Précession et nutation

Vous n’êtes pas sans savoir à quel point j’aime apprendre des mots. En voici deux que l’on a utilisés devant moi, et dont j’ai dû rechercher le sens par la suite. Si vous les connaissez, passez cet article. Sinon, je vous emmène dans l’espace…

L’origine de leur emploi était une discussion sur… les symboles des évangélistes. Faut-il vous rafraîchir la mémoire? Allons-y.

Représentation de Saint Jean

Trois des évangélistes sont associés à des animaux. Ci-dessus, l’aigle. On sait dès lors que c’est Saint Jean qui est représenté…

Ce n’est pas un chien qui surveille Saint Luc en train d’écrire, mais bien un bovidé. Original, non? Surtout qu’il est ailé! Un boeuf? Il semblerait que oui, si l’on observe les détails.

Mais il n’en fut pas toujours de même : ce fut parfois un veau, et parfois un taureau.

« Les enlumineurs du Moyen Âge aimaient peindre saint Luc qui était leur saint patron et le représentaient avec son animal évangélique. Le bœuf de saint Luc n’a pas toujours été un bœuf. Les Irlandais du haut Moyen Âge lui préféraient un veau, symbole d’innocence, et les carolingiens un taureau, symbole de puissance, mais au poil blanc, symbole de pureté. Au temps carolingiens, le bœuf est l’émanation même de Dieu qui souffle à saint Luc la parole divine. Il apparaît souvent ailé et nimbé. Peu à peu le bœuf se transforme en compagnon du saint, lui tenant son livre, lui servant de lutrin, et même parfois de repose pied. » (source)

Et, sur l’épaule de Saint Marc, ce n’est pas un chaton, mais un gentil lion…

Saint Marc, évangéliste - Christ Roi

Le quatrième, lui, n’a pas eu droit à son animal totem, mais à un ange. Vous l’avez vu enfant ci-dessus, le voici plus âgé…

File:Godfried Maes - St Matthew the Evangelist.jpg

Si vous réunissez les quatre (tétra en grec) images (ou formes, morphé en grec), vous obtenez un tétramorphe.

Tétramorphe

« Devant le trône, on dirait une mer, aussi transparente que du cristal. Au milieu du trône et autour de lui, se tiennent quatre Vivants, constellés d’yeux par-devant et par-derrière. Le premier Vivant est comme un lion ; le deuxième Vivant est comme un jeune taureau ; le troisième Vivant a comme un visage d’homme. Le quatrième Vivant est comme un aigle en plein vol. Les quatre Vivants, portant chacun six ailes, sont constellés d’yeux tout autour et en dedans. » (Apocalypse, IV, 6-8).

Le texte est de Saint Jean, situé à la fin du Nouveau Testament. A présent, je vous propose de lire ce texte :

« Tandis que je regardais, j’ai vu qu’un vent de tempête venait du nord, et il y avait un énorme nuage et du feu qui jaillissait; une lumière vive les entourait. Et au milieu du feu, il y avait quelque chose qui ressemblait à l’électrum.  Dans le feu, il y avait quelque chose qui ressemblait à quatre créatures vivantes ; leur aspect était semblable à celui d’un humain. Chacune d’elles avait quatre visages et quatre ailes. Leurs pieds étaient droits et ressemblaient à ceux d’un veau. Ils brillaient comme le cuivre poli.   Les créatures vivantes avaient des mains humaines sous leurs ailes sur chacun des quatre côtés. Elles avaient toutes les quatre des visages et des ailes.   Leurs ailes se touchaient l’une l’autre. Les créatures vivantes ne se tournaient pas lorsqu’elles se déplaçaient ; chacune allait droit devant elle.   Voici à quoi ressemblaient leurs visages : elles avaient toutes les quatre un visage d’homme, avec un visage de lion à droite et un visage de taureau à gauche, et elles avaient toutes les quatre un visage d’aigle.  C’est ainsi qu’étaient leurs visages. Elles avaient les ailes déployées vers le haut. Chacune avait deux ailes qui se touchaient l’une l’autre et deux ailes qui couvraient son corps.  Chacune allait droit devant elle ; elles allaient partout où l’esprit les poussait à aller. Elles ne se tournaient pas lorsqu’elles se déplaçaient.  Et les créatures vivantes avaient l’aspect de braises incandescentes. Quelque chose qui ressemblait à des torches aux flammes éblouissantes allait et venait entre les créatures vivantes, et des éclairs jaillissaient des flammes. Et quand les créatures vivantes allaient et venaient, leurs déplacements ressemblaient à des éclairs. » (source)

char des Elus; Ezechiel;William Blake;Prophète Daniel;  Miton;Melville;Faulkner;Xanadu;Orson Welles;Coleridge;mystique  juive;Merkaba;Gnose juive;ascèse;guematria; kabbale;Isaac Luria;Pardès;Talm  – Octoscopie
La Vision d’Ezechiel, Giuseppe Longhi

Ce texte est situé dans la Bible. Il s’agit de la Vision d’Ezechiel (Ezechiel 1:4-28). Il se poursuit avec la description des quatre roues du char. Quatre, un nombre que l’on rencontre ailleurs : en Egypte, avec les quatre hypostases du Créateur, comme sur le temple de Sobek et Haroëris à Kôm Ombo (Ptolémée VI, IIème siècle avant J.C.).

Regardez bien là-haut… Vous les reconnaissez?
A Babylone, quatre siècles plus tôt, ils représentaient les quatre points cardinaux : le Nord, c’était le lion; le Sud, l’aigle; l’Ouest, le Taureau. Une seule différence : c’est un serpent qui représente l’Est. Pourquoi a-t-il changé? Peut-être parce que le serpent, dans la Bible, n’est autre que le symbole du Diable, du Démon, du Mal. On lui a substitué son antithèse, l’Ange, un androïde.

Quatre, c’est aussi le nombre des saisons, n’est-ce pas, Vivaldi? Et on en arrive aux constellations et aux signes du Zodiaque.

Vous en avez reconnu deux, n’est-ce pas? Le Lion… c’est l’Eté. Le Taureau… le Printemps. Vous allez me dire : mais il n’y a ni Aigle ni Ange. Eh si ! L’aigle est associé au Scorpion, dans l’Antiquité. L’Aigle, c’est donc l’Automne. Reste l’Ange… vous avez deviné ? Lequel des 12 (3×4, soit dit en passant…) signes, laquelle des 12 constellations a une forme humaine? Le Verseau, déjà représenté dans l’Egypte antique par un homme versant de l’eau.

Résumons-nous. Dans l’Antiquité, 4 saisons, identifiées par 4 constellations qui les caractérisent. Tout cela repris par un récit se déroulant à Babylone, vers 630 avant notre ère. Visible sur un temple égyptien du 2ème siècle av. J.C. Vous me suivez? On est bien avant l’histoire des Evangiles ! J’ai cherché à identifier les dates des évangiles, ce n’est pas simple… et ça se complique encore quand on cherche les dates des auteurs. Impossible, par exemple, pour Matthieu, alias Levi. Mais lui et les trois autres (non, pas les Mousquetaires… dont vous remarquerez qu’ils étaient aussi quatre, comme le Club des Quatre de l’enfance des filles nées dans les années 50, les Quatre filles du Docteur March… mais aussi les Quatre Vents du Mahjong, les Quatre points cardinaux, les Quatre éléments, sans parler de la Quatrième dimension… Et il a fallu le trèfle à quatre feuilles pour passer du 4 au 5. Il faudra peut-être que j’y revienne?

Les Saisons calendrier 4 works by Alphonse Mucha on artnet
Les quatre saisons de Mucha

Vous devez vous demander, si vous connaissez le sens des termes sur lesquels j’ai enquêté, quels liens unissent les évangélistes, leurs symboles et ces termes ? Un peu de patience… En effet, il faut d’abord comprendre le noeud du débat. Il s’agit bien des quatre saisons, décalées des constellations comme vous avez pu l’observer sur le schéma situé plus haut. Comment s’explique ce décalage? Eh bien, oui, par la précession des solstices. Nous y voilà.

 » Mouvement rétrograde du point vernal sur l’écliptique, lié au déplacement de l’axe terrestre autour de la direction du pôle moyen de l’écliptique«  (Astron. (cilf) 1980). Le soleil franchissait le passage équinoxial sous le signe du taureau, et (…) ce n’est que par l’effet de la précession des équinoxes, qu’il le franchit de vos jours sous le signe de l’agneau (Dupuis, Orig. cultes,1796, p.337).

« Une autre objection d’origine astronomique est celle de la précession des équinoxes (Beer1939, p.13).

« Ces longitudes étant comptées à partir des points équinoxiaux, leur commun accroissement équivaut à la rétrogradation de ces points, qui, graduellement déplacés en sens contraire du soleil, doivent produire chaque année, dans le retour des équinoxes, un avancement ou précession d’environ 20 minutes, temps que le soleil emploie à décrire 50 » de l’écliptique. D’après ce déplacement fondamental, les points équinoxiaux accompliraient une révolution entière (…) en une période de 260 siècles, dont nous n’avons parcouru, depuis Hipparque, qu’une faible partie… Comte, Traité philos. d’Astron. pop.,Paris, Carilian-Goeury, 1844, p.307. » (CNRTL)

Ne comptez pas sur moi pour vous expliquer le phénomène physique ni astronomique. C’est très bien fait dans cette vidéo, que je me sens incapable de résumer. Elle m’a aussi appris que je me trompais dans la définition de l’équinoxe et la confondais avec l’équilux! Encore un mot nouveau pour moi, toujours aussi ignare…

Et voilà comment une discussion entamée lors d’un concert dans l’église Saint Julien le Pauvre a débouché sur une véritable enquête à travers l’Histoire et l’Espace…

Mais ce n’est pas tout. Un défi me fut lancé à l’issue de celle-ci : « Et il ne faut pas confondre « précession » et « nutation »! » A ma question « Qu’est-ce? », réponse « Tu n’as qu’à chercher ». Donc, j’ai obtempéré. Et trouvé l’explication sur cette vidéo.

J’y ai appris que j’aurais dû mieux lire d’Alembert, qui a écrit sur nutation et précession.

L’original, datant de 1749, est accessible en ligne gratuitement. Vous pouvez lui préférer une version plus moderne, comme celle qui est intégrée dans ce livre du CNRS.

Je laisse à l’Encyclopaedia Universalis le soin de résumer:

« De même que l’axe d’une toupie qui tourne décrit un cône sous l’action de la pesanteur, l’axe de rotation de la Terre décrit, en 25 800 ans environ, sous l’action des forces d’attraction de la Lune et du Soleil, un cône dont le demi-angle au sommet est de 230 26′. C’est le phénomène général de la précession. Ainsi, la direction du pôle Nord céleste, actuellement voisine de celle de l’étoile Polaire, en était éloignée de 90 il y a 2 000 ans. Elle sera proche de celle de l’étoile Véga dans 11 000 ans.

Le plan de l’équateur, perpendiculaire à l’axe de la Terre, tourne aussi, de même que l’équinoxe de printemps (ou point γ), intersection de ce plan avec l’écliptique. Cette direction servant d’origine aux systèmes de coordonnées stellaires, les coordonnées des astres fixes varient elles aussi avec le temps. Ce phénomène a été mis en évidence par Hipparque au iie siècle avant J.-C., découverte complétée par celles du mouvement de l’écliptique (xviie siècle) et de la nutation de Bradley (xviiie siècle).

On décompose ce mouvement complexe en deux parties : la précession proprement dite, mouvement continu et actuellement légèrement accéléré de l’axe de la Terre sur un cône de révolution, et la nutation, mouvement multipériodique faisant décrire à cet axe des festons autour du cône. »

Vous avez compris? Alors, votre QI est nettement supérieur au mien ! Mais je retiens une image…

Toupies en bois

Sur laquelle des toupies vivons-nous? Voilà qui n’est guère rassurant! Et si, en plus, on pense que cela a à voir avec le climat, où allons-nous?

A propos, je vais vous faire rire (jaune?)! En recherchant une image de toupie, j’ai découvert un nouveau mot, « inception ». Mais c’est une autre histoire…

Un concert à l’Eglise Américaine (2)

Hier je vous ai laissé-e-s à la porte de l’église, tout en vous ayant alléché-e-s avec les artistes créateurs des vitraux et avec son architecture. Il est temps d’y entrer pour ce concert, dont l’affiche vous a peut-être séduit-e.

Le public est déjà installé (beaucoup de têtes grises et blanches!). Mais il reste un peu de temps pour observer l’environnement. les orgues, d’abord. Rien ne vous étonne? Regardez la photo…

Eh oui, elles sont placées en face de nous ! Pour ce qui me concerne, je les ai toujours vues dans le fond (ou, très rarement, sur le côté) des églises. Je suis allée vérifier sur le net, et vous pouvez faire de même, par exemple sur un site dédié aux orgues, un autre, très beau, sur les orgues à Saint Omer et dans l’Audomarois, et dans les photos de l’intéressant article dédié à l’histoire de l’orgue sur Wikipedia.

J’ai fini par découvrir le fin mot de l’histoire. Si vous revenez au plan et à ma description d’hier, on entre dans l’église depuis l’intérieur du bâtiment, et non, comme souvent, par un portail donnant sur l’extérieur. Vous me suivez? En 1931, l’orgue Abbey avait été placé « normalement », dans le fond.

« La construction du nouveau sanctuaire s’accompagna de l’installation d’un orgue de 47 jeux construit par la maison Abbey. Malheureusement, la compagnie fit faillite avant que les travaux soient terminés. La fin de la construction et du montage se fit à la hâte mais l’orgue souffrit de défauts de conception. Les tuyaux étaient placés dans une pièce annexe s’ouvrant en baie sur le sanctuaire. Cet emplacement, qui avait été jugé convenable par le facteur, s’avéra néfaste à la sonorité de l’instrument, le son ayant des difficultés à se projeter dans l’église malgré la pression du vent qui altère par ailleurs la beauté et la clarté des timbres.

De plus, la console était située dans le côté opposé de l’église. La transmission électropneumatique d’Abbey s’avéra extrêmement fragile, ajoutant au retard d’émission du son et causant de nombreuses pannes et réparations coûteuses. »

John Abbey et ses ouvriers

Petite parenthèse ; je vous invite à aller découvrir l’histoire de la famille Abbey, qui oeuvrait à Versailles, puis à Montrouge; c’est passionnant! Et on y découvre que 1931 marque justement la fin de cette aventure familiale.

« le 1er août 1930, John Abbey meurt. Son fils John Marie décède à son tour le 28 octobre 1931. L’entreprise ferme définitivement ses portes. Les derniers orgues fabriqués sont ceux de l’église Sainte-Anne de la Maison Blanche, 1927-1928 (actuelle église Sainte-Anne de la Butte-aux-Cailles), de la Chapelle Sainte-Thérèse de l’Œuvre des orphelins d’Auteuil (actuels Apprentis d’Auteuil) et de l’Église américaine de Paris.« 

Peut-être les problèmes de l’orgue Abbey sont-ils liés aussi à cette époque perturbée pour l’entreprise et ses créateurs?

Bref, il fallut le remplacer. Mais les ennuis ont duré une vingtaine d’années, et ce n’est qu’au début des années 50 que le projet fut amorcé par l’organiste titulaire, Edmond Pendleton.

Un organiste qui sort du commun… Né en 1899 à Cincinnati, il fit des études de composition, et devint ensuite chef d’orchestre. Puis tour à tour, pour gagner sa vie, saxophoniste et pianiste, puis organiste improvisateur (c’est là que nous le rencontrons). Il reprit la composition pendant la seconde guerre mondiale, dans les Alpes où il s’était réfugié, avant de revenir à Paris… jouer de l’orgue, entre autres. Il était ami, entre autres, de James Joyce, Ernest Hemingway et Pablo Picasso. (source)

Donc, la guerre finie, il se soucie de faire remplacer l’orgue à son retour. Mais ce n’est qu’en 1984 que la décision fut prise.

 » Edmond Pendleton, organiste et chef de choeur de l’église de 1935 à 1975, amorça le projet qui se concrétisa seulement en 1984 lorsque le choix du conseil de fabrique se porta sur Rudolph von Beckerath. Suite aux leçons apprises de l’expérience précédente, il fut décidé que le nouvel instrument serait placé dans le sanctuaire contre le mur du fond du choeur. La conception de l’instrument, selon le « Werkprinzip », est due à Gerhard Scharenberg. Chaque plan sonore possède son propre buffet, le tout enchâssé dans un meuble de style gothique. Le récit (3è clavier) surplombe les claviers, les tuyaux sont en boîte expressive, à l’exception du jeu de Violprincipal 8′, en façade masquant les jalousies. Au centre du buffet, le Grand Orgue (2è clavier) avec les petits tuyaux du Principal 8′ en montre. Au sommet du buffet, le Positif (1er clavier), avec le Principal 4′ en montre. La Pédale est divisée en deux buffets encadrant l’ensemble, le Principal 16′ en montre.

La construction, en atelier, commença en juillet 1987 et dura neuf mois. L’instrument, opus 208 de la maison Beckerath, arriva à Paris le 7 avril 1988 pour être monté sous la responsabilité de Klaus Schmekal. Six sommiers, largement dimensionnés, construits en pin de l’Orégon, accueillent les 3328 tuyaux de fabrication artisanale dont 116 sont en bois (basses de Gedackt 16′, du Bordun 16′, de la Rohrflöte 8′; jeux de Violprincipal 8′ et Gedackt 8′) Les tuyaux de métal sont en alliage étain-plomb à 78% de Zn pour les Montres, 56% pour les Principaux, 46% pour les résonateurs d’anche et 36% pour les Flûtes. La préharmonisation de Hans Ulrich Erbslöh a été parachevée par Rolf Miehl et Timm Sckopp. Les motifs d’ébénisterie sont de Gunther Hamann.

L’inauguration se déroula du 7 au 9 octobre 1988. Richard Gowman (St. George’s Church), Connie Glessner (St. Michael English Church), Nicolas Gorenstein (Saint-Jacques-du-Haut-Pas), François-Henri Houbart (La Madeleine), Susan Landale (Saint-Louis des Invalides), Marie-Louise Jacquet-Langlais (Sainte-Clothilde), Gaston Litaize (Saint-François-Xavier) s’y firent entendre.« 

Tout cela est un peu technique, et nous allons l’abandonner pour aller voir le vitrail situé au-dessus.

Hélas la photo est mauvaise, mais cela ne vous empêche pas de remarquer, comme moi, la beauté de la déclinaison de bleus… J’ai désespérément cherché sur le web une meilleure photo, en vain. (Par contre, vous pourrez voir tous les vitraux sur ce site d’un passionné.) Et vous pourrez aussi remarqué l’évocation de l’étoile de David, à 6 branches.

Quelques oeuvres décorent aussi les lieux, comme ce tableau que j’ai pu voir près du banc où je me trouvais.

Plus le temps, disais-je, car l’artiste arrive…

Bien sûr, vous ne verrez pas d’autre photo du concert, car je n’en prends jamais. Nous allons donc nous concentrer, si vous le voulez bien, sur la musique.

Socitété Franz Liszt de Genève - LISZT DANS LE MONDE
Liszt jeune

Le récital a commencé avec des pièces dont j’ignorais totalement l’existence : 6 consolations, de Liszt. Une très belle harmonie. Et, vraiment, « ça me parle »… Vous pouvez les entendre en ligne, il en existe de nombreuses interprétations, comme celle de Zilberstein. Pourquoi ce titre ? Il semble qu’il y ait deux hypothèses explicatives. L’une rattache le titre à celui d’un recueil de poésies de Sainte-Beuve, précédé d’une longue dédicace à Victor Hugo. L’oeuvre intégrale est accessible sur le net ici. J’ai beaucoup aimé les deux exergues, l’une de Chateaubriand et l’autre de Pétrarque.

« On ne hait les hommes et la vie que faute de voir assez loin. Étendez un peu plus votre regard, et vous serez bientôt convaincu que tous ces maux dont vous vous plaignez sont de purs néants. (René).

« Credo ego generosum animum, præter Deum ubi finis est noster, præter seipsum et arcanas curas suas, aut præter aliquem multa similitudine sibi conjunctum animum, nusquam acquiescere ». (Petrarca, de Vita solitaria, lib. I, sect. 1)

Je vous en ai choisi un sonnet, qui est précédé d’un vers d’Horace : « Fallentis semita vitae »

« Un grand chemin ouvert, une banale route
À travers vos moissons ; tout le jour, au soleil
Poudreuse ; dont le bruit vous ôte le sommeil ;
Où la rosée en pleurs n’a jamais une goutte ;

— Gloire, à travers la vie, ainsi je te redoute,
Oh ! que j’aime bien mieux quelque sentier pareil
À ceux dont parle Horace, où je puis au réveil
Marcher au frais, et d’où, sans être vu, j’écoute !

Oh ! que j’aime bien mieux dans mon pré le ruisseau
Qui murmure voilé sous les fleurs du berceau,
Qu’un fleuve résonnant dans un grand paysage !

Car le fleuve avec lui porte, le long des bords,
Promeneurs, mariniers ; et les tonneaux des ports
Nous dérobent souvent le gazon du rivage. »

Effectivement, des échos, dans ces poèmes, avec ce que j’ai ressenti en écoutant avec bonheur les six morceaux… Le recueil date de 1830, et les pièces pour piano solo, des années 1844-1849. Donc pas impossible…

La seconde hypothèse évoque le poème de Lamartine « Une larme, ou Consolation ».

« Tombez, larmes silencieuses,

Sur une terre sans pitié;
Non plus entre des mains pieuses,
Ni sur le sein de l’amitié !

Tombez comme une aride pluie
Qui rejaillit sur le rocher,
Que nul rayon du ciel n’essuie,
Que nul souffle ne vient sécher.

Qu’importe à ces hommes mes frères
Le coeur brisé d’un malheureux ?
Trop au-dessus de mes misères,
Mon infortune est si loin d’eux !

Jamais sans doute aucunes larmes
N’obscurciront pour eux le ciel;
Leur avenir n’a point d’alarmes,
Leur coupe n’aura point de fiel.

Jamais cette foule frivole
Qui passe en riant devant moi
N’aura besoin qu’une parole
Lui dise : Je pleure avec toi !

Eh bien ! ne cherchons plus sans cesse
La vaine pitié des humains;
Nourrissons-nous de ma tristesse,
Et cachons mon front dans mes mains.

A l’heure où l’âme solitaire
S’enveloppe d’un crêpe noir,
Et n’attend plus rien de la terre,
Veuve de son dernier espoir;

Lorsque l’amitié qui l’oublie
Se détourne de son chemin,
Que son dernier bâton, qui plie,
Se brise et déchire sa main;

Quand l’homme faible, et qui redoute
La contagion du malheur,
Nous laisse seul sur notre route
Face à face avec la douleur;

Quand l’avenir n’a plus de charmes
Qui fassent désirer demain,
Et que l’amertume des larmes »

Personnellement, j’adhère moins à cette dernière, car certaines des pièces sont plus joyeuses que cela. La troisième, d’ailleurs, serait un arrangement d’un air populaire hongrois, et la cinquième, un madrigal.

Image illustrative de l’article Cinq Préludes op. 16
Scriabine à 24 ans

La deuxième oeuvre interprétée par la pianiste est de Scriabine. Je devrais écrire « série d’oeuvres » ou mettre le terme « oeuvre » au pluriel : Opus 11, 1 et 2, Opus 14. Prélude op.16 n°1. Plusieurs « opera » au sens latin du terme, qui d’ailleurs, je viens de le remarquer, ne s’emploie pas en français : on dit « des opus ». Bizarre! J’ai, de loin, préféré l’Opus 16 aux autres, car plus sensible et plus doux. Je vous conseille d’écouter son interprétation par Igor Zukhov. Si vous voulez en savoir plus sur Scriabine, il y a eu en janvier 2022, pour les 150 ans de sa naissance, une émission dédiée sur France Culture.

Maurice Ravel — Wikipédia

On avance dans le temps, avec Les Jeux d’Eau. Ecoutons leur compositeur en parler:

« « Les Jeux d’eau, parus en 1901, sont à l’origine de toutes les nouveautés pianistiques qu’on a voulu remarquer dans mon œuvre. Cette pièce, inspirée du bruit de l’eau et des sons musicaux que font entendre les jets d’eau, les cascades et les ruisseaux, est fondée sur deux motifs à la façon d’un premier temps de sonate, sans toutefois s’assujettir au plan tonal classique. » (Maurice Ravel, esquisse autobiographique, 1928)

Elle s’inscrit dans la lignée de Liszt, tout en réclamant fortement sa modernité. En l’écoutant, j’ai pensé à Saint-Saëns, mais j’ai appris par la suite que celui-ci l’avait détestée et traitée de « cacophonie » ! Désolée, Meister, je ne suis pas d’accord avec vous, elle m’a beaucoup plu.

Liszt au piano

Retour à Liszt en fin de concert, pour les Variations sur un motif de Bach. Moins adepte de ce genre de musique. Et je me suis demandée, en bonne ignare que je suis, ce que signifiait le titre. Jusqu’à ce que je comprenne qu’en réalité, il ne s’agit pas de reprendre son prédécesseur, mais d’adopter une technique.

« En musique, le motif BACH désigne le motif formé par les notes si la do si. Cette séquence de notes s’écrit B A C H en notation allemande (le si bémol s’écrit B et le si bécarre s’écrit H) et forme le nom de famille de Jean-Sébastien Bach.

La première occurrence de cette suite est due à Jan Pieterszoon Sweelinck — il est possible, mais pas certain, que celui-ci l’ait écrite en hommage à l’un des ancêtres de Johann Sebastian, eux-mêmes des musiciens réputés.

La notation allemande, particulière, permet d’écrire BACH en toutes lettres alors que la notation anglaise par exemple, ne connaît pas le « H », utilisé pour noter le si naturel. De même, le mi bémol, noté E bémol en notation anglaise, est un « Es », se prononçant comme la lettre « S », en notation allemande. » (Wikipedia)

Voilà, vous savez tout… ou presque… alors que pour ce qui me concerne, je n’en ai pas encore saisi toute la finesse…

Bref, ce fut un beau concert offert par cette pianiste, qui a joué avec beaucoup de finesse et de doigté pour un public hélas trop peu nombreux. Un seul regret de ma part : je l’ai trouvée un peu « froide ». Mais peut-être est-ce explicable? Je ne vous ai encore rien dit d’elle, et voulais finir par quelques mots à son sujet. Mais visiblement la communication est maîtrisée… Impossible de trouver une biographie autre que ce qui en est dit sur son site personnel. Elle y explique notamment son attrait pour Scriabine.

Si elle est très touchée par Brahms, Liszt et sa Sonate, la musique française, dans laquelle elle baigne depuis son enfance, Bach, vers qui elle revient toujours, c’est Scriabine qui entre puissamment en résonance avec ce qu’elle est aujourd’hui.

« Il rassemble maintes qualités que je recherche au piano : l’harmonie hyper sophistiquée aux couleurs raffinées, la superposition de mélodies créant de multiples plans sonores, la diversité des états émotionnels parfois opposés ; mais ce qui me touche plus que tout est la singularité de son imaginaire. »

Son dernier disque

Il est temps de tourner la page, la dernière des partitions et celle de ces belles découvertes. Un dernier regard « to the American Church ». Au fait, je suis maintenant capable de vous dire pourquoi « église » et non « temple » (vous vous souvenez de mon questionnement dans le précédent article?). C’est que les lieux accueillent différents cultes, diverses religions… Quant à moi, j’espère y retourner admirer les vitraux et écouter d’autres concerts…

Un concert à l’Eglise Américaine (1)

Lors des promenades en bateau-mouche, incontournables quand on reçoit des « touristes », j’ai été questionnée par la présence d’une « Eglise Américaine » sur les quais. Je ne sais pourquoi, l’alliance de ces deux termes tenait pour moi de l’oxymore, dans la mesure où les religions sur le continent américain me semblaient nombreuses et pas toujours très compatibles. En tout cas non fongibles en une « Eglise », même si le sens premier du terme évoque l’idée de « communauté ». Que peut signifier « communauté » pour l' »Amérique »?

Bref, une énigme pour moi, qui se représente à chaque fois que je passe devant, ce qui arrive souvent car j’aime emprunter les quais pour traverser Paris d’est en ouest. ou vice-versa.

Belle occasion à saisir, donc, que cette annonce d’un concert un dimanche en fin d’après-midi, à l’heure où je reviens de Picardie, souvent en passant par l’ouest….

Une route difficile sous une pluie battante et avec un vent à décorner les boeufs, mais je suis arrivée à temps, grâce à une place de stationnement libre juste à côté de l’adresse indiquée. Après la longue route faite sans interruption, une visite aux toilettes s’imposait. Et j’avoue que j’étais aussi curieuse d’en voir un peu plus que la salle de concert… Cela m’a effectivement permis de descendre à l’étage inférieur… enfin, pas tout à fait. Car l’édifice se présente comme le Palais de Cnossos, en demi-étage (ou tiers, ou quart, je n’ai pas mesuré!).

Et j’y ai découvert une école, reconnaissable aux petits porte-manteaux, aux casiers et aux salles de classe. Mais aussi au fait que les cuvettes sont visiblement pensées pour de jeunes enfants!

Un élément m’a interpelée, que je vous livre ici.

Je ne sais si vous parvenez à lire le panonceau? « Catacombes »… Que sont ces « catacombes »? S’agit-il d’un accès à celles que nous connaissons? Mais nous sommes bien loin de leur entrée, Place Denfert-Rochereau!

Alors, selon mon habitude, je suis allée vérifier.

https://www.laboiteverte.fr/wp-content/uploads/2014/11/plan-carte-catacombe-paris.jpg

D’après ce plan et les explications données, impossible… J’ai vérifié sur d’autres plans, tout aussi impossible.

Et c’est finalement, au bout d’un certain temps de recherches, dans un exposé fait par celle qui était en 2003 la pasteure « de la vie communautaire », Madame Christine Blair, que j’ai trouvé la réponse. Je cite d’abord le début de son texte, qui permet de comprendre pourquoi cette église.

« Grâce aux secours que la France a donnés à la nation nouvelle-née des Etats-Unis d’Amérique, beaucoup d’Américains sont venus étudier, faire du commerce ou travailler en France au début du XIXe siècle. On s’est vite rendu compte que les Américains avaient besoin d’un lieu de culte ou d’une chapelle. Un petit groupe anglophone a commencé à se rassembler pour le culte en 1814, et en 1816, l’Eglise Réformée de France a permis l’utilisation de l’Oratoire (à côté du Louvre). Napoléon III a signé le contrat qui a établi l’église rue de Berri, et c’est finalement en 1929 que nous avons construit l’église qui se trouve au quai d’Orsay.« 

En réalité, la première pierre fut posée en 1926, et elle fut inaugurée en 1931. Quant à l’église rue de Berri (8ème), j’ai eu des difficultés à la trouver. En réalité, il s’agissait d’une chapelle, sise au 21 de la rue, et qui a maintenant disparu (source).

Quelques lignes plus loin, les explications attendues.

« Une des missions principales de l’Eglise Américaine a été la présence auprès des jeunes étudiants anglophones, aux XIXe et XXe siècles. Par exemple, dans les années 1960 et 70, les étudiants se réunissaient dans ce que nous appelons « les catacombes » et les jeunes musiciens et acteurs y jouaient leur musique ou la comédie pour acquérir de l’expérience ou gagner leur repas. Ainsi l’Eglise Américaine a vu le commencement de carrières d’artistes maintenant très connus, comme Joan Baez, Bob Dylan, Robert DeNiro. Cette mission auprès des étudiants anglophones continue à être très importante pour notre église : nous avons un pasteur qui s’occupe exclusivement de la mission auprès des jeunes, adolescents ou jeunes adultes. » ((Emission du Comité Protestant des Amitiés Françaises à l’Etranger du dimanche 2 mars 2003, sur France-Culture à 8 h 25).)

Il s’agit donc d’une forme de « cave » ou « caveau », comme il en existait à cette époque à Saint-Germain-des-Prés et dans le quartier latin. Vous connaissez peut-être celle du superbe café « Chez Georges », rue des Canettes, dont j’ai déjà parlé sur ce blog, ou le Caveau de la Huchette?

Entrée de l’étage inférieur

Retour à l’étage supérieur, pour observer l’architecture des lieux.

Aile ouest, le couloir
Aile ouest vue du nord

Pour vous aider à mieux appréhender la visite, comme je n’ai pas trouvé de plan, je vous ai préparé un petit schéma.

La cour est plutôt un patio. Comme vous le voyez, elle est située à l’étage inférieur.

Eglise vue de l’aile ouest

Pour des détails concernant l’architecture, comme je ne suis pas compétente, je vous renvoie à la littérature sur Internet.

« L’architecte Carrol Greenough a bâti cette église sur les fondations d’une ancienne manufacture de tabac. La décoration a été en partie assurée par des artistes américains : Charles J. Connick, Walter G. Reynolds et Burnham dessinèrent des vitraux qui ont été réalisés par Charles Lorin ; Ralph Adams Cram a conçu le mobilier et le décor, tandis qu’on doit l’iconographie au Dr Joseph Wilson Cochran. » (source)

Selon d’autres sources, l’architecte, né en 1863 à New York (et mort en 1941 en Caroline du Nord), a fait ses études à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris et a vécu dans la capitale jusqu’en 1924. Il a donc conçu les plans, mais a été relayé sur place par un autre architecte.

« After graduation in Paris he continued to reside in the city. During the first World War Mr. Greenough designed a number of Army Hospitals in France, later collaborated in preparing plans for the American Church in Paris of which Ralph Adams Cram was architect. After returning to the U. S. in 1924 he maintained an office in New York for a time and devoted his attention mainly to work on Housing Projects. » (source)

Charles Jay Connick est à l’origine d’une célèbre fondation abritant entre autres un « studio » du vitrail aux Etats-Unis.

« After working in Pittsburgh, New York, and Boston, Charles J. Connick opened his stained glass studio at 9 Harcourt Street, Back Bay, Boston in April, 1913. From this time until it closed in 1986, the Connick Studio designed impressive windows for churches, cathedrals, chapels, schools, hospitals, and libraries throughout the United States and abroad. » (source)

Charles Jay Connick, vers 1945 (source)

Né en Pensylvanie en 1875, il a surtout travaillé dans la région de Boston. Mais il a voyagé, et visité la France.

« Connick a également étudié le dessin et la peinture dans des cours du soir et est allé en Angleterre et en France pour étudier les vitraux anciens et modernes, y compris ceux de la cathédrale de Chartres , dans lesquels il a examiné l’effet de la lumière et de l’optique qui avaient été utilisés aux XIIe et XIIIe siècles, mais qu’il percevait comme négligée depuis. [3] [5] Connick a également été influencé par le mouvement anglais Arts and Craftsvitrail Christopher Whall . [6] »

« Connick a préféré utiliser du verre « antique » transparent, similaire à celui du Moyen Âge et a loué ce type de verre comme « un éclat coloré, avec le lustre, l’intensité et la qualité vibrante déconcertante des lumières dansantes ». Il a utilisé une technique de joints de soudure « décalés » dans son avance et ses barres, ce qui, selon l’historien anglais du vitrail Peter Cormack, donne aux fenêtres leur caractère « syncopé ou » oscillant  » (source).

Vous trouverez un intéressant documentaire sur cet artiste en ligne.

Une seconde erreur, dans la présentation initiale, m’a valu d’errer assez longuement sur le net pour trouver qui était l’autre auteur des dessins des vitraux… Il ne s’agit évidemment pas du peintre Walter G. Reynolds, qui était mort depuis un bon moment à cette époque, mais de Joseph Gardiner Reynolds.

Joseph Gardiner Reynolds

« In 1923, Joe established a new studio with two former Connick artists and craftsmen, William M. Francis, a glass cutter, and Henry Rhonstock, a glass painter. The new studio was named Reynolds Francis and Rhonstock. Napoleon Setti later affiliated with them as a designer. The Reynolds Francis and Rhonstock studio was located at One Washington Street, Boston, Massachusetts, and produced designs and windows in the USA and France (see partial list), including the American Church in Paris. (For this special Church he produced two nave aisle windows). After the deaths of his partners, the studio name was changed in 1954 and Joe became the president of a new firm: Joseph G. Reynolds and Associates (Designers and Workers in Stained and Leaded Glass). » (source)

Le troisième larron mis en scène dans le texte choisi est Burnham. Pourquoi avoir omis les prénoms? Je l’ignore… Il s’appelait Walter Herbert Burnham. Cela, c’est sûr. Mais lequel? Car père (1887-1974) et fils (1913?-1984) ont eu exactement le même nom. Le premier a, lui aussi, beaucoup voyagé en Europe durant ses jeunes années. Mais il a entraîné ensuite son fils dans les mêmes périples. Seules les dates peuvent nous aider. En l’occurrence, il ne pouvait s’agir que du père… peut-être avec Junior…

« Among Burhnam’s most notable works are windows in the Cathedral of Saints Peter and Paul, Washington DC; the Cathedral of St. John the Divine and Riverside Church in New York City; Princeton University Chapel; and the American Church in Paris.

On tour with his family in Europe prior to the first World War, Burnham sketched famous stained glass windows in many cathedrals. In a 1935 article in the journal Stained Glass, Burnham expresses his views about the importance of the medieval tradition in the harmony of the primary colors, red, blue, and yellow, with the complementary orange, green, and violet typical of his windows. His studies of medieval windows demonstrated that reds and blues should predominate and be in good balance. Burnham also noted that windows should maintain high luminosity under all light conditions. » (source)

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William Herbert Burnham, aux environs de 1940

Après vous avoir présenté les trois artistes à l’origine des dessins des vitraux, j’en arrive à celui qui les a réalisés. Son nom vous dira peut-être quelque chose, car il (le nom, pas l’artiste!) existe encore aujourd’hui : Lorin. Voici le site de la Maison Lorin, qui perdure actuellement à Chartres. Une association avait été fondée en 1896 par Charles et sa mère. Elle a été transformée ensuite en entreprise. On peut imaginer que les vitraux de l’Eglise Américaine ont été réalisés dans les ateliers créés par Nicolas Lorin, le papa de Charles -dont je vais vous parler-, en 1863.

Vue Jardin
Ateliers de la Maison Lorin

Charles Lorin (1866 – 1940) était donc le digne descendant de son père, auquel il a succédé.

Charles Lorin par Lionel Royer
Charles Lorin

Très ancré dans le catholicisme (il avait fréquenté le Petit Séminaire), Charles Lorin a cependant prêté son art au protestantisme, comme c’est le cas ici, et au patriotisme, avec la réalisation de vitraux mémoriels.

signature de Charles Lorin
Sa signature
communication ancienne
Un artiste engagé…

Pour ce qui concerne les aspects techniques, j’y reviendrai ultérieurement, car j’ai commencé à m’intéresser aux diverses technique du vitrail… Revenons donc à l’architecture… et à l’église proprement dite. Soit dit en passant, comme je croyais que, chez les protestants, on parlait de « temple », je suis un peu perdue…

Façade ouest

L’église de style néo-gothique s’inspire plus particulièrement du gothique tardif anglo-saxon. Elle est construite selon un plan à nef unique, précédée d’un narthex et s’achevant par une abside encadrée de chapelles dont certains vitraux sont de Tiffany. Deux niveaux d’élévation (grandes arcades, fenêtres hautes à remplage flamboyant) et couverte par des voûtes d’ogives quadripartites. Le clocher-porche est reporté sur le flanc droit de l’édifice (église non orientée). » (source)

Façade ouest

Je ne vous propose pas d’y pénétrer tout de suite, ce sera pour le concert, dans le second article sur ce sujet…


Une belle découverte : le Premier, Ferrandi

Il est à Paris un certain nombre de restaurants d’application, comme le Guillaume Tirel dont j’ai parlé voici peu de temps. Ferrandi est de ceux-là, et sans doute parmi les meilleurs. Je vous le promets, je testerai les autres si je le puis…

En réalité, l’école Ferrandi offre plusieurs espaces de restauration, en lien avec le développement de compétences de ses élèves et la visée de leurs études. Celui dont je vais vous parler est le Premier. Non parce qu’il est le meilleur, mais parce qu’il est situé au 1er étage d’un des immenses bâtiments de l’école.

Un espace vaste, mais calme. Beaucoup de tables rondes, pouvant accueillir plusieurs convives, et quelques tables carrées pour les couples. Tables bien dressées, avec nappes blanches en tissu et couverts à la française (je déteste les couverts à l’anglaise, avec l’air offensif des dents des fourchettes).

Beaucoup de personnel pour servir, et je comprends vite pourquoi. Le jeune serveur est tellement angoissé que je m’enquiers de la cause de son stress. « Aujourd’hui c’est l’examen ». Et, pas de chance pour lui, je lui avais demandé la composition d’un plat, qu’il n’avait pas retenue. Il a donc dû aller consulter ses fiches. Pas de chance non plus avec les vins. Visiblement, il ne fait pas la différence entre un Bordeaux et un Bourgogne. Qui plus est, le vin commandé, un Saint Julien, est servi dans un panier à vin argenté, de ce style:

Présentoir panier porte-bouteille à vin en métal argenté image 1

Alors qu’il avait sorti la bouteille et s’escrimait à l’ouvrir, le professeur s’est précipité pour la reprendre, la replacer dans le panier. Crainte visible du jeune homme, qui ne savait évidemment pas ouvrir une bouteille dans cette position. Voilà qui donna à l’enseignant l’opportunité de briller devant les hôtes… Le breuvage est excellent. Exactement à mon goût, et je me délecte.

Tout au long du repas, des personnes passent, une fiche à la main, pour noter ce que font les jeunes. Mais l’ambiance reste calme, et le serveur se décontracte peu à peu…

En entrée, des mezzés. Un falafel d’abord, dans une émulsion délicate de sésame. Puis une assiette : homos, caviar d’aubergines, taboulé, avec du pain libanais tiède. Excellent.

Puis une côte de boeuf, découpée avec art par le serveur, visiblement plus à l’aise avec la viande qu’avec les bouteilles – alors qu’il veut être barman pour servir des cocktails.

Avec l’aimable autorisation de ce jeune serveur

Le plat est bien dressé, les assiettes également.

Ensuite, charriot de fromages. Affinés à point. Et servis à volonté!


Et, pour finir, un magnifique dessert extrêmement léger, suivi d’un café et de mignardises…

A la fin du repas, deux apprentis chefs, en toque, viennent s’enquérir des impressions des client-e-s. L’un est responsable des poissons, l’autre, de la viande.

Ce qui m’impressionne, c’est le sérieux et la concentration de tou-te-s ces jeunes, impeccablement vêtus et coiffés, qui vont et viennent dans cette vaste salle, ainsi que leur courtoisie et leur amabilité. Elles et ils sont en alternance, et travaillent en-dehors de l’école. Le serveur attitré de la table oeuvre à l’Automobile Club de France. Un autre est au restaurant de la direction de TF1, situé, explique-t-il, en haut de la tour.

Vous imaginez que cela a pris du temps… Effectivement, le repas s’est achevé à 16 heures! Mieux vaut donc aller ailleurs si on envisage de reprendre le travail à 14 h, ce qui, heureusement, n’était pas mon cas ce jour-là. Mais cela en valait vraiment la peine, et je me suis promis d’essayer un autre restaurant sis à la même adresse et qui en porte le numéro : le 28 (de la rue de l’Abbé Grégoire, dans le 6ème).

Times Square à Montparnasse

Guillaume de Tonquedec, ça vous dit quelque chose ? Cela vous évoque un château fort des Côtes d’Armor ?

Image illustrative de l’article Château de Tonquédec
Château de Tonquedec

Vous n’avez pas tort. Il existe bien, et date bien du XIIème siècle, pour sa partie la plus ancienne. Il a été acheté – pardon, acquis ! -en 1636 par René de Quengo, seigneur du Rochay (ou du Rocher, comme vous voulez). Depuis, sa famille l’a revendu, puis racheté, puis revendu à la fin du XIXème. Voilà qui explique le nom complet de Quengo de Tonquedec.

Armoiries de la famille de Quengo de Tonquedec

Voyez-vous à quoi nous en arrivons? Pas encore ? C’est que vous ignorez que l’un des descendants de cette noblesse bretonne porte ce nom, avec les prénoms de Guillaume Emmanuel Marie… Vous commencez à comprendre ? Eh oui, l’acteur aux 3 Molière (je ne parle pas du César ni du Prix Beaumarchais) est d’origine noble. Vous ne le saviez pas? Moi non plus, au moment où j’ai commencé à écrire cet article, et donc à me renseigner un peu plus sur lui!

File:Guillaume de Tonquédec 2013.jpg

Mais revenons à Paris, 1er jour du mois de 2/22… et au Théâtre Montparnasse. A 17 heures, j’ai couru acheter des places à l’Office de Tourisme de Paris, l’un des kiosques où l’on peut acquérir des places de première catégorie à moitié prix le jour de la représentation – ce qui est idéal pour les imprévoyantes comme moi! -, direction le quartier… breton! coïncidence, me direz-vous. Oui, mais j’aime y croire, aux co-incidences… Et, le soir… un régal!

3 acteurs et 1 actrice, la parité n’est pas respectée… Mais la jeune actrice (28 ans) occupe le terrain, face à un acteur aussi « présent ». Camille Aguilar montre des facettes variées de son talent dans un rôle qui est loin d’être facile. Les deux autres acteurs m’ont moins convaincue…

Je ne vous raconterai pas le scenario, car cela vous priverait des surprises qu’il réserve.

Donc juste un mot pour vous dire « Allez-y ». Certes les décors sont tristounets, et la mise en scène peu inventive selon moi. Mais…

Le texte de Clément Koch est d’une grande richesse, et les allusions, jeux de mots, citations ont provoqué à maintes reprises les rires de la salle… Les acteurs sont investis dans leur rôle et nous font partager des tensions et émotions intenses. L’une des répliques m’a fait penser à l’un de mes amis qui fait du théâtre amateur. Je vous la livre (de toutes façons, vous l’auriez trouvé en ligne, par exemple ici).

« Quand je joue, c’est comme si j’avais plus de place pour moi à l’intérieur de moi. Je sais, c’est un peu tordu à dire, mais c’est ça que ça me fait. De la place.« 

Ce n’est pas Guillaume de Tonquédec, alias Matt Donovan, acteur sur le déclin, qui la prononce, mais Camille Aguilar, alias Sara (« surtout sans H« , comme elle le répète) Bump, serveuse dans un bar, actrice en devenir.

Et surtout, le thème même, une réflexion sur la question « Qu’est-ce qu’être acteur/actrice? », thème passionnant en soi, est traité avec finesse…

Nobuyoshi Araki à la Bourse

Une salle aux murs blancs, tout en arrondis… Une suite de petits cadres avec des photographies en noir et blanc… Les badauds se suivent en longue procession pour les regarder, s’arrêtant peu devant chaque oeuvre. Et pourtant!

Pourtant, elles sont originales, d’une sobriété raffinée, d’une élégance rare, et si « parlantes », que leur sujet soit un Etre ou un Paysage ! Inutile de vous dire – car vous l’avez déjà compris – que j’ai été totalement séduite par cette exposition à la Bourse de Commerce de Paris, découverte de ce beau dernier dimanche de janvier…

La collection complète comporte 101 photographies dédiées à Robert Franck. D’aucuns font l’hypothèse que ce nombre désignerait un couple 1 et 1 séparé par le néant, le 0… Le couple serait le photographe et son épouse (et souvent modèle) décédée jeune. Le 0 représenterait donc la mort.

Mais les sujets, humains ou non, appartiennent bien à la Vie, sous maints aspects.

Je ne vous présenterai pas beaucoup de ces oeuvres (pourquoi faire des photos de photos?)… Juste quelques éléments représentatifs de ce qui m’a plu…

D’abord, des instantanés de paysages urbains et d’activités des citadin-e-s. Comme ces étangs de pêche parmi les immeubles…

Ensuite, les « Merveilleux Nuages » chers à Françoise Sagan, tels des tableaux abstraits à la mouvance poétique.

Enfin, toute une série dédiée aux nus féminins, dans des poses très langoureuses.

J’ai fait le choix de ne pas vous présenter un autre aspect de cet art, dédié au shibari et autres techniques nippones pour embellir le corps des femmes. Vous en trouverez sur le net autant que vous le souhaiterez… Bonne quête!

Un Paradis de mini-consommateurs/trices?

Un détour sur le chemin de l’exposition « SU » évoquée précédemment… détour qui, par un escalier quasi dérobé, m’a conduite dans un espace où tout est pensé pour les enfants, y compris la hauteur des plafonds et la surface des espaces. Un « Mini Bon Marché »… qui n’a de « bon marché » que le nom!

Des peluches? Rien que de très normal, même si nombre, qualité et taille peuvent surprendre.

Des montres? Plus surprenant, mais pourquoi pas?

Les couleurs sont soigneusement choisies pour ne pas évoquer la bi-catégorisation de sexe et, s’il y a du bleu, c’est parce qu’il s’harmonise avec le jaune…

Les bambins qui ne peuvent qu’être charmants ont droit à tout le confort, depuis des bancs doux à leurs tendres fessiers, comme ci-dessus, jusqu’à des mini-fauteuils et chauffeuses.

Les robes de princesse ne manquent pas, et sont proposées en une multitude de coloris tous plus attirants les uns que les autres…

Avez-cous remarqué les spécificités de ce mannequin? L’une d’entre elles devrait vous frapper, et évoquer une émission de télévision qui a marqué l’actualité ces derniers temps. Un autre indice?

Des véhicules miniatures sont présents à divers endroits de l’Espace Enfants. Certains sans chauffeur-e-s ni passagers/ères, comme celui que vous avez vu avec l’horlogerie, et celui qui suit…

Mais d’autres avec des mannequins…

Alors? Avez-vous remarqué quelque chose? Eh oui, nous sommes en lien avec l’intégrisme absolu… Pas de visage, pas de traits humains… Incroyable, non? En tout cas, pour moi, inattendu ici… Mais les enfants ne vont-ils pas au Paradis?

Immersion ?

Les articles vantant l’exposition « immersive » au Bon Marché m’a poussée, en ce samedi après-midi, à me rendre dans ce magasin que je n’ai visité que dans mon jeune temps, afin de mieux comprendre le roman de Zola qui narre sa naissance.

Je ne vous parlerai pas du magasin lui-même aujourd’hui… Promis, je mettrai en ligne la série de photos que j’y ai faites, subjuguée par la décoration et l’agencement des lieux. Non, c’est de SU que je vais traiter.

SU, en turc, signifie EAU. Oui, j’ai vérifié, et vous pourrez l’entendre prononcer sur ce site.

C’est en effet un artiste turc, Mehmet Ali Uysal, qui a créé les installations visibles dans le magasin et dans ses vitrines rue de Sèvres.

Immersif… je m’attendais à me sentir environnée par l’eau, plongée dans un univers marin, submergée d’émotions aquatiques…

Hélas!

Hélas, il n’en fut rien.

Une bonne surprise au début, cependant. Il faut dire que j’étais toute prête, sinon à nager, du moins à embarquer…

Une immense coque d’un blanc éclatant (c’est le Mois!) attend les passagers/ères à l’étage… Une fois entré-e-s à l’intérieur, vous avez droit à une vision marine…

… et mouvante, comme vous pouvez le constater sur ces deux photos. Vues qui ont provoqué un débat avec un physicien. Ma position? « Invraisemblable. On voit la mer de plus haut quand on est dans une cabine de bateau ». Contre-argument, basé sur la poussée d’Archimède « Pas toujours. Si le bateau est très chargé et que des cabines sont situées assez bas, on pourrait même être sous l’eau ». Bon, d’accord, je ne connais rien aux sciences. Mais par bon sens, jamais je ne louerais une cabine sise sous le niveau de la mer!

Ce n’est pas le vent qui est en poupe, mais des icebergs inversés, qui surplombent les étages inférieurs du magasin.

« Oeuvres colossales, ces cathédrales de glace suspendues culminent de la verrière, représentant le niveau de la mer, jusqu’au dessus des têtes des visiteurs. Le cœur du magasin se trouve ainsi plongé dans les profondeurs de l’océan confrontant le visiteur à la puissance de la nature. Les icebergs capturent d’importantes quantité de CO2 via l’écosystème qui les entoure et se nourrit de ces montagnes d’eau. »

Tel est le commentaire sur le site de la marque… Pour ma part, je n’ai vraiment pas été convaincue… Certes, cela produit un joli sujet pour les photos, mais vous risquez d’être déçu-e-s en allant voir sur place, car j’ai considérablement « zoomé ».

J’attends toujours l’immersion… En vain… des soldes, des rayons, d’autres oeuvres que je vous montrerai plus tard, mais pas d’eau, pas de mer ni de rivière, même pas de bleu dans les décors. Déception!

Un panneau annonce que l’exposition se poursuit dans les vitrines extérieures… j’y cours… pour voir une succession de fonds bleus à peine mouvants… Le bleu lui-même étant d’une fadeur certaine.

Un système électrique, situé en haut, fait effectivement légèrement bouger « l’eau », de manière différente dans chaque vitrine. Revenons aux commentaires :

« Mehmet Ali Uysal a souhaité métaphoriquement inonder le grand magasin ainsi que les vitrines en les immergeant entièrement sous l’eau. Cette installation fait écho à l’imminence de la fonte des glaces. Elle préfigure les risques dus à la montée des eaux, liés au réchauffement de la planète. »

Cette fois, je ne crains pas de dire que cela ressemble fort à de la publicité mensongère… Aucune inondation, aucune immersion, on reste « en-dehors », et j’allais dire « de glace » devant ces « oeuvres ». Vous ne serez peut-être pas de mon avis si vous allez voir cette exposition qui se poursuit jusqu’au 20 février. Si c’est le cas, écrivez un commentaire pour donner votre point de vue?