ?
Tel était fort, c’est que la terre est forte ;
et tel se plaint : c’est qu’on la connaît peu.

Reiner Maria Rilke
Pâques dans les Ardennes

Co-confinement ou cocon-finement?

En naviguant ce matin sur la Toile, j’ai découvert ce site que je veux immédiatement partager avec vous. Il s’agit d’une coopération entre des citoyens lambda, dans un esprit de solidarité et d’entr’aide, avec entre autres l’idée de lutter contre la désinformation et de partager des « méta-ressources », si j’ose dire.
En voici l’adresse : https://co-confines.fr/

Des initiatives intéressantes y sont présentées, comme celle-ci, qui, pour des gourmand-e-s comme moi, donne une idée « généreuse »: payer maintenant ce que l’on rêve de consommer au restaurant plus tard, pour soutenir les restaurateurs… : https://www.lagrandebouffe.club/

Mais aussi la manière d’éviter de saturer Internet tout en télétravaillant, un renvoi à un article de France Inter : https://www.franceinter.fr/dix-astuces-pour-teletravailler-sans-faire-tousser-la-planete

Ou encore, la manière de disposer de livres gratuits : https://www.edition999.info/

Loin de moi l’idée de tout vous citer, on trouve vraiment toutes sortes de pistes dans toutes sortes de direction. Je vous laisse donc découvrir…

Etti Anki

Comme j’avais souhaité cette semaine « Pessah semeah » à quelques ami-e-s, je recherchais un poème en lien avec cette fête, sans être pour autant un texte religieux.

Toros Roslin (1266)

J’en ai trouvé un, émouvant, mais dont la qualité littéraire ne m’a pas semblé extraordinaire. Je ne sais plus par quel détour du surf je suis arrivée à Yehouda Halevy – Judah ben Shmuel Halevi – sur lequel je reviendrai peut-être un jour, car j’ai envie d’en savoir davantage sur ce « rabbin, philosophe, médecin et poète sérafade » du 11ème siècle (décidément, j’en reviens toujours à ce siècle dans mes appétences…). Et il m’a conduite à découvrir une chanteuse dont j’ai beaucoup apprécié la voix, ce qui m’amène à vous guider vers elle en ce samedi saint qui est aussi Shabbat…

Chagall, Pessah (1968)

La rencontre s’est effectuée au travers de ce poème d’Halévi chanté par la jeune femme, dans cette vidéo (pour les impatient-e-s, allez directement à 3’49). J’ai cherché désespérément sa traduction, sans la trouver. Mais j’ai bon espoir qu’un-e lecteur / lectrice nous la transmette un jour…

Un point commun entre l’humaniste « hébraïsant et arabisant » du Moyen Age et l’actrice, chanteuse, poète et compositrice : la rencontre des cultures juives et arabes. Etti Ankri est en effet née à Lod, en 1963, dans une famille qui a vécu en Tunisie, et sa musique présente souvent des résonances séraphades, voire maghrébines.

Un album entier est consacré à Yehuda Halevi, Avdei Zman.

Pour poursuivre, laissez-vous entraîner par Eshebo

J’aime beaucoup sa voix, que vous pourrez apprécier, vous aussi, en choisissant les morceaux que vous souhaitez entendre sur ce site très bien fourni, mais uniquement audio : musicMe.

Le premier album d’Etti Ankri

Musicienne également, elle joue de divers instruments, comme vous pourrez le constater sur les enregistrements suivants : la guitare pour Ahava gdola, une sorte de tambourin, et je crois l’avoir vue jouer de l’oud, mais ne trouve pas de vidéo la montrant avec cet instrument…

En tant qu’actrice, elle a joué dans les films suivants, dont je ne suis pas parvenue à trouver des scènes photographiées…

Léhem (1986)
Resissim (1989)
Etti Anki dans Resissim
Deadline (1987)
Shabattot VeHagim (1999-2000)

Tornerai

Caillebotte (1876)

C’était hier l’anniversaire d’un des lecteurs fidèles de ce blog. Pas uniquement lecteur, car il l’enrichit régulièrement de ses commentaires. Parmi ces derniers, vous avez sans doute vu celui qui évoque un beau texte italien, « Tornerai ». Alors, en forme de cadeau d’anniversaire, j’ai décidé ce matin de consacrer mon article quotidien dans cette rubrique spécialement créée pour la période de confinement à ce texte… Bien qu’il ne s’agisse pas à proprement parler de poésie, mais du texte d’une chanson que vous n’êtes pas sans connaître, même si la traduction du titre italien ne correspond nullement au titre en français.
J’ai en effet été totalement déroutée, lorsque j’ai lu le commentaire puis que j’ai cherché les paroles en italien, de découvrir que l’on était passé, par je ne sais quelle pirouette ni surtout pourquoi, de « tu reviendras » à « j’attendrai ». Pourquoi ce glissement de point de vue ? Ce passage du sujet agissant au sujet passif ? Sur fond de question de genre, soit dit en passant… Mais revenons au texte dans sa langue d’origine. Il ne date pas d’hier! 1933… il sera bientôt nonagénaire!

Et c’est alors que commença une véritable enquête… Les paroles trouvées sur le net variaient d’un site à l’autre. Pourtant, les références musicales aboutissaient à la même mélodie. Et, à l’heure où j’écris ces lignes que je voudrais publier avant que la nuit ne s’achève, je viens juste de trouver la solution. Mais gardons le suspens.

Je ne suis pas parvenue à trouver le texte original, en italien.

Voici le premier texte en français, un très beau poème. C’est celui auquel le commentaire sus-cité faisait allusion.

Strophe 1

Les fleurs palissent,
Le feu s’éteint,
L’ombre se glisse
Dans le jardin.
L’horloge tisse
Des sons très las,
Je crois entendre ton pas.
Le vent m’apporte
Des bruits lointains.
Guettant ma porte,
J’écoute en vain.
Hélas plus rien,
Plus rien ne vient.

Refrain

J’attendrai le jour et la nuit,
J’attendrai toujours
Ton retour.
J’attendrai, car l’oiseau qui s’en fuit
Vient chercher l’oubli
Dans son nid.
Le temps passe et court
En battant tristement
Dans mon coeur plus lourd:
Et pourtant j’attendrai ton retour.

Strophe 2

Reviens bien vite,
Les jours sont froids,
Et sans limite
Les nuits sans toi.
Quand on se quitte
On oublie tout,
Mais revenir est si doux.
Si ma tristesse
Peut t’émouvoir
Avec tendresse
Reviens un soir.
Et dans tes bras
Tout renaîtra.

Traduction Louis Poterat, source

Au passage, un petit détour car je n’ai pu m’empêcher, vous vous en doutez, d’aller voir qui était ce « Louis Poterat ».

« Après des études de droit, Louis Poterat débute dans le journalisme, puis se lance dans le commerce. Il écrit d’abord pour des revues locales, et s’intéresse à la chanson. Il adapte des œuvres étrangères, et entre à la firme de cinéma Pathé-Marconi pour écrire en série des chansons de films. Ses premiers grands succès datent de la fin des années 1930, et sont des adaptations de chansons étrangères (J’attendrai, sur une musique du compositeur italien Dino Olivieri, en 1938, chantée par Rina Ketty ; Sur les quais du vieux Paris, dont la musique est due à un Allemand, Ralph Erwin, premier succès de Lucienne Delyle, en 1939). En 1943 il écrit la Valse des regrets sur la musique de la célèbre valse en la bémol, opus 39, no 15, de Johannes Brahms, qui deviendra un des grands succès de Georges Guétary. »

J’ai laissé tel quel le texte de Wikipédia, car il vous permet aussi de naviguer sur la Toile…

Carl Vilhelm Holsoe (1863-1935)

Une fois n’est pas coutume, nous allons donc effectuer une démarche historique, pour mieux cerner les avatars de ce texte. Vous me suivez ?

1937, première version trouvée en ligne, celle de Carlo Buti (1902-1953).

La version originale en français est chantée par Rina Ketty. Le disque proposé date de 1938, soit un an après. Or les paroles n’ont rien à voir, à l’exception du refrain. Une hypothèse surgit : les paroles de Louis Potérat ne seraient pas une traduction, mais une adaptation, très libre, une création en quelque sorte, pour ce qui concerne les deux strophes présentées plus haut…

Tino Rossi (1907-1983) reprend la chanson l’année suivante, en 1939. Jean Sablon (1906-1994) enchaîne, la même année. Je n’ai pas trouvé une autre version qui serait de Jacques Larue; si vous l’avez, merci de m’en donner le lien.

Voici alors les paroles. Je vous laisse jouer au « jeu des différences » avec celles de la première version…

J’attendrai
Le jour et la nuit, J’attendrai toujours
Ton retour
J’attendrai
Car l’oiseau qui s’enfuit vient chercher l’oubli
Dans son nid
Le temps passe et court
En battant tristement
Dans mon cur si lourd
Et pourtant, J’attendrai
Ton retour

J’attendrai
Le jour et la nuit, J’attendrai toujours
Ton retour
J’attendrai
Car l’oiseau qui s’enfuit vient chercher l’oubli
Dans son nid
Le temps passe et court
En battant tristement
Dans mon coeur si lourd
Et pourtant, J’attendrai
Ton retour

Le vent m’apporte
Des bruits lointains
Devant ma porte
J’écoute en vain
Hélas, plus rien
Plus rien ne vient
J’attendrai
Le jour et la nuit, J’attendrai toujours
Ton retour

J’attendrai
Car l’oiseau qui s’enfuit vient chercher l’oubli
Dans son nid
Le temps passe et court
En battant tristement
Dans mon cur si lourd
Et pourtant, J’attendrai
Ton retour
Et pourtant, J’attendrai
Ton retour

Je n’ai pas réussi à dater l’enregistrement effectué par Gino Bechi (1913-1993), présenté sur ce disque.

En 1956, c’est au tour de Luciano Virgili (1922-1986) de l’interpréter, accompagné de l’orchestre dirigé par Dino Olivieri, le compositeur de la musique.

Une vingtaine d’années plus tard, c’est une femme, Raffaella Carra (1943-), qui « modernise » l’air, comme dans cette vidéo de 1976.

Fritz von Uhde (1890)

En France, Dalida reprend la chanson ( apparemment la même année, mais ce serait à vérifier) et qui l’interprétera aussi en italien. Les paroles sont alors celles-ci… Nouveau jeu des différences…

J’attendrai le jour et la nuit
J’attendrai toujours ton retour
J’attendrai car l’oiseau qui s’enfuit
vient chercher l’oubli dans son nid
Le temps passe et court en battant tristement
dans mon coeur si lourd
Et pourtant j’attendrai ton retour
J’attendrai le jour et la nuit
J’attendrai toujours ton retour
J’attendrai car l’oiseau qui s’enfuit
vient chercher l’oubli dans son nid
Le temps passe et court en battant tristement
dans mon coeur si lourd
Et pourtant j’attendrai ton retour
Le vent m’apporte de bruits lointains
Guettant ma porte j’écoute en vain

Hélas, plus rien plus rien ne vient
J’attendrai le jour et la nuit
J’attendrai toujours ton retour
J’attendrai car l’oiseau qui s’enfuit
vient chercher l’oubli dans son nid
Le temps passe et court en battant tristement
dans mon coeur si lourd
Et pourtant j’attendrai ton retour
Et pourtant j’attendrai ton retour
Le temps passe et court en battant tristement
dans mon coeur si lourd
Et pourtant j’attendrai ton retour

Vous pouvez en trouver une traduction en italien, mais aussi russe et turc, si cela vous intéresse, sur ce site.

Caspar David Friedrich (1822)

Ce sont donc des générations diverses qui se sont emparées de cette chanson, lui donnant un sens différent selon l’interprète, son sexe d’état-civil, la langue et les paroles, qui ont, nous l’avons vu, beaucoup varié. On pourrait citer entre autres Jane Morgan (1924-), qui la chante en français et en anglais dans cet enregistrement, ou encore Lucienne Delyle, dont la voix rappelle celle d’Edith Piaf. Certaines versions plus récentes comme celle de Jill Barber reprennent les anciennes paroles. Pour ma part, j’ai beaucoup apprécié la réadaptation, modernisation, création – je ne sais quel terme choisir – des Petites Canailles, qui réussissent à merveille à allier les 1ères et 2èmes personnes du singulier, pour faire des deux personnages deux réels acteurs…

En ce lendemain de la Pessah, je ne puis ne pas mentionner la version emblématique en allemand, Komm zurück. Enfin, n’oublions pas les interprétations purement musicales, comme celle de Django Reinhardt

La chanson a été exploitée dans différentes productions audiovisuelles. Lesley Anne Down la chante pour Anthony Hopkins dans the Arch of Triumph (1984).

1954
1982

Luthinons…

France Musique diffuse en ce moment des oeuvres interprétées au luth, actuellement Tombeau sur la mort de Monsieur Cajetan baron d’Hartig – par un artiste dont il était difficile de trouver les disques… et je viens partager avec vous ce moment, car la pureté des sons me plaît beaucoup.
Je suis donc allée voir sur le net si je trouvais un peu plus d’informations sur ce musicien.

Il n’est pas que luthiste…

« Konrad Junghänel (27 février 1953) est un luthiste et chef d’orchestre allemand, spécialisé dans le domaine de l’interprétation historiquement informée et le fondateur et directeur de l’ensemble vocal Cantus Cölln. » (Wikipedia)

Double carrière, donc, pour ce musicien.

Il est possible de l’entendre jouer du luth sur quelques vidéos en ligne comme ces airs de Musique du 18ème siècle. L’artiste est visiblement spécialiste de Bach et de Weiss.

Interior 1, Hendrick Martensz Sorgh (1661)
A l’extérieur : Amsterdam

Mais je dois avouer que j’ai été particulièrement émue par des airs joués et chantés sous sa direction : la Missa Alleluja à 36 voix de Heinrich Biber

Pas facile de le voir en ligne. Sur cette vidéo, il dirige Cantus Cölln sur un air de Bach, sur celle-ci, le Schwetzinger Orchesterakademie sur la Symphonie 25 G de Mozart… Mais je ne suis pas parvenue à trouver d’enregistrement où on le voit jouer du luth… Si vous en découvrez, partagez, merci!

Pour terminer, mais non achever (je sais que je reviendrai au luth ou au oud), un site qui présente une belle iconographie du luth, « l’instrument de la volupté« .

Caravaggio, vers 1600

Kalos k’agathos

Kouros de Volomandra

J’ai retrouvé dans ma bibliothèque les livres que j’utilisais jadis pour préparer mes interventions. L’un d’entre eux est un de ces « guides » relatifs à une thématique donnée. Devinez laquelle? L’évasion. D’actualité, n’est-ce pas? Et j’ai cherché le texte qui me « parlait » le plus. Celui que j’ai retenu est d’un écrivain qui peut paraître un peu suranné, mais que j’ai beaucoup aimé autrefois, et qui me « parle » encore aujourd’hui, Joachim du Bellay. J’en profite pour évoquer le souvenir d’une personne avec qui j’ai eu beaucoup de plaisir et d’intérêt à travailler, qui portait ce prénom devenu rare de nos jours, mon « binôme » guinéen. Fin de la parenthèse.

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Si notre vie est moins qu’une journée

En l’éternel, si l’an qui fait le tour

Chasse nos jours sans espoir de retour,

Si périssable est toute chose née,

Que songes-tu, mon âme emprisonnée ?

Pourquoi te plaît l’obscur de notre jour,

Si, pour voler en un plus clair séjour,

Tu as au dos l’aile bien empennée ?

Là est le bien que tout esprit désire,

Là le repos où tout le monde aspire,

Là est l’amour, là le plaisir encore.

Là, ô mon âme, au plus haut ciel guidée,

Tu y pourras reconnaître l’Idée

De la beauté, qu’en ce monde j’adore.

Du Bellay (1550)

L’amour et la quête de la Beauté seraient les clefs de la Liberté?

Beauté physique (kalos), beauté morale (agathos)…

C’est ce qui m’a fait revenir à mes premières amours sculpturales, les Kouroï. J’avais 20 ans. Je suis restée littéralement béate, en émoi, devant Cléobis et Biton, au Musée de Delphes, plus anciens d’une trentaine d’années de celui que j’ai choisi aujourd’hui pour illustrer cet article.

Comme je le fus, beaucoup plus tard, devant l’Odalisque d’Ingres…

Tell me, tell me…

Le silence nocturne est impressionnant, en cette nuit de pleine lune… Je me promène dans la nature, éclairée par l’astre insolite presque insolent. La nuit est longue, longue, et j’attends avec impatience le moment où Phoebus chassera Séléné… Les oiseaux sont là pour annoncer la bonne nouvelle. Un nouveau jour se lève. Se lève? Mais c’est le soleil qui se lève, pas le jour! Le choeur des corbeaux est interrompu de temps à autres par les solistes… Le rouge-gorge laisse la place à la mésange, elle-même supplantée par la bergeronnette… Le ciel s’éclaircit, l’horizon rougit, le firmament bleuit…

Nous n’allons pas quitter l’anglophonie aujourd’hui, mais passer du Massachussets au Yorkshire, avec une autre Emily…

Tell me, tell me, smiling child,
What the past is like to thee?
An Autumn evening, soft and mild,
With a wind that sighs mournfully.

Tell me what is the present hour?
A green and flowery spray,
Where a young bird sits gathering its power
To mount and fly away.


And what is the future, happy one?
A sea beneath a cloudless sun;
A mighty, glorious, dazzling sea,
Stretching into infinity.

Emily Jane Brontë

Infinité, Philippe Colin

Je ne vais pas vous copier la traduction en français, mais vous suggérer, si vous la souhaitez (sachant tout le mal que je pense des « traductions » de poèmes…), d’aller sur you tube écouter le poème, vous aurez ainsi accès au sous-titrage… d’une pierre, deux coups…

Une version reliant les 2 poèmes

Certains anthologies présente une version différente de cette oeuvre, en y adjoignant les quatrains suivants, que je vous dévoile donc…

The inspiring music’s thrilling sound,
The glory of the festal day,
The glittering splendour rising round,
Have passed like all earth’s joys away.


Forsaken by that lady fair,
She glides unheeding through them all;
Covering her brow to hide the tear
That still, though checked, trembles to fall.


She hurries through the outer hall,
And up the stairs through galleries dim,
That murmur to the breezes’ call
The night-wind’s lonely vesper hymn.

Vous l’avez deviné, je préfère, pour ma part, les séparer. Mais comme j’aime la plupart des oeuvres poétiques de celle qui a enchanté nos adolescences par son seul roman, que vous l’ayez lu ou dont vous avez peut-être vu une adaptation cinématographique, un poème de plus (ou la seconde partie d’un poème) ne nuit pas au moral…

La source de cette image est pleine de ressources… Allez voir!

Les vers d’Emily ont été lus, déclamés, mis en musique, à moultes reprises. Vous avez déjà entendu la version de Michel Lascault. On trouve en ligne plusieurs vidéos, notamment les enregistrements de Franckie Mac Eachen – ce qui m’a permis de découvrir Radio Theatre Group, soit dit en passant.

Des tonalités fort différentes sont apportées par les interprètes. J’aime particulièrement celle de la chanteuse folk Janet Jones, pour November 1837. Mais aussi la mezzo-soprano Ada Bonora, elle-même écrivaine. Ou encore le choeur Les Spirituelles. Les images peuvent aussi être très belles, comme sur la vidéo de la chanteuse de jazz Lea Castro. Des curiosités visionner, cette vidéo postée par une jeune inconnue qui se surnomme Plumpie Plumpa, la montrant en train de chanter, accompagnée de sa guitare, des poèmes d’Emily Brontë. Et cette autre, dans laquelle une personne illustre un poème. Pas terrible, non? Mais « moins pire » que cette animation! Par contre, j’ai apprécié cette galerie de photos sur les soeurs Brontë, ou encore cette visite de musée (et de cimetières…). Et si vous voulez avoir l’impression d’y être vraiment, un reportage étonnant…

Un petit clin d’oeil à travers le temps… En effectuant mes recherches, j’ai découvert une autre jeune femme qui dit « Tell me », et j’ai envie de vous faire découvrir une forme surprenante de multi-, pluri- et interculturalité, au travers de ce clip de Marwa Loud.

Disparition

Pour celles et ceux qui suivent quotidiennement ce blog (eh oui, il y en a! merci!)
Cette nuit j’ai rédigé un article… au moment de le compléter par les images, impossible d’intégrer celles-ci…

Et quand j’ai voulu enregistrer, puis publier, impossible…

Pas moyen non plus de copier le contenu!

Pendant deux heures j’ai essayé de dépanner, puis de contacter WordPress… En vain!

J’ai fini par éteindre mon ordi.
Et viens de le rallumer en cette fin d’après-midi; tout refonctionne…. mais l’article a disparu.
Alors, promis, si ça marche, vous en aurez deux demain!

Valete…

The tifle termed mortality

Je connais peu la littérature anglophone, ayant été, comme beaucoup d’enfants de ma génération, orientée vers la langue allemande et le latin… Aussi est-ce avec plaisir que je la découvre peu à peu, au fil de mes lectures et du surf sur le net. C’est ainsi que j’ai pris plaisir à déguster l’oeuvre de cette Dame du Massachussets, si extra-ordinaire et passionnante.

Description de cette image, également commentée ci-après
To venerate the simple days
Which lead the seasons by,
Needs but to remember
  That from you or me
They may take the trifle        5
  Termed mortality!
  
To invest existence with a stately air,
Needs but to remember
  That the acorn there
Is the egg of forests        10
  For the upper air!

Emily Dickinson

Je lis et comprends (pas toujours) l’anglais, mais bien évidemment me sentais incapable de traduire ce poème. Un de mes amis anglophone a eu la gentillesse d’en rechercher des traductions « valables », et j’ai choisi celle-ci, de Guy Lafaille, même si elle ne me satisfait pas pleinement – mais, à vrai dire, je reste convaincue qu’on ne peut pas « traduire » un poème…

Pour vénérer les simples jours
Qui mènent les saisons
Il suffit de se souvenir
Qu’à toi ou à moi
Ils peuvent prendre la bagatelle
Appelée mortalité !

Pour donner à l’existence un air majestueux
Il suffit de se souvenir
Que le Gland qui est là
Est l’œuf des forêts
Pour atteindre l’Air d’en haut !

L’ami dont je vous parlais a ajouté que cela lui rappelait une chanson de Simon and Garfunkel, interprétée par Joan Baez, Dangling Conversation.

« We are verses out of rhythm,
Nous sommes des vers, sans rythme
Couplets out of rhyme,
Des couplets qui ne riment pas,
In syncopated time
Dans un temps syncopé
And the dangled conversation
Et la conversation languissante
And the superficial sighs,
Et les soupirs superficiels
Are the borders of our alliance.
Sont les frontières de notre alliance« Vous pouvez l’entendre ici.

Le Vieux Chêne, Harpignies

Nouvelle découverte que celle d’Henri-Joseph d’Harpignies, au travers de ce tableau dont certains – autre découverte que celle du blog intitulé Les Orogénèses érogènes d’Eugène, j’y reviendrai sans doute) affirment qu’il s’agit du chêne de Goethe à Weimar, ce qui serait un double clin d’oeil à mon histoire : le Nord (Henri-Joseph d’Harpignies est né à Valenciennes) et Weimar, une des villes de mon adolescence… Par la suite, Harpignies peignit à nouveau cet arbre, mais cette fois en le situant dans le sud.

Vieux Chênes à Menton, Harpignies

Enfin, un autre point de rencontre avec cet artiste : le violoncelle… Le peintre jouait de cet instrument, comme me l’apprit le site des « Amis d’Harpignies » auquel j’emprunte la photo suivante.

Vous pourriez me faire remarquer que je suis passée du coq à l’âne, d’une jeune poétesse affranchie à un vieux peintre bourgeois, juste à partir d’un fruit… C’est que le Chêne questionne l’Humain plus que jamais, n’est-ce pas, Monsieur de La Fontaine? Datant du Paléogène, cette espèce est victime depuis un siècle de maladies qui la déciment.

« Depuis le XXe siècle, les forêts de chênes en Europe sont victimes de plusieurs vagues de dépérissements notables et de pathologies : oïdium du chêne depuis 1907, maladie de l’encre dans les années 195057, nécroses cambiales58 et pourriture noire dans les années 197059. »

Une consolation : « Les trois espèces de chênes (pubescent, sessile, pédonculé) principalement trouvés en France, bien qu’apparemment assez proches, se comportent comme des espèces en voie de spéciation : leur hybridation par croisement artificiel donne de mauvais résultats (ex : moins de 1 % de fécondation réussie pour l’hybride Quercus robur × petraea et robur × pubescens) et les hybrides obtenus sont très fragiles 60,61. L’hybridation semble par ailleurs rare dans la nature en raison d’une phénologie différente (dates de floraison différentes) qui permet aux trois pools génétiques d’évoluer séparément, sans pollution génétique croisée (on parle de « séparation botanique »)62. »

Il y a donc de l’espoir… Humain-e-s nous sommes, humain-e-s nous resterons, avec tous nos défauts et toutes nos qualités!

Wild Nights -Wild Nights!

Were I with thee

Wild Nights should be

Our luxury!

Futile —the Winds— To a Heart in port—

Done with the Compass—

Done with the Chart!

Rowing in Eden—

Ah, the Sea!

Might I but moor —

Tonight-In Thee!

Emily Dickinson