Il est toujours ambivalent de fêter le muguet du Joli Mai… quand on en connaît l’histoire. Ce n’est donc point ce que je vais évoquer ici, même si je souhaite à toutes mes lectrices et à tous mes lecteurs tout le bonheur possible – au sens philosophique du terme, n’est-ce pas, Pangloss?
J’avais échangé avec un de mes commentateurs fidèles, dernièrement, sur l’idée d’une nouvelle « série », autour cette fois non du lavage du linge, mais de la couture sous toutes ses variantes, car nous avions remarqué qu’il y a moultes représentations de cette activité dans les arts, et en particulier en peinture. A nouveau mois, nouvelle série…
Atelier de couture à Arles, Antoine Raspal (vers 1785)
J’initie donc celle-ci, par un poème d’une écrivaine non reconnue par la littérature officielle, mais qui a reçu des prix de poésie. Comme j’aime les jeux de mots, les jeux avec les mots, je vous laisse retrouver dans celui-ci ceux qui évoque les activités manuelles en lien avec le linge, le tissu, les vêtements… une introduction amusante donc…
Patchwork de rêves, couture de mots
Je voyage souvent sur les ailes du temps,
Des souvenirs d’antan, jusqu’aux moments présents,
Quand la nuit tisse trame à l’étoffe des rêves,
Elle file mon âme au rouet des ténèbres,
Effiloche les jours, rafistole mon coeur,
Le borde de velours en sa douce tiédeur,
Elle aiguille les rimes au fil des heures blanches,
La mère de l’artiste cousant, Charles Angrand (1885)
En observant ce qui est écrit ou représenté picturalement sur cette activité, saute aux yeux l’antinomie collectif/individuel. Alors j’ai choisi de commencer par le collectif, comme vous l’avez remarqué. J’aime beaucoup ce tableau, et vous?
Bretonische Schneiderinnen, Jean Baptiste Jules Trayer (1854)
Lilas au soleil, Monet (1872)… Il existe aussi un Lilas par temps gris…
Une petite fille est venue, le jour de mon anniversaire, m’apporter des branches de lilas. Elle avait appris que j’adorais le parfum du lilas, et la voici, devant ma porte, les bras chargés de fleurs odoriférantes. Mauves, violettes et blanches. Chaque matin je les hume avec bonheur. La blanche est discrète. La violette est sèche. C’est la mauve qui exhale selon moi l’arôme le plus délicat… et je regrette qu’on ne puisse avoir un Internet diffuseur d’huiles essentielles…
The Bunch of Lilacs, James Tissot (1875)
Mais les jours passent, et je vois chaque jour dépérir « mon » lilas. D’où l’idée de rechercher quel poète avait écrit sur ces fleurs. Mallarmé, bien sûr, « mordant la terre chaude où poussent les lilas » (Renouveau), Mallarmé que je retrouve à chaque détour de ma vie. Mais un peu triste pour vous l’offrir… Charles Cros, plus joyeux, trop peut-être en ces temps moroses. Et puis, le lilas est noyé parmi les autres fleurs, dans Le Printemps : muguet, cytise et réséda surtout lui font concurrence. Rosemonde Gérard ensuite, pour qui avril a des « cheveux de lilas » (Calendrier), lilas sur lequel « mars jette des grelons » (La Ronde des mois). Alors j’ai pensé à ce bref poème mis en musique par Gabriel Fauré en 1874..
Ici-bas
Ici-bas tous les lilas meurent, Tous les chants des oiseaux sont courts ; Je rêve aux étés qui demeurent Toujours…
Ici-bas les lèvres effleurent Sans rien laisser de leur velours ; Je rêve aux baisers qui demeurent Toujours…
Ici-bas tous les hommes pleurent Leurs amitiés ou leurs amours ; Je rêve aux couples qui demeurent Toujours…
Sully Prudhomme, Stances et Poèmes (1865)
C’est incroyable le nombre d’interprétations, instrumentales ou vocales, de cette oeuvre à deux talents, deux mains… Accompagnement piano, La Tonya Rosetta Ring; Lerna Baloglu, J’aime plus particulièrement en soprano Ileana Cotrubas (1978) et en mezzo-soprano Courtney Jameson. Les interprétations par des hommes sont plus rares… Intéressante, celle du baryton Gérard Souzay; celle de Giuseppe di Stefano est trop suave à mon goût… Je vous laisse continuer à chercher, si vous avez envie d’autres versions, elles ne manquent pas. En totalement différent, la Compagnie des Indes.
Saviez-vous que « Lilas blancs », de son titre original » Wenn der weiße Flieder wieder blüht « , « Quand le lilas blanc refleurira » – notez le passage du singulier en allemand au pluriel en français -, sorti en 1953 (Hans Deppe), fut le premier film de Romy Schneider, dans lequel elle interprète le rôle de la fille d’une mère jouée par… sa propre mère?
Plus d’un demi-siècle plus tard, c’est un cinéaste russe qui intitulera son film Ветка сирени, » Lilas ». Celui-ci, sorti en 2007, porte sur la vie de Rachmaninov.
Par contre, si vous pensez à » Porte des Lilas », qu’il s’agisse du lieu, de la chanson ou du film, ne me demandez pas pourquoi elle s’appelle ainsi, je ne suis pas parvenue à en trouver une explication acceptable…
Un petit mot encore, et pas en musique celui-là, pour citer cette belle métaphore de Christian Bobin, qui a résonné en moi, en pensant à certain-e-s de mes ami-e-s.
» Certains êtres sont comme le lilas qui sature de son parfum, jour et nuit, l’air dans lequel il trempe, condamnant ceux qui entrent dans son cercle embaumé à éprouver aussitôt une ivresse intime qui fait s’entrechoquer, comme des verres de cristal de Bohême, les atomes de leurs âmes. »
Et un tout dernier pour évoquer un souvenir d’enfance. Lorsque j’étais petite, ma meilleure amie s’appelait Lilas. Elle venait d’arriver en France avec ses parents algériens. C’était l’époque de l’emploi massif dans les usines sidérurgiques du Nord… Ce n’est que beaucoup plus tard, devenue adulte – et l’ayant perdu de vue – que j’ai compris que son prénom devait être, en réalité… Leïla… Mais Leïla, « la Nuit » dans toute sa splendeur et sa profondeur, c’est une autre histoire…
Je te salue, ô Terre, ô Terre porte-grains, Porte-or, porte-santé, porte-habits, porte-humains, Porte-fruits, porte-tours, alme, belle, immobile, Patiente, diverse, odorante, fertile, Vestue d’un manteau tout damassé de fleurs Passementé de flots, bigarré de couleurs. Je te salue, ô coeur, racine, baze ronde, Pied du grand animal qu’on appelle le Monde, Chaste espouse, du Ciel, asseuré fondement Des estages divers d’un si grand bastiment. Je te salue, ô soeur, mere, nourrice, hostesse Du Roy des animaux. Tout, ô grande princesse, Vit en faveur de toy. Tant de cieux tournoyans Portent pour t’esclairer leurs astres flamboyans ; Le feu pour t’eschauffer sur les flotantes nues Tient ses pures ardeurs en arcade estendues ; L’air pour te refreschir se plait d’estre secoux Or’ d’un aspre Borée, or’ d’un Zephyre doux ; L’eau, pour te destremper, de mers, fleuves, fonteines Entrelasse ton corps tout ainsi que de veines
Hé ! que je suis marri que les plus beaux esprits T’aient pour la plupart, ô Terre, en tel mépris : Et que les coeurs plus grands abandonnent superbes, Le rustique labeur et le souci des herbes Aux hommes plus brutaux, aux hommes de nul prix, Dont les corps sont de fer, et de plomb les esprits …
Guilhem Sallusti deu Bartàs (1544-1580)
Dans le jardin du bey, John Frederick Lewis
Que faire quand on ne sait plus de quoi sera fait l’avenir et qu’on ne peut plus faire tout ce que l’on aime? Nous assistons en ce moment, pour une partie de la population, à un vrai retour à la terre. Celles et ceux qui ont fui dans les campagnes se réfugient dans les plaisirs – corvées ou corvées – plaisirs de la culture. Retour aux sources ancestrales? Besoin de se sentir « vivant-e-s », en accord avec Gé, la Terre Mère? Activité démontrant l’utilité, sinon sociale, du moins personnelle? Défoulement individuel, à défaut de fêtes collectives? Toujours est-il que nous sommes, je pense, un certain nombre à bêcher, piocher, biner, sercler… tous mots plus ou moins oubliés, qui ressurgissent de nos passés de descendant-e-s d’agriculteurs, de fermiers, de propriétaires terriens, de cultivateurs en un mot. Nomade redevenue par force et contrainte policière sédentaire, je n’échappe pas à cette vogue…
Et le cadeau d’anniversaire offert par mes jeunes ami-e-s et voisin-e-s m’y a encore plus poussée : plants de framboisiers, de groseillers, et de fraisiers… Vous l’avez deviné, j’aime les fruits rouges! Sans compter un paquet joliment emballé du fumier de leurs équidés et un autre de paillage. Le moment de renouer avec l’enfance, quand j’aidais ma grand-mère dans son vaste jardin. Et de me dire « Mais comment faisait-elle pour entretenir tout cela et nous régaler ainsi de fraises de diverses espèces, depuis la petite fraise des bois jusqu’aux juteuses grosses fraises, de groseilles blanches, roses, rouges et à maquereaux? de liqueur de cassis, de cerises à l’eau de vie et de poires au chocolat? » Elle dont ce n’était ni le choix, ni la vie rêvée… Pas plus que la mienne, soit dit en passant…
L’offrande des fraises, Mathurin Méheut (1933) Source
Et de repenser à l’un des écrivains qui a nourri mon adolescence et que j’ai tenté de faire aimer à de plus jeunes, Voltaire… Ne sommes-nous pas toutes et tous un peu « Candide » en ce moment ? Et puis, « germinal », « floréal », « prairial », quels jolis noms pour désigner un temps qui est, serait ou pourrait être perdu… Germinal est fini, nous sommes entré en Floréal…
A ce propos, avez-vous lu l’étonnant rapport de Fabre d’Eglantine (un nom prédestiné!!!) ? Il est accessible en ligne, jetez-y un oeil…
Je vous invite donc, si vous participez au grand décompte national, d’utiliser ces noms de jours… plus beaux que les chiffres, non ? en attendant « Fritillaire »… Mais au fait, savez-vous ce qu’est une fritillaire?
Il faisait hier une journée de printemps typique de ces régions septentrionales : à l’aube, de la brume… Puis un ciel bleu et pur… Mais un vent froid qui ne permet pas d’apprécier la chaleur du soleil autrement qu’à l’abri des auvents… Mais les oiseaux s’en sont donné à coeur joie, à choeur voix, pour fêter l’Italie, la Révolution des Oeillets et les soixante-huitard-e-s…
Revolucion de las Claveles
Alors, en ce dimanche matin, je vous propose d’écouter le chant des oiseau, et d’abord, pour celles et ceux qui n’ont pas la chance de se promener par monts et par vaux, par bois et par prés, il y a un moyen de le faire virtuellement… Diffusez des huiles essentielles qui vous rappellent la nature, et regardez les magnifiques vidéos réalisées par certain-e-s amateurs/trices ou ornithologues, avec des vues splendides et des enregistrements authentiques… Par exemple, puisque c’est l’oiseau qui séduit le poète (et philosophe) que j’ai eu envie de vous faire découvrir ce matin, la linotte…
Linotte Qui frigotte, Dis, que veux-tu de moi ? Ta note, Qui tremblote, Me met tout en émoi.
Journée Illuminée, Soleil riant d’avril, En quel songe Se plonge Mon cœur, et que veut-il ?
Sur la haie, Où s’égaie Le folâtre printemps, La rosée, Irisée, Sème ses diamants.
Violette Discrète, Devant Dieu tu fleuris ; Primevère, A la terre, Bouche d’or, tu souris.
Petite Marguerite, Conseillère du cœur, Ta couronne Mignonne Epèle mon bonheur.
Blanche et fine Aubépine, A tes pieds, la fourmi Déjà teille Et réveille Son brin d’herbe endormi.
La mousse Qui repousse Attend l’or du grillon ; La rose, Fraîche éclose, Rêve au bleu papillon.
Mais, fidèle Hirondelle, Au nid toi qui reviens, La tristesse M’oppresse….. Où donc sont tous les miens ?
L’eau sans ride Et limpide Ouvre de ses palais, Où tout brille Et frétille, Les réduits les plus frais.
Sur la branche Qui penche, Vif, l’écureuil bondit ; La fauvette Coquette Se lustre dans son nid.
La grue En l’étendue A glissé, trait d’argent ; Dans l’anse Se balance Le cygne négligent.
La follette Alouette, Gai chantre des beaux jours, Dans l’azur libre Vibre, Appelant les amours.
Journée Illuminée, Soleil riant d’avril, En quel songe Se plonge Mon cœur, et que veut-il ?
Dans l’onde Vagabonde, Aux prés, sur les buissons, Sous la ramée Aimée, Aux airs, dans les sillons,
Tout tressaille Et travaille, Germe, respire et vit, Tout palpite Et s’agite, Va, chante, aime et bénit.
Mais mon âme Est sans flamme….. Beaux jours en vain donnés, Nature Calme et pure, O printemps, pardonnez !
Linotte Qui frigotte, Dis, que veux-tu de moi ? Ta note Qui tremblote Met mon cœur en émoi.
Henri-Frédéric Amiel, Heringsdorf, sur la Baltique, 1847.
Les mots qui désignent la linotte parfois sont aussi mélodieux… Oublions le « linnet » anglais, trop proche du nôtre, mais le « fanello » italien le « pardillo » ou le « jilguero » espagnol, voire le makolagwo polonais chantent aussi…
Par contre, pourquoi avoir, en français, stigmatisé ce pauvre volatile qui est devenu symbole de l’étourderie?
Je me suis amusée à rechercher si c’était aussi vrai dans les autres langues… Eh non! Nulle part, si l’on en croit le tableau comparatif emprunté à ce site.
« Chorlito », j’ai vérifié, c’est le pluvier, pas la linotte! Comme vous le voyez, la linotte n’est pas le seul avidé visé… Il y a aussi le moineau (pour nous, c’est sa cervelle!), le pluvier, la poule… et l’oiseau en général… parfois associé aux femmes… Et si on faisait l’inverse, donner une « tête de femme » aux oiseaux? Il y en a qui ont déjà eu l’idée… Les Egyptiens par exemple…
Bâ
Sans compter les Harpies… Mais c’est une autre histoire…
Connaissez-vous cette chanson interprétée par Annie Cordy? Heureusement, Grou se réclame de ce qualificatif… un moment d’humour par auto-dérision…
Il était temps de réhabiliter la linotte… Michèle Bernard s’en est chargée, heureusement!
Plus d’ piles dans la télécommande Et l’aquarium n’a plus de poissons L’écran est vide et tu t’ demandes « Mais qui donc a pu couper le son ? »
Ton magnéto, ta calculette Qui pataugent dans le goudron chaud Foutus tes dicos, tes disquettes Et même ta souris qu’a dit ciao !
Tout ce que t’avais mis en mémoire Ton disque dur, comme une armoire Bourrée de linge et d’ naphtaline Un gros bug et y a tout qui s’ débine
C’était une blague, non, c’est pas vrai
Pas b’soin d’ te faire hara-kiri Mais quand même, si ça t’arrivait Écoute-moi, est-ce que t’as appris
Au moins une chanson par cœur Dans ta tête de bois, ta caboche Celle que tu veux : Le p’tit bonheur La Javanaise ou Les trois cloches
Rien qu’une chanson qui t’ fait du bien Mais tout entière, couplets, refrain Et va pas m’ raconter d’histoires Que t’aurais pas l’ temps, pas d’ mémoire
Dans une tête de linotte Y a toujours quelques notes Un trésor tout petit Qui chantera toute sa vie
J’ veux pas jouer les rabat-joie Mais la vie, ça fait pas qu’ des risettes T’as plein d’ gadgets au bout des doigts Mais t’as comme du brouillard dans ta tête
À voir le monde par des lucarnes Un beau jour, on se retrouve tout nu Sans rien, pas d’ami, pas de larmes Et la peur de traverser la rue
Un coup d’ blues, une vacherie du sort Nous v’là projetés dans l’ décor D’un mauvais film où, sans doublure, Faut quand même savoir faire bonne figure
À la guerre ou même en cabane Dans un scanner, on s’ sent tout p’tit
Et dans le silence de son âme On est content d’avoir appris
Au moins une chanson par cœur Dans ta tête de bois, ta bobine Celle que tu veux : Le déserteur Frou-frou, Laisse béton, Nuits de Chine
Rien qu’une chanson pour t’nir le coup Quoi qu’il arrive et jusqu’au bout Et va pas m’ raconter d’histoires Que t’aurais pas l’ temps, pas d’ mémoire
Dans une tête de linotte Y a toujours quelques notes Un trésor tout petit Qui chantera toute sa vie
Dans une tête de linotte Y a toujours quelques notes Un trésor tout petit Qui chantera toute sa vie
J’ai reçu dernièrement un joli cadeau… Une chanson basque, que j’ai beaucoup aimée. D’où mon envie de vous la faire découvrir… Voici la vidéo reçue… La chanson est interprétée par John Kelly & Maite Itoiz. C’était en 2008, l’année de la disparition de celui qui l’a mise en musique et interprété le premier, en 1974, Mikel Laboa. Une autre version en est présentée, filmée en 2011, que je trouve moins authentique, plus « travaillée ». Mais il faut reconnaître qu’elle prend de l’ampleur avec le choeur… En 2018, la chanteuse la reprend seule, en s’accompagnant d’une harpe, avec le choeur Son Espases. Très émouvant… Et mon coeur balance entre cette dernière et la magnifique interprétation de Laura Latienda et Gaztelu Zahar (2016), avec une voix plus grave, un choeur d’hommes et un orchestre plus « populaire ». Une autre chanteuse s’en est emparée, Anne Etchegoyen. Très belle voix également…. Bref, je ne me suis pas lassée de l’écouter encore et encore…
Femme et oiseau dans la nuit, Miro (1942)
Mais je n’ai pu m’empêcher d’en rechercher les paroles… Les voici donc, en basque puis traduite en français.
Txoria txori
Hegoak ebaki banizkio nerea izango zen, ez zuen aldegingo. Hegoak ebaki banizkio nerea izango zen, ez zuen aldegingo.
Bainan, honela ez zen gehiago txoria izango Bainan, honela ez zen gehiago txoria izango eta nik… txoria nuen maite eta nik… txoria nuen maite.
Et, bien sûr, j’ai voulu en savoir plus, non seulement sur la chanson, mais sur ceux qui l’ont créée.
« En 1968, Mikel est allé dîner un soir avec sa femme dans un restaurant de Saint-Sébastien, ainsi qu’avec Joxean Artze. Le poème Txoria Txori de Joxean Artze (alors âgé d’environ 25 ans), a été écrit sur une serviette ce soir là ! C’était un acte de résistance contre l’interdiction faite par le régime franquiste d’utiliser la langue basque. Sa femme le lui a lu, et lui a dit que c’était un beau poème. Il l’a lu à son tour, et il lui a beaucoup plu aussi. Quand ils sont rentrés à la maison, il l’a mis en musique en très peu de temps. Mikel Laboa a présenté pour la première fois la chanson au théâtre Astoria de Saint-Sébastien. »
Voici ce qu’en dit son auteur dans un interview (source)
« J’avais 24-25 ans lorsque je l’ai écrit. Le thème de l’oiseau figure souvent dans nos vieux recueils de chants. Il m’avait semblé que l’on pouvait l’assimiler à l’image de la liberté. Ici apparaît le dilemme de la liberté de la personne proche que l’on souhaite posséder. Mais la liberté de ces personnes existe… il faut choisir . Ou vous attachez la personne et vous la possédez comme un oiseau en cage, ou vous aimez la personne telle qu’elle est, et alors, si elle souhaite partir, vous devez la laisser partir. C’est pour cela que je n’ai jamais possédé d’oiseau en cage. Je leur jette du pain par la fenêtre et s’ils viennent se nourrir, je les observe et je me contente de cette contemplation. Parce que c’est comme cela que je veux que les oiseaux soient… »
Un bel hommage a été rendu aux deux amis, décédés à dix ans d’intervalle, par Maialen Lujanbio.
Wikipédia recense 17 interprètes différents pour cette chanson, dont Joan Baez, qui l’a interprétée au Concert pour la Paix, aux arènes de Bilbao – certain-e-s se sont quelque peu amusé-e-s de sa prononciation! Totalement différente, la version d’Arraya : on passe du romantisme à la contestation forte… Un autre choeur d’hommes, Pyrénéens, Vaya con Dios, l’a reprise un peu dans le même sens. Car cette chanson a connu beaucoup d’avatars… Le mieux est de revenir à son co-créateur, Mikel Laboa. Une vidéo avec de belles images du pays et des sous-titres en espagnol, et une autre avec des photos de lui et des illustrations parlantes…
Mikel Laboa avait fondé le groupe culturel Ez Dok Amairu, dont la signification est « Il n’y a pas de treize » (pas de « malédiction ») – d’ailleurs, le chanteur avait l’habitude de numéroter ses albums, mais passe du 12 au 14…
Quelques membres de Ez Dok Amairu Il n’y a pas de treize…
C’est aujourd’hui l’anniversaire d’un de mes amis… Je me souviens du jour où il m’a parlé de ce qui a fait basculer sa vie, le suicide de son fils, jeune homme beau, brillant, intelligent, sensible. Un arbre a été planté près de sa tombe à Aix, un olivier… Zitouni… Arbre oh combien symbolique pour moi, qui avais aussi déposé un olivier sur la tombe de mon père.
Oliviers dans les Alpilles, Van Gogh (1889)
L’ami dont je vous parle est un Homme solidaire, un Ami sincère, un Etre rare qui vit et fait vivre par les liens qu’il crée, les combats qu’il mène et les chansons qu’il interprète au sein d’une chorale… C’est à lui que j’ai pensé en choisissant le poème de ce jour. Mais qui, je pense, s’adresse à chacun-e de nous.
Oliviers avec ciel jaune et soleil, Van Gogh (1889)
Encore frissonnant Sous la peau des ténèbres Tous les matins je dois Recomposer un homme Avec tout ce mélange De mes jours précédents Et le peu qui me reste De mes jours à venir. Me voici tout entier, Je vais vers la fenêtre. Lumière de ce jour, Je viens du fond des temps, Respecte avec douceur Mes minutes obscures, Épargne encore un peu Ce que j’ai de nocturne, D’étoilé en dedans Et de prêt à mourir Sous le soleil montant Qui ne sait que grandir.
Jules Supervielle, La Fable du Monde
L’Homme à la fenêtre, Henri de Braekeleer (1876)
En recherchant les tableaux de Van Gogh sur le net, j’ai assisté à une nouvelle co-incidence. Je l’ignorais, mais, en 2012, il y avait eu une double exposition Hiroshige, l’art du voyage – Van Gogh, rêves du Japon par la Pinacothèque. Hiroshige, ça vous rappelle quelque chose?
Il y a sept sources dans le terrain de la demeure où je suis « confinée ». Et, chaque jour, les voir jaillir, entendre sourdre l’eau claire entre bruyères et primevères me redonne confiance en la vie, me « re-source »… Je me sens nymphe, sylphide… je me vois sirène… Et je vais chaque jour dégager l’espace, nettoyer le lit, ouvrir les vannes pour que s’écoule l’eau, que coule le ruisseau, portant vers la rivière, puis le fleuve, puis la mer mes rêves d’évasion…
Les tourbillon de Naruto à Awa, Hirochige (1855)
Le Ruisseau
Du creux de la roche moussue La petite source jaillit. Du Grand-Salève elle est issue Et deux brins d’herbe font son lit.
Dans l’ombre on l’entend qui bégaie Comme un enfant sur les genoux, Bientôt plus forte elle s’égaie Et s’amuse avec ses cailloux.
Elle brode de cascatelles Les blocs à remuer trop lourds, Comme l’on coudrait des dentelles Sur une robe de velours.
Les filles de la flore alpestre, Prenant le frais près de ses eaux, Écoutent son joyeux orchestre Soutenant le chant des oiseaux.
De tous les coins de la montagne Elles s’y donnent rendez-vous, Chacune amène sa compagne Et les baisers y sont plus doux.
On n’a que quatre pas à faire Pour trouver au bord du ruisseau Le cyclamen que Sand préfère Et la pervenche de Rousseau.
Théophile Gautier, 1869
Cyclamen de Naples
« Un ruisseau coule dans la cannelure formée par la rencontre des deux pans. Au point où leur écartement cesse, il se précipite dans des profondeurs effrayantes, et forme, au lieu de sa chute, un petit bassin entouré de roseaux et couvert d’une fumée humide. Autour de ses rives et sur les bords du filet d’eau alimenté par le trop- plein du bassin, croissent des bananiers, des letchis et des orangers, dont le vert sombre et vigoureux tapisse l’intérieur de la gorge. C’est là que Ralph fuyait la chaleur et la société ; toutes ses promenades le ramenaient à ce but favori ; le bruit frais et monotone de la cascade endormait sa mélancolie.
Quand son cœur était agité de ces secrètes angoisses si longtemps couvées, si cruellement méconnues, c’est là qu’il dépensait, en larmes ignorées, en plaintes silencieuses, l’inutile énergie de son âme et l’activité concentrée de sa jeunesse.«
« .. Je donnerai de ces souvenirs un seul exemple qui pourra faire juger de leur force et de leur vérité. Le premier jour que nous allâmes coucher aux Charmettes, maman était en chaise à porteurs, et je la suivais à pied. Le chemin monte ; elle était assez pesante ; et, craignant de trop fatiguer ses porteurs, elle voulut descendre à peu près à moitié chemin pour faire le reste à pied. En marchant elle vit quelque chose de bleu dans la haie, et me dit : « Voilà de la pervenche encore en fleur. » Je n’avais jamais vu de la pervenche, je ne me baissai pas pour l’examiner, et j’ai la vue trop courte pour distinguer à terre les plantes de ma hauteur. Je jetai seulement en passant un coup d’oeil sur celle-là, et près de trente ans se sont passés sans que j’ai revu de la pervenche, ou que j’ai fait attention. En 1764, étant à Cressier avec mon ami M.du Peyrou, nous montions une petite montagne au sommet de laquelle il a un joli salon qu’il appelle avec raison Bellevue. Je commençais alors d’herboriser un peu. En montant et regardant parmi les buissons, je pousse un cri de joie : »Ah ! Voilà de la pervenche ! et c’en était en effet. »… »
Jean-Jacques Rousseau, Confessions, tome 1 (1836)
Moorgraben, Paula Mendelson-Becker (autour de 1900)
Chaque jour où je le puis, je vais me coucher dans l’herbe de la prairie, au bord de l’étang, et je lis, je rêve, je contemple les cimes des arbres… en ce moment, j’ai l’impression de « voir » l’herbe pousser, les orties s’envoler, les feuilles grandir… Et, chaque après-midi, l’aurore vient me rendre visite… L’aurore, direz-vous? en plein après-midi? Mais oui, l’aurore… qui volète autour de moi, butine les fleurs de pissenlit qui abondent, puis s’éloigne, se rapproche, voltigeant gaiement.
L’aurore
Alors ce matin, pour que volètent vers vous les ailes du bonheur, j’ai choisi de fêter ces êtres si symboliques de la vie/mort, et d’une forme de liberté… « Minuscule voilier des airs maltraité par le vent en pétale superfétatoire, il vagabonde au jardin. » (Francis Ponge)… écho donc aux voiliers d’hier… entre air et mer / air et terre… air éther…
De toutes les belles choses Qui nous manquent en hiver, Qu’aimez-vous mieux ? – Moi, les roses ; – Moi, l’aspect d’un beau pré vert ; – Moi, la moisson blondissante, Chevelure des sillons ; – Moi, le rossignol qui chante ; – Et moi, les beaux papillons !
Le papillon, fleur sans tige, Qui voltige, Que l’on cueille en un réseau ; Dans la nature infinie, Harmonie Entre la plante et l’oiseau !…
Quand revient l’été superbe, Je m’en vais au bois tout seul : Je m’étends dans la grande herbe, Perdu dans ce vert linceul. Sur ma tête renversée, Là, chacun d’eux à son tour, Passe comme une pensée De poésie ou d’amour !
Gérard de Nerval, Les Papillons
Bon, d’accord, celles et ceux qui connaissent la fin du poème savent que j’ai un peu triché, et qu’elle est sinistre… Mais oublions cela… ce passage est tellement en miroir que je n’ai pas voulu m’en ni vous en priver.
J’ai beaucoup hésité avec un autre poème que j’aime, et qui met aussi en scène ces charmants voltigeurs. Pour ne pas alourdir le texte, mais aussi parce qu’hier j’avais déjà emprunté à Lamartine, le voici lu par une inconnue… Je l’ai choisi parce que vous y verrez le texte, mais je préfère de loin la version d’Alain Carré, même si elle est assez classique. Pour un petit moment de musique et de douceur, écoutez sa mise en musique – et en chant – par Caroline Tursun.
Bien sûr, je ne pouvais pas oublier un de mes auteurs favoris, Rûmi… A déguster sans modération…
J’ai en vain recherché de belles séquences de danse autour du papillon. Et j’ai bien trouvé la Valse du Papillon, mais sur un morceau… de Clapton. Néanmoins, à voir, si vous aimez les valses… des interprétations diverses du Papillon d’Offenbach sont accessibles sur la toile, comme celle-ci (mal filmée, mais intéressante) par le Ballet de Santiago. On aime ou on n’aime pas, mais difficile de rester indifférent-e.
Encore un papillon qui se brûle les ailes, mais, cette fois, pour permettre l’amour entre la jeune servante Farfalla et le prince Djalma!
J’avais vu dans un exposition, récemment, un film de la fin du XIXème siècle, présentant cette danse. Une photo qui « fige » la danseuse, Annabel Whitford, en 1897…
De la même époque, une autre danseuse, mais ici, statique, dans sa robe papillon, Loie Fuller.
Loie Fuller, Studio Reutlinger, 1899
Et si vous préférez imaginer en écoutant simplement la musique, pas de problème! Dans un tout autre style, Schmetterlingslieder, Vicious Beatz.
Un petit clin d’oeil à un de mes lecteurs, dont la fille est experte en Pole Dance, avec ce « Butterfly » aérien…
Un autre à mes amis basques…
« La mariposa (signifiant papillon en espagnol) est une passe de cape inventée par Marcial Lalanda dans les années 1920 dans laquelle le toro de ne passe pas mais suit de la tête la cape que le torero tient dans son dos et la fait passer tantôt à gauche, tantôt à droite en reculant avec le revers de la cape. L’inconvénient de cette passe est d’inciter le toro à donner des coups de tête et le met sur une attitude défensive.La mariposa (signifiant papillon en espagnol) est une passe de cape inventée par Marcial Lalanda dans les années 1920 dans laquelle le toro de ne passe pas mais suit de la tête la cape que le torero tient dans son dos et la fait passer tantôt à gauche, tantôt à droite en reculant avec le revers de la cape. L’inconvénient de cette passe est d’inciter le toro à donner des coups de tête et le met sur une attitude défensive.La mariposa (signifiant papillon en espagnol) est une passe de cape inventée par Marcial Lalanda dans les années 1920 dans laquelle le toro de ne passe pas mais suit de la tête la cape que le torero tient dans son dos et la fait passer tantôt à gauche, tantôt à droite en reculant avec le revers de la cape. L’inconvénient de cette passe est d’inciter le toro à donner des coups de tête et le met sur une attitude défensive. » (source)
Et un moment de rire, avec un groupe autrichien qui a pris le nom de « papillons », « Schmetterlinge », et qui a présenté, en 1977, à l’Eurovision, une chanson satirique sur l’industrie du disque, Boom Boom Boomerang.
Quand j’étais jeune et fier et que j’ouvrais mes ailes, Les ailes de mon âme à tous les vents des mers Les voiles emportaient ma pensée avec elles, Et mes rêves flottaient sur tous les flots amers.
Je voyais dans ce vague où l’horizon se noie Surgir tout verdoyants de pampre et de jasmin Des continents de vie et des îles de joie Où la gloire et l’amour m’appelaient de la main.
J’enviais chaque nef qui blanchissait l’écume, Heureuse d’aspirer au rivage inconnu, Et maintenant, assis au bord du cap qui fume, J’ai traversé ces flots et j’en suis revenu.
Et j’aime encor ces mers autrefois tant aimées, Non plus comme le champ de mes rêves chéris, Mais comme un champ de mort où mes ailes semées De moi-même partout me montrent les débris.
Cet écueil me brisa, ce bord surgit funeste, Ma fortune sombra dans ce calme trompeur ; La foudre ici sur moi tomba de l’arc céleste Et chacun de ces flots roule un peu de mon cœur.