Des chants moraves au « cello »… Chronique d’une matinée ordinaire

Cello, c’est le violoncelle, vous le savez sans doute? Joli mot, qui me fait penser aux oiseaux italiens… mais des oiseaux graves, aux sonorités prenantes et prégnantes…
J’avais commencé en ce gris matin de novembre par une tentative de réécouter les Chants Moraves de Dvorak… Rien à voir avec le violoncelle, me direz-vous.

Hier en effet je suis allée écouter le choeur Polycantus.

Le concert de ce mardi 26 novembre

Le concert avait lieu dans l’église de l’Annonciation, dans le 16ème arrondissement, église qui en réalité est un lieu de culte protestant, comme l’attestent le livret de chants et la Bible offerts à la lecture des spectateurs/trices ( j’ai passé un bon moment à essayer de trouver des chants communs au culte protestant et au culte catholique, en attendant le début du concert! ).

« Eglise »- temple de l’Annonciation

J’ai beaucoup aimé les Chants Moraves et la Messe, et seulement regretté l’interprétation trop « appliquée » du choeur, qui ne permettait pas de faire jaillir l’émotion que j’attendais, que j’espérais. Un peu trop « amateurs » sans doute, avec une exception, un jeune homme que j’avais remarqué, et qui d’ailleurs a été salué par le chef. Qui est-il? Je ne puis vous le dire, hélas… Mais vous le verrez sur cette photographie (hélas très mauvais, désolée!) : il est à droite, devant la colonne. Si vous le reconnaissez, merci de me dire de qui il s’agit, j’aimerais le réentendre chanter!

Le choeur

Six chants moraves, dont les textes évoquent la culture rurale et les troubles de l’amour… Six mélodies très différentes, dont certaines très entraînantes invitent à la danse (difficile sur un banc d’église, de surplus fort inconfortable!)…

Puis un intermède au piano, trois mazurkas de Chopin…

Ensuite, la messe en ré… avec de curieuses séquences… L’Agnus Dei scindé, par exemple, apparaît à deux moments… Ma voisine, perturbée, a même recherché dans le programme ce qui pouvait se passer…

Elle est belle, cette messe! Dommage qu’elle ait été aussi platement interprétée… En voici une autre version

Bref, pour revenir au fil de cet article, je suis allée rechercher sur le net d’autres interprétations des chants moraves… en vain, à l’exception d’un autre choeur amateur… Mais You Tube poursuit son chemin, et propose d’autres titres… selon quelle ontologie??? je l’ignore, mais il est parfois fantaisiste… j’ai donc eu droit à un certain nombre de chants, et ai réécouté avec plaisir certains d’entre eux…

Puis un morceau de violoncelle m’a donné envie de réentendre une artiste découverte par hasard hier… Sol Gabetta… Si l’on regarde les photos obtenues par une recherche « images » sur son nom, on ne peut, je pense, qu’être saisi-e par l’intensité de ses expressions, et imaginer celle du jeu de cette violoncelliste argentine qui désormais vit et travaille en Suisse.

Superbe aussi, cette interprétation , modèle pour moi de beauté liée à une extrême simplicité qui apure l’oeuvre – déjà très épurée – du compositeur estonien Arvo Part

Bref, me voici passée de Dvorak à Part… de la Tchéquie à l’Estonie, en passant bien sûr par la Pologne avec Chopin… Ne manquent que la Lituanie et la Lettonie… une prochaine fois?

Communion musicale

Je viens de trouver par hasard, alors que je m’intéressais ce matin à la chanson basque, cette vidéo de chanson… bretonne!

Et je ne résiste pas à la tentation de la partager, car elle symbolise à merveille le bonheur de vivre ensemble une musique, une culture, une chanson…

Tri Martelod y est interprété par Alan Stivell, mais repris avec d’autres chanteurs bretons : Tri Yann, Dan Ar Braz, Servat, Armens. Un choeur exceptionnel!

En voici la traduction, pour celles et ceux d’entre vous qui ne parlez pas cette belle langue… On y chante l’amour vainquant la pauvreté…

Tri martolod yaouank, la la la
Trois jeunes marins, la la la
Tri martolod yaouank o vonet da veajiñ
Trois jeunes marins s’en allant voyager
(x2)
Avec le vent ont été emmenés, la la la
Jusqu’à Terre Neuve (x2)
A côté de la pierre du moulin, la la la
Ils ont jeté l’ancre (x2)
Et dans ce moulin, la la la
Etait une servante (x2)
Et elle me demande, la la la
Où avons nous fait connaissance ? (x2)
A Nantes, au marché, la la la
Nous avons choisi un anneau (x2)
L’anneau de la promesse, la la la
Et nous étions sur le point de nous marier (x2)
Nous nous marierons, la la la
Même si nous avons pas de biens (x2)
Ma mère vous êtes à l’aise, la la la
Vous ne savez pas qui est dans le besoin (x2)
Nous n’avons ni maison, ni paille, la la la
Ni lit pour dormir la nuit (x2)
Nous n’avons ni drap, ni couverture, la la la
Ni édredon sous la tête (x2)
Nous n’avons ni écuelle, ni cuiller, la la la
Ni de quoi faire du pain (x2)
Nous ferons comme la perdrix, la la la
Nous dormirons sur la terre (x2)
Nous ferons comme la bécasse, la la la
Quand le soleil se lève elle va courir (x2)
Ma chanson est terminée, la la la
Celui qui sait continue… (x2)

« Les trois marins » étaient, au XIXème siècle, dans le chant original, en réalité 60 : « tri-ugent ». Eh oui, on compte en base 20… trois fois vingt… Donc à vous de deviner… si je vous dis que 4 se dit « pevar », comment dit-on 80?

On peut entendre la chanson originale interprétée par Zaig Monjarret… Connaissez-vous cette chanteuse née en 1927 et décédée en 1998? Une voix envoûtante…

Alan Stivell l’a arrangée à la fin des années 60… Voici ce qu’en dit Wikipédia:  » Il en fait le premier arrangement folk rock entre 1966 et 1970, avec notamment une introduction à la harpe celtique cordée métal1. Il crée une orchestration (harpe, violon, guitares, claviers, basse, batterie), une harmonisation et un arrangement (tempo, accords, suite harmonique…). Il interprète cette chanson à l’Olympia le 28février1972 lors d’un concert retransmis en direct sur Europe 1. Cependant, il l’avait ajouté à son set « pour avoir un nombre de titres suffisants ! »n 1 Aujourd’hui, il la chante à tous ses concerts, dans des versions qui diffèrent souvent avec les tournées.  »
Voici une version de 1973, avec un Alan Stivell tout jeune encore…

Et savez-vous que c’est une danse qu’on peut interpréter de deux manières différentes? En sud Cornouailles, une ronde à trois pas… Une belle explication pour les enfants ici… Et, plus au Nord, une gavotte

Alors, à vous… écoutez… et dansez maintenant… comme la skrilh-gwez

Un peu de musique dans ce monde de brutes. Billet 5

Aussi longtemps que je me souvienne, j’ai toujours aimé les voix « de castrats »… qui heureusement ne sont plus castrats… mais dont la tessiture rappelle celle de ces personnes qui sacrifiaient – ou dont on sacrifiait – la virilité au profit de leur voix.

Voyant qu’il y avait en ce samedi 5 octobre un concert du contre-ténor sopraniste Mathieu Salama à Sainte-Elisabeth de Hongrie, j’ai voulu en savoir davantage sur ce chanteur, et ai découvert cet air, que je souhaite partager avec vous ce matin.

Je ne puis m’empêcher d’évoquer Alfred Deller

Et le magnifique film Farinelli

Un peu de musique en ce monde de brutes. Billet 4

Décidément la programmation de France Musique me plaît ce matin, au point que c’est le deuxième billet que j’écris… Vous remarquerez que j’ai écrit « deuxième » et non « second », car je me dis qu’il y en aura peut-être un autre encore…

J’étais en train de prendre un billet sur le net pour le concert de ce soir à la Philharmonie – vous connaissez maintenant mon goût pour le violoncelle, et on joue le Concerto pour violoncelle de Dvorak ( le voici, interprété par Jacqueline Dupré ) – quand, coïncidence, c’est du violoncelle que j’entends…

C’est pourquoi je vous entraîne à la découverte ou la réécoute, selon votre culture musicale, de Joseph Jongen, et en particulier le Poème No. 1 pour violoncelle et orchestre.

Autre coïncidence, l’image… Je me trompe peut-être, mais il me semble reconnaître la patte d’Hammershoi…

L’un-e de mes lecteurs/trices peut-elle / il confirmer ou infirmer ??? Merci!

Un peu de musique en ce monde de brutes. Billet 3

Je renoue ce matin avec mes réveils musicaux, et, en écoutant France Musique, découvre une pianiste au jeu épuré qui me séduit. Me voici donc en train de vous faire partager le plaisir apaisant éprouvé en l’écoutant.

Alicia de Larrocha n’est plus de ce monde depuis 10 ans, mais elle continue à nous enchanter. Je vous propose donc d’écouter la danse 2 de l’opus 37 des Danses Espagnoles d’Enrique Granados et de vous laisser transporter par cette douceur… une musique caressante s’il en est…

Un peu de musique en ce monde de brutes. Billet 2

En ce lundi matin un peu gris et tristounet, un bel air de musique classique fait du bien… L’émission de France Musique est consacrée à la Bohême, et je n’apprécie pas tout au même niveau. J’écoute donc d’une oreille un peu distraite, tout en répondant aux courriels et autres sms, et en travaillant un peu, quand un air me séduit soudain. Violoncelle, puis violon… Doux, envoûtant, calmant, « sérénisant » (hmmm, ce néologisme qui a surgi de mon cerveau fertile me plaît!)…
Pour le partager avec vous, il a fallu que je cherche, car je ne connaissais ni ne reconnaissais le compositeur… A juste titre, ma culture ne va pas jusque là! Bien loin s’en faut… Il s’agit d’ Edward Elgar.

« Concerto pour violon en si min op 61 : 2. Andante

James Judd, Royal Philharmonic Orchestra De Londres, Thomas Albertus IrnbergerLABEL : GRAMOLAANNÉE : 2018″

Je ne l’ai pas trouvé sur le net, mais voici un autre morceau du même compositeur, pour violoncelle… Un de mes instruments préférés…

Un peu plus tard, sur la même radio, je découvre Arvö Part

Magnificat – pour choeur mixte a cappella

Krijn Koetsveld, Ensemble Le Nuove MusicheLABEL : BRILLIANT CLASSICSANNÉE : 2019

Vous pouvez retrouver sur le podcast de l’émission. En voici une autre version.

Me voici donc sur le net en train de chercher ses oeuvres (je vous ai dit, je suis nulle!)… et j’ai découvert celle-ci, que je ne puis m’empêcher de vous livrer… Mais peut-être la connaissez-vous?
A vous maintenant de me donner d’autres pistes… si j’ose dire 🙂

Un peu de musique en ce monde de brutes. Billet 1

La musique tient pour l’instant peu de place dans ce blog, et pourtant… Je me propose – et je vous propose – d’écrire désormais de brefs « billets » pour partager mes plaisirs éphémères, par exemple lorsque j’écoute France Musique en écrivant sur ce blog.
Ce matin, par exemple, j’ai particulièrement apprécié deux oeuvres de Monteverdi. Je n’avais pas noté les titres, mais un ami vient de me les faire parvenir… Zefiro torna e di soavi accenti SV 251 ( dont voici une autre belle interprétation par l’Arpeggiata Ensemble ) et O beatae vitae SV 312 (en voici une autre interprétation).
provenant d’un disque de l’ensemble Il Festino.

 Image Disque - JPEG.jpg

Vous pourrez le découvrir sur le podcast de l’émission En pistes ! du 21 mai, ou trouver d’autres airs sur le net, comme ce concert en Bretagne – Il Festino a de forts ancrages bretons, comme son nom ne l’indique pas…

Le Messiah à La Madeleine

L’idée première était d’aller voir Vertikal… Hélas c’est à Bron qu’il était programmé, et la semaine suivante! Un peu loin…

En quête donc d’un autre spectacle ce vendredi soir, je découvre Haendel à La Madeleine… Oui, je sais, ce n’est pas du tout du même genre! Mais je cultive l’éclectisme… Donc réservation en ligne, et me voici dans la queue d’entrée. Discussion intéressante avec les suivant-e-s, une Italienne mariée à un Français, érudite en langues mortes, son mari, et une vieille Américaine passionnante. Les trois me disent être ami-e-s de la soprano : « Toute petite, elle est, on se demande d’où elle sort une telle voix! ». Les organisateurs sont affolés, pas d’affichage pour les files, ils vont et viennent, on attend, on attend. Arrivée en avance, je suis parmi les premières, heureusement! Nous voici enfin aux portes, mais l’attente dure… Vite, un jeu! Trouvé! Comprendre ce que représentent les reliefs des portes.

Les 10 commandements… Mais ils ne sont que 8… Enigme : qu’est-ce qui manque? Donc déchiffrage des phrases latines. Les premières, facile. Mais une d’entre elles me pose problème.

Un verbe inconnu…

Que signifie « Non moechaberis »? Jamais vu ce mot dans un texte… Je demande à la voisine. Qui l’ignore tout autant que moi. Heureusement, il y a le web. Recherche. Et je finis par trouver un verbe déponent. Mais seulement sa conjugaison! je finis quand même par en trouver la signification : « commettre l’adultère »! Ouf! C’est bien un des dix commandements! Et Cicéron ou César, pas plus qu’Ovide, Horace ou Sénèque n’ont dû l’employer dans ces textes que l’on propose aux étudiant-e-s… Nous continuons à déchiffrer… les phrases situées tout en haut sont peu lisibles, les portes sont si grandes! Mais celles du bas… Juste en face de celle qui nous avait posé question, une autre, que nous traduisons « Tu ne désireras pas la femme de ton voisin ». Tiens, tiens, quel sexisme ! l’Homme « convoite », « désire », « a envie de », et la Femme « commet l’adultère », et en pleure en s’en repentant, d’après la représentation figurée sur le panneau.

Enfin, la file avance, et nous cherchons en vain les 2 derniers commandements. Où sont-ils? Si vous le savez, merci de me le dire…

J’ai réservé dans les 10 premiers rangs et, miracle (Merci, Marie-Madeleine!), il y a des places libres… au premier rang. Tout près de l’orchestre. Et 4 chaises vides à ma droite m’interpellent. Qui vont-elles recevoir? Un jeune homme entre par la porte de droite, se précipite vers des chaises situées près de l’autel… Que fait-il? Ahurie, je découvre qu’il change de chaussures… Une fois cela fait, il grimpe rapidement les marches, avec une paire de chaussures au vernis bien brillant et aux bouts d’une longueur étonnante. Je découvrirai plus tard que c’est le violoniste Glen Rouxel

On voit mal les chaussures, dommage!
En attente d’orchestre…

Longue attente à nouveau… Je comprendrai plus tard pourquoi. Mais je ne vous le dis pas tout de suite, vous avez aussi droit au suspens!

Enfin l’entrée des artistes, bien orchestrée, c’est la cas de le dire. Les cordes par la droit, les vents par la gauche, le choeur par l’arrière. Puis arrivent, par la droite, 2 femmes et 1 homme, dont on peut supposer qu’il s’agit des solistes. Un homme jeune, dégingandé, à la chevelure ébouriffée, arrive en dernier… le chef d’orchestre.

Enfin le silence se fait, et les premières notes retentissent. Je me laisse prendre par la musique. Orchestre, soliste, choeur… Cette trilogie se répète au fil de l’oeuvre. C’est d’abord le ténor qui entre en scène. Beau rouquin au timbre bien assuré. Puis une des femmes commence… Voix de mezzo soprano, un peu faible. Elle semble malade (et je l’entendrai le confier à son voisin de chaise un peu plus tard… de même que je découvrirai, en effectuant les recherches pour écrire cet article, qu’elle remplaçait une autre chanteuse…).

Trois des chaises dont je parlais précédemment sont occupées. Mais il en reste une vide. Qui attend-elle? Je le découvre quand je vois entrer, par la porte de droite, un quadragénaire échevelée, rouge, transpirant, qui se dirige vers elle et s’y assoit, plus ou moins discrètement. Il halète comme s’il avait couru, et ses grands yeux bleus contrastent avec le vermillon de son teint. Il a peu de temps pour se remettre de son retard, car il entre vite en scène pour chanter d’une magnifique voix grave de baryton, qui sera par la suite confrontée aux instruments à vent…

The trumpets shall sound…

Enfin celle qui ne peut être que la soprano, et que j’ai reconnue d’après la description faite pas sa bande d’ami-e-s dans la file d’attente, est sollicitée par le chef d’orchestre. C’est un tout petit bout de femme, d’origine visiblement asiatique, vêtue d’une robe longue brillante de couleur ivoire. Avant de se lever, elle ôte le manteau noir qui la couvrait et l’écharpe blanche qui enserrait son cou. Elle aussi, visiblement, craint la fraîcheur de l’église. La voici qui entonne l’air qui lui est confié. Et c’est la magie.

L’en-chanteuse

Sa voix est puissante, elle transmet l’émotion, sa pureté est frappante. Comme j’aime Louise de Vilmorin, je vous propose de voir et écouter Manna Ito à cette adresse.

Le concert se poursuit, le public est conquis. Mais voici qu’un vent de panique semble souffler sur les chanteurs/euses, qui se concertent, tournent avec frénésie les pages du livre de partitions, semblent chercher… quoi? Dans l’orchestre, un des violoncelles est mort de rire… Que se passe-t-il? Je puis maintenant expliciter ce qui m’a posé question un moment : le chef d’orchestre a interversé des morceaux… si, si! Et il ne s’est pas arrêté là. Nous étions environ au trentième des 52 numéros, et les solistes commençaient à se repérer, quand ils/elles se sont regardé-e-s, visiblement très étonné-e-s… Certain-e-s étaient prêt-e-s à revenir en scène, quand le choeur a entonné l’Alleluyah, à leur surprise complète… Et ce fut le final. Ainsi, l’oeuvre a été écourtée, abrégée, alors qu’apparemment tout le monde n’en était pas informé! Ils ont fini par un éclat de rire à peine retenu!

Les solistes et le chef d’orchestre
Soprano remerciant orchestre et choeur

C’est donc relativement tôt, beaucoup plus que prévu, que s’est terminé ce concert mémorable…