Times Square à Montparnasse

Guillaume de Tonquedec, ça vous dit quelque chose ? Cela vous évoque un château fort des Côtes d’Armor ?

Image illustrative de l’article Château de Tonquédec
Château de Tonquedec

Vous n’avez pas tort. Il existe bien, et date bien du XIIème siècle, pour sa partie la plus ancienne. Il a été acheté – pardon, acquis ! -en 1636 par René de Quengo, seigneur du Rochay (ou du Rocher, comme vous voulez). Depuis, sa famille l’a revendu, puis racheté, puis revendu à la fin du XIXème. Voilà qui explique le nom complet de Quengo de Tonquedec.

Armoiries de la famille de Quengo de Tonquedec

Voyez-vous à quoi nous en arrivons? Pas encore ? C’est que vous ignorez que l’un des descendants de cette noblesse bretonne porte ce nom, avec les prénoms de Guillaume Emmanuel Marie… Vous commencez à comprendre ? Eh oui, l’acteur aux 3 Molière (je ne parle pas du César ni du Prix Beaumarchais) est d’origine noble. Vous ne le saviez pas? Moi non plus, au moment où j’ai commencé à écrire cet article, et donc à me renseigner un peu plus sur lui!

File:Guillaume de Tonquédec 2013.jpg

Mais revenons à Paris, 1er jour du mois de 2/22… et au Théâtre Montparnasse. A 17 heures, j’ai couru acheter des places à l’Office de Tourisme de Paris, l’un des kiosques où l’on peut acquérir des places de première catégorie à moitié prix le jour de la représentation – ce qui est idéal pour les imprévoyantes comme moi! -, direction le quartier… breton! coïncidence, me direz-vous. Oui, mais j’aime y croire, aux co-incidences… Et, le soir… un régal!

3 acteurs et 1 actrice, la parité n’est pas respectée… Mais la jeune actrice (28 ans) occupe le terrain, face à un acteur aussi « présent ». Camille Aguilar montre des facettes variées de son talent dans un rôle qui est loin d’être facile. Les deux autres acteurs m’ont moins convaincue…

Je ne vous raconterai pas le scenario, car cela vous priverait des surprises qu’il réserve.

Donc juste un mot pour vous dire « Allez-y ». Certes les décors sont tristounets, et la mise en scène peu inventive selon moi. Mais…

Le texte de Clément Koch est d’une grande richesse, et les allusions, jeux de mots, citations ont provoqué à maintes reprises les rires de la salle… Les acteurs sont investis dans leur rôle et nous font partager des tensions et émotions intenses. L’une des répliques m’a fait penser à l’un de mes amis qui fait du théâtre amateur. Je vous la livre (de toutes façons, vous l’auriez trouvé en ligne, par exemple ici).

« Quand je joue, c’est comme si j’avais plus de place pour moi à l’intérieur de moi. Je sais, c’est un peu tordu à dire, mais c’est ça que ça me fait. De la place.« 

Ce n’est pas Guillaume de Tonquédec, alias Matt Donovan, acteur sur le déclin, qui la prononce, mais Camille Aguilar, alias Sara (« surtout sans H« , comme elle le répète) Bump, serveuse dans un bar, actrice en devenir.

Et surtout, le thème même, une réflexion sur la question « Qu’est-ce qu’être acteur/actrice? », thème passionnant en soi, est traité avec finesse…

Nobuyoshi Araki à la Bourse

Une salle aux murs blancs, tout en arrondis… Une suite de petits cadres avec des photographies en noir et blanc… Les badauds se suivent en longue procession pour les regarder, s’arrêtant peu devant chaque oeuvre. Et pourtant!

Pourtant, elles sont originales, d’une sobriété raffinée, d’une élégance rare, et si « parlantes », que leur sujet soit un Etre ou un Paysage ! Inutile de vous dire – car vous l’avez déjà compris – que j’ai été totalement séduite par cette exposition à la Bourse de Commerce de Paris, découverte de ce beau dernier dimanche de janvier…

La collection complète comporte 101 photographies dédiées à Robert Franck. D’aucuns font l’hypothèse que ce nombre désignerait un couple 1 et 1 séparé par le néant, le 0… Le couple serait le photographe et son épouse (et souvent modèle) décédée jeune. Le 0 représenterait donc la mort.

Mais les sujets, humains ou non, appartiennent bien à la Vie, sous maints aspects.

Je ne vous présenterai pas beaucoup de ces oeuvres (pourquoi faire des photos de photos?)… Juste quelques éléments représentatifs de ce qui m’a plu…

D’abord, des instantanés de paysages urbains et d’activités des citadin-e-s. Comme ces étangs de pêche parmi les immeubles…

Ensuite, les « Merveilleux Nuages » chers à Françoise Sagan, tels des tableaux abstraits à la mouvance poétique.

Enfin, toute une série dédiée aux nus féminins, dans des poses très langoureuses.

J’ai fait le choix de ne pas vous présenter un autre aspect de cet art, dédié au shibari et autres techniques nippones pour embellir le corps des femmes. Vous en trouverez sur le net autant que vous le souhaiterez… Bonne quête!

Un Paradis de mini-consommateurs/trices?

Un détour sur le chemin de l’exposition « SU » évoquée précédemment… détour qui, par un escalier quasi dérobé, m’a conduite dans un espace où tout est pensé pour les enfants, y compris la hauteur des plafonds et la surface des espaces. Un « Mini Bon Marché »… qui n’a de « bon marché » que le nom!

Des peluches? Rien que de très normal, même si nombre, qualité et taille peuvent surprendre.

Des montres? Plus surprenant, mais pourquoi pas?

Les couleurs sont soigneusement choisies pour ne pas évoquer la bi-catégorisation de sexe et, s’il y a du bleu, c’est parce qu’il s’harmonise avec le jaune…

Les bambins qui ne peuvent qu’être charmants ont droit à tout le confort, depuis des bancs doux à leurs tendres fessiers, comme ci-dessus, jusqu’à des mini-fauteuils et chauffeuses.

Les robes de princesse ne manquent pas, et sont proposées en une multitude de coloris tous plus attirants les uns que les autres…

Avez-cous remarqué les spécificités de ce mannequin? L’une d’entre elles devrait vous frapper, et évoquer une émission de télévision qui a marqué l’actualité ces derniers temps. Un autre indice?

Des véhicules miniatures sont présents à divers endroits de l’Espace Enfants. Certains sans chauffeur-e-s ni passagers/ères, comme celui que vous avez vu avec l’horlogerie, et celui qui suit…

Mais d’autres avec des mannequins…

Alors? Avez-vous remarqué quelque chose? Eh oui, nous sommes en lien avec l’intégrisme absolu… Pas de visage, pas de traits humains… Incroyable, non? En tout cas, pour moi, inattendu ici… Mais les enfants ne vont-ils pas au Paradis?

Immersion ?

Les articles vantant l’exposition « immersive » au Bon Marché m’a poussée, en ce samedi après-midi, à me rendre dans ce magasin que je n’ai visité que dans mon jeune temps, afin de mieux comprendre le roman de Zola qui narre sa naissance.

Je ne vous parlerai pas du magasin lui-même aujourd’hui… Promis, je mettrai en ligne la série de photos que j’y ai faites, subjuguée par la décoration et l’agencement des lieux. Non, c’est de SU que je vais traiter.

SU, en turc, signifie EAU. Oui, j’ai vérifié, et vous pourrez l’entendre prononcer sur ce site.

C’est en effet un artiste turc, Mehmet Ali Uysal, qui a créé les installations visibles dans le magasin et dans ses vitrines rue de Sèvres.

Immersif… je m’attendais à me sentir environnée par l’eau, plongée dans un univers marin, submergée d’émotions aquatiques…

Hélas!

Hélas, il n’en fut rien.

Une bonne surprise au début, cependant. Il faut dire que j’étais toute prête, sinon à nager, du moins à embarquer…

Une immense coque d’un blanc éclatant (c’est le Mois!) attend les passagers/ères à l’étage… Une fois entré-e-s à l’intérieur, vous avez droit à une vision marine…

… et mouvante, comme vous pouvez le constater sur ces deux photos. Vues qui ont provoqué un débat avec un physicien. Ma position? « Invraisemblable. On voit la mer de plus haut quand on est dans une cabine de bateau ». Contre-argument, basé sur la poussée d’Archimède « Pas toujours. Si le bateau est très chargé et que des cabines sont situées assez bas, on pourrait même être sous l’eau ». Bon, d’accord, je ne connais rien aux sciences. Mais par bon sens, jamais je ne louerais une cabine sise sous le niveau de la mer!

Ce n’est pas le vent qui est en poupe, mais des icebergs inversés, qui surplombent les étages inférieurs du magasin.

« Oeuvres colossales, ces cathédrales de glace suspendues culminent de la verrière, représentant le niveau de la mer, jusqu’au dessus des têtes des visiteurs. Le cœur du magasin se trouve ainsi plongé dans les profondeurs de l’océan confrontant le visiteur à la puissance de la nature. Les icebergs capturent d’importantes quantité de CO2 via l’écosystème qui les entoure et se nourrit de ces montagnes d’eau. »

Tel est le commentaire sur le site de la marque… Pour ma part, je n’ai vraiment pas été convaincue… Certes, cela produit un joli sujet pour les photos, mais vous risquez d’être déçu-e-s en allant voir sur place, car j’ai considérablement « zoomé ».

J’attends toujours l’immersion… En vain… des soldes, des rayons, d’autres oeuvres que je vous montrerai plus tard, mais pas d’eau, pas de mer ni de rivière, même pas de bleu dans les décors. Déception!

Un panneau annonce que l’exposition se poursuit dans les vitrines extérieures… j’y cours… pour voir une succession de fonds bleus à peine mouvants… Le bleu lui-même étant d’une fadeur certaine.

Un système électrique, situé en haut, fait effectivement légèrement bouger « l’eau », de manière différente dans chaque vitrine. Revenons aux commentaires :

« Mehmet Ali Uysal a souhaité métaphoriquement inonder le grand magasin ainsi que les vitrines en les immergeant entièrement sous l’eau. Cette installation fait écho à l’imminence de la fonte des glaces. Elle préfigure les risques dus à la montée des eaux, liés au réchauffement de la planète. »

Cette fois, je ne crains pas de dire que cela ressemble fort à de la publicité mensongère… Aucune inondation, aucune immersion, on reste « en-dehors », et j’allais dire « de glace » devant ces « oeuvres ». Vous ne serez peut-être pas de mon avis si vous allez voir cette exposition qui se poursuit jusqu’au 20 février. Si c’est le cas, écrivez un commentaire pour donner votre point de vue?

Incursion discrète chez les Boulangers

Je vous ai laissés, souvenez-vous, au numéro 11 du Quai d’Anjou. Il est temps de poursuivre la promenade, qui amène quelques mètres plus loin au numéro 7 dont le porche, lui aussi, est ouvert, ce qui suscite ma curiosité.

Au fond du porche, une salle ouverte laisse à penser qu’il vient de s’y dérouler un banquet. Ce qui, par ces temps de « barrières », est en soi surprenant.

Une autre porte, sur la droite, fermée mais vitrée, laisse entrevoir une galerie faisant penser à un musée. A tout hasard, je manie la clanche – pardon, la poignée – et, bien que je n’aie pas prononcé le fameux « Sésame, ouvre-toi », la porte s’ouvre, découvrant effectivement un univers engageant, fleurant bon le pain chaud.

L’entrée

Dommage que je ne puisse vous transmettre le plaisir olphactif!

Une plaque explique au/à la visiteur/euse l’histoire de l’édifice, sa destination et sa composition.

Corporation des maîtres boulangers? Voilà qui attise ma curiosité! Vous êtes prêt-e-s pour un petit détour historique? Revenons 1500 ans en arrière, à l’époque du roi Dagobert (vous savez, celui qui aurait mis un jour sa culotte à l’envers?). C’est lui qui commença à réglementer la vente du pain. Les paysans faisaient cuire leur pain au « four banal », ainsi appelé à cause du « ban », la redevance due au Seigneur du coin pour avoir le droit de s’en servir (outre le fait qu’on devait entretenir le four et le chemin qui y menait).

Four à pain. Enluminure extraite du Tacuinum sanitatis (vers 1390-1400)
Four à pain. Enluminure extraite du Tacuinum sanitatis (vers 1390-1400)

Vous avez sans doute, dans vos explorations touristiques été amené-e à voir l’un de ces fours, dont certains ont subsisté, voire commencent à être de nouveau utilisés pour des fêtes locales. Ainsi, à Urval, en Dordogne, on explicite ainsi l’événement:

« Chauffe du four : cette opération dure environ 1h30. Allumage du feu dans le four et alimentation en bois pendant environ 1h. Evacuation des braises. Nettoyage du four.
Mise au four du pain (15 minutes) et cuisson pendant 45 minutes
« .

Four banal du XIVème, remis en état, à Urval (source)

Point de « boulanger » à l’époque médiévale, mais le métier de « talmelier » (ou « talemelier »). Le terme apparaît dans des textes du XIIIème siècle.

« Du vieux-francique *tarewamelo « farine de froment », lié au néerlandais tarwemeel composé de tarwe (« froment ») et de meel (« farine »). Le talemelier ou talemeslier est un métier, cité dans le Livre des Métiers d’Étienne Boileau en 1268. Il figure aussi dans le Dictionnaire de Godefroy, cité à partir d’archives départementales de 1288. Albert Dauzat y voyait sans l’expliquer une influence des verbes ancien français taler (battre) et mesler (mélanger). A l’origine, il s’agit d’un tamisier qui tamisait la farine de froment grossière reçue des moulins. Plus tard, pour diversifier son activité, il a obtenu le droit de cuire le pain dans le four banal, devenant également « fournier« . Dès qu’il a pu obtenir le droit d’avoir son propre four, il est devenu l’équivalent de « panetier » ou de « pâtissier« . »

Ainsi, à l’origine, les boulangers étaient parfois des fermiers. Fermiers? Oui, car ils payaient le fermage, la redevance, soit au Seigneur, soit à la commune ou à d’autres propriétaires, comme certaines congrégations religieuses.

Calendrier médiéval (source)

Mais pourquoi les appelle-t-on, par la suite, « boulangers », le savez-vous?

Le terme, d’après le CNTRL, apparaîtrait en 1100 et aurait une origine picarde. Bienvenue chez les Ch’tis! Je vous laisse découvrir le petit « pavé » qui expose cela scientifiquement.

« 1100 lat. médiév. bolengarius subst. Abbeville (Recueil des Actes des Comtes de Ponthieu, éd. Brunel, 11 dans Bambeck Boden, pp. 186-187); autres textes pic., ibid.; ca 1120 bolengerius (Cartulaire de l’abbaye de Saint Martin de Pontoise, no40, 35 dans Quem.); ca 1170 bolengier (Aymeri de Narbonne, 2122 dans T.-L.); 1299 boulanger (Chart. de Charles d’Anjou dans Gdf. Compl.). Terme d’orig. pic.; prob. élargissement normalisant par le suff. -ier* de l’a. pic. boulenc « celui qui fabrique des pains ronds » (fin xiies., Charta Peagiorum urbis Ambianensis, quae est Philippi Comitis Flandriae dans Du Cange, s.v. bolendegarii [plur. boulens]), lui-même dér. avec suff. -enc (issu du germ. -ing, littéralement « celui qui fabrique les pains »; cf. a. fr. *tisserenc, tisserand*) d’un a. b. frq. *bolla « pain rond » (FEW t. 15, 1, p. 176) que l’on peut déduire du m. néerl. bolle « pain rond », Verdam [néerl. mod. bol « id. »], a. h. all. bolla, glosé pollis « fine farine de froment » (Graff t. 3, col. 96), m. h. all. bolle « farine de résidu », « pâtisserie faite avec cette farine » (Lexer) que Marchot dans Romania t. 47, pp. 207-211 rapproche du lat. pollen « fleur de farine », v. aussi Falk-Torp t. 1, p. 91. L’hyp. selon laquelle bolengier serait dér. de l’a. fr. bolenge « bluteau », xiiies. agn., G. de Biblesworth, Traité, 155 dans T.-L. (Wedgwood dans Romania, t. 8, pp. 436-437; Marchot, ibid., t. 47, pp. 211-213) fait difficulté des points de vue géogr. et chronologique. »

Si l’étymologie est pour vous zone obscure, pas de problème, passons directement à la suite. Vous l’aurez compris, le boulanger est soumis aux taxes diverses et au versement d’une sorte de loyer. Et c’est parfois dur pour lui de bien gagner sa vie, alors que le prix du pain est réglementé (quand il est, par la suite, propriétaire de son propre four, il travaille souvent en famille : pas de diversification, dans ce cas, des sources de revenus).

Réunion des Musées Nationaux-Grand Palais -
Codex Vindobonensis, series nova 2644 : préparation du pain (source)

Ils s’organisent et s’associent jusqu’à fonder une « corporation de métier ».

« Dans les bourgs et villes du Moyen Âge, après l’An Mil, les artisans s’organisent sous forme d’associations professionnelles, les « corps de métiers », aussi appelés selon le lieu : « gildes » (ou « guildes »), « hanses »

Ces associations organisent l’entraide et sévissent contre les franc-tireurs qui voudraient casser les prix ou dénaturer les pratiques professionnelles. Elles sont hiérarchisées, avec des maîtres, des compagnons et à la base des apprentis. Leur direction est assurée par des maîtres élus, les jurés, réunis en « jurandes » ou « maîtrises ».

Après quelques années de formation auprès d’un maître, les apprentis deviennent compagnons. Ils vont alors de ville en ville pour compléter leur formation chez différents maîtres. Les meilleurs, s’ils en ont les moyens, exécutent un « chef-d’oeuvre » et le soumettent à un jury. Ils peuvent alors devenir maîtres à leur tour. »

Un texte écrit en 1315 nous en apporte une preuve, en mettant en scène un boulanger, Roger le Passeur. Je vous situe le contexte : les Parisiens écrivent au prévôt pour se plaindre du prix élevé du pain.

« Au temps où les gens de Paris trouvaient que le pain était cher, en l’année 1315, ils avaient prié le prévôt de s’enquérir de l’affaire, et de voir si les boulangers ne ramassaient pas trop de sous. Roger Le Passeur fut nommé avec Pierre de Gournay pour défendre leurs confrères talemeliers et pour démontrer à tous que, s’ils avaient beaucoup de sous, on ne pouvait pas dire vraiment, comme de la boulangère de la chanson, qu’ils ne leur coûtaient guère. » (source. Attention, authenticité non prouvée)

Un intéressant ouvrage raconte la cérémonie durant laquelle on devient « maître ». Je ne suis pas parvenue à copier, mais vous le trouverez ici.

Pour faire bref, naquit la Corporation des Maîtres-Boulangers, à l’image d’autres corporations plus connues.

Atget, Eugène. Siège de la Corporation des Maîtres-Boulangers (1916)
Musée Carnavalet (source)

A côté de la corporation existe aussi la confrérie. Aux XVIIIème siècle apparaissent les Compagnons Boulangers du Devoir du Tour de France. Puis vont naître les syndicats, et une Confédération qui sera actée en 1884. En 1889, c’est le Syndicat Général de la Boulangerie qui voit le jour.

« En 1889, se tient au Palais du Trocadéro et sous la présidence de M. CORNET – Président du Syndicat de la Boulangerie de PARIS – le deuxième Congrès National de la Boulangerie. Les statuts d’un Syndicat Général de la Boulangerie Française y sont adoptés.

Le Président CORNET devient le Président de ce Syndicat Général dont le siège social est provisoirement situé au 7, quai d’Anjou, dans un hôtel particulier de 1642, situé dans l’Ile Saint-Louis. »

Au passage, nous avons ainsi la date de construction de l’Hôtel que je vous fais visiter virtuellement…

Mais je ne suis pas là pour écrire l’histoire de la boulangerie! Revenons donc à notre visite… Pour rappel, nous sommes ici.

Plan affiché dans l’entrée

Il est un meuble qui m’a toujours séduite, par sa simplicité et l’évocation de sa fonction… j’en ai acheté un dès que j’ai pu! C’est la maie. Eh bien, me voilà gâtée! Une exposition de maies, toutes plus belles les unes que les autres!

Les murs sont ornés de grandes reproductions de dessins qui présentent les différentes phases de la fabrication du pain.

Puis on arrive à un palier, qui dessert un escalier et une pièce d’où sort l’odeur alléchante dont je vous parlais au début.

Une machine à pétrir (je ne connais pas le nom technique fait écho à celle qui ornait l’entrée :

Et un objet m’impressionne, mais, comme il n’y a pas de commentaires, je ne comprends pas bien de quoi il s’agit…?

Le fournil des Boulangers du Grand Paris situé au rez de chaussée de leur superbe  siège au 7 quai d’Anjou vient de subir une rénovation majeure. Fours et batteurs dernière génération à écrans interactifs faciliteront le travail et permettront des économies substantielles d’énergie, le matériel de viennoiserie permettra des formations au CQP de tourier. Dans le laboratoire de pâtisserie  il sera possible d’opter pour des cuissons à basse température et à vapeur, bref de quoi donner envie de mettre la main à la pâte ! Le nouveau fournil peut accueillir 8 à 12 stagiaires avec possibilité de louer une salle dans les étages supérieurs.

J’apprendrai, au fil de mes recherches pour écrire ce texte, que la pièce dont la porte entrouverte laisse percevoir une activité artisanale intense est effectivement un site de fabrication du pain.

« Le président Franck Thomasse et son équipe voulaient mettre à  disposition un outil attractif, performant  permettant à différents acteurs de la filière de réaliser des présentations de gamme où des formations en boulangerie, viennoiserie  mais aussi des stages en pâtisserie et  en snacking.

L’adresse prestigieuse sur l’ile de la Cité à deux pas de la cathédrale Notre Dame, est également très attractive pour les boulangers étrangers de passage à Paris lors de salons professionnels. La première fournée est imminente et les réservations affluent ! » (source)

Et la photo nous éloigne du four banal!

Source ; site de l’AIPF (Association Internationale du Pain Français)

Mais une incursion au premier étage (sur la pointe des pieds) renvoie dans le passé : un magnifique vestiaire en bois précède l’entrée du Syndicat. Pas de photo, il faisait trop sombre!

En redescendant, un dernier coup d’oeil sur la salle qui m’avait intriguée au début.

Le portail que vous apercevez au font me permet de retrouver la Seine et les bruits de Paris, après cette parenthèse totalement inattendue. Direction maintenant la pointe de l’Ile… mais c’est une autre histoire…

Promenade sur l’Ile Saint Louis

Par ce bel après-midi de janvier, une petite pause promenade s’impose après la succession de visios. Direction : les îles. Pas celles du Pacifique, hélas, mais celles de la Seine, toute proche de mon lieu de résidence devenu lieu de travail. Et en particulier, ce jour, le tour de l’Ile Saint Louis. Déjà fait, me direz-vous. Oui mais. Il cache encore des trésors, que seul un portail laissé grand ouvert, puis une porte non close permettent de découvrir. C’est ce qui m’est arrivé et que je vous raconterai dans un prochain article, celui-ci ne concernant que la promenade jusqu’au lieu mystérieux que je vous présenterai alors.

Le début de la promenade m’a amenée à patauger…

Jusqu’au moment où il fallut se rendre à l’évidence : ce n’étaient plus les pieds, mais les mollets qu’il fallait tremper! Donc, remontée sur le quai d’Anjou. Pour que vous compreniez mieux, un petit plan s’impose peut-être…

Source de ce plan

Reprenons tranquillement : arrivée par le Pont de la Tournelle (vous le voyez, au Sud?), puis descente sous le Quai d’Orléans. La première photo est prise en face du Mémorial des Martyrs de la Déportation, face à la cathédrale en travaux (je vous ai épargné cette vue affligeante), près du Pont Saint Louis.

Contrejour depuis le Quai d’Anjou

Ce contrejour fait à peine ressortir le Panthéon sur un fond de couchant…

Vue du Quai d’Orléans

Prise quelques minutes plus tard, cette vue du bout du Quai d’Orléans, avec, à gauche, l’île de la Cité, au fond, la Tour Saint Jacques et, plus à droite, l’Hôtel de Ville éclairé par les derniers rayons de soleil. Le quai Bourbon, lui, ne bénéficie plus du soleil. Il se poursuit par le quai d’Anjou, où se situe ce que j’étais en train de narrer. C’est en contrebas de celui-ci qu’il est impossible de poursuivre, car l’eau a envahi le quai. Ce qui me permet de prendre la photo que j’avais ratée à l’aller…

Une tombe? Non point… juste une affiche électorale, en quelque sorte…

Morte de rire, j’imagine la même chose dans une zone de reboisement !

La remontée au niveau supérieur substitue l’architecture à l’ambiance aquatique (à défaut d’être sylvestre). Mais la publicité de notre Mairie continue. Après l’écologie, le progrès technologique.

Vous pourrez comprendre mieux en lisant le site de la Ville, mais je résume : le livreur peut savoir où il y a des zones de stationnement libres (plutôt pas mal), depuis son téléphone. Et… la Ville de Paris est alertée des dépassements de durée de stationnement en temps réel (malin, non? Même plus besoin de payer des contractuel-le-s ni des voitures espionnes!).

Après cette plongée dans le futur idyllique qui nous attend, revenons aux charmes de l’architecture d’antan… D’abord, l’Hôtel de Lauzun, au 17. Puis, au numéro 11, un portail ouvert m’invite à pénétrer dans une cour.

Vous avez du mal à lire la plaque? Un petit zoom s’impose (vous me pardonnerez le flou…)

Mais qui est ce Nicolas Lambert de Thorigny ? Difficile de savoir s’il était honnête ou pas, à en juger par ce que j’ai trouvé sur lui. Son frère, en tout cas, ne l’était pas : c’était un trafiquant notoire. Quant à lui, dit Lambert le riche, il avait acquis une telle fortune qu’il ne possédait pas moins de 14 immeubles sur l’ïle Saint Louis! Sa fonction? Président à la Chambre des Comptes, d’après la plaque et certains documents. Mais je ne l’ai pas retrouvé parmi les Premiers Présidents. Peut-être ne présidait-il qu’une des Chambres? Pour comprendre, une petite notice fournie par les Archives Nationales.

 » Elle avait trois grandes fonctions. Les deux premières, gestion du domaine royal et contrôle des comptes royaux, étaient étroitement liées à l’origine puisque le roi, comme tout seigneur, était censé, en règle générale, ne tirer des ressources que de son domaine. La dernière fonction était qualifiée « d’ordre public », c’est-à-dire à caractère public ; il s’agissait essentiellement de l’enregistrement de tout acte ayant des conséquences en matière de domaine et de finances royales, de la réception du serment de divers personnages, dont les comptables publics, et de la conservation des archives domaniales et comptables.

Peu à peu, les compétences de la Chambre s’étendirent et, à la fin de l’Ancien Régime, elle avait le contrôle de tous les comptes de la monarchie. Pour certains types de comptes, ce contrôle se faisait auprès des chambres provinciales concernées ; pour d’autres, par exemple en matière de bâtiments royaux ou d’extraordinaire des guerres, la chambre des comptes de Paris avait compétence sur tout le royaume. Cette compétence pouvait s’étendre au-delà même du territoire métropolitain, puisqu’étaient aussi rendus devant elle, par exemple, les comptes des colonies.

Au fur et à mesure des réunions de domaines princiers au domaine royal, la chambre des comptes de Paris avait absorbé la plupart des petites chambres provinciales. En revanche, c’est par démembrement de la chambre des comptes de Paris que furent créées les chambres des comptes de Montpellier (1523) et de Rouen (1580).

Le décret du 7 septembre 1790 supprima officiellement les douze chambres des comptes subsistant alors. Dans les faits, celle de Paris, comme la plupart des autres chambres, continua quelque temps à siéger ; elle tint sa dernière séance le 19 septembre 1791.« 

Source : site du British Museum

Il s’est offert pour la construction de cet Hôtel un architecte célèbre, celui-là même à qui l’on doit les appartements royaux au Château de Versailles : Louis le Vau.

Louis le Vau (source)

Soit dit en passant, le rusé Nicolas pouvait aller à pied au travail (ce qu’il ne faisait sans doute pas)… La Chambre des Comptes était en effet situé sur l’ile voisine, près de la Sainte Chapelle.

Veue de la Saincte Chapelle et de la Chambre des Comptes de Paris - Numélyo

Elle avait été partiellement détruite par un incendie huit ans avant la construction de l’Hôtel, dans la nuit du 26 au 27 octobre 1737.

Incendie de la Chambre des Comptes. Anonyme. Musée Carnavalet

Une grande partie des archives a disparu dans cet incendie. Il en sera de même lors de l’incendie de ce qui était devenu la Cour des Comptes. Elle s’était installée dans le Palais d’Orsay qui brûla en 1871… et ne retrouva des locaux stables qu’en 1912! Un hasard malheureux?

En effectuant ces recherches, j’ai découvert que la plaque photographiée n’est pas celle qui se trouvait sur la façade quand furent répertoriées les plaques de la Ville de Paris par des amateurs d’histoire, qui tiennent un site intéressant sur ce thème.

https://cb3e1e70-a-62cb3a1a-s-sites.googlegroups.com/site/parisparlesplaques/4eme-arrondissement/lambert-de-thorigny-nicolas-sp/Anjou%20%28Q%20d%27%29%20-%20015.JPG?attachauth=ANoY7crgberw_TLGtbqNzgfrLDLQqFp838pSzkjogsPa9_StB3q2pdgL-OPbna6EWvyCj3jvRmaEy8_djyhua9nJ4iH_7uEXt38H4B1pnyhGQxTc0aVBaxiytQNbk6uoeTymCj--pPwwFI3v4Pe2epheR6pFo8-onrE4Acn_Cf3eX5IHkXA_lNBJeUTd1DqAFnmdSHVFfbsRoD_vuikiydU9JRD8PX7NiqvozzNwbIEmF7JEuVALhDbKtt8Jybegca9TwClC-uEuhbNrZtY2QXhC6ymO-tHYGLq-DzFgWb3sriejswFRjwRmgFAE1wF7YZTEXgPwG0FS&attredirects=0
Plaque présentée sur le site Paris au fil des Plaques

Cela m’a conduite à explorer davantage… Qui est donc ce troisième personnage apparu récemment sur la plaque? Ma petite enquête m’a amenée à deux personnes ayant porté ce nom récemment : un officier de marine, né en 1904 et mort en 1994 – mais peu vraisemblable… – et une autre personne, née en 1918 et décédé en 2010… mais acheter un tel immeuble à 27 ans? Par contre, ce qui est certain, c’est qu’une descendante ou épouse de descendant de cet inconnu habite l’Hôtel, où elle exerce en tant qu’avocate. Elle aurait ainsi honoré la mémoire de son (beau-?) père ou aïeul (de son époux?) en faisant changer la plaque? En profitant de la renommée des autres noms sur celle-ci?

Les vastes portes en bois me laissent imaginer les équipages que cet Hôtel pouvait accueillir…

Sous le porche, une porte ouverte m’incite à jeter un oeil à l’intérieur, où je découvre un bel escalier surmonté de deux médaillons représentant des personnages du XVIIème siècle.

Il faudra que j’aille revoir le buste présent au pied de l’escalier, car j’en ai raté la photo et ne puis vous dire de qui il s’agit. Mais je comprends maintenant pourquoi les appliques murales comportent des fleurs de lys!

Quelques mètres plus loin, un autre portail ouvert… mais c’est une autre histoire…

Le resto du dimanche soir

Qui d’entre vous ne s’est pas un dimanche soir heurté à cette difficulté? Trouver un lieu vivant, un petit restaurant où clore le week-end avec des copains/copines ou ami-e-s ? Se restaurer dans tous les sens du terme avant d’aborder la semaine de travail?

Les Parisien-ne-s pouvaient, jusqu’à 2020, échapper à « la malédiction du dimanche soir ». La crise a quelque peu changé la donne : même en semaine la capitale « vit » moins… que dire de cette soirée qui clôt ou ouvre la semaine, selon les cultures. Rappelons qu’en langue arabe, par exemple, la dénomination des jours de la semaine indique qu’elle commence le dimanche : son nom signifie « le premier », le lundi étant « le deuxième », le mardi « le troisième », etc. Seul le vendredi échappe à cette règle, puisque son nom désigne une « assemblée ». En effet, c’est le jour saint de la semaine, celui d’une Prière spécifique. Il correspond dans l’histoire à la veille du Sabbat. Le « week-end » est donc, pour les pays musulmans, le vendredi-samedi et non le samedi-dimanche. Mais revenons à Paris un dimanche soir… je viens de rentrer de Picardie. Il fait froid dans mon studio. J’ai faim… Un appel d’amis qui me proposent de sortir. Il est déjà plus de 20 heures… Nous décidons de nous retrouver près du Panthéon. Chose dite, chose faite. Il est maintenant 21 heures. Où aller dîner dans une ambiance chaleureuse? Ils connaissent une adresse à la Contrescarpe. Que je ne connais pas? Eh oui! Je n’ai pas encore exploré tous les recoins de ce quartier…

Alors que les rues environnantes sont quasi-désertes, y compris ma rue si vivante la semaine avec tous les bars pour étudiant-e-s ouvrant leur terrasse le soir même en hiver, le quartier que j’aime beaucoup est toujours aussi animé. A vrai dire, la crise a eu du bon en éloignant les touristes : la Contrescarpe a retrouvé son allure de quartier où règnent les mixités.

Je vous laisse deviner le type de nourriture qui y est servi, en vous donnant un indice.

Dos du Menu

Avez-vous remarqué deux choses ?

D’abord, on dirait une île!!!

Ensuite, je vous propose un jeu : situez Saïgon… A vous…

En entrant, je suis saisie par l’atmosphère à la fois calme, sereine et chaleureuse qui règne dans ce petit restaurant. Les gens ont l’air bien, heureux… ça tranche avec la morosité ambiante!

La carte est d’un goût étrange, très colorée. Les plats plus connus des Français y cohabitent avec d’autres plus originaux. Les prix sont abordables (autour de 10-15 euros le plat principal ou unique). Les plats sont aussi joliment présentés qu’ils se révèlent pleins de saveurs fines et diverses. Les beignets sont un régal, les nems aussi. Le canard au tamarin est un ravissement. Quant au poulet à la citronnelle, il enchante les papilles…

Quatre trésors

A propos de « trésor », je suis preneuse de l’explication de ce terme très employé dans la cuisine vietnamienne. Qui sait à quoi il correspond? Je n’ai pas trouvé la réponse sur le net!

Le décor de la salle est un peu trop chargé, comme souvent dans ce type de restaurant, mais certains détails le distinguent de la plupart d’entre eux.

J’ai beaucoup apprécié ces mini-vanneries… Excusez la mauvaise qualité des photos, mon Iphone n’est décidément pas bon pour oeuvrer la nuit! Et ici, lumière douce pour ambiance feutrée…

Il ne me reste plus qu’à vous donner l’adresse de ce petit repaire convivial. Retour au Menu…

Haendel au Théâtre des Champs Elysées

Jamais je n’étais allée dans ce théâtre à l’histoire si marquée… Et j’en étais ravie, je dois bien l’avouer, de découvrir enfin l’édifice. En écho aux Années 30 qui ont marqué ma semaine, depuis la discussion sur les costumes de l’époque pour une pièce de Sacha Guitry qu’un de mes amis va jouer en amateur, jusqu’à l’architecture de Boulogne-Billancourt, en passant par le Musée qui leur est consacré… Il ne manquait plus que l’architecture et les oeuvres de ce théâtre, typique de l’Art Nouveau annonçant l’Art Déco !

Avant de pénétrer dans la salle, une visite s’imposait…

Vous l’avez compris, les escaliers aux fers si artistiquement stylés et aux détails si travaillés m’ont particulièrement intéressée. Mais je le fus aussi par les tableaux qui ornent les murs, à tous les étages.

Comment ne pas penser aux vers de Baudelaire ?

« Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté. »

C’est une Invitation à d’autres Voyages que nous propose le théâtre.
D’abord, un voyage dans le temps. En effet, une série de vitrines propose des objets, maquettes, affiches et photographies qui évoquent les divers spectacles célèbres qui s’y sont déroulés, ainsi que les acteurs et hôtes qui ont fréquenté ces lieux.

Je ne connaissais pas les ballets suédois, et me suis donc intéressée au sujet. C’est ainsi que j’ai découvert un documentaire très bref et intéressant à ce sujet. Vous le trouverez ici. Quant à l’histoire du théâtre lui-même, un exposé très complet est en ligne ici.

La sonnerie retentit. Il est temps de pénétrer dans la salle…

Dans un premier temps, j’essaie de décrypter ce qui est peint et écrit tout autour du plafond lumineux…

En effectuant mes recherches plus tard, j’ai compris pourquoi je n’avais pas compris; ce n’est pas un texte, mais un ensemble de textes qui se lisent… en croix! Voici la présentation qui en est faite.

 » Il y illustre quatre thèmes dans les écoinçons : l’Orgue, l’Orchestre, le Chœur et la Sonate. Et entre deux, les phrases suivantes.
– Au-dessus de la scène : « Aux rythmes dionysiaques unissant la Parole d’Orphée, Apollon ordonne les jeux des Grâces et des Muses ». En effet, nous apercevons parmi les personnages Apollon, Orphée et sa lyre, Eurydice, Ariane…
– A gauche de la scène : « Du cœur de l’Homme de toutes les voix de la nature jaillit la symphonie ». Beethoven et ses œuvres, représentées par des femmes.

– A droite de la scène : « l’Architecture de l’Opéra classique ennoblit les passions et les destins tragiques ». On y voit l’opéra baroque de Versailles, le compositeur Glück, Don Juan et Papageno de Mozart, Agathe, Carmen de Bizet…
– Et derrière le public, en face de la scène : « Sur les cimes dans l’angoisse et le rêve, drame lyrique ou poème, la Musique s’efforce vers un pur idéal ». Sur la gauche Chopin est adossé à un rocher, Wagner est représenté par des personnages de ses œuvres (Parsifal, Brünnhilde, Tristan et Yseult), Mélisande sous les traits de l’actrice Yvonne Lerolle, aux côtés de la fille de Maurice Denis… »

Car c’est Maurice Denis qui est l’auteur des fresques, dont il a voulu qu’elles représentent l’histoire de la musique, en s’appuyant sur ses conversations avec Vincent d’Indy.

Le lustre lui-même est exceptionnel à plus d’un titre. Par son esthétique, d’abord.

Mais aussi parce que c’est lui qui assure l’excellente acoustique de la salle. Qui pourrait deviner les prouesses techniques que cache cette merveilleuse apparence? Je vous invite à visionner ce documentaire qui explique ce qui est dissimulé entre le plafond et le lustre, avant de présenter des détails de l’oeuvre de Maurice Denis.

Mais il est temps de se concentrer sur la scène… les musiciens commencent à entrer, puis les chanteurs, puis le chef d’orchestre…

Le silence se fait, et le ténor va se placer à la droite du chef… Je découvre alors que les paroles sont traduites et projetées à trois endroits. En grand, au-dessus de la scène. Et en plus petit, à droite et à gauche, beaucoup plus bas. Au début, j’apprécie de comprendre ce qui est dit, car l’anglais de cette époque, qui plus est, chanté, n’est pas aisément compréhensible pour la mauvaise anglophone que je suis. Par la suite, j’en suis venue à me demander si cela ne constituait pas plutôt un obstacle, comme un paravent entre l’oeuvre et l’auditeur-e…

Moi qui avais déjà assisté à une représentation de la même oeuvre à la Madeleine deux ans avant, j’ai trouvé fort peu de ressemblances entre les deux interprétations. Il faut dire que la première était plutôt perturbée, comme je l’ai narré dans l’article Le Messiah que je lui ai consacré sur ce blog. Un point commun cependant : la soprano, dans les deux cas, a une voix trop faible, qui est couverte par la musique, et peu audible pour les spectateur-e-s. N’était-elle pas en forme, ou n’a-t-elle pas suffisamment levé la tête pour que la machinerie placée dans le lustre saisisse mieux les sons ? Marie-Henriette Reinhold ne semblait pas très à son aise sur scène. Il serait intéressant d’en connaître la raison… Très peu de vidéos sur elle en ligne, mais celle-ci démontre bien la puissance de sa voix. Un mystère, donc, que ce qui pourrait apparaître comme une contre-performance.

L’orchestre joue avec coeur et talent, sous la direction d’un chef expressif, qui par moments « danse » sur la scène. Hans Christoph Rademann n’hésite pas à quitter le pupitre pour être au plus près des musicien-ne-s et du choeur. Si cela vous intéresse, vous pourrez le voir en action, dans le Magnificat (Bach) sur cette vidéo.

La « basse » est interprétée par le bariton Tobias Berndt. Une véritable prouesse lors de la deuxième partie de l’oratorio… et le public l’a reconnue, à en juger par la force des applaudissements en fin de spectacle! On peut en avoir un aperçu dans son interprétation d’un autre air de Händel, en ligne ici.

Le ténor est Islandais. Benedikt Kristjansson a bien modifié son apparence depuis le temps où il enregistra la Passion de Saint Jean de Bach. Plus de cheveux longs… et il paraît bien « sage »… trop, à mon goût, trop de retenue dans son expression, c’est dommage… Mais je ne suis pas spécialiste, loin de là!

Ma préférée, et de loin, fut Dorothée Mields. Gracieuse malgré une robe vraiment affreuse et qui ne l’avantageait pas, la soprano (annoncée ici comme ténor?) m’a conquise dans les (trop rares) airs qu’elle a interprétés. Vous pouvez la voir et l’écouter sur cette vidéo ou cette autre. Et j’aime beaucoup l’entendre dans ce morceau.

Le choeur, quant à lui, s’est révélé exceptionnel et a séduit le public, qui aurait aimé un « bis » à la fin de la représentation.

J’attendais avec impatience le Hallelujah, me demandant si, comme cela se fait dans certains pays, le public allait se lever pour l’entendre. Ce ne fut pas, à mon sens, le « morceau d’éclat » de l’ensemble. Par contre, le « Amen » final a emporté / transporté / enthousiasmé, au sens profond du terme – allusion à theos, le Dieu – la salle. J’en ai écouté plusieurs versions en ligne, dont celle-ci qui a beaucoup de grâce, mais aucune n’atteint la puissance, la force, la beauté prenante de celle que j’ai entendu en ce mois de janvier 2022.

Malgré les petits « bémols » – c’est le cas de le dire! – que je me suis permis dans ce qui précède, ce fut un spectacle remarquable, et des moments très émouvants, de ceux qui marquent la mémoire. S’il en est parmi vous qui ne connaissez pas l’oeuvre, vous pouvez la découvrir dans son intégralité lors d’un enregistrement à la Grace Cathedral de San Francisco.

« Standing ovation » pour le choeur, les chanteur-e-s, l’orchestre et son chef, qui a duré longtemps… Hélas le public n’a pas eu droit à un « bis » quelconque, dommage!

Boire un verre au calme…

Un groupe OVS (merci, « Mickeno75 »!) m’a fait découvrir un lieu dont la situation ne permettait pas de penser qu’on pouvait s’y sentir « bien », « au calme », presque « dépaysé-e »… Surtout que son nom n’invite pas à la rêverie! « Motel One Paris« ! Qui aurait l’idée de penser à aller y inviter ses ami-e-s, ou y boire un verre sereinement? Pas moi, en tout cas!

Et pourtant…

Le Palais vu de l’Allée menant au Motel One

Situé entre le Périphérique et le Palais de la Porte Dorée, coincé entre une rue et celui-ci, un hâvre de paix vous attend. On y pénètre par une allée qui débouche sur une terrasse verdoyante (en saison) avec salons de jardin.

L’ensemble, de loin, ne paie pas de mine, mais des éléphants vous accueillent, derrière les hôtesses souriantes. Les larges baies vitrées diffusent, à cette heure du thé, en janvier, une belle vue sur le couchant au-dessus des arbres entourant le Lac Daumesnil, tout proche.

Comme vous le voyez, de profonds fauteuils de cuir vous tendent les bras… Mais ils ne sont pas les seuls. Toutes sortes de sièges vous sont proposés, allant de subtils modernes aux allures japonisantes ou poufs couverts de peluche ou aux canapés joliment agencés et décorés.

Les éclairages sont tout aussi subtils, et diffusent une lumière variable selon les endroits, mais toujours douce.

On se dit qu’il doit faire bon prendre le petit-déjeuner dans l’espace réservé, au fond de la vaste salle.

Pas de cloisons, mais un cloisonnement aérien, marqué par exemple par des étagères portant des plantes légères.

Lorsque je ressors à la nuit tombante, je suis accueillie par le croissant de lune sur le Lac…

Croissant de lune (à gauche des deux petits nuages gris)