Le linge

De la laveuse aux lavandières, sans parler des lingères, nous voici arrivés au linge… qui était au départ de cette « série », car j’avais découvert un tableau qui m’avait intriguée.

Pourquoi, me direz-vous, ne pas avoir commencé dès lors par celui-ci? Tout simplement parce que je ne parvenais pas à en trouver l’auteur-e… Et je ne l’ai pas trouvé, malgré l’appel à l’aide lancé hier auprès d’un spécialiste – pour ne pas le citer, le créateur de UN jour UN tableau, qui finira, je pense, par trouver…

A ce propos, je ne sais pas si vous êtes allé-e-s voir sa page hier, mais les tableaux et textes choisis en réaction à mon article sont magnifiques et nous font voyager de la Provence (avé l’assent) à la Bretagne, « ma bro » d’adoption (de Pen Ar Bed à Mor Bihan), en passant par les bords de Seine. J’ai découvert Clotaire Breton, « Lavandières de Saint-Martin » (1979) – sur le blog indiqué, un long passage évoquant le passé, extrait de « La Lessive » in « La vie rurale dans le Mantois et le Vexin au XIXe siècle » (Bougeatre, 1971), qui m’a rappelé les récits d’une de mes grands-mères, lorsqu’elle m’expliquait à quel point les machines à laver avaient révolutionné littéralement la vie des femmes, ce que, petite fille, j’avais du mal à comprendre, et que je n’ai saisi qu’en observant la vie quotidienne dans l’Atlas, ou plus tard, en Guinée Forestière…

Voici le tableau en question. Qui se cache derrière le linge?

Titre et artistes inconnus… help!

Après l’oeuvre – un peu longue, non? – de Brassens hier, j’ai choisi un poème vietnamien, de Pham Ho, qui a été adapté en français par Pierre Gamarra (vous savez, celui qui a écrit il y a plus de dix ans un poème sur Le Microbe et le Savon – bon il a confondu microbe et virus, mais quand même! ) et publié dans Le Trésor de l’Homme. Une parenthèse à propos de ce livre méconnu : en le recherchant sur le net, j’ai découvert qu’il était en vente à la boutique de livres d’occasion d’Emmaüs. Je ne sais pas si vous connaissez « Le lien – Pages solidaires« ? Et je me permets une nouvelle parenthèse : le commentaire d’un de ses lecteurs, sur Babelio, qui peut vous donner une idée d’évasion littéraire…

 » Publié en 1978, cet assemblage de contes, fables et poèmes n’a pas pris une ride. On sort de sa lecture apaisé et plein de bonnes ondes. La plupart de ces textes se transmettent oralement entre générations et font la part belle à la faune et flore, la poésie et une certaine vision harmonieuse de la vie. Rafraîchissant ! »

Antoine Trémolières (Editions La Farandole Paris Vie, 1978)

Dans le matin frais et charmant

maman étend du linge blanc

et lorsque enfin le jour décline

maman rentre la toile fine.

Bébé demande en la palpant :

– Où donc est l’eau du linge blanc ?

– Le soleil est venu la boire.

– Vraiment, je ne peux pas le croire !dit Bébé.

Personne n’a vu Monsieur Soleil quand il a bu !

Le lendemain, Bébé transporte

une jatte d’eau près des fleurs ;

puis, caché derrière une porte,

il guette le soleil buveur.

Pham Ho, adaptation Pierre Gamarra

Manet, Le Linge (1875)
Source

Parmi les lavandières

Lavenderas de Sienna, Andres di Santamaria

Un texte de Brassens, extrait de « Les amoureux qui écrivent dans l’eau » (1954), texte que je ne connaissais pas du tout, découvert par ce beau matin d’avril alors que je recherchais des poèmes traitant de « lessive », en écho à ce que j’ai publié à l’aube. Bourré de références qu’il vous faudra décrypter, à moins que vous ne préfériez vous laisser aller à l’humour léger pour commencer (ou poursuivre) votre journée…. A déguster avec gourmandise et plaisir…

Un minuscule lavoir rudimentaire qui tombe de vétusté.
Entrent les jeunes lavandières.

Certaines portent le linge à laver sur leur tête, d’autres poussent une brouette.

Elles tournent en rond et chantent.



LE
CHŒUR
DES
LAVANDIÈRES

Maudits les pourceaux qui font
La lessive, la lessive.
Maudits les pourceaux qui font
La lessive du
Gascon.

LAVANDIÈRE
SOPRANE

La lessive, la lessive,

LE
CHŒUR
DES
LAVANDIÈRES

La lessive du
Gascon.

LAVANDIÈRE
CONTRALTE

La lessive, la lessive,

LE
CHŒUR
DES
LAVANDIÈRES

La lessive du
Gascon.





LA
NYMPHE
DE
LA
MER
BALTIQUE

Voici les jeunes lavandières,

Les manieuses de battoirs

Qui de la source à l’embouchure,

De l’étoile de l’aube à l’étoile du soir

Se chamaillent avec la crasse

D’autrui.



LE
CHŒUR
DES
LAVANDIÈRES

Maudits les pourceaux qui font
La lessive, la lessive
Maudits les pourceaux qui font
La lessive du
Gascon.

Elles ont rangé les brouettes et s’arment de leurs battoirs pour se mettre à l’ouvrage.

Entrent en grand désordre les jeunes amoureux qui écrivent sur l’eau.

Les lavandières les entourent; elles dansent en rond autour d’eux.
Elles brandissent leurs battoirs et font mine de les battre.
Elles chantent.



LE
CHŒUR
DES
LAVANDIÈRES

Voici les pourceaux qui font
La lessive, la lessive
Voici les pourceaux qui font
La lessive du
Gascon.



LA
NYMPHE
DE
LA
MER
BALTIQUE

Il serait vain de tirer le rideau,

Ce n’est pas une pierre de scandale,

Les jeunes amoureux qui écrivent sur l’eau

Ont coutume de retourner leur linge sale.



VÉNUS
HOTTENTOTE

Le donner à laver !

YAMUBA-PIED-MENU

Ils sont légers d’argent.

ÉGÉRIE
TOMAHAWK

Et trop bien élevés

Pour confier aux gens

Leurs divers soins de propreté.

LA
NYMPHE
DE
LA
MER
BALTIQUE

Quoique à leur sens les lavandières soient des garces

De fougueuses langues d’aspic.

Quant à s’en occuper eux-mêmes,

Croix de paille ; ils n’ont ni le temps

Ni le courage, ils sont des vic-

Times de la déesse
Flemme…

Le sexe de la grâce au reste

Ajoute encore à ce rustique

Et de pied en cap son costume

Relève de la botanique.

S’avance vers les nymphes
Aline.
Une courte jupe en coquelicot moule ses formes volubiles.



ALINE

Une jupe en coquelicot

«
Ami, aimons-nous au plus vite »

Une jupe en coquelicot

«
Ami, aimons-nous au plus tôt ».

Mademoiselle
Trois-Etoiles s’avance à son tour vers les nymphes.
Elle est coiffée d’un béret de lierre.



MADEMOISELLE
TROIS-ETOILES

Une coiffe en lierre pistache

«
Ami je meurs ou je m’attache »

Une coiffe en lierre pistache

«
Ami je m’attache ou je meurs ».

Entre
Fanchon.
Elle est vêtue d’un corsage en pervenche.
Un sein déborde le corsage.

FANCHON

En pervenche le canezou «
Ami c’est à vous que je rêve »
En pervenche le canezou «
Ami je ne rêve qu’à vous ».

LE
CHŒUR
DES
LAVANDIÈRES

Maudits les pourceaux qui font
La lessive, la lessive
Maudits les pourceaux qui font
La lessive du
Gascon.

LE
FACTOTUM
DES
JEUNES
AMOUREUX
De quoi vous mêlez-vous, gâteuses de rivière ?

LE
CHŒUR
DES
LAVANDIÈRES

Nous nous mêlons de nos affaires…
Que laveraient les lavandières
Si chacun suivait votre exemple !

LE
FACTOTUM

Baste, elles ne laveraient pas ;

Il y a dans le ciel d’autres choses à faire.



LE
CHŒUR
DES
GOUTTES
D’EAU

Elles nous laisseraient tranquilles.

Du pied du col de la
Furka jusqu’en
Camargue

Des
Pyrénées espagnoles jusqu’à
Royan

De
Saint-Germain source
Seine jusqu’à
Honneur

Et du mont
Gerbier-de-Jonc jusqu’à
Saint-Nazaire,

Ainsi que de n’importe où jusqu’à n’importe où

Nous nous promènerions toujours fraîches et pures.

LE
CHŒUR
DES
LAVANDIÈRES
Mais alors que mangeraient-elles ?

LE
FACTOTUM

Baste, elles ne mangeraient pas ;

Il y a sous le ciel d’autres choses à faire !

LE
COQ
BRAHMAPOUTRE suivi de la majeure partie des poules de l’endroit.

Nous pourrions conserver nos cuisses et nos ailes
Et mourir de mon naturelle.

LE
CHŒUR
DES
LAVANDIÈRES

Mais alors comment vivraient-elles ?

LE
FACTOTUM

Baste, elles cesseraient de vivre

Il y a sous le ciel d’autres choses à faire…

LE
CHŒUR
DES
MÈTRES
CUBES
D’AIR

Des poumons de moins à gaver !



LE
CHŒUR
DES
LAVANDIERES

Que deviendraient alors les demoiselles smart
Les généreuses demoiselles smart
Qui changent souvent de chemise
Et nous en confient la lessive !

LE
CHARMANT
DISCIPLE
D’APELLE

Elles feraient ce que les autres font

La lessive tout court ou celle du
Gascon.

HUON-DE-LA-SAÔNE

Et demain quand viendra l’usage
De retourner son linge sale
Pour paraître up to date on les érigerait
En élégantes d’avant-garde…

LE
CHŒUR
DES
CRASSEUX
OPINIÂTRES
Oh, l’agréable compagnie !

LE
CHŒUR
DES
LAVANDIÈRES faisant mine de battre les jeunes amoureux.

Y songez-vous, tas d’enragés
Les demoiselles smart contraintes
De décrasser leur linge
Ou de n’en pas changer.

LAVANDIÈRE
SOPRANE
Leurs purs appas couverts de malpropre linon ?

LAVANDIÈRE
CONTRALTE

Leurs phalanges rongées par la potasse ?



LE
CHŒUR
DES
LAVANDIÈRES

Ah non !

LE
CHŒUR
DES
FRÈRES
ET
SŒURS
CADETS
DES
JEUNES
LAVANDIÈRES

Ah non, car de ce fait leurs mains seraient plus dures
Et plus durs leurs va-te-laver sur nos figures…



LE
VIEUX
PROPHÈTE
DE
CORMEILLES

Elles inciteraient leurs pères cacochymes
A fabriquer plus de laveuses mécaniques.

Surgissent quatre ou cinq carrosses dorés.
Ce sont les demoiselles smart.
Leurs valets de pied s’empressent d’ouvrir les portières.

Les demoiselles descendent de voilure.
Elles sont accompagnées des meilleurs parfumeurs qui pour annihiler les effluves tenaces de la savonnette à vilain pulvérisent de l’opopanax dans leur sillage.



LE
CHŒUR
DES
DEMOISELLES
SMART aux jeunes lavandières.

A la bonne heure nécessaire,
Pour avoir pris notre défense
Contre ces personnes sans branche,
Ces personnes de basse source,
Vous laverez en récompense
Deux chemises supplémentaires
Que nous souillerons dans ce but.

Comme une seule, toutes les lavandières se jettent à plaît-il maîtresse aux pieds des généreuses demoiselles smart.



Elles font le chien couchant.
Fanatiquement elles baisent les semelles de leurs maîtresses.

LE
CHŒUR
DES
LAVANDIÈRES

Dieu vous bénisse, généreuses demoiselles,
A jamais pour vous notre zèle.

LE
FACTOTUM

Ainsi soit-il ; à votre guise
Rien n’est au reste plus grisant
Que le spectacle d’une esclave agonisant
Sous le talon d’une marquise…

LE
CHŒUR
DES
JEUNES
AMOUREUX

…………
DES
VOLATILES

…………
DES
MÈTRES
CUBES
D’AIR

…………
DES
GOUTTES
D’EAU

…………
DES
CRASSEUX
OPINIÂTRES

De-Ca-ra-bas.
De-Ca-ra-bas.
De-Ca-ra-bas.

Entre une troupe de lévriers de bourreau armés jusqu’aux dents.

Ils sont guidés par les valets de pied des généreuses demoiselles smart.

LE
VIEUX
PROPHÈTE
DE
CORMEILLES aux valets de pied.

Sycophantes à vos moments ?

LE
CHARMANT
DISCIPLE
D’APELLE
Quand les pots de chambre sont vides.



HUON-DE-LA-SAÔNE
Et que les bottes sont cirées.

ROBIN-PÉCHE-EN-EAU-DE-BOUDIN
Et les écuries nettoyées.

LES
LÉVRIERS
DE
BOURREAU

aux jeunes amoureux.

Circulez, circulez, circulez, circulez.

Ils brandissent leurs matraques.
Les jeunes amoureux s’échauffent.

LE
FACTOTUM

On leur lance des épluchures à la tête ?

Les jeunes amoureux opinent du bonnet.
Ils se munissent de cailloux et marchent vers les lévriers de bourreau.

Les nymphes s’interposent et pacifient les jeunes amoureux d’un geste.

Ils font alors des ricochets avec leurs projectiles.

LE
CHŒUR
DES
JEUNES
AMOUREUX

Les nymphes ont raison
Les nymphes ont raison.
On ne s’amuse pas à mettre
Flamberge au vent devant des sbires
Quand on a les grandes eaux de
Versailles
Dans la tête.

Entre le nain
Onguent-Miton-Mitaine.
Il va et vient en chantonnant d’un groupe à l’autre.





Parmi les lavandières, Brassens




Lavenderas de La Varenne, Martin Rico y Ortega
Source

Printemps

Au printemps nous voyons

refleurir aux fenêtres

les jolies lingeries,

et les prés sont parfois

de draps blanc embellis…

La Pâturette bruit.

La lavande endormie

Le narcisse épanoui

la berge du ruisseau

attend la lavandière…

La Pâturette bruit.

Petite laveuse (Muenier, 1910)


Parad’Islande

Auður Ava Ólafsdóttir

Je viens de terminer la lecture d’un livre qui m’a apporté une bonne dose d’évasion… Evasion par la beauté du texte. Evasion par l’originalité de l’histoire et la densité du personnage principal, une femme se réalisant dans la poésie et la nature. Evasion enfin par le pays de son auteur : l’Islande. Et puis, volcans et glace… quelle meilleure symbolique des tensions qui nous animent ?

En route vers le Nord…

Au moment où j’écrivais la légende de l’illustration précédente, je me suis rendu compte du paradoxe : j’avais écrit « vers le Nord », alors que l’héroïne du roman prend son essor en se dirigeant vers le sud, la chaleur, le soleil…
Ce matin, j’ai donc eu envie de vous emmener dans ce pays dont nous connaissons peu, je pense, la production artistique. Je ne suis pas parvenue à trouver des traductions complètes des poèmes de celui que je voulais vous présenter. Je vais continuer à chercher. En attendant, pour vous permettre de vous évader à votre tour, j’ai emprunté à Lali, une Québécoise dont je vous recommande le blog, cette oeuvre sur la mer, extraite d’un recueil de Anna Svanhildur Björnsdóttir, Sur la Côte.

Anna Svanhidur Björnsdottir
Source
Tu arrives sur une côte inconnue
mais pourtant tu reconnais tout
ce que tes yeux voient

et tes oreilles distinguent un murmure bien connu
qui t’a toujours manqué

Tu sens sous tes pieds
la douceur du rêve
et les effluves emplissent tes sens
d’une odeur salée

La mer frappe en ton cœur
par ondes régulières
le battement de cœur de la mer
est ton propre battement

et le parfum sur tes lèvres
t’attire enfin là
où tu devais aller

pour trouver
la mer en toi

la mer en moi

L’après-midi d’un faune

Frontispice d’Edouard Manet, édition Derenne, 1876

Je dédie cet article à un ami musicien confiné seul dans sa Bourgogne natale, et qui me soutient chaque jour par des échanges amicaux souvent orientés vers les plaisirs procurés par les sons, qui volent vers les pauvres humain-e-s emprisonné-e-s… C’est lui qui en as choisi le thème, à partir de l’oeuvre musicale de Debussy, Prélude à l’après-midi d’un Faune.

« J’adore cette pièce, pleine de poésie brumeuse, de nonchalance contemplative, et d’une douce et tiède sensualité évanescente (naissante?)…

« Et c’est fortement d’actualité

Lascivité rêveuse…
Et mélancolie latente

L’attente de quoi… » (JL, 13/4/2020)

Je vous propose cet enregistrement de 1989 sous la direction de Leonard Bernstein.

Pour ma part, je vais commencer par le texte, que, je pense, peu de monde connaît dans son entièreté. Il faut dire qu’il est long, cet « églogue », que j’ai copié sur une édition de 1876, numérisée sur le site de la BNF, qui en propose d’autres éditions auxquelles vous pourrez accéder.

Vous pouvez, à votre guise, écouter d’abord la musique, puis lire le poème, ou bien faire l’inverse, ou mener de front les deux… Enfin, pour ce faire, vous êtes totalement libres!!!

Je dois dire que j’ai beaucoup apprécié les illustrations de ce livre, et vais donc vous en proposer quelques-unes, en espérant que leur reproduction est libre de droit, ce dont je ne suis hélas pas certaine. Mais en ces temps difficiles, je pense que des dérogations sont possibles? Quoique…

Cette oeuvre, Mallarmé la dédie à des amis, de manière très explicite.

Léon Cladel (Bracquemont, 1883)
Ecrivain, militant, Quercytain
(1835-1892)
Léon Dierx, poète parnassien
(1838-1912)

Les quatre écrivains étaient de la même génération. Stéphane Mallarmé, né en 1842, était le plus jeune de la bande…

Catulle Mendès, écrivain, librettiste (1841-1909)

Partition originale

Pour en revenir à l’oeuvre de Debussy, voici la version préférée de mon ami. Le Royal Concertgebouw Orchestra y est dirigé par Bernard Haitink. Je vous livre son commentaire.

« Elle est lumineuse et voilée à la fois…. Voilée de mystère. » (J.L.)

Thomas Turner a effectué un diaporama sur la musique de Debussy, interprétée par L’Orchestre symphonique de Montréal, Charles Édouard Dutoit, avec de très beaux tableaux, en grande partie impressionnistes. Je vous conseille d’aller visiter sa page Youtube, il y a beaucoup d’autres propositions sympathiques…

Un parallèle est effectué entre les deux oeuvres, musicale et poétique, dans cet article publié dans la Revue Italienne d’Etudes Françaises.

J’ai recherché des lectures du poème. Il y a celle de Pierre-Jean Jouve, mais je la trouve bien trop « déclamée »… sans doute est-ce dû à la période où elle a été enregistrée… Je préfère largement la version de Gérard Ansaloni, mais attention, il ne reprends que quelques extraits dans Les Faunes.

Cela me donne l’occasion d’un clin d’oeil à un autre de mes amis, musicien lui aussi, poète et amateur de faunes. Il reconnaîtra celui-ci, que je ne puis malheureusement plus aller saluer en ce moment.

Voilà qui constitue une heureuse transition vers un autre art, la danse. Bien sûr, impossible d’évoquer Debussy sans en venir à Nijinski, n’est-ce pas?

Aquarelle de Léon Bakst en 1912 (source)

Voici une version filmée en 1912, superbe. Une belle analyse en est proposée sur ce site. On trouve aussi encore à acheter des livres sur le danseur et chorégraphe, en lien avec le ballet.

1991

Depuis, la chorégraphie a été reprise à maintes reprises, avec plus ou moins de bonheur à mon goût. Un superbe décor pour cette interprétation que je ne parviens pas à dater, mais je ne suis pas séduite. Nureyev en faune / fauve dans cette version, toujours non datée.

Au cinéma, George de la Pena jouant Nijinsky dans le ballet (film éponyme, 1980)…

Je ne puis bien évidemment pas oublier le remake célèbre et fort controversé de la chorégraphie de Nijinsky dans le clip officiel de I want to break free, de Queen (2’12 à 3’10 environ) – ce qui rappelle le spectacle vu cet hiver, dont je vous ai déjà parlé…

Freddie Mercury

PS. Au moment de « boucler » cet article, je découvre un article de France Culture fort intéressant, intitulé « Le faune de Mallarmé, Debussy et Nijinski ou le Scandale des gestes nouveaux« , à lire, écouter, partager…

Et, pour forclore, un émouvant court-métrage au début très « en écho », « Henri Storck, l’après-midi d’un faune » by Colinet André, avec de beaux airs de harpe celtique. Mais pour ouvrir sur l’avenir, une performance alliant vidéo et concert, en 2011, et Muses à découvrir…

Nostalgie

Automat, Edward Hopper (1927)

Ô nostalgie des lieux qui n’étaient point
assez aimés à l’heure passagère,
que je voudrais leur rendre de loin
le geste oublié, l’action supplémentaire !

Revenir sur mes pas, refaire doucement
– et cette fois, seul – tel voyage,
rester à la fontaine davantage,
toucher cet arbre, caresser ce banc…

Monter à la chapelle solitaire
que tout le monde dit sans intérêt ;
pousser la grille de ce cimetière,
se taire avec lui qui tant se tait.

Car n’est-ce pas le temps où il importe
de prendre un contact subtil et pieux ?
Tel était fort, c’est que la terre est forte ;
et tel se plaint : c’est qu’on la connaît peu.

Reiner Maria Rilke
Pâques dans les Ardennes

Co-confinement ou cocon-finement?

En naviguant ce matin sur la Toile, j’ai découvert ce site que je veux immédiatement partager avec vous. Il s’agit d’une coopération entre des citoyens lambda, dans un esprit de solidarité et d’entr’aide, avec entre autres l’idée de lutter contre la désinformation et de partager des « méta-ressources », si j’ose dire.
En voici l’adresse : https://co-confines.fr/

Des initiatives intéressantes y sont présentées, comme celle-ci, qui, pour des gourmand-e-s comme moi, donne une idée « généreuse »: payer maintenant ce que l’on rêve de consommer au restaurant plus tard, pour soutenir les restaurateurs… : https://www.lagrandebouffe.club/

Mais aussi la manière d’éviter de saturer Internet tout en télétravaillant, un renvoi à un article de France Inter : https://www.franceinter.fr/dix-astuces-pour-teletravailler-sans-faire-tousser-la-planete

Ou encore, la manière de disposer de livres gratuits : https://www.edition999.info/

Loin de moi l’idée de tout vous citer, on trouve vraiment toutes sortes de pistes dans toutes sortes de direction. Je vous laisse donc découvrir…

Etti Anki

Comme j’avais souhaité cette semaine « Pessah semeah » à quelques ami-e-s, je recherchais un poème en lien avec cette fête, sans être pour autant un texte religieux.

Toros Roslin (1266)

J’en ai trouvé un, émouvant, mais dont la qualité littéraire ne m’a pas semblé extraordinaire. Je ne sais plus par quel détour du surf je suis arrivée à Yehouda Halevy – Judah ben Shmuel Halevi – sur lequel je reviendrai peut-être un jour, car j’ai envie d’en savoir davantage sur ce « rabbin, philosophe, médecin et poète sérafade » du 11ème siècle (décidément, j’en reviens toujours à ce siècle dans mes appétences…). Et il m’a conduite à découvrir une chanteuse dont j’ai beaucoup apprécié la voix, ce qui m’amène à vous guider vers elle en ce samedi saint qui est aussi Shabbat…

Chagall, Pessah (1968)

La rencontre s’est effectuée au travers de ce poème d’Halévi chanté par la jeune femme, dans cette vidéo (pour les impatient-e-s, allez directement à 3’49). J’ai cherché désespérément sa traduction, sans la trouver. Mais j’ai bon espoir qu’un-e lecteur / lectrice nous la transmette un jour…

Un point commun entre l’humaniste « hébraïsant et arabisant » du Moyen Age et l’actrice, chanteuse, poète et compositrice : la rencontre des cultures juives et arabes. Etti Ankri est en effet née à Lod, en 1963, dans une famille qui a vécu en Tunisie, et sa musique présente souvent des résonances séraphades, voire maghrébines.

Un album entier est consacré à Yehuda Halevi, Avdei Zman.

Pour poursuivre, laissez-vous entraîner par Eshebo

J’aime beaucoup sa voix, que vous pourrez apprécier, vous aussi, en choisissant les morceaux que vous souhaitez entendre sur ce site très bien fourni, mais uniquement audio : musicMe.

Le premier album d’Etti Ankri

Musicienne également, elle joue de divers instruments, comme vous pourrez le constater sur les enregistrements suivants : la guitare pour Ahava gdola, une sorte de tambourin, et je crois l’avoir vue jouer de l’oud, mais ne trouve pas de vidéo la montrant avec cet instrument…

En tant qu’actrice, elle a joué dans les films suivants, dont je ne suis pas parvenue à trouver des scènes photographiées…

Léhem (1986)
Resissim (1989)
Etti Anki dans Resissim
Deadline (1987)
Shabattot VeHagim (1999-2000)

Tornerai

Caillebotte (1876)

C’était hier l’anniversaire d’un des lecteurs fidèles de ce blog. Pas uniquement lecteur, car il l’enrichit régulièrement de ses commentaires. Parmi ces derniers, vous avez sans doute vu celui qui évoque un beau texte italien, « Tornerai ». Alors, en forme de cadeau d’anniversaire, j’ai décidé ce matin de consacrer mon article quotidien dans cette rubrique spécialement créée pour la période de confinement à ce texte… Bien qu’il ne s’agisse pas à proprement parler de poésie, mais du texte d’une chanson que vous n’êtes pas sans connaître, même si la traduction du titre italien ne correspond nullement au titre en français.
J’ai en effet été totalement déroutée, lorsque j’ai lu le commentaire puis que j’ai cherché les paroles en italien, de découvrir que l’on était passé, par je ne sais quelle pirouette ni surtout pourquoi, de « tu reviendras » à « j’attendrai ». Pourquoi ce glissement de point de vue ? Ce passage du sujet agissant au sujet passif ? Sur fond de question de genre, soit dit en passant… Mais revenons au texte dans sa langue d’origine. Il ne date pas d’hier! 1933… il sera bientôt nonagénaire!

Et c’est alors que commença une véritable enquête… Les paroles trouvées sur le net variaient d’un site à l’autre. Pourtant, les références musicales aboutissaient à la même mélodie. Et, à l’heure où j’écris ces lignes que je voudrais publier avant que la nuit ne s’achève, je viens juste de trouver la solution. Mais gardons le suspens.

Je ne suis pas parvenue à trouver le texte original, en italien.

Voici le premier texte en français, un très beau poème. C’est celui auquel le commentaire sus-cité faisait allusion.

Strophe 1

Les fleurs palissent,
Le feu s’éteint,
L’ombre se glisse
Dans le jardin.
L’horloge tisse
Des sons très las,
Je crois entendre ton pas.
Le vent m’apporte
Des bruits lointains.
Guettant ma porte,
J’écoute en vain.
Hélas plus rien,
Plus rien ne vient.

Refrain

J’attendrai le jour et la nuit,
J’attendrai toujours
Ton retour.
J’attendrai, car l’oiseau qui s’en fuit
Vient chercher l’oubli
Dans son nid.
Le temps passe et court
En battant tristement
Dans mon coeur plus lourd:
Et pourtant j’attendrai ton retour.

Strophe 2

Reviens bien vite,
Les jours sont froids,
Et sans limite
Les nuits sans toi.
Quand on se quitte
On oublie tout,
Mais revenir est si doux.
Si ma tristesse
Peut t’émouvoir
Avec tendresse
Reviens un soir.
Et dans tes bras
Tout renaîtra.

Traduction Louis Poterat, source

Au passage, un petit détour car je n’ai pu m’empêcher, vous vous en doutez, d’aller voir qui était ce « Louis Poterat ».

« Après des études de droit, Louis Poterat débute dans le journalisme, puis se lance dans le commerce. Il écrit d’abord pour des revues locales, et s’intéresse à la chanson. Il adapte des œuvres étrangères, et entre à la firme de cinéma Pathé-Marconi pour écrire en série des chansons de films. Ses premiers grands succès datent de la fin des années 1930, et sont des adaptations de chansons étrangères (J’attendrai, sur une musique du compositeur italien Dino Olivieri, en 1938, chantée par Rina Ketty ; Sur les quais du vieux Paris, dont la musique est due à un Allemand, Ralph Erwin, premier succès de Lucienne Delyle, en 1939). En 1943 il écrit la Valse des regrets sur la musique de la célèbre valse en la bémol, opus 39, no 15, de Johannes Brahms, qui deviendra un des grands succès de Georges Guétary. »

J’ai laissé tel quel le texte de Wikipédia, car il vous permet aussi de naviguer sur la Toile…

Carl Vilhelm Holsoe (1863-1935)

Une fois n’est pas coutume, nous allons donc effectuer une démarche historique, pour mieux cerner les avatars de ce texte. Vous me suivez ?

1937, première version trouvée en ligne, celle de Carlo Buti (1902-1953).

La version originale en français est chantée par Rina Ketty. Le disque proposé date de 1938, soit un an après. Or les paroles n’ont rien à voir, à l’exception du refrain. Une hypothèse surgit : les paroles de Louis Potérat ne seraient pas une traduction, mais une adaptation, très libre, une création en quelque sorte, pour ce qui concerne les deux strophes présentées plus haut…

Tino Rossi (1907-1983) reprend la chanson l’année suivante, en 1939. Jean Sablon (1906-1994) enchaîne, la même année. Je n’ai pas trouvé une autre version qui serait de Jacques Larue; si vous l’avez, merci de m’en donner le lien.

Voici alors les paroles. Je vous laisse jouer au « jeu des différences » avec celles de la première version…

J’attendrai
Le jour et la nuit, J’attendrai toujours
Ton retour
J’attendrai
Car l’oiseau qui s’enfuit vient chercher l’oubli
Dans son nid
Le temps passe et court
En battant tristement
Dans mon cur si lourd
Et pourtant, J’attendrai
Ton retour

J’attendrai
Le jour et la nuit, J’attendrai toujours
Ton retour
J’attendrai
Car l’oiseau qui s’enfuit vient chercher l’oubli
Dans son nid
Le temps passe et court
En battant tristement
Dans mon coeur si lourd
Et pourtant, J’attendrai
Ton retour

Le vent m’apporte
Des bruits lointains
Devant ma porte
J’écoute en vain
Hélas, plus rien
Plus rien ne vient
J’attendrai
Le jour et la nuit, J’attendrai toujours
Ton retour

J’attendrai
Car l’oiseau qui s’enfuit vient chercher l’oubli
Dans son nid
Le temps passe et court
En battant tristement
Dans mon cur si lourd
Et pourtant, J’attendrai
Ton retour
Et pourtant, J’attendrai
Ton retour

Je n’ai pas réussi à dater l’enregistrement effectué par Gino Bechi (1913-1993), présenté sur ce disque.

En 1956, c’est au tour de Luciano Virgili (1922-1986) de l’interpréter, accompagné de l’orchestre dirigé par Dino Olivieri, le compositeur de la musique.

Une vingtaine d’années plus tard, c’est une femme, Raffaella Carra (1943-), qui « modernise » l’air, comme dans cette vidéo de 1976.

Fritz von Uhde (1890)

En France, Dalida reprend la chanson ( apparemment la même année, mais ce serait à vérifier) et qui l’interprétera aussi en italien. Les paroles sont alors celles-ci… Nouveau jeu des différences…

J’attendrai le jour et la nuit
J’attendrai toujours ton retour
J’attendrai car l’oiseau qui s’enfuit
vient chercher l’oubli dans son nid
Le temps passe et court en battant tristement
dans mon coeur si lourd
Et pourtant j’attendrai ton retour
J’attendrai le jour et la nuit
J’attendrai toujours ton retour
J’attendrai car l’oiseau qui s’enfuit
vient chercher l’oubli dans son nid
Le temps passe et court en battant tristement
dans mon coeur si lourd
Et pourtant j’attendrai ton retour
Le vent m’apporte de bruits lointains
Guettant ma porte j’écoute en vain

Hélas, plus rien plus rien ne vient
J’attendrai le jour et la nuit
J’attendrai toujours ton retour
J’attendrai car l’oiseau qui s’enfuit
vient chercher l’oubli dans son nid
Le temps passe et court en battant tristement
dans mon coeur si lourd
Et pourtant j’attendrai ton retour
Et pourtant j’attendrai ton retour
Le temps passe et court en battant tristement
dans mon coeur si lourd
Et pourtant j’attendrai ton retour

Vous pouvez en trouver une traduction en italien, mais aussi russe et turc, si cela vous intéresse, sur ce site.

Caspar David Friedrich (1822)

Ce sont donc des générations diverses qui se sont emparées de cette chanson, lui donnant un sens différent selon l’interprète, son sexe d’état-civil, la langue et les paroles, qui ont, nous l’avons vu, beaucoup varié. On pourrait citer entre autres Jane Morgan (1924-), qui la chante en français et en anglais dans cet enregistrement, ou encore Lucienne Delyle, dont la voix rappelle celle d’Edith Piaf. Certaines versions plus récentes comme celle de Jill Barber reprennent les anciennes paroles. Pour ma part, j’ai beaucoup apprécié la réadaptation, modernisation, création – je ne sais quel terme choisir – des Petites Canailles, qui réussissent à merveille à allier les 1ères et 2èmes personnes du singulier, pour faire des deux personnages deux réels acteurs…

En ce lendemain de la Pessah, je ne puis ne pas mentionner la version emblématique en allemand, Komm zurück. Enfin, n’oublions pas les interprétations purement musicales, comme celle de Django Reinhardt

La chanson a été exploitée dans différentes productions audiovisuelles. Lesley Anne Down la chante pour Anthony Hopkins dans the Arch of Triumph (1984).

1954
1982

Luthinons…

France Musique diffuse en ce moment des oeuvres interprétées au luth, actuellement Tombeau sur la mort de Monsieur Cajetan baron d’Hartig – par un artiste dont il était difficile de trouver les disques… et je viens partager avec vous ce moment, car la pureté des sons me plaît beaucoup.
Je suis donc allée voir sur le net si je trouvais un peu plus d’informations sur ce musicien.

Il n’est pas que luthiste…

« Konrad Junghänel (27 février 1953) est un luthiste et chef d’orchestre allemand, spécialisé dans le domaine de l’interprétation historiquement informée et le fondateur et directeur de l’ensemble vocal Cantus Cölln. » (Wikipedia)

Double carrière, donc, pour ce musicien.

Il est possible de l’entendre jouer du luth sur quelques vidéos en ligne comme ces airs de Musique du 18ème siècle. L’artiste est visiblement spécialiste de Bach et de Weiss.

Interior 1, Hendrick Martensz Sorgh (1661)
A l’extérieur : Amsterdam

Mais je dois avouer que j’ai été particulièrement émue par des airs joués et chantés sous sa direction : la Missa Alleluja à 36 voix de Heinrich Biber

Pas facile de le voir en ligne. Sur cette vidéo, il dirige Cantus Cölln sur un air de Bach, sur celle-ci, le Schwetzinger Orchesterakademie sur la Symphonie 25 G de Mozart… Mais je ne suis pas parvenue à trouver d’enregistrement où on le voit jouer du luth… Si vous en découvrez, partagez, merci!

Pour terminer, mais non achever (je sais que je reviendrai au luth ou au oud), un site qui présente une belle iconographie du luth, « l’instrument de la volupté« .

Caravaggio, vers 1600