C’est aujourd’hui l’anniversaire d’un de mes amis… Je me souviens du jour où il m’a parlé de ce qui a fait basculer sa vie, le suicide de son fils, jeune homme beau, brillant, intelligent, sensible. Un arbre a été planté près de sa tombe à Aix, un olivier… Zitouni… Arbre oh combien symbolique pour moi, qui avais aussi déposé un olivier sur la tombe de mon père.
Oliviers dans les Alpilles, Van Gogh (1889)
L’ami dont je vous parle est un Homme solidaire, un Ami sincère, un Etre rare qui vit et fait vivre par les liens qu’il crée, les combats qu’il mène et les chansons qu’il interprète au sein d’une chorale… C’est à lui que j’ai pensé en choisissant le poème de ce jour. Mais qui, je pense, s’adresse à chacun-e de nous.
Oliviers avec ciel jaune et soleil, Van Gogh (1889)
Encore frissonnant Sous la peau des ténèbres Tous les matins je dois Recomposer un homme Avec tout ce mélange De mes jours précédents Et le peu qui me reste De mes jours à venir. Me voici tout entier, Je vais vers la fenêtre. Lumière de ce jour, Je viens du fond des temps, Respecte avec douceur Mes minutes obscures, Épargne encore un peu Ce que j’ai de nocturne, D’étoilé en dedans Et de prêt à mourir Sous le soleil montant Qui ne sait que grandir.
Jules Supervielle, La Fable du Monde
L’Homme à la fenêtre, Henri de Braekeleer (1876)
En recherchant les tableaux de Van Gogh sur le net, j’ai assisté à une nouvelle co-incidence. Je l’ignorais, mais, en 2012, il y avait eu une double exposition Hiroshige, l’art du voyage – Van Gogh, rêves du Japon par la Pinacothèque. Hiroshige, ça vous rappelle quelque chose?
Il y a sept sources dans le terrain de la demeure où je suis « confinée ». Et, chaque jour, les voir jaillir, entendre sourdre l’eau claire entre bruyères et primevères me redonne confiance en la vie, me « re-source »… Je me sens nymphe, sylphide… je me vois sirène… Et je vais chaque jour dégager l’espace, nettoyer le lit, ouvrir les vannes pour que s’écoule l’eau, que coule le ruisseau, portant vers la rivière, puis le fleuve, puis la mer mes rêves d’évasion…
Les tourbillon de Naruto à Awa, Hirochige (1855)
Le Ruisseau
Du creux de la roche moussue La petite source jaillit. Du Grand-Salève elle est issue Et deux brins d’herbe font son lit.
Dans l’ombre on l’entend qui bégaie Comme un enfant sur les genoux, Bientôt plus forte elle s’égaie Et s’amuse avec ses cailloux.
Elle brode de cascatelles Les blocs à remuer trop lourds, Comme l’on coudrait des dentelles Sur une robe de velours.
Les filles de la flore alpestre, Prenant le frais près de ses eaux, Écoutent son joyeux orchestre Soutenant le chant des oiseaux.
De tous les coins de la montagne Elles s’y donnent rendez-vous, Chacune amène sa compagne Et les baisers y sont plus doux.
On n’a que quatre pas à faire Pour trouver au bord du ruisseau Le cyclamen que Sand préfère Et la pervenche de Rousseau.
Théophile Gautier, 1869
Cyclamen de Naples
« Un ruisseau coule dans la cannelure formée par la rencontre des deux pans. Au point où leur écartement cesse, il se précipite dans des profondeurs effrayantes, et forme, au lieu de sa chute, un petit bassin entouré de roseaux et couvert d’une fumée humide. Autour de ses rives et sur les bords du filet d’eau alimenté par le trop- plein du bassin, croissent des bananiers, des letchis et des orangers, dont le vert sombre et vigoureux tapisse l’intérieur de la gorge. C’est là que Ralph fuyait la chaleur et la société ; toutes ses promenades le ramenaient à ce but favori ; le bruit frais et monotone de la cascade endormait sa mélancolie.
Quand son cœur était agité de ces secrètes angoisses si longtemps couvées, si cruellement méconnues, c’est là qu’il dépensait, en larmes ignorées, en plaintes silencieuses, l’inutile énergie de son âme et l’activité concentrée de sa jeunesse.«
« .. Je donnerai de ces souvenirs un seul exemple qui pourra faire juger de leur force et de leur vérité. Le premier jour que nous allâmes coucher aux Charmettes, maman était en chaise à porteurs, et je la suivais à pied. Le chemin monte ; elle était assez pesante ; et, craignant de trop fatiguer ses porteurs, elle voulut descendre à peu près à moitié chemin pour faire le reste à pied. En marchant elle vit quelque chose de bleu dans la haie, et me dit : « Voilà de la pervenche encore en fleur. » Je n’avais jamais vu de la pervenche, je ne me baissai pas pour l’examiner, et j’ai la vue trop courte pour distinguer à terre les plantes de ma hauteur. Je jetai seulement en passant un coup d’oeil sur celle-là, et près de trente ans se sont passés sans que j’ai revu de la pervenche, ou que j’ai fait attention. En 1764, étant à Cressier avec mon ami M.du Peyrou, nous montions une petite montagne au sommet de laquelle il a un joli salon qu’il appelle avec raison Bellevue. Je commençais alors d’herboriser un peu. En montant et regardant parmi les buissons, je pousse un cri de joie : »Ah ! Voilà de la pervenche ! et c’en était en effet. »… »
Jean-Jacques Rousseau, Confessions, tome 1 (1836)
Moorgraben, Paula Mendelson-Becker (autour de 1900)
L’orage gronde, le ciel est sombre… Envie de mer, de soleil, de chaleur… Alors je pense à la Méditerranée, à son bleu si profond… à la Grèce que j’aime tant… et, mettant cela en lien avec la thématique que j’ai choisie cette semaine, tant elle m’a semblé symbolique, vivante, purifiante, source de plaisir et d’évasion, je ne puis m’empêcher de revoir Nausicâ aux bras blancs, au bord du fleuve, partie rencontrer l’amour sous prétexte de laver le linge de la maisonnée (un beau passage sexiste que celui où elle évoque sa mission de fille dans une famille pleine d’hommes!). Pour celles et ceux qui lisent la belle langue d’Homère, ou veulent apprendre à la lire, je donne le texte initial. Que les autres filent directement à la traduction, qui leur permettra éventuellement de revenir par la suite essayer de reconnaître certains mots dans le texte. A cet effet, je proposerai un petit jeu de décodage à la suite des textes… Et, comme souvent, un air pour vous accompagner durant votre lecture : Nausicaa, extrait de La Moldau, par le contre-ténor Luc Arbogast.
C’est dans son palais que s’arrête Athéna, la déesse aux yeux pers, méditant en son âme le retour du courageux Ulysse. D’abord elle pénètre dans la superbe chambre où repose une jeune vierge que sa taille élégante et ses formes divines égalent aux immortelles, Nausica, la fille du magnanime Alcinoüs ; deux suivantes, qui reçurent des Grâces la beauté en partage, dorment à l’entrée de cette chambre dont les magnifiques portes sont étroitement fermées. Comme un souffle léger, Athéna s’approche du lit de la jeune vierge, se penche vers sa tête et lui parle en se montrant semblable à la fille du célèbre nautonier Dymante, compagne du même âge qu’elle et la plus chère à son cœur. Athéna aux yeux pers, sous les traits de la fille du nautonier, lui dit :
25 « Nausica, ta mère, en te donnant le jour, te rendit bien négligente ; car tes beaux vêtements sont jetés ça et là sans aucun ordre. Cependant le jour de ton mariage approche, ce jour où lu dois revêtir de riches parures, et en offrir à ceux qui te conduiront vers ton époux. Les vêtements somptueux font acquérir parmi les hommes une renommée qui rend joyeux un père et une mère vénérables. Nausica, dès que brillera la déesse Aurore, allons ensemble plonger ces vêtements dans les ondes du fleuve ; moi, je t’accompagnerai pour t’aider, afin que tout soit prêt promptement ; car tu ne seras pas longtemps vierge. Déjà les plus illustres d’entre les Phéaciens te recherchent en mariage, parce que toi, tu es aussi d’une noble origine. Ainsi donc, dès le lever de la matinale Aurore, engage ton glorieux père à faire préparer les mulets et le char qui doivent transporter tes ceintures, tes manteaux et tes riches vêtements. Il sied certainement mieux à une fille de roi d’aller sur un char plutôt que de se rendre à pied vers ce fleuve, qui est très-éloigné de la ville. »
41 En achevant ces paroles, Athéna aux regards étincelants monte vers l’Olympe où, dit-on, est l’inébranlable demeure des dieux, séjour qui n’est pas agité par les vents, qui n’est point inondé par les pluies et où la neige ne tombe jamais ; mais où circule toujours un air pur, et où règne constamment une éblouissante clarté. Athéna, après avoir donné de sages conseils à la belle Nausica, se dirige vers les célestes demeures où les dieux fortunés se réjouissent sans cesse.
48 La déesse Aurore au trône éclatant parait aussitôt, et elle réveille Nausica aux riches parures. La jeune fille, toute surprise du songe qu’elle vient de faire, se hâte de traverser les appartements pour en prévenir sa mère et son père chéris, qu’elle trouve retirés dans l’intérieur du palais. — La reine, assise près du foyer, et entourée des femmes qui la servent, filait avec des laines teintes de pourpre. Alcinoüs était sur le seuil de la porte : il se rendait, appelé par les nobles Phéaciens, au conseil des illustres chefs de l’île de Schérie. — Nausica s’approche de son père et lui dit :
57 « Père chéri, ne me feras-tu point préparer un char élevé, un char aux belles roues, afin que je puisse plonger dans les eaux du fleuve mes riches vêtements tout couverts de poussière ? Lorsque tu délibères dans le conseil avec les premiers d’entre les Phéaciens, il faut que tu sois couvert de manteaux sans souillure. Eh bien ! mon père, tu as cinq fils dans ce palais : deux sont mariés, et les trois plus jeunes ne le sont pas encore ; ceux-ci veulent toujours, tu le sais, des tuniques d’une blancheur éclatante pour se rendre dans les chœurs et dans les danses, et le soin de préparer leurs tuniques repose sur ta fille chérie. »
Elle dit. Nausica, par prudence, n’osait parler à son père de son prochain mariage. Mais Alcinoüs pénétrant la pensée de sa fille lui répond par ces mots :
68 « Mon enfant, je ne te refuserai ni mes mules, ni rien de ce que tu me demandes. Va, mes serviteurs te prépareront un chariot élevé muni d’une corbeille habilement tressée. »
Aussitôt il donne des ordres à ses esclaves, et tous s’empressent d’obéir. Les uns font sortir de la cour le chariot aux belles roues ; les autres conduisent les mules hors du palais et les attellent au chariot. La jeune fille apporte ses riches vêtements et les dépose sur l’élégant chariot. Sa mère place dans une corbeille des viandes de toute espèce, des mets délicieux, et verse du vin dans une outre de peau de chèvre ; (la jeune fille monte sur le char)
et la reine lui donne une huile ondoyante contenue dans une fiole d’or pour qu’après le bain elle puisse se parfumer avec les femmes qui l’accompagnent. Nausica saisit alors le fouet et les rênes brillantes ; elle frappe les mules pour les exciter à courir, et l’on entend aussitôt le bruit de leurs pas. Les mules s’avancent rapidement en emportant les riches vêtements de la jeune princesse suivie des femmes qui la servent.
85 Bientôt elles arrivent vers le limpide courant du fleuve ; là, dans des bassins intarissables, coule avec abondance une eau pure qui enlève rapidement toutes les souillures. Les suivantes de Nausica détellent les mules et les dirigent vers les rivages du fleuve pour qu’elles broutent les doux pâturages ; puis les femmes sortent du char les somptueux vêtements de la jeune fille, les plongent dans l’onde, et les foulent dans les bassins en luttant de vitesse les unes avec les autres. Lorsqu’elles ont ôté toutes les souillures qui couvraient ces riches étoffes, elles étendent les vêtements sur la plage en un lieu où la mer avait blanchi les cailloux ; elles se baignent ensuite, se parfument d’une huile onctueuse et prennent leur repas sur les rives du fleuve en attendant que les rayons du soleil aient séché les superbes parures de la belle Nausica.
Si vous voulez jouer… je vous propose quelques mots, autour, bien sûr, de l’eau et de la lessive, vous vous en doutiez… A vous de « remonter » au texte grec pour les retrouver, sachant que les numéros des vers sont là pour vous aider aussi!
Vous pouvez aussi préférer une traduction juxtalinéaire comme celle-ci.
Mais avant, prenez l’alphabet grec et reconnaissez les noms propres…
Facile, non? Vous pourrez remarquer que des mots assez longs sont souvent placés auprès d’eux. C’est un trait de style caractéristique des poèmes homériques. Un exemple? γλαυκῶπις Ἀθήνη = Athéna aux yeux pers.
Une difficulté toutefois : comment reconnaître « Ulysse », alors que vous ne trouverez aucun mot grec qui lui ressemble? Eh bien, il est ici : Ὀδυσσῆι μεγαλήτορι… Oui, vous l’avez compris, « Ulysse », en grec, c’est « Odysseus », comme le titre de l’oeuvre… le i dit grec n’existant justement pas en grec est un upsilon… Nouveau jeu : qui a droit en grec au même adjectif qu’Ulysse, alors que, dans le texte en français, il est traduit différemment? Et, puisqu’on y est, quel point commun entre cet adjectif et la « mégalomanie » ou une « magalopole »?
Revenons à Nausicâ…. Quels sont les qualificatifs qui lui sont donnés? Trouvez les en français, mais surtout en grec… Car malheureusement la traduction en une expression parfois un peu lourde trahit la beauté des mots grecs. Prenons cet exemple : « Ναυσικάαν ἐύπεπλον »… au passge, notez le préfixe « eu », qui signifie « bien » cf « euphémisme », et la seconde partie du mot qui peut évoquer certains mauvais films mettant un scène une Antiquité de pacotille… On retrouve le préfixe « eu » dans l’épithète liée à l’Aurore « Ἠὼς… ἐύθρονος », littéralement « au beau trône ». Avouez qu’on a plutôt l’habitude de la voir sur un char, non?
Pour rire un peu, une interprétation plus que tardive de cet épithète… sur une plaque de cheminée!
Je vous laisse poursuivre ce petit jeu, et en arrive au second. Il consiste à retrouver quelques mots en lien avec notre thème, la lessive, de l’eau à l’air… sans passer par les cendres, ici…
On lave dans le fleuve.. Si vous pensez à un gros mammifère qui vit dans l’eau douce, vous n’aurez pas de mal à trouver le terme grec dans le texte. Quant à la mer, facile! Pensez à une émission de télévision, à un bateau célèbre ou à des cures bien agréables… Ce fleuve est « plus que beau », « περικαλλέ᾽ », où vous reconnaissez peut-être le « kalos » de l’autre jour… Il a une rive escarpée « ὄχθη », et se jette dans la mer sur une belle plage de sable, « une rive en pente douce, avec du sable « θίς »…
Un très beau passage sur l’eau, je ne sais si vous l’avez remarqué? Essayez de le lire à haute voix, pour en apprécier les sonorités…
Maintenant que vous connaissez le terme qui désigne le fleuve, vous pouvez trouver, juste à côté, celui qui a trait à son cours, au flux… et qui est présent dans des mots français sous la forme « rhée »… dont des liquides moins limpides! Le rho n’est pas suivi d’un « h » en grec, mais surmonté d’une sorte de croissant de lune tourné vers la droite (comme lun descendante)… C’est ce qu’on appelle un « esprit », qui transcrit une aspiration, que l’on retrouve dans la graphie actuelle sous forme de « h »… Du coup, allez-vous trouvez le mot qui désigne l’eau? Vous le repérez? Pensez à tous les mots composés avec lui, en français : mesure de l’humidité, avion capable de se poser sur l’eau, choc thermique dû à la différence de température entre l’eau et la peau, etc… Il y en a bon nombre! L’eau est vive… Nous avons déjà évoqué son flux, on peut y ajouter les tourbillons « δινήεις, εντος : tourbillonnant » qui ont creusé la roche « βόθρος, ου : trou naturel, bassin ».
On trouve même un lexique très spécifique, lié à la lessive – le fait de laver ce qui est sale « πλύνω : laver, et son composé conjugué : ἀποπλύνεσκε : « lavait d’habitude »; ῥύπα : ce qui est sale » – comme στεῖβον < στείβω : fouler aux pieds du linge pour le nettoyer. Les jeunes filles foulent le linge au pied, avant de l’étendre sur des pierres blanchies par les flots et chauffées par le soleil. Elles en profitent alors pour s’adonner au plaisir du bain, puis s’oignent d’huile… Je vous laisse imaginer… ou lire… la suite… Un indice dans ce tableau (pour une iconographie assez fournie sur le héros et les Phéaciens, voir ce site)…
La brume a envahi la campagne en cette aube d’avril, et le murmure de la Pâturette se transforme en plainte, faisant écho à mes tourments. C’est le moment d’évoquer un jeune poète libertaire, Gaston Couté. Pourquoi jeune?, me direz-vous peut-être. Parce qu’il est mort à 31 ans. Eh oui, il n’a même pas atteint l’âge d’un certain Alexandre ni d’un certain Jésus… Un écrivain qui n’a pas renié ses origines, car il a parfois écrit en beauceron, ni sa famille (son père était meunier), comme en atteste la pièce choisie aujourd’hui, dans la mini-série que je consacre cette semaine au linge, à son traitement et à celles (pas trouvé de « ceux »…) qui le traitaient jadis, voire naguère…
Femme lavant du linge, Edouard Paris
Je suis parti ce matin même, Encor saoul de la nuit, mais pris Comme d’écœurement suprême, Crachant mes adieux à Paris. …Et me voilà, ma bonne femme, Oui, foutu comme quatre sous. …Mon linge est sale, aussi mon âme… Me voilà chez nous !
Refrain
Ma pauvre mère est en lessive. Maman, Maman, Maman, ton mauvais gâs arrive Au bon moment !…
Voici ce linge où goutta maintes Et maintes fois un vin amer, Où des garces aux lèvres peintes Ont torché leurs bouches d’enfer… Et voici mon âme, plus grise Des mêmes souillures — hélas ! Que le plastron de ma chemise Gris, rose et lilas…
Au fond du cuvier, où l’on sème, Parmi l’eau, la cendre du four, Que tout mon linge de bohème Repose durant tout un jour… Et qu’enfin mon âme, pareille À ce déballage attristant, Parmi ton âme — ô bonne vieille ! — Repose un instant…
Tout comme le linge confie Sa honte à la douceur de l’eau, Quand je t’aurai conté ma vie Malheureuse d’affreux salaud,
Ainsi qu’on rince à la fontaine Le linge au sortir du cuvier, Mère, arrose mon âme en peine D’un peu de pitié !
Et, lorsque tu viendras étendre Le linge d’iris parfumé, Tout blanc parmi la blancheur tendre De la haie où fleurit le Mai, Je veux voir mon âme, encor pure En dépit de son long sommeil, Dans la douleur et dans l’ordure, Revivre au Soleil !…
Gaston Couté, La Chanson d’un gâs qu’a mal tourné, 1928
Paysanne étendant du linge, Berthe Morisot (1881)
Le recueil contenant ce poème a eu un succès certain, car il a donné lieu à un nombre d’éditions impressionnant, jusqu’à une époque récente. Il faut dire que son auteur est fascinant, et d’une « épaisseur » et « profondeur » frappantes. Pour découvrir son oeuvre, un site qui lui est consacré. On y trouve aussi un article intéressant sur la langue employée, et une discographie (non exhaustive, est-il précisé). Car ses poèmes ont été interprétés par de nombreux/ses artistes, depuis 1930. Pour ne prendre que celui qui fait l’objet de cet article, on en trouve des versions diverses sur le net. Je ne suis pas parvenue à trouver celle de Brassens, en 1953. Il se trouvait classé parmi « Les poètes maudits », titre de l’album.
Echec aussi pour un certain « Francis Cover », dans l’album Panaches de 1963, dix ans plus tard. Par contre, vous allez pouvoir l’écouter, interprété, la même année, par la belle voix grave de Monique Morelli (1923-1993).
Une interprétation beaucoup plus moderne, par le groupe Le Ptit Crème (le titre figure sur un album de 1976), sera l’occasion pour vous de découvrir une iconographie intéressante sur Gaston Couté. Totalement différente est celle, à peine plus ancienne, de Gaston Pierron. Pour ma part, j’aime aussi beaucoup celle de Loïc Lantoine avec sa belle voix grave un peu éraillée… Pas trouvé celle de Rémo Gary en 2000, mais celles de Gabriel Yacoub, dont YouTube offre diverses versions en live, selon les lieux et les époques. Je terminerai cette énumération qui peut vous paraître lassante par une voix de femme, de nombreuses années après Monique Morelli, dans le disque de La Bergère (2002). Cependant, je ne voudrais pas laisser de côté ceux qui ont joué autant, sinon plus, que chanté les poèmes de Couté. Bernard Meulien a interprété le poème, mais là aussi j’ai fait chou blanc sur le net et ne puis vous proposer de l’entendre que dans une autre oeuvre, Sacré petit vin nouviau. La liste des interprètes est remarquablement longue… Et si vous voulez en savoir davantage, n’hésitez pas à aller voir le site que Bruno Daraquy a monté autour de » Gaston Couté, l’insurrection poétique « .
Mais revenons à la lessive, de l’eau à l’air (en passant par la cendre… belle symbolique de la vie humaine!)… Plus je recherche sur le net, plus je suis étonnée du nombre incroyable d’oeuvres d’art qui ont eu pour sujet la lessive, dans toutes ses phases, depuis le transport du linge sale jusqu’au moment du repassage final (que je ne fais pas pas entrer dans cette catégorie). Et ce, dans des environnements très divers. Les cartes postales sur ce thème ne manquent pas non plus. Et que dire des affiches! Puisque le poète parle du parfum de l’iris, je vais terminer par une touche d’humour… noir pour rire jaune, avec celle-ci, qu’a peut-être utilisée sa mère, puisqu’elle date de la fin du 19ème siècle (1892).
Je ne peux pas évoquer les lavandières, laveuses et autres lingères sans parler de la bugadière, en nissart « bugadiera » évidemment!
A Nice, des bugadières privées d’eau
Si elles ont disparu, ce n’est pas uniquement dû aux inventions techniques. A l’heure actuelle, même s’il en existait encore, vous ne pourriez pas les voir à cet endroit…
Bugadières autour de 1900
Pourquoi? Tout simplement parce qu’on ne voit plus couler le Palhon, Païoun, Paillon dans Nissa la Bella… Il a été enfoui, caché, comme s’il était honteux, hideux… Lui, le ruisseau-fleuve descendu de l’arrière-pays pour rejoindre la Méditerranée en plein coeur de la ville… Lui, qui reliait les montagnards aux marins, du Mont Auri à ce qui allait devenir la Promenade des Anglais… Lui, si impétueux l’hiver mais si discret en étiage… Totalement couvert, recouvert, rendu invisible sous ce qui est devenu le haut-lieu des rencontres de toutes sortes : théâtrales, muséales, littéraires… et le site des congrés, des promenades, des jardins d’enfants aux monstres ligneux…
Tirage d’après les plaques de verre originales de Jean Giletta, propriété de la maison d’édition éponyme fondée en 1880 à Nice
La plus célèbre des bugadières
L’héroïne de la ville, Catarina Segurana, était selon la légende une « bugadiera ».
» Catarina Segurana es presentada souta lu trat d’una frema dóu poble, budagièra de coundicioun. L’istoria vóu qu’aurìa per cas, de l’assèdi de Nissa dóu 1543, amassat d’un còu de massòla, un pouòrta-ensigna turc li raubant, en meme temp, la bandièra desenemiga. «
Cette « massola », c’est un battoir à linge, qu’elle aurait tenu à la main en se précipitant, en tête de quelques soldats, au-devant des envahisseurs franco-ottomans, et avec lequel elle aurait frappé violemment un janissaire dont elle aurait volé l’étendard, avant de galvaniser la résistance au point de faire reculer l’ennemi.
La bugadiera et son battoir à linge (1923)
Faula o realità, Catarina, seras toujou lou sìmbolou dóu courage e l’image de la voulountà de vinche, quoura lu « tiéu » soun en lou dangié, lou poudé de magnetisà, d’afoucà lu tihoun en la mauparàda. Noun soun li coulou, noun soun li fourma que pouòdon definì la bèutà… La Beutà… es lou « plen d’estre ». Es per acò, Catarina, que lu Nissart an toujou, embarbat en lou couòr, lou pantai que li as laissat. Ahì ! lu Nissart, lu Seguran…
le symbole du courage et l’image de la volonté de vaincre, quand les « tiens » sont en danger, le pouvoir de magnétiser, d’enflammer les tisons dans les « mauvaises passes ». Ni les couleurs, ni les formes peuvent définir la beauté… La Beauté… c’est la « plénitude d’être ». C’est pour cela Catherine, que les Niçois ont toujours dans le coeur le rêve que tu leur a laissé. Oui ! les Niçois, les Seguran… Henri Land
Une chanson de 1913 met en scène la jeune femme, avec sa « massa », dans le premier couplet, et insiste sur le surnom des Niçois, issu de son nom.
Terra doun l’eroisme poussa, Brès de Massena e de Pepin, Tu qu’as vist fuge Barbaroussa Davan la massa de Catin, O Nissa, la tan bèn noumada, Filhola dei fier Phoucean, Escout’ ancuei dei tiéu enfan Toui lu laut e li allegri chamada.
Terre où l’héroïsme pousse, Berceau de Masséna (1) et de Pépin (2), Toi qui a vu fuir Barberousse(3) Devant la masse (4) de Catherine, Ô Nice, la si bien nommée (5), Filleule des fiers Phocéens, Écoute aujourd’hui de tes enfants Toutes les louanges et les allègres aubades.
Refren
Flou dòu païs ligour, Nissa, lou nouostr’ amour, Ti saludan E ti cantan : « Viva lu Seguran ! » (bis)
Fleur du pays ligure, Nice, notre amour, Nous te saluons Et te chantons : « Vive les Séguran ! » (bis)
Une autre chanson la met en scène avec son battoir
Catarina Segurana, erouina dei bastioun, Catarina Segurana, que desfendia maioun, Noun pougnèt emb’un’espada, Noun bussèt emb’un bastoun. Manejava una massola Per picà sus lu nemic ! Pica ! Pica ! Pica ! Pica ! Per picà sus lu nemic ! Li bandièra li escapon, Si vé pu que li esclapa, Es la vergougna dei nemic !
Catherine Ségurane, héroïne des bastions, Catherine Ségurane, qui défendait [les] maisons, N’empoignait pas une épée, Ne cognait pas avec un bâton. Elle maniait un battoir Pour frapper sur les ennemis ! Frappe ! Frappe ! Frappe ! Frappe ! Pour frapper sur les ennemis ! Les bannières leur échappent, On ne voit plus que les [membres] éclatés, C’est la honte des ennemis !
Je n’ai trouvé ni tableaux ni chansons mettant en scène les lavandières à Nice. Par contre, on obtient sur le net un grand nombre d’informations sur la bugada et ses praticiennes en Provence.
Bugadières en Provence
La bugadiera est d’ailleurs un des santons de certaines crèches provençales.
Bugadiera, santon La marque sur le battoir indique « M. Chave, Aubagne » Le petit-fils de Marius Chave est toujours santonnier à Aubagne
Mistral a apporté une explication au terme « bugado » ou « bugada », selon les parlers, la « grande lessive » en Provence.
« Le mot bugado vient de bou, bouc, trou, parce que la lessive est proprement l’eau qui passe par le trou du cuvier. »
C’est lui aussi qui évoque les dictions liés aux lavandières.
« « Tan plan l’ivèr coume l’estiéu, li bugadiero van au riéu. » (Lou Tresor dóu Felibrige), dont la traduction pourrait être : « Tant l’hiver que l’été, les bugadières vont au ruisseau » ; ou le plus ironique : « Li bugadieros dóu riéu/ Manjarien soun ome viéu. » (Lou Tresor dóu Felibrige) « Les bugadières du ruisseau/ Mangeraient leur mari (tout) vif ». »
J’ai trouvé ces informations, ainsi que celles qui suivent, sur un site qui est une mine en ce domaine : Occitanica
« D’autres, au contraire, relèvent les traits généralement associés à ces femmes, et aux discussions autour du lavoir, lieu où se transmettent les informations (et les rumeurs). Tel est ainsi le cas de : « front de bugadiero, effronterie de harengère ; que bugadiero ! Quel bavard ! » (cf. Frédéric Mistral, Lou Tresor dóu Felibrige, définition de Bugadiero). C’est d’ailleurs le nom de cette profession que le Niçard J. Bessi choisit en 1871 pour baptiser son nouveau journal (La Bugadiera, Nice, 1871-1880). On dit aussi : « Lengut coma una bugadièra » (avoir la langue bien pendue comme une bugadière).
Notons enfin quelques expressions et dictons relatifs à la pratique :
« Que fai bugado entre Caremo e Carementrant/ Li bugadiero moron dins l’an. » : Qui fait sa lessive entre Carême et Carême-prenant, la bugadière meurt dans l’année. (superstition particulièrement répandue semble-t-il et relevée par de nombreux collecteurs).
« Las sorbras dal flascon de las bugadièiras garisson las fèbras » : Les restes de la gourde des lessiveuses guérissent les fièvres. Ce dicton souligne la réputation de bonne santé de ces bugadièras, solides travailleuses dont les « cueissas frescas » (Cf. ouvrage Grabels) furent également vantées. »
Enfin, au risque d’être prise en flagrant délit de copier-coller, je reprends sur le même site un extrait d’un poème sur la bugada, avec les deux graphies.
La bugado/ La bugada
Se soun lebados pla mati/ Se son levadas plan matin
Las labairos, e, per parti,/ Las lavairas e, per partir,
Biste, sans se trop escouti,/ Viste, sans se tròp escotir,
Cadunp al galop s’es coufado ;/ Caduna al galòp s’es cofada;
D’un grand pas lou pitiou troupel/ D’un grand pas lo pichon tropèl
Camino cat al ribatel ;/ Camina cap al rivatèl;
Dins de descos, sul toumbarel/ Dins de descas, sul tombarèl
Lous beus ban traina la bugado./ Los buèus van trainar la bugada.
Froment, Paul, A trabès régos : rimos d’un pitiou paysan, Villeneuve-sur-Lot ; impr.B. Delbergé, 1895. Texte original et transcription en graphie standardisée.
Il existe beaucoup de textes sur « la bugada ». En voici un récent, qui explicite la tradition en langage poétique.
Autrefois, deux fois l’an, c’était « la bugado » : Quel tintouin, mes amis, et quel remue-ménage ! Dès l’aube du lundi tout d’abord le trempage Dans l’eau additionnée de soude en gros cristaux ;
Un rinçage abondant ; et puis on préparait Le cuvier tapissé d’un drap ou d’un tissu ; On y mettait le linge, un autre drap dessus Où l’on plaçait les vieilles cendres du foyer ;
Sur l’ensemble on versait alors de l’eau bouillante Qui coulait dans un seau placé sous un trépied ; Ca durait une nuit où tous se relayaient : De l’eau, encor de l’eau, dans des vapeurs ardentes…
On empilait le linge en tas sur la brouette Pour aller le rincer plus loin à la rivière Ou au lavoir, selon… Et là les lavandières Frottaient encore un coup torchons et serviettes,
Camisoles, jupons… Rinçages abondants, Encor un et puis deux… Ensuite l’essorage… L’étendage sur l’herbe … et la fin de l’ouvrage ! En est-il pour encor vanter « le bon vieux temps » ? »
De la laveuse aux lavandières, sans parler des lingères, nous voici arrivés au linge… qui était au départ de cette « série », car j’avais découvert un tableau qui m’avait intriguée.
Pourquoi, me direz-vous, ne pas avoir commencé dès lors par celui-ci? Tout simplement parce que je ne parvenais pas à en trouver l’auteur-e… Et je ne l’ai pas trouvé, malgré l’appel à l’aide lancé hier auprès d’un spécialiste – pour ne pas le citer, le créateur de UN jour UN tableau, qui finira, je pense, par trouver…
A ce propos, je ne sais pas si vous êtes allé-e-s voir sa page hier, mais les tableaux et textes choisis en réaction à mon article sont magnifiques et nous font voyager de la Provence (avé l’assent) à la Bretagne, « ma bro » d’adoption (de Pen Ar Bed à Mor Bihan), en passant par les bords de Seine. J’ai découvert Clotaire Breton, « Lavandières de Saint-Martin » (1979) – sur le blog indiqué, un long passage évoquant le passé, extrait de « La Lessive » in « La vie rurale dans le Mantois et le Vexin au XIXe siècle » (Bougeatre, 1971), qui m’a rappelé les récits d’une de mes grands-mères, lorsqu’elle m’expliquait à quel point les machines à laver avaient révolutionné littéralement la vie des femmes, ce que, petite fille, j’avais du mal à comprendre, et que je n’ai saisi qu’en observant la vie quotidienne dans l’Atlas, ou plus tard, en Guinée Forestière…
Voici le tableau en question. Qui se cache derrière le linge?
Titre et artistes inconnus… help!
Après l’oeuvre – un peu longue, non? – de Brassens hier, j’ai choisi un poème vietnamien, de Pham Ho, qui a été adapté en français par Pierre Gamarra (vous savez, celui qui a écrit il y a plus de dix ans un poème sur Le Microbe et le Savon – bon il a confondu microbe et virus, mais quand même! ) et publié dans Le Trésor de l’Homme. Une parenthèse à propos de ce livre méconnu : en le recherchant sur le net, j’ai découvert qu’il était en vente à la boutique de livres d’occasion d’Emmaüs. Je ne sais pas si vous connaissez « Le lien – Pages solidaires« ? Et je me permets une nouvelle parenthèse : le commentaire d’un de ses lecteurs, sur Babelio, qui peut vous donner une idée d’évasion littéraire…
» Publié en 1978, cet assemblage de contes, fables et poèmes n’a pas pris une ride. On sort de sa lecture apaisé et plein de bonnes ondes. La plupart de ces textes se transmettent oralement entre générations et font la part belle à la faune et flore, la poésie et une certaine vision harmonieuse de la vie. Rafraîchissant ! »
Antoine Trémolières (Editions La Farandole Paris Vie, 1978)
Un texte de Brassens, extrait de « Les amoureux qui écrivent dans l’eau » (1954), texte que je ne connaissais pas du tout, découvert par ce beau matin d’avril alors que je recherchais des poèmes traitant de « lessive », en écho à ce que j’ai publié à l’aube. Bourré de références qu’il vous faudra décrypter, à moins que vous ne préfériez vous laisser aller à l’humour léger pour commencer (ou poursuivre) votre journée…. A déguster avec gourmandise et plaisir…
Un minuscule lavoir rudimentaire qui tombe de vétusté. Entrent les jeunes lavandières.
Certaines portent le linge à laver sur leur tête, d’autres poussent une brouette.
Elles tournent en rond et chantent.
LE CHŒUR DES LAVANDIÈRES
Maudits les pourceaux qui font La lessive, la lessive. Maudits les pourceaux qui font La lessive du Gascon.
LAVANDIÈRE SOPRANE
La lessive, la lessive,
LE CHŒUR DES LAVANDIÈRES
La lessive du Gascon.
LAVANDIÈRE CONTRALTE
La lessive, la lessive,
LE CHŒUR DES LAVANDIÈRES
La lessive du Gascon.
LA NYMPHE DE LA MER BALTIQUE
Voici les jeunes lavandières,
Les manieuses de battoirs
Qui de la source à l’embouchure,
De l’étoile de l’aube à l’étoile du soir
Se chamaillent avec la crasse
D’autrui.
LE CHŒUR DES LAVANDIÈRES
Maudits les pourceaux qui font La lessive, la lessive Maudits les pourceaux qui font La lessive du Gascon.
Elles ont rangé les brouettes et s’arment de leurs battoirs pour se mettre à l’ouvrage.
Entrent en grand désordre les jeunes amoureux qui écrivent sur l’eau.
Les lavandières les entourent; elles dansent en rond autour d’eux. Elles brandissent leurs battoirs et font mine de les battre. Elles chantent.
LE CHŒUR DES LAVANDIÈRES
Voici les pourceaux qui font La lessive, la lessive Voici les pourceaux qui font La lessive du Gascon.
LA NYMPHE DE LA MER BALTIQUE
Il serait vain de tirer le rideau,
Ce n’est pas une pierre de scandale,
Les jeunes amoureux qui écrivent sur l’eau
Ont coutume de retourner leur linge sale.
VÉNUS HOTTENTOTE
Le donner à laver !
YAMUBA-PIED-MENU
Ils sont légers d’argent.
ÉGÉRIE TOMAHAWK
Et trop bien élevés
Pour confier aux gens
Leurs divers soins de propreté.
LA NYMPHE DE LA MER BALTIQUE
Quoique à leur sens les lavandières soient des garces
De fougueuses langues d’aspic.
Quant à s’en occuper eux-mêmes,
Croix de paille ; ils n’ont ni le temps
Ni le courage, ils sont des vic-
Times de la déesse Flemme…
Le sexe de la grâce au reste
Ajoute encore à ce rustique
Et de pied en cap son costume
Relève de la botanique.
S’avance vers les nymphes Aline. Une courte jupe en coquelicot moule ses formes volubiles.
ALINE
Une jupe en coquelicot
« Ami, aimons-nous au plus vite »
Une jupe en coquelicot
« Ami, aimons-nous au plus tôt ».
Mademoiselle Trois-Etoiles s’avance à son tour vers les nymphes. Elle est coiffée d’un béret de lierre.
MADEMOISELLE TROIS-ETOILES
Une coiffe en lierre pistache
« Ami je meurs ou je m’attache »
Une coiffe en lierre pistache
« Ami je m’attache ou je meurs ».
Entre Fanchon. Elle est vêtue d’un corsage en pervenche. Un sein déborde le corsage.
FANCHON
En pervenche le canezou « Ami c’est à vous que je rêve » En pervenche le canezou « Ami je ne rêve qu’à vous ».
LE CHŒUR DES LAVANDIÈRES
Maudits les pourceaux qui font La lessive, la lessive Maudits les pourceaux qui font La lessive du Gascon.
LE FACTOTUM DES JEUNES AMOUREUX De quoi vous mêlez-vous, gâteuses de rivière ?
LE CHŒUR DES LAVANDIÈRES
Nous nous mêlons de nos affaires… Que laveraient les lavandières Si chacun suivait votre exemple !
LE FACTOTUM
Baste, elles ne laveraient pas ;
Il y a dans le ciel d’autres choses à faire.
LE CHŒUR DES GOUTTES D’EAU
Elles nous laisseraient tranquilles.
Du pied du col de la Furka jusqu’en Camargue
Des Pyrénées espagnoles jusqu’à Royan
De Saint-Germain source Seine jusqu’à Honneur
Et du mont Gerbier-de-Jonc jusqu’à Saint-Nazaire,
Ainsi que de n’importe où jusqu’à n’importe où
Nous nous promènerions toujours fraîches et pures.
LE CHŒUR DES LAVANDIÈRES Mais alors que mangeraient-elles ?
LE FACTOTUM
Baste, elles ne mangeraient pas ;
Il y a sous le ciel d’autres choses à faire !
LE COQ BRAHMAPOUTRE suivi de la majeure partie des poules de l’endroit.
Nous pourrions conserver nos cuisses et nos ailes Et mourir de mon naturelle.
LE CHŒUR DES LAVANDIÈRES
Mais alors comment vivraient-elles ?
LE FACTOTUM
Baste, elles cesseraient de vivre
Il y a sous le ciel d’autres choses à faire…
LE CHŒUR DES MÈTRES CUBES D’AIR
Des poumons de moins à gaver !
LE CHŒUR DES LAVANDIERES
Que deviendraient alors les demoiselles smart Les généreuses demoiselles smart Qui changent souvent de chemise Et nous en confient la lessive !
LE CHARMANT DISCIPLE D’APELLE
Elles feraient ce que les autres font
La lessive tout court ou celle du Gascon.
HUON-DE-LA-SAÔNE
Et demain quand viendra l’usage De retourner son linge sale Pour paraître up to date on les érigerait En élégantes d’avant-garde…
LE CHŒUR DES CRASSEUX OPINIÂTRES Oh, l’agréable compagnie !
LE CHŒUR DES LAVANDIÈRES faisant mine de battre les jeunes amoureux.
Y songez-vous, tas d’enragés Les demoiselles smart contraintes De décrasser leur linge Ou de n’en pas changer.
LAVANDIÈRE SOPRANE Leurs purs appas couverts de malpropre linon ?
LAVANDIÈRE CONTRALTE
Leurs phalanges rongées par la potasse ?
LE CHŒUR DES LAVANDIÈRES
Ah non !
LE CHŒUR DES FRÈRES ET SŒURS CADETS DES JEUNES LAVANDIÈRES
Ah non, car de ce fait leurs mains seraient plus dures Et plus durs leurs va-te-laver sur nos figures…
LE VIEUX PROPHÈTE DE CORMEILLES
Elles inciteraient leurs pères cacochymes A fabriquer plus de laveuses mécaniques.
Surgissent quatre ou cinq carrosses dorés. Ce sont les demoiselles smart. Leurs valets de pied s’empressent d’ouvrir les portières.
Les demoiselles descendent de voilure. Elles sont accompagnées des meilleurs parfumeurs qui pour annihiler les effluves tenaces de la savonnette à vilain pulvérisent de l’opopanax dans leur sillage.
LE CHŒUR DES DEMOISELLES SMART aux jeunes lavandières.
A la bonne heure nécessaire, Pour avoir pris notre défense Contre ces personnes sans branche, Ces personnes de basse source, Vous laverez en récompense Deux chemises supplémentaires Que nous souillerons dans ce but.
Comme une seule, toutes les lavandières se jettent à plaît-il maîtresse aux pieds des généreuses demoiselles smart.
Elles font le chien couchant. Fanatiquement elles baisent les semelles de leurs maîtresses.
LE CHŒUR DES LAVANDIÈRES
Dieu vous bénisse, généreuses demoiselles, A jamais pour vous notre zèle.
LE FACTOTUM
Ainsi soit-il ; à votre guise Rien n’est au reste plus grisant Que le spectacle d’une esclave agonisant Sous le talon d’une marquise…
LE CHŒUR DES JEUNES AMOUREUX
………… DES VOLATILES
………… DES MÈTRES CUBES D’AIR
………… DES GOUTTES D’EAU
………… DES CRASSEUX OPINIÂTRES
De-Ca-ra-bas. De-Ca-ra-bas. De-Ca-ra-bas.
Entre une troupe de lévriers de bourreau armés jusqu’aux dents.
Ils sont guidés par les valets de pied des généreuses demoiselles smart.
LE VIEUX PROPHÈTE DE CORMEILLES aux valets de pied.
Sycophantes à vos moments ?
LE CHARMANT DISCIPLE D’APELLE Quand les pots de chambre sont vides.
HUON-DE-LA-SAÔNE Et que les bottes sont cirées.
ROBIN-PÉCHE-EN-EAU-DE-BOUDIN Et les écuries nettoyées.
LES LÉVRIERS DE BOURREAU
aux jeunes amoureux.
Circulez, circulez, circulez, circulez.
Ils brandissent leurs matraques. Les jeunes amoureux s’échauffent.
LE FACTOTUM
On leur lance des épluchures à la tête ?
Les jeunes amoureux opinent du bonnet. Ils se munissent de cailloux et marchent vers les lévriers de bourreau.
Les nymphes s’interposent et pacifient les jeunes amoureux d’un geste.
Ils font alors des ricochets avec leurs projectiles.
LE CHŒUR DES JEUNES AMOUREUX
Les nymphes ont raison Les nymphes ont raison. On ne s’amuse pas à mettre Flamberge au vent devant des sbires Quand on a les grandes eaux de Versailles Dans la tête.
Entre le nain Onguent-Miton-Mitaine. Il va et vient en chantonnant d’un groupe à l’autre.
Parmi les lavandières, Brassens
Lavenderas de La Varenne, Martin Rico y Ortega Source
Je dédie cet article à un ami musicien confiné seul dans sa Bourgogne natale, et qui me soutient chaque jour par des échanges amicaux souvent orientés vers les plaisirs procurés par les sons, qui volent vers les pauvres humain-e-s emprisonné-e-s… C’est lui qui en as choisi le thème, à partir de l’oeuvre musicale de Debussy, Prélude à l’après-midi d’un Faune.
« J’adore cette pièce, pleine de poésie brumeuse, de nonchalance contemplative, et d’une douce et tiède sensualité évanescente (naissante?)…
Pour ma part, je vais commencer par le texte, que, je pense, peu de monde connaît dans son entièreté. Il faut dire qu’il est long, cet « églogue », que j’ai copié sur une édition de 1876, numérisée sur le site de la BNF, qui en propose d’autres éditions auxquelles vous pourrez accéder.
Vous pouvez, à votre guise, écouter d’abord la musique, puis lire le poème, ou bien faire l’inverse, ou mener de front les deux… Enfin, pour ce faire, vous êtes totalement libres!!!
Je dois dire que j’ai beaucoup apprécié les illustrations de ce livre, et vais donc vous en proposer quelques-unes, en espérant que leur reproduction est libre de droit, ce dont je ne suis hélas pas certaine. Mais en ces temps difficiles, je pense que des dérogations sont possibles? Quoique…
Cette oeuvre, Mallarmé la dédie à des amis, de manière très explicite.
Les quatre écrivains étaient de la même génération. Stéphane Mallarmé, né en 1842, était le plus jeune de la bande…
Catulle Mendès, écrivain, librettiste (1841-1909)
Partition originale
Pour en revenir à l’oeuvre de Debussy, voici la version préférée de mon ami. Le Royal Concertgebouw Orchestra y est dirigé par Bernard Haitink. Je vous livre son commentaire.
« Elle est lumineuse et voilée à la fois…. Voilée de mystère. » (J.L.)
Thomas Turner a effectué un diaporama sur la musique de Debussy, interprétée par L’Orchestre symphonique de Montréal, Charles Édouard Dutoit, avec de très beaux tableaux, en grande partie impressionnistes. Je vous conseille d’aller visiter sa page Youtube, il y a beaucoup d’autres propositions sympathiques…
Un parallèle est effectué entre les deux oeuvres, musicale et poétique, dans cet article publié dans la Revue Italienne d’Etudes Françaises.
J’ai recherché des lectures du poème. Il y a celle de Pierre-Jean Jouve, mais je la trouve bien trop « déclamée »… sans doute est-ce dû à la période où elle a été enregistrée… Je préfère largement la version de Gérard Ansaloni, mais attention, il ne reprends que quelques extraits dans Les Faunes.
Cela me donne l’occasion d’un clin d’oeil à un autre de mes amis, musicien lui aussi, poète et amateur de faunes. Il reconnaîtra celui-ci, que je ne puis malheureusement plus aller saluer en ce moment.
Voilà qui constitue une heureuse transition vers un autre art, la danse. Bien sûr, impossible d’évoquer Debussy sans en venir à Nijinski, n’est-ce pas?
Voici une version filmée en 1912, superbe. Une belle analyse en est proposée sur ce site. On trouve aussi encore à acheter des livres sur le danseur et chorégraphe, en lien avec le ballet.
1991
Depuis, la chorégraphie a été reprise à maintes reprises, avec plus ou moins de bonheur à mon goût. Un superbe décor pour cette interprétation que je ne parviens pas à dater, mais je ne suis pas séduite. Nureyev en faune / fauve dans cette version, toujours non datée.
Au cinéma, George de la Pena jouant Nijinsky dans le ballet (film éponyme, 1980)…
Je ne puis bien évidemment pas oublier le remake célèbre et fort controversé de la chorégraphie de Nijinsky dans le clip officiel de I want to break free, de Queen (2’12 à 3’10 environ) – ce qui rappelle le spectacle vu cet hiver, dont je vous ai déjà parlé…
Freddie Mercury
PS. Au moment de « boucler » cet article, je découvre un article de France Culture fort intéressant, intitulé « Le faune de Mallarmé, Debussy et Nijinski ou le Scandale des gestes nouveaux« , à lire, écouter, partager…
Et, pour forclore, un émouvant court-métrage au début très « en écho », « Henri Storck, l’après-midi d’un faune » by Colinet André, avec de beaux airs de harpe celtique. Mais pour ouvrir sur l’avenir, une performance alliant vidéo et concert, en 2011, et Muses à découvrir…
C’était hier l’anniversaire d’un des lecteurs fidèles de ce blog. Pas uniquement lecteur, car il l’enrichit régulièrement de ses commentaires. Parmi ces derniers, vous avez sans doute vu celui qui évoque un beau texte italien, « Tornerai ». Alors, en forme de cadeau d’anniversaire, j’ai décidé ce matin de consacrer mon article quotidien dans cette rubrique spécialement créée pour la période de confinement à ce texte… Bien qu’il ne s’agisse pas à proprement parler de poésie, mais du texte d’une chanson que vous n’êtes pas sans connaître, même si la traduction du titre italien ne correspond nullement au titre en français. J’ai en effet été totalement déroutée, lorsque j’ai lu le commentaire puis que j’ai cherché les paroles en italien, de découvrir que l’on était passé, par je ne sais quelle pirouette ni surtout pourquoi, de « tu reviendras » à « j’attendrai ». Pourquoi ce glissement de point de vue ? Ce passage du sujet agissant au sujet passif ? Sur fond de question de genre, soit dit en passant… Mais revenons au texte dans sa langue d’origine. Il ne date pas d’hier! 1933… il sera bientôt nonagénaire!
Et c’est alors que commença une véritable enquête… Les paroles trouvées sur le net variaient d’un site à l’autre. Pourtant, les références musicales aboutissaient à la même mélodie. Et, à l’heure où j’écris ces lignes que je voudrais publier avant que la nuit ne s’achève, je viens juste de trouver la solution. Mais gardons le suspens.
Je ne suis pas parvenue à trouver le texte original, en italien.
Voici le premier texte en français, un très beau poème. C’est celui auquel le commentaire sus-cité faisait allusion.
Strophe 1
Les fleurs palissent, Le feu s’éteint, L’ombre se glisse Dans le jardin. L’horloge tisse Des sons très las, Je crois entendre ton pas. Le vent m’apporte Des bruits lointains. Guettant ma porte, J’écoute en vain. Hélas plus rien, Plus rien ne vient.
Refrain
J’attendrai le jour et la nuit, J’attendrai toujours Ton retour. J’attendrai, car l’oiseau qui s’en fuit Vient chercher l’oubli Dans son nid. Le temps passe et court En battant tristement Dans mon coeur plus lourd: Et pourtant j’attendrai ton retour.
Strophe 2
Reviens bien vite, Les jours sont froids, Et sans limite Les nuits sans toi. Quand on se quitte On oublie tout, Mais revenir est si doux. Si ma tristesse Peut t’émouvoir Avec tendresse Reviens un soir. Et dans tes bras Tout renaîtra.
Au passage, un petit détour car je n’ai pu m’empêcher, vous vous en doutez, d’aller voir qui était ce « Louis Poterat ».
« Après des études de droit, Louis Poterat débute dans le journalisme, puis se lance dans le commerce. Il écrit d’abord pour des revues locales, et s’intéresse à la chanson. Il adapte des œuvres étrangères, et entre à la firme de cinéma Pathé-Marconi pour écrire en série des chansons de films. Ses premiers grands succès datent de la fin des années 1930, et sont des adaptations de chansons étrangères (J’attendrai, sur une musique du compositeur italien Dino Olivieri, en 1938, chantée par Rina Ketty ; Sur les quais du vieux Paris, dont la musique est due à un Allemand, Ralph Erwin, premier succès de Lucienne Delyle, en 1939). En 1943 il écrit la Valse des regrets sur la musique de la célèbre valse en la bémol, opus 39, no 15, de Johannes Brahms, qui deviendra un des grands succès de Georges Guétary. »
J’ai laissé tel quel le texte de Wikipédia, car il vous permet aussi de naviguer sur la Toile…
Carl Vilhelm Holsoe (1863-1935)
Une fois n’est pas coutume, nous allons donc effectuer une démarche historique, pour mieux cerner les avatars de ce texte. Vous me suivez ?
1937, première version trouvée en ligne, celle de Carlo Buti (1902-1953).
La version originale en français est chantée par Rina Ketty. Le disque proposé date de 1938, soit un an après. Or les paroles n’ont rien à voir, à l’exception du refrain. Une hypothèse surgit : les paroles de Louis Potérat ne seraient pas une traduction, mais une adaptation, très libre, une création en quelque sorte, pour ce qui concerne les deux strophes présentées plus haut…
Tino Rossi (1907-1983) reprend la chanson l’année suivante, en 1939. Jean Sablon (1906-1994) enchaîne, la même année. Je n’ai pas trouvé une autre version qui serait de Jacques Larue; si vous l’avez, merci de m’en donner le lien.
Voici alors les paroles. Je vous laisse jouer au « jeu des différences » avec celles de la première version…
J’attendrai Le jour et la nuit, J’attendrai toujours Ton retour J’attendrai Car l’oiseau qui s’enfuit vient chercher l’oubli Dans son nid Le temps passe et court En battant tristement Dans mon cur si lourd Et pourtant, J’attendrai Ton retour
J’attendrai Le jour et la nuit, J’attendrai toujours Ton retour J’attendrai Car l’oiseau qui s’enfuit vient chercher l’oubli Dans son nid Le temps passe et court En battant tristement Dans mon coeur si lourd Et pourtant, J’attendrai Ton retour
Le vent m’apporte Des bruits lointains Devant ma porte J’écoute en vain Hélas, plus rien Plus rien ne vient J’attendrai Le jour et la nuit, J’attendrai toujours Ton retour
J’attendrai Car l’oiseau qui s’enfuit vient chercher l’oubli Dans son nid Le temps passe et court En battant tristement Dans mon cur si lourd Et pourtant, J’attendrai Ton retour Et pourtant, J’attendrai Ton retour
Je n’ai pas réussi à dater l’enregistrement effectué par Gino Bechi (1913-1993), présenté sur ce disque.
En 1956, c’est au tour de Luciano Virgili (1922-1986) de l’interpréter, accompagné de l’orchestre dirigé par Dino Olivieri, le compositeur de la musique.
Une vingtaine d’années plus tard, c’est une femme, Raffaella Carra (1943-), qui « modernise » l’air, comme dans cette vidéo de 1976.
Fritz von Uhde (1890)
En France, Dalida reprend la chanson ( apparemment la même année, mais ce serait à vérifier) et qui l’interprétera aussi en italien. Les paroles sont alors celles-ci… Nouveau jeu des différences…
J’attendrai le jour et la nuit J’attendrai toujours ton retour J’attendrai car l’oiseau qui s’enfuit vient chercher l’oubli dans son nid Le temps passe et court en battant tristement dans mon coeur si lourd Et pourtant j’attendrai ton retour J’attendrai le jour et la nuit J’attendrai toujours ton retour J’attendrai car l’oiseau qui s’enfuit vient chercher l’oubli dans son nid Le temps passe et court en battant tristement dans mon coeur si lourd Et pourtant j’attendrai ton retour Le vent m’apporte de bruits lointains Guettant ma porte j’écoute en vain
Hélas, plus rien plus rien ne vient J’attendrai le jour et la nuit J’attendrai toujours ton retour J’attendrai car l’oiseau qui s’enfuit vient chercher l’oubli dans son nid Le temps passe et court en battant tristement dans mon coeur si lourd Et pourtant j’attendrai ton retour Et pourtant j’attendrai ton retour Le temps passe et court en battant tristement dans mon coeur si lourd Et pourtant j’attendrai ton retour
Vous pouvez en trouver une traduction en italien, mais aussi russe et turc, si cela vous intéresse, sur ce site.
Caspar David Friedrich (1822)
Ce sont donc des générations diverses qui se sont emparées de cette chanson, lui donnant un sens différent selon l’interprète, son sexe d’état-civil, la langue et les paroles, qui ont, nous l’avons vu, beaucoup varié. On pourrait citer entre autres Jane Morgan (1924-), qui la chante en français et en anglais dans cet enregistrement, ou encore Lucienne Delyle, dont la voix rappelle celle d’Edith Piaf. Certaines versions plus récentes comme celle de Jill Barber reprennent les anciennes paroles. Pour ma part, j’ai beaucoup apprécié la réadaptation, modernisation, création – je ne sais quel terme choisir – des Petites Canailles, qui réussissent à merveille à allier les 1ères et 2èmes personnes du singulier, pour faire des deux personnages deux réels acteurs…
En ce lendemain de la Pessah, je ne puis ne pas mentionner la version emblématique en allemand, Komm zurück. Enfin, n’oublions pas les interprétations purement musicales, comme celle de Django Reinhardt…
La chanson a été exploitée dans différentes productions audiovisuelles. Lesley Anne Down la chante pour Anthony Hopkins dans the Arch of Triumph (1984).
Une petite fille courant dans le jardin, ramassant des branchages, s’élançant sur le champ…
Un groupe de jeunes femmes, sur des écrans, échangeant, travaillant, réfléchissant, discutant, se soutenant…
Un jeune chef d’orchestre privé de musiciens, de spectateurs, de concerts, avec ses petits jouant…
Un peintre isolé, penché sur l’oeuvre en cours, créant, créant, créant…
Un couple et son enfant, apportant oeufs, brioche, sourires, et l’apéritif partageant…
Un ami comprenant le désespoir profond, sans retard appelant…
Ce que j’ai vécu hier, et qui permet, jour après jour, de « tenir » dans ce confinement.
Alors, en cette pré-aube où brille un beau croissant montant, un poème d’une écrivaine qui a vécu d’autres confinements, bien plus dramatiques, car juive née en 1927, dont la famille avait décidé de résider en France, et qui a été sauvée par des familles belges : Esther Granek.