De la laveuse aux lavandières, sans parler des lingères, nous voici arrivés au linge… qui était au départ de cette « série », car j’avais découvert un tableau qui m’avait intriguée.
Pourquoi, me direz-vous, ne pas avoir commencé dès lors par celui-ci? Tout simplement parce que je ne parvenais pas à en trouver l’auteur-e… Et je ne l’ai pas trouvé, malgré l’appel à l’aide lancé hier auprès d’un spécialiste – pour ne pas le citer, le créateur de UN jour UN tableau, qui finira, je pense, par trouver…
A ce propos, je ne sais pas si vous êtes allé-e-s voir sa page hier, mais les tableaux et textes choisis en réaction à mon article sont magnifiques et nous font voyager de la Provence (avé l’assent) à la Bretagne, « ma bro » d’adoption (de Pen Ar Bed à Mor Bihan), en passant par les bords de Seine. J’ai découvert Clotaire Breton, « Lavandières de Saint-Martin » (1979) – sur le blog indiqué, un long passage évoquant le passé, extrait de « La Lessive » in « La vie rurale dans le Mantois et le Vexin au XIXe siècle » (Bougeatre, 1971), qui m’a rappelé les récits d’une de mes grands-mères, lorsqu’elle m’expliquait à quel point les machines à laver avaient révolutionné littéralement la vie des femmes, ce que, petite fille, j’avais du mal à comprendre, et que je n’ai saisi qu’en observant la vie quotidienne dans l’Atlas, ou plus tard, en Guinée Forestière…
Voici le tableau en question. Qui se cache derrière le linge?
Titre et artistes inconnus… help!
Après l’oeuvre – un peu longue, non? – de Brassens hier, j’ai choisi un poème vietnamien, de Pham Ho, qui a été adapté en français par Pierre Gamarra (vous savez, celui qui a écrit il y a plus de dix ans un poème sur Le Microbe et le Savon – bon il a confondu microbe et virus, mais quand même! ) et publié dans Le Trésor de l’Homme. Une parenthèse à propos de ce livre méconnu : en le recherchant sur le net, j’ai découvert qu’il était en vente à la boutique de livres d’occasion d’Emmaüs. Je ne sais pas si vous connaissez « Le lien – Pages solidaires« ? Et je me permets une nouvelle parenthèse : le commentaire d’un de ses lecteurs, sur Babelio, qui peut vous donner une idée d’évasion littéraire…
» Publié en 1978, cet assemblage de contes, fables et poèmes n’a pas pris une ride. On sort de sa lecture apaisé et plein de bonnes ondes. La plupart de ces textes se transmettent oralement entre générations et font la part belle à la faune et flore, la poésie et une certaine vision harmonieuse de la vie. Rafraîchissant ! »
Antoine Trémolières (Editions La Farandole Paris Vie, 1978)
Un texte de Brassens, extrait de « Les amoureux qui écrivent dans l’eau » (1954), texte que je ne connaissais pas du tout, découvert par ce beau matin d’avril alors que je recherchais des poèmes traitant de « lessive », en écho à ce que j’ai publié à l’aube. Bourré de références qu’il vous faudra décrypter, à moins que vous ne préfériez vous laisser aller à l’humour léger pour commencer (ou poursuivre) votre journée…. A déguster avec gourmandise et plaisir…
Un minuscule lavoir rudimentaire qui tombe de vétusté. Entrent les jeunes lavandières.
Certaines portent le linge à laver sur leur tête, d’autres poussent une brouette.
Elles tournent en rond et chantent.
LE CHŒUR DES LAVANDIÈRES
Maudits les pourceaux qui font La lessive, la lessive. Maudits les pourceaux qui font La lessive du Gascon.
LAVANDIÈRE SOPRANE
La lessive, la lessive,
LE CHŒUR DES LAVANDIÈRES
La lessive du Gascon.
LAVANDIÈRE CONTRALTE
La lessive, la lessive,
LE CHŒUR DES LAVANDIÈRES
La lessive du Gascon.
LA NYMPHE DE LA MER BALTIQUE
Voici les jeunes lavandières,
Les manieuses de battoirs
Qui de la source à l’embouchure,
De l’étoile de l’aube à l’étoile du soir
Se chamaillent avec la crasse
D’autrui.
LE CHŒUR DES LAVANDIÈRES
Maudits les pourceaux qui font La lessive, la lessive Maudits les pourceaux qui font La lessive du Gascon.
Elles ont rangé les brouettes et s’arment de leurs battoirs pour se mettre à l’ouvrage.
Entrent en grand désordre les jeunes amoureux qui écrivent sur l’eau.
Les lavandières les entourent; elles dansent en rond autour d’eux. Elles brandissent leurs battoirs et font mine de les battre. Elles chantent.
LE CHŒUR DES LAVANDIÈRES
Voici les pourceaux qui font La lessive, la lessive Voici les pourceaux qui font La lessive du Gascon.
LA NYMPHE DE LA MER BALTIQUE
Il serait vain de tirer le rideau,
Ce n’est pas une pierre de scandale,
Les jeunes amoureux qui écrivent sur l’eau
Ont coutume de retourner leur linge sale.
VÉNUS HOTTENTOTE
Le donner à laver !
YAMUBA-PIED-MENU
Ils sont légers d’argent.
ÉGÉRIE TOMAHAWK
Et trop bien élevés
Pour confier aux gens
Leurs divers soins de propreté.
LA NYMPHE DE LA MER BALTIQUE
Quoique à leur sens les lavandières soient des garces
De fougueuses langues d’aspic.
Quant à s’en occuper eux-mêmes,
Croix de paille ; ils n’ont ni le temps
Ni le courage, ils sont des vic-
Times de la déesse Flemme…
Le sexe de la grâce au reste
Ajoute encore à ce rustique
Et de pied en cap son costume
Relève de la botanique.
S’avance vers les nymphes Aline. Une courte jupe en coquelicot moule ses formes volubiles.
ALINE
Une jupe en coquelicot
« Ami, aimons-nous au plus vite »
Une jupe en coquelicot
« Ami, aimons-nous au plus tôt ».
Mademoiselle Trois-Etoiles s’avance à son tour vers les nymphes. Elle est coiffée d’un béret de lierre.
MADEMOISELLE TROIS-ETOILES
Une coiffe en lierre pistache
« Ami je meurs ou je m’attache »
Une coiffe en lierre pistache
« Ami je m’attache ou je meurs ».
Entre Fanchon. Elle est vêtue d’un corsage en pervenche. Un sein déborde le corsage.
FANCHON
En pervenche le canezou « Ami c’est à vous que je rêve » En pervenche le canezou « Ami je ne rêve qu’à vous ».
LE CHŒUR DES LAVANDIÈRES
Maudits les pourceaux qui font La lessive, la lessive Maudits les pourceaux qui font La lessive du Gascon.
LE FACTOTUM DES JEUNES AMOUREUX De quoi vous mêlez-vous, gâteuses de rivière ?
LE CHŒUR DES LAVANDIÈRES
Nous nous mêlons de nos affaires… Que laveraient les lavandières Si chacun suivait votre exemple !
LE FACTOTUM
Baste, elles ne laveraient pas ;
Il y a dans le ciel d’autres choses à faire.
LE CHŒUR DES GOUTTES D’EAU
Elles nous laisseraient tranquilles.
Du pied du col de la Furka jusqu’en Camargue
Des Pyrénées espagnoles jusqu’à Royan
De Saint-Germain source Seine jusqu’à Honneur
Et du mont Gerbier-de-Jonc jusqu’à Saint-Nazaire,
Ainsi que de n’importe où jusqu’à n’importe où
Nous nous promènerions toujours fraîches et pures.
LE CHŒUR DES LAVANDIÈRES Mais alors que mangeraient-elles ?
LE FACTOTUM
Baste, elles ne mangeraient pas ;
Il y a sous le ciel d’autres choses à faire !
LE COQ BRAHMAPOUTRE suivi de la majeure partie des poules de l’endroit.
Nous pourrions conserver nos cuisses et nos ailes Et mourir de mon naturelle.
LE CHŒUR DES LAVANDIÈRES
Mais alors comment vivraient-elles ?
LE FACTOTUM
Baste, elles cesseraient de vivre
Il y a sous le ciel d’autres choses à faire…
LE CHŒUR DES MÈTRES CUBES D’AIR
Des poumons de moins à gaver !
LE CHŒUR DES LAVANDIERES
Que deviendraient alors les demoiselles smart Les généreuses demoiselles smart Qui changent souvent de chemise Et nous en confient la lessive !
LE CHARMANT DISCIPLE D’APELLE
Elles feraient ce que les autres font
La lessive tout court ou celle du Gascon.
HUON-DE-LA-SAÔNE
Et demain quand viendra l’usage De retourner son linge sale Pour paraître up to date on les érigerait En élégantes d’avant-garde…
LE CHŒUR DES CRASSEUX OPINIÂTRES Oh, l’agréable compagnie !
LE CHŒUR DES LAVANDIÈRES faisant mine de battre les jeunes amoureux.
Y songez-vous, tas d’enragés Les demoiselles smart contraintes De décrasser leur linge Ou de n’en pas changer.
LAVANDIÈRE SOPRANE Leurs purs appas couverts de malpropre linon ?
LAVANDIÈRE CONTRALTE
Leurs phalanges rongées par la potasse ?
LE CHŒUR DES LAVANDIÈRES
Ah non !
LE CHŒUR DES FRÈRES ET SŒURS CADETS DES JEUNES LAVANDIÈRES
Ah non, car de ce fait leurs mains seraient plus dures Et plus durs leurs va-te-laver sur nos figures…
LE VIEUX PROPHÈTE DE CORMEILLES
Elles inciteraient leurs pères cacochymes A fabriquer plus de laveuses mécaniques.
Surgissent quatre ou cinq carrosses dorés. Ce sont les demoiselles smart. Leurs valets de pied s’empressent d’ouvrir les portières.
Les demoiselles descendent de voilure. Elles sont accompagnées des meilleurs parfumeurs qui pour annihiler les effluves tenaces de la savonnette à vilain pulvérisent de l’opopanax dans leur sillage.
LE CHŒUR DES DEMOISELLES SMART aux jeunes lavandières.
A la bonne heure nécessaire, Pour avoir pris notre défense Contre ces personnes sans branche, Ces personnes de basse source, Vous laverez en récompense Deux chemises supplémentaires Que nous souillerons dans ce but.
Comme une seule, toutes les lavandières se jettent à plaît-il maîtresse aux pieds des généreuses demoiselles smart.
Elles font le chien couchant. Fanatiquement elles baisent les semelles de leurs maîtresses.
LE CHŒUR DES LAVANDIÈRES
Dieu vous bénisse, généreuses demoiselles, A jamais pour vous notre zèle.
LE FACTOTUM
Ainsi soit-il ; à votre guise Rien n’est au reste plus grisant Que le spectacle d’une esclave agonisant Sous le talon d’une marquise…
LE CHŒUR DES JEUNES AMOUREUX
………… DES VOLATILES
………… DES MÈTRES CUBES D’AIR
………… DES GOUTTES D’EAU
………… DES CRASSEUX OPINIÂTRES
De-Ca-ra-bas. De-Ca-ra-bas. De-Ca-ra-bas.
Entre une troupe de lévriers de bourreau armés jusqu’aux dents.
Ils sont guidés par les valets de pied des généreuses demoiselles smart.
LE VIEUX PROPHÈTE DE CORMEILLES aux valets de pied.
Sycophantes à vos moments ?
LE CHARMANT DISCIPLE D’APELLE Quand les pots de chambre sont vides.
HUON-DE-LA-SAÔNE Et que les bottes sont cirées.
ROBIN-PÉCHE-EN-EAU-DE-BOUDIN Et les écuries nettoyées.
LES LÉVRIERS DE BOURREAU
aux jeunes amoureux.
Circulez, circulez, circulez, circulez.
Ils brandissent leurs matraques. Les jeunes amoureux s’échauffent.
LE FACTOTUM
On leur lance des épluchures à la tête ?
Les jeunes amoureux opinent du bonnet. Ils se munissent de cailloux et marchent vers les lévriers de bourreau.
Les nymphes s’interposent et pacifient les jeunes amoureux d’un geste.
Ils font alors des ricochets avec leurs projectiles.
LE CHŒUR DES JEUNES AMOUREUX
Les nymphes ont raison Les nymphes ont raison. On ne s’amuse pas à mettre Flamberge au vent devant des sbires Quand on a les grandes eaux de Versailles Dans la tête.
Entre le nain Onguent-Miton-Mitaine. Il va et vient en chantonnant d’un groupe à l’autre.
Parmi les lavandières, Brassens
Lavenderas de La Varenne, Martin Rico y Ortega Source
Je viens de terminer la lecture d’un livre qui m’a apporté une bonne dose d’évasion… Evasion par la beauté du texte. Evasion par l’originalité de l’histoire et la densité du personnage principal, une femme se réalisant dans la poésie et la nature. Evasion enfin par le pays de son auteur : l’Islande. Et puis, volcans et glace… quelle meilleure symbolique des tensions qui nous animent ?
En route vers le Nord…
Au moment où j’écrivais la légende de l’illustration précédente, je me suis rendu compte du paradoxe : j’avais écrit « vers le Nord », alors que l’héroïne du roman prend son essor en se dirigeant vers le sud, la chaleur, le soleil… Ce matin, j’ai donc eu envie de vous emmener dans ce pays dont nous connaissons peu, je pense, la production artistique. Je ne suis pas parvenue à trouver des traductions complètes des poèmes de celui que je voulais vous présenter. Je vais continuer à chercher. En attendant, pour vous permettre de vous évader à votre tour, j’ai emprunté à Lali, une Québécoise dont je vous recommande le blog, cette oeuvre sur la mer, extraite d’un recueil de Anna Svanhildur Björnsdóttir, Sur la Côte.
Je dédie cet article à un ami musicien confiné seul dans sa Bourgogne natale, et qui me soutient chaque jour par des échanges amicaux souvent orientés vers les plaisirs procurés par les sons, qui volent vers les pauvres humain-e-s emprisonné-e-s… C’est lui qui en as choisi le thème, à partir de l’oeuvre musicale de Debussy, Prélude à l’après-midi d’un Faune.
« J’adore cette pièce, pleine de poésie brumeuse, de nonchalance contemplative, et d’une douce et tiède sensualité évanescente (naissante?)…
Pour ma part, je vais commencer par le texte, que, je pense, peu de monde connaît dans son entièreté. Il faut dire qu’il est long, cet « églogue », que j’ai copié sur une édition de 1876, numérisée sur le site de la BNF, qui en propose d’autres éditions auxquelles vous pourrez accéder.
Vous pouvez, à votre guise, écouter d’abord la musique, puis lire le poème, ou bien faire l’inverse, ou mener de front les deux… Enfin, pour ce faire, vous êtes totalement libres!!!
Je dois dire que j’ai beaucoup apprécié les illustrations de ce livre, et vais donc vous en proposer quelques-unes, en espérant que leur reproduction est libre de droit, ce dont je ne suis hélas pas certaine. Mais en ces temps difficiles, je pense que des dérogations sont possibles? Quoique…
Cette oeuvre, Mallarmé la dédie à des amis, de manière très explicite.
Les quatre écrivains étaient de la même génération. Stéphane Mallarmé, né en 1842, était le plus jeune de la bande…
Catulle Mendès, écrivain, librettiste (1841-1909)
Partition originale
Pour en revenir à l’oeuvre de Debussy, voici la version préférée de mon ami. Le Royal Concertgebouw Orchestra y est dirigé par Bernard Haitink. Je vous livre son commentaire.
« Elle est lumineuse et voilée à la fois…. Voilée de mystère. » (J.L.)
Thomas Turner a effectué un diaporama sur la musique de Debussy, interprétée par L’Orchestre symphonique de Montréal, Charles Édouard Dutoit, avec de très beaux tableaux, en grande partie impressionnistes. Je vous conseille d’aller visiter sa page Youtube, il y a beaucoup d’autres propositions sympathiques…
Un parallèle est effectué entre les deux oeuvres, musicale et poétique, dans cet article publié dans la Revue Italienne d’Etudes Françaises.
J’ai recherché des lectures du poème. Il y a celle de Pierre-Jean Jouve, mais je la trouve bien trop « déclamée »… sans doute est-ce dû à la période où elle a été enregistrée… Je préfère largement la version de Gérard Ansaloni, mais attention, il ne reprends que quelques extraits dans Les Faunes.
Cela me donne l’occasion d’un clin d’oeil à un autre de mes amis, musicien lui aussi, poète et amateur de faunes. Il reconnaîtra celui-ci, que je ne puis malheureusement plus aller saluer en ce moment.
Voilà qui constitue une heureuse transition vers un autre art, la danse. Bien sûr, impossible d’évoquer Debussy sans en venir à Nijinski, n’est-ce pas?
Voici une version filmée en 1912, superbe. Une belle analyse en est proposée sur ce site. On trouve aussi encore à acheter des livres sur le danseur et chorégraphe, en lien avec le ballet.
1991
Depuis, la chorégraphie a été reprise à maintes reprises, avec plus ou moins de bonheur à mon goût. Un superbe décor pour cette interprétation que je ne parviens pas à dater, mais je ne suis pas séduite. Nureyev en faune / fauve dans cette version, toujours non datée.
Au cinéma, George de la Pena jouant Nijinsky dans le ballet (film éponyme, 1980)…
Je ne puis bien évidemment pas oublier le remake célèbre et fort controversé de la chorégraphie de Nijinsky dans le clip officiel de I want to break free, de Queen (2’12 à 3’10 environ) – ce qui rappelle le spectacle vu cet hiver, dont je vous ai déjà parlé…
Freddie Mercury
PS. Au moment de « boucler » cet article, je découvre un article de France Culture fort intéressant, intitulé « Le faune de Mallarmé, Debussy et Nijinski ou le Scandale des gestes nouveaux« , à lire, écouter, partager…
Et, pour forclore, un émouvant court-métrage au début très « en écho », « Henri Storck, l’après-midi d’un faune » by Colinet André, avec de beaux airs de harpe celtique. Mais pour ouvrir sur l’avenir, une performance alliant vidéo et concert, en 2011, et Muses à découvrir…
Ô nostalgie des lieux qui n’étaient point assez aimés à l’heure passagère, que je voudrais leur rendre de loin le geste oublié, l’action supplémentaire !
Revenir sur mes pas, refaire doucement – et cette fois, seul – tel voyage, rester à la fontaine davantage, toucher cet arbre, caresser ce banc…
Monter à la chapelle solitaire que tout le monde dit sans intérêt ; pousser la grille de ce cimetière, se taire avec lui qui tant se tait.
Car n’est-ce pas le temps où il importe de prendre un contact subtil et pieux ? Tel était fort, c’est que la terre est forte ; et tel se plaint : c’est qu’on la connaît peu.
En naviguant ce matin sur la Toile, j’ai découvert ce site que je veux immédiatement partager avec vous. Il s’agit d’une coopération entre des citoyens lambda, dans un esprit de solidarité et d’entr’aide, avec entre autres l’idée de lutter contre la désinformation et de partager des « méta-ressources », si j’ose dire. En voici l’adresse : https://co-confines.fr/
Des initiatives intéressantes y sont présentées, comme celle-ci, qui, pour des gourmand-e-s comme moi, donne une idée « généreuse »: payer maintenant ce que l’on rêve de consommer au restaurant plus tard, pour soutenir les restaurateurs… : https://www.lagrandebouffe.club/
Comme j’avais souhaité cette semaine « Pessah semeah » à quelques ami-e-s, je recherchais un poème en lien avec cette fête, sans être pour autant un texte religieux.
Toros Roslin (1266)
J’en ai trouvé un, émouvant, mais dont la qualité littéraire ne m’a pas semblé extraordinaire. Je ne sais plus par quel détour du surf je suis arrivée à Yehouda Halevy – Judah ben Shmuel Halevi – sur lequel je reviendrai peut-être un jour, car j’ai envie d’en savoir davantage sur ce « rabbin, philosophe, médecin et poète sérafade » du 11ème siècle (décidément, j’en reviens toujours à ce siècle dans mes appétences…). Et il m’a conduite à découvrir une chanteuse dont j’ai beaucoup apprécié la voix, ce qui m’amène à vous guider vers elle en ce samedi saint qui est aussi Shabbat…
Chagall, Pessah (1968)
La rencontre s’est effectuée au travers de ce poème d’Halévi chanté par la jeune femme, dans cette vidéo (pour les impatient-e-s, allez directement à 3’49). J’ai cherché désespérément sa traduction, sans la trouver. Mais j’ai bon espoir qu’un-e lecteur / lectrice nous la transmette un jour…
Un point commun entre l’humaniste « hébraïsant et arabisant » du Moyen Age et l’actrice, chanteuse, poète et compositrice : la rencontre des cultures juives et arabes. Etti Ankri est en effet née à Lod, en 1963, dans une famille qui a vécu en Tunisie, et sa musique présente souvent des résonances séraphades, voire maghrébines.
Un album entier est consacré à Yehuda Halevi, Avdei Zman.
Pour poursuivre, laissez-vous entraîner par Eshebo…
J’aime beaucoup sa voix, que vous pourrez apprécier, vous aussi, en choisissant les morceaux que vous souhaitez entendre sur ce site très bien fourni, mais uniquement audio : musicMe.
Le premier album d’Etti Ankri
Musicienne également, elle joue de divers instruments, comme vous pourrez le constater sur les enregistrements suivants : la guitare pour Ahava gdola, une sorte de tambourin, et je crois l’avoir vue jouer de l’oud, mais ne trouve pas de vidéo la montrant avec cet instrument…
En tant qu’actrice, elle a joué dans les films suivants, dont je ne suis pas parvenue à trouver des scènes photographiées…
C’était hier l’anniversaire d’un des lecteurs fidèles de ce blog. Pas uniquement lecteur, car il l’enrichit régulièrement de ses commentaires. Parmi ces derniers, vous avez sans doute vu celui qui évoque un beau texte italien, « Tornerai ». Alors, en forme de cadeau d’anniversaire, j’ai décidé ce matin de consacrer mon article quotidien dans cette rubrique spécialement créée pour la période de confinement à ce texte… Bien qu’il ne s’agisse pas à proprement parler de poésie, mais du texte d’une chanson que vous n’êtes pas sans connaître, même si la traduction du titre italien ne correspond nullement au titre en français. J’ai en effet été totalement déroutée, lorsque j’ai lu le commentaire puis que j’ai cherché les paroles en italien, de découvrir que l’on était passé, par je ne sais quelle pirouette ni surtout pourquoi, de « tu reviendras » à « j’attendrai ». Pourquoi ce glissement de point de vue ? Ce passage du sujet agissant au sujet passif ? Sur fond de question de genre, soit dit en passant… Mais revenons au texte dans sa langue d’origine. Il ne date pas d’hier! 1933… il sera bientôt nonagénaire!
Et c’est alors que commença une véritable enquête… Les paroles trouvées sur le net variaient d’un site à l’autre. Pourtant, les références musicales aboutissaient à la même mélodie. Et, à l’heure où j’écris ces lignes que je voudrais publier avant que la nuit ne s’achève, je viens juste de trouver la solution. Mais gardons le suspens.
Je ne suis pas parvenue à trouver le texte original, en italien.
Voici le premier texte en français, un très beau poème. C’est celui auquel le commentaire sus-cité faisait allusion.
Strophe 1
Les fleurs palissent, Le feu s’éteint, L’ombre se glisse Dans le jardin. L’horloge tisse Des sons très las, Je crois entendre ton pas. Le vent m’apporte Des bruits lointains. Guettant ma porte, J’écoute en vain. Hélas plus rien, Plus rien ne vient.
Refrain
J’attendrai le jour et la nuit, J’attendrai toujours Ton retour. J’attendrai, car l’oiseau qui s’en fuit Vient chercher l’oubli Dans son nid. Le temps passe et court En battant tristement Dans mon coeur plus lourd: Et pourtant j’attendrai ton retour.
Strophe 2
Reviens bien vite, Les jours sont froids, Et sans limite Les nuits sans toi. Quand on se quitte On oublie tout, Mais revenir est si doux. Si ma tristesse Peut t’émouvoir Avec tendresse Reviens un soir. Et dans tes bras Tout renaîtra.
Au passage, un petit détour car je n’ai pu m’empêcher, vous vous en doutez, d’aller voir qui était ce « Louis Poterat ».
« Après des études de droit, Louis Poterat débute dans le journalisme, puis se lance dans le commerce. Il écrit d’abord pour des revues locales, et s’intéresse à la chanson. Il adapte des œuvres étrangères, et entre à la firme de cinéma Pathé-Marconi pour écrire en série des chansons de films. Ses premiers grands succès datent de la fin des années 1930, et sont des adaptations de chansons étrangères (J’attendrai, sur une musique du compositeur italien Dino Olivieri, en 1938, chantée par Rina Ketty ; Sur les quais du vieux Paris, dont la musique est due à un Allemand, Ralph Erwin, premier succès de Lucienne Delyle, en 1939). En 1943 il écrit la Valse des regrets sur la musique de la célèbre valse en la bémol, opus 39, no 15, de Johannes Brahms, qui deviendra un des grands succès de Georges Guétary. »
J’ai laissé tel quel le texte de Wikipédia, car il vous permet aussi de naviguer sur la Toile…
Carl Vilhelm Holsoe (1863-1935)
Une fois n’est pas coutume, nous allons donc effectuer une démarche historique, pour mieux cerner les avatars de ce texte. Vous me suivez ?
1937, première version trouvée en ligne, celle de Carlo Buti (1902-1953).
La version originale en français est chantée par Rina Ketty. Le disque proposé date de 1938, soit un an après. Or les paroles n’ont rien à voir, à l’exception du refrain. Une hypothèse surgit : les paroles de Louis Potérat ne seraient pas une traduction, mais une adaptation, très libre, une création en quelque sorte, pour ce qui concerne les deux strophes présentées plus haut…
Tino Rossi (1907-1983) reprend la chanson l’année suivante, en 1939. Jean Sablon (1906-1994) enchaîne, la même année. Je n’ai pas trouvé une autre version qui serait de Jacques Larue; si vous l’avez, merci de m’en donner le lien.
Voici alors les paroles. Je vous laisse jouer au « jeu des différences » avec celles de la première version…
J’attendrai Le jour et la nuit, J’attendrai toujours Ton retour J’attendrai Car l’oiseau qui s’enfuit vient chercher l’oubli Dans son nid Le temps passe et court En battant tristement Dans mon cur si lourd Et pourtant, J’attendrai Ton retour
J’attendrai Le jour et la nuit, J’attendrai toujours Ton retour J’attendrai Car l’oiseau qui s’enfuit vient chercher l’oubli Dans son nid Le temps passe et court En battant tristement Dans mon coeur si lourd Et pourtant, J’attendrai Ton retour
Le vent m’apporte Des bruits lointains Devant ma porte J’écoute en vain Hélas, plus rien Plus rien ne vient J’attendrai Le jour et la nuit, J’attendrai toujours Ton retour
J’attendrai Car l’oiseau qui s’enfuit vient chercher l’oubli Dans son nid Le temps passe et court En battant tristement Dans mon cur si lourd Et pourtant, J’attendrai Ton retour Et pourtant, J’attendrai Ton retour
Je n’ai pas réussi à dater l’enregistrement effectué par Gino Bechi (1913-1993), présenté sur ce disque.
En 1956, c’est au tour de Luciano Virgili (1922-1986) de l’interpréter, accompagné de l’orchestre dirigé par Dino Olivieri, le compositeur de la musique.
Une vingtaine d’années plus tard, c’est une femme, Raffaella Carra (1943-), qui « modernise » l’air, comme dans cette vidéo de 1976.
Fritz von Uhde (1890)
En France, Dalida reprend la chanson ( apparemment la même année, mais ce serait à vérifier) et qui l’interprétera aussi en italien. Les paroles sont alors celles-ci… Nouveau jeu des différences…
J’attendrai le jour et la nuit J’attendrai toujours ton retour J’attendrai car l’oiseau qui s’enfuit vient chercher l’oubli dans son nid Le temps passe et court en battant tristement dans mon coeur si lourd Et pourtant j’attendrai ton retour J’attendrai le jour et la nuit J’attendrai toujours ton retour J’attendrai car l’oiseau qui s’enfuit vient chercher l’oubli dans son nid Le temps passe et court en battant tristement dans mon coeur si lourd Et pourtant j’attendrai ton retour Le vent m’apporte de bruits lointains Guettant ma porte j’écoute en vain
Hélas, plus rien plus rien ne vient J’attendrai le jour et la nuit J’attendrai toujours ton retour J’attendrai car l’oiseau qui s’enfuit vient chercher l’oubli dans son nid Le temps passe et court en battant tristement dans mon coeur si lourd Et pourtant j’attendrai ton retour Et pourtant j’attendrai ton retour Le temps passe et court en battant tristement dans mon coeur si lourd Et pourtant j’attendrai ton retour
Vous pouvez en trouver une traduction en italien, mais aussi russe et turc, si cela vous intéresse, sur ce site.
Caspar David Friedrich (1822)
Ce sont donc des générations diverses qui se sont emparées de cette chanson, lui donnant un sens différent selon l’interprète, son sexe d’état-civil, la langue et les paroles, qui ont, nous l’avons vu, beaucoup varié. On pourrait citer entre autres Jane Morgan (1924-), qui la chante en français et en anglais dans cet enregistrement, ou encore Lucienne Delyle, dont la voix rappelle celle d’Edith Piaf. Certaines versions plus récentes comme celle de Jill Barber reprennent les anciennes paroles. Pour ma part, j’ai beaucoup apprécié la réadaptation, modernisation, création – je ne sais quel terme choisir – des Petites Canailles, qui réussissent à merveille à allier les 1ères et 2èmes personnes du singulier, pour faire des deux personnages deux réels acteurs…
En ce lendemain de la Pessah, je ne puis ne pas mentionner la version emblématique en allemand, Komm zurück. Enfin, n’oublions pas les interprétations purement musicales, comme celle de Django Reinhardt…
La chanson a été exploitée dans différentes productions audiovisuelles. Lesley Anne Down la chante pour Anthony Hopkins dans the Arch of Triumph (1984).
France Musique diffuse en ce moment des oeuvres interprétées au luth, actuellement Tombeau sur la mort de Monsieur Cajetan baron d’Hartig – par un artiste dont il était difficile de trouver les disques… et je viens partager avec vous ce moment, car la pureté des sons me plaît beaucoup. Je suis donc allée voir sur le net si je trouvais un peu plus d’informations sur ce musicien.
Il est possible de l’entendre jouer du luth sur quelques vidéos en ligne comme ces airs de Musique du 18ème siècle. L’artiste est visiblement spécialiste de Bach et de Weiss.
Interior 1, Hendrick Martensz Sorgh (1661) A l’extérieur : Amsterdam
Mais je dois avouer que j’ai été particulièrement émue par des airs joués et chantés sous sa direction : la Missa Alleluja à 36 voix de Heinrich Biber…
Pas facile de le voir en ligne. Sur cette vidéo, il dirige Cantus Cölln sur un air de Bach, sur celle-ci, le Schwetzinger Orchesterakademie sur la Symphonie 25 G de Mozart… Mais je ne suis pas parvenue à trouver d’enregistrement où on le voit jouer du luth… Si vous en découvrez, partagez, merci!
Pour terminer, mais non achever (je sais que je reviendrai au luth ou au oud), un site qui présente une belle iconographie du luth, « l’instrument de la volupté« .