A travers les massifs centraux…

Après une belle nuit à écouter le murmure du Courançon, dont je viens d’apprendre que le véritable nom de cet affluent de la Couze Chambon est le « Fredet », départ vers Nice… destination du jour, obligations urgentes. Mais on ne se refait pas, et la grande majorité du trajet se fera tranquillement. Certes, malgré l’envie, pas de pause à Murol, dont le château est encore plus impressionnant en contrejour.


Mais un arrêt « pélerinage », encore, au lac Pavin avant qu’il ne soit pris d’assaut par les touristes. Mes parents nous y emmenaient souvent, et j’ai toujours apprécié son cadre si particulier de cratère, et la couleur incroyablement vert/bleu de ses eaux. Hélas, les nuages obscurcissent ciel et onde…

Puis poursuite de la route parmi les contreforts verdoyants des monts d’Auvergne, qui jouent avec les nuages.

Petit bout de Cantal, petit bout de Lozère, et maintenant les Cévennes. Encore un coin que j’aime beaucoup. La recherche d’auberge conduit… à des menhirs !

Je commence à marcher dans le vent qui adoucit la température, mais m’aperçoit qu’il faut deux heures pour faire ce circuit. Il faut donc renoncer, et redescendre vers la vallée du Tarn et Florac. J’ai repéré sur Internet l’Auberge cévenole. Et elle vaut le léger détour par le Prunet. Une patronne accueillante, des tables disposées sur les petites terrasses, parfois en léger dévers, et le long de l’auberge elle-même.

Voici quelques photos prises de ma place.

Je vous recommande particulièrement l’aligot, mais les autres plats, aux dires des client-e-s, sont apparemment tous aussi bons. Et les desserts, non négligeables!

La lumière jour avec le verre, et j’en profite pour saisir quelques instantanés, dont voici un exemple.

L’intérieur est simple et chaleureux.

Il y a même le petit cochon pour recueillir les pourboires… bien mérités, notamment, par une jeune serveuse pleine de dynamisme et d’humour, bien peu « classique »!

Les échanges avec la « patronne » nous apprennent que le cuisinier n’est autre que son propre fils. Le travail se fait donc en famille!

Ayant vu passer une famille en maillot de bains, sur le chemin qui sépare l’auberge des terrasses, je demande s’il est possible de se baigner dans le coin. On nous explique que oui, il y a une plage juste à côté. Direction donc l’eau… pas question d’une baignade, mais au moins se tremper les jambes, cela fera du bien! Une petite marche dans le hameau montre qu’il recèle des surprises.

Enfin les bords de la rivière… un petit pont à traverser, et me voici dans l’onde fraîche…

Retour vers l’auberge, car la voiture est à l’ombre, sur le parking privé… D’autres surprises attendent la badaude…

Bref, un hameau où il fait visiblement bon vivre, et qui ne déborde pas de touristes…

Visite interrompue par l’heure… il reste encore quelques kilomètres pour arriver à Nice, où nous attend le Gesu… mais c’est une autre histoire…

Paris Nice… en 3 jours! Etape 2 : une petite auberge au bord de la Sioule

Après l’intéressante visite du Musée d’Issoudun, direction le sud-est… Mais il est déjà 18 heures! Où s’arrêter pour passer une nuit calme et reposante? Heureusement, il existe encore des cartes imprimées… Me voici donc en train de chercher cours d’eau et lacs, à une portée d’environ deux heures de route. J’avais déjà pensé à la Sioule, mais elle me semblait plus orientale. Eh bien non! C’est elle qui « descend » presque à la verticale sur le papier. J’aime bien Saint Pourçain, halte de la caravane de mon enfance. Donc, pourquoi pas? Cette fois, c’est Internet qu’il me faut. L’auberge que je connais est fermée. Une autre est pleine. Je poursuis mes recherches, et trouve une adresse « Hôtel restaurant des Gorges de Chouvigny« .

Voilà qui me semble parfait : pas besoin de deux recherches, on peut à la fois dîner et dormir, dans ce genre d’endroit, normalement. Moins de deux heures de route… je réserve, après avoir appelé l’hôtelier pour savoir s’il est possible d’arriver assez tard et de manger quand même (hors de Paris, se méfier : certains restos ne servent pas après 20h30… ce qui est le cas ici). Pas question donc de s’arrêter en route, ce que je regrette car elle est vraiment belle, cette route! Mais il faut « tracer »… Enfin, à moins de 60km/h de moyenne… Surtout à la fin, sur ces lacets qui descendent vers les gorges, surplombées par l’imposant château de Chouvigny. J’appréciais jadis son cousin de Chauvigny, auprès duquel j’allais boire, sous les frondaisons, un hypocras pour me consoler de travailler à Chasseneuil du Poitou… Celui-ci est moins en ruines, mais tout aussi vaillamment campé sur son rocher.

La photographie ci-dessus n’est pas de moi, et elle n’est pas libre de droit. Voici donc le site sur lequel je l’ai empruntée, et le copyright: Château de Chouvigny Ⓒ Prod’03

Il est encore temps de dîner, et me voici installée sur une terrasse au bord de l’eau, dans un cadre idyllique, tel que je n’aurais osé le rêver, au confluent de la Sioule et d’une petite rivière dont je tairai le nom (que j’ignore!).

La carte est alléchante, et le menu, plus qu’intéressant. Je choisis donc une bouchée aux ris de veau, sauce « grand-mère ». Et l’aubergiste m’a effectivement expliqué la recette, qu’il tient bien de sa mère grand. Mais il a tu le nom de l’alcool qui lui donne un goût si original.

Et je ne résiste pas aux cuisses de grenouilles, dont on m’assure qu’elles sont bien du coin.

Et je n’ai pas regretté! Tout était délicieux. J’aurais pu leur préférer les ablettes droit sorties de l’onde voisine…

C’est le patron qui cuisine, et il prend la peine de venir voir si ses hôtes sont satisfait-e-s de ses plats. Ce qui est le cas. Je ne regrette que le choix du vin : en souvenir de mon père, qui, d’après mes souvenirs, semblait l’aimer, j’avais pris du vin de Boudes.

Mais il m’a semblé un peu trop rude, voire rocailleux. Bercée par le bruit de l’eau, j’aurais volontiers passé la nuit sur cette terrasse…

Mais la petite auberge est située de l’autre côté de la route. Dommage! Une route sur laquelle, fort heureusement, nul véhicule ne circule la nuit. Et c’est après un sommeil serein que je retrouve la terrasse pour le déjeuner.

Hélas! Le serveur refuse de m’y servir, disant qu’il fait trop froid. Et je dois me contenter d’une table avec vue rivière, mais sans les odeurs si spécifiques des rives à l’aube.

Une belle halte cependant. Si vous passez par là, n’hésitez pas à en profiter! Et l’on peut se baigner non loin de là…

La confiance

Au programme en ce vendredi soir : un spectacle d’impro, dans le Marais, à l’ImproviBar. Je rejoins donc une amie pour prendre un verre, voire manger un morceau, avant. Rue Rambuteau, les restaurants ne manquent pas. Notre choix se porte sur une enseigne étonnante : cuisine japonaise et… péruvienne!

De la place en terrasse… Etonnant! En lisant ce matin les commentaires TripAdvisor sur ce restaurant, j’ai compris pourquoi : ils sont très mauvais. Sur le service, d’abord. Et c’est assez justifié : la jeune fille est gentille, mais, après être restée longtemps derrière le comptoir sans s’occuper de nous, elle nous sert difficilement, oubliant par exemple les baguettes… Mais la nourriture ne vaut pas les critiques acerbes qui lui sont faites. Notamment par son originalité. Et les gyoza sont bons, bien que pas tout à fait assez grillés. Mais ce n’est pas pour faire de la critique gastronomique que j’ai entrepris d’écrire cet article, après un assez long silence! C’est pour vous parler de deux choses.
D’abord, la relation entre Japon et Pérou. Si je vous demande qui était le Président du Pérou entre 1990 et 2000, je suppose que j’aurai peu de réponses? Alberto Kenya Fujimori. Etonnant, comme nom, n’est-ce pas?

« En 1897, les gouvernements japonais et péruvien ont convenu d’ouvrir la région côtière du Pérou à l’installation d’agriculteurs japonais. »

« Le 3 avril 1899, un navire japonais en provenance de Yokohama, le Sakura-maru, faisait son entrée dans le port de Callao, à l’ouest de Lima. A bord, 790 hommes épuisés par plus de deux mois de traversée. Un paysage inconnu se révélait à leurs yeux : la cordillère des Andes se profilait à l’horizon et, dans le désert, pointaient les clochers des églises de Lima.

Seuls quelques voyageurs touchèrent terre ce jour-là. Le lendemain, le Sakura-maru entreprenait un périple le long des côtes péruviennes, débarquant ses passagers par groupes dans les diverses plantations. Tous pensaient, sans doute, n’être là que pour quelques années, le temps de s’enrichir et de rentrer au pays. Aucun certainement n’imaginait être un pionnier. Et pourtant, ces migrants allaient être les fondateurs d’une forte communauté : celle des Japonais du Pérou. »

Ce n’était pas le cas des ascendants de Fujimori. Ses parents, eux, avaient quitté le Japon en 1934. Mais ils trouvèrent sur place une communauté qui s’était considérablement enrichie. Mais revenons au restaurant. Les Nikkei – on les nomme ainsi – ont développé une cuisine interculturelle, si j’ose dire. Le principe est simple : garder les fondements de la cuisine japonaise, mais exploiter la richesse des légumes et épices du Pérou. C’est ce qui produit des plats comme ce saumon dont la sauce est à base de fruits de la passion, plat que j’ai apprécié hier à Côté Sushi (je ne puis vous donner son site, car il est fermé, mais vous pourrez en avoir une idée sur deliveroo ici ou sur ce site, où j’ai copié l’image qui suit : le tiradito maracuja).

Si vous passez près d’un restaurant vous proposant Pérou et Japon, n’hésitez donc pas, le mélange est excellent!

La deuxième raison est tout autre. Les quintes de toux qui me perturbent en ce moment se sont accrues durant le repas. J’ai donc décidé de ne pas aller au spectacle, surtout que j’avais appris qu’il avait lieu en cave. Mon amie est donc partie, me laissant seule en terrasse, où je suis restée un petit moment. Quand je décidai de partir, je passai à la caisse. Refus de la banque sur ma carte bleue. Pourtant compte positif! Idem sur ma carte professionnelle. Idem! Et pas un centime de liquide! J’appelai un ami, malgré l’heure tardive. Il accepta de descendre de chez lui pour aller me chercher du liquide et m’attendre à la bouche de métro… J’expliquai à la personne apparemment responsable de l’établissement, et proposai de laisser ma carte d’identité en attendant. Refus, avec le sourire. « Non, pas de problème ». Je filai donc en métro vers Pigalle… et revins trois quarts d’heure après, alors que l’on rangeait tout pour fermer. La personne parut surprise de me revoir. Je lui tendis 30 euros, pour les 21,90 (deux plats et boisson) que je devais. Il me rendit le billet de 10. « C’est bon comme cela », ajouta-t-il en souriant. Je repartis vers chez moi, très surprise et réjouie de constater que la confiance, la générosité et la gentillesse existent bien… Encore une anecdote qui renforce mon idéalisme béat, direz-vous!

Huîtres perlières

La pluie s’estompe, mais il fait frais. Qu’à cela ne tienne, direction la plage. Laquelle? Celle du Tréport… Car celle de Mers-les-Bains est en grands travaux : d’énormes engins charrient les galets en tout sens, d’autres les râtissent, d’autres y ajoutent du sable… De quoi faire fuire l’amateur de calme.

Plage dévastée… Le Café Plage est, lui, serein, tout là-bas derrière la jetée du phare

Au Tréport, ce n’est pas mieux ce week-end : une fête foraine est installée sur les quais. Résultats: des restaurants en bord de port, la vue est « superbe »! Le dos des vastes remorques qui abritent jeux, tirs et autres amusements futiles et dispendieux.

Mais il en est un qui échappe à tout ce fracas : le Café Plage, dont je vous ai parlé jadis. Car je suis depuis le début l’aventure du jeune couple qui a « monté » de toutes pièces ce lieu enchanteur. Au départ, des palettes et des bobines en bois. Puis, progressivement, tables et chaises; couverture provisoire de la terrasse; et, désormais, une terrasse abritée du vent. Car nous sommes sous l’esplanade, au ras des galets. Vue directe, donc, sur la mer, la falaise, le phare. Un endroit idyllique. Ce qui fait enrager, c’est que la loi maritime a été invoquée pour les empêcher de se développer un peu sur les galets. Résultats : pas de soleil pour le déjeuner à cette époque! Alors qu’au début, on se régalait au soleil sur les galets (j’espère que vous avez remarqué le jeu de mots – rires).

Sur la plage, mais bien à l’abri du vent glacial de ce jour

Bref, un endroit comme je les aime, et un accueil fort sympathique. Sans compter le meilleur Moscow Mule de tous ceux que j’ai dégustés un peu partout en France!

Crâne voilé

Au menu, huîtres, crevettes roses, et délicieux tartare de saumon. Avec un Viognier, pour changer des Muscadet et Sancerre habituels.

Pourquoi vous parler de cela en ce dimanche matin? Tout simplement parce que je voulais introduire une photo d’une idée idiote qui m’a fait beaucoup rire (je suis un peu simplette)… Celle d’une huître perlière…

Des huîtres, encore des huîtres!

Comme dit dans l’article précédent, nous étions venu-e-s en famille à Lanton pour déguster les huîtres du crû, sur le conseil des « jeunes » qui fréquentent souvent « Le Cabanon ».

Un petit mot d’abord de l’endroit, fort agréable. Niché au bord du petit port de Cassy, il constitue une grande « cabane » (non tchanquée, comme je le disais précédemment, rien que pour utiliser ce mot surprenant), avec une jolie vue sur le port, qui doit être encore plus agréable depuis la terrasse, rendue inutilisable par le fort vent de ce dimanche de mars.

Qu’à cela ne tienne! L’intérieur est spacieux, et notre table reculée permet de ne pas souffrir du bruit. Certes, la vue est limitée. Mais il reste les tableaux. Je préfère nettement celui du fond, ici, aux autres plus colorés.

L’accueil est chaleureux, et nous commençons par ce que l’on nous présente comme « une sangria blanche », ce que personnellement je nomme « marquise ».

La carte est prometteuse, et le prix des huîtres fort raisonnable si l’on compare à ceux qui sont pratiqués ailleurs.

Quatre douzaines sont immédiatement commandées… mais une à une d’autres suivront… nous atteindrons les 7 douzaines, tant elles sont remarquablement délicieuses, charnues à point.

J’avais appris la veille qu’en pays gascon on les sert avec du pâté, ce que je n’aurais jamais imaginé. Donc, essai, bien sûr. Les deux sont bons, mais pour ma part je les préfère séparés…

Un petit vin blanc pour accompagner, bien évidemment. Chance! J’avais déjà apprécié le Graves blanc, rare dans les restaurants. Et il y en a !

Place maintenant au rizotto de coquilles Saint Jacques, pour les uns, aux crevettes, pour les autres, et aux poissons grillés.

J’apprécie une dorade toute simple, accompagnée d’une pomme de terre en robe des champs avec crème légère.

Certain-e-s ont préféré prendre des brochettes de thon, avec cuisson sur demande.

Et iels ont préféré un peu de rouge pour les accompagner. Encore du Graves!

Je vous passe les desserts (et notamment les excellentes crêpes) et le café. Pas de pousse-café, il faut rentrer ! Une promenade dans un vent de plus en plus fort sera bien digestive…

Le pari à la mode : un repas pour un billet

On nous le serine, mais aussi tout le monde en souffre : tout augmente, et il devient difficile de s’offrir ne serait-ce que le nécessaire. Alors, pour le superflu! Des ami-e-s et moi avons donc fait le pari de pouvoir déjeuner ou dîner au restaurant pour un billet. Bien sûr, ni 10 ni 20, mais 50.

A deux, deux plats au moins, avec du vin ou de la bière et du café. Voici donc les trois premières adresses où l’on peut se régaler à ce prix, dans des styles très différents.

Je vous ai déjà parlé des deux premières, mais je vais vous les rappeler… D’abord, ce petit restaurant vietnamien de la rue Galande, dans le 5ème (ou limite 6ème?), la Fraternité Vietnamienne. Entrée, plat, une bouteille de vin à deux… simple et très bon.

La deuxième est située dans le 15ème arrondissement, au 36 rue Dantzig. J’aime beaucoup son nom, La Cantine des Tontons. Et c’est bien une espèce de cantine, car il faut s’y servir en partie. Mais rien à voir avec un self-service : un véritable accueil du patron et de son épouse japonaise. Ce que j’aime, outre cet accueil? La simplicité. La convivialité. Le fait qu’on puisse manger asiatique ou français. Autant que l’on veut (entrée, plat, fromage, dessert) pour un prix dérisoire. Et c’est bon. Je me suis régalée des nems avec une laitue composée d’autre chose que d’eau et une sauce épicée à souhait. Et du léger gâteau à la mangue et passion, que j’ai choisi en délaissant les délicieux éclairs, l’excellent baba au rhum ou encore la tarte au citron et la tarte Tatin… Une « cantine » telle qu’on aimerait en trouver partout où l’on travaille! Et ici, beaucoup viennent y manger chaque jour de labeur… Plutôt une clientèle d’âge moyen et masculine le midi. Le soir, très mixte à tout point de vue. Avec 25 cl de vin, le compte est bon…

Les bois ont été trouvés… Le patron est violoniste, pas chasseur!

Je vous ai promis un choix varié. La troisième adresse se trouve dans un quartier « chic », le 7ème arrondissement, rue Saint Dominique. Un restaurant tout aussi « chic », mais qui a décidé de casser ses prix le midi en offrant deux plats au choix dans la carte (indiqués par une étoile) à 19 euros. Bon, d’accord, si on prend du vin, cela va dépasser légèrement les 50 euros. Mais la cuisine y est raffinée et les assiettes, dressées avec goût. Jugez-en par vous-même, avec le vol-au-vent en entrée, et la selle d’agneau en plat.

Un vrai régal (même le pain y est très bon), dans un cadre serein. Un peu trop, peut-être? Mais plutôt reposant, avec ses banquettes en cuir… et j’ai apprécié les coupelles en bois, moi qui adore la vaisselle dans ce matériau!

J’allais oublier de vous donner son nom! Le Comptoir des Fables. Je me suis demandé s’il s’agissait d’un jeu de mots, car il est situé en face de la Fontaine (de Mars)…

Une journée de rencontres. Episode 4 : la Fraternité Vietnamienne

Cette journée du samedi 18 février a été si riche que je ne parviens pas à en sortir! Nous nous sommes quittés, souvenez-vous, au Parc Monceau et au Musée Cernuschi. J’avais parlé de 7 rencontres. Si vous avez bien compté, il y en eut déjà 4 au Musée : l’artiste Young-sé Lee et les trois charmantes dames rencontrées lors de sa démonstration. J’aurais pu aussi, comme je vous l’ai dit, ajouté la personne adorable qui fait l’accueil de l’exposition, mais je ne l’ai pas comptée. De retour du Musée, il faut penser aux nourritures plus terrestres… Or il est un restaurant où j’ai souvent eu envie d’entrer sans jamais oser le faire.

C’est sans conteste l’un des plus petits, pour ne pas dire minuscules, de la capitale. Imaginez une devanture composée d’une porte et d’une fenêtre… Une pièce où l’on a peine à circuler entre 7 ou 8 tables… et, au bout, une toute petite cuisine. Au mur, des posters du Vietnam et des images pieuses. Tout est simple, vivant, « vrai ». A mon arrivée, une table est occupée par deux messieurs. Sur une autre mange celle que l’on imagine être la cuisinière, à en juger par sa charlotte (sur la tête, pas dans l’assiette). Un petit bout de femme, tout sourire, nous accueille, nous souhaite la bienvenue, demande où nous souhaitons nous installer, puis apporte une carte. Je choisis. Elle me suggère de changer de choix, me propose, à la place des nems, une autre entrée. J’accepte. Et je n’ai pas regretté ! C’était tout simplement divin!

Mais avant cela, la cuisinière avait fini son Pho. Et j’ai assisté à une scène que je n’aurais jamais imaginée. Le « client » de la table d’en face s’était levé, était allé choisir une bouteille de vin parmi la dizaine située sur une étagère au fond du restaurant, l’avait débouchée, et en avait proposé à la dame, qui a accepté. Mais le vin n’était pas destiné au verre : il l’a versé dans la soupe. J’ai ainsi retrouvé, dans ce petit restaurant vietnamien, ce que mon grand-père d’adoption faisait quand j’étais petite : chabrot.

« Chaque matin, il faisait chabrot, vidait une chopine de rouge sur le bouillon, dans son écuelle. Rien de tel pour reprendre vigueur (Pourrat, Gaspard des Montagnes,La Tour du Levant, 1931, p. 172) »

Bon, il avait bien un béret (il était « cadet de Gascogne », comme il disait avec accent), il versait bien le vin dans son fond de soupe ou de potage, mais il ne buvait pas à l’assiette, il se servait d’une cuillère. Et ce sont sans doute les premières gouttes d’alcool que j’ai bues, car, quand j’ai commencé à grandir, il m’a laissé faire comme lui…

Petit intermède culturel, si vous permettez. Pourquoi « chabrot »? Je voyais un lien linguistique avec « chèvre », et j’avais raison. C’est bien la racine « capra » que l’on retrouve. « Capra », c’est la chèvre. « Capreolus », le chevreuil. L’idée est qu’on lape la soupe agrémentée de vin comme les capridés lapent l’eau…

« Étymol. et Hist. 1876 chabrol (A. Daudet, Jack, t. 2, p. 50); 1876 chabrot (Gaz. des trib. ds Littré Suppl.). Terme prob. originaire du Périgord (fa chabroù « boire du vin dans du bouillon » d’apr. FEW t. 2, p. 304b) d’où il a passé en Limousin : fa chabroù, fa chabrol (Mistral, s.v. cabroù) et dans d’autres dial. occitans comme le gascon où il est relevé par Lespy sous les formes chabrò, chabròl, chabrot; chabroù (chabrol) proprement « chevreuil » (Mistral, loc. cit.) est issu du lat. capreolus, la forme chabrot s’expliquant par substitution du suff. -ottu, v. -ot. Le syntagme fa chabroù a tiré sa signification partic. de béue à chabro littéralement « boire comme une chèvre », c’est-à-dire « boire dans son assiette ». (CNTRL)

Donc, pour en revenir à nos moutons (pardon, nos capridés, pas ovidés), le client se sert, travaille, et sert la cuisinière qui « fait chabrot ». Inattendu, non?

La conversation s’est donc tout naturellement engagée avec les deux hôtes voisins. Celui qui s’était servi est un vieux client de la maison, et m’a racontée qu’elle était tenue avant par une vieille Vietnamienne, qui vivait dans une chambre au-dessus. Une immigrée qui avait choisi de rester en France, un « personnage », cette Maï, d’après lui. Elle est décédée il y a trois ans, et c’est lui, en tant qu’agent immobilier (son agence est toute proche, rue Santon, qui a effectué la vente à la nouvelle propriétaire, la jeune femme qui m’a accueillie. Et qui est venue s’asseoir et discuter avec nous. Arrivée en France pour faire ses études, elle a choisi d’y rester, elle aussi. Elle a passé un doctorat, a été « qualifiée » pour devenir « maître de conférences » (être titularisée pour enseigner en université), mais est « barrée » pour obtenir un poste, selon ses dires. Apparemment, son objet, l’enseignement catholique au Vietnam, suscite des réticences. J’ai trouvé trace de cette thèse sur le net. La soutenance a eu lieu à l’Université Paris Diderot le 25 mai 2016.

« 10:25 – 11:15 Le Thi Hoa (SPHERE)
L’histoire du système éducatif catholique au Vietnam de 1930 à 1990.« 

« Cette thèse vise à saisir l’histoire de l’éducation catholique au Viêt Nam aux XIXe et XXe siècles, en particulier la formation des prêtres et des catéchistes depuis l’époque des vicaires apostoliques occidentaux jusqu’en 1975 au Sud. Il est indéniable que l’enseignement profane catholique s’est appuyé sur la politique éducative de la colonisation française au début du XXe siècle et s’est développé sous les première et seconde Républiques du Sud Viêt Nam. La thèse situe en effet l’évolution de l’enseignement – public et privé – à travers les mutations de la société vietnamienne : persécution contre les chrétiens, colonisation française, guerre d’Indochine à partir de 1946, accords de Genève et exode de catholiques vers le Sud en 1954, proclamation de Diêm comme président de la République du Sud en 1955, érection de la hiérarchie ecclésiastique en 1960 qui change le rôle des missions. L’enjeu de notre travail n’est pas de contribuer à l’écriture d’une « contre-histoire » du catholicisme vietnamien et de sa place dans l’éducation mais de proposer une plus juste relecture de la place des catholiques dans l’histoire moderne et contemporaine du Viêt Nam. »

Vous pouvez voir ses articles sur le net. Elle publie sous le nom de Marie Le Thi Hoa. Ici, sur le rôle des papes dans la paix au Vietnam. , sur les réfugiés catholiques au Vietnam et en France.

Donc, en attendant, elle tient ce restaurant toute la semaine, sans aucun jour de fermeture; le lendemain, elle attendait 12 personnes pour un anniversaire. En y retournant la semaine suivante, j’ai appris qu’en réalité il y avait eu deux anniversaires ce jour-là, et elle était tout heureuse de me raconter cela.

Un couple entre, est accueilli, s’installe à une table toute proche. J’ai oublié de signaler que le Monsieur, après avoir servi la cuisinière, avait rempli nos verres aussi. Comme j’avais acheté une bouteille (choisie par moi, prix unique 14 euros!), j’ai proposé à ces voisin-e-s un verre, et la conversation s’est engagée. Elle, en reconversion professionnelle, est apicultrice dans le Val d’Oise et fait des études à l‘Ecole des Plantes. J’ignorais totalement l’existence de cet établissement! Nous avons donc parlé « abeilles » et surtout échangé autour de la difficulté à être reconnu comme « herboriste », dans un pays au lourd passé, concernant l’usage des plantes.

« En Europe, à partir du Moyen Âge, trois corporations se différencient et sont souvent en lutte : les herbiers (dénomination médiévale) qui deviendront les herboristes, qui récoltent et vendent des plantes indigènes séchées (médecine la moins chère et disponibles pour tous à l’époque) ; les apothicaires (qui deviennent pharmaciens au XIXe siècle, avec une école nationale et une centralisation de l’organisation du métier ; ce sont alors les pharmaciens qui forment les herboristes qui sont tolérés, mais souvent critiqués par les pharmaciens) qui fabriquent et vendent des remèdes plus complexes et préparés à base de plantes, de minéraux et de substances animales ; et les médecins qui soignent souvent des personnes et des animaux et ont obtenu des monopoles sur le suif des chandelles, ou les poids et mesures. La médecine des simples est en partie inspirée de la « médecine des signatures » qui lie la santé aux équilibres de l’univers et sous-tend une prédétermination divine. »

Sans oublier le sort réservé aux femmes expertes en ce domaine, qui finissaient souvent en cendres, car considérées comme « sorcières »!

Mais la jeune femme n’avait rien d’une sorcière, rassurez-vous. Elle et son époux avaient pour une fois confié leurs deux bambins aux grands-parents pour profiter de Paris, où lui travaille en ce moment en tant que spécialiste d’échafaudages, sur le chantier de Notre Dame. Donc tout près de ce restaurant, situé au 65 rue Galande. Lui n’a jamais aimé les études, et son père, pour lui donner une leçon, l’avait fait embaucher dans une entreprise d’échafaudages. Pas de chance pour le papa: le garçon s’est pris au jeu, a aimé ce métier, et est maintenant responsable dans l’entreprise à qui a été confié ce chantier immense!

Un moment donc de convivialité, d’échanges, de voyages dans les espaces et dans les vies. De quoi oublier guerre, luttes et morosité ambiante… Pour une vraie chaleur humaine, une vraie « fraternité ». Ce mini-resto mérite bien son nom! Ce n’est pas le cas d’Eataly, qui pourtant l’expose en grand, et où cela fait deux fois que je renonce à dîner tant l’ambiance y est désagréable et l’accueil peu sympathique.

Petit tour en pays bigouden : du Guilvinec à Pont l’Abbé

Je vous ai laissés dans le précédent article au Guilvinec, en train d’admirer les photos près du petit phare abandonné.

A propos du Guilvinec, savez-vous qu’un auteur de chansons porte ce nom? Yves-Marie Le Guilvinec (en réalité, Yves-Marie Le Core) a vécu en pays goelo et non bigouden. Vous connaissez peut-être « La Cancalaise« ? C’est de lui… Un chanteur. Un marin. Un poète. A la vie brève, puisqu’il disparut en mer à l’âge de 30 ans, « ivre de calva, de tafia, de vin rouge et d’anis pur ». (L’Obs, 2 avril 2020) ».

Fichier:Yves-Marie Le Guilvinec.png — Wikipédia

Un livre lui a été dédié, racontant la biographie de ce pêcheur de morue sur les grands bancs de Terre-Neuve.

TOUS LES MARINS SONT DES CHANTEURS  -  VIE ET MORT D'YVES-MARIE LE GUILVINEC (1870-1900), POETE ET MARIN BRETON - MORDILLAT/MOREL - CALMANN-LEVY

Remarquez-vous quelque chose sur cette couverture? Vous connaissez sans doute l’un des auteurs, mais ne l’attendiez pas là… Eh oui, François Morel est bien celui que vous regardez ou écoutez parfois. Il a trouvé chez un brocanteur des textes du marin poète, et s’en est emparé pour les chanter.

Mais revenons sur la côte de « Bigoudénie »… Nous allons quitter les rives du Steir et les marins de ce qui est devenu le 3ème port de pêche de France. Non sans évoquer leur cantique, répertorié dans un ouvrage que vous pouvez lire en ligne et dont voici la traduction en français.

« …Tout comme vous grands apôtres
Nous allons tous les jours sur la mer bleue.
Notre pauvre petit bateau est souvent bien balloté
Et c’est miracle qu’il ne sombre pas (…)
Sainte Anne, pendant toute notre vie
Soyez notre mère, soyez notre patronne ;
Du péché, des écueils
Préservez les habitants de Guilvinec »

Ce n’est pas Sainte Anne, mais sa fille que je remarque, dominant un carrefour à la sortie du bourg de Treffiagat, aux portes du Guilvinec.

Je ne disserterai point aujourd’hui sur les épis de blé aux pieds de la Vierge… ce sera peut-être l’objet d’un autre article, un jour… car il y a beaucoup à dire. Par contre, j’ai été intriguée par les phrases sur la colonne.

Vite, Internet à mon secours! C’est ainsi que j’ai découvert qu’il existait un chant portant en titre la première des phrases.

« Titre breton (normalisé) : Gwerc’hez Vari
Titre français (normalisé) : Vierge Marie
Auteur (normalisé) :Salaun (Jean-Marie) ?
Date de composition : 1879-09-12
Genre : En vers
Langue : Breton
Résumé :

Gwerc’hez Vari, j’aime ton nom ! (Passage en revue des tous ceux qu’elle protège : l’enfant dans son sommeil, la jeune fille et ses rêves, le combattant, le paysan, le marin dans la tempête, le pâtre, le pauvre attendant le paradis.). »

En effet, cela signifie « Vierge Marie » en breton… Une autre chanson porte ce titre, en y ajoutant la gloire : Gwerc’hez gloriuz Vari, chant collecté par Théodore Hersart de La Villemarqué dans le 1er Carnet de Keransquer. J’ai eu plus de mal pour la suite, tant l’orthographe des mots en breton peut varier… Cela signifierait, si j’ai bien compris « Protège nos terres ». Ce serait donc la prière, cette fois, non des marins, mais des cultivateurs des environs.

Quittons Ar Gelveneg (la pointe rocheuse) pour longer la côte vers l’ouest.

Route buissonnière pour le retour, par la côte de dunes et Loctudy.

En passant, je remarque un cimetière « anglais », dont les tombes sont plantées dans la pelouse autour d’une église. Arrêt immédiat pour aller le voir de plus près.

L’église paraît peu intéressante, de l’extérieur.

Je pousse cependant la porte et découvre une magnifique église romane, étonnamment bien conservée.

Une série de bannières – pardon, banielou – orne les murs. Elle rappelle l’importance des processions religieuses, des pardons, en terre bretonne. On en compte plus de 1000!

Remarquez, sur celle de la patronne de la Bretagne, les deux cordons qui l’équilibrent. Porter une bannière n’est pas simple. Et l’incliner encore moins. C’est sportif, comme en témoigne un article du Télégramme au mois de mai 2022.

« Vendredi soir, quelques-uns des quinze porteurs de bannières de la paroisse de Minihy-Tréguier s’étaient donné rendez-vous à l’église Saint-Yves de Minihy-Tréguier pour s’entraîner à cet exercice pour le moins très physique : le porter de bannières. « Tout est dans la technique et la souplesse », indique Yves-Marie Le Cozannet, fidèle de la première heure. Car si les bannières, au nombre de trois, pèsent entre 13 et 16 kg à la verticale, il en est tout autre lorsqu’il faut les incliner lors du salut des bannières. Pour rappel, les porteurs saluent à plusieurs reprises lors du Grand pardon de Saint-Yves : à l’arrivée du saint dans sa paroisse à la croix de mission, à sa sortie de l’église et lorsqu’il quitte Minihy-Tréguier. »

La crèche est encore en place, et je me demande au passage l’origine des couleurs LGBT disposées devant elle.

A la sortie, tour de l’église pour aller en voir le chevet. Disproportionné par rapport au clocher… ou l’inverse?

A proximité, une salle abrite une exposition présentant les nombreux édifices religieux du pays bigouden.

A Loctudy, pas de « demoiselles » non plus, depuis une semaine. Avez-vous deviné de quoi il s’agit? C’est le nom donné aux langoustines du pays.

« Symbole de la pêche en pays bigouden,
la langoustine vivante, nommée affectueusement la demoiselle du Guilvinec mais
aussi de Loctudy ou de Lesconil, est
la reine des plateaux de
fruits de mer
.

La fierté du Guilvinec, c’est ce crustacé à chair rose qui peuple la façade Atlantique nord de l’Islande au sud du Portugal, aux pattes fines, aux longues pinces, à la chair blanche et délicate
: la langoustine. Appréciant les fonds meubles, sableux et vaseux où elle aime à creuser son terrier, elle en sort pour chasser et se nourrir au lever et au coucher du soleil de crevettes, mollusques et autres équinodermes tels les étoiles de mer et les oursins. Moment idéal pour la capture…
 » (source)

L’heure tourne, et nous arrivons à Pont l’Abbé.

Halte aux superbes halles de la ville, pour vérifier que, là non plus, on n’en trouve pas. J’avais le souvenir d’avoir acheté là pour Noël des crustacés fraîchement pêchés, que le poissonnier avait cuit directement sous mes yeux ébahis… Rien non plus depuis une semaine. Grande cohérence des informations, donc, et l’on n’essaie pas dans ce pays de nous vendre des langoustines venues
d’ailleurs…

La nuit tombe, il est temps de rentrer. Le dîner se fera sans « demoiselles », hélas!

Un petit tour en pays bigouden : Le Guilvinec

Le temps est à la pluie en ce samedi de janvier. Mais l’envie de sortir prime. Alors, pourquoi pas un petit restaurant ? Appels en nombre, pour tenter de trouver la perle rare : un restaurant sympa, pas trop cher, accueillant… Mais voilà. Tout est fermé. Soit définitivement, soit pour « vacances ». Les répondeurs s’enchaînent. Certains sont pleins. D’autres n’acceptent pas de messages. Enfin une voix me répond. Une dame, visiblement d’un certain âge, m’explique que son restaurant est fermé depuis une dizaine d’années. Pourtant, il est toujours répertorié comme « ouvert » sur Tripadvisor et consorts! Je lui demande, épuisée par plus d’une heure d’efforts téléphoniques, si elle ne pourrait pas me donner l’adresse d’un de ses collègues, un restaurant ouvert (un samedi, ce n’est quand même pas impossible, pensais-je). Elle me dit d’essayer auprès de « La Chaumière, de l’autre côté ». L’autre côté de quoi? Mystère. J’appelle. Une voix féminine me répond fort aimablement que oui, c’est ouvert, que oui, on sera ravi de nous accueillir, que oui, l’heure n’a pas besoin d’être fixée exactement. Miracle! Il ne reste plus qu’à consulter Waze pour voir combien de temps il faut pour aller de Fouesnant au Guilvinec. Un peu plus de 30 mn. Jouable, donc, puisqu’il n’est pas encore tout à fait midi. Et la vieille Clio de la Vieille Dame (non, pas celle de Babar, mais presque!) s’élance vers le pont qui franchit l’Odet et mène en pays bigouden, de l’autre côté de la frontière (il subsiste un ethnicisme anti-bigouden incroyable chez certaine Bretonne de la Presqu’île… )

Et c’est vraiment une chaumière que je découvre, coincée entre des bâtiments de tous styles, face au port des Demoiselles. Au fait, savez-vous ce que sont ces « demoiselles »? Cherchez, je vous donnerai la solution plus tard…

Une pièce chaleureuse, au sens figuré (accueil de la propriétaire des lieux) comme au sens propre (une table près d’une grande cuisinière dont le feu de bois est bien agréable).

La Dame des lieux nous annonce qu’hélas elle ne pourra pas nous servir de « demoiselles », car les pêcheurs sont privés de leur activité depuis une semaine à cause d’une météo déplorable. Mais la carte est alléchante et propose en entrée d’autres options, comme un foie gras maison (qui se révèlera délicieux) et une assiette de vernis et palourdes farcis. Je demande s’il est possible de n’avoir que les seconds. Elle part consulter la cuisine, et revient avec un accord. Là aussi, grande qualité gustative. La suite du repas? du poisson, bien sûr. Pour moi, des sardines comme je n’en avais jamais mangé. Cuites à point mais pas trop, chair tendre…

Peu de poissons en ce moment, mais merlu et Saint Pierre sont aussi proposés.

Une hôtesse étonnante, venue s’installer ici il y a une dizaine d’années. Elle nous présente son ami ou mari, musicien guitariste, et son aide-cuisinier, une Ukrainienne qui était dans son pays assistante sociale et qu’elle fait travailler pour l’aider. Normande d’origine, elle dit avoir été adoptée par les locaux (comment a-t-elle fait? c’est si difficile de s’intégrer en Finistère!). Catholique, elle adhère cependant à la philosophie bouddhiste (j’avais compté 4 représentations de Bouddha dans la salle et sur la terrasse). Et se déclare heureuse. Bref, vous l’avez compris, une personne extrêmement intéressante selon mes critères.

Le repas fini, balade dans les environs. D’abord, sur le port. Et je comprends que « l’autre côté », c’est le quai d’en face.

Après le port de pêche, les chantiers navals, qui ressemblent parfois à des musées d’art moderne… Puis l’Enclos des phares, avec une exposition de photographies anciennes.

Débats autour du kig ha farz

En ce vendredi 13, retour à la Charrette, comme prévu, pour aller goûter le kig ha farz préparé la veille quasiment sous nos yeux, et qui avait donné lieu à une discussion épique sur la manière de le préparer.


Mais peut-être ne savez-vous pas ce qu’est ce plat? Le nom pourrait vous aider… Mais il faudrait parler breton!

« kig \ˈkiːk\ masculin (pluriel kigoù)

  1. Viande.
    • En Breiz-Izel, e ver mat evit ar paour, hag en pep ti e vo evitan eun tamm bara, eun tamm kig, alïes eur skudellad soubenn. — (Fañch al Lae, Bilzig, Ad. Le Goaziou, leorier, Kemper, 1925, page 37) En Basse-Bretagne on est bon envers les pauvres, et dans chaque maison il y aura pour lui un morceau de pain, un morceau de viande, souvent une écuelle de soupe.
  2. Chair.
    • Setu poazhet ar pesk eta, debret e gig gant gwreg ar pesketaer, e galon, gant ar gazeg, hag he vouzelloù, gant ar giez. — (Fañch an Uhel, Kontadennoù ar Bobl /4, Éditions Al Liamm, 1989, page 48) Voici le poisson cuit donc, sa chair mangée par la femme du pêcheur, son cœur, par la jument, et ses boyaux, par la chienne.
  3. (Religion) Chair, opposée à l’esprit.
    • E-touez ar re bersonelañ hag ar re vravañ e lakaan ar re ma vez komzet diardoù eus cʼhoantoù ar cʼhig just a-walcʼh […]. — (Malo Bouëssel du Bourg, Petra nevez ?, in Al Liamm, niv 416, Mae-Mezheven 2016, page 95) Parmi les plus personnels et les plus beaux je mets ceux où l’on parle sans façon des désirs de la chair justement […]. »

Vous avez déjà le début, le mot qui explique ma surprise de voir ce plat réservé au vendredi en ce lieu… Le deuxième mot, vous le connaissez peut-être. On le trouve dans le nom du drapeau de la région « Gwen ha du » « Blanc et noir ». « Ha » signifie « et ». Quant à « fars », vous avez déjà sans doute mangé un dessert de ce nom, le « far » breton… En latin, « far » est employé pour désigner du blé, de l’épeautre… Le « far », en breton, est à la fois la farine et le dessert fabriqué à base de farine, avec une base de pâte à crêpe épaisse, que l’on garnit de fruits et qui est cuite dans du beurre bien doré. Le nom du plat est ainsi littéralement « viande et blé ».

Il existe, vous l’aurez compris, de nombreuses variantes de ce plat typique nord-breton (notamment Trégor). Les ingrédients sont cependant presque toujours les mêmes. Les viandes, d’abord : du boeuf (beau morceau) et du porc (jarret et lard). Auxquelles s’ajoutent les os à moëlle. Parfois on ajoute des saucisses fumées. Les légumes ensuite : chou blanc, poireaux, navet, carottes, oignons. Les « fars » enfin, de deux sortes : le salé, à base de sarrasin, et le sucré, à base de froment. Ils sont cuits dans des sacs que l’on plonge en fin de cuisson dans l’espèce de « potée » constituée par les autres ingrédients.

Ces sacs étaient autrefois faits avec des toiles blanches, de voiles ou de chemises de marins.

L’un des points de dissension est la manière de servir les fars. Pour certain-e-s, en tranches, tandis que d’autres les préfèrent émiettés, comme de la semoule de couscous.

Celui que nous avons eu la chance de déguster comporte les deux options : le far sucré, en tranche, tandis que le salé était en forme de semoule.

Un plat bien consistant, donc! D’ailleurs les poules se régalent des restes…

Aussi étais-je contente de finir par du plus léger et frais : une boule de glace à l’ortie avec un léger nappage au chocolat. La cheminée suffisait à me réchauffer!

Je ne voudrais pas finir sans revenir à l’aubergiste, cuisinier hors norme, et à sa cousine qui nous a servis avec beaucoup d’amabilité et de chaleur. Il est si rare de trouver un endroit où l’on se sent aussi bien, et où l’on sert une cuisine aussi raffinée et originale qu’authentique et faite de produits locaux et frais!

Une adresse à découvrir… vite, car le propriétaire nous a dit être en difficulté et vouloir abandonner ce qui était le rêve de sa vie… Quel dommage!

Ah! J’allais oublier! En préparant cet article, j’ai trouvé un document archivé par l’INA, où deux Bretonnes expliquent leur manière de concevoir le kig ha farz… Je vous laisse le découvrir ici.