Un peu de musique en ce monde de brutes. Billet 2

En ce lundi matin un peu gris et tristounet, un bel air de musique classique fait du bien… L’émission de France Musique est consacrée à la Bohême, et je n’apprécie pas tout au même niveau. J’écoute donc d’une oreille un peu distraite, tout en répondant aux courriels et autres sms, et en travaillant un peu, quand un air me séduit soudain. Violoncelle, puis violon… Doux, envoûtant, calmant, « sérénisant » (hmmm, ce néologisme qui a surgi de mon cerveau fertile me plaît!)…
Pour le partager avec vous, il a fallu que je cherche, car je ne connaissais ni ne reconnaissais le compositeur… A juste titre, ma culture ne va pas jusque là! Bien loin s’en faut… Il s’agit d’ Edward Elgar.

« Concerto pour violon en si min op 61 : 2. Andante

James Judd, Royal Philharmonic Orchestra De Londres, Thomas Albertus IrnbergerLABEL : GRAMOLAANNÉE : 2018″

Je ne l’ai pas trouvé sur le net, mais voici un autre morceau du même compositeur, pour violoncelle… Un de mes instruments préférés…

Un peu plus tard, sur la même radio, je découvre Arvö Part

Magnificat – pour choeur mixte a cappella

Krijn Koetsveld, Ensemble Le Nuove MusicheLABEL : BRILLIANT CLASSICSANNÉE : 2019

Vous pouvez retrouver sur le podcast de l’émission. En voici une autre version.

Me voici donc sur le net en train de chercher ses oeuvres (je vous ai dit, je suis nulle!)… et j’ai découvert celle-ci, que je ne puis m’empêcher de vous livrer… Mais peut-être la connaissez-vous?
A vous maintenant de me donner d’autres pistes… si j’ose dire 🙂

Une soirée OVS à La Comedia

Le spleen croissant en cette fin de journée, et tout le monde étant occupé, j’ai eu recours à OVS pour trouver une solution pour soulever le couvercle (coucou Baudelaire…)

Une soirée « repas au restaurant » était annoncée, tout près de chez moi, comme déjà complète (16 personnes!). J’ai tenté ma chance et joint Christine, l’organisatrice, qui a très gentiment proposé que je me joigne au groupe. Me voici donc à La Comedia

Une longue table est dressée sur la terrasse, et déjà un groupe est présent. Christine accueille tout le monde avec chaleur, et m’introduit « La petite dernière »… L’ambiance est sympathique, et je me retrouve vite intégrée, en train de discuter de divers sujets avec les un-e-s et les autres. Bref, une soirée agréable, avec beaucoup de rires, cela fait du bien…

D’accord, vous attendez que je vous dise ce que je pense du Mojito servi dans ce restaurant… Réponse : pas mauvais du tout… Dans les « moyen plus ». Et la nourriture? Pour ce qui me concerne, et pour mes deux voisins de table, excellente.

Lasagnes en plat daté…
Risotto al tartuffo avec cassolette de sauce

Les lasagnes de mon voisin étaient fondantes à souhait, bien garnies, et la sauce ne se contentait pas d’être une mauvaise béchamel, comme c’est hélas souvent le cas. Pour ma part, j’ai admiré le plat dans lequel elles étaient servies (voir photo). Quant au risotto al tartuffo que j’ai dégusté, il était « à tomber par terre »! Fondant à souhait, accompagné d’une sauce au parfum délicat de truffe, dans une cassolette à part, ce qui permettait de doser la quantité de sauce souhaitée. Un délice!

Ainsi, avec de parfaits inconnus en début de repas, et dans un restaurant non loin de chez moi mais dans lequel je n’aurais pas eu l’idée d’aller, j’ai passé une soirée fort agréable, grâce à une jeune femme qui aime re-lier les personnes. Merci, Christine!

Un peu de musique en ce monde de brutes. Billet 1

La musique tient pour l’instant peu de place dans ce blog, et pourtant… Je me propose – et je vous propose – d’écrire désormais de brefs « billets » pour partager mes plaisirs éphémères, par exemple lorsque j’écoute France Musique en écrivant sur ce blog.
Ce matin, par exemple, j’ai particulièrement apprécié deux oeuvres de Monteverdi. Je n’avais pas noté les titres, mais un ami vient de me les faire parvenir… Zefiro torna e di soavi accenti SV 251 ( dont voici une autre belle interprétation par l’Arpeggiata Ensemble ) et O beatae vitae SV 312 (en voici une autre interprétation).
provenant d’un disque de l’ensemble Il Festino.

 Image Disque - JPEG.jpg

Vous pourrez le découvrir sur le podcast de l’émission En pistes ! du 21 mai, ou trouver d’autres airs sur le net, comme ce concert en Bretagne – Il Festino a de forts ancrages bretons, comme son nom ne l’indique pas…

Elucubration(s)

Il est d’étranges coïncidences… Mais sont-elles réellement des « incidences »? Un lecteur de mon blog m’a fait observer qu’à propos d’ « élucubrations » j’aurais pu penser à Antoine. Antoine, vous connaissez? Pas les jeunes, sans doute… Mais celles et ceux de mon âge s’en souviennent peut-être. Un petit rappel en musique? Mieux, le voici sur scène, avec ses musiciens.. Les reconnaissez-vous? Indice : ils ont fait ensuite une carrière seuls – enfin, ensemble…

J’appréciais particulièrement les deux dernières strophes.

L’une, comme emblème de la « transgression vestimentaire », mais aussi pour le jeu de mots…

 » Si je porte des chemises à fleurs
C’est que je suis en avance de deux ou trois longueurs
Ce n’est qu’une question de saison
Les vôtres n’ont encore que des boutons »

La seconde, pour l’évocation de la bataille que menaient à l’époque les femmes, politiques ou non (Merci, Simone!), mais aussi les jeunes filles, voire les adolescentes (on ne parlait pas encore de pré-ados) dont j’étais…

« J’ai reçu une lettre de la Présidence
Me demandant: « Antoine, vous avez du bon sens
Comment faire pour enrichir le pays ? »
« Mettez la pilule en vente dans les Monoprix »

Sont-ce réellement des « élucubrations »? Moi qui utilise souvent ce terme pour désigner la traduction orale ou écrite de l’écheveau de mes pensées, je le mets en question(s)… Cette chanson, si « légère » paraît-elle, transmets les traces de l’histoire. Certes, pas dans le même esprit que celui des griots, mais quand même… Et je me souviens de la tête de mes parents quand Antoine est passé au milieu d’une émission consacrée aux élections présidentielles… Quand à « fais-toi couper les cheveux », elle fait revivre mon grand-père qui était outré de voir les Beatles avec « leurs cheveux longs »… Si on regarde les photos de l’époque, on les trouve plutôt BCBG…

Mais revenons aux coïncidences… Antoine… ça ne vous dit rien, vous qui avez, bien sûr, lu mon billet sur le spectacle d’Edouard Baer?

Mais oui, Antoine… le nom du théâtre… Au fait, me suis-je dit aussitôt, pourquoi ce nom? Alors je suis allée chercher… Voici ce que dit le site officiel :

 » Le personnage le plus mémorable demeure celui qui donna en finalité son nom au théâtre à savoir André Antoine ; il profita de ce lieu pour instaurer une véritable insurrection artistique : le Théâtre Libre. La vocation de ce mouvement proche des naturalistes demeure la liberté ; le théâtre est conçu comme un fantastique laboratoire où des auteurs délaissés trouvent désormais leur place. De plus, le jeu de l’acteur s’affranchit dorénavant de toute contrainte conventionnelle afin que la mise en scène puisse enfin atteindre son apogée. »

On en revient aux coïncidences et à ce que j’aime à nommer des « échos »… Autrefois à son emplacement se dressait… Le Théâtre des Menus Plaisirs… Voici la chronologie présentée sur le site Les Archives du Spectacle.net

Théâtre des Menus-Plaisirs (Paris) TP [1866-1881]
Comédie Parisienne (Paris) TP [1881-1882]
Théâtre des Menus-Plaisirs (Paris) TP [1882-1888]
Théâtre Libre (Paris) TP [1888-1896]
Théâtre Antoine (Paris) TP [1897…]
Résultat de recherche d'images pour "theatre des menus plaisirs"
Source : Gallica

Quant au « théâtre libre », le nom est repris maintenant par Jean-Marc Dumontet (lié au théâtre Antoine…) pour le Grand Comedia, à quelques numéros de là…

Mais revenons à nos « élucubrations »… Et bien sûr, un détour par l’étymologie… Fiat lux… Eh oui! On ne peut normalement élucubrer que la nuit. Voilà qui me va, puisque ce blog est sorti de l’écran noir de mes nuits blanches, de la page blanche de mes nuits noires… Par contre, si l’on en croit les dictionnaires, c’est un travail de qualité qui aurait dû naître, un écrit ciselé selon les idées du vieux Boileau « cent fois sur le métier… » Et là, ça coince… je n’élucubre pas. Déception. Quoique… Un autre sens du mot a progressivement vu le jour (oui, je sais, c’est mauvais!). » Production déraisonnable, extravagante. Il y avait dans sa bibliothèque un rayon réservé à la cabale, à la magie noire, aux plus bizarres élucubrations (A. Daudet, Trente ans Paris,1888, p. 71).« 

 » Production déraisonnable, extravagante. Il y avait dans sa bibliothèque un rayon réservé à la cabale, à la magie noire, aux plus bizarres élucubrations (A. Daudet, Trente ans Paris,1888, p. 71).« 

On y est ! Déraisonnable… Evidemment ! Extravagante… Plutôt divagante…

Je me suis demandé s’il existait des ouvrages comportant « élucubrations » dans leur titre… Et oui, il en est. En voici quelques exemples, trouvés sur le net.

« 

ELUCUBRATIONS - GHISLAINE CASSIAT

Observez les couvertures… Qui élucubre? Eh oui… uniquement des femmes…

Même sur le net, ce sont des femmes que je rencontre avec plaisir, sur des blogs dénommés Les élucubrations de Fleur, Du bazar sur mes rayons – Les élucubrations d’une amatrice de lettres éclectique, Lectures et élucubrations de Liliba

J’ai cherché désespérément, aucun auteur – sans e – ne semble se livrer à des élucubrations. Sauf ceci, qui semble valider l’hypothèse du manque de self efficacy (auto-efficacité), n’est-ce pas Monsieur Bandura?

Et puis, il y des auteurs (toujours sans e) de théâtre… On y revient…

Et il faut relier texte et musique pour trouver davantage d’ « élucubreurs« …

Source : HAL Archives ouvertes

Vous ne voyez pas le mot? En haut, à gauche, sous « Souvenirs de Pieu »… Observez bien… Il est… au singulier! Car oui, on peut se contenter d’une élucubration, c’est validé par le CNRTL, qui réfère à l’une des auteures qui ont enchanté mon jeune temps.

 » Je prépare une petite élucubration pas trop sotte, émaillée de citations variées, pour montrer qu’on connaît un peu son Molière; … Colette, Claudine à l’école,1900, p. 201. « 

Le Petit Palais, Nuit des Musées

Que j’aimerais avoir le don d’ubiquité! Cela m’aurait permis d’être à la fois au Théâtre Antoine et de profiter de la Nuit des Musées… J’avais envie d’aller au Musée Picasso, ou encore au Musée d’Orsay, mais la plupart finissait leur programme vers 22h30. Le Grand Palais était tentant, avec une performance de Yoann Bourgeois. Mais je pressentais (j’ai pu le constater de visu) que ce serait la cohue… et comme j’ai visité l’exposition La Lune voici peu…

D’où le choix du Petit Palais, qui annonçait un concert tardif. Heureusement, il y a des taxis pour sauter du 10ème au 8ème, afin d’arriver à temps pour le spectacle repéré dans le programme.

 » À l’auditorium, trois pianistes se succèdent au fil de la soirée pour jouer sur un piano d’époque. Des oeuvres de Liszt, Chopin, entre autres, sont proposées pour (re)découvrir ces chefs-d’oeuvre de la musique romantique dans leurs sonorités d’origine »

Hélas, bien qu’arrivée à temps, je ne verrai pas ce concert… Une file incommensurable me fait renoncer au bout d’un quart d’heure d’attente. Car le temps passe, et je voudrais aussi voir ce que propose le Musée.

C’est donc dans la rubrique « Plaisir des yeux », et non « des sons » que figure cet article, à mon grand regret.

Des cris, des rires, des chants heurtent mes oreilles habituées au quasi-silence qui règne habituellement dans ces lieux… Hypothèse : le Boulevard du crime?

 » En prélude à sa grande exposition-événement, Paris romantique, 1815-1848, (ouverture le 22 mai), la galerie sud du Petit Palais change de décor et invite le visiteur à découvrir le Paris du début du XIXe siècle et son énigmatique Boulevard du Crime. C’est en effet à cette époque que le Boulevard du Temple, lieu emblématique de la ville, s’est vu attribué ce surnom mémorable en raison du foisonnement des théâtres dont les pièces jouées, principalement axées sur le thème du drame et du crime, étaient source de fascination. Dans la galerie sud, au détour des performances d’une vingtaine de comédiens, les visiteurs savourent le temps d’une soirée l’esprit et l’ambiance savamment reconstituée du Boulevard du crime. »

Effectivement, c’est bien cela…

« Reconstitution » d’une scène du Boulevard du Crime, lieu de théâtre en tout genre, devenu Boulevard du Temple, pour la plus grande joie de la foule, qui participe aux interactions / artistes.

Comme souvent dans ces Nuits, la foule délaisse les oeuvres d’art, comme cette statue abandonnée…

Ce qui m’étonne toujours dans ce Musée, c’est la concentration d’oeuvres en tout genre et de toute époque… Un assemblage hétéroclite qui, à mon sens, nuit au plaisir que l’on éprouve en « dégustant » telle ou telle époque, tel ou tel art. Ici, on passe de l’époque antique au XIXème en quelques mètres…

Bien sûr, cela me permet d’aller saluer Dionysos, les Ménades, Isis-Aphrodite et les Satyres…

… avant d’aller voir et revoir les tableaux dont je ne me lasse pas…

Mobilier et objets se bousculent dans une galerie que je trouve étouffante, et dans laquelle je ne me sens pas à l’aise, tant il y règne un relent de mort… Mais cela n’empêche pas la pause devant des éléments que j’apprécie, comme ce paravent et ce peigne, à la fois pour leur esthétique et pour les questions qu’ils suscitent en moi, qui aime essayer d’imaginer à quelles vies ils ont participé et comment…

Qu’a dissimulé naguère ce paravent ?
Et quelle chevelure a paré ce magnifique peigne?

La visite s’est terminée par les jardins. Hélas le café restaurant n’a pas daigné rester ouvert pour l’occasion, mais ce fut quand même un plaisir de me promener dans les jardins, parfois bousculée par des comédiens qui couraient…

Elucubrations sur des élucubrations…

Une scène, un acteur, un public… Rien que de très normal…
Un homme pénètre par l’arrière, se fraie un chemin entre les strapontins (le théâtre Antoine est plein ce soir-là), et s’adresse à l’acteur, depuis le premier rang…

Un décor double… superbe théâtre à l’italienne et scène de bar

Je ne vous dévoile pas l’intrigue de départ, pour vous laisser la découvrir si vous décidez de me suivre, et d’aller voir la pièce. Un morceau de bravoure d’un acteur, tel qu’on pourrait l’attendre d’un homme en fin de carrière. Mais Edouard Baer est encore dans la force de l’âge. Qu’a-t-il voulu prouver? dire? transmettre? Tout au long du spectacle, il entraîne les spectateurs et spectatrices dans un tourbillon d’émotions, sur une gamme tellement large que l’on s’y perd parfois. On peut aimer cela, mais lorsque Jean Moulin est convoqué entre deux rires, cela peut paraître abrupt, pour quelqu’un-e de ma sensibilité.

En incorrigible cartésienne, j’ai essayé de démêler les écheveaux et, ai tiré sur deux fils rouges, ou plutôt un rouge et un noir, fortement intriqués.

  • Une dissertation sur les interactions auteur-e / acteur ou actrice / personnage / spectateur ou spectatrice. Tout le début, en particulier, conduit à mener une réflexion à ce sujet, et le public est fortement pris à parti, ce qui n’est pas pour lui déplaire.
  • Une réflexion sur la mort, j’ai même envie de dire sur les morts, ou les types de mort, avec une mise en perspective historique, au travers de personnages liés aux arts ou à l’Histoire avec un grand H, le lien étant fait par l’évocation d’André Malraux.

La littérature et le cinéma dialoguent avec le théâtre, autour de la thématique du « héros ». Je laisse ici le masculin, car le texte fait peu allusion aux femmes. Je ne l’ai pas remarqué sur le moment, mais en écrivant ces lignes, je réalise qu’on parle de « héros », mais jamais des « héroïnes ». Est-ce volontaire???

Je me suis régalé à certaines « lectures ». Moins à d’autres. Mais chacun-e ses goûts… Et comme en outre une voisine passait son temps à commenter l’intérêt de tel ou tel écrivain (en particulier Gary), ce n’était pas toujours facile de suivre ces « élucubrations » qui n’en sont pas tant que cela… Mais il est vrai que j’ai retrouvé une partie de « mon » univers de jeunesse, avec Albert Camus (La Chute), Charles Bukowski, Romain Gary, Boris Vian, dont il déclame en entier le magnifique texte « Je voudrais pas crever » (en voici, si vous ne le connaissez pas, une toute autre interprétation, celle de Trintignant)

J’ai beaucoup ri, j’ai été très émue, j’ai été « transportée »…
Et, en ancienne pseudo-pédagogue, je me suis dit que, si l’on voulait faire comprendre à des élèves ce qu’est un acteur, et les aider à ne plus confondre interprète et personnage, c’est cette pièce qu’il faudrait leur montrer, tant l’on voit comment l’acteur se saisit de son personnage, entre dans le rôle, en ressort, en un dialogue parfois avec lui-même. De ce côté, une performance époustouflante par moments…

Bref, je vous laisse lire les nombreuses critiques rédigées par des auteur-e-s plus compétent-e-s que moi… mais me permettrai au préalable de vous donner, pour une fois, un conseil : allez voir ce spectacle, dont, je suis certaine, vous tirerez beaucoup de plaisir(s).

Et vous pourrez m’aider à trouver une réponse à la question que je me suis posée en écrivant ces lignes : quel est l’auteur (eh oui, encore un homme! cité par Edouard Baer, dont les écrits traduisent, selon lui, une réflexion presque en boucle, dans un enfermement que traduit à merveille le style des extraits « lus » (je suis persuadée qu’il les récite… sans vouloir le montrer… suprême ruse d’acteur!) sur scène? Si vous trouvez, merci de partager cela avec moi, je suis impatiente de le lire…

« Sempiternel »

Au cours de la pièce que j’ai vue ce soir au théâtre Antoine, Edouard Baer a prononcé un mot qui a résonné en moi… « Sempiternel »…

Aussitôt a surgi de ma mémoire un des poèmes de Verlaine qui a marqué mes jeunes années…

Ayant poussé la porte étroite qui chancelle,
Je me suis promené dans le petit jardin
Qu’éclairait doucement le soleil du matin,
Pailletant chaque fleur d’une humide étincelle. Rien n’a changé.

J’ai tout revu : l’humble tonnelle
De vigne folle avec les chaises de rotin…
Le jet d’eau fait toujours son murmure argentin
Et le vieux tremble sa plainte sempiternelle.

Les roses comme avant palpitent, comme avant
Les grands lis orgueilleux se balancent au vent.
Chaque alouette qui va et vient m’est connue.

Même, j’ai retrouvé debout la Velléda
Dont le plâtre s’écaille au bout de l’avenue,
– Grêle, parmi l’odeur fade du réséda.

J’ignore pourquoi, parmi toutes les oeuvres de l’un de mes poètes préférés, celle-ci m’a autant marquée… Par sa forme, certes si novatrice? Par la référence à la druidesse évoquée par Chateaubriand? Par la place qu’y tiennent des détails si fins de la présence de la Nature? Et par ce terme si musical, « sempiternelle »…

Par malheur, ce bel adjectif est employé le plus souvent dans notre langue actuelle pour désigner certes quelque chose qui dure, mais plutôt dans un sens négatif… Quel dommage! Ce billet est pour moi l’occasion de lui rendre sa place et sa signification… En faisant écho au Poème Saturnien, il rend hommage à la permanence d’une Nature pourtant apparemment si dynamique et si vivante et à l’immortalité des Amours même apparemment mortes ou disparues…

Découverte de 3 restaurants parisiens

Comme je suis à la fois gourmande et paresseuse, mais aussi parce que j’aime partager un moment de convivialité autour d’un bon repas, je vais souvent au restaurant. Je me propose donc de faire découvrir des restaurants que je fréquente, parfois en occasion unique, parfois de manière régulière. Pour des critiques plus poussées, je vous renvoie aux guides ad hoc ou aux sites qui désormais pullulent sur le net, plus ou moins bien contrôlés… Il s’agit ici simplement d’exprimer quelques « impressions », au sens pictural du terme.

Voici des restaurants découverts ou re-découverts tout récemment. Coïncidence, deux d’entre vous/nous emmènent « Chez… »

Chez Eusebio

Un de mes amis connaissait jadis un restaurant tenu par un homme fort sympathique, selon ses dires, « Eusebio », rue Saint Jacques. Celui-ci a par la suite quitté le 5ème pour le 7ème, et c’est là que nous nous sommes rendus, au sortir du Musée du Quai Branly, Chez Eusebio.

On se croirait en Espagne… pensais-je, lorsque j’ai été détrompée par le patron « Ici, vous êtes en Galice »… Tout fleure bon l’Ibérie, quoi qu’il en soit.

A commencer par la sangria offerte en guise de bienvenue, au comptoir, par le patron en personne, Monsieur qui m’a confié avoir une septantaine bien dépassée… En continuant par le « jamon » et le « queso » pris en entrée, puis par la paella au riz moelleux et parfumé, bien garnie de gambas, langoustines, coques, poulet, etc. Sans compter, bien sûr, un Rioja crianza…

L’addition a été assez « lourde » (45 environ par personne), mais la qualité est réelle. Si vous souhaitez rêver d’Espagne et vous régaler, il faut faire vite, car le restaurant actuel ne va pas tarder à disparaître. En effet, le patron et son épouse, toute aussi âgée et qui officie en cuisine, ne souhaitent plus qu’une chose : regagner leur Galicie…

Chez Bruno

Je me rends rarement à Bercy, mais ce jour-là, c’est à Bercy Village qu’avait été convenu le lieu de déjeuner, dans un restaurant repéré sur le net et choisi pour ses menus et sa terrasse, chez Bruno.

Arrivée tôt, j’ai « foncé » vers une table en terrasse, où le soleil m’a réchauffée tout au long du repas. En apéritif, choix d’un Mojito Royal pour changer des Mojitos plébéiens que je bois si souvent… Je n’ai pas été totalement convaincue, soit dit en passant, de l’intérêt de la présence du Champagne, sauf celui de préserver des erreurs commises par certains bars dans le choix du « soda »…

Entrée et dessert ont été partagés : en entrée, un foie gras de bonne texture, accompagné d’un délicieux confit d’oignons. Par contre, la baguette ordinaire « faisait tache »! En dessert, un tiramisu, peu conforme aux recettes italiennes que j’aime : plus de crème que du reste… Plat principal pour moi : filet de bar avec écrasé de pommes de terre. Pas extraordinaire, mais la sauce était assez fine pour relever l’ensemble. Il n’y avait pas le vin souhaité, pourtant annoncé sur la carte, et c’est un Côte du Rhône bio, « Les trois garçons », qui a été choisi finalement… Impossible le midi, quand on travaille, de cumuler blanc et rouge, n’est-ce pas? surtout après un Mojito!

Addition à mon sens trop « salée » par rapport à la qualité : presque 60 euros par personne, alors que deux plats avaient été partagés et qu’il n’y avait pas de digestif… Bref, si vous aimez le soleil, l’ambiance un peu surfaite des lieux, et un assez bon repas, servi par deux personnes charmantes : un Colombien, et un jeune, apparemment chef de rang, à qui j’ai posé une colle qui doit encore le poursuivre : « C’est quoi, un « garçon »? ».

La Coupole

Est-il nécessaire de présenter ce lieu historique, La Coupole, que je n’avais plus fréquenté depuis… bien longtemps, dirai-je prudemment. Plus de 70 ans d’existence, mais il s’est refait une jeunesse récemment, tout en gardant l’ambiance d’autrefois… et le curry d’agneau à l’indienne dont on dit qu’il est servi depuis 1927!

Après Bobino, un endroit idéal pour une pause sereine et une dégustation de mets fins… En l’occurrence, une « fraîcheur de crabe au citron vert » en entrée, d’une rare finesse, le crabe n’étant pas étouffé par un excès de citron. Puis un filet de bar rôti avec « Emulsion coquillages, risotto tétragone, crumble au parmesan », selon le menu. Le tout servi avec un Sancerre… Et enfin, un dessert absolument inoubliable, un parfait glacé au café d’un moëlleux et d’un goût superbes…

Ayant été invitée par l’ami avec qui j’étais allée à Bobino, je ne puis vous dire quel est le montant de l’addition. En parfait gentleman, il s’est arrangé pour que je n’en aie aucune connaissance.
Un moment magique, dans un endroit si chargé d’histoire, et une nourriture si fine que je ne suis pas prête d’oublier ce « souper », si l’on veut ajuster le terme à l’heure où a été pris le repas…

(Dé-) structuration

J’avais annoncé le vernissage ce 17 mai d’une exposition à la Galerie Azote… Un petit mot ce jour pour en parler un peu, par voie de conséquence.
Le jeune artiste Jérôme Bonvalot relie les oeuvres présentées, entre autres, à trois notions : art appliqué, déstructuration, chaos.

Effectivement deux des murs de cette adorable petite galerie – dont la façade est hélas actuellement occultée par des échafaudages – présentent des oeuvres au fusain qui évoquent des images déconstruites, en particulier paysages urbains rendus au Chaos.

Image copiée sur la page Facebook de la Galerie Azote

Mais j’ai aussi beaucoup apprécié l’autre partie de l’exposition, que j’aurais tendance à dénommer « persiennes », avec une interprétation toute personnelle, quoique partagée par d’autres… Evocation, suggestion de chambres obscures, un peu mystérieuses… Graphismes légers ou volumes plus visibles sur ces « persiennes » blanches, toutes d’un séduisant guingois…

Affiche copiée sur la page Facebook de la Galerie Azote

Un accueil sympathique de l’artiste, qui a consacré un certain temps, pour ne pas dire un temps certain, à la néophyte que je suis. Dommage, ainsi que je lui faisais remarquer, qu’il ne soit pas plus « visible » sur le net, même si, comme il l’explique, il aime beaucoup travailler sur et dans l’éphémère…

Tutu

Oserai-je l’avouer ? Je n’étais jamais allée à Bobino, salle mythique du temps de ma jeunesse, grande concurrente « rive gauche » de l’Olympia « rive droite », comme me le rappelait la personne qui m’y accompagnait hier. C’est chose faite, j’ai pénétré dans ces lieux qui m’ont tant fait fantasmer. Et pour y voir un spectacle inattendu, un vrai régal, Tutu, interprété par les Chicos Mambos.

Spectacle d’une grande originalité, car alliant une grande variété de danses et de l’humour. De l’humour tel qu’il a réussi à me faire pleurer de rire!

J’ai particulièrement apprécié les parodies de danse classique… Le Lac des Cygnes, entre autres, revu et corrigé… Mais aussi de danses de salon, comme le tango, interprété en haut trois pièces et slip…

Un régal aussi que ce jeu permanent sur le genre, sur les attributs de la féminité vs masculinité, sur l’identité de genre des danseurs…

Enfin, une technicité remarquable qui permet de passer des figures les plus compliquées, réussies avec brio, aux « échecs » simulés, aux chutes, aux « ratages ».

Bref, un spectacle tel qu’on aimerait en voir plus souvent, parce qu’il rend heureux/euse tout en suscitant la réflexion…

La Dame en Noir

PS : Je n’illustre que très peu cet article, alors qu’il y aurait tant d’images à en montrer, parce que je n’ai pas voulu jouer les « reporters photo » pendant un spectacle au rythme si entraînant et à la qualité remarquable. Vous en trouverez en ligne, par exemple ici.