Le Petit Palais, Nuit des Musées

Que j’aimerais avoir le don d’ubiquité! Cela m’aurait permis d’être à la fois au Théâtre Antoine et de profiter de la Nuit des Musées… J’avais envie d’aller au Musée Picasso, ou encore au Musée d’Orsay, mais la plupart finissait leur programme vers 22h30. Le Grand Palais était tentant, avec une performance de Yoann Bourgeois. Mais je pressentais (j’ai pu le constater de visu) que ce serait la cohue… et comme j’ai visité l’exposition La Lune voici peu…

D’où le choix du Petit Palais, qui annonçait un concert tardif. Heureusement, il y a des taxis pour sauter du 10ème au 8ème, afin d’arriver à temps pour le spectacle repéré dans le programme.

 » À l’auditorium, trois pianistes se succèdent au fil de la soirée pour jouer sur un piano d’époque. Des oeuvres de Liszt, Chopin, entre autres, sont proposées pour (re)découvrir ces chefs-d’oeuvre de la musique romantique dans leurs sonorités d’origine »

Hélas, bien qu’arrivée à temps, je ne verrai pas ce concert… Une file incommensurable me fait renoncer au bout d’un quart d’heure d’attente. Car le temps passe, et je voudrais aussi voir ce que propose le Musée.

C’est donc dans la rubrique « Plaisir des yeux », et non « des sons » que figure cet article, à mon grand regret.

Des cris, des rires, des chants heurtent mes oreilles habituées au quasi-silence qui règne habituellement dans ces lieux… Hypothèse : le Boulevard du crime?

 » En prélude à sa grande exposition-événement, Paris romantique, 1815-1848, (ouverture le 22 mai), la galerie sud du Petit Palais change de décor et invite le visiteur à découvrir le Paris du début du XIXe siècle et son énigmatique Boulevard du Crime. C’est en effet à cette époque que le Boulevard du Temple, lieu emblématique de la ville, s’est vu attribué ce surnom mémorable en raison du foisonnement des théâtres dont les pièces jouées, principalement axées sur le thème du drame et du crime, étaient source de fascination. Dans la galerie sud, au détour des performances d’une vingtaine de comédiens, les visiteurs savourent le temps d’une soirée l’esprit et l’ambiance savamment reconstituée du Boulevard du crime. »

Effectivement, c’est bien cela…

« Reconstitution » d’une scène du Boulevard du Crime, lieu de théâtre en tout genre, devenu Boulevard du Temple, pour la plus grande joie de la foule, qui participe aux interactions / artistes.

Comme souvent dans ces Nuits, la foule délaisse les oeuvres d’art, comme cette statue abandonnée…

Ce qui m’étonne toujours dans ce Musée, c’est la concentration d’oeuvres en tout genre et de toute époque… Un assemblage hétéroclite qui, à mon sens, nuit au plaisir que l’on éprouve en « dégustant » telle ou telle époque, tel ou tel art. Ici, on passe de l’époque antique au XIXème en quelques mètres…

Bien sûr, cela me permet d’aller saluer Dionysos, les Ménades, Isis-Aphrodite et les Satyres…

… avant d’aller voir et revoir les tableaux dont je ne me lasse pas…

Mobilier et objets se bousculent dans une galerie que je trouve étouffante, et dans laquelle je ne me sens pas à l’aise, tant il y règne un relent de mort… Mais cela n’empêche pas la pause devant des éléments que j’apprécie, comme ce paravent et ce peigne, à la fois pour leur esthétique et pour les questions qu’ils suscitent en moi, qui aime essayer d’imaginer à quelles vies ils ont participé et comment…

Qu’a dissimulé naguère ce paravent ?
Et quelle chevelure a paré ce magnifique peigne?

La visite s’est terminée par les jardins. Hélas le café restaurant n’a pas daigné rester ouvert pour l’occasion, mais ce fut quand même un plaisir de me promener dans les jardins, parfois bousculée par des comédiens qui couraient…

Elucubrations sur des élucubrations…

Une scène, un acteur, un public… Rien que de très normal…
Un homme pénètre par l’arrière, se fraie un chemin entre les strapontins (le théâtre Antoine est plein ce soir-là), et s’adresse à l’acteur, depuis le premier rang…

Un décor double… superbe théâtre à l’italienne et scène de bar

Je ne vous dévoile pas l’intrigue de départ, pour vous laisser la découvrir si vous décidez de me suivre, et d’aller voir la pièce. Un morceau de bravoure d’un acteur, tel qu’on pourrait l’attendre d’un homme en fin de carrière. Mais Edouard Baer est encore dans la force de l’âge. Qu’a-t-il voulu prouver? dire? transmettre? Tout au long du spectacle, il entraîne les spectateurs et spectatrices dans un tourbillon d’émotions, sur une gamme tellement large que l’on s’y perd parfois. On peut aimer cela, mais lorsque Jean Moulin est convoqué entre deux rires, cela peut paraître abrupt, pour quelqu’un-e de ma sensibilité.

En incorrigible cartésienne, j’ai essayé de démêler les écheveaux et, ai tiré sur deux fils rouges, ou plutôt un rouge et un noir, fortement intriqués.

  • Une dissertation sur les interactions auteur-e / acteur ou actrice / personnage / spectateur ou spectatrice. Tout le début, en particulier, conduit à mener une réflexion à ce sujet, et le public est fortement pris à parti, ce qui n’est pas pour lui déplaire.
  • Une réflexion sur la mort, j’ai même envie de dire sur les morts, ou les types de mort, avec une mise en perspective historique, au travers de personnages liés aux arts ou à l’Histoire avec un grand H, le lien étant fait par l’évocation d’André Malraux.

La littérature et le cinéma dialoguent avec le théâtre, autour de la thématique du « héros ». Je laisse ici le masculin, car le texte fait peu allusion aux femmes. Je ne l’ai pas remarqué sur le moment, mais en écrivant ces lignes, je réalise qu’on parle de « héros », mais jamais des « héroïnes ». Est-ce volontaire???

Je me suis régalé à certaines « lectures ». Moins à d’autres. Mais chacun-e ses goûts… Et comme en outre une voisine passait son temps à commenter l’intérêt de tel ou tel écrivain (en particulier Gary), ce n’était pas toujours facile de suivre ces « élucubrations » qui n’en sont pas tant que cela… Mais il est vrai que j’ai retrouvé une partie de « mon » univers de jeunesse, avec Albert Camus (La Chute), Charles Bukowski, Romain Gary, Boris Vian, dont il déclame en entier le magnifique texte « Je voudrais pas crever » (en voici, si vous ne le connaissez pas, une toute autre interprétation, celle de Trintignant)

J’ai beaucoup ri, j’ai été très émue, j’ai été « transportée »…
Et, en ancienne pseudo-pédagogue, je me suis dit que, si l’on voulait faire comprendre à des élèves ce qu’est un acteur, et les aider à ne plus confondre interprète et personnage, c’est cette pièce qu’il faudrait leur montrer, tant l’on voit comment l’acteur se saisit de son personnage, entre dans le rôle, en ressort, en un dialogue parfois avec lui-même. De ce côté, une performance époustouflante par moments…

Bref, je vous laisse lire les nombreuses critiques rédigées par des auteur-e-s plus compétent-e-s que moi… mais me permettrai au préalable de vous donner, pour une fois, un conseil : allez voir ce spectacle, dont, je suis certaine, vous tirerez beaucoup de plaisir(s).

Et vous pourrez m’aider à trouver une réponse à la question que je me suis posée en écrivant ces lignes : quel est l’auteur (eh oui, encore un homme! cité par Edouard Baer, dont les écrits traduisent, selon lui, une réflexion presque en boucle, dans un enfermement que traduit à merveille le style des extraits « lus » (je suis persuadée qu’il les récite… sans vouloir le montrer… suprême ruse d’acteur!) sur scène? Si vous trouvez, merci de partager cela avec moi, je suis impatiente de le lire…

« Sempiternel »

Au cours de la pièce que j’ai vue ce soir au théâtre Antoine, Edouard Baer a prononcé un mot qui a résonné en moi… « Sempiternel »…

Aussitôt a surgi de ma mémoire un des poèmes de Verlaine qui a marqué mes jeunes années…

Ayant poussé la porte étroite qui chancelle,
Je me suis promené dans le petit jardin
Qu’éclairait doucement le soleil du matin,
Pailletant chaque fleur d’une humide étincelle. Rien n’a changé.

J’ai tout revu : l’humble tonnelle
De vigne folle avec les chaises de rotin…
Le jet d’eau fait toujours son murmure argentin
Et le vieux tremble sa plainte sempiternelle.

Les roses comme avant palpitent, comme avant
Les grands lis orgueilleux se balancent au vent.
Chaque alouette qui va et vient m’est connue.

Même, j’ai retrouvé debout la Velléda
Dont le plâtre s’écaille au bout de l’avenue,
– Grêle, parmi l’odeur fade du réséda.

J’ignore pourquoi, parmi toutes les oeuvres de l’un de mes poètes préférés, celle-ci m’a autant marquée… Par sa forme, certes si novatrice? Par la référence à la druidesse évoquée par Chateaubriand? Par la place qu’y tiennent des détails si fins de la présence de la Nature? Et par ce terme si musical, « sempiternelle »…

Par malheur, ce bel adjectif est employé le plus souvent dans notre langue actuelle pour désigner certes quelque chose qui dure, mais plutôt dans un sens négatif… Quel dommage! Ce billet est pour moi l’occasion de lui rendre sa place et sa signification… En faisant écho au Poème Saturnien, il rend hommage à la permanence d’une Nature pourtant apparemment si dynamique et si vivante et à l’immortalité des Amours même apparemment mortes ou disparues…

Découverte de 3 restaurants parisiens

Comme je suis à la fois gourmande et paresseuse, mais aussi parce que j’aime partager un moment de convivialité autour d’un bon repas, je vais souvent au restaurant. Je me propose donc de faire découvrir des restaurants que je fréquente, parfois en occasion unique, parfois de manière régulière. Pour des critiques plus poussées, je vous renvoie aux guides ad hoc ou aux sites qui désormais pullulent sur le net, plus ou moins bien contrôlés… Il s’agit ici simplement d’exprimer quelques « impressions », au sens pictural du terme.

Voici des restaurants découverts ou re-découverts tout récemment. Coïncidence, deux d’entre vous/nous emmènent « Chez… »

Chez Eusebio

Un de mes amis connaissait jadis un restaurant tenu par un homme fort sympathique, selon ses dires, « Eusebio », rue Saint Jacques. Celui-ci a par la suite quitté le 5ème pour le 7ème, et c’est là que nous nous sommes rendus, au sortir du Musée du Quai Branly, Chez Eusebio.

On se croirait en Espagne… pensais-je, lorsque j’ai été détrompée par le patron « Ici, vous êtes en Galice »… Tout fleure bon l’Ibérie, quoi qu’il en soit.

A commencer par la sangria offerte en guise de bienvenue, au comptoir, par le patron en personne, Monsieur qui m’a confié avoir une septantaine bien dépassée… En continuant par le « jamon » et le « queso » pris en entrée, puis par la paella au riz moelleux et parfumé, bien garnie de gambas, langoustines, coques, poulet, etc. Sans compter, bien sûr, un Rioja crianza…

L’addition a été assez « lourde » (45 environ par personne), mais la qualité est réelle. Si vous souhaitez rêver d’Espagne et vous régaler, il faut faire vite, car le restaurant actuel ne va pas tarder à disparaître. En effet, le patron et son épouse, toute aussi âgée et qui officie en cuisine, ne souhaitent plus qu’une chose : regagner leur Galicie…

Chez Bruno

Je me rends rarement à Bercy, mais ce jour-là, c’est à Bercy Village qu’avait été convenu le lieu de déjeuner, dans un restaurant repéré sur le net et choisi pour ses menus et sa terrasse, chez Bruno.

Arrivée tôt, j’ai « foncé » vers une table en terrasse, où le soleil m’a réchauffée tout au long du repas. En apéritif, choix d’un Mojito Royal pour changer des Mojitos plébéiens que je bois si souvent… Je n’ai pas été totalement convaincue, soit dit en passant, de l’intérêt de la présence du Champagne, sauf celui de préserver des erreurs commises par certains bars dans le choix du « soda »…

Entrée et dessert ont été partagés : en entrée, un foie gras de bonne texture, accompagné d’un délicieux confit d’oignons. Par contre, la baguette ordinaire « faisait tache »! En dessert, un tiramisu, peu conforme aux recettes italiennes que j’aime : plus de crème que du reste… Plat principal pour moi : filet de bar avec écrasé de pommes de terre. Pas extraordinaire, mais la sauce était assez fine pour relever l’ensemble. Il n’y avait pas le vin souhaité, pourtant annoncé sur la carte, et c’est un Côte du Rhône bio, « Les trois garçons », qui a été choisi finalement… Impossible le midi, quand on travaille, de cumuler blanc et rouge, n’est-ce pas? surtout après un Mojito!

Addition à mon sens trop « salée » par rapport à la qualité : presque 60 euros par personne, alors que deux plats avaient été partagés et qu’il n’y avait pas de digestif… Bref, si vous aimez le soleil, l’ambiance un peu surfaite des lieux, et un assez bon repas, servi par deux personnes charmantes : un Colombien, et un jeune, apparemment chef de rang, à qui j’ai posé une colle qui doit encore le poursuivre : « C’est quoi, un « garçon »? ».

La Coupole

Est-il nécessaire de présenter ce lieu historique, La Coupole, que je n’avais plus fréquenté depuis… bien longtemps, dirai-je prudemment. Plus de 70 ans d’existence, mais il s’est refait une jeunesse récemment, tout en gardant l’ambiance d’autrefois… et le curry d’agneau à l’indienne dont on dit qu’il est servi depuis 1927!

Après Bobino, un endroit idéal pour une pause sereine et une dégustation de mets fins… En l’occurrence, une « fraîcheur de crabe au citron vert » en entrée, d’une rare finesse, le crabe n’étant pas étouffé par un excès de citron. Puis un filet de bar rôti avec « Emulsion coquillages, risotto tétragone, crumble au parmesan », selon le menu. Le tout servi avec un Sancerre… Et enfin, un dessert absolument inoubliable, un parfait glacé au café d’un moëlleux et d’un goût superbes…

Ayant été invitée par l’ami avec qui j’étais allée à Bobino, je ne puis vous dire quel est le montant de l’addition. En parfait gentleman, il s’est arrangé pour que je n’en aie aucune connaissance.
Un moment magique, dans un endroit si chargé d’histoire, et une nourriture si fine que je ne suis pas prête d’oublier ce « souper », si l’on veut ajuster le terme à l’heure où a été pris le repas…

(Dé-) structuration

J’avais annoncé le vernissage ce 17 mai d’une exposition à la Galerie Azote… Un petit mot ce jour pour en parler un peu, par voie de conséquence.
Le jeune artiste Jérôme Bonvalot relie les oeuvres présentées, entre autres, à trois notions : art appliqué, déstructuration, chaos.

Effectivement deux des murs de cette adorable petite galerie – dont la façade est hélas actuellement occultée par des échafaudages – présentent des oeuvres au fusain qui évoquent des images déconstruites, en particulier paysages urbains rendus au Chaos.

Image copiée sur la page Facebook de la Galerie Azote

Mais j’ai aussi beaucoup apprécié l’autre partie de l’exposition, que j’aurais tendance à dénommer « persiennes », avec une interprétation toute personnelle, quoique partagée par d’autres… Evocation, suggestion de chambres obscures, un peu mystérieuses… Graphismes légers ou volumes plus visibles sur ces « persiennes » blanches, toutes d’un séduisant guingois…

Affiche copiée sur la page Facebook de la Galerie Azote

Un accueil sympathique de l’artiste, qui a consacré un certain temps, pour ne pas dire un temps certain, à la néophyte que je suis. Dommage, ainsi que je lui faisais remarquer, qu’il ne soit pas plus « visible » sur le net, même si, comme il l’explique, il aime beaucoup travailler sur et dans l’éphémère…

Tutu

Oserai-je l’avouer ? Je n’étais jamais allée à Bobino, salle mythique du temps de ma jeunesse, grande concurrente « rive gauche » de l’Olympia « rive droite », comme me le rappelait la personne qui m’y accompagnait hier. C’est chose faite, j’ai pénétré dans ces lieux qui m’ont tant fait fantasmer. Et pour y voir un spectacle inattendu, un vrai régal, Tutu, interprété par les Chicos Mambos.

Spectacle d’une grande originalité, car alliant une grande variété de danses et de l’humour. De l’humour tel qu’il a réussi à me faire pleurer de rire!

J’ai particulièrement apprécié les parodies de danse classique… Le Lac des Cygnes, entre autres, revu et corrigé… Mais aussi de danses de salon, comme le tango, interprété en haut trois pièces et slip…

Un régal aussi que ce jeu permanent sur le genre, sur les attributs de la féminité vs masculinité, sur l’identité de genre des danseurs…

Enfin, une technicité remarquable qui permet de passer des figures les plus compliquées, réussies avec brio, aux « échecs » simulés, aux chutes, aux « ratages ».

Bref, un spectacle tel qu’on aimerait en voir plus souvent, parce qu’il rend heureux/euse tout en suscitant la réflexion…

La Dame en Noir

PS : Je n’illustre que très peu cet article, alors qu’il y aurait tant d’images à en montrer, parce que je n’ai pas voulu jouer les « reporters photo » pendant un spectacle au rythme si entraînant et à la qualité remarquable. Vous en trouverez en ligne, par exemple ici.

En allant vers le Luxembourg… la rue Champollion

Passer devant la Sorbonne ne se fait jamais sans une bonne dose de nostalgie… De même devant le Champo, qui permettait à l’étudiante que j’étais de retrouver les cinéastes d’antan. Les films à l’affiche sont toujours aussi tentants ! Et, en écrivant cet article, je viens de découvrir qu’il était classé monument historique depuis 2000… Si l’histoire des cinémas du quartier latin vous intéresse, en voici une présentation.

Vous l’avez deviné, nous allons donc quitter la rue des Ecoles pour prendre la rue Champollion. J’aime beaucoup cette petite rue, même si elle a perdu dernièrement quelques-uns des lieux pleins de charme qui la rendaient si attirante. Notamment une de ces librairies où l’on a du mal à trouver l’hôte tant il est perdu entre les rangées et piles de livres tous plus anciens et intéressants les uns que les autres. J’aimais beaucoup aller le voir et l’entendre parler de ses trésors. Hélas, comme la plupart des librairies de ce quartier, son antre aux trésors a disparu… J’ai trouvé un blog sur ce thème, Le cercle des librairies disparues

Mais il subsiste les cinémas… Après le Champo, c’est le Reflet Médicis, dont les affiches sont une invitation au voyage dans le cinéma d’art et d’essai.. Le Quartier Latin a changé d’enseigne (et de son cachet), et est devenu La Filmothèque du Quartier Latin. Mais il propose toujours des versions restaurées des films anciens, et, une fois par mois, des « leçons de cinéma », analyse par un-e expert-e d’un film après la projection de celui-ci.

Je n’ai pas cité les cinémas sis plus haut… C’est une spécificité de cette petite rue que de concentrer un si grand nombre de cinémas… Autre originalité, ses murs regorgent « d’oeuvres » éphémères, tout au moins quant à leur support. En voici un petit florilège…

En allant vers le Luxembourg… la rue des Ecoles

En ce dimanche de mai, j’ai décidé d’aller voir l’exposition sur les Nabis au Luxembourg. Me voici donc en route, cheminant par la rue des Ecoles.

Camino caminando

J’aime cette phrase qui représente pour moi la Vie, faite d’apprentissages permanents et de découvertes incessantes… Et, comme mes pas me conduisent souvent par la Rue des Ecoles, il y a une con-jonction que j’apprécie.

Je ne résiste pas au plaisir de citer quelques vers de Machado

Caminante, son tus huellas
el camino y nada más;
Caminante, no hay camino,
se hace camino al andar.
Al andar se hace el camino,
y al volver la vista atrás
se ve la senda que nunca
se ha de volver a pisar.
Caminante no hay camino
sino estelas en la mar.

Marcheur, ce sont tes traces
ce chemin, et rien de plus ;
Marcheur, il n’y a pas de chemin,
Le chemin se construit en marchant.
En marchant se construit le chemin,
Et en regardant en arrière
On voit la sente que jamais
On ne foulera à
nouveau.
Marcheur, il n’y a pas de chemin,
Seulement des sillages sur la mer.

Traduction de José Parets-LLorca (Source)

Vous pouvez voir le poème entier et entendre son interprétation musicale par Joan Manuel Serrat ici.

Ave, Bel Eminescu

Comme je le fais toujours, je salue au passage le poète roumain… Quelqu’un lui a-t-il offert des fleurs aujourd’hui? Non, il est dépouillé et toujours aussi jeune, beau et romantique…

Pe cararea-n bolti de frunze,
Apucand spre sat în vale,
Ne-om da sarutari pe cale,
Dulci ca florile ascunse.

Extrait de Floare Albastra (Source)

Bleu de Perse

Le bleu et le vert sont mes couleurs préférées… Il faudra d’ailleurs que je vous explique pourquoi je les relie toujours, et en ai trouvé écho en langue bretonne… Comme, par ailleurs, j’ai flirté avec la Perse dans mes lectures classiques, et rencontré pas mal d’artistes iranien-ne-s à Paris ces dernières années – sans compter que ma chirurgienne-dentiste est aussi Iranienne -, l’expression « Bleu de Perse » me parle triplement… Or il se trouve qu’une boutique ainsi nommée vient de s’ouvrir au numéro 38 de la rue des Ecoles, pour ma plus grande joie.

C’est le pied!

Je ne résiste pas à l’envie de vous poser l’énigme du jour… dont vous connaissez sans doute la réponse… Qui est celui ou celle dont on ne cire qu’une chaussure?

Le Messiah à La Madeleine

L’idée première était d’aller voir Vertikal… Hélas c’est à Bron qu’il était programmé, et la semaine suivante! Un peu loin…

En quête donc d’un autre spectacle ce vendredi soir, je découvre Haendel à La Madeleine… Oui, je sais, ce n’est pas du tout du même genre! Mais je cultive l’éclectisme… Donc réservation en ligne, et me voici dans la queue d’entrée. Discussion intéressante avec les suivant-e-s, une Italienne mariée à un Français, érudite en langues mortes, son mari, et une vieille Américaine passionnante. Les trois me disent être ami-e-s de la soprano : « Toute petite, elle est, on se demande d’où elle sort une telle voix! ». Les organisateurs sont affolés, pas d’affichage pour les files, ils vont et viennent, on attend, on attend. Arrivée en avance, je suis parmi les premières, heureusement! Nous voici enfin aux portes, mais l’attente dure… Vite, un jeu! Trouvé! Comprendre ce que représentent les reliefs des portes.

Les 10 commandements… Mais ils ne sont que 8… Enigme : qu’est-ce qui manque? Donc déchiffrage des phrases latines. Les premières, facile. Mais une d’entre elles me pose problème.

Un verbe inconnu…

Que signifie « Non moechaberis »? Jamais vu ce mot dans un texte… Je demande à la voisine. Qui l’ignore tout autant que moi. Heureusement, il y a le web. Recherche. Et je finis par trouver un verbe déponent. Mais seulement sa conjugaison! je finis quand même par en trouver la signification : « commettre l’adultère »! Ouf! C’est bien un des dix commandements! Et Cicéron ou César, pas plus qu’Ovide, Horace ou Sénèque n’ont dû l’employer dans ces textes que l’on propose aux étudiant-e-s… Nous continuons à déchiffrer… les phrases situées tout en haut sont peu lisibles, les portes sont si grandes! Mais celles du bas… Juste en face de celle qui nous avait posé question, une autre, que nous traduisons « Tu ne désireras pas la femme de ton voisin ». Tiens, tiens, quel sexisme ! l’Homme « convoite », « désire », « a envie de », et la Femme « commet l’adultère », et en pleure en s’en repentant, d’après la représentation figurée sur le panneau.

Enfin, la file avance, et nous cherchons en vain les 2 derniers commandements. Où sont-ils? Si vous le savez, merci de me le dire…

J’ai réservé dans les 10 premiers rangs et, miracle (Merci, Marie-Madeleine!), il y a des places libres… au premier rang. Tout près de l’orchestre. Et 4 chaises vides à ma droite m’interpellent. Qui vont-elles recevoir? Un jeune homme entre par la porte de droite, se précipite vers des chaises situées près de l’autel… Que fait-il? Ahurie, je découvre qu’il change de chaussures… Une fois cela fait, il grimpe rapidement les marches, avec une paire de chaussures au vernis bien brillant et aux bouts d’une longueur étonnante. Je découvrirai plus tard que c’est le violoniste Glen Rouxel

On voit mal les chaussures, dommage!
En attente d’orchestre…

Longue attente à nouveau… Je comprendrai plus tard pourquoi. Mais je ne vous le dis pas tout de suite, vous avez aussi droit au suspens!

Enfin l’entrée des artistes, bien orchestrée, c’est la cas de le dire. Les cordes par la droit, les vents par la gauche, le choeur par l’arrière. Puis arrivent, par la droite, 2 femmes et 1 homme, dont on peut supposer qu’il s’agit des solistes. Un homme jeune, dégingandé, à la chevelure ébouriffée, arrive en dernier… le chef d’orchestre.

Enfin le silence se fait, et les premières notes retentissent. Je me laisse prendre par la musique. Orchestre, soliste, choeur… Cette trilogie se répète au fil de l’oeuvre. C’est d’abord le ténor qui entre en scène. Beau rouquin au timbre bien assuré. Puis une des femmes commence… Voix de mezzo soprano, un peu faible. Elle semble malade (et je l’entendrai le confier à son voisin de chaise un peu plus tard… de même que je découvrirai, en effectuant les recherches pour écrire cet article, qu’elle remplaçait une autre chanteuse…).

Trois des chaises dont je parlais précédemment sont occupées. Mais il en reste une vide. Qui attend-elle? Je le découvre quand je vois entrer, par la porte de droite, un quadragénaire échevelée, rouge, transpirant, qui se dirige vers elle et s’y assoit, plus ou moins discrètement. Il halète comme s’il avait couru, et ses grands yeux bleus contrastent avec le vermillon de son teint. Il a peu de temps pour se remettre de son retard, car il entre vite en scène pour chanter d’une magnifique voix grave de baryton, qui sera par la suite confrontée aux instruments à vent…

The trumpets shall sound…

Enfin celle qui ne peut être que la soprano, et que j’ai reconnue d’après la description faite pas sa bande d’ami-e-s dans la file d’attente, est sollicitée par le chef d’orchestre. C’est un tout petit bout de femme, d’origine visiblement asiatique, vêtue d’une robe longue brillante de couleur ivoire. Avant de se lever, elle ôte le manteau noir qui la couvrait et l’écharpe blanche qui enserrait son cou. Elle aussi, visiblement, craint la fraîcheur de l’église. La voici qui entonne l’air qui lui est confié. Et c’est la magie.

L’en-chanteuse

Sa voix est puissante, elle transmet l’émotion, sa pureté est frappante. Comme j’aime Louise de Vilmorin, je vous propose de voir et écouter Manna Ito à cette adresse.

Le concert se poursuit, le public est conquis. Mais voici qu’un vent de panique semble souffler sur les chanteurs/euses, qui se concertent, tournent avec frénésie les pages du livre de partitions, semblent chercher… quoi? Dans l’orchestre, un des violoncelles est mort de rire… Que se passe-t-il? Je puis maintenant expliciter ce qui m’a posé question un moment : le chef d’orchestre a interversé des morceaux… si, si! Et il ne s’est pas arrêté là. Nous étions environ au trentième des 52 numéros, et les solistes commençaient à se repérer, quand ils/elles se sont regardé-e-s, visiblement très étonné-e-s… Certain-e-s étaient prêt-e-s à revenir en scène, quand le choeur a entonné l’Alleluyah, à leur surprise complète… Et ce fut le final. Ainsi, l’oeuvre a été écourtée, abrégée, alors qu’apparemment tout le monde n’en était pas informé! Ils ont fini par un éclat de rire à peine retenu!

Les solistes et le chef d’orchestre
Soprano remerciant orchestre et choeur

C’est donc relativement tôt, beaucoup plus que prévu, que s’est terminé ce concert mémorable…

Mon bar préféré

Il est un bar discret, dans une petite rue, qui trace comme un fil rouge dans ma vie parisienne… Un bar familial, qui a osé résisté à toutes les contraintes et tendances, à toute forme de modernisation, à tout « clinquant ». Un bar chaleureux, où l’on se sent bien, où l’on peut prendre le temps. Le temps de parler. Le temps de siroter un petit vin. Le temps de vivre.

Le temps s’est figé dans cet espace accueillant. Les générations s’y sont succédé, les générations s’y côtoient, les générations s’y rencontrent. Anciens ou actuels étudiant-e-s de Sciences Po et des facultés environnantes, artistes connus ou inconnus, habitant-e-s du quartier… Qui que vous soyez, vous vous sentez bienvenu-e-s. Et, s’il vous prend l’envie de faire une partie d’échec qui va durer tout un après-midi, on ne vous obligera pas à consommer en conséquence.

Une famille tient bon, de mère en fils, face au modernisme et à la prégnance de l’économie. Elle maintient ce lieu ouvert, accueillant, pour notre plaisir. Lorsque j’ai connu ce bar, l’appui de fenêtre, large et proche du bar, était occupé par Antoine Blondin, qui y avait ses habitudes.

L’espace est restreint, mais si vivant ! Une pièce avec le bar en formica rouge d’abord, à laquelle succède une minuscule pièce qui servait autrefois à la famille et est mise maintenant à disposition de quelques habitué-e-s. Au-delà, une troisième pièce toute en longueur, habitée d’une magnifique table longue en bois et d’une vieille télévision. Partout, des affiches qui font revivre les époques passées et les artistes d’autrefois.

L’arrière-salle

Perspective…

La cave voûtée est superbe. Elle a vu débuter de nombreux artistes, des années 50 aux années 70. On peut parfois y entendre de la musique, parfois y danser. La lueur des bougies anime les murs anciens.

Si vous voulez découvrir cet endroit, je vous en confie l’adresse. Mais n’ébruitez pas trop, gardez-la pour des proches dont vous savez qu’ils/elles seront à même d’apprécier et de respecter ce lieu rare qu’il ne faudrait surtout pas dénaturer ou transformer en « curiosité touristique »…

Chez Georges, 11 rue des Canettes (une rue perpendiculaire à Saint Sulpice).