Au pied d’une falaise…

Le saviez-vous? Une côte de falaises commence au sud de la Baie de Somme, plus précisément à Ault – je vous parlerai un jour du Hâble d’Ault, un de mes lieux de prédilection, promis… Elle s’élève doucement, pour ensuite se poursuivre loin, bien loin vers le sud… parfois « cassée » par les cours d’eau qui viennent abonder la Manche, comme c’est le cas de la Bresle, qui a creusé une large vallée séparant deux départements (Somme et Seine Maritime) et deux régions (naguère Picardie et Haute Normandie, à présent Normandie et Hauts de France), mais aussi deux villes, Mers-les-Bains et Le Tréport.
En choisissant le titre de cette partie de mon blog, j’ai longuement hésité à exploiter le niveau « région », tant il me paraît difficile d’ainsi cloisonner ce qui pour moi ne constitue qu’un seul site, d’ailleurs dénommé « Les trois villes soeurs », à savoir Mers-les-Bains, Eu et Le Tréport. Même si l’histoire, l’économie et la politique en ont fait des soeurs ennemies…

En ce samedi de mars où le soleil joue à cache-cache avec les nuages dans une douceur incroyable (15 degrés), me voici donc dévalant les galets de la plage de Mers pour atteindre le sable et marcher ainsi entre mer et terre, dans un no man’s land dont s’emparent deux fois par jour joyeusement les oiseaux, et où réside une faune marine très discrète.

Le paysage y est étonnant, avec les blocs de falaise qui progressivement construisent un univers lunaire.

Des formes étranges évoquent des édifices, des champignons, des animaux mêmes…

Les galets éclatés sont autant de joyaux que l’on découvre parfois au détour d’un bloc d’albâtre, dont la blancheur fait ressortir encore davantage la couleur vive exaltée par l’eau et la lumière conjointes.

La faune est extrêmement riche, et il n’entre pas dans mes intentions de faire ici un cours de SVT… Juste quelques zooms sur ces petits êtres apparemment fragiles…

Les bigorneaux ou « vignots », comme on les appelle ici…
Un cousin que je ne connais pas…

Lorsque j’étais plus jeune, il y avait énormément de patelles, pour la plus grande joie des enfants. Elles sont désormais beaucoup plus rares, et souvent très abîmées par les autres espèces.

Une patelle ou « chapeau chinois », bien abîmée…

Les anémones de mer sont regroupées sur des zones très spécifiques. Elles se déguisent en pierres noires, et seul le toucher permet de remarquer combien elles sont vivantes… et visqueuses…

Peut-on être mieux dissimulatrice?

Les falaises sont de plus en plus rongées par les flots, malgré les défenses inventées par l’Homme. Et plus on s’éloigne de celles-ci, plus on peut l’observer. Rongées par le bas, elles sont creusées d’anfractuosités qui évoquent des grottes.

Rongées par le bas, disais-je, elles s’effondrent dans des éboulis de plus en plus fréquents et de plus en plus importants, qui effacent le sable et révèlent des tableaux géologiques…

Un éboulis récent, et, au loin, le dernier auquel j’ai assisté cette année
Une oeuvre d’art?

Les éboulements révèlent parfois des édifices cachés, comme ce blockhaus désormais bien visible… et menaçant!

Quand j’étais petite, je venais avec mon grand-père « aux moules »… Il n’y en a plus guère, mais on peut remarquer les traces des travaux des Hommes à travers les temps, qui désormais font davantage penser à l’art sculptural moderne.

Est-ce en hommage à la falaise effondrée ou simplement pour relier terre et mer qu’un-e inconnu-e a laissé sur le rivage cette fleur que la mer emportera dans son prochain flux?

Culture dans toutes les acceptions du terme, sous le MAM

Le trajet pédestre menant de l’arrêt de bus au Musée Guimet a conduit mes pas derrière le Musée d’Art Moderne, rue de la Manutention. Un petit détour par la toponymie, si vous le voulez bien… Pourquoi ce nom? Voici un plan du quartier en 1860.

Source : Wikimedia

Comme vous le voyez, il y avait une usine à gauche de la rue en montant depuis les quais. C’était la Manufacture de tapis de la Savonnerie, qui tenait son nom d’une ancienne… savonnerie, comme vous l’avez deviné. Celle-ci, transformée en orphelinat par Marie de Médicis, fut investie par deux lissiers qui souhaitaient tirer profit de la main d’oeuvre bon marché constituée par les orphelin-e-s… Ce devint donc une Manufacture, qui fut réunie par la suite à celle des Gobelins par Charles X, en 1825 (elle existe encore, et constitue une partie séparée du reste dans l’enceinte de la Manufacture des Gobelins). Résultat : des bâtiments vides… qui furent investis par l’Armée en 1836 pour en faire un dépôt de vivres appelé Manutention Militaire. Celle-ci fut remplacée cent ans plus tard par… Le Palais de Tokyo.

Quant aux « Usines Cail » que vous voyez sur le plan, je ne vais pas paraphraser Wikipédia et préfère le citer. « Du côté opposé à la Manutention, la rue était située le long de l’usine de la Société Ch.Derosne et Cail ensuite société Cail qui s’étendait jusqu’au quai Debilly. Cette usine qui construisait du matériel pour les sucreries, des machines-outils puis, à partir de 1844, des locomotives, dont les célèbres Crampton, était la plus importante entreprise industrielle de Paris, employant 1500 ouvriers dans les années 1850. L’usine fut détruite par un incendie en 1865 et les ateliers transférés à l’usine de Grenelle. L’usine de Chaillot ne fut pas reconstruite et les rues Fresnel et Foucault furent tracées en 1877 sur le lotissement du terrain des installations abandonnées. »

Vous savez maintenant tout – ou presque – sur le coin où je découvris des lieux intéressants, à ma grande surprise, moi qui déteste ce coin de Paris…

D’abord, un « Routier »… Vous n’allez pas me croire, n’est-ce pas? Et moi-même j’ai eu du mal à y croire, je dois l’avouer. En réalité, il ne l’est plus, depuis, je pense, bien longtemps… Je n’ai hélas pas réussi à en trouver l’histoire, car il n’a pas de site, juste une page Facebook. On peut imaginer qu’elle est en lien avec l’usine et la Manutention militaire, mais je n’en ai aucune preuve. Peut-être l’un-e de vous va-t-il pouvoir l’expliquer? Mais son apparence, extérieure et intérieure, évoque effectivement un relais d’autrefois.

La carte est alléchante, et je me suis promis d’aller tester un de ces jours… Vous verrez donc peut-être à nouveau un article sur ce site…

Ensuite, un… « jardin des habitants »… Le XVIème fait dans le social et le partage, maintenant? Bon, d’accord, je suis un peu partiale et stupide en disant cela, mais je n’ai pas pu m’en empêcher…

La hauteur des murs alentour est remarquable, et l’on se sent écrasé par ce béton et ces briques. Mais ils offrent des vues étonnantes, que j’ai envie de partager avec vous ici. D’abord, des architectures variées, avec des imbrications d’immeubles…

La façade ouest du Palais de Tokyo est aussi étonnante, avec ces spirales d’escaliers, réelles ou figurées…

L’arrière du Palais est conforté par d’énormes contreforts – j’espère ne pas me tromper de mot, je ne suis pas spécialiste d’architecture! – qui offrent une vue questionnante.

Par contre, dès que les marches qui relient cette rue à l’avenue du Président Wilson sont franchies, l’univers est totalement différent, puisque l’on retrouve le monde haussmannien… N’oublions pas notre première destination, le Musée Guimet… mais c’est une autre découverte, que je narrerai dans un autre article…

Un petit coin de Portugal à Paris

« Bacalhau », « pastel de nata », « Monsaraz »… cela vous dit quelque chose et attise vos papilles gustatives? Alors, vite, rendez-vous sur l’Escarpe de la Montagne Sainte Geneviève, à la Nossa Churrasqueria… Il faudrait dire « Nossa! », la churrasqueria, car le terme est une expression de surprise pour les lusophones avertis que vous êtes, ou pas. Quand au second mot, il désigne un mode de cuisson, commençant pas une cuisson au sel pour s’achever sur un énorme barbecue au charbon de bois.

Pourquoi ce restaurant est-il si chaleureux, convivial?

Le décor, peut-être? Des éléments un peu disparates, qui évoquent les divers aspects du pays, à commencer par la Révolution des Oeillets, rappelée par la présence, face à la porte d’entrée, d’un beau tableau émouvant…

Des bouteilles, des objets divers, et les azulejos en centres de table. Je ne sais si le décor a été pensé, mais il ne fait pas « léché », donc pas artificiel…

Un cendrier en forme de pasteis
Le centre de table, un azulejo incrusté…

La taille, peut-être? Une seule salle, de petite surface, et seulement 16 couverts possibles à table, auxquels s’ajoutent les 4 au comptoir. Rare, de nos jours, de trouver de si petits restaurants, sans tomber dans le « fast food » ou le « chicos »…

La cuisine ouverte sur la salle, qui permet de voir, de sentir, la préparation de vos plats, et de ressentir la chaleur des feux qui permettent de griller les viandes… mais aussi de converser avec les personnes qui concoctent les plats… Le cuisinier est charmant et aime discuter avec les client-e-s, une fois le « coup de feu » (c’est le cas de le dire) passé.

La nourriture elle-même? Excellente, qu’il s’agisse d’une entrée, du plat ou du dessert… J’aime particulièrement le demi-poulet à la sauce piri-piri, mais aussi les excellents beignets en tout genre.

Miam! le poulet frites… revu à la portugaise

Hier était un mardi, jour de la morue : il était proposé la « bacalhau a bras » (effeuillée, avec ail, oignons, oeuf, etc.). Chaque jour de la semaine, une spécialité. Pour les voir, allez sur le menu proposé en ligne.

Le jeune couple qui gère ce restaurant? Il y a peu, j’aurais dit « l’homme », un jeune homme qui m’a livré un peu de son histoire de jeune Portugais arrivé voici un peu plus de 10 ans à Paris, désireux de vivre dans la capitale française au point d’avoir appris la langue rapidement et de la maîtriser maintenant, et qui a « monté » deux restaurants, deux « Nossa », dans le 11ème et ici, dans le 5ème… Mais j’ai découvert hier son épouse, qui m’a expliqué le remplacer car il a eu récemment un accident de moto, heureusement pas trop grave, mais qui le tient actuellement éloigné du travail.

Les client-e-s eux/elles-mêmes? Car il y a bien une clientèle spécifique ici, qui fait que les conversations sont amicales, et parfois s’entrecroisent entre des tables aussi rapprochées. Beaucoup de Portugais, qu’il s’agisse de groupes de travailleurs (le menu du midi est à 10 ou 12 euros avec deux plats plus boisson), de familles ou d’une personne originaire de ce pays qui en fait découvrir les spécialités à une autre. Mais aussi quelques autres client-e-s, décontracté-e-s, qui viennent se régaler de beignets, de poulet grillé en sauce, de morue sous toutes ses formes, et des délicieux pasteis inclus dans le menu. Sans compter une carte de vins qui permet de goûter aux crus plus divers qu’on ne le pense : Cabriz (fruité et doux) du Dao, 3 vins du sud, de l’Alentejo, Monte Velho (élégant et équilibré), Monsaraz (suave et rond), Marquês de Borba (intense avec des notes de mûres et de cassis), et 1 vin du Douro, Quinta Dos Aciprestes (complexe et boisé, arômes de fruits rouges). Il y en a pour tous les goûts…

Bref, si vous avez un peu de temps et envie de vous régaler dans une ambiance conviviale, c’est l’adresse qu’il vous faut! Nossa Churrasqueria, 1 rue de l’Ecole Polytechnique, dans le 5ème arrondissement (sous le Panthéon…). Attention, c’est fermé le dimanche soir et le lundi…

Les décâblés

Que choisir quand deux jeunes filles de 18 ans vous demandent de les emmener voir un spectacle de théâtre « hors du commun »? Telle est la question à laquelle je me suis trouvée confrontée hier soir… Qui plus est, un lundi. Et, cerise sur le gâteau, à 19h45!

Heureusement j’avais déjà anticipé, et passé quelques temps le matin à regarder la liste des spectacles parisiens en ce lundi de février… Et j’avais notamment remarqué qu’il y avait du théâtre d’improvisation. Or nous avions déjà vu ensemble une pièce, « Bio », que j’ai commentée jadis sur ce blog. Et cela avait tellement plu à l’une d’entre elles qu’elle avait voulu retourner la voir avec son amie.
Me voici donc réservant « en catastrophe » sur le site du théâtre des Blancs Manteaux, pour un spectacle remarqué le matin même sur le net, les Décâblés.

Me voici donc sur la page « billetterie », et ne comprenant pas pourquoi il y avait un tarif « promotionnel » différent d’un tarif « préférentiel », tous deux différents d’un tarif « normal » et d’autres tarifs par catégories sociologiques… Un vrai casse-tête! J’ai donc appelé le théâtre, et ce fut le premier gag de la soirée : il faut choisir celui que l’on préfère, et aucun justificatif n’est demandé… A tout hasard, j’ai pris le moins élevé (13 euros)… et ai obtenu mes places sans peine… Si, je vous assure. Et si j’ajoute que, pour entrer, nous n’avons été soumises à aucun contrôle… Voilà qui rend bien sympathique, dès l’abord, ce théâtre!

Sympathique, il l’est. Et plein de charme aussi. Si discret, dans cet angle de rue, que nous étions passées devant sans le voir… Et si chaleureux, une fois que l’on pénètre dans le bar adjacent ou dans la petite salle un peu (beaucoup) défraîchie…

Le bar et l’entrée du théâtre

Les codes des théâtres parisiens héritiers de la tradition bourgeoise des XVIII et XIXèmes siècles sont joyeusement transgressés, si l’on excepte la couleur rouge… des bancs! La scène et le rideau sont noirs… Et, pour cette pièce, une télévision rouge venait casser tout le sombre du fond de salle… Une télévision-urne, dans laquelle le public était invité à glissé un bulletin avec son prénom et une « phrase-thème » de son choix.

La télévision – urne

Car c’est l’un des principes de ce spectacle : pas de « spectateurs/trices », mais des personnes en interaction avec les acteurs, et même convoquées sur scène pour jouer avec eux, comme cette « Pimprenelle » choisie, avec deux autres personnes, dans le public pour réellement interagir sur scène en binôme avec un acteur.

L’acteur dialoguant avec sa partenaire avant de jouer « Les Z’amours »

En l’occurrence, il s’agissait de l’émission Les Z’amours, pour laquelle l’animateur (quatrième acteur, un peu « hors scène » mais tellement « sur scène »!) pose des questions à des couples… Le public est donc à la fois co-auteur et co-acteur de ces sketches déjantés sur les émissions de télévision. Et là, je dois avouer que mon manque de culture télévisuelle a été pour moi un handicap, car par moments les autres étaient pliés de rire, alors que je ne comprenais pas pourquoi… et comme je n’ai jamais vu Koh Lanta, N’oubliez pas les paroles ou encore On n’est pas couchés, je ne pouvais saisir la finesse de certaines répliques… Pas plus que je n’ai pu évaluer la justesse des paroles (ni de l’air) quand ils ont été amenés, dans un sketch dont le thème était « J’aime la pêche », à chanter du Céline Dion et du Metallica!

Mais l’entrain, le jeu et le sens de la répartie des 4 jeunes gens, reconnaissables par les couleurs assorties du tee-shirts et des chaussures (rose, bleu,vert pour les 3 « sur scène »), à l’exception de « l’animateur », tout de noir vêtu et aux chaussures de cuir fauve, ont entraîné le public dans un délire de plus d’une heure. Un public conquis, dans toute sa diversité d’âge, de sexe, de milieu et de genre… Car il a bien été question de genre, aussi, dans ce spectacle, et des stéréotypes y afférant, dans une gaie satire qui n’épargnait personne. Un seul regret, me concernant : le glissement vers des formes de vulgarité, à certains moments… Dommage… mais cela n’enlève rien au plaisir partagé avec les deux jeunes filles qui m’accompagnaient…

Blacklister

J’ai reçu hier un courriel, sur ce que je nomme ma « boîte de dérivation », c’est-à-dire l’adresse que je réserve aux « commerces » en tout genre, d’un de mes amis, qui me demandait si je l’avais « blacklisté »…

Ce terme m’a interloquée, d’où le billet de ce matin… Interloquée, d’abord, parce que l’ami en question est un érudit, qu’il aime notre belle langue, et qu’il écrit lui-même de belles nouvelles pleines de poésie, en un français châtié. Pourquoi avoir utilisé ce mot à consonance anglophone, alors que nous avons un beau « inscrit sur la liste noire », certes un peu plus long, mais pas tant que cela (3 syllabes si les e restent muets, 2 si on remplace « inscrit » par « mis », plus courant).

Et l’idée même convoquée par son utilisation me choque. « Blacklister »… Jamais je ne fais cela, sauf dans des cas de force majeure, si je m’estime en danger. Il est si aisé d’expliquer à une personne qu’on ne souhaite pas, qu’on ne souhaite plus communiquer avec elle, et de lui en expliciter les raisons, non? Surtout quand cette personne est ouverte, vous respecte et se respecte!

Alors, pourquoi ce mot, me direz-vous? Je n’en sais rien. La seule hypothèse plausible, pour moi, sur l’instant, a été une forte émotion qui l’a poussé à enfreindre ses propres normes et à se laisser aller à un vocabulaire qui évoque la prohibition et le « milieu »… à moins qu’il ne s’agisse d’une provocation destinée à me faire réagir. Elle a réussi, puisque j’ai commis ce billet…

Un Feydeau moins ennuyeux…

Je n’appréciais pas spécialement les comédies de Feydeau, jusqu’à la semaine dernière. Un peu poussiéreuses, trouvais-je, et qui plus est souvent sur une thématique que je rejette profondément d’un point de vue idéologique, la « tromperie »… Et voici qu’une pièce, dont pourtant l’argument est fondé sur cette thématique, m’a réconciliée avec ce type de théâtre. Intriguée par les nombreuses critiques très positives découvertes sur le net, je suis en effet allée voir « Le Système Ribadier » aux Bouffes Parisiens.


Je ne puis m’empêcher de faire une brève digression sur ce théâtre qui combine en un espace restreint (trop restreint, me disaient mes jambes pendant la représentation, coincées entre les sièges du premier rang de la corbeille et la balustrade… à croire que les spectateurs de l’époque avaient des jambes plus petites que les miennes!)… qui combine, disais-je donc, tous les éléments architecturaux et décoratifs attendus d’un théâtre dans notre imaginaire, sans pour autant être surchargés de statuettes ou hauts reliefs dorés.

L’entrée par le Passage

Le théâtre possède deux façades, qui lui donnent un air de pièce de monnaie.

Côté pile, une superbe façade en bois noir, située au sein du Passage Choiseul.

Côté face, une façade plus résolument « moderne », avec ses baies vitrées et ses enseignes lumineuses…

Si l’histoire du théâtre vous intéresse, vous la trouverez sur le site officiel, ou, pour ce qui concerne ses débuts, ce texte du XIXème siècle.

Souvenirs de l’histoire

Mais revenons au présent… et donc à la pièce, sujet principal de cet article, n’est-ce pas?

Le décor surprend dès l’abord. Une espèce d’igloo stylisé. Au centre, une porte-fenêtre. A droite, rien d’autre apparemment que les « arches » en noir et blanc. A gauche, une caricature à la Daumier.

Un décor épuré

Très vite, on comprend que ce décor permet trois accès à la scène, car la porte-fenêtre s’ouvre… ou plutôt, non, pas comme une porte, mais comme une fenêtre dont les acteurs doivent enjamber le rebord. le code « cour » « jardin » est ainsi cassé, et ces trois accès permettent d’accélerer le rythme des entrées/sorties et de traduire en un ballet rapide celles des divers personnages, à certains moments de la pièce. Le mobilier est sobre, contrairement à d’autres décors qui retracent les intérieurs bourgeois de l’époque avec meubles, coussins, tentures et bibelots à confusion. Les spectateurs découvrent un ingénieux système autour d’une longue table centrale, très sobre, au centre de la scène. Mais je ne vous en dis pas davantage, pour le cas où vous iriez voir la pièce. Il faut ménager l’effet de surprise!

Les acteurs sont époustouflants de vitalité et de dynamisme, parvenant à garder un rythme très rapide (peut-être un peu trop à mon goût, parfois?) tout au long de cette pièce qui dure près de deux heures, sans entracte. Les répliques fusent, et Patrick Chesnay s’amuse visiblement à prendre à parti le public. Nouvelle parenthèse ici pour vous dire combien j’ai été séduite par le fait que, malgré la barrière lumineuse de la lampe, il parvient à capter tout le public, y compris les « pauvres » des derniers étages ou des côtés néfastes aux nuques…

Je ne vous en dis pas plus, vous laissant le loisir de découvrir cette mise en scène et interprétation de la pièce, qui, au-delà des poncifs du théâtre de boulevard, requestionne la place de la femme, car Angèle est intelligente, rusée et érudite – elle reconnaît un extrait de Musset, cite Antinoüs… et menace du divorce et surtout de se faire rendre sa dot!

Tolérance et bienveillance

Ces deux mots m’ont été proposés par un ami comme sujet de réflexion, de manière tout à fait inattendue dans un contexte de convivialité débridée. Et, bien sûr, je n’ai pas pu m’empêcher de mettre mon grain de sel, puis de continuer à y penser, avant d’en venir, ici, à vous (dé)livrer le résultat de mes cogitations aussi spontanées que non étayées…

La première connotation qui m’est venue, à l’évocation conjointe de ces deux termes, est celui de « supériorité ». Pour moi, déclarer de la tolérance ou de la bienveillance, c’est se reconnaître une forme de pouvoir sur l’interrelation, donc une espèce de supériorité sur l’Autre, dont on va « tolérer » la présence, les idées, la marginalité, etc. ou que l’on va traiter avec « bienveillance ». Vous pouvez comprendre combien cela pose question pour l’égalitaire à tout crin que je suis…

Nous avons ensuite débattu sur la vision binaire qu’entraîne le « bien » de « bienveillance ». Bien / Mal veiller… N’y a-t-il pas de troisième voie? Quelle serait-elle?

Je ne prétends pas proposer de solution, mais ces mots seraient pour moi à bannir. Contentons-nous de nous ouvrir à toute pensée et de ne pas nous mettre sur piédestal, cela permettra peut-être d’éviter des complexes et rancoeurs porteurs de germes de violence…

Gaspard Proust à la Comédie des Champs Elysées

Gaspard Proust
Un titre adapté…

Je n’étais jamais allée à la Comédie des Champs Elysées qui, comme son nom ne l’indique pas, ne se trouve pas sur l’Avenue éponyme mais sur l’Avenue Montaigne… Un site intéressant… Accès à l’étage par un ascenseur un peu « Art Déco », immense, avec un liftier qui pourrait être de la même époque…

L’étonnant ascenseur
Source : kactus.com

Un bar classique, avec moultes bouteilles de Champagne bien en vue pour appâter le chaland…

theatre de la comédie des champs-elysées
La salle (1913)
Source : site du théâtre

Une belle salle qui comporte tout ce que l’on peut en attendre, malgré sa petitesse : des balcons, des corbeilles… et même une scène! Par contre, je n’ai pas vu de rideau, car il était levé à l’arrivée, et l’est resté tout le temps du long monologue de l’artiste, censé venir de la loge de celui-ci – et peut-être est-ce vrai?

Long monologue, effectivement… et une sacrée performance d’acteur, dans le sens où l’on assiste à une sorte de logorrhée – comme je l’ai entendu dire par une jeune femme sur le quai du métro, hier, une « logorrhée de paroles » (sic!) – qui a beaucoup séduit un public visiblement acquis d’avance, et a fait rire à gorge déployée mes voisines de devant et de derrière.

Bon, vous l’avez deviné, pas moi. Pourtant, j’apprécie beaucoup l’humour, le premier, le second, voire le troisième degré. Mais en l’occurrence, j’ai vraiment très peu ri et peu apprécié ce spectacle pour « bobos in ». Certes, on pourra me reprocher d’être un peu coincée si je dis que, pour moi, on ne peut pas rire de tout, de la Shoah par exemple. Certes, on pourra m’accuser d’être un peu bourgeoise quand je reconnais ne pas aimer les gauloiseries grasses ni les images d’éjaculation faciale. Et aussi d’être idéaliste pour penser qu’un artiste se doit de s’engager, à défaut d’être engagé.

Car c’est pour moi le principal défaut de ce type de spectacle : à force de tout dénoncer, on ne dénonce rien. On « noie le poisson » – et on noie ses idées par la même occasion. Il est facile de critiquer les politiques, les croyants de tout bord, les adeptes du bio, les vieux, les jeunes, etc. Mais quand cela devient une forme de parti pris sans relief, toute la satire perd de sa valeur et aucune idée forte n’émerge. D’accord, je suis peut-être partiale, mais je trouve regrettable de ne pas mettre un tel talent au profit de causes, quelles qu’elles soient…

Il n’en reste pas moins que ce spectacle vaut la peine d’être découvert, ne serait-ce que pour deux choses : la performance de l’artiste, et les rires de la salle.

Un peu de musique en ce monde de brutes. Billet 6

Du mal à travailler ce matin… et un SMS d’un ami qui m’indique un morceau « sympa » sur France Musique. Je me connecte donc rapidement… et découvre une oeuvre que je ne connaissais pas du tout, Suite pour flûte et piano: IV. Romance. La voici en ligne

Elle est extraite du dernier album de deux musiciennes, Juliette Hurel et Hélène Couvert, « Compositrices à l’aube du XXème siècle ».

Compositrices à l'aube du XXe siècle - Juliette Hurel et Hélène Couvert

La présentation des compositrices est proposée par Julie Depardieu ici.

Bien sûr, je n’ai pas pu m’empêcher de découvrir ces 5 compositrices… Mel Bonis, Augusta Holmès, Clémence de Grandval, Cécile Chaminade et Lili Boulanger… Comme je dois me remettre au travail, nous y reviendrons plus tard… A moins que l’un ou l’une d’entre vous ne participe… ce serait bienvenu!

Une extraordinaire symbiose interculturelle

C’était pour moi une gageure que de réserver pour un tel spectacle… je me demandais vraiment ce que cela pourrait donner… Mais cette témérité a payé! J’ai rarement vu un spectacle aussi intéressant, voire passionnant (dans tous les sens du terme) et surtout porteur d’un optimisme extrême…

De quoi s’agit-il? Vous demandez-vous peut-être… Eh bien, il s’agissait d’une rencontre entre la musique, le chant et la danse flamenco d’un côté, et la musique/le chant japonais… Une danseuse et une cantatrice, entourées, soutenues, portées, mises en valeur… que dire?… par un orchestre et des chanteurs tour à tour très discrets, ou au contraire dynamisants…

La scène est celle du Théâtre de Chaillot… Au centre, un cercle délimité par des spirales métalliques non fixes… Au départ, cercle parfait, il sera progressivement détruit, devenant ainsi pure symbole de la disparition possible des frontières culturelles et de l’osmose idéale entre les cultures, aussi éloignées soient-elles à l’origine. Car quel écart plus important qu’entre la chaleur / l’érotisme / la passion du flamenco, et la froideur / la pureté / l’esthétisme figé de l’art japonais ? Entre les mouvements plus que rapides de la danseuse et les déplacements plus que lents de la chanteuse, le ton était donné dès le départ… Non, pas tout à fait le départ, car la première partie est à situer un peu à part…

Un duo de… mime ou danse?

Hors du cercle, un seul corps, quatre mains… Le danseur, placé derrière la danseuse… faut-il utiliser ce terme? car les corps, cachés dans d’amples vêtements aussi noirs que le décor, restent d’une immobilité presque parfaite… Et les bras apparaissent, disparaissent… Et les mains caressent l’air, le bras, le corps…

Le public reste en haleine devant un tel spectacle, d’une pureté aussi forte que l’érotisme qui s’en dégage… dans un paradoxe qui annonce la thématique de la suite…

Deux univers distincts…

Le jeu se fait ensuite en deux espaces bien distincts. Alors que le cercle est réservé au flamenco, la cantatrice japonaise évolue et chante en restant à l’extérieur. Revêtue d’un superbe manteau très large, avec traîne, elle tourne lentement autour de l’espace réservé, pour de temps à autres s’arrêter et entonner des airs d’une finesse et d’une pureté infinies…

… qui se rejoignent progressivement…

Nous assistons alors à un rapprochement progressif des univers, passant par la médiation de la musique… Les musiciens jouent un rôle qui se développe au fur et à mesure du spectacle… Musique asiatique et musique flamenca passent du contrepoint à l’alliance… La dynamique est surprenante… Et la chanteuse rejoint peu à peu les musiciens, tandis que la danseuse reste seule au centre du cercle de ces derniers…

… jusqu’à ne faire qu’un

La dernière partie est ainsi plus qu’étonnante, et démontre brillamment que des univers musicaux et gestuels aussi éloignés peuvent se rejoindre en une harmonie remarquable. J’ai été littéralement fascinée – le mot n’est pas trop fort – par cette alliance pour le moins inattendue. Et chants, danse, musique, font éclater une joie et un optimisme porteurs de sens.

Pour sortir du « ressenti » et aller plus loin…

Je m’aperçois que je n’ai pas dit un mot qui permette de situer le spectacle, ni de connaître les artistes. Je vais donc maintenant réparer ces lacunes!

Il s’agit d’une programmation dans le contexte de la 4ème Biennale d’art flamenco au Théâtre National de la Danse de Chaillot : Cuentos de Azucar.

« … cette biennale se caractérise par la rencontre d’artistes venus d’univers et de cultures en apparence très éloignés. C’est par exemple le cas d’Eva Yerbabuena qui, après un voyage au Japon, a intégré à son spectacle le chant d’Anna Sato… »

Voilà, vous avez maintenant le nom des artistes… Pour en savoir davantage sur Eva Yerbabuena, voici son site. Pour ma part, je tiens à préciser qu’elle ne se limite visiblement pas au flamenco. C’est une danseuse complète, qui semble maîtriser aussi la danse contemporaine.

Je n’ai pas trouvé beaucoup d’informations sur Anna Sato… Une page Facebook… Mais il faut dire que je ne lis ni n’écris le japonais… Donc si vous pouvez m’aider à la comprendre davantage, merci de collaborer! Je rajoute un mot in extremis, car je viens de trouver, au moment de publier cet article, son site officiel.

Un dernier mot, sur les costumes. Une recherche évidente d’antinomie, au départ, pour renforcer le hiatus. Les costumes d’Anna Sato sont superbes et fort bien mis en valeur par la chanteuse – danseuse en l’occurrence. J’ai moins aimé ceux de Eva Yerbabuena, car les tissus manquaient selon moi de tenue. Mais peut-être était-ce voulu pour évoquer un autre écart implicite : aristocratie / peuple???

Bien sûr, je n’ai pas pris d’images, sauf à la toute fin, comme d’habitude, de mauvaise qualité, mais que je joins car libres de droit (belle excuse, non?).

Mais on en trouve sur le site de ce photographe. Cela vous donnera une petite idée… toute petite… car tout est dans le mouvement, les sons, et les enchaînements… Quelques extraits sont en ligne sur YouTube. Dans ce premier, composé d’extraits, vous assisterez au début du spectacle, le couple de danseur/danseuse que j’évoque en première partie du texte, puis à la déambulation de la Japonaise autour du cercle, et enfin à des solos d’Eva Yerbabuena. Dans celui-ci, la danseuse s’exprime sur fond de chant et musique japonais, puis l’on assiste à une transition avec le flamenco… Un reportage sur la conception de la chorégraphie… Le teaser est peu explicite, mais on entend bien la voix… C’est aussi le cas sur cet extrait musical.