
Essais en noir et blanc, suite…


En saisissant cette image, je songeais à Verlaine « Le ciel est par-dessus le toit »…

Mais c’est un autre poème de lui que je préfère vous rappeler maintenant, en cette nuit de pleine lune…
La lune blanche
Luit dans les bois ;
De chaque branche
Part une voix
Sous la ramée…
Ô bien-aimée.
L’étang reflète,
Profond miroir,
La silhouette
Du saule noir
Où le vent pleure…
Rêvons, c’est l’heure.
Un vaste et tendre
Apaisement
Semble descendre
Du firmament
Que l’astre irise…
C’est l’heure exquise.


Il est des journées qui commencent de manière assez ordinaire, mais se transforment par enchaînement de faits ou d’échanges… Tel fut ce samedi de février, qui a mis sur ma route des personnes capables de redonner sourire et espoir.
Deux d’entre elles sont arrivées en France depuis les contrées lointaines de l’Asie. Elles n’ont que cela de commun, outre leur force intérieure perceptible. Les 7 autres venaient hier du Vexin pour 2, de l’Est de Paris pour 3, de Paris pour la 6ème et environ de Corte pour la dernière. Mais oublions les considérations géographiques et revenons aux faits.
J’avais décidé de découvrir un des musées parisiens dans lequel je n’ai jamais mis les pieds: le Musée Cernuschi. S’y déroule actuellement une exposition sur l’utilisation des encres, thème qui m’avait alléchée. En outre, il était annoncé une démonstration de calligraphie. Moi qui m’y intéresse depuis ce stage organisé par le Ministère de la Coopération, voici bien longtemps, où j’avais eu la joie de rencontrer Hassan Massoudy – dont bien sûr nous ignorions qu’il allait devenir aussi célèbre! Donc, déjeuner vite expédié, à « l’heure des vieux », voiture, stationnement dans l’enceinte jouxtant le Parc Monceau (une chance!), Musée à 13h15, le seul créneau disponible sur le net le matin même. Une inorganisation assez remarquable, il faut l’avouer. Impossible de télécharger les billets. Un seul guichet pour les renseignements, la librairie, l’achat de billets et leur retrait (mon cas). Et pas moyen de réserver pour la calligraphie, alors qu’on nous annonce à peine une quarantaine de places pour l’événement dont nous apprenons qu’il aura lieu… à 15h30. Sachant que les trois quarts du Musée sont fermés et qu’il n’y a pas de café, l’attente va être longue! Mais le personnel est charmant, et la dame préposée à l’entrée promet de me faire garder deux places. J’aurais pu ajouter le personnel dans les rencontres donnant espoir… Car, par la suite, ils et elles ne furent pas moins de 7 pour gérer avec une amabilité certaine l’inorganisation qui a fini par le stationnement de l’ensemble du public sur un palier où les nouveaux arrivants les doublaient pour aller se mettre à la porte de l’auditorium, d’où le personnel était obligé de les renvoyer vers la queue. Vous pensez bien que deux sont quand même parvenus à « griller » tout le monde, y compris deux personnes âgées qui heureusement avaient apporté leurs sièges! Quant à moi, fort gentiment, il m’en fut apporté un par un charmant jeune homme. Enfin, après cette longue attente, La Rencontre. Celle de Young-Sé Lee.
Je ne saurai en réalité qu’après la séance qui il est. Car nulle présentation. Pas un mot. Aucun organisateur pour nous dire qui nous fait l’honneur de cette démonstration. Et, par la suite, aucun commentaire jusqu’à la fin où, enfin, se noue le dialogue avec l’artiste. Je comprends la nécessaire concentration du peintre, du calligraphe. Ce silence dans lequel il médite, conçoit, crée, avant de situer très précisément le pinceau à un endroit déterminé du « papier ». Mais au moins une affiche aurait pu nous informer sur l’artiste… Bref, tout ce que je vais maintenant vous dire de lui est né de la conversation qu’il m’a accordée à la fin de la démonstration. Et je souhaite le partager avec vous, car vous pourrez ainsi le découvrir. Pas seulement lui. Ses parents aussi.
En effet, Young-sé Lee est fils de deux artistes qui se sont rencontré-e-s en 1949 au Salon des Beaux-Arts de Séoul. Son père, Lee Ungno (décédé en 1989), est présenté en ces termes lors d’une exposition:
« Lee Ungno (1904-1989) est l’un des peintres asiatiques les plus importants du XXe siècle en raison de son rôle pionnier dans la fondation d’un art coréen contemporain, de sa participation au mouvement de l’art informel en France ainsi que de son enseignement de la peinture à l’encre qui inspira plusieurs générations d’artistes. »

Quant à sa mère, In-kyung Park, elle expose actuellement à la Galerie Vazieux, rue du Louvre. Elle avait 23 ans lorsqu’elle fut exposée au Salon où elle rencontra celui qui allait devenir son époux.
« Artiste dès son plus jeune âge, In-kyung Park expose en 1949 au Salon National des Beaux-Arts de Séoul où elle obtient le premier prix de peinture. «
« À près de 97 ans, sa flamme créative continue de briller. Installée dans une petite maison baignée de lumière, Park In-kyung travaille quotidiennement, entourée par les arbres et la végétation. Le souffle du vent, un rayon de soleil, des feuilles déchues ou des pétales de rose, les éléments naturels sont pour elle une source d’inspiration inépuisable.
Assise au bord d’une table ou allongée sur le sol, l’artiste fait danser son pinceau et glisser l’encre noire sur la surface lisse du papier hanji. De ses mouvements fluides et ses touches assurées naissent des formes simples, presque abstraites, qui viennent chanter son ode à la nature. » (source)
La photo qui suit la montre à une époque récente, toute à son art.

Les deux artistes se sont installés définitivement en France en 1960. Le jeune Young-sé avait donc 4 ans lorsqu’il est arrivé à Paris. Pas étonnant qu’il maîtrise parfaitement le français, comme l’ont découvert les spectateurs/trices qui, au départ, pensaient avoir affaire à un allophone. Car nulle présentation n’a été faite de l’artiste qui allait oeuvrer pendant deux heures devant elles et eux… on en revient à l’organisation!

Ce que je viens de vous dire est possible grâce à la gentillesse de celui-ci, qui a accepté des échanges avec le public – et en particulier avec moi – à la fin de sa démonstration. Il m’a entre autres dit qu’il était en train de refaire son site, et que je n’y trouverais rien. Ensuite, je me suis renseignée sur Internet…
« Artiste d’origine coréenne né en 1956 à Séoul, Young-Sé Lee, arrive très jeune à Paris où il s’initie à la peinture dans l’atelier de son père Ungno Lee, avant de fréquenter la grande chaumière, puis l’École des Beaux-Arts.
Son œuvre, résolument moderne, trouve ses racines dans la tradition asiatique. La nature, traduite de manière informelle, mêle végétal, minéral, eau, terre et lumière, et dialogue avec la richesse des matières et des techniques utilisées par l’artiste. » (source)
« Études à Paris à l’École d’Art Graphique (1974-1975), à l’École d’Art Appliqué (1975-1976), à l’Académie de la Grande Chaumière (1976-1978), et à l’École des Beaux-Arts (1980-1984). Young-Sé Lee participe à plusieurs expositions collectives de peintures depuis 1971 à Séoul, Londres, Paris (Asian Avant-garde, Paris, Salon des Réalités Nouvelles), Francfort (Foire Internationale de Francfort) et également à des expositions personnelles à Séoul, San Francisco, Strasbourg, Paris… Depuis 2010, parallèlement à son travail de peintre, il s’intéresse à la photographie. » (source)
C’est ainsi que j’ai appris que ce peintre et calligraphe avait une autre corde à son arc. En voici un exemple.

Ce fut un vrai plaisir de découvrir cet homme, au travers de sa création, mais aussi des commentaires qu’il voulut bien faire à la fin, à destination d’un public plutôt novice en la matière. Et je me suis promis d’aller à la galerie Vazieux, et d’essayer de trouver ses oeuvres picturales et photographiques dans les galeries et musées…

Rien de tel qu’une promenade sur les « planches » pour répondre à cette question.
Quittons donc la Presqu’île de la Touques, mon lieu de résidence, pour gagner la rive gauche et rejoindre la plage… Pour ce faire, trois solutions : aller faire le tour par le pont des Belges, qui relie Trou- et Deau-ville, prendre le bac (mais il ne fonctionne qu’à marée haute (et je ne l’ai pas vu fonctionner du tout…?), ou emprunter le pont situé entre les deux nouvelles tours marquant l’entrée du port. C’est tout naturellement que nous l’empruntâmes, car situé… en face de la résidence! Paresse oblige…

Une des tours vue du balcon
En réalité, l’une des tours est l’ancien phare du port, qui a été rénové et « doublé » d’une tour presque jumelle.

J’apprends bien vite que le quai porte le nom de l’Impératrice Eugénie… « Sur le port de Deauville, au petit matin du 7 septembre 1870, l’Impératrice Eugénie, sur la route de l’exil, embarque depuis ce quai, avec le Docteur T.W. Evans, sur la goélette La Gazelle, afin de rejoindre l’Angleterre. »

La lumière est superbe, en ce matin de janvier à la douce fraîcheur. Un soleil pâle éclaire magnifiquement le port et Trouville…

J’ai malheureusement « raté » la photo de l’entrée du chenal, mais je ne résiste pas à l’envie de la partager quand même avec vous, certaine de votre indulgence.

Un homme veille sur l’entrée de la plage. Son buste est maltraité par les volatiles, marins ou non.

Ce n’est ni un artiste ni un élu. Mais un homme d’affaires, le fondateur du restaurant Maxim’s.
« En 1905, il est sollicité par la municipalité de Trouville-sur-Mer pour prendre la direction du casino de la station balnéaire, ce qui permet ainsi à Trouville de faire venir sur la côte normande une partie de la clientèle parisienne de Cornuché. En 1909, il est envisagé de reconstruire le casino, mais le projet soutenu par Cornuché n’est pas celui qui est retenu ; il donne alors sa démission et s’en va trouver le maire de Deauville, Désiré Le Hoc, à qui il propose son projet4.
Ainsi naît en 1912 le casino de Deauville, contribuant au succès de la station normande5.
Eugène Cornuché meurt le 1er avril 19266 à Paris. C’est son associé François André – l’oncle de Lucien Barrière – qui reprend alors le casino de Deauville. » (Wikipédia)
La plage est déserte. Seuls y courent des chevaux attelés, sans doute en prévision de la course du week-end. Les planches sont aussi bien vides.

Une exposition de photographies un peu « kitch » casse malencontreusement la belle harmonie de ces lieux.


De belles horloges égrènent secondes, minutes et heures. Là aussi, faute de goût : elles ne servent qu’à la publicité, à peine déguisée, de la marque.


Non loin de ce panonceau flambant neuf, un pauvre vieux rouillé évoque un grand peintre, relégué sur un recoin des cabines.

Le seul café de l’endroit est fermé. Impossible donc de boire un café en profitant de la belle vue d’une plage déserte. Dans le lointain la brume occulte un peu l’horreur industrielle…


Une balade en bord de Seine, en un bel après-midi de janvier, m’a conduite par hasard au Jardin des Plantes. Une affiche, à l’entrée du Parc, indique une exposition qui, justement, se termine ce jour. Comme la nuit approche, il faut faire vite pour la découvrir! Un peu frileuse, je l’avoue, car ce que j’y avais vu les années précédentes, en cette même époque de l’année, avait quelque peu bousculé mes codes esthétiques… Et ce fut encore le cas. J’aurais dû me méfier, en voyant l’affiche.

Jugez-en par vous-même… Le pauvre Lamarck, à la pause pensive, est tranquillement posté, d’ordinaire, à l’entrée nord du Jardin.

Et le voici soudain complètement envahi par une horde de plantes et d’animaux géants, et surtout de couleurs « flashy ».

L’intention cependant est louable : reproduire en « changeant d’échelle » – mais je ne suis pas parvenue, même sur le site officiel, à comprendre quelle « échelle » avait été retenue – des « scènes » de la vie animale (oui, zoocentration, pour celles et ceux qui étaient au Tibet avec moi hier soir). Ainsi, on peut voir ces charmants êtres s’entre-dévorer (non, vous ne verrez pas de photo, suis une âme trop sensible)… Ainsi, qui va absorber l’autre?


… ou en pleine copulation (bon, d’accord, une image avec carré blanc).



La promenade permet de découvrir de nombreuses espèces, et la vulgarisation est omniprésente grâce à des panonceaux explicatifs. Prenons l’exemple de l’adorable animal que voici.


Cela ferait un joli prénom, « Palomène », n’est-ce pas?
Sans surprise, je dois avouer que je fus davantage attirée par les papillons et libellules… Très stéréotypé, non?


Rassurez-vous, je ne vais pas faire défiler les 95 photographies que j’ai prises! Mais pourquoi autant, alors que je vous ai annoncé en introduction ma désapprobation des couleurs flashy? Tout simplement parce que j’ai pris plaisir à prendre des photos, et me suis amusée à cadrer et jouer de la lumière. D’abord parce que j’ai été fascinée par la représentation de la flore.



Avez-vous remarqué combien certaines photos sont « ratées » à cause de la lumière… Pas facile de faire un « reportage » au mois de janvier aux alentours de 17 heures! Alors, je me suis demandé si je ne pouvais pas transformer l’inconvénient en avantage, et tenter le contre-jour. Hmmm… pas très réussi!



C’est alors qu’est née l’idée de tenter le noir et blanc… Je viens juste de savoir que mon Iphone permet cela, autant essayer!

Et cela vous permet d’obtenir la réponse à l’énigme proposée voici quelques jours… La photo qui vous a été présentée comme « test » de noir et blanc a bien été prise au Jardin des Plantes en ce 15 janvier! Le flashy conduit à tout… et même au noir et blanc!
Je m’essaie à la photo en noir et blanc depuis quelques temps, et j’aimerais avoir votre avis… Merci de me l’écrire en commentaires francs… En voici un premier exemple.
Vous pourrez, par la même occasion, essayer de deviner de quoi il s’agit!

Dans la série « photos-énigmes », je vous propose ce matin celle-ci, prise sur la plage de Passable par une chaude soirée d’été…
