Revenons aux Lupercales et aux petits oiseaux…

Je hais les fêtes qui ont eu un sens mais ont été récupérées par le Commerce, avec un grand C, quand elles n’ont pas été déviées (Noël) ou créées (Fête des Grands-Mères!)… La Saint Valentin cumule, en relevant de ces deux catégories.


Autour de moi, aujourd’hui, je vois des hypocrisies (couples contractualisés qui s’obligent à la fêter, couples en formation où c’est un moyen de drague, de l’un-e ou de l’autre) ou des souffrances (personnes seules, veufs/veuves, homme ou femme venant de se faire « larguer » par l’être aimé, quand ce n’est pas un papa qui a perdu la fille baptisée Valentine pour symboliser l’amour avec sa femme, disparue aussi…).
Bref, ce jour est particulièrement cruel. Bien sûr, rien n’empêche de le fêter avec bonheur quand on aime et qu’on est aimé. Mais pas besoin de tapage médiatique. Ni d’achats coûteux. Fort inégalitaires, d’ailleurs – ou révélateurs d’un fait de société ?

Un sondage diffusé hier montre que les hommes dépensent 130 euros en moyenne alors que les femmes réduisent la dépense à moitié… Un autre, présenté ci-dessus, montre des écarts moindres, mais réels aussi.

Infographie Saint Valentin

Observons, si vous le voulez bien, que la plupart des cadeaux « profitent » en boomerang à ceux qui les font. « Elle » va s’embellir pour lui plaire et donc le séduire, « il » va l’aider en cela pour qu’elle lui plaise. « Elle » et « il » profiteront ensemble des dîners, voyages, etc.

C’est encore pire aux Etats-Unis (source).

« Aux États-Unis, tout le monde ne célèbre pas la Saint–Valentin mais selon des spécialistes du secteur du commerce, ceux qui sont concernés dépensent en moyenne 196 dollars, soit 180 euros. Si on regarde ces chiffres de plus près, les hommes dépensent en moyenne 291 dollars et les femmes 106. »

Un autre sondage a été fait au Canada. Voici un extrait d’une synthèse de ses résultats (source).

« Une donnée intéressante tirée du sondage canadien indique que malgré les sommes importantes qu’on prévoit débourser, seulement 30 % des gens sondés estiment que célébrer la Saint-Valentin est important pour eux.

Le sondage révèle aussi que les hommes comptent dépenser davantage que les femmes pour l’occasion (209$ vs 109$) et que près d’un quart des Canadiens célèbrent la Saint-Valentin à une autre date afin d’éviter les foules. »

Donc, le silence médiatique serait bienvenu pour éviter de « remuer le couteau dans la plaie » – voire les plaies – de celles et ceux qui souffrent. Côté commercial, j’ai beaucoup apprécié cette idée (MDR)

« Parmi les cadeaux insolites à offrir à votre amoureux(se), à Boston, au lieu d’offrir un bouquet de fleurs, un magasin alimentaire propose d’offrir un cornet de côtelettes grillées dans un emballage Saint-Valentin pour la somme de 30 dollars.  » Enfin un commerce qui prend en compte la misère actuelle de certain-e-s… encore faudrait-il connaître le prix « normal » de cette viande pour savoir quelle marge le magasin va faire sur le dos des « amoureux »!

Et dire qu’à l’origine il y avait des fêtes qui célébraient la nature!

Un historien, Louis Réau, qui a travaillé sur l’iconographie de l’art chrétien, émet l’hypothèse que la date est liée, dans l’imaginaire des peuples d’autrefois, à l’appariement des oiseaux. Joli, non? Et pas que des pigeons!

Et vous vous doutez que je vais revenir à la Rome Antique (peu romantique, soit dit par ailleurs, si vous me permettez ce très mauvais jeu de mots)… et aux Lupercales, qui étaient célébrées aux Ides de Februar.

« Le 15 février à l’aube, à Rome, deux groupes de jeunes gens, appartenant respectivement aux gentes des Fabii et des Quinctii, se réunissaient au Lupercal, cette grotte au pied du Palatin, où la louve de la légende avait allaité les jumeaux fondateurs. Après avoir sacrifié une chèvre dont ils découpaient la peau en lanières, ces luperques, vêtus d’une simple peau de bouc, se lançaient dans une course folle autour du Palatin et fouettaient de leurs lanières tous ceux qu’ils rencontraient, les femmes en particulier. »

Bon, ce n’est pas mieux pour la gent féminine! Les hypothèses sont nombreuses pour expliquer ce rite, considéré entre autres comme célébrant l’enlèvement des Sabines, et souvent comme rite de fécondité. Voir à ce sujet cet article, si cela vous intéresse. Ou encore celui-ci.

Vues par Edme Bouchardon (XVIIIème)

En essayant d’y voir plus clair, j’ai trouvé un passage d’Ovide qui présente le mois de février ainsi. Je vous fais grâce du latin, et ai pris la traduction des Fastes par Nisard, proposée en ligne.

 » Février est le mois des purifications (2, 19-54)

Februa, chez nos pères, signifiait cérémonie expiatoire, [2, 20] et en plus d’une circonstance aujourd’hui, cette étymologie peut se reconnaître encore. La laine que les pontifes reçoivent du roi des sacrifices et du flamine s’appelait Februa dans l’ancien idiome, ainsi que le froment brûlé et le sel que le licteur porte dans les maisons désignées pour être purifiées, [2, 25] ainsi que le rameau qui, coupé sur l’arbre pur, couronne le chaste front des prêtres. Moi-même j’ai vu une flamine demander les februa, et on lui donna une branche de pin. Enfin tout ce qui est expiation pour la conscience de l’homme [2, 30] était désigné sous ce nom chez nos ancêtres à la longue barbe. Ce mois s’appelle donc Februarius, parce que le Luperque asperge alors tous les lieux d’eau lustrale, avec des lanières de cuir, et en chasse ainsi toute souillure, ou bien parce qu’on apaise alors les mânes des morts, et que la vie recommence plus pure, une fois les jours passés des cérémonies funèbres. »

Ovide s’interroge sur l’origine de la cérémonie évoquée plus haut.

« La troisième aurore qui se lève après les Ides voit les Luperques courant tout nus, et célébrant la fête du dieu qui porte deux cornes. Muses, dites-nous l’origine de ces solennités [2, 270] et de quelles contrées elles furent transportées dans notre Latium.« 

« Les antiques populations de l’Arcadie adoraient Pan, dieu des troupeaux; à chaque pas, dans leurs montagnes, on retrouvait ses autels. Témoin le Pholoé, [2, 275] témoin la cime du Nonacris, couronnée de pins sauvages, le haut Cyllène, et les neiges des sommets parrhasiens; témoin l’eau du Stymphale et le Ladon, qui roule à la mer ses flots impétueux. Chaque jour, il recevait des offrandes comme protecteur des troupeaux, comme dieu des cavales, comme gardien des brebis. Évandre apporte avec lui le culte de cette divinité rustique. [2, 280] Il n’existait alors de Rome que l’emplacement de Rome même. Pan, depuis ce jour, est aussi un dieu pour nous, et le flamine Diale célèbre encore sa fête d’après les rites anciens, tels que nous les ont transmis les Pélasges. »

Il apporte quatre hypothèses explicatives à la course des Luperques dénudés. La première, c’est la nudité de Pan.

« C’est que le dieu se plaît à errer d’un pas rapide au sommet des montagnes escarpées, et à jeter l’alarme parmi les bêtes sauvages. Nu lui-même, il veut que ses ministres le soient: les vêtements embarrassent celui qui veut courir. »

Le Dieu Pan (source)

La seconde, c’est le souvenir d’ancêtres dont la nudité est révélatrice de la force et de la puissance.

« Suivant les traditions, les Arcadiens habitaient la terre avant la naissance de Jupiter; [2, 290] c’était une race plus vieille que la lune. Leur vie était celle des brutes, étrangères à toute culture; multitude grossière et ignorante, qui habitait sous la feuillée, paissait l’herbe des champs, et ne connaissait d’autre boisson que l’eau puisée à deux mains dans les torrents. [2, 295] Aucun taureau ne gémissait à traîner le soc acéré de la charrue; aucun laboureur ne dictait des lois à la terre; on ignorait l’usage du cheval, chacun se portait lui-même; la brebis marchait revêtue de sa toison; les hommes vivaient sous le ciel, nus, [2, 300] habitués à supporter la pluie et les injures de l’air. Maintenant donc, la nudité des Luperques, souvenir des moeurs de nos aïeux, nous donne aussi une idée de leur riche indigence. »

Manuela Caregnato (source)

La troisième part d’une anecdote savoureuse, que je vous livre dans son intégralité, bien qu’elle soit longue.

« Mais pourquoi Faunus, surtout, repousse-t-il tout vêtement? C’est ce que nous apprend une tradition où respire la gaieté antique. [2, 305] Un jour le jeune héros de Tirynthe accompagnait le pas de la reine sa maîtresse; Faunus les aperçut du haut d’une colline, et embrasé aussitôt de mille feux, « Adieu, nymphes des montagnes, s’écria-t-il, adieu; désormais voici celle que je veux aimer. La belle Méonienne marchait, laissant flotter sur ses épaules sa chevelure parfumée; [2, 310] une agrafe d’or brillait à son sein, une ombrelle dorée, que supportait la main puissante d’Hercule, défendait son visage des rayons brûlants du soleil. Ils arrivent au Tmolus, tout planté de vignes, forêts de Bacchus, au moment où l’humide Hespérus attelle ses coursiers noirs. [2, 315] Une grotte les reçoit, toute lambrissée de tuf et de pierre ponce vive; à l’entrée murmurait un ruisseau. Tandis que les esclaves préparent le repas et le vin, Omphale veut revêtir Alcide de sa propre parure. Elle lui donne sa tunique légère, teinte de la pourpre africaine; [2, 320] elle lui donne la délicate bandelette qui naguère lui servait de ceinture; mais celle-ci ne peut suffire à entourer le corps d’Hercule; déjà il a brisé aussi le lien de sa tunique, pour ouvrir un passage à ses robustes mains; ses larges pieds sont emprisonnés dans une étroite chaussure. [2, 325] Omphale, à son tour, saisit la lourde massue, la dépouille du lion, et les traits les moins pesants que renferme le carquois. Ainsi travestis, ils se mettent à table, puis se livrent au sommeil, reposant près l’un de l’autre sur des lits séparés. – Pourquoi? – Ils se préparaient à offrir le lendemain, au point du jour, un sacrifice à l’inventeur de la vigne, [2, 330] et pour cela, ils devaient être purs tous deux.

On était au milieu de la nuit; que n’ose pas l’amour dans son délire? Faunus, à travers les ténèbres, s’avance vers l’antre frais, et voyant les esclaves ensevelis dans l’ivresse et le sommeil, il espère que les maîtres ne dormiront pas moins profondément. [2, 335] Il entre, adultère audacieux, et porte ses pas çà et là; ses mains prudentes le précèdent, et interrogent tout sans bruit. Il arrive au lit désiré; il en a touché les étoffes; jusqu’ici tout semble sourire à ses projets; mais sa main rencontre le poil hérissé du monstre de Némée; [2, 340] il frémit, il s’arrête, et recule saisi de frayeur; ainsi tremble le voyageur à l’aspect du serpent qu’il allait fouler aux pieds. Il sent au lit voisin de doux et fins tissus; il se laisse prendre à ces apparences trompeuses; [2, 345] il monte et se place sur le devant de la couche; la raideur et la dureté de la corne ne seraient que de faibles emblèmes de la violence de ses désirs. Cependant il commence à soulever légèrement la tunique; les jambes qu’elle recouvre sont velues, et tout hérissées d’un poil rude. Il veut aller plus loin; le héros de Tirynthe [2, 350] le repousse du coude; il tombe avec bruit. La reine appelle ses femmes, demande des flambeaux, et les flambeaux qu’on apporte à l’instant éclairent la scène. Le dieu gémit tout meurtri de sa lourde chute, et lève à peine de terre ses membres froissés. [2, 355] Alcide et tous rient du malheur de Faunus; la Lydienne aussi rit de la confusion de son amant.

C’est depuis cette époque que le dieu ne peut souffrir les vêtements perfides qui ont été cause de son erreur; il veut qu’on se présente nu à ses autels. »

Statue de Jacques Gena (source)

La quatrième est toute mignonne, avec ses références à l’amour fraternel.

« Ajoute, ô ma muse, à ces traditions étrangères, une cause du même usage, puisée dans l’histoire du Latium, [2, 360] et que mon coursier vole dans cette carrière où le sol est ferme sous ses pas.

C’était la fête de Faunus, aux pieds de chèvre; une chèvre lui ayant été immolée suivant l’usage, chacun était venu prendre sa part de ce frugal festin. Tandis que les prêtres disposent, pour le repas, les entrailles de la victime, passées dans des broches de saule, [2, 365] Romulus et son frère, avec les jeunes bergers, couraient nus dans la plaine, exposés aux rayons du soleil en ce moment au milieu de sa course. Combattre avec le ceste, lancer au loin, soit le javelot, soit une pierre pesante, tels étaient les jeux où ils faisaient assaut de force et d’adresse. Tout à coup un berger crie du haut de la colline: « Cours sauver tes taureaux, [2, 370] ô Romulus; des voleurs les détournent et te les enlèvent. » Le temps manquait pour s’armer; les deux frères s’élancent dans des directions différentes; c’est Rémus qui fait lâcher prise aux voleurs; il revient, il arrache les viandes qui sifflaient encore devant les brasiers, et s’écrie: « Les vainqueurs seuls en mangeront. » [2, 375] Ainsi fait-il, les Fabiens l’imitent. Romulus arrive trop tard, et ne trouvant plus que des os dépouillés et des tables dégarnies, il sourit, mais regretta que Rémus et les Fabiens eussent été plus heureux que ses Quintiliens. La trace de cet événement subsiste encore: la course sans vêtements [2, 380] consacre le souvenir de l’avantage obtenu par Rémus.« 

Et le poète met en lien la flagellation avec l’enlèvement des Sabines (qui, soit dit en passant, devaient connaître des méthodes de stérilisation et d’avortement pour éviter de procréer pour leurs ennemis).

« [2, 425] Jeune épouse, qu’attends-tu? Ni la vertu des simples, ni les prières, ni les chants magiques ne te feront concevoir. Offre patiemment ton sein aux coups d’une main qui te rendra mère, et bientôt le nom d’aïeul charmera l’oreille du père de ton époux. Il fut un temps où nos Romaines, comme poursuivies par une influence funeste, [2, 430] obtenaient rarement de l’hymen les doux fruits qu’on en espère.

« Que m’a donc servi, s’écriait Romulus (car il régnait alors), que m’a donc servi l’enlèvement des Sabines? Sommes-nous plus puissants? La guerre! voilà tout ce que nous avons gagné avec ces violences. Pour avoir à ce prix des épouses stériles, mieux eût valu s’en passer. [2, 435] Au pied de l’Esquilin, s’élevait, consacré à la grande Junon, un bois que la cognée avait respecté depuis de longues années; tous les couples s’y rendent et fléchissent le genou; ils vont mêler leurs voix suppliantes. Tout à coup, les arbres balancent leurs cimes agitées, et, ô merveille! [2, 440] on entend la déesse parler ainsi au sein de la forêt: « Mères du Latium, qu’un bouc velu vous pénètre!« 

La foule reste muette et consternée à cet oracle mystérieux. Un augure, dont le nom s’est perdu dans la suite des âges, exilé récemment de l’Étrurie, [2, 445] s’avise d’immoler un bouc; il se fait un fouet de la peau de la victime, coupée en lanières, et les femmes, dociles à l’ordre qu’elles en reçoivent, viennent s’offrir à ses coups. La lune ramenait pour la dixième fois dans les cieux son croissant renouvelé: l’époux était devenu père, les épouses avaient enfanté. Grâces te furent rendues, ô Lucine! et c’est ce bois sacré lui-même qui te donna ce nom; [2, 450] ou peut-être vient-il de ce que tu es la déesse à qui nous devons de voir le jour. Sois donc bonne et propice, ô Lucine, à la jeune épouse enceinte; prête-lui ton secours, et qu’elle soit délivrée doucement et à temps du fardeau qu’elle porte dans son sein. »


D’accord, le détour par les Fastes a été longuet, mais avouez que c’est savoureux, non? Et plus drôle et « nature » que les chocolats, les roses et les parfums…

Notez que c’est lors des Lupercales qu’Antoine offrit la couronne à César!

Ces fêtes perdurèrent jusqu’au VIème siècle, et l’on peut penser que, par la suite, le Carnaval joua un rôle partiellement similaire…

L’iconographie concernant ces fêtes et ce qu’elles évoquent est assez importante. Mais je me suis amusée en constatant que les oeuvres picturales, durant des siècles, ne montrent jamais la nudité totale…

Andrea Camassei (source)

Pour terminer, j’ai apprécié le conseil donné par un site que je ne connaissais pas, découvert au moment où j’allais boucler cet article et vous donner un conseil à peu prés identique…

« Fêtez la Saint-Valentin à la manière des fêtes Lupercales

« 14 février, 15 février, c’est la semaine ou jamais pour laisser aller votre imagination débridée en matière amoureuse.

Commencez par envoyer une lettre d’amour à l’élu(e) de votre coeur. Si vous en avez plusieurs envoyez des lettres adaptée en vous aidant de “fabriquez vos lettres d’amour“.

Si vous osez, organisez une fête lupercale chez vous…ou dans la rue et chronométrez le temps que mettront les forces de l’ordre à vous appréhender. »

Un peu de musique dans ce monde absurde…

Je ne sais pas si vous avez fait comme moi hier soir, à savoir vous réjouir d’un programme musical, « pour une fois »!, en début de soirée sur la une, et si vous avez tenté de le suivre jusqu’au bout. Personnellement, je n’y suis pas parvenue, malgré la participation de musiciens célèbres, comme Gauthier Capuçon. Mais même lui n’est pas parvenu à sauver cette émission, et j’oserai même dire que, bien que je sois loin d’être fan de Johny Halliday, sa tentative de substituer son instrument à la voix du chanteur m’a paru pitoyable. Et que dire de Claudio Cappello tentant de reproduire Caruso? Ou encore Dany Brillant singeant Aznavour! Bref, impossible pour moi d’aller plus loin… Sans doute dommage, car la programmation était alléchante, mais le caritatif ne justifie pas la médiocrité.

Ce n’est donc pas de cela que je vous parlerai aujourd’hui, mais d’un air que j’ai entendu par hasard un matin en démarrant ma voiture alors que la radio était branchée sur France Musique. Un air que chantait ma mère, qui jouissait, jeune, d’une voix lui permettant d’interpréter des opéras, opérettes… et chants d’église… Quand j’ai cherché à le retrouver sur le net, je me suis aperçue qu’il avait été interprété, et l’était encore, par des couples parfois improbables. Je vous propose donc en ce matin frigorifique de nous réchauffer au moins le coeur en découvrant quelques-uns d’entre eux.

Avant d’en arriver à l’interprétation, arrêtons-nous sur les paroles.

Belle nuit, ô nuit d’amour,
Souris à nos ivresses,
Nuit plus douce que le jour,
Ô belle nuit d’amour!Le temps fuit et sans retour
Emporte nos tendresses,
Loin de cet heureux séjour
Le temps fuit sans retour.

Zéphyrs embrasés,
Versez-nous vos caresses,
Zéphyrs embrasés,
Donnez-nous vos baisers!
Vos baisers! vos baisers! Ah!Belle nuit, ô nuit d’amour,
Souris à nos ivresses,
Nuit plus douce que le jour,
Ô belle nuit d’amour!
Ah! Souris à nos ivresses!
Nuit d’amour, ô nuit d’amour!
Ah! ah! ah! ah! ah! ah! ah! ah! ah! ah!

Vous avez reconnu – ou pas – les paroles de La Barcarolle (source). Je croyais naïvement (je suis néophyte en opéra!) que c’était un chant d’amour évoquant des plaisirs indicibles, mais ai découvert qu’il n’en est rien, et qu’en réalité elles reliaient au fantastique puisqu’elles avaient été initialement écrites pour Les Fées du Rhin, en tant que Chant des Elfes, qui fut leur premier titre. Nous sommes donc passés du Rhin de légendes au Grand Canal de Venise… Quels écarts! J’ai aussi appris que le terme même « barcarolle » venait de « barque », et que le rythme ternaire de la musique évoquait le balancement des embarcations sur les flots – ce qui m’a fait saisir la plaisanterie d’un des binômes dont je vais vous parler… D’une barque rhénane, nous voici donc transporté-e-s sur une gondole à Venise… pour y rejoindre la courtisane Giuletta, avec qui le Poète tente d’oublier ses amours malheureuses, en compagnie du / de la transgenre de l’histoire, La Muse devenue Nicklausse, le/la même qui, à la fin, le « consolera » (???) par ces mots : « Des cendres de ton cœur, réchauffe ton génie, / Dans la sérénité, souris à tes douleurs ! / La muse apaisera ta souffrance bénie, / On est grand par l’amour, et plus grand par les pleurs ! » (source) – pour ma part je préfère la première option!

Mais revenons à ce qui est le thème de cet article, à savoir les binômes de chanteurs/euses qui ont interprété le « couple » courtisane / Muse déguisée en homme.

Celui que j’ai entendu en ce matin glacé de février, de manière tout à fait inattendue mais bienvenue, était interprété par deux mezzo-soprano, Anne Sofie von Otter et Stéphanie d’Oustrac.

Je ne résiste pas à l’envie d’opposer à leur sérieux lors de l’entrée en scène et du début le « personnage » de Montserrat Caballe, d’abord dans cette représentation de 2011 (elle avait alors 78 ans), mais surtout ses rires et sa connivence avec Marilyne Horne en 1990 – le second étant pour moi un enregistrement inoubliable à tout point de vue. Les deux femmes se connaissent de longue date, je l’ai découvert en lisant la biographie de « La Superba ».

« Le premier succès international de Montserrat Caballé survient en 1965, quand elle remplace Marilyn Horne, enceinte, pour une Lucrezia Borgia en version de concert au Carnegie Hall de New York, où elle fait sensation : le New-York Times titre « Callas + Tebaldi = Caballé » ». (source Wikipedia)

La soprano à la large tessiture et la mezzo-soprano sont nées à la même époque, l’une en 33 et l’autre en 34, et cela fait donc, à ce moment, 25 ans qu’elles se connaissent, ce qui permet de comprendre le véritable « dialogue » de leurs voix.

Très différente, selon moi, la version suivante, chantée par Anna Netrebko (soprano) et Elina Garança (mezzo-soprano). Je suis très partagée à ce sujet. De belles voix, certes, avec une amplitude remarquable, et qui se complètent à merveille. Mais l’air résonne tout autrement… Je les préfère dans la Norma, lors de ce concert.

Bien moins connues, deux jeunes femmes lors d’un concours en Pologne, en 2014 : Julia Pietrusewicz (soprano) et Katarzyna Radon (mezzo-soprano).

J’apprécie l’interprétation plus sobre de Kristina Bitenc (soprano) et Monika Bohinec (mezzo-soprano), bien que la prestation de l’orchestre me plaise moins que les autres – vous remarquerez au passage l’attirance du preneur / de la preneuse de vue pour les jeunes femmes!

Les chanteuses des pays de l’Europe « orientale » (par rapport à la France) sont visiblement attirées par ce morceau, à en juger par leur quantité sur la toile… En voici un autre exemple, avec des « roulades »… Il y a un autre enregistrement du duo, avec un son de piètre qualité, mais remarquable par l’absence d’orchestre. Une autre particularité : Irina (soprano) et Cristina (mezzo-soprano) Lordachescu sont soeurs.

Si vous poursuivez la recherche sur You Tube, Spotify ou autre, vous observerez comme moi la grande variété d’interprétations de ce morceau si bref… D’orchestres et accompagnements musicaux divers, de voix et de « jeux » entre celles-ci, de formes d’appropriation de l’oeuvre aussi…

Je me suis demandé si la Callas avait été enregistrée, chantant cet air. Oui, mais il m’est inaccessible. Si vous êtes abonné-e à Deezer, partagez-le?

Pour finir, une de mes versions préférées, celle de Natalie Dessay et Philippe Jaroussky – mais j’avoue ne pas être totalement impartiale, car je suis fervente admiratrice de ce dernier, comme de beaucoup de contreténors…

Sur le chemin de retour…

Rassurez-vous, je ne ferai pas comme Plus belle la vie, en termes de nombre d’épisodes. Ce n’est qu’un triptyque… dont voici le troisième volet.

Après la quête du grand Cerf, l’arrêt sur images rue Dussoubs, voici donc quelques « observations » sur le chemin qui me ramenait chez moi.

Le Centre Beaubourg fait oeuvre originale, pour marquer la distanciation dans la file d’attente, avec des citations aussi diverses que variées. L’une d’entre elles m’a particulièrement attirée, car elle faisait écho à l’entretien que je venais d’avoir…

Dans une rue voisine, un aubergiste montre autant d’humour que celui de Saint Valéry sur Somme, dont j’ai publié quelques photos de la salle de restaurant vue par la vitrine…

Client-e-s du jour

Le masque est bien évidemment présent!

Boire son cocktail avec un masque…

Mais chez le voisin, c’est toute la tenue qui préfigure peut-être ce que sera la nôtre pour faire face au virus…

Mode 2021

La Seine m’offre à nouveau ses débordements, et les oiseaux se sont emparés des rambardes et des bancs, avec belle vue sur les flots.

Un peu plus loin, des passant-e-s s’interrogent : on y va? on n’y va pas?

On se tâte…
Et on fait demi-tour !

Vitrines

Je vous ai laissé, lors de ma promenade, Passage du Grand Cerf. Or, dans la rue Dussoubs dont je vous ai parlé avant d’y parvenir, je me suis amusée à photographier quelques vitrines qui m’inspiraient…

A défaut de musées…

Obliques

Les commerces de tissus m’ont toujours fascinée…

Fauve dépecé
Empilements
Obliques courbes

… mais j’admire aussi les merceries, où la passementerie me surprend toujours.

Vers le Grand Cerf

J’avais ce jour-là rendez-vous avec le Grand Cerf.

Non, je ne partais pas à la chasse.

Et je ne me prenais pas non plus pour Bambi !

Souvenir ému du film qui m’a tant fait pleurer !

Il s’agit d’un de ces passages parisiens que j’affectionne. Je décidai donc de m’y rendre à pied, en baguenaudant, à mon habitude. Me voici donc sur le Pont de la Tournelle, celui qui me relie le plus à la rive droite. L’occasion de constater que, depuis la veille, le niveau d’eau avait encore monté.

Si vous comparez ces photos à celles que j’ai déjà postées, vous observerez que le passage en bord du fleuve est de plus en plus difficile, et que l’on ne peut plus accéder aux bancs situés sur la berge sud de l’Ile Saint Louis.

Un petit plaisir en passant, le changement d’angle… rires…

J’observai alors un phénomène étrange : sous le pont suivant, un reflet très brillant… mais reflet de quoi? J’ai passé un bon moment à l’observer, sans parvenir à comprendre ce qui le justifiait.

Rue de la Barre, passage le long de la mairie du 4ème – qui célèbre De Gaulle par une exposition photo -, rue de la Verrerie… je ne vous décris pas le trajet, que j’ai déjà commenté. Le Centre Pompidou fait peau neuve – ou plutôt tuyaux neufs -, et l’on a bien du mal à distinguer ce qui relève de l’édifice moderniste et ce qui est échafaudages… Le Forum des Halles pleure la foule disparue, et le Père Tranquille l’est plus que jamais, désert et tristounet. Même le parvis est calme. Seule l’Eglise Sainte Eustache connaît une certaine animation, car on y sert un petit déjeuner aux plus pauvres… de plus en plus nombreux… En levant les yeux, j’observe un détail étrange.

L’étrange cadran solaire

Grossissez l’image, et vous observerez les nombres en chiffres romains sagement alignés sous le cadran solaire…

Pause au début de la rue Montorgueil, pour un bon vin chaud servi à la terrasse d’une pizzeria. Une belle table ronde semble attendre le/la client-e, et des fauteuils en rotin me tendent les bras, mais la serveuse explique qu’il est interdit de s’y asseoir. Heureusement, quelqu’un de bien malintentionné a cisaillé le fil métallique recouvrant un banc proche, et il est possible d’en profiter, malgré l’interdit.

Un peu d’animation rue Montorgueil, mais quelle tristesse de voir tous ces bars, dont l’un que j’affectionne particulièrement, et tous ces restaurants fermés ou réduits à devenir « fast food »!

Tintin et le Capitaine Haddock dominent toujours, pour mon plus grand plaisir, l’angle avec la rue des Petits Carreaux. En fouinant sur le net, j’avais appris que celle-ci est née d’une scission avec son aînée, et qu’il existait des débats concernant son nom.

La rue Greneta me conduit à un square étonnant, portant le nom de Place Goldoni. Tout simplement parce que le dramaturge italien est mort tout près, rue Dussoubs. Un détour m’a conduite devant la maison qui l’a abrité.

Face à cette demeure d’une sobriété remarquable, un jeu de plaques colorées attire mon regard.

Mais quittons la rue Dussoubs – au fait, saviez-vous qu’elle a porté à une époque le nom de « Gratte-cul »? – pour arriver revenir Place Goldoni.

Le mur faisant face à une école élémentaire est orné de symboles de ballons de football, et deux plaques expliquent aux passant-e-s qu’en tapant avec un ballon sur le mur, on fait pousser les arbres et développer les insectes. Les enseignant-e-s auront ensuite bien du mal à expliquer les phénomènes scientifiques!

Si vous observez ce qui se trouve au-dessus de ces oiseaux stylisés, vous découvrez un morceau d’oeuvre d’art. Il s’agit en effet de La Place des Enfants, oeuvre d’un artiste né en Belgique en 1959, Patrick Corillon.

Voici sa présentation sur Wikipedia:

« L’œuvre occupe un mur aveugle d’une superficie de 666 m2 (39 m de haut sur 23 m de large). Elle est composée de plaques d’acier découpées et colorées, formant les voyelles a, e, i, o, u, écrites à la manière manuscrite ; les couleurs reprennent celles évoquées par Arthur Rimbaud dans son poème Voyelles. »

Il est temps de me diriger vers le Passage du Grand Cerf, mais je me laisse encore distraire, attirée d’abord par un panneau apportant des informations sur la rue sise en face de celui-ci.

Je ne sais si vous parviendrez à le lire, mais ce panonceau explique l’erreur commise, concernant la rue Marie-Stuart, et revient sur son passé, car cette rue abritait jadis des dames…

Une autre curiosité, un peu plus loin, m’entraîne à faire un détour.

Dommage, pas le temps d’aller déguster, mais je me promets d’y revenir… Il est temps maintenant de pénétrer dans le passage qui est ma destination finale. Voici ce qu’en dit un guide.

« En 1825, la maison du « roulage du Grand Cerf », qui était le terminus des Messageries Royales, fut démolie. La date d’ouverture du passage reste imprécise.
Sans doute, vers 1835, il fut ouvert. Le style de la verrière est cependant plus tardif.
Son histoire est étroitement liée à l’histoire du quartier : le quartier Saint-Denis était en 1830 le plus populaire et industrieux de Paris où l’on y trouvait des petites fabriques et des ateliers.

L’apparition de passages plus luxueux fit de l’ombre au Passage du Grand Cerf. Pourtant, la qualité de son architecture mérite une attention. Sa hauteur, 11,80 m, est la plus importante de tous les passages parisiens.

Sa structure en partie métallique permettait de construire deux niveaux de façade entièrement vitrée. L’habitation ne commence qu’à partir du troisième étage. Ainsi, on a pu dire que ce Passage était plutôt destiné à la production et à l’artisanat qu’au luxe et à la vente de ses produits. »

Et c’est encore le cas, comme j’ai pu le constater en discutant dans deux de ses « boutiques ». Mais c’est une autre histoire, que je vous narrerai peut-être plus tard… Je vous laisse découvrir le Passage par images, sans commentaires…

De la crue aux bougies… une Chandeleur inattendue

Je ne sais pourquoi, mais je me suis toujours figurée que la Chandeleur était une fête païenne… Une partie de journée tout à fait inattendue, hier, m’a appris qu’il n’en était rien, et qu’elle correspondait à la présentation de l’Enfant Jésus au Temple… Un rituel social, donc, mais qui, pour les « croyants », correspond à la reconnaissance du Messie, au travers de la parole du vénérable Syméon.

Gerbrand van der Eeckhout (1672)

Mais comment en suis-je arrivée là, me direz-vous?

Tout simplement parce qu’il faisait doux hier, et qu’au milieu d’une journée de comptabilité – sous l’effet de la menace de suppression de mon autorisation, il y avait urgence! -, je suis allée voir si la Seine était bien cette vieille dame paresseuse qui était « sortie de son lit ». D’accord, j’emprunte cette image à l’équipe de Yann Barthès qui se moquait, hier soir, des chaînes d’informations qui avaient relayé des images catastrophiques de l’inondation alors qu’elle ne touche qu’une petite partie des berges.

Aux alentours des îles de mon quartier, il y avait bien inondation… Mais d’abord, une bonne surprise! La culture est de retour… Eh oui, un bouquiniste a ouvert son échoppe, et offre à mes yeux médusés une série de « Budé », cette collection qui a embelli ma jeunesse.

Je ne sais comment les habitant-e-s des péniches voisines peuvent aller les voir, car leurs passerelles sont devenues inutiles! Elles ressemblent à des rames mal coordonnées…

Côté rive droite, ce n’est pas mieux. Les péniches qui offrent l’été des terrasses si vivantes sont aujourd’hui menacées par la montée des eaux.

Les arbres des berges ont les pieds dans l’eau, et la pointe de l’île ne peut plus accueillir les musicien-ne-s ni les amoureux/euses. Le réverbère se transforme en balise…

Je poursuis mon chemin vers une église que je n’ai encore jamais visitée, bien qu’elle jouxte l’un de mes cafés-restaurants préférés, l’Ebouillanté, dont je vous ai déjà largement parlé, et la Maison des Compagnons du Devoir, où j’ai déjà déjeuné dans une ambiance conviviale, et que des apprentis m’ont fait visiter un jour. j’emprunte donc la pittoresque rue de l’Hôtel de Ville et débouche sur la Place de l’Orme, où des policiers sont en train de vérifier l’identité de porteurs et porteuses de banderolles (en ce moment, peu de jours sans manifestation dans la capitale!), au milieu d’un troupeau de camions de CRS. Hésitation… faire demi-tour pour fuir cette ambiance? Mais finalement, je décide de pénétrer dans l’église Saint Gervais Saint Protais.

Comme je n’ai pas pu photographier la façade en ces temps perturbés et par la météo et par la révolte grondante, j’emprunte cette photo à Wikipédia, pour que vous puissiez imaginer la taille de cette église.

Façade de l'église, vue l'ouest

A l’époque de la construction de la basilique qui l’a précédée (entre 387 et 576), on était plus malin qu’au XXème siècle, et on construisait à l’abri des inondations… ce qui explique l’emplacement de ce qui fut une église très fréquentée, d’abord par les commerçants et artisans des quartiers proches, puis par la haute bourgeoisie, avant de devenir l’église des offices d’une communauté religieuse.

Celles et ceux qui me suivent depuis longtemps connaissent mon penchant pour l’art romain. Mais il faut avouer que parfois le gothique « en jette » – pour reprendre une expression naguère vulgaire et aujourd’hui bien surannée… Toutefois, je ne vais pas vous saoûler avec l’histoire et l’architecture de l’édifice, que vous pourrez trouver sur le net – attention, il y a plusieurs églises dédiées à ces deux frères, en France, comme l’atteste la base Mérimée. Je vais plutôt vous livrer quelques impressions, non pas « soleil levant » mais méridiennes.

Un émerveillement d’abord. Devant les vitraux. Certes, ils sont très divers : époques gothique, Renaissance, et plus tardives. Vitraux transparents blancs, comme ce fut la mode à une période donnée (que je ne suis pas parvenue à identifier, mais non, ce ne sont pas les vitraux de Soulages à Conques…). Et des vitraux très modernes, aux magnifiques couleurs vives.

Il est impossible de « rendre » l’effet d’un vitrail par des photographies, et je le regrette. Car le vitrail est vivant. Il change, varie, se transforme, en jouant avec la lumière… c’est ce qui fait pour moi tout son attrait, dont je ne me lasse pas.
Le ciel était pourtant bien gris ce jour, comme vous avez pu le constater sur les photos de la Seine. Mais les vitraux donnaient un air un peu méditerranéen, faisant oublier la grisaille ambiante. Les bleus et les jaunes, notamment, sont superbes, avec une palette aussi étendue que les couleurs de la mer, du ciel et du soleil…

Un vitrail tranche parmi les autres, par la géométrie de ses formes, un peu rugueuses, et la violence du jaune, presque trop « resplendissant ».

Et cela s’explique par l’Histoire. Le jour du vendredi saint, des croyant-e-s étaient rassemblé-e-s dans l’église pour célébrer la mort du Christ. Soudain un obus toucha l’édifice, faisant plus de 100 victimes. Ce vitrail a été construit sur la symbolique de la Porte du Paradis, ouverte à celles et ceux qui trouvèrent la mort en pleine prière.

Un autre vitrail m’a profondément touchée. Ou plutôt, un détail de vitrail, plus ancien, celui-là.

Comme un écho à travers le temps…

La musique est omniprésente dans l’église. Bien sûr, en premier lieu par l’orgue des Couperin – qui demeuraient dans la maison jouxtant l’édifice, orgue qui donne lieu à de nombreux concerts… actuellement tous annulés. Mais c’est une autre espèce d’orgue qui a attiré mon regard, à la fois par sa forme et par sa décoration.

Ce qui m’a interpelée?

La forme, en premier lieu…

La mise en avant de quatre instruments, psaltère, cithare, harpe et… ? je ne suis pas parvenue à trouver le nom français du quatrième… un nouveau jeu pour vous!

A chacun est associé un « saint », dont le nom est écrit mais incompréhensible pour moi… j’ai cru voir « Aron »…

L’écriture d’un texte, en bas, en hébreu… et, d’une manière générale, l’impression d’influence orientale qui s’en dégage.

Et l’on retrouve celle-ci dans divers détails, dont par exemple les icônes qui encadrent l’accès au choeur et celle qui orne l’autel, ainsi que le menorah, le chandelier à 7 branches… A quoi est-elle due? Une hypothèse serait que l’église est fortement reliée à Jérusalem, par la communauté qui la fréquente. Et j’ai fait une nouvelle découverte: j’ignorais qu’il se créât encore des communautés religieuses.

« … c’est à Paris qu’est née la première fraternité de Jérusalem. (…) La genèse de cette première fondation citadine commence au… Sahara ! C’est là au milieu du désert de pierres de l’Assekrem que Frère Pierre-Marie a reçu cette intuition que le véritable désert est aujourd’hui dans les villes. Alors est né en lui ce désir de faire jaillir un oasis de prière au cœur de Paris, cette ville qui l’a déjà adopté depuis plusieurs années. Parallèlement, le Cardinal François Marty, alors archevêque de Paris, a lancé un appel pour que s’installent dans la capitale des moines pour l’an 2000. Ce désir et cet appel vont faire alliance dans une rencontre mémorable entre Frère Pierre-Marie et le Cardinal Marty. Le fameux « c’est d’accord » de ce dernier deviendra un ordre de mission pour cette première fraternité dite « de Saint-Gervais ». Celle-ci verra le jour avec douze frères pour les premières vêpres de la fête de Toussaint en 1975. » (source)

Et j’ai vu les moines et les moniales. Car trois messes sont célébrées chaque jour. Et l’une d’entre elles avait lieu en ce mardi de la Chandeleur, à midi et demie. J’ai donc eu le privilège d’assister à une belle cérémonie, à la fois simple et émouvante. Plusieurs officiants, une trentaine de religieux/euses en aube d’un blanc éclatant, dans le choeur. Et, dans la nef, une assemblée très diverse, contrairement à d’autres qui ressemblent à des Ehpad… Une quinquagénaire souriante a offert une bougie (avec une jolie corolle de papier blanc) à mon voisin, et l’a allumée. Une vieille Africaine est venue m’en apporter une, et a fait de même. Quelques minutes plus tard, tout le monde tenait en main une bougie avec flamme vive… Le choeur a été soudain éclairé par une lumière vive. Et la messe a commencé.

J’en retiens trois points saillants.

Les chants, purs, s’élevaient, conduits par une voix très cristalline, qui m’a rappelée l’héroïne d’une nouvelle écrite par un ami. J’ai regretté de ne pouvoir les enregistrer!

L’échange des regards, entre les « fidèles », dont j’ai appris plus tard par un ami pratiquant assidu qu’il remplaçait les poignées de mains souvent pratiquées. Mais ces « regards de paix » – pour reprendre le qualificatif du prêtre – prenaient en cette période cruelle un signification forte, et cela m’a beaucoup émue.

Et le fait que la communauté, contrairement aux autres, ne portait pas de masques. Comme une famille, en quelque sorte?

Si vous voulez avoir une idée de celle-ci, les Laudes sont retransmises sur You Tube. Voici la retransmission de celles d’aujourd’hui et d’une messe du dimanche, qui vous permettra de mieux comprendre (non, non, je ne fais pas de prosélytisme!)

Et, pour en finir avec cet épisode dont je pourrais parler plus longuement, un détail qui m’a frappée…

A la sortie de l’église, me voici à nouveau sur la place de l’Orme, en réalité Place Saint Gervais, ancien Carrefour de l’Orme.

Image illustrative de l’article Place Saint-Gervais (Paris)
Photo copiée sur Wikipedia

 » Il était autrefois un usage général de planter un orme, protégé par une chaîne, devant la grande porte des églises. Après la messe, on se réunissait à l’ombre de cet arbre, les juges y rendaient la justice et l’on y acquittait les rentes. Cet arbre, appelé « orme Saint-Gervais », était entretenu par la fabrique de Saint-Gervais, il servait également de point de rencontre et plusieurs peintures et gravures en gardent témoignage, ainsi que des représentations de cet orme sur les stalles à l’intérieur de l’église et sur des bâtiments voisins.

Ce carrefour est cité dans Le Dit des rues de Paris, de Guillot de Paris, sous le nom de « l’Ourmetiau », car à cette époque, vers 1300, l’orme était jeune1. »

« Vers 1790, l’arbre est arraché pour agrandir et débarrasser la place ; il servit à la construction d’affûts de canons. »

« L’orme actuel fut planté en 1935. »

Comme un panonceau explique l’historique de la place et indique que l’orme est représenté sur les façades de la rue qui longe le côté septentrional (gauche, sur cette photo) de l’église, me voici à la recherche de celui-ci… Il fallait le trouver! En réalité, il s’agit d’un motif de la ferronnerie des balcons.

Orme, détail d’une demeure de la rue François-Miron

Il ne me restait plus

qu’à longer les quais nus

traverser le pont chenu

sur la Seine toujours en crue…

Oasis de vie et de fraternité…

Je viens de lire un texte récent d’Edgar Morin, et ne tarde pas à le partager avec vous, sans commentaire…

 » Nous pensions vivre des certitudes, des statistiques, des prévisions, et à l’idée que tout était stable, alors que tout commençait déjà à entrer en crise. On ne s’en est pas rendu compte. Nous devons apprendre à vivre avec l’incertitude, c’est-à-dire avoir le courage d’affronter, d’être prêt à résister aux forces négatives.La crise nous rend plus fous et plus sages. Une chose et une autre. La plupart des gens perdent la tête et d’autres deviennent plus lucides. La crise favorise les forces les plus contraires. Je souhaite que ce soient les forces créatives, les forces lucides et celles qui recherchent un nouveau chemin, celles qui s’imposent, même si elles sont encore très dispersées et faibles. Nous pouvons nous indigner à juste titre mais ne devons pas nous enfermer dans l’indignation.Il y a quelque chose que nous oublions : il y a vingt ans, un processus de dégradation a commencé dans le monde. La crise de la démocratie n’est pas seulement en Amérique latine, mais aussi dans les pays européens. La maîtrise du profit illimité qui contrôle tout est dans tous les pays. Idem la crise écologique. L ‘ esprit doit faire face aux crises pour les maîtriser et les dépasser. Sinon nous sommes ses victimes.Nous voyons aujourd’hui s’installer les éléments d’un totalitarisme. Celui-ci n’a plus rien à voir avec celui du siècle dernier. Mais nous avons tous les moyens de surveillance de drones, de téléphones portables, de reconnaissance faciale. Il y a tous les moyens pour surgir un totalitarisme de surveillance. Le problème est d’empêcher ces éléments de se réunir pour créer une société totalitaire et invivable pour nous.À la veille de mes 100 ans, que puis-je souhaiter ? Je souhaite force, courage et lucidité. Nous avons besoin de vivre dans des petites oasis de vie et de fraternité. »

Incompréhension

En lisant en cette pré-aube de lundi la « Lettre d’actualité » (encore un mot intraduisible aisément « Newsletter »!) d’UP Magazine, j’ai découvert dans un article intitulé « Covid-19 et science officielle : un désastre evidence-based » cette citation de cette chère Marguerite, que j’ai envie de partager avec vous ce jour.

« Il n’existe aucun accommodement durable entre ceux qui cherchent, pèsent, dissèquent, et s’honorent d’être capables de penser demain autrement qu’aujourd’hui, et ceux qui croient ou affirment croire, et obligent sous peine de mort leurs semblables à en faire autant. » Marguerite Yourcenar, L’Œuvre au noir [1968]

Glisse éolienne… ou glisse au vent?

Comment faut-il traduire « windsurf »? Je déteste utiliser les mots propres à l’anglophonie, mais il faut avouer que parfois ils sont difficiles à interpréter dans notre belle langue! Si vous avez des idées, n’hésitez pas à les placer en commentaires de cet article!

En ce week-end frisquet de fin janvier, une ribambelle de papillons géants ornait le ciel changeant… je n’ai pu m’empêcher d’aller voir de plus près de quoi il s’agissait…

Eh oui, vous l’avez deviné… mais il faut dire aussi que vous avez vu le titre, ce n’était pas difficile! Les voiles de ces « windsurfs » égaient un ciel où les nuages dominent.

Ils ne sont pas seuls à jouer avec les vagues… Deux baigneuses profitent de cette fin d’après-midi pour jouir de l’eau plus que fraîche, laissant les badauds ébaubis, comme moi.

Le soleil descend doucement vers la falaise. En été, il se couche sur l’eau, donnant lieu à des spectacles dont on ne se lasse pas. Mais en cette saison, il arrive difficilement jusqu’à la jetée du phare. Il n’atteindra celui-ci que vers la Saint Valentin, comme pour un rendez-vous amoureux…

Il est temps pour les sportifs de regagner la rive, avant l’heure du couvre-feu, et ils ou elles reviennent progressivement vers la rive.

Parmi ceux-ci, une exception…

Tel le Petit Poucet, je suis les petits cailloux jonchant le sol pour trouver mon chemin…

… qui me mène vers l’équipe sportive admirée dans ses évolutions sur les flots et dans les airs…

Comme des fleurs épanouies sur un erg lointain…

Lorsque je remonte sur l’esplanade, la clé de l’énigme m’y attends… Ils ont migré depuis quelques kilomètres au Nord…

Une philosophie nouvelle ?

Hier soir un bel homme, relativement jeune, grand et carré, souriant, sur le plateau de Quotidien, l’émission de Yann Barthès, que j’aime à suivre parfois… Plein d’humilité et d’humour, il jouait le jeu des animateurs/trices de l’émission et se pliait à toutes leurs demandes, allant même jusqu’à manger une « pizza » à la pâte faite à partir de pommes de terre.

Charles Pépin, puisque tel est son nom, est philosophe. Les philosophes ne sont donc pas tous des vieux barbons barbants ou pérorants ?

Il se trouve que j’ai commandé son livre la semaine dernière pour quelqu’un qui avait déjà assisté à un de ses entretiens. Et j’ai compris pourquoi. Une « fausse simplicité » dans son approche philosophique, qui en réalité entraîne beaucoup plus loin et plus profond qu’il n’y paraît. De la vulgarisation? Peut-être. Mais alors, elle est vraiment bien faite.

Le livre est maintenant en ma possession… Je vous tiendrai donc informé-e-s de mon ressenti… je ne me permettrai pas de parler d’analyse!