Oser écrire… à propos de tableaux…

Il y a de cela un grand nombre d’années, j’ai écrit à partir de tableaux. Et exposé, en même temps que le peintre. Oser exposer des poèmes en prose, c’est déjà énorme. Mais oser exposer des poèmes écrits à partir de ressentis, sur des oeuvres créées par d’autres, voilà qui me paraissait osé.

Or à ma grande surprise, ces minuscules productions pseudo-littéraires ont plu. Ont plu à l’artiste, ont plu au public. Et ont été données aux acheteurs/euses des tableaux.

Voici que m’a reprise cette envie, au moment où une série de tableaux, peints avec de l’indigo acheté sur les marchés guinéens, a été exposée. Envie de laisser surgir ce qui jaillissait en moi, de moi, lorsque je les regardais.

Ce sont ces six poèmes, écrits à propos de six tableaux de la série « Indigo », qui sont publiés sur ce blog pour la première fois.

L’artiste lui-même a été surpris de « l’interprétation » que je faisais de ses productions. Mais a accepté cette vision si personnelle et intime, donnant un nouveau « sens » à ce qu’il avait peint.

Je ne suis pas une écrivaine. Mais j’aime écrire ce que je ressens, produire à partir de mes émotions, et demande donc aux lecteurs/lectrices de l’indulgence pour la piètre qualité littéraire. C’est le vrai, le pur, l’authentique que j’ai recherchés, pas le travail du style comme l’aurait aimé notre vieux Boileau…

Transparence

« Quelle belle transparence ! » se disait la Sirène. « Un voile de lumière un voile de douceur »…

Pourtant les flots sont là, ils jaillissent et sombrent…

« Quelle belle transparence ! » répondit le Marin. « Car je vois la Sirène en ce petit matin »…

Pourtant Sirène est morte, morte désespérée

De n’avoir pu marcher…

Pourtant Marin est mort, mort désemparé

De n’avoir su nager…

« Quelle belle transparence ! » s’exclama le Soleil. « Je vais les ranimer »…

Promenades estivales. Vers Bercy

Paris 2019 – En allant vers Bercy…

Rejoindre le Parc de Bercy à partir de Reuilly Diderot, tel est le projet en cette journée douce, au soleil voilé.

En flânant dans les rues

La première impression est celle d’une très grande variété architecturale. Elle évoque pour moi un quartier martyr, qui subit destruction et reconstruction en permanence depuis des siècles. Est-ce dû à l’évolution périphérique / central? A la proximité des gares et voies de chemin de fer? A la progressive disparition de l’industrie et d’un type d’artisanat? Ou à tout cela à la fois? Toujours est-il que des ruines récentes en côtoient de plus anciennes, que de petites maisons subsistent difficilement parmi des immeubles de tout style, et que les grands hôtels remplacent progressivement les bâtiments industriels ou autres. Et le chantier est loin d’être fini, à en juger par toutes les destructions en cours…

L’oeil est attiré, parmi tous ces mastodontes à l’esthétisme fluctuant, par une maison complètement anachronique, évoquant plus l’Espagne ou la Camargue qu’un quartier parisien…

Je la connais, cette maison, ou tout au moins j’en connais la façade, que longe un de mes bus. Mais je ne pouvais en imaginer l’arrière… Il s’agit d’un petit hôtel qui a su garder un charme désuet…

Un bout du Parc de Bercy

En entrant dans le parc, je suis séduite par un petit jardin potager, puis floral… et y entre donc pour le visiter. Pas de déception, tout est dans un ordre désordonné, ou un désordre ordonné, comme j’aime…

On y trouve des fruits et légumes tentant d’atteindre ou de garder leur maturité, des plantes invasives qui se fraient difficilement un chemin parmi les plantations domestiquées, et même une belle hutte de feuillages et de framboisiers… Une sculpture étrange attire mon attention…

Nous les accueillons bien volontiers! Mais c’est finalement une magnifique roseraie que je vais admirer, agréablement assise sur un banc ombragé…

Un moment fantastique de douceur et de méditation, à l’issue de cette belle promenade, pleine d’inattendus…

Un peu de musique en ce monde de brut – Billet 4

En ce matin de juillet, après avoir admiré l’éclipse lunaire qui a rendu la nuit encore plus magique, je profite d’une programmation superbe sur France Musique. Après une belle interprétation d’un quatuor à cordes de Leo Janacek, c’est une sublime envolée…

Le concerto en ré mineur, op. 8 n°1, Frisch and feurig, de David Popper, interprété par l’Orchestre Symphonique de Cologne, sous la direction de Willen Niklas. N’ayons pas peur de nous sentir romantique à souhait, de nous évader vers les rêves les plus fous, d’être happée par les nostalgies légères… et de nous laisser aller à l’emprise de la musique…

Si vous ne connaissez pas, précipitez-vous sur le podcast de l’émission de France Musique « Eté classique matin » du 17 juillet… Il y a d’autres petits bonheurs dans celle-ci…

Une autre version est accessible sur you tube, interprétation de Martin Rummel.

Et cela m’a donné envie de découvrir d’autres oeuvres de Popper, dont celle-ci.

Pour le cas où vous aimeriez le violoncelle, passez un jour d’une cour à l’autre du Louvre… Vous aurez peut-être la chance que j’ai eue, la semaine dernière, d’y découvrir un jeune violoncelliste qui profite de l’acoustique particulière du lieu et joue pour notre plaisir et le sien…

Vernissage à l’Istituto Italiano di Cultura

Que faire en ce mercredi soir? Une annonce sur OVS attire mon attention… Un vernissage à l’IIC, Institut Culturel Italien… « La jeune photo italienne »… Après « le Jeune ballet européen »… Décidément, le jeunisme est à l’honneur!

Me voici donc en route pour la rue de Varenne… Un quartier que j’ai beaucoup fréquenté, jadis, le 7ème, mais dans lequel je vais rarement.

Il faut oser, pour parvenir dans les lieux! Franchir un porche, puis une grille, longer puis contourner des bâtiments austères, franchir un second porche…

… pénétrer dans une cour, pour enfin monter des marches, traverser un petit hall et parvenir au saint des saints, deux vastes salles.

Dans l’une, le consul est en train de parler. D’autres personnes sont présentes sur la scène.

C’est la fin. Je suis visiblement en retard, et ai tout raté! Derrière elles et eux, des photos défilent sur un grand écran. Dans l’autre salle, un buffet est dressé. A peine la dernière parole prononcée, c’est la ruée vers celui-ci. Incroyable! Une vraie cohue. Je prends un verre de prosecco, et me dirige vers une petite salle située derrière.

Une salle… sans photos

J’y cherche en vain des photos… Ce sont des dessins, des objets et des sculptures qui m’y attendent. En toute tranquillité, je fais le tour de la pièce, qui abrite une exposition étrange pour moi, mais qui n’est pas sans intérêt. J’apprécie l’humour des sculptures représentant la table du petit-déjeuner… L’originalité des objets destinés à améliorer l’acoustique des salles, déguisés en plantes…

Et les cafetières italiennes devenues objets d’art.

Cette petite salle est déserte, j’ai pu en profiter au maximum… Mais il me faut fendre à nouveau la foule, pour parvenir de l’autre côté de la salle de réception.

L’exposition

Un côté d’une seconde salle est consacré à un projet évoquant le « faux Paris » construit pendant la seconde guerre mondiale pour leurrer les Allemands. En face, une exposition de photographies, toutes plus petites les unes que les autres, sur… les marabouts de Paris! Décidément, je ne m’attendais pas à cela…

Les différents rites divinatoires, les pharmacopées traditionnelles, les figures de marabout… Toute une série consacrée à cette vie « souterraine » d’un certain Paris.

Dans un renfoncement, un peu plus loin, trois chaises face à un téléviseur. Celui-ci diffuse en boucle un long diaporama, dont je comprendrai progressivement qu’il est en réalité le coeur de l’exposition.

Je suis restée très longtemps à regarder défiler les photographies, d’une très grande variété. De superbes photos de focalisation sur des paysages de toutes sortes… Des portraits saisissants, dont certains m’ont émue aux larmes. Des corps de femmes « ordinaires » magnifiés par la prise de vue… Une gamme d’émotions pures devant ces images dont certaines dévoilent une Italie secrète, discrète, et d’autres une universalité de la misère humaine et de la beauté sans apprêts…

Une troisième salle abrite d’autres photos, plutôt des portraits en général. J’ai été interpellée par une toute petite photo montrant un dos de femme… La série des post-adolescents est aussi saisissante, même si je l’ai moins appréciée.

Vers la sortie…

L’heure tourne, le vernissage se termine, les invités privés du consul se regroupent… et je découvre une scène qui me donne envie de « jouer à la photographe » à mon tour.

Photo de l’auteure!

Les jardins abritent également des photographies, agrandies et fixées sur des supports rigides que je n’ai pas identifiés.

Des ruines et des paysages, essentiellement. J’ai particulièrement aimé les photos représentant des ruines romaines, murs semi-détruits, colonisation par les plantes, traces de vie d’un autre temps…

Un peu de musique en ce monde de brutes. Billet 3

Un petit bijou ce matin sur France Musique… Je ne résiste pas à l’envie de le partager avec vous… Je ne connaissais pas du tout cette chanteuse, Esther Lamandier, et cela m’a donné envie d’en savoir davantage, et donc de faire quelques recherches à son sujet. En attendant, voici l’air dont il est question : La rosa enflorece (en el mez de May).

On peut trouver les paroles et leur traduction en français sur le site Lyrics translate. Cela m’a permis d’apprécier un mot très « chantant », une forme « d’allitération interne » : « los bilbilikos ». Je vous laisse essayer de deviner ce qu’il signifie… Et aussi le groupe qui a pris ce nom…

Esther Lamandier ne se contente pas de chanter, elle s’accompagne elle-même à la harpe dans ce morceau. Mais elle joue aussi de la guitare, de la vielle et de l’organe portatif. J’ai trouvé une discographie dont je ne sais si elle est assez exhaustive ou sélective ici.

Depuis que j’ai commencé à écrire ce billet, j’écoute d’autres airs, et c’est vraiment magnifique. Essentiellement des chants médiévaux, des romances sérafades, des chansons de toile, des chants araméens… Bref, tout un univers à découvrir… Et si vous l’aimez, écoutez aussi Ana Alcaide… Régalez-vous!

Ile Saint Louis au crépuscule

Il fait beau mais frais en cette fin de journée. Un couple marche sur le quai de la Tournelle, main dans la main. Plus tout jeune. Pas très vieux non plus. Lui porte l’uniforme de travail des « cols blancs » : un costume gris sombre. Comme je suis derrière, je ne vois pas s’il a une cravate… Elle a recouvert une robe tricolore (noir, rouge, blanc) d’un manteau trois quarts, noir comme ses chaussures à petits talons. Ils empruntent le pont de la Tournelle et, comme j’aime le faire à toute heure du jour, longent le quai de l’Ile Saint Louis en direction de Notre Dame. Elle et il s’arrêtent à l’endroit où le soleil couchant passe entre la cathédrale et le pâté de maison voisin. L’homme prend sa compagne dans ses bras… Elle paraît toute petite à côté de lui, blottie sous son épaule comme un moinillon timide. Elle se retourne, sans doute pour pouvoir profiter du spectacle du couchant, et les voici l’un contre l’autre, regardant (Allo, Saint Exupéry!) l’édifice blessé et Phoebus disparaissant progressivement à ses côtés…

Sur la Seine défilent les bateaux mouches dans lesquels parfois des tables sont dressées. Soudain une péniche rompt avec cette ambiance touristique. Elle vogue à contresens, sur le bras qu’empruntent généralement les embarcations allant vers l’ouest, alors qu’elle navigue vers l’est… J’aime à regarder les péniches, à imaginer la vie des mariniers et marinières, comme je le faisais sur les quais de la Sambre en mon jeune âge. Et puis, le souvenir d’une série oubliée, l’Homme du Picardie.

Une chorale chante dans le lointain. Venant de ce luxueux bateau portant le doux nom de Boticelli? Non, elle provient du pont Saint Louis, là où souvent s’arrêtent les passant-e-s pour écouter des groupes musicaux ou les discours de « L’homme au vélo » (dont je vous parlerai sans doute un jour…).

Les voici donc se dirigeant vers le pont. Mais, au moment où ils y arrivent, la chorale éphémère se disperse, et les jeunes qui la composaient s’égaient comme une volée de moineaux… Le couple repart en direction du Pont Louis Philippe. Le soleil est encore visible à cet endroit. Sans doute est-ce pour cela qu’il s’arrête… Ou simplement pour pouvoir à nouveau être l’un contre l’autre? Car aussitôt elle et il s’enlacent, leurs corps s’imbriquent l’un contre l’autre… Elle, face au soleil. Lui, face au bras de Seine où sont amarrées les péniches dont vous connaissez au moins l’une, Marcounet. Le vent a forci, il fait de plus en plus frais. Elle a visiblement froid, car elle glisse ses bras sous la veste de son compagnon…

Le soleil finit par disparaître, ici aussi, et ils regagnent l’île Saint Louis, pour emprunter la rue Saint Louis en l’île. Apparemment, en quête d’un restaurant, car de temps à autres l’homme regarde les cartes… Mais aussi pour profiter de l’architecture si diversifiée des immeubles de cette rue étonnante, pas encore totalement gâchée par le tourisme. J’aime les portails qui la bordent, ouvrant sur on ne sait quel couloir aux poutres marquées par le temps ou quelle cour arborée encadrée d’appartements dont on imagine le luxe discret… J’aime aussi le contraste entre le délire absolu de quelques motifs ou statues et des façades beaucoup plus sobres, notamment dans la partie la plus orientale de la rue. (Promis, j’écrirai un jour un article avec photos sur cette île… si vous le voulez…)

Le couple fait demi-tour au bout de celle-ci – vous savez, là où se situe l’Hôtel Lambert, martyr de l’alliance maudite entre fric et dictatures… Il revient donc, pour finalement pénétrer dans l’un des restaurants, sans doute repéré à l’aller… Pour quel dîner? Et quelle nuit ensuite?

L’obscurité gagne l’île, les passant-e-s, déjà en petit nombre, se font de plus en plus rares. Les quais de Seine sont peu animés pour un soir de fin mai. Il faut dire que la température ne favorise pas les pique-niques… Mais les bateaux poursuivent leur ronde autour des îles…