Travaillant toute la journée hier, j’avais oublié que c’était jour de fête… Et, à Paris, on ne connaît pas le Carnaval.
Pas comme dans ma région de naissance ou ses environs. Les Gilles de Binche ont dansé sans moi (non, même pas… le Carnaval a été une nouvelle fois annulé…).
Pas comme dans ma région d’adoption. Les carnavals des quartiers de Nice (je ne parle pas de la prétendue « fête » commerciale!) ne m’auront pas vue comme spectatrice. Bref, hier, c’était Mardi Gras. Personne à qui faire les crêpes, comme le veut la chanson. Je ne les ai pas fait sauter, une pièce dans l’autre main (ah non, pardon, ça, c’est à la Chandeleur!)…
Alors je me suis consolée en allant me régaler chez un expert de la krampouz, non loin de mon home parisien, à la Contrescarpe.
Au numéro 1 de la rue de l’Arbalète, on est accueilli-e par Louis-Marie, grand jeune homme très souriant, ravi de servir à ses client-e-s, dont une bonne part de « fidèles » des crêpes originales, toujours différentes. Ce n’est plus lui à la billig, car il a recruté dernièrement un cuisinier. Mais c’est toujours lui aux manettes de la cuisine!
N’y allez pas si vous voulez « faire » votre composition, ou retrouver les garnitures habituelles sur les galettes. Seule quelques crêpes satisfont à l’ordinaire, et, même dans ce cas, elles ne sont pas ordinaires. La crêpe « caramel beurre salé » – expression qui fait tordre de rire les Bretonnes, car tous les beurres étaient salés autrefois dans leur pays, c’est donc pour elles un pléonasme – était un vrai délice!
Par contre, si vous voulez tester les autres galettes et crêpes, allez-y sans modération… et que dire des boissons? On y trouve des cocktails au cidre, du poiré au gingembre, et une carte de cidres à faire pâlir d’envie toute la profession. J’ai goûté un cru bio extrêmement sec, d’une rare originalité. Mais suis revenue à un plus fruité, finalement. Eh oui, on peut « goûter » les cidres…
On peut aussi lire, car un petit coin bibliothèque borde l’entrée. Je ne vous ferai pas d’analyse de son contenu, pas eu le temps de regarder…
L’ambiance est détendue, chaleureuse, pas trop bruyante. Et les murs gardent trace de la satisfaction des personnes qui s’y sont régalées.
Ce soir-là, j’ai rendez-vous à la « Cité du Couvent ». « Cité du Couvent »? Voilà qui me surprend. Un lieu dont je n’ai jamais entendu parler. J’ai eu bien du mal à trouver des informations… un vrai jeu de piste. D’abord trouvé « Dames de Saint Benoît ». Donc cherché « Bénédictines ». Il y a eu plusieurs couvents de Bénédictines à Paris jadis. Mais l’usage de « Dames » me faisait penser davantage à la Charité, à un Hospice. Je finis par trouver un Couvent des Bénédictines du Bon Secours… ça correspond. Mais pas à l’adresse attendue. Enfin, pas loin… je vérifie. Eh oui, c’est bien cela ! Donc recherche plus ciblée…
Je découvre un « prieuré », et non un « couvent ». Nouvelle recherche. Quelle différence ?
« Au sens strict, un couvent est un établissement où vit une communauté religieuse, mais qui n’est ni une abbaye ni un monastère. Les couvents ne sont pas des abbayes parce qu’ils ne sont pas gouvernés par des abbés. Ce ne sont pas non plus des monastères, car non composés demoines ou de moniales. Qui habite alors dans les couvents ?
Vous ne rencontrerez pas de moines ou de nonnes dans les couvents, mais des frères ou des sœurs (au sens religieux bien sûr). À la manière des chanoines, ils restent au contact de la population. Ils enseignent, ils soignent, ils confessent, ils prêchent. Cela dépend de la vocation de leur ordre. »
Il me restait à comprendre ce qu’est un « prieur ».
« [Dans l’ordre de St Benoît] Supérieur(e) d’un couvent d’hommes ou de femmes détaché(e) d’une abbaye; moine ou moniale venant immédiatement après l’abbé ou l’abbesse. » (CNTRL)
Résumons-nous. Une communauté. Œuvrant, ouverte sur la Cité, organisée. Et une hiérarchie : l’abbé, puis le/la grand-e prieur-e, puis le/la prieur-e claustral-e, puis le/la sous-prieur-e.
La fondation du Prieuré
Situons-nous en 1648. Année bien mouvementée ! Louis XIV règne déjà, mais il n’a que 10 ans et c’est Anne d’Autriche, sa mère, qui gouverne, avec Mazarin. Tous deux s’opposent au Parlement, qui crée le Lit de Justice. Condé, Turenne et tant d’autres continuent à guerroyer. La Sorbonne condamne la pratique initiatique du Compagnonnage. En été, la situation s’envenime. Le peuple s’agite, et, le 27 août a lieu la Journée des barricades. A ce moment commence la Fronde parlementaire. En septembre, la famille royale quitte Paris, soi-disant pour laisser faire le grand nettoyage du Palais Royal. Elle n’y revient que le 31 octobre, une semaine après la capitulation de Mazarin devant la Fronde. Cette année voit la montée en puissance de Bossuet, qui lance ses sermons, de Colbert, qui devient conseiller du roi en décembre, et de La Rochefoucauld, qui rejoint les frondeurs.
Beaucoup de difficultés pour relier l’histoire à ce qui en est dit sur le net. Et pour cause : partout, le nom de « Viguier », qualifié de « conseiller du roi ». Or il s’agissait de « Vignier ». Jacques de Vignier, pour être plus précise. Baron de Ricey et conseiller des Finances du roi. Et Chevalier de l’Ordre de Saint-Esprit, selon la liste publiée en 1710 dans « Recherches historiques de l’Ordre de Saint-Esprit », tome 2. Il avait épousé Claude de Bouchavanne. L’année qui nous intéresse, celle-ci a 48 ans, et il lui restera encore de nombreuses années à vivre, car son testament (conservé à la BNF) date de 1671, année de sa mort. Elle est alors veuve, Depuis peu, car j’ai trouvé dans les archives notariales une quittance datant de 1645 où il est encore présent. Elle a acheté une propriété dans ce qui est maintenant la rue de Charonne, et va fonder avec sa sœur le Couvent Notre Dame de Bon Secours (source).. Madeleine-Emmanuelle de Bouchavanne était alors au Monastère de Soissons. Elle revint à Paris, avec deux de ses consoeurs, et devint prieure de Notre-Dame de Bon-Secours (source).
Embellissements et agrandissements du Prieuré
Le bâtiment a subi des transformations au fil du temps. Jusqu’à présent, on ne trouve que des femmes dans son histoire, si l’on excepte le fantôme de Jacques de Vignier. Avec les travaux, on les voit arriver. Et pas n’importe lesquels…
Victor Louis
Victor Louis… L’architecte du Grand Théâtre de Bordeaux, l’inventeur de ce que l’on a nommé le « Clou de Louis », et le concepteur de la galerie du Palais-Royal (entre autres édifices).
« Sa (= celle du Théâtre de Bordeaux, NDLR) façade principale est marquée par un imposant portique composé de 12 colonnes corinthiennes avec un entablement surmonté d’une balustrade en pierre décorée par douze statues. Ces dernières, œuvres de Pierre-François Berruer et de son assistant Van den Drix, représentent trois déesses et les neuf muses. Ce portique, dont la galerie est couverte par une voûte plate à caissons en pierre, pose tout de même des questions structurelles, car une telle masse ne pouvait tenir sans la construction de contreforts aux angles pour contenir les poussées vers l’extérieur. La solution trouvée par Victor Louis, fut l’emploi d’une armature en fer (sorte de tirants métalliques) dans les deux caissons d’angle, non visible et reliant les colonnes et l’architrave au mur de la façade. Ce principe qui est le même que celui du béton armé, a été surnommé le « clou de Louis ». Il faut dire que cet architecte était un adepte des innovations et de l’usage du fer en architecture, notamment pour la charpente et les structures intérieures du théâtre du Palais-Royal à Paris, qu’il construira quelques années plus tard. » (source).
Or les travaux entrepris au Couvent le furent en 1770 et 1780… ils sont donc contemporains de la construction du Théâtre de Bordeaux (inauguré le 7 avril 1780).
« Il sera initié à la franc-maçonnerie de Bordeaux et sera un membre éminent de la loge maçonnique la Française Élue à l’Orient d’Aquitaine. Il répond par la suite à de nombreuses commandes de châteaux dans le Bordelais. Philippe d’Orléans,Grand Maître de la franc-maçonnerie, rencontré à Bordeaux en 1776 alors que ce dernier vient poser la première pierre du Grand Théâtre, lui demande de réaliser les premiers aménagements de la galerie du Palais Royal. Entre 1764 et 1772 et même 1779, Victor Louis est en contact avec la commande polonaise (le roi Stanislas Auguste Poniatovski) et certaines de ses oeuvres sont réalisées àVarsovie. »
Une filature de coton
Bien sûr, le Couvent ne fut pas épargné par la Révolution, et il ferme en 1790. La propriété a une superficie de plus de 13 hectares… Voilà qui ferait rêver nos promoteurs actuels ! Devenue bien national, elle est divisée en deux lots.
La destinée des bâtiments est intéressante.
En 1802, ils deviennent… une filature de coton. Deuxième « homme » de l’histoire. En réalité, ils sont deux : Richard et Lenoir. Mais accompagnés d’une armée de femmes…
François Richard, devenu, après la mort prématuré de son associé, François Richard-Lenoir
François Richard, né en 1765, fils de fermiers pauvres du Calvados, avait gagné Paris pour y apprendre le commerce. Il commence à réussir lorsqu’il est emprisonné. Un incendie le rend à la liberté. Sans argent, il constitue progressivement une fortune, entre autres par le commerce de basins anglais. En 1797, c’est la rencontre décisive dans sa vie, celle d’un jeune négociant d’Alençon, Joseph Lenoir-Dufresne. Ils vont s’associer.
« Une des branches les plus lucratives de leur négoce consistant en basins anglais, qui fait alors fureur, Richard recherche avec ardeur le secret de la fabrication de ces tissus. Le hasard le lui ayant révélé, il se procure aussitôt cent livres de coton ; un prisonnier anglais du nom de Browne lui monte quelques métiers dans une guinguette de la rue de Bellefonds. Les premières pièces fabriquées sont des basins anglais ; Lenoir trouve ensuite le moyen d’en obtenir le gauffrage.
Richard loue au gouvernement l’hôtel Thorigny, dans le Marais. Mais la demande se fait de plus en plus grande : il lui faut donc chercher un emplacement plus vaste. Richard demande alors l’autorisation d’occuper le couvent de Bon-Secours, rue de Charonne. L’autorisation se faisant attendre, il vient un matin à la tête de ses ouvrières s’emparer du couvent abandonné, où il installe, avec son associé, la mule-jenny, métier à filer d’invention anglaise ». (source)
On imagine cette troupe d’ouvrières venant squatter avec leur patron l’ancien couvent ! C’est ainsi qu’il devint l’une des 6 filatures de coton possédées par les deux compères, dont l’un disparut prématurément. Et Richard prit son nom, devenant « Richard-Lenoir ».
« François Richard, à la mort, prématurée, de son associé Joseph Lenoir-Dufresne, décida d’en perpétuer le souvenir en accolant son nom au sien pour s’appeler désormais François Richard-Lenoir. Il mourut ruiné par la Restauration qui avait supprimé les droits de douane sur les produits anglais. C’est peut-être pourquoi, à l’inauguration d’un boulevard, en décembre 1862, alors qu’on lui proposait pourtant de rendre hommage à sa mère, la reine Hortense, Napoléon III avait insisté pour que lui fût attribué le nom « d’un ancien ouvrier » qu’avait apprécié son oncle. » (source)
Impossible de trouver des traces de cette filature, alors que les plans d’autres sont visibles sur le net. Dommage !
L’Ecole des Arts Industriels et du Commerce
Après la ruine du manufacturier, la filature devint une Ecole. Voici ce qu’on peut lire à ce sujet, dans le Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments, paru en 1844.
« Dans les bâtiments jadis occupés par la belle filature dont nous venons de parler, existe depuis quelques années une institution dont la nature et l’importance ne sont pas sans quelque analogie avec ce qui précédait : nous voulons parler de l’École des arts industriels et du commerce, fondée en 1832 par M. Pinel-Grandchamp et dirigée par lui avec un zèle et une habileté qui ont imprimé à cette création un caractère remarquable d’utilité publique. Grâce à l’enseignement de toutes les sciences qui se rattachent à la haute industrie, comme aussi par la force des études, par la distinction des professeurs et la composition du conseil de perfectionnement où figurent les sommités de la science, cette institution a pris rang parmi les établissements qui répondent le mieux aux besoins de l’époque actuelle. — La galerie magnifique où fut donnée la fête impériale a été conservée presque dans son état primitif ; elle forme aujourd’hui une espèce d’académie de dessin. Ce respect, cette religion des souvenirs, honorent le fondateur de cet établissement. Il a senti qu’il existait entre la pratique des arts industriels et leur enseignement des rapports si intimes que la gloire de la première se reflète sur l’autre ; et puis c’est une heureuse manière de stimuler le zèle des élèves que d’honorer la mémoire des hommes qui ont, comme Richard-Lenoir, si noblement concouru aux progrès de notre industrie nationale. » (source)
Mésaventures, destructions et sauvegarde
Et l’histoire continue. Hospice, puis propriété de Madame Ledru-Rollin – née Harriet Sharpe – l’ensemble est vendu à la ville de Paris, qui loue à une église protestante. L’aventure devient mésaventures, avec la démolition de la chapelle en 1937 et du porche de Victor Louis en 1971. Bref, il ne reste presque plus rien d’origine, ou même d’historique. Mais on peut espérer que le peu qui perdure sera sauvegardé grâce à son inscription aux Monuments Historiques.
« Les façades et toitures sur rues et sur cour du bâtiment de l’aile ouest, 101 rue de Charonne, et celles du bâtiment C, 99 rue de Charonne, en bordure de l’impasse du Bon-Secours ; les deux parquets en marqueterie au premier étage du bâtiment C : inscription par arrêté du 17 septembre 1973 »
Des lieux chargés d’histoire mais bien vivants
La Grande Loge Féminine de France est abritée dans ces bâtiments chargés d’histoire. Lors de la Journée du Patrimoine 2021, une partie en a été ouverte au public, qui a pu découvrir les locaux de la GLFF. Ils l’avaient déjà été en 2017, car une blogueuse a publié à leur sujet…
Les lieux abritent aussi d’autres associations, comme celle qui est destinée à « promouvoir le travail artistique du peintre et musicien Jean-Rémy Papleux« .
Mais il y a aussi des habitant-e-s qui ont la chance de vivre dans ce havre de paix…
Voici deux jours, j’évoquais l’injustice vécue par un ami peintre, qui s’était vu accepter une toile au Salon de Versailles, puis refuser celle-ci, au tout dernier moment, sous prétexte qu’elle était « trop grande », alors que d’autres avaient des dimensions bien plus importantes… Comme je lui demandais l’autorisation de publier cette anecdote sur ce blog (ce que je fais toujours avec mes sources), il a complété l’histoire. Je vous la livre donc aujourd’hui.
Un galeriste installé près de Bastille avait organisé une exposition Brassens et réuni les oeuvres de 30 peintres pour ce faire, parmi lesquels l’ami dont il est question. Un jour, le galeriste l’appelle, lui demandant de venir car une personne souhaitait acheter le tableau représentant Brassens et « Le Chat« . Il refuse, car ne veut pas se démunir du tableau. Mais se rend à la galerie. Où l’attend l’acheteur potentiel et une dame. Le premier s’appelle Thomas Sertillanges. La seconde, Kathia David.
J’ignore si ces noms vous disent quelque chose, car les gloires radiophoniques sont souvent éphémères et s’envolent avec les générations.
Pour ce qui concerne le premier, je vous livre une biographie publiée sur Babelio.
« Thomas Sertillanges est passé par le théâtre, la radio officielle à France-Inter, la radio libre avec la création de « Génération 2000″, la première radio pirate commerciale en 1978, le monde de l’entreprise où il a fondé et dirigé une société de conseil en communication événementielle.
Il a ensuite été consultant pour de grands groupes tout en s’adonnant à deux passions, Tintin et Edmond Rostand.
Administrateur des Amis de Hergé pendant quelques années, il a écrit « La Vie quotidienne à Moulinsart », de nombreux articles et donné fréquemment des conférences. Il est à l’origine, avec le député Dominique Bussereau du débat à l’Assemblée nationale, « Tintin est-il de droite ou de gauche ».
À propos d’Edmond Rostand, il réunit la collection la plus complète sur Cyrano de Bergerac, organise des expositions, participe à des conférences, crée le site cyranodebergerac.fr. En 2018, il crée le Festival Edmond Rostand et publie en 2020 la première biographie illustrée du poète.«
Un sacré personnage ! Que vous pourrez découvrir sur son site…
Quant à Kathia David, elle est surtout connue pour avoir longtemps animé « L’Oreille en coin« .
» L’émission mythique et multifacettes, occupe les auditeurs tous les week-ends de 1968 à 1990. Elle s’étale sur trois demies-journées. Le dimanche matin était consacré aux chansonniers et les samedis et dimanches après-midi étaient plutôt expérimental avec, entre autres, de longs reportages, des canulars élaborés, des jeux d’identité, récits d’aventuriers.«
Kathia David a fait du théâtre et du journalisme, avant de devenir consultante et formatrice. Mais à l’époque, elle est essentiellement sur France Inter dans une émission à laquelle Thomas Sertillanges n’est pas étranger.
La voici sur une photo empruntée au site de Thomas Sertillanges.
Bref, voici notre peintre face à ces deux personnes, dont l’une veut absolument le dessin original. Il refuse, ne voulant pas s’en défaire, et, ce faisant, suscite la colère du galeriste qui l’accuse de ne pas l’aider à gagner sa vie… Lequel l’emportera quelques temps plus tard, et le dessin sera vendu à Sertillanges. Entretemps, des lithos et des gravures avaient été produits à partir de ce dessin.
Pour la petite histoire, le même galeriste fera plus tard une exposition consacrée à Brel. Le même peintre y exposera un tableau. Le même collectionneur en achètera le dessin original…
Bref, le dessin se trouve maintenant chez Sertillanges. Celui-ci reçoit un jour un certain Monsieur Bourgeois, qui vient de faire graver un disque « Une petite fille chante Brassens » (dont je vous ai déjà parlé).
Chez son hôte, il voit le dessin… et aussitôt le veut pour la pochette du disque. Sertillanges organise une rencontre entre Monsieur Bourgeois et le peintre… et l’affaire est conclue. Pour la petite histoire, le disque a eu une certaine renommée, car il a remporté le Prix Charles Cros en 1985….
Et voilà comment un dessin se retrouve en pochette de disque…
Un corbeau sur scène, voilà qui n’est guère courant, si l’on excepte les représentations de fin d’année dans les écoles maternelles, où les enfants représentent parfois les Fables de La Fontaine… Or c’est ce qu’il m’a été donné de voir, hier soir, lors d’un spectacle aux Bouffes du Nord.
Un ami m’avait recommandé d’aller voir ce qu’il considérait comme le plus original et « décoiffant » de tous ceux auxquels il avait eu l’occasion d’assister dans sa vie…
Pas de lever de rideau. Dès son arrivée, la spectatrice découvre une scène totalement blanche, constituée de trois panneaux de toile vierge et d’un sol tout aussi immaculé. Comme j’ai raté la photo dans ma précipitation avant le début du spectacle, je ne puis vous la montrer vierge. Par contre, voici la même scène une heure et quart plus tard…
Sur le côté droit, vous apercevez, au bout, en bas, une fente horizontale… C’est par là qu’est entré en scène le premier acteur. Nous vîmes apparaître d’abord un pied chaussé, puis un second, puis des jambes… et enfin l’entièreté du corps d’un grand escogriffe, tenant en main un support de micro. Il se relève, costume noir taché de blanc, et joue un moment en tirant sur le fil du micro, qui finit par entourer le devant de la scène. Le tout accompagné d’un monologue sur le « vide ». Il sort un papier de sa poche, censé être le contenu de son discours.
Surgit alors un corbeau, qui s’en empare et le déchiquète consciencieusement… puis va et vient de bord en bord sur la scène, côté cour, côté jardin et ainsi de suite.
Le monologue reprend, quand un pied nu traverse le même côté droit. Cette fois, dans la fente verticale que vous voyez vers le devant. Il est suivi d’un second pied, de jambes nues, et d’un corps de femme, aux cheveux abondants cachant le visage.
Le ton est donné. Je ne vais pas vous narrer la suite, car cela nuirait à une découverte que je vous conseille de faire. Même s’il y a parfois quelques longueurs – mais sans doute voulues, pour faire prendre conscience du temps qui passe -, les surprises se succèdent dans ce spectacle que je ne puis qualifier, entre danse, acrobatie, peinture, chant, pantomime et théâtre…
Et les applaudissements nourris des personnes présentes étaient bien mérités de ces deux (pardon, corbeau, trois) artistes qui ont montré des facettes très variées de leur talent dans un rythme souvent lent, mais parfois endiablé.
De l’émotion, de l’esthétique, du rire, tout y est pour passer un bon moment malgré l’inconfort des sièges de ce vieux théâtre.
Si vous voulez en savoir davantage, un beau film de présentation ici, un second là, et un entretien avec Baro d’Evel ici.
Dans les trois précédents articles de cette série, vous avez visité les trois quarts environ du Salon… enfin, je ne suis pas sûre de la proportion, qui est peut-être moindre. Si vous vous reportez à la photo d’ensemble du premier, il reste le petit coin, au bout, à droite, c’est-à-dire, en entrant, tout au fond à gauche. Là se cachent – ou sont cachés? – d’une part les « invités » étrangers, et d’autre part l’un des quatre Salons, qui eut autrefois son heure de gloire, le Salon des Indépendants.
Pour ce qui concerne les pays étrangers invités, ils ont droit chacun à un tout petit espace. A titre d’exemple, voici celui du Salvador.
C’est ce que l’on pourrait désigner par « recoin », n’est-ce pas? Bon, d’accord, ils et elles ne sont pas « des Artistes Français »…. Par contre, les autres « remisés » dans cette partie quasi déserte le sont bien, eux.
Le premier article écrit pour relater ma visite ce samedi 12 février 2022 au Grand Palais Ephémère était intitulé « Salons » au pluriel. En effet, il y a 4 salons dans cette exposition. Et il faut dire que les deux premiers, consacré à ladite Société et le second, aux « Comparaisons », étaient ce jour-là beaucoup plus fréquentés que les deux autres. Le troisième, « Dessin et peinture à l’eau », accueillait encore quelques visiteurs/euses. Mais le dernier, « Salon des Indépendants », était quasi vide. Il faut dire qu’il était situé à gauche de l’entrée, alors que tout poussait les personnes entrantes à aller vers la droite : foule, musique, déambulation de mannequins superbes et étonnants.
Pourquoi cet ostracisme? J’ai découvert une hypothèse explicative en regardant une vidéo proposée dans un petit espace de moins de 20 m2, meublé d’une grande télévision et d’un petit banc pouvant accueillir au maximum 4 personnes (pas trop larges !). Inutile de vous dire que j’ai eu le plaisir de visionner avec seulement entre 1 et 3 autres spectateurs/trices cette vidéo, qui expliquait ce qu’était le Salon des Indépendants.
« Ni jury, ni récompense ».
Voilà qui caractérise ce salon. Certes, à l’heure actuelle, cela peut vous sembler dérisoire. Mais il n’en était pas de même lorsque fut créée en 1884 la Société des Artistes Indépendants. Pourquoi? Je parlais précédemment d’ostracisme. C’est de cela dont il s’agit. Pour exposer au Salon (le vrai, l’unique, à cette époque), il fallait y être accepté. Notez que cent ans plus tard, c’était toujours le cas dans d’autres salons, tels que celui de Versailles. L’un de mes amis, actuellement peintre renommé et côté, m’a raconté à ce propos une anecdote, cette semaine. Il avait été accepté au Salon, et en était ravi, pour l’une de ses toiles, représentant Brassens – qui venait de décéder, peu de temps avant, ce qui justifiait l’abandon provisoire de ses thématiques courantes – ambiances du quotidien, vie du et au Pays Basque. Peu de temps avant l’ouverture, il reçoit un courrier lui apprenant que sa toile n’avait pu être accrochée, car elle était « trop grande », et qu’il devait venir la récupérer. Il se rend donc à l’endroit indiqué, où des personnes lui expriment leurs regrets, visiblement très sincères. Au moment de signer la décharge, il aperçoit, bien placé et bien visible, une immense toile représentant une sorte de gâteau à la crème, dans de vilains tons de rose et de blanc. Il exprime son étonnement à la personne qui le recevait, sans mâcher ses mots concernant la « croûte », mais surtout en demandant pourquoi celle-là n’avait pas été refusée. Explication : « Je n’ai pas à vous le dire. Et cette oeuvre est de moi. » Belle gaffe de sa part, certes, mais aussi expression d’une injustice qui le poussa par la suite à ne plus jamais penser exposer au Salon des Artistes Français. Mais, dans ces années-là, ladite toile put quand même être vue dans d’autres salons, comme je l’ai découvert en recherchant sur le net (source de la reproduction).
Soit dit en passant, le tableau a été retenu pour figurer sur la couverture d’un disque, en 1985 ; Une petite fille chante Brassens.
Les sentiments éprouvés et émotions ressenties par cet ami, on imagine qu’il en fut de même pour les artistes qui étaient refusés par la Société organisatrice du Salon des Beaux-Arts, ainsi que par ceux qui voyaient les prix décernés aller à des « croûtes », ou en tout cas à des tableaux reproduisant les goûts « classiques », et rejetant toutes les innovations. Vous allez me dire : « peut-être simplement manquaient-ils de talent? ». Il suffit, pour vous convaincre du contraire, que je vous cite quelques noms – ou plutôt, non, je vais copier ce qu’il en est dit sur leur site.
« Un petit groupe d’artistes novateurs, nos pères précurseurs Paul Cézanne, Paul Gauguin, Henri de Toulouse-Lautrec, Camille Pissarro et fondateurs Albert Dubois-Pillet, Odilon Redon, Georges Seurat, Paul Signac, décident de créer le Salon des Indépendants.
« Sous l’impulsion d’Odilon Redon, la Société des Artistes Indépendants est fondée le 29 juillet 1884 ; Guimard est élu président ; elle a désormais une existence légale.«
« C’est par un froid sibérien que le 1er Salon des Artistes Indépendants fut inauguré par Lucien Boué, président du Conseil municipal de Paris le 1er décembre 1884. Installé au Pavillon polychrome situé à proximité du Palais de l’Industrie, il devint le refuge des « Refusés ». Parmi les œuvres exposées, «La Baignade à Asnières » de Seurat refusé au Salon ;
Baignade à Asnières, Seurat (1884)
le « Pont d’Austerlitz » de Signac,
Pont d’Austerlitz, Signac (1910)
puis des œuvres de Cross, Redon, Dubois-Pillet, Valtat, Guillaumin, Angrand… Rien de surprenant à ce que la Société des Artistes Indépendants ait fait siennes les couleurs de la capitale, le bleu et le rouge, ceci en reconnaissance du soutien apporté aux artistes novateurs.«
Un documentaire très intéressant était projeté, retraçant l’histoire de ce Salon des Indépendants. Par combien de personnes a-t-il été vu durant les quatre jours qu’a duré Art Capital? On y apprend que trois personnalités ont, parmi beaucoup d’autres, marqué cette histoire.
La première a une fonction inattendue : officier de la Garde Républicaine. Et d’ailleurs, sa carrière (courte, car il est mort à 43 ans) pâtit de son rôle dans l’histoire des Artistes Indépendants.
Il était aussi peintre, et a exposé lors du premier salon, en 1884.
L’Enfant mort, Dubois-Pillet, 1884
Pour celles et ceux d’entre vous qui sont fanas de Zola, cela doit vous rappeler quelque chose, non?
« Claude s’était mis à marcher, dans un besoin nerveux de changer de place. La face convulsée, il ne pleurait que de grosses larmes rares, qu’il essuyait régulièrement, d’un revers de main. Et, quand il passait devant le petit cadavre, il ne pouvait s’empêcher de lui jeter un regard. Les yeux fixes, grands ouverts, semblaient exercer sur lui une puissance. D’abord, il résista, l’idée confuse se précisait, finissait par être une obsession. Il céda enfin, alla prendre une petite toile, commença une étude de l’enfant mort. Pendant les premières minutes, ses larmes l’empêchèrent de voir, noyant tout d’un brouillard : il continuait de les essuyer, s’entêtait d’un pinceau tremblant. Puis, le travail sécha ses paupières, assura sa main ; et bientôt, il n’y eut plus là son fils glacé, il n’y eut qu’un modèle, un sujet dont l’étrange intérêt le passionna. Ce dessin exagéré de la tête, ce ton de cire des chairs, ces yeux pareils à des trous sur le vide, tout l’excitait, le chauffait d’une flamme. Il se reculait, se complaisait, souriait vaguement à son œuvre.
Émile Zola, L’Œuvre, 1886. »
Zola s’est effectivement inspiré du tableau qu’il connaissait pour ce passage émouvant. Dubois-Pillet menait de front sa carrière et son amour de la peinture. Ce Saint-Cyrien devint ami avec Seurat et Signac, et c’est à lui que l’on doit la structuration de la Société. Une plaque apposée sur le quai Saint-Michel rappelle son
Le second personnage de cette histoire est Odilon Redon.
Mon portrait, Odilon Redon, 1867
« Le jury du Salon de 1884 s’est montré une nouvelle fois hostile à la nouvelle peinture. Quelques artistes courageux, emmenés par Signac et Seurat décident alors de créer un salon libre. Une exposition libre ! C’est la ruée, mais aussi une déception. Le jour du vernissage, la toile de Signac n’est même pas accrochée ! Emus par la situation qu’ils jugent scandaleuse, quarante exposants réagissent et sous la présidence de Odilon Redon créent la Société des Artistes Indépendants (4 juin 1884). » (source)
Je ne puis illustrer avec l’oeuvre qu’il a présentée au Salon, car je ne sais ce qu’elle était, dommage!
Le troisième enfin est Jean Monneret, qui a été plusieurs fois élu Président entre 1977 et 2001. Une rétrospective de ses oeuvres a été organisée en 1997.
« Au cours de sa carrière de peintre et, surtout, à partir de l’arrivée d’André Malraux aux commandes d’un ministère de la Culture, Jean Monneret ne cessera de défendre la liberté d’expression en matière d’arts plastiques contre toute forme de dirigisme institutionnel. En 1999, dans le catalogue raisonné du Salon des indépendants, il publie un violent manifeste contre l’« art d’État » qualifié, selon lui, d’« art contemporain » par des fonctionnaires qui dépenseraient l’argent public pour imposer cet art à la population, alors que celle-ci le rejette. » (Wikipedia)
Pour en savoir plus sur les affiliations des artistes, vous pouvez voir la Galerie, en ligne ici.
Tout cela pour en arriver, en ce mois de février 2022, à un « strapontin » dans Art Capital… Mais à qui doit-on cela? Si j’en crois l’histoire, c’est la Ville de Paris qui est chargée des lieux d’exposition. « Art Capital » ou « Art Capitale »? Que s’est-il donc passé cette année? Toujours est-il qu’on pouvait quasiment compter sur les doigts les badaud-e-s qui s’esbaudissaient devant les quelques oeuvres offertes au regard dans ce coin du Grand Palais… L’histoire se répèterait-elle? Et l’ostracisme demeurerait-il de mise?
La Société des Artistes Français a une longue histoire, comme elle le raconte sur son site. Elle serait issue du Salon initié par Colbert en 1667. Et existe en tant que telle depuis 1881.
« En 1881, elle prend son nom actuel de Société des Artistes Français. L’Etat lui délègue le soin d’organiser une exposition annuelle des Beaux-Arts et la charge de s’administrer elle-même.
En 1883, un décret paru au journal officiel la déclare « d’Utilité Publique »
Depuis 1901, tous les ans, si l’on excepte quelques interruptions dues aux guerres ou à des travaux, le Salon a lieu à Paris au Grand Palais des Champs-Elysées. »
Une mini-exposition sur son histoire est présentée, et donne l’occasion d’observer l’immense différence entre les Salons d’autrefois et ceux d’aujourd’hui.
Cela saute aux yeux : il y a bien eu une forme de démocratisation, même si l’on peut encore observer que le public aujourd’hui ressort d’une certaine « élite », plus « intello-bobo » qu’aristocratico-bourgeoise.
Il est par contre un point commun évident. Regardez bien la photo ci-dessus. Que représentent les statues?
Eh oui, des femmes… De la femme comme objet de l’art à la femme comme objet, y a-t-il tant de pas? L’artiste magnifie-t-il gratuitement l’objet de ses fantasmes?
Je ne répondrai pas à cette question et vous laisse ce soin. Je vous propose simplement une balade dans cette exposition, orientée autour de la thématique « représentations de la femme »… là encore, une sélection de mon cru, donc éminemment subjective. D’autant que j’ai choisi les oeuvres que j’aimais ou qui m’interpellaient…
Vous en avez déjà vu certaines dans les précédents articles, – excusez-moi des « redites » -, mais elles devaient aussi apparaître dans ce florilège sans commentaires.
Je terminerai par mon propre Palmarès : peinture, photo et sculpture…
Hésitation sur les majuscules… en faut-il ou non? si oui, partout ou considère-t-on que l’adjectif ne doit point en avoir? Vous me connaissez, je suis allée vite vérifier sur le site de la Société éponyme… Oui, il en faut partout! Ouf!
Dans le précédent article vous avez découvert des vues d’ensemble. Imaginez donc que vous êtes à l’opposé de la Tour Eiffel, côté sud, là-bas, tout au bout à gauche sur la vue panoramique… Tout près de l’entrée, donc. C’est là qu’a commencé ma déambulation dans le Grand Palais Ephémère en ce samedi 19 février.
Toute la partie droite est réservée à la Société des Artistes Français, avec des stands pour les éditeurs d’art. Je n’ai pas photographié les deux mannequins superbes, d’au moins 1,90 mètres, des lianes métisses d’une grande beauté qui attiraient plus de monde (surtout masculin!) que les oeuvres d’art… Par contre, j’ai saisi les deux jeunes femmes qui jouaient merveilleusement bien et dont la musique a accompagné tout le début de ma visite.
Elles mettaient un tel entrain dans leur jeu que les spectateurs/trices dansaient sur place!
Mais laissons là musique et mannequins… Comme dans la partie présentée précédemment, je vous livre quelques photos – plus ou moins bonnes, et parfois prises « de travers » – de cette visite. Pas de commentaires, je vous laisse découvrir et, je l’espère, aimer quelques-unes de ces oeuvres, dont la variété est extrême.
Encore une fois, elles ne sont pas « représentatives » de l’ensemble… Il s’agit d’un choix d’échantillon et/ou de compositions que j’ai construit au gré de ma balade…
Je dédie la photo qui précède à « Karlhiver », dont j’ai fait la connaissance toute virtuelle lors du premier confinement, qui nous a donné l’occasion d’écrire « en écho », ici pour ce qui me concerne, et sur Facebook de son côté (Un jour Un tableau)… Depuis mon article sur les lavandières (ou bugadières), il place régulièrement sur son site – que je vous conseille vivement de visiter, si ce n’est déjà fait… il me « donne la pêche » chaque jour de l’année! – il place régulièrement, disais-je, des tableaux où l’on voit la lessive… A mon tour donc…
Mais reprenons notre errance parmi l’Art…
Je vous laisse sur cette robe virevoltante qui revêt la Femme Invisible… Car le prochain article sera consacré aux Visions de la Femme dans ce salon…
Vous avez déjà eu l’occasion de visiter avec moi la structure éphémère qui se substitue actuellement au Grand Palais, sur le Champ de Mars. C’était à l’occasion du Salon de la Photographie. Cette fois, ce sont les beaux-arts qui sont à l’honneur, pour le Salon Art Capital.
Beaucoup moins de monde en ce samedi après-midi de février, que lors du précédent salon. Sans doute l’effet fin de vacances pour les uns et début pour les autres? Ou faut-il en conclure que les beaux-arts attirent moins que la photo?
Je vous propose une visite de ce salon en plusieurs éclairages. Commençons par des aperçus de l’ensemble, pris depuis la cafétéria, au 1er étage. Cafétéria, soit dit en passant, aux tables trop peu nombreuses et à l’ambiance trop froide à mon goût… mais qui offre une belle vue sur le Champ de Mars.
Tournons le dos à la Grande Dame pour nous concentrer sur l’espace d’exposition…
J’ai commencé la visite par ce qui se trouve à gauche, au fond de cette photo. En effet, comme on ne l’identifie absolument pas dans ce point de vue, l’entrée s’effectue par ce qui est à l’opposé de la cafétéria, qui constitue ici le « fond » de l’allée centrale.
Ce que vous voyez ici, c’est l’espace dédié à la « peinture à l’eau ». Approchons-nous…
Descendons à présent, si vous le voulez bien, pour voir de plus près ces « peintures à l’eau » (et, me semble-t-il, encres)… Comme tout le reste de l’exposition, elles sont extrêmement variées… Je vous en propose quelques exemples seulement, non représentatifs de l’ensemble, soyons claire!
Je finirai par celle à qui, dans cette série, j’accorderais le premier prix, si j’étais membre du jury… je vous laisse aujourd’hui sur cette oeuvre, et reprendrai la visite par la suite…
Le Parc Suzanne Lenglen abrite non seulement de nombreux espaces sportifs, allant du club de pétanque aux courts de tennis couverts ou non et aux terrains de tous les sports collectifs possibles, mais aussi une ferme pédagogique bien évidemment tournée vers le « bio », avec un « Jardin des Saveurs », notamment. Elle prône donc l’attention à la nature, dans une vision très écologique. A ce titre, on trouve des espaces de culture, comme celui qui est actuellement littéralement « empaillé ».
Lors des périodes de production, les fruits et légumes naissant ici sont vendus sur place. En hiver, ce sont des productions du Vexin qui y sont écoulées, chaque jeudi en fin d’après-midi.
Pensons à la pollinisation… Quels êtres nécessaires? les abeilles, bien sûr!
Sus à l’oligarchie et à la méritocratie! Les autres insectes sont tout aussi concernés, et ont droit à leur hôtel particulier…
En complément de ces alliances Homme-Nature, des explications sur les espèces végétales présentes sont parfois apportées. Tel est le cas de toutes les affiches qui nous apprennent tout ou presque sur les arbres et arbustes plantés. Et c’est là que ça se gâte.
Non seulement les termes « techniques », le « jargon », ne sont pas explicités, mais en outre on dénombre de nombreuses erreurs d’orthographe sur les panonceaux destinés non seulement aux promeneurs/euses, mais aussi aux charmant-e-s bambin-e-s qui fréquentent les lieux – sans compter les élèves en sortie scolaire ou les centres de loisirs…
Peut-être sait-on ce qu’est « l’humus », ce que signifie « calorifique », mais qui sait ce qu’est un « bois de tête »? Quels enfants d’Issy les Moulineaux connaissent les « jougs »? Passe encore. Mais qui, parmi vous, connaît le sens de « fastigié »?
« BOT. [En parlant d’une plante, d’une inflorescence] Caractérisé par des ramifications dressées verticalement et formant un faisceau. Fleurs fastigiées, rameaux fastigiés (Ac.1835-1932).Des ifs noirs et des pins fastigiés en cônes (Pommier, Océanides,1839, p. 103).Cognassier, taxodier fastigié (Gressent, Créat. parcs et jardins,1891, p. 207, 292).
Prononc. et Orth. : [fastiʒje]. Ds Ac. 1835-1932. Étymol. et Hist. [1781 d’apr. Bl.-W3-5]; av. 1796 (L. Reynier ds Encyclop. méthod. Agric.). Empr. au b. lat. fastigiatus, class. fastigatus « élevé en pointe », dér. de fastigium « faîte ». » (source)
Autre mot que j’ignorais : « drupe ». Mot-valise formé de « drap » et de « jupe »? Que nenni!
« BOT. Fruit charnu, indéhiscent, renfermant un seul noyau. L’abricot, la pêche, la cerise, la prune, sont des drupes (DG).Le tanguin de Madagascar, employé par les Malgaches dans les épreuves judiciaires, est la drupe du Tangénia (Wurtz, Dict. chim.,t. 3, 1878, p. 186).
Rem. Certains aut. et lexicographes (dont Ac. 1835-1932) attribuent à ce terme le genre masc. : Comme le dattier, le doum sert à tous les usages. Son fruit est un drupe ligneux, désagréable sous la dent et dont la saveur affaiblie rappelle celle du pain d’épice (Du Camp, Nil, 1854, p. 297). Pour la majorité des dict. gén. et spécialisés du xxes., ainsi que pour la plupart des botanistes (cf.Quillet 1965), il est du genre fém. (cf. Lar. 20e-Lar. Lang. fr., Plantefol, Bot. et biol. végét., t. 2, 1931, p. 372, Méd. Biol. t. 1 1970). »
Structure d’une drude typique, la pêche
Je suppose que vous avez remarqué au passage que les dictionnaires ne sont pas forcément facilitateurs… Que signifie « indéhiscent »?
« BOT. [En parlant d’un fruit ou d’une de ses parties] Qui ne s’ouvre pas naturellement à la maturité et que la radicule est obligée de rompre à la germination des graines. « La graine » chez la betterave est, en réalité, un fruit indéhiscent ou « glomérule » qui contient trois ou quatre graines (Rouberty, Sucr.,1922, p. 25).À maturité le fruit des Ombellifères se sépare en deux moitiés indéhiscentes contenant chacune une graine et constituant un akène (Plantefol, Bot. et biol. végét., t. 2, 1931, p. 407).V. akène ex. 1″
On peut ne pas être bon en vulgarisation, certes! Mais au moins faut-il l’être en orthographe…
Je vous livre quelques exemples… Dans ce texte, à nouveau, des termes qui peuvent susciter des questions. Si « mellifère » peut être compris par des adeptes de botanique ou des latinistes férus d’étymologie, « drageonne » peut évoquer davantage les animaux fantastiques que le mode
Chez le robinier, les fleurs sont tellement « féminines » qu’elles ont doit à un E supplémentaire!
Un peu plus loin, l’accord de l’adjectif est oublié, et les abeilles ont beau être en grand nombre, il n’y a ni « e » ni « s » à « moult »…. Nous découvrons la sagesse du « tilleul », qui est « sensé »…
Laissons là pédagogie et vulgarisation pour retirer la droiture à l’écrit… pardon pour ce mauvais jeu de mots! ôtons l’ortho pour ne garder que le graphe, avant de refermer le portail du parc pour retrouver la « ville ».
La nuit tombe, il est temps de refermer la porte de ce parc qui, fait exceptionnel, reste ouvert jusqu’à 22h30… et de retrouver l’agitation urbaine, après un coup d’oeil sur le Parc des Sports aux arêtes vives.
Cupidon s’était approché un peu trop près des rosiers du jardin de l’Olympe, et fut piqué. Je ne sais si c’est par les abeilles qui butinaient les fleurs ou par les épines. Toujours est-il que son sang, en coulant, donna une belle teinte rouge aux pétales… Cela affola sa maman, Vénus qui accourut vers lui. Dans sa précipitation, le flacon de parfum attaché à sa ceinture se renversa sur les fleurs, leur transmettant les fragrances délicates qu’elles émettent encore…
Une belle légende pour la reine des fleurs… Mais Shakespeare la voit autrement et l’associe à la mort d’Adonis dont Venus est amoureuse…
Vénus pleurant la mort d’Adonis, B. West, 1768
« CXCV. — Tout à coup l’enfant étendu mort auprès d’elle s’évanouit à ses yeux comme une vapeur ; et dans son sang, répandu sur la terre, naquit une fleur pourpre tachetée de blanc, semblable à ses pâles joues et au sang qui en parsemait la pâleur en gouttes arrondies.
CXCVI. — Vénus baisse la tête pour sentir la nouvelle fleur, et la compare au souffle de son Adonis. « Elle sera déposée dans mon sein, dit-elle, puisque Adonis lui-même m’a été arraché par la mort. » Elle cueille la fleur, et la tige laisse échapper une sève verte qu’elle appelle des larmes.
CXCVII. — Pauvre fleur, ajoute-t-elle, c’était ainsi (douce fille d’un père plus doux encore que ton parfum), c’était ainsi que ton père pleurait au moindre chagrin ; croître pour lui seul était son désir comme c’est le tien ; mais sache qu’il vaut autant te flétrir dans mon sein que dans ton sang.
CXCVIII. — Ici fut la couche de ton père, ici dans mon sein ; tu es son héritière, voici ta place. Repose dans ce doux berceau, où les battements de mon cœur te berceront jour et nuit. Il ne se passera pas une minute dans une heure sans que je baise la fleur de mon bien-aimé. » »
Légende et création poétique convergent pour associer la rose à l’amour, et l’on comprend comment le marketing actuel s’en est emparé pour en faire l’emblème de la fête des amoureux/euses le jour de la Saint-Valentin. Mais j’ignore si un jour on a vu fleurir des roses, dans les régions septentrionales de la France, la semaine du 14 février…
Dès l’entrée dans le Parc Suzanne Lenglen, où je suis venue me détendre après une journée de « visio », je suis saisie de stupeur devant le jaune resplendissant de cette rose bien éclose, à la robe non pourpre, n’en déplaise à Ronsard.
Mais elle n’est pas seule. Plus discrètes, derrière, des roses s’épanouissent aussi en cette fraîche journée d’hiver.
Elles défient la glaciale architecture de la tour dont le seul mérite est de refléter les rayons de l’astre déclinant.
La lumière se venge en la déstructurant brillamment…
Les reines des fleurs sont accompagnées de toute une cour, aux éclats de couleurs qui se concurrencent en une symphonie bien orchestrée.
Crocus, jonquilles et narcisses s’épanouissent en déclinant les jaunes, du plus pâle au plus orangé…
Crocus et pâquerettes entourent une souche publicitaire… Celles et ceux qui ont lu l’article posté il y a un mois environ, article qui narrait une promenade sur les quais de l’Ile Saint Louis, reconnaîtront l’effet d’annonce de cette affichette… Heureusement qu’il est précisé « jeune »!
Excusez la mauvaise qualité des photos, mais le crépuscule n’aide pas mon modeste Iphone à réaliser des chefs d’oeuvre! Elles n’ont ici que valeur illustrative…
Qui a pris la couleur de l’autre? Les fleurs ou l’hélicoptère?
Plus modestes, sur la pente d’un des monticules du parc, les pensées n’en sont pas moins colorées…
… par les crayons qui les surplombent?
Bien cachées par un paravent de verdure, d’autres roses, en déclinaison de blancs et de roses…
Le crépuscule arrive, mais je ne résiste pas à l’envie de saisir quelques « sculptures »…
La promenade se termine et il va falloir retourner vers l’agitation de Paris, non sans une dernière contemplation du ciel à l’occident.