Incursion discrète chez les Boulangers

Je vous ai laissés, souvenez-vous, au numéro 11 du Quai d’Anjou. Il est temps de poursuivre la promenade, qui amène quelques mètres plus loin au numéro 7 dont le porche, lui aussi, est ouvert, ce qui suscite ma curiosité.

Au fond du porche, une salle ouverte laisse à penser qu’il vient de s’y dérouler un banquet. Ce qui, par ces temps de « barrières », est en soi surprenant.

Une autre porte, sur la droite, fermée mais vitrée, laisse entrevoir une galerie faisant penser à un musée. A tout hasard, je manie la clanche – pardon, la poignée – et, bien que je n’aie pas prononcé le fameux « Sésame, ouvre-toi », la porte s’ouvre, découvrant effectivement un univers engageant, fleurant bon le pain chaud.

L’entrée

Dommage que je ne puisse vous transmettre le plaisir olphactif!

Une plaque explique au/à la visiteur/euse l’histoire de l’édifice, sa destination et sa composition.

Corporation des maîtres boulangers? Voilà qui attise ma curiosité! Vous êtes prêt-e-s pour un petit détour historique? Revenons 1500 ans en arrière, à l’époque du roi Dagobert (vous savez, celui qui aurait mis un jour sa culotte à l’envers?). C’est lui qui commença à réglementer la vente du pain. Les paysans faisaient cuire leur pain au « four banal », ainsi appelé à cause du « ban », la redevance due au Seigneur du coin pour avoir le droit de s’en servir (outre le fait qu’on devait entretenir le four et le chemin qui y menait).

Four à pain. Enluminure extraite du Tacuinum sanitatis (vers 1390-1400)
Four à pain. Enluminure extraite du Tacuinum sanitatis (vers 1390-1400)

Vous avez sans doute, dans vos explorations touristiques été amené-e à voir l’un de ces fours, dont certains ont subsisté, voire commencent à être de nouveau utilisés pour des fêtes locales. Ainsi, à Urval, en Dordogne, on explicite ainsi l’événement:

« Chauffe du four : cette opération dure environ 1h30. Allumage du feu dans le four et alimentation en bois pendant environ 1h. Evacuation des braises. Nettoyage du four.
Mise au four du pain (15 minutes) et cuisson pendant 45 minutes
« .

Four banal du XIVème, remis en état, à Urval (source)

Point de « boulanger » à l’époque médiévale, mais le métier de « talmelier » (ou « talemelier »). Le terme apparaît dans des textes du XIIIème siècle.

« Du vieux-francique *tarewamelo « farine de froment », lié au néerlandais tarwemeel composé de tarwe (« froment ») et de meel (« farine »). Le talemelier ou talemeslier est un métier, cité dans le Livre des Métiers d’Étienne Boileau en 1268. Il figure aussi dans le Dictionnaire de Godefroy, cité à partir d’archives départementales de 1288. Albert Dauzat y voyait sans l’expliquer une influence des verbes ancien français taler (battre) et mesler (mélanger). A l’origine, il s’agit d’un tamisier qui tamisait la farine de froment grossière reçue des moulins. Plus tard, pour diversifier son activité, il a obtenu le droit de cuire le pain dans le four banal, devenant également « fournier« . Dès qu’il a pu obtenir le droit d’avoir son propre four, il est devenu l’équivalent de « panetier » ou de « pâtissier« . »

Ainsi, à l’origine, les boulangers étaient parfois des fermiers. Fermiers? Oui, car ils payaient le fermage, la redevance, soit au Seigneur, soit à la commune ou à d’autres propriétaires, comme certaines congrégations religieuses.

Calendrier médiéval (source)

Mais pourquoi les appelle-t-on, par la suite, « boulangers », le savez-vous?

Le terme, d’après le CNTRL, apparaîtrait en 1100 et aurait une origine picarde. Bienvenue chez les Ch’tis! Je vous laisse découvrir le petit « pavé » qui expose cela scientifiquement.

« 1100 lat. médiév. bolengarius subst. Abbeville (Recueil des Actes des Comtes de Ponthieu, éd. Brunel, 11 dans Bambeck Boden, pp. 186-187); autres textes pic., ibid.; ca 1120 bolengerius (Cartulaire de l’abbaye de Saint Martin de Pontoise, no40, 35 dans Quem.); ca 1170 bolengier (Aymeri de Narbonne, 2122 dans T.-L.); 1299 boulanger (Chart. de Charles d’Anjou dans Gdf. Compl.). Terme d’orig. pic.; prob. élargissement normalisant par le suff. -ier* de l’a. pic. boulenc « celui qui fabrique des pains ronds » (fin xiies., Charta Peagiorum urbis Ambianensis, quae est Philippi Comitis Flandriae dans Du Cange, s.v. bolendegarii [plur. boulens]), lui-même dér. avec suff. -enc (issu du germ. -ing, littéralement « celui qui fabrique les pains »; cf. a. fr. *tisserenc, tisserand*) d’un a. b. frq. *bolla « pain rond » (FEW t. 15, 1, p. 176) que l’on peut déduire du m. néerl. bolle « pain rond », Verdam [néerl. mod. bol « id. »], a. h. all. bolla, glosé pollis « fine farine de froment » (Graff t. 3, col. 96), m. h. all. bolle « farine de résidu », « pâtisserie faite avec cette farine » (Lexer) que Marchot dans Romania t. 47, pp. 207-211 rapproche du lat. pollen « fleur de farine », v. aussi Falk-Torp t. 1, p. 91. L’hyp. selon laquelle bolengier serait dér. de l’a. fr. bolenge « bluteau », xiiies. agn., G. de Biblesworth, Traité, 155 dans T.-L. (Wedgwood dans Romania, t. 8, pp. 436-437; Marchot, ibid., t. 47, pp. 211-213) fait difficulté des points de vue géogr. et chronologique. »

Si l’étymologie est pour vous zone obscure, pas de problème, passons directement à la suite. Vous l’aurez compris, le boulanger est soumis aux taxes diverses et au versement d’une sorte de loyer. Et c’est parfois dur pour lui de bien gagner sa vie, alors que le prix du pain est réglementé (quand il est, par la suite, propriétaire de son propre four, il travaille souvent en famille : pas de diversification, dans ce cas, des sources de revenus).

Réunion des Musées Nationaux-Grand Palais -
Codex Vindobonensis, series nova 2644 : préparation du pain (source)

Ils s’organisent et s’associent jusqu’à fonder une « corporation de métier ».

« Dans les bourgs et villes du Moyen Âge, après l’An Mil, les artisans s’organisent sous forme d’associations professionnelles, les « corps de métiers », aussi appelés selon le lieu : « gildes » (ou « guildes »), « hanses »…

Ces associations organisent l’entraide et sévissent contre les franc-tireurs qui voudraient casser les prix ou dénaturer les pratiques professionnelles. Elles sont hiérarchisées, avec des maîtres, des compagnons et à la base des apprentis. Leur direction est assurée par des maîtres élus, les jurés, réunis en « jurandes » ou « maîtrises ».

Après quelques années de formation auprès d’un maître, les apprentis deviennent compagnons. Ils vont alors de ville en ville pour compléter leur formation chez différents maîtres. Les meilleurs, s’ils en ont les moyens, exécutent un « chef-d’oeuvre » et le soumettent à un jury. Ils peuvent alors devenir maîtres à leur tour. »

Un texte écrit en 1315 nous en apporte une preuve, en mettant en scène un boulanger, Roger le Passeur. Je vous situe le contexte : les Parisiens écrivent au prévôt pour se plaindre du prix élevé du pain.

« Au temps où les gens de Paris trouvaient que le pain était cher, en l’année 1315, ils avaient prié le prévôt de s’enquérir de l’affaire, et de voir si les boulangers ne ramassaient pas trop de sous. Roger Le Passeur fut nommé avec Pierre de Gournay pour défendre leurs confrères talemeliers et pour démontrer à tous que, s’ils avaient beaucoup de sous, on ne pouvait pas dire vraiment, comme de la boulangère de la chanson, qu’ils ne leur coûtaient guère. » (source. Attention, authenticité non prouvée)

Un intéressant ouvrage raconte la cérémonie durant laquelle on devient « maître ». Je ne suis pas parvenue à copier, mais vous le trouverez ici.

Pour faire bref, naquit la Corporation des Maîtres-Boulangers, à l’image d’autres corporations plus connues.

Atget, Eugène. Siège de la Corporation des Maîtres-Boulangers (1916)
Musée Carnavalet (source)

A côté de la corporation existe aussi la confrérie. Aux XVIIIème siècle apparaissent les Compagnons Boulangers du Devoir du Tour de France. Puis vont naître les syndicats, et une Confédération qui sera actée en 1884. En 1889, c’est le Syndicat Général de la Boulangerie qui voit le jour.

« En 1889, se tient au Palais du Trocadéro et sous la présidence de M. CORNET – Président du Syndicat de la Boulangerie de PARIS – le deuxième Congrès National de la Boulangerie. Les statuts d’un Syndicat Général de la Boulangerie Française y sont adoptés.

Le Président CORNET devient le Président de ce Syndicat Général dont le siège social est provisoirement situé au 7, quai d’Anjou, dans un hôtel particulier de 1642, situé dans l’Ile Saint-Louis. »

Au passage, nous avons ainsi la date de construction de l’Hôtel que je vous fais visiter virtuellement…

Mais je ne suis pas là pour écrire l’histoire de la boulangerie! Revenons donc à notre visite… Pour rappel, nous sommes ici.

Plan affiché dans l’entrée

Il est un meuble qui m’a toujours séduite, par sa simplicité et l’évocation de sa fonction… j’en ai acheté un dès que j’ai pu! C’est la maie. Eh bien, me voilà gâtée! Une exposition de maies, toutes plus belles les unes que les autres!

Les murs sont ornés de grandes reproductions de dessins qui présentent les différentes phases de la fabrication du pain.

Puis on arrive à un palier, qui dessert un escalier et une pièce d’où sort l’odeur alléchante dont je vous parlais au début.

Une machine à pétrir (je ne connais pas le nom technique fait écho à celle qui ornait l’entrée :

Et un objet m’impressionne, mais, comme il n’y a pas de commentaires, je ne comprends pas bien de quoi il s’agit…?

Le fournil des Boulangers du Grand Paris situé au rez de chaussée de leur superbe  siège au 7 quai d’Anjou vient de subir une rénovation majeure. Fours et batteurs dernière génération à écrans interactifs faciliteront le travail et permettront des économies substantielles d’énergie, le matériel de viennoiserie permettra des formations au CQP de tourier. Dans le laboratoire de pâtisserie  il sera possible d’opter pour des cuissons à basse température et à vapeur, bref de quoi donner envie de mettre la main à la pâte ! Le nouveau fournil peut accueillir 8 à 12 stagiaires avec possibilité de louer une salle dans les étages supérieurs.

J’apprendrai, au fil de mes recherches pour écrire ce texte, que la pièce dont la porte entrouverte laisse percevoir une activité artisanale intense est effectivement un site de fabrication du pain.

« Le président Franck Thomasse et son équipe voulaient mettre à  disposition un outil attractif, performant  permettant à différents acteurs de la filière de réaliser des présentations de gamme où des formations en boulangerie, viennoiserie  mais aussi des stages en pâtisserie et  en snacking.

L’adresse prestigieuse sur l’ile de la Cité à deux pas de la cathédrale Notre Dame, est également très attractive pour les boulangers étrangers de passage à Paris lors de salons professionnels. La première fournée est imminente et les réservations affluent ! » (source)

Et la photo nous éloigne du four banal!

Source ; site de l’AIPF (Association Internationale du Pain Français)

Mais une incursion au premier étage (sur la pointe des pieds) renvoie dans le passé : un magnifique vestiaire en bois précède l’entrée du Syndicat. Pas de photo, il faisait trop sombre!

En redescendant, un dernier coup d’oeil sur la salle qui m’avait intriguée au début.

Le portail que vous apercevez au font me permet de retrouver la Seine et les bruits de Paris, après cette parenthèse totalement inattendue. Direction maintenant la pointe de l’Ile… mais c’est une autre histoire…

Promenade sur l’Ile Saint Louis

Par ce bel après-midi de janvier, une petite pause promenade s’impose après la succession de visios. Direction : les îles. Pas celles du Pacifique, hélas, mais celles de la Seine, toute proche de mon lieu de résidence devenu lieu de travail. Et en particulier, ce jour, le tour de l’Ile Saint Louis. Déjà fait, me direz-vous. Oui mais. Il cache encore des trésors, que seul un portail laissé grand ouvert, puis une porte non close permettent de découvrir. C’est ce qui m’est arrivé et que je vous raconterai dans un prochain article, celui-ci ne concernant que la promenade jusqu’au lieu mystérieux que je vous présenterai alors.

Le début de la promenade m’a amenée à patauger…

Jusqu’au moment où il fallut se rendre à l’évidence : ce n’étaient plus les pieds, mais les mollets qu’il fallait tremper! Donc, remontée sur le quai d’Anjou. Pour que vous compreniez mieux, un petit plan s’impose peut-être…

Source de ce plan

Reprenons tranquillement : arrivée par le Pont de la Tournelle (vous le voyez, au Sud?), puis descente sous le Quai d’Orléans. La première photo est prise en face du Mémorial des Martyrs de la Déportation, face à la cathédrale en travaux (je vous ai épargné cette vue affligeante), près du Pont Saint Louis.

Contrejour depuis le Quai d’Anjou

Ce contrejour fait à peine ressortir le Panthéon sur un fond de couchant…

Vue du Quai d’Orléans

Prise quelques minutes plus tard, cette vue du bout du Quai d’Orléans, avec, à gauche, l’île de la Cité, au fond, la Tour Saint Jacques et, plus à droite, l’Hôtel de Ville éclairé par les derniers rayons de soleil. Le quai Bourbon, lui, ne bénéficie plus du soleil. Il se poursuit par le quai d’Anjou, où se situe ce que j’étais en train de narrer. C’est en contrebas de celui-ci qu’il est impossible de poursuivre, car l’eau a envahi le quai. Ce qui me permet de prendre la photo que j’avais ratée à l’aller…

Une tombe? Non point… juste une affiche électorale, en quelque sorte…

Morte de rire, j’imagine la même chose dans une zone de reboisement !

La remontée au niveau supérieur substitue l’architecture à l’ambiance aquatique (à défaut d’être sylvestre). Mais la publicité de notre Mairie continue. Après l’écologie, le progrès technologique.

Vous pourrez comprendre mieux en lisant le site de la Ville, mais je résume : le livreur peut savoir où il y a des zones de stationnement libres (plutôt pas mal), depuis son téléphone. Et… la Ville de Paris est alertée des dépassements de durée de stationnement en temps réel (malin, non? Même plus besoin de payer des contractuel-le-s ni des voitures espionnes!).

Après cette plongée dans le futur idyllique qui nous attend, revenons aux charmes de l’architecture d’antan… D’abord, l’Hôtel de Lauzun, au 17. Puis, au numéro 11, un portail ouvert m’invite à pénétrer dans une cour.

Vous avez du mal à lire la plaque? Un petit zoom s’impose (vous me pardonnerez le flou…)

Mais qui est ce Nicolas Lambert de Thorigny ? Difficile de savoir s’il était honnête ou pas, à en juger par ce que j’ai trouvé sur lui. Son frère, en tout cas, ne l’était pas : c’était un trafiquant notoire. Quant à lui, dit Lambert le riche, il avait acquis une telle fortune qu’il ne possédait pas moins de 14 immeubles sur l’ïle Saint Louis! Sa fonction? Président à la Chambre des Comptes, d’après la plaque et certains documents. Mais je ne l’ai pas retrouvé parmi les Premiers Présidents. Peut-être ne présidait-il qu’une des Chambres? Pour comprendre, une petite notice fournie par les Archives Nationales.

 » Elle avait trois grandes fonctions. Les deux premières, gestion du domaine royal et contrôle des comptes royaux, étaient étroitement liées à l’origine puisque le roi, comme tout seigneur, était censé, en règle générale, ne tirer des ressources que de son domaine. La dernière fonction était qualifiée « d’ordre public », c’est-à-dire à caractère public ; il s’agissait essentiellement de l’enregistrement de tout acte ayant des conséquences en matière de domaine et de finances royales, de la réception du serment de divers personnages, dont les comptables publics, et de la conservation des archives domaniales et comptables.

Peu à peu, les compétences de la Chambre s’étendirent et, à la fin de l’Ancien Régime, elle avait le contrôle de tous les comptes de la monarchie. Pour certains types de comptes, ce contrôle se faisait auprès des chambres provinciales concernées ; pour d’autres, par exemple en matière de bâtiments royaux ou d’extraordinaire des guerres, la chambre des comptes de Paris avait compétence sur tout le royaume. Cette compétence pouvait s’étendre au-delà même du territoire métropolitain, puisqu’étaient aussi rendus devant elle, par exemple, les comptes des colonies.

Au fur et à mesure des réunions de domaines princiers au domaine royal, la chambre des comptes de Paris avait absorbé la plupart des petites chambres provinciales. En revanche, c’est par démembrement de la chambre des comptes de Paris que furent créées les chambres des comptes de Montpellier (1523) et de Rouen (1580).

Le décret du 7 septembre 1790 supprima officiellement les douze chambres des comptes subsistant alors. Dans les faits, celle de Paris, comme la plupart des autres chambres, continua quelque temps à siéger ; elle tint sa dernière séance le 19 septembre 1791.« 

Source : site du British Museum

Il s’est offert pour la construction de cet Hôtel un architecte célèbre, celui-là même à qui l’on doit les appartements royaux au Château de Versailles : Louis le Vau.

Louis le Vau (source)

Soit dit en passant, le rusé Nicolas pouvait aller à pied au travail (ce qu’il ne faisait sans doute pas)… La Chambre des Comptes était en effet situé sur l’ile voisine, près de la Sainte Chapelle.

Veue de la Saincte Chapelle et de la Chambre des Comptes de Paris - Numélyo

Elle avait été partiellement détruite par un incendie huit ans avant la construction de l’Hôtel, dans la nuit du 26 au 27 octobre 1737.

Incendie de la Chambre des Comptes. Anonyme. Musée Carnavalet

Une grande partie des archives a disparu dans cet incendie. Il en sera de même lors de l’incendie de ce qui était devenu la Cour des Comptes. Elle s’était installée dans le Palais d’Orsay qui brûla en 1871… et ne retrouva des locaux stables qu’en 1912! Un hasard malheureux?

En effectuant ces recherches, j’ai découvert que la plaque photographiée n’est pas celle qui se trouvait sur la façade quand furent répertoriées les plaques de la Ville de Paris par des amateurs d’histoire, qui tiennent un site intéressant sur ce thème.

https://cb3e1e70-a-62cb3a1a-s-sites.googlegroups.com/site/parisparlesplaques/4eme-arrondissement/lambert-de-thorigny-nicolas-sp/Anjou%20%28Q%20d%27%29%20-%20015.JPG?attachauth=ANoY7crgberw_TLGtbqNzgfrLDLQqFp838pSzkjogsPa9_StB3q2pdgL-OPbna6EWvyCj3jvRmaEy8_djyhua9nJ4iH_7uEXt38H4B1pnyhGQxTc0aVBaxiytQNbk6uoeTymCj--pPwwFI3v4Pe2epheR6pFo8-onrE4Acn_Cf3eX5IHkXA_lNBJeUTd1DqAFnmdSHVFfbsRoD_vuikiydU9JRD8PX7NiqvozzNwbIEmF7JEuVALhDbKtt8Jybegca9TwClC-uEuhbNrZtY2QXhC6ymO-tHYGLq-DzFgWb3sriejswFRjwRmgFAE1wF7YZTEXgPwG0FS&attredirects=0
Plaque présentée sur le site Paris au fil des Plaques

Cela m’a conduite à explorer davantage… Qui est donc ce troisième personnage apparu récemment sur la plaque? Ma petite enquête m’a amenée à deux personnes ayant porté ce nom récemment : un officier de marine, né en 1904 et mort en 1994 – mais peu vraisemblable… – et une autre personne, née en 1918 et décédé en 2010… mais acheter un tel immeuble à 27 ans? Par contre, ce qui est certain, c’est qu’une descendante ou épouse de descendant de cet inconnu habite l’Hôtel, où elle exerce en tant qu’avocate. Elle aurait ainsi honoré la mémoire de son (beau-?) père ou aïeul (de son époux?) en faisant changer la plaque? En profitant de la renommée des autres noms sur celle-ci?

Les vastes portes en bois me laissent imaginer les équipages que cet Hôtel pouvait accueillir…

Sous le porche, une porte ouverte m’incite à jeter un oeil à l’intérieur, où je découvre un bel escalier surmonté de deux médaillons représentant des personnages du XVIIème siècle.

Il faudra que j’aille revoir le buste présent au pied de l’escalier, car j’en ai raté la photo et ne puis vous dire de qui il s’agit. Mais je comprends maintenant pourquoi les appliques murales comportent des fleurs de lys!

Quelques mètres plus loin, un autre portail ouvert… mais c’est une autre histoire…

Le resto du dimanche soir

Qui d’entre vous ne s’est pas un dimanche soir heurté à cette difficulté? Trouver un lieu vivant, un petit restaurant où clore le week-end avec des copains/copines ou ami-e-s ? Se restaurer dans tous les sens du terme avant d’aborder la semaine de travail?

Les Parisien-ne-s pouvaient, jusqu’à 2020, échapper à « la malédiction du dimanche soir ». La crise a quelque peu changé la donne : même en semaine la capitale « vit » moins… que dire de cette soirée qui clôt ou ouvre la semaine, selon les cultures. Rappelons qu’en langue arabe, par exemple, la dénomination des jours de la semaine indique qu’elle commence le dimanche : son nom signifie « le premier », le lundi étant « le deuxième », le mardi « le troisième », etc. Seul le vendredi échappe à cette règle, puisque son nom désigne une « assemblée ». En effet, c’est le jour saint de la semaine, celui d’une Prière spécifique. Il correspond dans l’histoire à la veille du Sabbat. Le « week-end » est donc, pour les pays musulmans, le vendredi-samedi et non le samedi-dimanche. Mais revenons à Paris un dimanche soir… je viens de rentrer de Picardie. Il fait froid dans mon studio. J’ai faim… Un appel d’amis qui me proposent de sortir. Il est déjà plus de 20 heures… Nous décidons de nous retrouver près du Panthéon. Chose dite, chose faite. Il est maintenant 21 heures. Où aller dîner dans une ambiance chaleureuse? Ils connaissent une adresse à la Contrescarpe. Que je ne connais pas? Eh oui! Je n’ai pas encore exploré tous les recoins de ce quartier…

Alors que les rues environnantes sont quasi-désertes, y compris ma rue si vivante la semaine avec tous les bars pour étudiant-e-s ouvrant leur terrasse le soir même en hiver, le quartier que j’aime beaucoup est toujours aussi animé. A vrai dire, la crise a eu du bon en éloignant les touristes : la Contrescarpe a retrouvé son allure de quartier où règnent les mixités.

Je vous laisse deviner le type de nourriture qui y est servi, en vous donnant un indice.

Dos du Menu

Avez-vous remarqué deux choses ?

D’abord, on dirait une île!!!

Ensuite, je vous propose un jeu : situez Saïgon… A vous…

En entrant, je suis saisie par l’atmosphère à la fois calme, sereine et chaleureuse qui règne dans ce petit restaurant. Les gens ont l’air bien, heureux… ça tranche avec la morosité ambiante!

La carte est d’un goût étrange, très colorée. Les plats plus connus des Français y cohabitent avec d’autres plus originaux. Les prix sont abordables (autour de 10-15 euros le plat principal ou unique). Les plats sont aussi joliment présentés qu’ils se révèlent pleins de saveurs fines et diverses. Les beignets sont un régal, les nems aussi. Le canard au tamarin est un ravissement. Quant au poulet à la citronnelle, il enchante les papilles…

Quatre trésors

A propos de « trésor », je suis preneuse de l’explication de ce terme très employé dans la cuisine vietnamienne. Qui sait à quoi il correspond? Je n’ai pas trouvé la réponse sur le net!

Le décor de la salle est un peu trop chargé, comme souvent dans ce type de restaurant, mais certains détails le distinguent de la plupart d’entre eux.

J’ai beaucoup apprécié ces mini-vanneries… Excusez la mauvaise qualité des photos, mon Iphone n’est décidément pas bon pour oeuvrer la nuit! Et ici, lumière douce pour ambiance feutrée…

Il ne me reste plus qu’à vous donner l’adresse de ce petit repaire convivial. Retour au Menu…

Haendel au Théâtre des Champs Elysées

Jamais je n’étais allée dans ce théâtre à l’histoire si marquée… Et j’en étais ravie, je dois bien l’avouer, de découvrir enfin l’édifice. En écho aux Années 30 qui ont marqué ma semaine, depuis la discussion sur les costumes de l’époque pour une pièce de Sacha Guitry qu’un de mes amis va jouer en amateur, jusqu’à l’architecture de Boulogne-Billancourt, en passant par le Musée qui leur est consacré… Il ne manquait plus que l’architecture et les oeuvres de ce théâtre, typique de l’Art Nouveau annonçant l’Art Déco !

Avant de pénétrer dans la salle, une visite s’imposait…

Vous l’avez compris, les escaliers aux fers si artistiquement stylés et aux détails si travaillés m’ont particulièrement intéressée. Mais je le fus aussi par les tableaux qui ornent les murs, à tous les étages.

Comment ne pas penser aux vers de Baudelaire ?

« Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté. »

C’est une Invitation à d’autres Voyages que nous propose le théâtre.
D’abord, un voyage dans le temps. En effet, une série de vitrines propose des objets, maquettes, affiches et photographies qui évoquent les divers spectacles célèbres qui s’y sont déroulés, ainsi que les acteurs et hôtes qui ont fréquenté ces lieux.

Je ne connaissais pas les ballets suédois, et me suis donc intéressée au sujet. C’est ainsi que j’ai découvert un documentaire très bref et intéressant à ce sujet. Vous le trouverez ici. Quant à l’histoire du théâtre lui-même, un exposé très complet est en ligne ici.

La sonnerie retentit. Il est temps de pénétrer dans la salle…

Dans un premier temps, j’essaie de décrypter ce qui est peint et écrit tout autour du plafond lumineux…

En effectuant mes recherches plus tard, j’ai compris pourquoi je n’avais pas compris; ce n’est pas un texte, mais un ensemble de textes qui se lisent… en croix! Voici la présentation qui en est faite.

 » Il y illustre quatre thèmes dans les écoinçons : l’Orgue, l’Orchestre, le Chœur et la Sonate. Et entre deux, les phrases suivantes.
– Au-dessus de la scène : « Aux rythmes dionysiaques unissant la Parole d’Orphée, Apollon ordonne les jeux des Grâces et des Muses ». En effet, nous apercevons parmi les personnages Apollon, Orphée et sa lyre, Eurydice, Ariane…
– A gauche de la scène : « Du cœur de l’Homme de toutes les voix de la nature jaillit la symphonie ». Beethoven et ses œuvres, représentées par des femmes.

– A droite de la scène : « l’Architecture de l’Opéra classique ennoblit les passions et les destins tragiques ». On y voit l’opéra baroque de Versailles, le compositeur Glück, Don Juan et Papageno de Mozart, Agathe, Carmen de Bizet…
– Et derrière le public, en face de la scène : « Sur les cimes dans l’angoisse et le rêve, drame lyrique ou poème, la Musique s’efforce vers un pur idéal ». Sur la gauche Chopin est adossé à un rocher, Wagner est représenté par des personnages de ses œuvres (Parsifal, Brünnhilde, Tristan et Yseult), Mélisande sous les traits de l’actrice Yvonne Lerolle, aux côtés de la fille de Maurice Denis… »

Car c’est Maurice Denis qui est l’auteur des fresques, dont il a voulu qu’elles représentent l’histoire de la musique, en s’appuyant sur ses conversations avec Vincent d’Indy.

Le lustre lui-même est exceptionnel à plus d’un titre. Par son esthétique, d’abord.

Mais aussi parce que c’est lui qui assure l’excellente acoustique de la salle. Qui pourrait deviner les prouesses techniques que cache cette merveilleuse apparence? Je vous invite à visionner ce documentaire qui explique ce qui est dissimulé entre le plafond et le lustre, avant de présenter des détails de l’oeuvre de Maurice Denis.

Mais il est temps de se concentrer sur la scène… les musiciens commencent à entrer, puis les chanteurs, puis le chef d’orchestre…

Le silence se fait, et le ténor va se placer à la droite du chef… Je découvre alors que les paroles sont traduites et projetées à trois endroits. En grand, au-dessus de la scène. Et en plus petit, à droite et à gauche, beaucoup plus bas. Au début, j’apprécie de comprendre ce qui est dit, car l’anglais de cette époque, qui plus est, chanté, n’est pas aisément compréhensible pour la mauvaise anglophone que je suis. Par la suite, j’en suis venue à me demander si cela ne constituait pas plutôt un obstacle, comme un paravent entre l’oeuvre et l’auditeur-e…

Moi qui avais déjà assisté à une représentation de la même oeuvre à la Madeleine deux ans avant, j’ai trouvé fort peu de ressemblances entre les deux interprétations. Il faut dire que la première était plutôt perturbée, comme je l’ai narré dans l’article Le Messiah que je lui ai consacré sur ce blog. Un point commun cependant : la soprano, dans les deux cas, a une voix trop faible, qui est couverte par la musique, et peu audible pour les spectateur-e-s. N’était-elle pas en forme, ou n’a-t-elle pas suffisamment levé la tête pour que la machinerie placée dans le lustre saisisse mieux les sons ? Marie-Henriette Reinhold ne semblait pas très à son aise sur scène. Il serait intéressant d’en connaître la raison… Très peu de vidéos sur elle en ligne, mais celle-ci démontre bien la puissance de sa voix. Un mystère, donc, que ce qui pourrait apparaître comme une contre-performance.

L’orchestre joue avec coeur et talent, sous la direction d’un chef expressif, qui par moments « danse » sur la scène. Hans Christoph Rademann n’hésite pas à quitter le pupitre pour être au plus près des musicien-ne-s et du choeur. Si cela vous intéresse, vous pourrez le voir en action, dans le Magnificat (Bach) sur cette vidéo.

La « basse » est interprétée par le bariton Tobias Berndt. Une véritable prouesse lors de la deuxième partie de l’oratorio… et le public l’a reconnue, à en juger par la force des applaudissements en fin de spectacle! On peut en avoir un aperçu dans son interprétation d’un autre air de Händel, en ligne ici.

Le ténor est Islandais. Benedikt Kristjansson a bien modifié son apparence depuis le temps où il enregistra la Passion de Saint Jean de Bach. Plus de cheveux longs… et il paraît bien « sage »… trop, à mon goût, trop de retenue dans son expression, c’est dommage… Mais je ne suis pas spécialiste, loin de là!

Ma préférée, et de loin, fut Dorothée Mields. Gracieuse malgré une robe vraiment affreuse et qui ne l’avantageait pas, la soprano (annoncée ici comme ténor?) m’a conquise dans les (trop rares) airs qu’elle a interprétés. Vous pouvez la voir et l’écouter sur cette vidéo ou cette autre. Et j’aime beaucoup l’entendre dans ce morceau.

Le choeur, quant à lui, s’est révélé exceptionnel et a séduit le public, qui aurait aimé un « bis » à la fin de la représentation.

J’attendais avec impatience le Hallelujah, me demandant si, comme cela se fait dans certains pays, le public allait se lever pour l’entendre. Ce ne fut pas, à mon sens, le « morceau d’éclat » de l’ensemble. Par contre, le « Amen » final a emporté / transporté / enthousiasmé, au sens profond du terme – allusion à theos, le Dieu – la salle. J’en ai écouté plusieurs versions en ligne, dont celle-ci qui a beaucoup de grâce, mais aucune n’atteint la puissance, la force, la beauté prenante de celle que j’ai entendu en ce mois de janvier 2022.

Malgré les petits « bémols » – c’est le cas de le dire! – que je me suis permis dans ce qui précède, ce fut un spectacle remarquable, et des moments très émouvants, de ceux qui marquent la mémoire. S’il en est parmi vous qui ne connaissez pas l’oeuvre, vous pouvez la découvrir dans son intégralité lors d’un enregistrement à la Grace Cathedral de San Francisco.

« Standing ovation » pour le choeur, les chanteur-e-s, l’orchestre et son chef, qui a duré longtemps… Hélas le public n’a pas eu droit à un « bis » quelconque, dommage!

Boire un verre au calme…

Un groupe OVS (merci, « Mickeno75 »!) m’a fait découvrir un lieu dont la situation ne permettait pas de penser qu’on pouvait s’y sentir « bien », « au calme », presque « dépaysé-e »… Surtout que son nom n’invite pas à la rêverie! « Motel One Paris« ! Qui aurait l’idée de penser à aller y inviter ses ami-e-s, ou y boire un verre sereinement? Pas moi, en tout cas!

Et pourtant…

Le Palais vu de l’Allée menant au Motel One

Situé entre le Périphérique et le Palais de la Porte Dorée, coincé entre une rue et celui-ci, un hâvre de paix vous attend. On y pénètre par une allée qui débouche sur une terrasse verdoyante (en saison) avec salons de jardin.

L’ensemble, de loin, ne paie pas de mine, mais des éléphants vous accueillent, derrière les hôtesses souriantes. Les larges baies vitrées diffusent, à cette heure du thé, en janvier, une belle vue sur le couchant au-dessus des arbres entourant le Lac Daumesnil, tout proche.

Comme vous le voyez, de profonds fauteuils de cuir vous tendent les bras… Mais ils ne sont pas les seuls. Toutes sortes de sièges vous sont proposés, allant de subtils modernes aux allures japonisantes ou poufs couverts de peluche ou aux canapés joliment agencés et décorés.

Les éclairages sont tout aussi subtils, et diffusent une lumière variable selon les endroits, mais toujours douce.

On se dit qu’il doit faire bon prendre le petit-déjeuner dans l’espace réservé, au fond de la vaste salle.

Pas de cloisons, mais un cloisonnement aérien, marqué par exemple par des étagères portant des plantes légères.

Lorsque je ressors à la nuit tombante, je suis accueillie par le croissant de lune sur le Lac…

Croissant de lune (à gauche des deux petits nuages gris)

« Petit » Palais mais « Grande » Expo : Ilya Répine

Voici encore une lacune dans mes connaissances artistiques! Je ne connaissais pas ce peintre avant d’apprendre l’existence de cette exposition. Difficile d’y trouver une place, tant elle est courue. Et cela ne s’est pas amélioré avec les contraintes de jauge! Aussi ai-je pour une fois enfreint à l’un de mes principes, et réservé un mois d’avance, que dis-je, une année d’avance… Enfin, non, en décembre pour janvier.

En réalité, pas trop de monde dans les salles en ce mardi matin pluvieux de début janvier… Ce qui m’a permis d’en profiter pleinement, mais pas de prendre les photographies de face, tranquillement, comme je l’aurais souhaité – ce que vous constaterez de vous-même!

Non que j’aime particulièrement ce style de peinture, mais il me faut avouer que la palette de couleurs, la manière très personnelle de « saisir » les personnages pour les portraits, et les interrelations de l’artiste avec les autres arts m’ont fascinée.

Comment vous présenter ce que j’ai vu? La tâche est loin d’être aisée…

L’exposition commence par un extrait du film Ivan le Terrible de Sergueï Mikhailovich Eisenstein (1944).

Ce personnage hante visiblement Répine, et on le retrouve à divers moments de l’exposition, et en particulier dans le recoin consacré au célèbre tableau de Répine, où l’on voit Ivan tenant dans ses bras le fils qu’il vient de tuer.

Ivan le Terrible tue son fils — Wikipédia
Source : Wikipédia

Impossible de retracer l’ensemble de l’exposition, bien sûr, et ce n’est qu’un petit éclairage que je puis en faire… Avec d’abord un focus sur la France. Inattendu, non? Mais Répine a séjourné dans notre pays, et certains de ses tableaux témoignent de son regard sur celui-ci, comme le ramassage des galets à Veules-les-Roses.

Mais ce sont surtout des « personnages » qu’il a peints, dont voici quelques exemples.

Après le petit garçon de Montmartre, la petite Picarde. Mais ces enfants ont toujours l’air aussi triste…

Moi qui ne suis pas une fanatique des portraits, je dois dire que j’ai éprouvé beaucoup de plaisir à découvrir ceux de Répine, car ils manifestent une interprétation forte des êtres et de leurs émotions.

Après le Juif en prière, la jeune Africaine en attente…

Des portraits, il y en a beaucoup dans l’exposition, notamment des artistes ou mécènes de son entourage. Et surtout de Léon Tolstoï, qu’il admirait énormément. Il en a peint plus de 70 portraits! Dont certains dans des activités inattendues, comme le labour…

… ou au contraire en inactivité, comme celui-ci:

Répine et Tolstoï ont longuement correspondu, et un livre retrace ces échanges épistolaires.

Lettres À Tolstoï Et À Sa Famille   de Répine Ilia  Format Beau livre

Beaucoup de portraits des membres de sa famille, en particulier de ses filles… parfois plus conventionnels…

Même les scènes de composition présentent des visages aux traits frappants, comme les hâleurs de la Volga.

Je ne suis pas parvenue à bien saisir le tableau « Réunion de militants », mais vous le présente quand même…

… ainsi que celui qui décrit l’explosion de joie de la Révolution.

On ne trouve qu’un dessin dans l’ensemble de l’exposition, mais il montre le goût de l’artiste pour « saisir » le moment.

Certains de ses tableaux ont donné lieu à de nombreux essais, et l’exposition en montre les différentes versions, comme c’est le cas pour la scène de retour d’un-e exilé-e. Vous pouvez jouer au jeu des différences (il y en a plus de 7!).

Un petit « zoom » pour vous y aider?

Je ne voudrais pas finir sans une oeuvre qui, pour moi, symbolise à la fois liberté et bonheur…

Une femme hors du commun

Fascinée… Tel est l’adjectif qui convient le mieux pour décrire mon état devant les portraits de Georgia O’Keeffe. Il faut dire qu’elle a eu la chance d’être photographiée par de grands artistes, qui ont su saisir la profondeur et la richesse intérieure de cette femme, qui devait avoir une personnalité hors du commun. Elle joue de tous les codes et se joue de l’âge et des rides.

On la sent, au travers de ces portraits, libre, passionnée, prête à transgresser, mais aussi pensant, réfléchissant, voire méditant… Difficile à avouer, mais c’est vraiment ce que j’ai préféré dans cette exposition. Et pourtant, nombre de visiteurs ne regardent – que dis-je? – ne voient même pas ces photographies mal mises en valeur parce que projetées sur le mur, directement, du couloir d’entrée où tout le monde s’agglutine pour lire les panneaux explicatifs. Au point qu’à certains moments il m’a fallu demander aux personnes de bien vouloir se déplacer pour que les personnes qui, comme moi, regardaient le diaporama, puissent en profiter.

Pour une personne qui s’intéresserait au Genre, elle est un exemple superbe d’individu qui échappe aux normes de genre. Et elle joue des attributs masculins avec visiblement beaucoup de plaisir.

A cause des individus dont je parlais plus haut, je n’ai pas réussi à la prendre dans ses tenues plus masculines, mais cela lui va à merveille. Ce qui ne l’empêche pas de jouer de sa grâce, comme dans cette photographie qui m’a beaucoup plu.

Je ne vous en ai présenté que quelques-unes, et bien mal re-prises avec des lumières malencontreuses, mais vous pouvez imaginer que ce fut un moment fort que ce face-à-face avec une femme aussi étrange et ouverte, aussi a-normale.

Il est temps maintenant de vous laisser entrer dans l’exposition elle-même. Le Centre Pompidou en effet offre la première rétrospective en France de l’oeuvre de cette artiste qui a vécu 98 ans. Mais encore une étape à franchir avant de ce faire (un vrai parcours initiatique, n’est-ce pas?). La première pièce, « Galerie 291 », est en effet consacrée aux artistes qui ont accompagné ses premières années d’artiste. A commencer par celui qui allait devenir son époux, en 1924, Alfred Stieglitz, dont voici une oeuvre.

Photographe, il était également galeriste. Ainsi peut-on voir du Rodin, du Picasso, et d’autres peintres dont celui dont j’ai omis de noter le nom.

Il est temps pour moi de vous dévoiler les oeuvres qui m’ont le plus interpellée. Comme d’habitude, mal photographiée. Mais vous trouverez sur le net de bien meilleures reproductions.

Une Nature très colorée

Les fleurs : de la couleur à la pureté

La petite maison dans la prairie, revue et corrigée

Des abstractions évocatrices

L’éclat des couleurs en abstraction

La sélection que j’ai faite est minimaliste, et ne rend pas compte, loin de là, de l’ensemble des oeuvres exposées. Il manque notamment toutes celles qui ont été créées dans les dernières décennies. Pour en savoir plus, vous avez la possibilité d’écouter les podcasts sur le site du Musée.

Samuel Fosso à la MEP

Vous le savez, j’aime cette Maison Européenne de la Photographie, par son cadre, sa fréquentation « raisonnable » et l’intérêt des expositions qu’elle offre. Je suis donc allée voir, en un frais dimanche d’automne, ce qu’elle proposait. Et je n’ai pas été déçue… Deux espaces, deux artistes et deux styles très différents.
D’abord, une rétrospective des oeuvres de Samuel Fosso. A priori, je n’étais pas passionnée par ce genre de photographies. Voici la présentation qui en est faite sur le site officiel :

« Né au Cameroun en 1962, Samuel Fosso s’installe à Bangui, en Centrafrique, chez son oncle et débute une carrière de photographe de studio dès l’âge de 13 ans. En dehors de son travail de commande, il se crée une série d’avatars défiant les codes de la représentation. À partir de cette époque, Fosso n’aura de cesse de se réinventer dans des autoportraits qui lui permettent de traverser les frontières, qu’elles soient sociales, géographiques ou temporelles. Ses œuvres éprouvent les normes identitaires et célèbrent notre liberté à l’autodétermination. »

Force est cependant d’avouer que j’ai été « prise » par son jeu, un peu malgré moi (en principe, je déteste les autoportraits…). Une forme d’auto-dérision? Une impertinence ? La transgression? Toujours est-il que je me suis promenée avec plaisir parmi les variations identitaires de l’artiste. Les photographies présentées ci-dessous sont de moi, et totalement ratées pour certaines. Mais je ne suis pas très au fait des droits de reproduction et ai préféré les placer, plutôt que de prendre sur le net. Mais bien évidemment, je vous encourage à aller les voir, soit « en vrai », soit sur des sites spécialisés, dont celui de la MEP (je n’ai pas trouvé le site de l’artiste).

Mosaïque « Histoire Familiale » (le titre est de moi)

Rire jaune sur la vision blanche des « Noirs »

En premier lieu, il incite à une réflexion sur sa culture, et son interprétation par les « Blancs »…. Dans cette partie manque toute une collection, au titre évocateur de Allonzenfants. Les photos étaient tellement mauvaises que je n’ose les insérer. Une inénarrable série sur les soldats Africains dans l’armée française. Dernière minute : impossible de la trouver sur le net!!! Alors tant pis, à ma courte honte je glisse ces mauvaises photos d’oeuvres qui ne méritaient pas ce traitement, pour vous en donner une idée.

Mais ce sont surtout les mises en abîme des visions culturelles déformantes qui m’ont intéressée.

Un bouquet de stéréotypes racistes !

Une satire des Grands de ce Monde

Deux salles sont consacrées à des autoportraits « déguisé »… le rire est moins jaune, quoique…

Quand le noir s’allie au blanc, surpassant la couleur…

Un message fort et émouvant

Paris Photo

Désolée de vous avoir abandonné-e-s quelques jours, mais j’ai eu des difficultés avec le transfert des photos. J’ai fini par comprendre qu’une fois transmises automatiquement sur le Cloud, elles devenaient irrécupérables en direct. A moins qu’il n’y ait une solution? Auquel cas, je compte sur vous!

Je vais donc remonter le temps, car l’exposition est finie depuis deux semaines… Elle avait lieu au Grand Palais Ephémère, étrange construction dérangeant l’ordre bourgeois du 7ème et la perspective du Champ de Mars… Beaucoup de monde en ce dimanche après-midi, et j’ai trouvé la visite très éprouvante physiquement… Du monde, on piétine, difficile d’approcher certaines oeuvres…

J’ai hésité à écrire cet article, à cause de cela. Vous pourrez observer que le cadrage est affreux, pour beaucoup des photos présentées. Ce n’est pas volontaire, loin de là! Il était très souvent impossible d’admirer les oeuvres de face, encore moins de « poser » pour les photographier. D’où des résultats comme celui-ci…

Avouez que ce superbe travail sur une vague légère aurait mérité mieux!

De même que cet arbre très symbolique…

Je me suis demandé pourquoi chaque petit espace était encombré, au milieu, par tables et chaises, voire fauteuils, destinés aux éditeurs, alors que les visiteurs/euses n’avaient strictement aucun siège pour s’asseoir sur l’ensemble de l’espace!

Un énorme reproche : les défauts d’éclairage. Qui, à certains moments, produisaient des effets catastrophiques. Deux exemples…

J’ai beaucoup apprécié cette photo, qui pour moi tient du tableau abstrait… Mais je puis vous assurer qu’elle est beaucoup mieux sans les points bleutés et les reflets apportés par la lumière ambiante… et encore, j’ai tout essayé pour en avoir le moins possible!

Cette photo, qui attirait mon regard, souffre à la fois de son positionnement en hauteur et de l’éclairage ambiant… Dommage, non? Et que dire de la suivante, qui invite les spectateurs/trices?

Quant à celle-là, elle est complètement polluée par les reflets… Sur la photo, on ne voit que le couple… vous pouvez jouer au jeu des différences, avec l’originale mieux mise en valeur:

Yves Trémorin, Les Amants Magnifiques (1989). Source

Un autre exemple de reflets parasites : des personnages non prévus sont ainsi invités dans l’oeuvre… devenue contre son gré interactive!

Mais il faut avouer que les masques des visiteurs/euses font bien écho à la volumineuse étole de la jeune femme…

Les seules oeuvres échappant à cette malédiction étaient celles qui prenaient le parti de ne pas se présenter « à plat », comme celle qui suit.

Beaucoup, que dis-je, énormément, disons carrément pléthore de photographies… et, pour moi, trop c’est trop… cela nuit grandement, à mon sens, au plaisir esthétique. A la sortie, une espèce d’indigestion… et surtout l’impression de n’avoir été émue par aucune… alors qu’il y en avait tant! et que l’Art était bien là parfois (ce dont je doutais à d’autres moments…).

Difficile d’exprimer ce que j’ai ressenti et appris de cette exposition… Je vais « entrer » par les photos, donc… Et d’abord, l’une des premières vues, proche de l’entrée.

Gail Albert Halaban (2015)

Si vous voulez savoir de quelle ville il s’agit, sachez que nous sommes en Turquie… Le site de l’artiste américaine présente d’autres photos « fenêtres », très intéressantes. Elle a notamment fait toute une série sur Paris, présentée dans cet article.

Un peu plus loin, une autre photo mettant en scène l’architecture, mais cette fois sans humaine…

Les formes épurées et la composition m’ont intéressée… Revenons maintenant aux humains… qui sont, vous le verrez, plutôt des Humaines…

Sîan Davey, The Garden (2021)

Vous pourrez la voir mieux sur le site de Sîan Davey, et vous pourrez en apprendre davantage sur cette étonnante artiste britannique.

Bien sûr, cette vague vous évoque un célèbre artiste japonais… j’ai beaucoup apprécié le jeu, un peu en dérision peut-être, sur les motifs des estampes ou oeuvres plus récentes, avec le décor semi-vide et cette jeune femme espiègle qui épouse le mouvement de l’onde… Hélas, j’ai omis de noter l’auteur-e… Si vous le/la connaissez, merci de m’informer?

La mode est visiblement au « vintage »… d’ailleurs annoncé dans les panonceaux accompagnant les photos. Et comme j’aime le noir et blanc, et encore plus l’argentique, cela me convient.

Oubliez évidemment les traits bleutés dus, une fois encore, à l’éclairage…

Alexey Titarenko, Laundry Hanging along the Canal, Venice (2006)

J’ai regardé par la suite ce que produisait cet artiste russe, né en 1962, et désormais américain. C’est superbe! Si vous voulez le découvrir, une recherche d’images par un moteur quelconque, ou son site, ici.

Tetsuya Ichimura, Untitle from Come Up (1973)

Peut-être l’un des artistes les plus âgés exposé ici? Ce Japonais, célèbre pour ses photos de nus, a 91 ans…

La lessive sur le Canal de Venise pouvait apparaître comme un clin d’oeil à ma série et à celle de mon correspondant sur Un Jour Un Tableau… Mais voici un autre écho, à un article où j’avais mis en évidence l’attrait des nuques sur les peintres…

Reflets

Voici une éternité que je n’ai pas poursuivi la série de photos que j’avais intitulée « Reflets »… certaines ou certains d’entre vous s’en souviennent peut-être?

Lors de la récente promenade au Luxembourg, que vous avez peut-être suivie dans mes précédents articles, j’avais remarqué une nouvelle exposition de photographies sur les grilles entourant le Jardin. Donc, bien évidemment, j’ai voulu aller la voir à la sortie.

Et j’ai d’abord « pesté » contre les acteurs de cette exposition. Oui, je sais, j’aurais pu dire « maugréer », « fulminer »…

Pourquoi?

Eh bien, les photos étaient totalement parasitées par les reflets. Sans doute parce que le support est extrêmement brillant? Donc, vous imaginez ma colère. « Ils n’auraient pas pu utiliser du mat? » « Quel dommage ! » « Comment peut-on être aussi peu prévoyant? » etc.

Une fois ce premier moment de mauvaise humeur passé, je me suis prise au jeu. C’était finalement assez intéressant de confronter la réalité ambiante (un couchant sur le carrefour au bas de la rue Soufflot) et la beauté des paysages celtiques, objets de ces photos.

Alors j’ai repris mon Iphone, pour essayer de saisir cet effet miroir plus que surprenant…

Série 1

L’original : Château de Dunottar

Série 2

L’original : Cap Fréhel

Série 3

Rochers sculptés de Rothéneuf - Terres Celtes
L’original : Rochers sculptés de Rothéneuf

Alors, si vous voulez aller admirer les photographies de Philippe Decressac, je vous conseille une autre heure, ou un jour moins ensoleillé, ou les deux… A moins que vous ne préfériez les voir sur le site consacré à cette exposition, et dont j’ai extrait les photographies « réelles » : https://terresceltes.fr/