Trouville en perdition?

J’aime errer dans des lieux inconnus, en humant l’air et tentant de deviner qui sont les personnes qui les hantent. Je fus gâtée ce samedi, en arpentant les rues, ruelles et petits passages de Trouville : je n’avais pas du tout imaginer ce bourg comme je l’ai trouvé. Désert, pitoyable, désolant par de nombreux aspects. Comme abandonné.

A l’exception des quais et des trois-quatre rues qui constituent le minuscule « centre »… Et encore, vu l’état de l’église!

Dans les villages du sud, les ruelles, même en piteux état, gardent un côté pittoresque qui fait cruellement défaut ici.

Certaines rues évoquent davantage les corons du Nord qu’une station balnéaire. Mais au moins, dans les corons, il y a de la vie!

Et même un vieux vêtement rapiécé a plus fière allure s’il est propre…

Pourtant par ci, par là, on sent que les habitant-e-s ou résident-e-s résistent.

Ici par l’humour : sur la porte, il est écrit « Les Chacrobates ». Là, par la peinture et l’appel à la protection divine.

Ailleurs, on fait des recherches esthétiques, même sur les boites aux lettres.

Des indices de vie, on finit par en trouver, en cherchant bien… Comme des graffiti…

Ou des affiches qui ne manquent pas d’humour.

Humour aussi que cette plaque qui interpelle les passant-e-s ! (zoomez!)

Enfin une curiosité architecturale, au bout d’un bel effort de montée et de recherches vaines.

Mais de quoi s’agit-il? Nul panneau ne l’indique… Un ancien château reconverti? Un manoir? L’idée d’un touriste fou, comme celui qui a imaginé « le château de l’Anglais » à Nice?

La chimère se moque de moi, du haut de sa superbe.

Vous ne me croirez sans doute pas. Et pourtant c’est vrai : mes recherches sur le net ne m’ont pas permis de trouver cet édifice (soit dit en passant, bravo aux communicants de l’Office du Tourisme : je n’ai pas vu la même ville!).

Alors, je vous demande de l’aide : qu’est-ce donc? Vos commentaires sont donc les bienvenus!

Peut-on aimer Deauville ? (2)

Rien de tel qu’une promenade sur les « planches » pour répondre à cette question.
Quittons donc la Presqu’île de la Touques, mon lieu de résidence, pour gagner la rive gauche et rejoindre la plage… Pour ce faire, trois solutions : aller faire le tour par le pont des Belges, qui relie Trou- et Deau-ville, prendre le bac (mais il ne fonctionne qu’à marée haute (et je ne l’ai pas vu fonctionner du tout…?), ou emprunter le pont situé entre les deux nouvelles tours marquant l’entrée du port. C’est tout naturellement que nous l’empruntâmes, car situé… en face de la résidence! Paresse oblige…

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Une des tours vue du balcon

En réalité, l’une des tours est l’ancien phare du port, qui a été rénové et « doublé » d’une tour presque jumelle.

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J’apprends bien vite que le quai porte le nom de l’Impératrice Eugénie… « Sur le port de Deauville, au petit matin du 7 septembre 1870, l’Impératrice Eugénie, sur la route de l’exil, embarque depuis ce quai, avec le Docteur T.W. Evans, sur la goélette La Gazelle, afin de rejoindre l’Angleterre. »

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La lumière est superbe, en ce matin de janvier à la douce fraîcheur. Un soleil pâle éclaire magnifiquement le port et Trouville…

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J’ai malheureusement « raté » la photo de l’entrée du chenal, mais je ne résiste pas à l’envie de la partager quand même avec vous, certaine de votre indulgence.

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Un homme veille sur l’entrée de la plage. Son buste est maltraité par les volatiles, marins ou non.

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Ce n’est ni un artiste ni un élu. Mais un homme d’affaires, le fondateur du restaurant Maxim’s.

« En 1905, il est sollicité par la municipalité de Trouville-sur-Mer pour prendre la direction du casino de la station balnéaire, ce qui permet ainsi à Trouville de faire venir sur la côte normande une partie de la clientèle parisienne de Cornuché. En 1909, il est envisagé de reconstruire le casino, mais le projet soutenu par Cornuché n’est pas celui qui est retenu ; il donne alors sa démission et s’en va trouver le maire de Deauville, Désiré Le Hoc, à qui il propose son projet4.

Ainsi naît en 1912 le casino de Deauville, contribuant au succès de la station normande5.

Eugène Cornuché meurt le 1er avril 19266 à Paris. C’est son associé François André – l’oncle de Lucien Barrière – qui reprend alors le casino de Deauville. » (Wikipédia)

La plage est déserte. Seuls y courent des chevaux attelés, sans doute en prévision de la course du week-end. Les planches sont aussi bien vides.

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Une exposition de photographies un peu « kitch » casse malencontreusement la belle harmonie de ces lieux.

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De belles horloges égrènent secondes, minutes et heures. Là aussi, faute de goût : elles ne servent qu’à la publicité, à peine déguisée, de la marque.

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Non loin de ce panonceau flambant neuf, un pauvre vieux rouillé évoque un grand peintre, relégué sur un recoin des cabines.

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Le seul café de l’endroit est fermé. Impossible donc de boire un café en profitant de la belle vue d’une plage déserte. Dans le lointain la brume occulte un peu l’horreur industrielle…

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Peut-on aimer Deauville ? (1)

C’est la question que je me pose depuis longtemps, en cinéphile amateure que je suis… Jusqu’à présent, je n’y avais fait que des « passages », sans être séduite par la célèbre cité surnommée « le 21ème arrondissement de Paris » – ce qui, soit dit entre parenthèses, ne plaît pas à tous les Deauvillois, comme l’atteste cet extrait :

« Certaines caricatures ont la vie dure mais c’est aussi parce qu’elles correspondent à une part de vérité… Sauf que la question de savoir qui maîtrise l’image de la Normandie, de qui la diffuse ou la manipule est toujours posée. Notamment à Deauville, terminus balnéaire et autoroutier pour beaucoup de Parisiens le temps d’un week-end que d’aucuns croient romantique depuis le film de Lelouch avec un minimum de pouvoir d’achat. Les vrais Deauvillais diront qu’il y a peut-être mieux à faire que d’être seulement une caricature, « Paris sur Mer, 21ème arrondissement ». (source)

Cette fois, un séjour devait me permettre de mieux l’apprécier.

En route donc vers la Touques, qui, comme son nom ne l’indique pas, n’est pas la rivière qui arrose Le Touquet, mais sa grande rivale, Deauville. Oh pardon! J’allais commettre la même erreur que le journal Ouest France qui dut faire son mea culpa après avoir « traité » la Touques de « rivière ».

« Dans notre édition du 11 février, on annonçait qu’un plan de protection de la « rivière » la Touques était en cours de réflexion. Un terme qui a interpellé un lecteur.

À la Direction départementale de la terre et de la mer (DDTM), on nous explique que certes, la Touques est un fleuve « puisqu’elle se jette dans la mer, mais aussi une rivière. » Sauf que le dictionnaire Larousse, lui, explique qu’un fleuve est un cours d’eau finissant dans la mer.

Tandis qu’une rivière est un cours d’eau qui se jette dans un autre cours d’eau. Si les affluents de la Touques (La Calonne, L’Orbiquet, etc.) sont bien des rivières qui se jettent dans la Touques, cette dernière ne se jette que dans la mer. Elle serait donc bien uniquement… Un fleuve. » (source)

Source

En réalité, donc, la Touques est le fleuve qui sépare Trouville et Deauville, ce petit bourg qui ne compte que 3700 habitant-e-s, à quelques naissances et décès près, en fonction des jours…

Car oui, Deauville, ce n’est pas une ville, contrairement à ce que son nom veut faire penser. Mais « ville », ce n’est qu’une « villa » gallo-romaine (voir à ce sujet le joli site du Ministère de la Culture).

J’ai tenté de comprendre ce que signifiait la première syllabe, et me suis heurtée à plusieurs hypothèses : pour les uns, c’était le nom du Dominus, le maître de céans. Pour d’autres, cela proviendrait d’un terme germanique que je connais bien, car il est à l’origine du nom de l’une des Trois Villes Soeurs picardes, Eu : il s’agit d’auwa (diverses graphies possibles) qui désigne l’eau, fleuve ou prairie humide (même racine que le « aqua » latin, persistant dans nos mots français). Les constructions modernes qui se multiplient à l’embouchure de la Touques font oublier qu’il devrait y avoir effectivement des zones plus ou moins marécageuses dans les temps anciens. Il n’est qu’à voir cette carte du XIIème siècle pour l’imaginer…

Comme partout où c’était possible, au Moyen-Age, les êtres humains privilégiaient les hauteurs pour se protéger. En l’occurrence, le mont qui domine l’actuelle plage, le Mont Casiny.

« Le nom Canisci montis apparaît, en 1061, dans une donation au prieuré de Saint-Arnoult.
Au Moyen-âge, le plein fief du Mont-Canisy regroupait principalement les territoires des 4 communes actuelles de Bénerville, Deauville, Saint-Arnoult et Tourgéville.
Le manoir seigneurial, situé à Bénouville (un lieu-dit de la commune de Tourgéville) a accueilli les seigneurs du Mont-Canisy jusqu’à la construction à Saint-Arnoult du château de Lassay au XVIIe siècle.
« 

« En 1850, il existait une dizaine de fermes, 26 maisons, et une centaine d’habitants qui vivaient de l’agriculture et de l’élevage.
Trouville, sa voisine, était un village de pêcheurs.
Les marais, situés en contrebas du village et sur lesquels allait s’édifier le futur Deauville, servaient à faire paître les vaches et les moutons
. »

La croissance du bourg a été violente. En un siècle, il a fallu accueillir d’abord toutes les personnes venues en villégiature, ensuite les amateurs de courses hippiques, enfin les stars et leurs fans… La variété infinie de l’architecture du 20ème siècle témoigne de cette évolution mal maîtrisée, qui se poursuit à l’heure actuelle avec les horreurs en cours de construction ou juste achevées sur l’embouchure de la rivière…

On peut être fan des vastes demeures destinées à l’esbrouffe… Ou des résidences pour touristes assoiffés de les côtoyer le luxe. Ce n’est pas franchement mon cas, même si j’apprécie l’esthétisme désuet de certaines, voire l’attachement apparent à la culture régionale, comme celle-ci.

Beaucoup ont du mal à survivre, et des étais sont parfois nécessaires, comme pour cette imposante demeure.

Les statues semblent avoir été signe de réussite sociale, et l’on en trouve assez fréquemment, comme sur cette maison…

Nombre de résidences sont ainsi closes. Et de restaurants. Pas un bar ouvert le long de la plage. Heureusement, nous en avons trouvé un bien sympathique, en centre ville, le Cyrano. Bien kitch, comme décoration, mais avec des clients autochtones, ou presque, comme ce Parisien venu s’y installer à la retraite, qui m’a avoué ne savoir que faire de ses soirées. Car c’est le désert culturel, ici. En ce week-end de janvier, aucun concert ni pièce de théâtre! Une seule exposition, aux « Franciscaines« . J’ai appris depuis que cet endroit est à voir et fréquenter. Hélas trop tard… Je n’ai pas été tentée d’aller voir les photos de la soeur d’Amélie Nothomb…

Côté marché, ce n’est pas mieux. Un tout petit marché de victuailles, avec de tout gros prix. Qui m’a conduite à aller… au Carrefour voisin pour acheter du poisson! Le comble en bord de mer!

Il reste la plage. Mais désertique. Et les travaux multiples nuisent au charme que pourraient avoir les célèbres « planches ». Je suis quand même parvenue à faire quelques photos, que je vous proposerai dans un prochain article…

Duc et Pioche

Jamais je n’aurais eu l’idée d’aller voir une pièce ainsi intitulée. Quel drôle de titre! Mais me voici entraînée au Théâtre de Poche (et non de Pioche) à Montparnasse, dans la même salle où j’avais assisté à une pièce fort intéressante voici quelques temps… Des banquettes en arc de cercle autour d’une non-scène, et le décor quasi inchangé : un petit bureau couvert de papier et quelques objets pour situer l’époque. En l’occurrence, le XVIIème siècle.

Restait à essayer de comprendre qui pouvait être « Pioche », et de quel « Duc » il s’agissait…

L’acteur incarnant ce Duc est un condensé de séduction, à presque 70 ans, ce qui m’a quelque peu gênée pour suivre intellectuellement. Je ne le connaissais pas, et viens de regarder sur le net de qui il s’agit : François-Eric Gendron. Quant à l’actice, née elle aussi en 1955, elle se nomme Sabine Haudepin. Nom qui vous rappelle quelque chose? Normal, elle est la soeur de Didier Haudepin que vous avez sans doute vu dans des films naguère.

Mais revenons à la pièce. On apprend progressivement que le Duc est auteur de Maximes célèbres… Vous avez deviné? Oui, c’est bien de François de La Rochefoucauld dont il est question.

La pièce traite de son amitié avec une auteure célèbre de l’époque. Cet incroyable Frondeur et séducteur s’est, paraît-il, « assagi » en vieillissant. On parle donc d’amitié entre lui et Marie-Madeleine, des liens qui auraient duré un quart de siècle, de 1655 à 1680, année du décès du Duc, qui avait 21 ans de plus que celle qui lui survivra dix ans encore. Qui était « Pioche »? Avez-vous trouvé? Des indices : amie de Madame de Sévigné, qu’elle a connu quand sa mère s’est remariée avec un oncle de celle-ci, Renaud-René de Sévigné, et à qui elle écrivit un jour :

« Vous êtes en Provence, ma belle ; vos heures sont libres, et votre tête encore plus. Le goût d’écrire vous dure encore pour tout le monde : il m’est passé pour tout le monde et, si j’avais un amant qui voulût de mes lettres tous les matins, je romprais avec lui. Ne mesurez donc point notre amitié sur l’écriture. Je vous aimerai autant en ne vous écrivant qu’une page en un mois, que vous en m’en écrivant dix en huit jours« …

Ecrivaine ayant eu pour conseillers littéraires Segrais et Ménage…

Pioche était le nom de son père, un bourgeois, écuyer du roi et faisant partie de la suite de Richelieu qui lui confia l’éducation de son filleul. Il se faisait appeler Pioche de la Vergne pour paraître plus « noble ». Le prénom de sa fille évoque la nièce du Cardinal, Marie-Madeleine de Vignerot du Pont-de-Courlay, dame de Comballet puis duchesse d’Aiguillon. Isabelle Pena, fille d’un médecin du roi, mère de Marie-Madeleine, était à son service.

Sous quel nom est connue cette Marie-Madeleine Pioche de La Vergne? Avez-vous trouvé? Dans ce pays patriarcal, il faut chercher le nom de l’époux. A 21 ans, elle s’était mariée avec un « vieux » de 38, François Motier, comte de La Fayette. D’où le nom qui passera à la postérité comme celui d’une écrivaine de ce siècle : Madame de La Fayette.

La pièce met donc en scène les deux amis, au moment où l’auteure entreprend l’écriture de ce qui deviendra La Princesse de Clèves. On assiste à la genèse de cet ouvrage. Quelle part du fictif et de la réalité? Impossible à déterminer! Mais j’ai trouvé intéressants les questionnements autour de la conception du roman. Co-conception, en l’occurrence, devrais-je plutôt dire. Quel incipit? Comment rendre les personnages crédibles? Quels lieux choisir pour « décors » de l’action? Peut-on éviter de narrer, pour mieux mettre en valeur les finesses psychologiques? Tel est le thème de cette pièce écrite par Jean-Marie Besset, que j’ai vue (et surtout écoutée) avec beaucoup d’attention, en regrettant de ne pas avoir relu le livre avant…

« 

La danse dans tous ses états

J’avais hésité avant de réserver pour La Scala (de Paris, pas de Milan hélas) en ce mardi 26 janvier gris et terne. Mais curiosité oblige, j’ai finalement joint le théâtre pour ce faire, sachant que, jusqu’à présent, les surprises y étaient plutôt bonnes. Et il faut, me semble-t-il, encourager le « risque » en matière artistique.

L’étonnant rideau de scène

Si peu de spectateurs qu’on les a « surclassés », et que tout le monde s’est retrouvé en orchestre. Moi aussi, qui avait pourtant choisi le second balcon pour être au premier rang! Un petit conseil en passant – une fois n’est pas coutume!- Si un jour vous vous rendez dans ce théâtre, n’hésitez pas à prendre n’importe quel rang d’orchestre, le plan est tellement incliné qu’on voit bien de partout…

En scène, deux danseurs. J’hésitais à placer du féminin. Car l’un des deux a un aspect androgyne marqué. Par la suite, je la classerai plutôt côté « femme », malgré mon rejet intellectuel de la bi-catégorisation de sexe. Vêtus de tee-shirts et pantalons. Une scène plus que sobre : rien que le noir du plancher et du fond. Et une musique répétitive, qui peut parfois sembler lassante. La même répétitivité dans la chorégraphie, par moments. Mais une grâce, une souplesse, et un duo si assorti qu’on se laisse « prendre ». Aussi est-on tout surpris-e de sa brièveté. Je m’attendais à tout moment à voir surgir d’autres danseurs. Mais non. Le duo est et reste seul en scène pour la demi-heure (approximative) que dure le ballet.

Edouard Hue, danseur et chorégraphe, et Yourié Tzugawa

Ensuite, entracte. Nul-le ne s’y attendait, je pense, et personne n’a osé sortir. Pourquoi cet entracte? Pour installer un décor? Nous découvrirons que non, car la scène est tout aussi nue et noire lorsque le rideau se lève. Cette fois, dévoilant un ensemble de 9 danseurs et danseuses, dont les 2 qui nous ont déjà régalé de leur danse voluptueuse.

La seconde partie du spectacle m’a questionnée. Il faut avouer que je n’avais pas lu les commentaires ni les critiques en amont, et que je me suis questionnée sur la signification des tableaux à maintes reprises. Seul un texte en russe m’a éclairée vers la fin. Il y était question d’Ukraine, de chars et de vérité. Mais je n’avais absolument pas fait le lien avant, je dois bien l’avouer.

La succession de pièces extrêmement différentes ne m’a pas totalement séduite. Trop d’écart entre des morceaux très lents, voire sombres, et d’autres très enlevés, voire burlesques. Je n’ai pas non plus apprécié les costumes, il faut le dire. Un simple caleçon trop large. Un soutien-gorge de maillot de bain étriqué. Un tee-shirt de mauvais goût. Peut-être suis-je trop « classique »? Mais, pour moi, cela ne met pas en valeur le corps. Or, dans la danse, ce que j’apprécie, entre autres, c’est l’esthétique corporelle… Il faut dire que, de ce côté, il y a aussi des surprises, car certains membres de la troupe sont loin de correspondre à l’archétype du danseur / de la danseuse. C’est donc un parti-pris. Mais cela m’a gênée. Et surtout entraîné à focaliser sur certains – ou plutôt certaines, d’ailleurs – plus que sur d’autres. Sans compter que, pour moi, cela nuit à l’harmonie générale, à la synergie.

Beaver Dam Company

Je vous donne peut-être l’impression que je n’ai pas aimé ce spectacle? Ce n’est pas le cas. Je l’ai apprécié. Pour son côté novateur, justement. Pour la virtuosité et la grâce des interprètes. Pour certaines pièces à la chorégraphie remarquable. Il y eut donc de très bons moments, qui font oublier les autres…

La compagnie avec son chorégraphe, Edouard Hue. (remarquez à gauche les tas de vêtements, dépouilles d’une des dernières scènes)

Post-scriptum

Après avoir écrit ce qui précède, je suis allée rechercher la présentation du spectacle. C’est l’ascension de Donald Trump qui est représentée dans le second… Je ne l’avais pas deviné!

Si vous voulez avoir un aperçu, rendez-vous sur le site de La Scala. Pour une critique, c’est La Terrasse, ou encore ici.

Barzaz Breiz à La Madeleine (2)

Petite synthèse pour celles et ceux qui auraient raté le précédent épisode : un jeune noble breton décide de collecter les chants traditionnels, et en particulier ceux qui rapportent l’histoire de la Bretagne, les gwerziou. Il en fait un recueil, publié sous le titre de Barzaz-Breiz : « barzaz » a le même radical que « barde » : c’est un ensemble de poèmes.

La Villemarqué a effectué deux campagnes de collectes, dans la première moitié du 19ème siècle. Il a tenté d’en sortir une histoire de la Bretagne, qui a été contestée pour manque de scientificité.

Maintenant que vous avez compris ce qu’est le Barzaz-Breiz, vous devez vous demander pourquoi j’ai autant développé avant d’en venir, comme vous l’attendez depuis le début, au concert programmé en ce dimanche 22 janvier à l’Eglise de La Madeleine. Nous y venons. C’est tout simplement le titre de ce concert.

Mais pourquoi ce titre? Eh bien, c’est évident! Les textes proviennent pour la plupart de ce recueil de chansons « historiques » bretonnes. On y retrouve la légende de la submersion de la ville d’Ys, ou encore le dialogue avec la mort de Yannig Skolan.

« La vie de Skolan est venue au pays, quiconque la chantera chaque jour aura de Dieu deux cents jours de pardon.
– « Qui va là et frappe aux portes fermées ? ». – « Ma pauvre mère, c’est votre fils Skolan ». – « Qu’il reçoive ma malédiction, la malédiction de ses frères et sœurs et de tous les enfants innocents, des étoiles, de la lune et de la rosée qui tombe sur la terre… ».
En route, Skolan rencontre son parrain qui lui dit : « Noir est ton cheval et noir tu es toi-même, où as-tu été et où vas-tu ? ». – « Je viens du Purgatoire et vais en Enfer avec la malédiction de ma mère ».
Le parrain intercède auprès de la mère. Elle énumère les forfaits de son fils : violer sept de ses sœurs, tuer leurs enfants, briser les vitraux et tuer le prêtre, mettre le feu au blé. Mais son plus grand péché est d’avoir perdu un petit livre écrit avec le sang du Christ.
Le livre, gardé au fond de la mer dans la bouche d’un poisson, est rendu. La mère donne alors le pardon.
Le cheval et Skolan deviennent blancs et il va au paradis avec la bénédiction de sa mère, ses frères, sœurs, des étoiles, de la lune….
« Quand le coq chante au lever du jour, les âmes trépassées vont devant Dieu, ma pauvre mère, j’irai moi aussi ».
(source)

Le programme montre à quel point ils ont été fidèles à leurs sources, rendant ainsi un hommage éclatant aux « bardes » (quel est le pluriel? Bardesses? ou faut-il dire « barzh » au singulier, donc peut-être « barzhou » au pluriel) de jadis et de naguère?

Le trio qui se produisait porte le nom de son créateur, Kêr Vari Kervarec, auquel sont parfois adjoints ceux des autres musiciens, Mehat et Dudognon.

« Le Trio Pêr Vari Kervarec se forme en début 2020, avec la volonté de proposer au public : un voyage dans cette culture bretonne, en se laissant envoûter par ces mélopées où se révèle la mémoire d’un peuple, l’âme profonde de la Bretagne. Composé de Pêr Vari Kervarec au chant en breton et aux bombardes, Loeiz Méhat aux saxophones et biniou et enfin Tony Dudognon à l’orgue, le trio compte une centaine de concerts à son actif dans toute la France.« 

La Bretagne, et en particulier le Finistère, a évidemment publié autour de ce concert. Par exemple, le quotidien Ouest France titrait « Le trio finistérien va jouer à Paris et au Japon ».

« Le trio a enchaîné toujours avec succès, avec « La mémoire d’un peuple » sur le Barzaz Breizh, collection de chants par Théodore Hersart de La Villemarqué paru en 1852.

Ce spectacle est à découvrir dimanche 22 janvier à 16 h, à l’église de la Madeleine à Pari, dans le 8e arrondissement. « C’est grâce au titulaire de l’orgue de la Madeleine, François-Henri Houbart, que le concert peut avoir lieu. Il avait assisté à un de nos concert dans la cathédrale de Quimper. Ce sera un gros concert, avec 1 500 places possibles. » La participation est libre.

Les bretons de Paris devraient être nombreux, ils se sont déjà passé le mot. Le trio se produira également à la basilique Saint-Denis le 25 mars, « là ou Anne de Bretagne a été couronnée reine. » Un disque sera enregistré en avril avec une sortie prévue en fin d’année. Le trio Pêr Vari Kervarec va également partir en tournée à l’automne… au Japon ! »

Le concert était sublime! Rarement ressenti autant d’émotions et d’émotion. Je craignais le contraste, il fut positif.

Et je dois dire que les jeunes musiciens/chanteur ont su exploiter l’espace qu’offre La Madeleine. En se mouvant. En se déplaçant. En situant leurs instruments à deux extrémités d’une hypoténuse imaginaire.

Un membre du clergé est venu rejoindre le groupe et a pris la parole. J’ignorais qui il était. Après une recherche sur le net, je puis vous le dire : il s’agit ni plus ni moins de Monseigneur Patrick Chauvet, ancien recteur de Notre Dame de Paris, devenu curé de La Madeleine.

« Débarqué au cours de l’été de son poste de recteur de Notre-Dame de Paris, Mgr Patrick Chauvet deviendra le 1er septembre curé de la Madeleine.

À la surprise générale, Mgr Patrick Chauvet (auteur du livre « Au cœur de Notre-Dame », Éd. Plon), recteur archiprêtre de Notre-Dame depuis 2016, a été débarqué de son poste par décision du nouvel archevêque de Paris, Mgr Laurent Ulrich. À compter du 1er septembre, ce prélat de 71 ans, ordonné prêtre en 1980 par le cardinal François Marty, prendra ses nouvelles fonctions d’administrateur (curé) de la Madeleine.

On peut le voir dans les (mauvaises) photos ci-dessous, à la fin de sa prise de parole, puis lorsque le concert s’est terminé.

Vous l’aurez compris, ce moment de partage avec les Bretons et les ami-e-s de « ma bro » (même s’il n’est que l’un de mes pays d’adoption) a été vraiment exceptionnel et a rompu la ternitude de cet après-midi de janvier parisien, où j’avais été effarée de voir la foule autour des magasins, me demandant pourquoi cette consommation effrénée avant de comprendre que c’est la période de la grande truanderie – pardon, je veux dire des soldes.

Il n’existe pas malheureusement pas encore de CD correspondant à ce programme. Mais vous pouvez les écouter et voir sur quelques vidéos en ligne sur leur page Facebook ou sur You Tube, comme ce concert à Rostrenen, celui-ci à la cathédrale de Quimper (un morceau que j’adore) ou cet autre à Dol de Bretagne.

Il n’est pas dans mes habitudes, vous le savez, de faire de la promotion. Mais pour une fois, je vais en faire pour encourager ce jeune trio si original. Alors,si vous les voir, rendez-vous à la Basilique de Saint Denis le 25 mars, ou, si voulez acquérir leur premier CD, il suffit d’écrire à leur association « porteuse » : mibienkerne@sganarel75 ou d’aller sur ce site. « Mibien », cela signifie « fils ». Quant à Kerne, c’est la Cornouaille. Vous écrirez donc à « Fils de Cornouaille »…

Kan An Anaon, son titre, signifie « Chants des Ames ». Enfin, pas tout à fait, car on ne peut traduire littéralement le dernier terme, souvent interprété par « Trépassés », comme la Baie proche de la Pointe du Raz le rappelle.

« La conception de l’au-delà des Bretons qu’on appelle Anaon est unique en Europe. Les morts et les vivants ne sont pas séparés ; ils vivent dans deux sociétés voisines qui s’interpénètrent à des moments précis de l’année. A l’origine, Gouel an Anaon (la fête des morts) est une fête celtique pour honorer les défunts, c’est devenu une fête catholique teintée d’une tradition païenne encore vivante au siècle dernier. » (source)

« Ce que raconte le Trio Pêr Vari Kervarec, Eliaz Le Bot et Tony Dudognon nous vient des relations singulières qu’entretiennent les bretons avec la mort et l’Au-Delà. Du passage entre la vie et l’Au-Delà, du Chant des âmes au bal des Trépassés. Un seul adage : HIRIE DIME VARCHOAS DIDE (Aujourd’hui c’est moi, demain ça sera toi)« .

Vous remarquerez que je n’ai pas fait état du dernier titre. On ne peut terminer un concert nissart sans entonner Nissa La Bella. On ne peut terminer un concert corse sans chanter Dio di Salvi Regina, ni un concert basque sans l’Euzko Abendaren Ereserkia. Donc, sans surprise, celui-là s’est achevé sur l’hymne breton chanté par le public. Ce sera le seul « bémol » dans cet article : je pense que si le chanteur avait accompagné la foule, cela aurait été plus aisé pour les non-bretonnant-e-s. Alors que même les Breton-ne-s étaient gênées par la force du saxophone. Mais ce n’est qu’un petit détail dans ce magnifique partage dominical.

Barzaz Breiz à La Madeleine (1)

Barzaz Breiz, écrit parfois avec un tiret, vous connaissez peut-être? Sinon, revenons dans le passé.

Nous sommes dans les années 30. Pas de ce siècle ni du précédent, non. Du 19ème. A Paris vivent de nombreux Bretons, dont des étudiant-e-s qui ont suivi des études secondaires dans leur région, mais viennent poursuivre dans la capitale. De nombreux banquets bretons voient se développer les discours autour de l’identité bretonne, tellement mise à mal depuis la Révolution (merci, l’Abbé Grégoire!). Un cercle de jeunes gens se réunit ainsi autour de Le Gonidec. Qui est cet homme? Ni plus ni moins que celui qui a unifié l’orthographe et la grammaire de la langue bretonne. Celtomane, Jean-François, Marie, Maurice, Agathe Le Gonidec de Kerdaniel est considéré comme l’un de ceux qui ont permis au breton d’obtenir le statut de « langue », puisque ses codes étaient dès lors fixés. Au détriment de la richesse des différentes langues parlées sur le territoire breton, soit dit en passant. Mais uniformisation et reconnaissance exigent…

A ce moment, il a déjà beaucoup oeuvré et publié, dont un Nouveau Testament en breton qui lui a valu bien des difficultés avec l’Eglise. Il est en train de préparer ce qui sera sa dernière oeuvre, ce dictionnaire breton-français.

Nul ne le sait à ce moment, mais lorsqu’elle paraît en 1837, il ne lui reste qu’un an à vivre : il mourra l’année suivante, à seulement 63 ans. Sa dépouille sera transférée de Paris à Lochrist, près du Conquet, son lieu de naissance.

Si je vous ai placé la photo du monument funéraire, photo issue de la page Wikipédia, c’est que le monument a une spécificité : il a été érigé en commun par les Gallois et les Bretons, et comporte donc trois langues : Gallois, Breton, et, dans une moindre mesure (il faut hiérarchiser!), Français. Mais voici, en français, la traduction de l’inscription en breton.

« Le Gonidec, homme de bien,
son nom est ici,
en témoignage d’éloge sincère
et du plus tendre amour,
sur une colonne de pierre élevée
par des frères Bretons
de la petite Bretagne, et de
la Grande-Bretagne, Celtes,
parce qu’il aimait son pays
et sa langue bretonne
en laquelle il fit un dictionnaire
et aussi une grammaire,
et parce qu’il traduisit, le premier
toute la Sainte Bible
dans la langue des Bretons.
Œuvre grande, bonne, céleste.

Mais revenons au Barzaz Breiz. Parmi les jeunes gens qui entourent (et sans doute admirent) Le Gonidec, figure le jeune Théodore Hersart de La Villemarqué, natif de Quimperlé. En 1837, il a 22 ans, mais ce brillant titulaire du baccalauréat littéraire, qui s’est inscrit en élève libre à l’Ecole des Chartes, a participé à certains travaux de Le Gonidec et il n’est pas le dernier à se montrer virulent lorsqu’il s’agit de défendre la Bretagne, le « bro ». Persuadé que les  gwerzioù  permettent de retracer une histoire de la Bretagne dont on ne fait que peu de cas dans l’histoire générale de la France, il note depuis 4 ans sur des carnets des chants de la région de Nizon, avant d’élargir son terrain d’enquête vers la Haute-Cornouaille. Son travail ne sera pas reconnu comme « scientifique », et c’est à compte d’auteur que paraît, en 1834, le Barzaz-Breiz.

Mais savez-vous ce que sont les gwerzioù (pluriel de gwerz)?

« Le terme gwerz désigne en fait une forme de chant particulière au répertoire en langue bretonne : une gwerz est un récit chanté, une forme de complainte, de ballade, de mélopée… Eva Guillorel en donne cette définition dans son ouvrage La complainte et la plainte : « […] il s’agit de pièces longues qui décrivent des faits divers tragiques à caractère local, qui montrent un important souci du détail dans les situations décrites et qui rapportent généralement avec une grande fiabilité le souvenir de noms précis de lieux et de personnes […] ».

Les chanteurs intervenaient à maintes occasions, dont les pardons, comme on le voit sur la photographie ci-dessous (source)

En quelque sorte, c’est la version bretonne des aèdes qui transmettaient l’histoire de la Grèce Antique, comme Homère, ou des griots qui portent la mémoire des peuples d’Afrique, encore à l’heure actuelle.

Une coïncidence? Vous savez qu’on dit qu’Homère était aveugle… Voici la photo d’un célèbre chanteur breton…

Puisque je parle d’Homère, c’est le moment de situer l’anecdote suivante : George Sand fut tellement enthousiasmée par le Barzaz Breiz qu’elle dit le situer au-dessus de l’Iliade…

Je ne vais pas continuer sur le sujet, mais, s’il vous intéresse, je vous conseille d’aller voir ce site très riche. Pour un aspect linguistique, c’est ici. On peut en entendre avec des interprétations par des Breton-ne-s, sur You Tube. Par exemple ici ou ici. Bien évidemment, les chanteurs/euses plus connu-e-s s’en sont saisi-e-s. C’est le cas de Denez Prigent, entre autres, dont vous pourrez écouter de nombreuses interprétations. Un reportage de l’INA, aussi, à voir. On y assiste à une séance de collectage de gwerz qui doit ressembler à ce qu’a vécu le jeune La Villemarqué. Une exposition au Manoir de Kernault, il y a 10 ans, présentait ses carnets.

Vous devez vous demander pourquoi je « disserte » sur Le Gonidec, La Villemarqué et les gwerziou.

C’est simple : si on ne connaît pas cette Histoire, on ne peut pas saisir toute l’émotion ressentie hier après-midi en entendant interpréter ces chants et ces récits par de jeunes Bretons, dans un lieu très symbolique de Paris : l’Eglise de la Madeleine. Car c’est ce à quoi j’ai assisté, en ce dimanche 22 janvier, et dont je suis sortie tellement émue que j’ai décliné l’invitation à prendre un verre d’un couple fort sympathique et intéressant, tout aussi amoureux de la Bretagne que moi, et que j’espère revoir bientôt. Une émotion partagée. Je vous en parlerai. Dans un prochain article…

Quand le mauvais goût sert la pédagogie et la créativité…

Une balade en bord de Seine, en un bel après-midi de janvier, m’a conduite par hasard au Jardin des Plantes. Une affiche, à l’entrée du Parc, indique une exposition qui, justement, se termine ce jour. Comme la nuit approche, il faut faire vite pour la découvrir! Un peu frileuse, je l’avoue, car ce que j’y avais vu les années précédentes, en cette même époque de l’année, avait quelque peu bousculé mes codes esthétiques… Et ce fut encore le cas. J’aurais dû me méfier, en voyant l’affiche.

Jugez-en par vous-même… Le pauvre Lamarck, à la pause pensive, est tranquillement posté, d’ordinaire, à l’entrée nord du Jardin.

Et le voici soudain complètement envahi par une horde de plantes et d’animaux géants, et surtout de couleurs « flashy ».

L’intention cependant est louable : reproduire en « changeant d’échelle » – mais je ne suis pas parvenue, même sur le site officiel, à comprendre quelle « échelle » avait été retenue – des « scènes  » de la vie animale (oui, zoocentration, pour celles et ceux qui étaient au Tibet avec moi hier soir). Ainsi, on peut voir ces charmants êtres s’entre-dévorer (non, vous ne verrez pas de photo, suis une âme trop sensible)… Ainsi, qui va absorber l’autre?

… ou en pleine copulation (bon, d’accord, une image avec carré blanc).

La promenade permet de découvrir de nombreuses espèces, et la vulgarisation est omniprésente grâce à des panonceaux explicatifs. Prenons l’exemple de l’adorable animal que voici.

Cela ferait un joli prénom, « Palomène », n’est-ce pas?

Sans surprise, je dois avouer que je fus davantage attirée par les papillons et libellules… Très stéréotypé, non?

Rassurez-vous, je ne vais pas faire défiler les 95 photographies que j’ai prises! Mais pourquoi autant, alors que je vous ai annoncé en introduction ma désapprobation des couleurs flashy? Tout simplement parce que j’ai pris plaisir à prendre des photos, et me suis amusée à cadrer et jouer de la lumière. D’abord parce que j’ai été fascinée par la représentation de la flore.

Avez-vous remarqué combien certaines photos sont « ratées » à cause de la lumière… Pas facile de faire un « reportage » au mois de janvier aux alentours de 17 heures! Alors, je me suis demandé si je ne pouvais pas transformer l’inconvénient en avantage, et tenter le contre-jour. Hmmm… pas très réussi!

C’est alors qu’est née l’idée de tenter le noir et blanc… Je viens juste de savoir que mon Iphone permet cela, autant essayer!

Et cela vous permet d’obtenir la réponse à l’énigme proposée voici quelques jours… La photo qui vous a été présentée comme « test » de noir et blanc a bien été prise au Jardin des Plantes en ce 15 janvier! Le flashy conduit à tout… et même au noir et blanc!

Un spectacle « décoiffant » à Bobino

Un jour de grève à Paris… L’injonction de télétravailler… Avez-vous déjà passé 7 heures devant un écran, à essayer de faire appréhender les joies de la rédaction à des personnes dont le rapport à l’écrit est historiquement difficile? Si oui, vous comprendrez l’envie irrésistible de se « distraire », au sens premier du terme (pas au sens pascalien, la surcharge cognitive était trop forte!). Un film? déjà allée au cinéma cette semaine. Une pièce? Pas sûr qu’elle se joue. La nocturne du Musée Branly pour l’exposition « kimono »? Annulée pour cause de grève. Reste la musique… pas trop loin, et surtout au sud de la ville, car on oublie l’idée de traverser l’axe République – Nation en ce soir de défilé. Or voici longtemps que j’ai envie de voir « Opéra locos », à Bobino. Et justement, c’est à 19h, donc pas trop tard entre deux journées de labeur. Un appel pour vérifier la non-annulation, et je file. En voiture, bien sûr : pas question de perdre du temps dans l’attente d’improbables transports en commun.

Peu de monde dans la salle. Ce qui entraîne, à la demande des placeuses, une migration généralisée à quelques minutes du début. Chacun-e peut ainsi migrer à son gré (joli, non? je ne rajouterai pas « et changer de degré », faut pas exagérer!). Aussi, avec une place bon marché, me suis-je retrouvée très bien placée, suffisamment en hauteur pour ne pas être gênée par le chignon de la dame de devant, et avec un large espace pour déployer mes gambettes lourdes d’avoir supporté la position assise autant d’heures.

J’ai passé un moment de détente extraordinaire et de plaisir joyeux, partagé avec une salle en délire. Un spectacle à recommander à toute personne peu empreinte à aller à l’Opéra ou l’Opéra Comique.

Lui, c’est le ténor. Méconnaissable dans son costume qui le rend difforme, et avec son maquillage outré…

Deux chanteuses et trois chanteurs aux voix de qualité, aux tessitures variées. Pour certain-e-s, une amplitude admirable. Notamment l’un des chanteurs, qui se joue du genre. Cinq personnes qui chantent, mais aussi jouent et dansent avec un rythme endiablé. Un burlesque un peu trop forcé, peut-être parfois. Mais j’ai beaucoup ri. J’étais par moments littéralement « pliée en deux », notamment par le décalage entre les paroles et le jeu scénique, alors que l’air était brillamment interprété.

Le spectacle, soudain, devient interactif. Et la salle chante, interprétant les airs les plus connus : Rigoletto, la Traviata… Un spectateur se retrouve même sur scène. Car, pour constituer 3 couples, il faut 6 personnes. Qu’à cela ne tienne, on va prendre la sixième dans la salle! Et tout se termine avec des spectateurs/trices chantant debout et claquant des mains dans une ambiance chaleureuse. Exactement ce qu’il me fallait après cette journée d’interactions médiées par un écran! Que vous dire de plus? Allez-y, cela vous apportera du soleil en ce triste hiver! Je n’ai pas trouvé d’extrait avec les cinq actuel-le-s, il y a visiblement eu changement côté « femmes », mais vous aurez quand même une (toute petite) idée en regardant ceci.