Oui, je sais, certains d’entre vous s’en sont plaints, je n’ai pas placé de poème hier. C’est que j’ai eu le choc de ma vie : l’interdiction de regarder la mer, qui pourtant est si proche de moi… Ils ont placé des policiers pour nous en empêcher… Alors, bien sûr, en cette aube d’emprisonnement, je ne puis que vous livrer le poème de mon adolescence…
Vague, Hokusaï Source : Wikimedia
Il ne me reste plus qu’à me réfugier dans la musique de Debussy, que j’avais particulièrement apprécié voici presque exactement un an lors d’un concert à l’Opéra de Nice…
L’homme et la mer
Homme libre, toujours tu chériras la mer ! La mer est ton miroir ; tu contemples ton âme Dans le déroulement infini de sa lame, Et ton esprit n’est pas un gouffre moins amer.
Tu te plais à plonger au sein de ton image ; Tu l’embrasses des yeux et des bras, et ton coeur Se distrait quelquefois de sa propre rumeur Au bruit de cette plainte indomptable et sauvage.
Vous êtes tous les deux ténébreux et discrets : Homme, nul n’a sondé le fond de tes abîmes ; Ô mer, nul ne connaît tes richesses intimes, Tant vous êtes jaloux de garder vos secrets !
Et cependant voilà des siècles innombrables Que vous vous combattez sans pitié ni remord, Tellement vous aimez le carnage et la mort, Ô lutteurs éternels, ô frères implacables !
Aujourd’hui je ne résiste pas à l’envie de vous faire (re?) découvrir une de mes poètes préférées, Louise Labé (1520 – 1566). Si osée pour son époque… et qui est décédée le jour de la Saint Marc, jour de ma naissance… à quelques siècles près!
Régalez-vous donc en lisant cette belle oeuvre enflammée, sans oublier qu’à l’époque « baiser » n’est pas grossier comme il l’est parfois aujourd’hui, et n’évoque que le « French kiss »…
Baise m’encor, rebaise-moi et baise
Baise m’encor, rebaise-moi et baise ; Donne m’en un de tes plus savoureux, Donne m’en un de tes plus amoureux : Je t’en rendrai quatre plus chauds que braise.
Las ! te plains-tu ? Çà, que ce mal j’apaise, En t’en donnant dix autres doucereux. Ainsi, mêlant nos baisers tant heureux, Jouissons-nous l’un de l’autre à notre aise.
Lors double vie à chacun en suivra. Chacun en soi et son ami vivra. Permets m’Amour penser quelque folie :
Toujours suis mal, vivant discrètement, Et ne me puis donner contentement Si hors de moi ne fais quelque saillie.
Louise Labé, Sonnets
Henri de Toulouse-Lautrec, Dans le Lit, le Baiser, 1892
Pour initier cette promenade en poésie, c’est évidemment, pour moi, Baudelaire qui s’imposait…
Mon enfant, ma sœur, Songe à la douceur D’aller là-bas vivre ensemble ! Aimer à loisir, Aimer et mourir Au pays qui te ressemble ! Les soleils mouillés De ces ciels brouillés Pour mon esprit ont les charmes Si mystérieux De tes traîtres yeux, Brillant à travers leurs larmes.
Là, tout n’est qu’ordre et beauté, Luxe, calme et volupté.
Des meubles luisants, Polis par les ans, Décoreraient notre chambre ; Les plus rares fleurs Mêlant leurs odeurs Aux vagues senteurs de l’ambre, Les riches plafonds, Les miroirs profonds, La splendeur orientale, Tout y parlerait À l’âme en secret Sa douce langue natale.
Là, tout n’est qu’ordre et beauté, Luxe, calme et volupté.
Vois sur ces canaux Dormir ces vaisseaux Dont l’humeur est vagabonde ; C’est pour assouvir Ton moindre désir Qu’ils viennent du bout du monde. – Les soleils couchants Revêtent les champs, Les canaux, la ville entière, D’hyacinthe et d’or ; Le monde s’endort Dans une chaude lumière.
Là, tout n’est qu’ordre et beauté, Luxe, calme et volupté.
En ces nouveaux temps, où les un-e-s vont être débordé-e-s, y compris de responsabilités, et les autres dépossédés de leur travail, de leur art, de leur public, je choisis de me servir de ce blog pour que nous partagions les poèmes que nous aimons, afin que, chaque jour, ils ouvrent une clef sur l’espoir, la liberté, l’amour.
N’hésitez donc pas à contribuer, je voudrais que cet espace soit celui de toutes et tous…
Rendez-vous donc dans la partie « Plaisirs de la lecture ».
Et, comme je ne peux désormais plus aller admirer les expositions, voyager, me prélasser dans des bars, me régaler dans des restaurants ni assister à des spectacles, la source va se tarir. Heureusement, j’ai de nombreux articles non achevés (voire non commencés) sur ce que j’ai vécu ces derniers mois. Je vais pouvoir « me remettre à jour ».
Et je tenterai de vous envoyer un peu d’air marin et de vous faire entendre et/ou voir les limicoles et autres oiseaux marins… à l’exception de l’albatros… pour en revenir à la poésie. Où sont les hommes que leurs ailes de géant empêchent de marcher???
Je traitais hier dans ce blog de la découverte d’un endroit idyllique dans l’ouest parisien, le Cravan… Co-incidence (orthographe choisie consciemment), j’y suis retournée hier soir à l’issue d’un beau concert du choeur de Radio France. Avec plaisir. J’allais même écrire « avec émotion ». Il y avait peu de monde, et j’ai eu le plaisir de pouvoir converser avec le Maître de ces lieux, venu s’asseoir convivialement près de moi pour prendre la commande, autour de la « mixologie » et de ses propres choix, ou tout au moins de ce qu’il a bien voulu en partager.
Après le Yellow au subtil goût empreint d’amertume dont je m’étais délectée la semaine précédente, ce fut le Gin Collin’s (je ne suis pas sûre de l’orthographe) dans lequel la saveur du gingembre est exaltée par le citron… Le tout accompagné d’une petite assiette de Parisienne : tranches de champignons de Paris délicatement recouvertes de truffe noire… un régal pour les papilles!
J’ai pu aussi feuilleter le livre dont je vous parlais hier.
Il est hélas en anglais, et aucune traduction n’en est apparemment prévue… Peut-être serait-ce à faire?
Il rassemble des textes reliant la mixologie à l’histoire des années 20 à 30, en présentant un grand nombre de recettes de l’époque, en explicitant la composition de certains qui servent de « bases » (j’ignore le terme technique, il va falloir que je me renseigne!) à la composition des cocktails, comme la Chartreuse ou la Bénédictine (merci, les moines de tout poil!).
Mais il présente aussi un autre intérêt, car il est abondamment illustré. Des photos, relatives à la production des alcools et à l’activité des barmen, dont certains célèbres à l’époque. Des reproductions d’affiches qui nous rappellent, s’il en était besoin, qu’à cette époque elles étaient pour la plupart de véritables oeuvres d’art.
Les affiches de cet article ne sont pas extraites du livre Source
Enfin, des photocopies de journaux de l’époque, avec des articles annonçant par exemple des concours de cocktails.
Une question m’est venue à l’esprit, qui résonne encore plus depuis l’annonce d’hier soir : sommes-nous en train de « reproduire » – en transposant, bien sûr, dans notre contexte actuel – les fastes de ces années étranges qui ont succédé à une guerre et en ont précédé une autre?
Les attentats derrière nous et les risques écologiques et épidémiques devant nous… comme deux guerres perdues ou risquant de l’être… S’étourdir en se délectant, en « bonne compagnie »… Excusez-moi, je ne sais pas ce qui m’arrive ce matin, mais « quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle »… Donc soulevons-le, ce couvercle, pour laisser s’exhaler les parfums des cocktails et de la truffe noire… Merci à ceux, dont notre hôte hier soir, qui nous en offrent l’opportunité.
A la sortie du concert auquel j’ai assisté à l’auditorium de Radio France – oui, je sais, je ne vous en ai pas encore parlé! -, la question s’est posée « Où aller boire un verre dans un endroit sympa? ». Direction : la rue où était garée ma voiture. Et, en route, le coup de chance que j’apprécie un soir très frais sous la pluie hivernale : LE bar dont je n’osais rêver…
La façade, d’abord, m’a attirée par son style Art Déco remarquable. Le propriétaire m’expliquera un peu plus tard qu’il est dû au célèbre architecte touche-à-tout Hector Guimard. Et en surfant par la suite, je découvrirai qu’il fait partie de tout un ensemble d’immeubles construits dans cette rue (la rue Jean de la Fontaine, qui vit naître Proust) et dans la rue Agar toute proche.
J’ai alors jeté un coup d’oeil à l’intérieur, m’attendant à trouver un espace aussi impressionnant que celui des Bouillons ou d’autres brasseries de ce style. Mais non. Un tout petit bar, peuplé de quelques jeunes femmes parfois accompagnées. Une fois entrée, je fus séduite par l’atmosphère très « cocooning » de cet espace bien clos sur lui-même, ouvert seulement sur les fresques des murs et du plafond, presque disproportionnées par rapport à la taille de cette pièce unique.
Et, clin d’oeil à un ami décédé trop jeune, un bar en zinc ! Cravan s’ajoute donc à la liste des « zincs » parisiens…
L’accueil du barman et chaleureux, tout en étant extrêmement professionnel. Il choisit avec soin la table qui conviendrait, s’enquiert des goûts, et explicite la différence entre deux cocktails qui me font hésiter. La carte des cocktails est riche, qualitativement plus que quantitativement, ce que j’apprécie. Je choisis d’en déguster un qui m’est totalement inconnu… et qui me ravira.
Désolée pour le flou. je reprendrai la photo la prochaine fois!
Des « petits plats » sont aussi proposés. Hélas plus de truffes, mais les deux choisis se révèleront très fins, vraiment délicieux.
Et ce fut un véritable plaisir de regarder officier le barman jonglant avec ses cocktails ou discutant amicalement avec ses client-e-s, et de se faire servir par un jeune cuisinier fort sympathique. Bref, je me suis promis d’y retourner!
Ah! J’allais oublier de vous donner les coordonnées… et, en les recherchant sur le net, je m’aperçois que je ne suis pas la seule à apprécier cet endroit… ni son barman, dont j’ai découvert en préparant cet article qu’il en est en réalité le fondateur, Franck Audoux, un authentique et passionné mixologue! Un article de Paris Match à ce sujet… et le livre qui vient d’être publié chez Rizzoli USA : French Moderne : Cocktails from the 1920’s 1930′ présenté entre autres ici.
Dernière minute. En cherchant la page Facebook de Franck Audoux, j’ai trouvé cette annonce passée en janvier, qui m’aide à comprendre pourquoi j’ai tout de suite « flashé » sur le lieu : »Pour cette nouvelle décennie, Cravan recherche un/une serveur/serveuse aimant l’amertume et l’équilibre, JC et JLG, la UK drill et Monteverdi, Socrate et les kebabs… Au choix! »
Le saviez-vous? Une côte de falaises commence au sud de la Baie de Somme, plus précisément à Ault – je vous parlerai un jour du Hâble d’Ault, un de mes lieux de prédilection, promis… Elle s’élève doucement, pour ensuite se poursuivre loin, bien loin vers le sud… parfois « cassée » par les cours d’eau qui viennent abonder la Manche, comme c’est le cas de la Bresle, qui a creusé une large vallée séparant deux départements (Somme et Seine Maritime) et deux régions (naguère Picardie et Haute Normandie, à présent Normandie et Hauts de France), mais aussi deux villes, Mers-les-Bains et Le Tréport. En choisissant le titre de cette partie de mon blog, j’ai longuement hésité à exploiter le niveau « région », tant il me paraît difficile d’ainsi cloisonner ce qui pour moi ne constitue qu’un seul site, d’ailleurs dénommé « Les trois villes soeurs », à savoir Mers-les-Bains, Eu et Le Tréport. Même si l’histoire, l’économie et la politique en ont fait des soeurs ennemies…
En ce samedi de mars où le soleil joue à cache-cache avec les nuages dans une douceur incroyable (15 degrés), me voici donc dévalant les galets de la plage de Mers pour atteindre le sable et marcher ainsi entre mer et terre, dans un no man’s land dont s’emparent deux fois par jour joyeusement les oiseaux, et où réside une faune marine très discrète.
Le paysage y est étonnant, avec les blocs de falaise qui progressivement construisent un univers lunaire.
Des formes étranges évoquent des édifices, des champignons, des animaux mêmes…
Les galets éclatés sont autant de joyaux que l’on découvre parfois au détour d’un bloc d’albâtre, dont la blancheur fait ressortir encore davantage la couleur vive exaltée par l’eau et la lumière conjointes.
La faune est extrêmement riche, et il n’entre pas dans mes intentions de faire ici un cours de SVT… Juste quelques zooms sur ces petits êtres apparemment fragiles…
Les bigorneaux ou « vignots », comme on les appelle ici…
Un cousin que je ne connais pas…
Lorsque j’étais plus jeune, il y avait énormément de patelles, pour la plus grande joie des enfants. Elles sont désormais beaucoup plus rares, et souvent très abîmées par les autres espèces.
Une patelle ou « chapeau chinois », bien abîmée…
Les anémones de mer sont regroupées sur des zones très spécifiques. Elles se déguisent en pierres noires, et seul le toucher permet de remarquer combien elles sont vivantes… et visqueuses…
Peut-on être mieux dissimulatrice?
Les falaises sont de plus en plus rongées par les flots, malgré les défenses inventées par l’Homme. Et plus on s’éloigne de celles-ci, plus on peut l’observer. Rongées par le bas, elles sont creusées d’anfractuosités qui évoquent des grottes.
Rongées par le bas, disais-je, elles s’effondrent dans des éboulis de plus en plus fréquents et de plus en plus importants, qui effacent le sable et révèlent des tableaux géologiques…
Un éboulis récent, et, au loin, le dernier auquel j’ai assisté cette année
Une oeuvre d’art?
Les éboulements révèlent parfois des édifices cachés, comme ce blockhaus désormais bien visible… et menaçant!
Quand j’étais petite, je venais avec mon grand-père « aux moules »… Il n’y en a plus guère, mais on peut remarquer les traces des travaux des Hommes à travers les temps, qui désormais font davantage penser à l’art sculptural moderne.
Est-ce en hommage à la falaise effondrée ou simplement pour relier terre et mer qu’un-e inconnu-e a laissé sur le rivage cette fleur que la mer emportera dans son prochain flux?
Le trajet pédestre menant de l’arrêt de bus au Musée Guimet a conduit mes pas derrière le Musée d’Art Moderne, rue de la Manutention. Un petit détour par la toponymie, si vous le voulez bien… Pourquoi ce nom? Voici un plan du quartier en 1860.
Comme vous le voyez, il y avait une usine à gauche de la rue en montant depuis les quais. C’était la Manufacture de tapis de la Savonnerie, qui tenait son nom d’une ancienne… savonnerie, comme vous l’avez deviné. Celle-ci, transformée en orphelinat par Marie de Médicis, fut investie par deux lissiers qui souhaitaient tirer profit de la main d’oeuvre bon marché constituée par les orphelin-e-s… Ce devint donc une Manufacture, qui fut réunie par la suite à celle des Gobelins par Charles X, en 1825 (elle existe encore, et constitue une partie séparée du reste dans l’enceinte de la Manufacture des Gobelins). Résultat : des bâtiments vides… qui furent investis par l’Armée en 1836 pour en faire un dépôt de vivres appelé Manutention Militaire. Celle-ci fut remplacée cent ans plus tard par… Le Palais de Tokyo.
Quant aux « Usines Cail » que vous voyez sur le plan, je ne vais pas paraphraser Wikipédia et préfère le citer. « Du côté opposé à la Manutention, la rue était située le long de l’usine de la Société Ch.Derosne et Cail ensuite société Cail qui s’étendait jusqu’au quai Debilly. Cette usine qui construisait du matériel pour les sucreries, des machines-outils puis, à partir de 1844, des locomotives, dont les célèbres Crampton, était la plus importante entreprise industrielle de Paris, employant 1500 ouvriers dans les années 1850. L’usine fut détruite par un incendie en 1865 et les ateliers transférés à l’usine de Grenelle. L’usine de Chaillot ne fut pas reconstruite et les rues Fresnel et Foucault furent tracées en 1877 sur le lotissement du terrain des installations abandonnées. »
Vous savez maintenant tout – ou presque – sur le coin où je découvris des lieux intéressants, à ma grande surprise, moi qui déteste ce coin de Paris…
D’abord, un « Routier »… Vous n’allez pas me croire, n’est-ce pas? Et moi-même j’ai eu du mal à y croire, je dois l’avouer. En réalité, il ne l’est plus, depuis, je pense, bien longtemps… Je n’ai hélas pas réussi à en trouver l’histoire, car il n’a pas de site, juste une page Facebook. On peut imaginer qu’elle est en lien avec l’usine et la Manutention militaire, mais je n’en ai aucune preuve. Peut-être l’un-e de vous va-t-il pouvoir l’expliquer? Mais son apparence, extérieure et intérieure, évoque effectivement un relais d’autrefois.
La carte est alléchante, et je me suis promis d’aller tester un de ces jours… Vous verrez donc peut-être à nouveau un article sur ce site…
Ensuite, un… « jardin des habitants »… Le XVIème fait dans le social et le partage, maintenant? Bon, d’accord, je suis un peu partiale et stupide en disant cela, mais je n’ai pas pu m’en empêcher…
La hauteur des murs alentour est remarquable, et l’on se sent écrasé par ce béton et ces briques. Mais ils offrent des vues étonnantes, que j’ai envie de partager avec vous ici. D’abord, des architectures variées, avec des imbrications d’immeubles…
La façade ouest du Palais de Tokyo est aussi étonnante, avec ces spirales d’escaliers, réelles ou figurées…
L’arrière du Palais est conforté par d’énormes contreforts – j’espère ne pas me tromper de mot, je ne suis pas spécialiste d’architecture! – qui offrent une vue questionnante.
Par contre, dès que les marches qui relient cette rue à l’avenue du Président Wilson sont franchies, l’univers est totalement différent, puisque l’on retrouve le monde haussmannien… N’oublions pas notre première destination, le Musée Guimet… mais c’est une autre découverte, que je narrerai dans un autre article…
« Bacalhau », « pastel de nata », « Monsaraz »… cela vous dit quelque chose et attise vos papilles gustatives? Alors, vite, rendez-vous sur l’Escarpe de la Montagne Sainte Geneviève, à la Nossa Churrasqueria… Il faudrait dire « Nossa! », la churrasqueria, car le terme est une expression de surprise pour les lusophones avertis que vous êtes, ou pas. Quand au second mot, il désigne un mode de cuisson, commençant pas une cuisson au sel pour s’achever sur un énorme barbecue au charbon de bois.
Pourquoi ce restaurant est-il si chaleureux, convivial?
Le décor, peut-être? Des éléments un peu disparates, qui évoquent les divers aspects du pays, à commencer par la Révolution des Oeillets, rappelée par la présence, face à la porte d’entrée, d’un beau tableau émouvant…
Des bouteilles, des objets divers, et les azulejos en centres de table. Je ne sais si le décor a été pensé, mais il ne fait pas « léché », donc pas artificiel…
Un cendrier en forme de pasteis
Le centre de table, un azulejo incrusté…
La taille, peut-être? Une seule salle, de petite surface, et seulement 16 couverts possibles à table, auxquels s’ajoutent les 4 au comptoir. Rare, de nos jours, de trouver de si petits restaurants, sans tomber dans le « fast food » ou le « chicos »…
La cuisine ouverte sur la salle, qui permet de voir, de sentir, la préparation de vos plats, et de ressentir la chaleur des feux qui permettent de griller les viandes… mais aussi de converser avec les personnes qui concoctent les plats… Le cuisinier est charmant et aime discuter avec les client-e-s, une fois le « coup de feu » (c’est le cas de le dire) passé.
La nourriture elle-même? Excellente, qu’il s’agisse d’une entrée, du plat ou du dessert… J’aime particulièrement le demi-poulet à la sauce piri-piri, mais aussi les excellents beignets en tout genre.
Miam! le poulet frites… revu à la portugaise
Hier était un mardi, jour de la morue : il était proposé la « bacalhau a bras » (effeuillée, avec ail, oignons, oeuf, etc.). Chaque jour de la semaine, une spécialité. Pour les voir, allez sur le menu proposé en ligne.
Le jeune couple qui gère ce restaurant? Il y a peu, j’aurais dit « l’homme », un jeune homme qui m’a livré un peu de son histoire de jeune Portugais arrivé voici un peu plus de 10 ans à Paris, désireux de vivre dans la capitale française au point d’avoir appris la langue rapidement et de la maîtriser maintenant, et qui a « monté » deux restaurants, deux « Nossa », dans le 11ème et ici, dans le 5ème… Mais j’ai découvert hier son épouse, qui m’a expliqué le remplacer car il a eu récemment un accident de moto, heureusement pas trop grave, mais qui le tient actuellement éloigné du travail.
Les client-e-s eux/elles-mêmes? Car il y a bien une clientèle spécifique ici, qui fait que les conversations sont amicales, et parfois s’entrecroisent entre des tables aussi rapprochées. Beaucoup de Portugais, qu’il s’agisse de groupes de travailleurs (le menu du midi est à 10 ou 12 euros avec deux plats plus boisson), de familles ou d’une personne originaire de ce pays qui en fait découvrir les spécialités à une autre. Mais aussi quelques autres client-e-s, décontracté-e-s, qui viennent se régaler de beignets, de poulet grillé en sauce, de morue sous toutes ses formes, et des délicieux pasteis inclus dans le menu. Sans compter une carte de vins qui permet de goûter aux crus plus divers qu’on ne le pense : Cabriz (fruité et doux) du Dao, 3 vins du sud, de l’Alentejo, Monte Velho (élégant et équilibré), Monsaraz (suave et rond), Marquês de Borba (intense avec des notes de mûres et de cassis), et 1 vin du Douro, Quinta Dos Aciprestes (complexe et boisé, arômes de fruits rouges). Il y en a pour tous les goûts…
Bref, si vous avez un peu de temps et envie de vous régaler dans une ambiance conviviale, c’est l’adresse qu’il vous faut! Nossa Churrasqueria, 1 rue de l’Ecole Polytechnique, dans le 5ème arrondissement (sous le Panthéon…). Attention, c’est fermé le dimanche soir et le lundi…
Que choisir quand deux jeunes filles de 18 ans vous demandent de les emmener voir un spectacle de théâtre « hors du commun »? Telle est la question à laquelle je me suis trouvée confrontée hier soir… Qui plus est, un lundi. Et, cerise sur le gâteau, à 19h45!
Heureusement j’avais déjà anticipé, et passé quelques temps le matin à regarder la liste des spectacles parisiens en ce lundi de février… Et j’avais notamment remarqué qu’il y avait du théâtre d’improvisation. Or nous avions déjà vu ensemble une pièce, « Bio », que j’ai commentée jadis sur ce blog. Et cela avait tellement plu à l’une d’entre elles qu’elle avait voulu retourner la voir avec son amie. Me voici donc réservant « en catastrophe » sur le site du théâtre des Blancs Manteaux, pour un spectacle remarqué le matin même sur le net, les Décâblés.
Me voici donc sur la page « billetterie », et ne comprenant pas pourquoi il y avait un tarif « promotionnel » différent d’un tarif « préférentiel », tous deux différents d’un tarif « normal » et d’autres tarifs par catégories sociologiques… Un vrai casse-tête! J’ai donc appelé le théâtre, et ce fut le premier gag de la soirée : il faut choisir celui que l’on préfère, et aucun justificatif n’est demandé… A tout hasard, j’ai pris le moins élevé (13 euros)… et ai obtenu mes places sans peine… Si, je vous assure. Et si j’ajoute que, pour entrer, nous n’avons été soumises à aucun contrôle… Voilà qui rend bien sympathique, dès l’abord, ce théâtre!
Sympathique, il l’est. Et plein de charme aussi. Si discret, dans cet angle de rue, que nous étions passées devant sans le voir… Et si chaleureux, une fois que l’on pénètre dans le bar adjacent ou dans la petite salle un peu (beaucoup) défraîchie…
Le bar et l’entrée du théâtre
Les codes des théâtres parisiens héritiers de la tradition bourgeoise des XVIII et XIXèmes siècles sont joyeusement transgressés, si l’on excepte la couleur rouge… des bancs! La scène et le rideau sont noirs… Et, pour cette pièce, une télévision rouge venait casser tout le sombre du fond de salle… Une télévision-urne, dans laquelle le public était invité à glissé un bulletin avec son prénom et une « phrase-thème » de son choix.
La télévision – urne
Car c’est l’un des principes de ce spectacle : pas de « spectateurs/trices », mais des personnes en interaction avec les acteurs, et même convoquées sur scène pour jouer avec eux, comme cette « Pimprenelle » choisie, avec deux autres personnes, dans le public pour réellement interagir sur scène en binôme avec un acteur.
L’acteur dialoguant avec sa partenaire avant de jouer « Les Z’amours »
En l’occurrence, il s’agissait de l’émission Les Z’amours, pour laquelle l’animateur (quatrième acteur, un peu « hors scène » mais tellement « sur scène »!) pose des questions à des couples… Le public est donc à la fois co-auteur et co-acteur de ces sketches déjantés sur les émissions de télévision. Et là, je dois avouer que mon manque de culture télévisuelle a été pour moi un handicap, car par moments les autres étaient pliés de rire, alors que je ne comprenais pas pourquoi… et comme je n’ai jamais vu Koh Lanta, N’oubliez pas les paroles ou encore On n’est pas couchés, je ne pouvais saisir la finesse de certaines répliques… Pas plus que je n’ai pu évaluer la justesse des paroles (ni de l’air) quand ils ont été amenés, dans un sketch dont le thème était « J’aime la pêche », à chanter du Céline Dion et du Metallica!
Mais l’entrain, le jeu et le sens de la répartie des 4 jeunes gens, reconnaissables par les couleurs assorties du tee-shirts et des chaussures (rose, bleu,vert pour les 3 « sur scène »), à l’exception de « l’animateur », tout de noir vêtu et aux chaussures de cuir fauve, ont entraîné le public dans un délire de plus d’une heure. Un public conquis, dans toute sa diversité d’âge, de sexe, de milieu et de genre… Car il a bien été question de genre, aussi, dans ce spectacle, et des stéréotypes y afférant, dans une gaie satire qui n’épargnait personne. Un seul regret, me concernant : le glissement vers des formes de vulgarité, à certains moments… Dommage… mais cela n’enlève rien au plaisir partagé avec les deux jeunes filles qui m’accompagnaient…