Lilas au soleil, Monet (1872)… Il existe aussi un Lilas par temps gris…
Une petite fille est venue, le jour de mon anniversaire, m’apporter des branches de lilas. Elle avait appris que j’adorais le parfum du lilas, et la voici, devant ma porte, les bras chargés de fleurs odoriférantes. Mauves, violettes et blanches. Chaque matin je les hume avec bonheur. La blanche est discrète. La violette est sèche. C’est la mauve qui exhale selon moi l’arôme le plus délicat… et je regrette qu’on ne puisse avoir un Internet diffuseur d’huiles essentielles…
The Bunch of Lilacs, James Tissot (1875)
Mais les jours passent, et je vois chaque jour dépérir « mon » lilas. D’où l’idée de rechercher quel poète avait écrit sur ces fleurs. Mallarmé, bien sûr, « mordant la terre chaude où poussent les lilas » (Renouveau), Mallarmé que je retrouve à chaque détour de ma vie. Mais un peu triste pour vous l’offrir… Charles Cros, plus joyeux, trop peut-être en ces temps moroses. Et puis, le lilas est noyé parmi les autres fleurs, dans Le Printemps : muguet, cytise et réséda surtout lui font concurrence. Rosemonde Gérard ensuite, pour qui avril a des « cheveux de lilas » (Calendrier), lilas sur lequel « mars jette des grelons » (La Ronde des mois). Alors j’ai pensé à ce bref poème mis en musique par Gabriel Fauré en 1874..
Ici-bas
Ici-bas tous les lilas meurent, Tous les chants des oiseaux sont courts ; Je rêve aux étés qui demeurent Toujours…
Ici-bas les lèvres effleurent Sans rien laisser de leur velours ; Je rêve aux baisers qui demeurent Toujours…
Ici-bas tous les hommes pleurent Leurs amitiés ou leurs amours ; Je rêve aux couples qui demeurent Toujours…
Sully Prudhomme, Stances et Poèmes (1865)
C’est incroyable le nombre d’interprétations, instrumentales ou vocales, de cette oeuvre à deux talents, deux mains… Accompagnement piano, La Tonya Rosetta Ring; Lerna Baloglu, J’aime plus particulièrement en soprano Ileana Cotrubas (1978) et en mezzo-soprano Courtney Jameson. Les interprétations par des hommes sont plus rares… Intéressante, celle du baryton Gérard Souzay; celle de Giuseppe di Stefano est trop suave à mon goût… Je vous laisse continuer à chercher, si vous avez envie d’autres versions, elles ne manquent pas. En totalement différent, la Compagnie des Indes.
Saviez-vous que « Lilas blancs », de son titre original » Wenn der weiße Flieder wieder blüht « , « Quand le lilas blanc refleurira » – notez le passage du singulier en allemand au pluriel en français -, sorti en 1953 (Hans Deppe), fut le premier film de Romy Schneider, dans lequel elle interprète le rôle de la fille d’une mère jouée par… sa propre mère?
Plus d’un demi-siècle plus tard, c’est un cinéaste russe qui intitulera son film Ветка сирени, » Lilas ». Celui-ci, sorti en 2007, porte sur la vie de Rachmaninov.
Par contre, si vous pensez à » Porte des Lilas », qu’il s’agisse du lieu, de la chanson ou du film, ne me demandez pas pourquoi elle s’appelle ainsi, je ne suis pas parvenue à en trouver une explication acceptable…
Un petit mot encore, et pas en musique celui-là, pour citer cette belle métaphore de Christian Bobin, qui a résonné en moi, en pensant à certain-e-s de mes ami-e-s.
» Certains êtres sont comme le lilas qui sature de son parfum, jour et nuit, l’air dans lequel il trempe, condamnant ceux qui entrent dans son cercle embaumé à éprouver aussitôt une ivresse intime qui fait s’entrechoquer, comme des verres de cristal de Bohême, les atomes de leurs âmes. »
Et un tout dernier pour évoquer un souvenir d’enfance. Lorsque j’étais petite, ma meilleure amie s’appelait Lilas. Elle venait d’arriver en France avec ses parents algériens. C’était l’époque de l’emploi massif dans les usines sidérurgiques du Nord… Ce n’est que beaucoup plus tard, devenue adulte – et l’ayant perdu de vue – que j’ai compris que son prénom devait être, en réalité… Leïla… Mais Leïla, « la Nuit » dans toute sa splendeur et sa profondeur, c’est une autre histoire…
Je te salue, ô Terre, ô Terre porte-grains, Porte-or, porte-santé, porte-habits, porte-humains, Porte-fruits, porte-tours, alme, belle, immobile, Patiente, diverse, odorante, fertile, Vestue d’un manteau tout damassé de fleurs Passementé de flots, bigarré de couleurs. Je te salue, ô coeur, racine, baze ronde, Pied du grand animal qu’on appelle le Monde, Chaste espouse, du Ciel, asseuré fondement Des estages divers d’un si grand bastiment. Je te salue, ô soeur, mere, nourrice, hostesse Du Roy des animaux. Tout, ô grande princesse, Vit en faveur de toy. Tant de cieux tournoyans Portent pour t’esclairer leurs astres flamboyans ; Le feu pour t’eschauffer sur les flotantes nues Tient ses pures ardeurs en arcade estendues ; L’air pour te refreschir se plait d’estre secoux Or’ d’un aspre Borée, or’ d’un Zephyre doux ; L’eau, pour te destremper, de mers, fleuves, fonteines Entrelasse ton corps tout ainsi que de veines
Hé ! que je suis marri que les plus beaux esprits T’aient pour la plupart, ô Terre, en tel mépris : Et que les coeurs plus grands abandonnent superbes, Le rustique labeur et le souci des herbes Aux hommes plus brutaux, aux hommes de nul prix, Dont les corps sont de fer, et de plomb les esprits …
Guilhem Sallusti deu Bartàs (1544-1580)
Dans le jardin du bey, John Frederick Lewis
Que faire quand on ne sait plus de quoi sera fait l’avenir et qu’on ne peut plus faire tout ce que l’on aime? Nous assistons en ce moment, pour une partie de la population, à un vrai retour à la terre. Celles et ceux qui ont fui dans les campagnes se réfugient dans les plaisirs – corvées ou corvées – plaisirs de la culture. Retour aux sources ancestrales? Besoin de se sentir « vivant-e-s », en accord avec Gé, la Terre Mère? Activité démontrant l’utilité, sinon sociale, du moins personnelle? Défoulement individuel, à défaut de fêtes collectives? Toujours est-il que nous sommes, je pense, un certain nombre à bêcher, piocher, biner, sercler… tous mots plus ou moins oubliés, qui ressurgissent de nos passés de descendant-e-s d’agriculteurs, de fermiers, de propriétaires terriens, de cultivateurs en un mot. Nomade redevenue par force et contrainte policière sédentaire, je n’échappe pas à cette vogue…
Et le cadeau d’anniversaire offert par mes jeunes ami-e-s et voisin-e-s m’y a encore plus poussée : plants de framboisiers, de groseillers, et de fraisiers… Vous l’avez deviné, j’aime les fruits rouges! Sans compter un paquet joliment emballé du fumier de leurs équidés et un autre de paillage. Le moment de renouer avec l’enfance, quand j’aidais ma grand-mère dans son vaste jardin. Et de me dire « Mais comment faisait-elle pour entretenir tout cela et nous régaler ainsi de fraises de diverses espèces, depuis la petite fraise des bois jusqu’aux juteuses grosses fraises, de groseilles blanches, roses, rouges et à maquereaux? de liqueur de cassis, de cerises à l’eau de vie et de poires au chocolat? » Elle dont ce n’était ni le choix, ni la vie rêvée… Pas plus que la mienne, soit dit en passant…
L’offrande des fraises, Mathurin Méheut (1933) Source
Et de repenser à l’un des écrivains qui a nourri mon adolescence et que j’ai tenté de faire aimer à de plus jeunes, Voltaire… Ne sommes-nous pas toutes et tous un peu « Candide » en ce moment ? Et puis, « germinal », « floréal », « prairial », quels jolis noms pour désigner un temps qui est, serait ou pourrait être perdu… Germinal est fini, nous sommes entré en Floréal…
A ce propos, avez-vous lu l’étonnant rapport de Fabre d’Eglantine (un nom prédestiné!!!) ? Il est accessible en ligne, jetez-y un oeil…
Je vous invite donc, si vous participez au grand décompte national, d’utiliser ces noms de jours… plus beaux que les chiffres, non ? en attendant « Fritillaire »… Mais au fait, savez-vous ce qu’est une fritillaire?
J’ai reçu dernièrement un joli cadeau… Une chanson basque, que j’ai beaucoup aimée. D’où mon envie de vous la faire découvrir… Voici la vidéo reçue… La chanson est interprétée par John Kelly & Maite Itoiz. C’était en 2008, l’année de la disparition de celui qui l’a mise en musique et interprété le premier, en 1974, Mikel Laboa. Une autre version en est présentée, filmée en 2011, que je trouve moins authentique, plus « travaillée ». Mais il faut reconnaître qu’elle prend de l’ampleur avec le choeur… En 2018, la chanteuse la reprend seule, en s’accompagnant d’une harpe, avec le choeur Son Espases. Très émouvant… Et mon coeur balance entre cette dernière et la magnifique interprétation de Laura Latienda et Gaztelu Zahar (2016), avec une voix plus grave, un choeur d’hommes et un orchestre plus « populaire ». Une autre chanteuse s’en est emparée, Anne Etchegoyen. Très belle voix également…. Bref, je ne me suis pas lassée de l’écouter encore et encore…
Femme et oiseau dans la nuit, Miro (1942)
Mais je n’ai pu m’empêcher d’en rechercher les paroles… Les voici donc, en basque puis traduite en français.
Txoria txori
Hegoak ebaki banizkio nerea izango zen, ez zuen aldegingo. Hegoak ebaki banizkio nerea izango zen, ez zuen aldegingo.
Bainan, honela ez zen gehiago txoria izango Bainan, honela ez zen gehiago txoria izango eta nik… txoria nuen maite eta nik… txoria nuen maite.
Et, bien sûr, j’ai voulu en savoir plus, non seulement sur la chanson, mais sur ceux qui l’ont créée.
« En 1968, Mikel est allé dîner un soir avec sa femme dans un restaurant de Saint-Sébastien, ainsi qu’avec Joxean Artze. Le poème Txoria Txori de Joxean Artze (alors âgé d’environ 25 ans), a été écrit sur une serviette ce soir là ! C’était un acte de résistance contre l’interdiction faite par le régime franquiste d’utiliser la langue basque. Sa femme le lui a lu, et lui a dit que c’était un beau poème. Il l’a lu à son tour, et il lui a beaucoup plu aussi. Quand ils sont rentrés à la maison, il l’a mis en musique en très peu de temps. Mikel Laboa a présenté pour la première fois la chanson au théâtre Astoria de Saint-Sébastien. »
Voici ce qu’en dit son auteur dans un interview (source)
« J’avais 24-25 ans lorsque je l’ai écrit. Le thème de l’oiseau figure souvent dans nos vieux recueils de chants. Il m’avait semblé que l’on pouvait l’assimiler à l’image de la liberté. Ici apparaît le dilemme de la liberté de la personne proche que l’on souhaite posséder. Mais la liberté de ces personnes existe… il faut choisir . Ou vous attachez la personne et vous la possédez comme un oiseau en cage, ou vous aimez la personne telle qu’elle est, et alors, si elle souhaite partir, vous devez la laisser partir. C’est pour cela que je n’ai jamais possédé d’oiseau en cage. Je leur jette du pain par la fenêtre et s’ils viennent se nourrir, je les observe et je me contente de cette contemplation. Parce que c’est comme cela que je veux que les oiseaux soient… »
Un bel hommage a été rendu aux deux amis, décédés à dix ans d’intervalle, par Maialen Lujanbio.
Wikipédia recense 17 interprètes différents pour cette chanson, dont Joan Baez, qui l’a interprétée au Concert pour la Paix, aux arènes de Bilbao – certain-e-s se sont quelque peu amusé-e-s de sa prononciation! Totalement différente, la version d’Arraya : on passe du romantisme à la contestation forte… Un autre choeur d’hommes, Pyrénéens, Vaya con Dios, l’a reprise un peu dans le même sens. Car cette chanson a connu beaucoup d’avatars… Le mieux est de revenir à son co-créateur, Mikel Laboa. Une vidéo avec de belles images du pays et des sous-titres en espagnol, et une autre avec des photos de lui et des illustrations parlantes…
Mikel Laboa avait fondé le groupe culturel Ez Dok Amairu, dont la signification est « Il n’y a pas de treize » (pas de « malédiction ») – d’ailleurs, le chanteur avait l’habitude de numéroter ses albums, mais passe du 12 au 14…
Quelques membres de Ez Dok Amairu Il n’y a pas de treize…
C’est aujourd’hui l’anniversaire d’un de mes amis… Je me souviens du jour où il m’a parlé de ce qui a fait basculer sa vie, le suicide de son fils, jeune homme beau, brillant, intelligent, sensible. Un arbre a été planté près de sa tombe à Aix, un olivier… Zitouni… Arbre oh combien symbolique pour moi, qui avais aussi déposé un olivier sur la tombe de mon père.
Oliviers dans les Alpilles, Van Gogh (1889)
L’ami dont je vous parle est un Homme solidaire, un Ami sincère, un Etre rare qui vit et fait vivre par les liens qu’il crée, les combats qu’il mène et les chansons qu’il interprète au sein d’une chorale… C’est à lui que j’ai pensé en choisissant le poème de ce jour. Mais qui, je pense, s’adresse à chacun-e de nous.
Oliviers avec ciel jaune et soleil, Van Gogh (1889)
Encore frissonnant Sous la peau des ténèbres Tous les matins je dois Recomposer un homme Avec tout ce mélange De mes jours précédents Et le peu qui me reste De mes jours à venir. Me voici tout entier, Je vais vers la fenêtre. Lumière de ce jour, Je viens du fond des temps, Respecte avec douceur Mes minutes obscures, Épargne encore un peu Ce que j’ai de nocturne, D’étoilé en dedans Et de prêt à mourir Sous le soleil montant Qui ne sait que grandir.
Jules Supervielle, La Fable du Monde
L’Homme à la fenêtre, Henri de Braekeleer (1876)
En recherchant les tableaux de Van Gogh sur le net, j’ai assisté à une nouvelle co-incidence. Je l’ignorais, mais, en 2012, il y avait eu une double exposition Hiroshige, l’art du voyage – Van Gogh, rêves du Japon par la Pinacothèque. Hiroshige, ça vous rappelle quelque chose?
Il y a sept sources dans le terrain de la demeure où je suis « confinée ». Et, chaque jour, les voir jaillir, entendre sourdre l’eau claire entre bruyères et primevères me redonne confiance en la vie, me « re-source »… Je me sens nymphe, sylphide… je me vois sirène… Et je vais chaque jour dégager l’espace, nettoyer le lit, ouvrir les vannes pour que s’écoule l’eau, que coule le ruisseau, portant vers la rivière, puis le fleuve, puis la mer mes rêves d’évasion…
Les tourbillon de Naruto à Awa, Hirochige (1855)
Le Ruisseau
Du creux de la roche moussue La petite source jaillit. Du Grand-Salève elle est issue Et deux brins d’herbe font son lit.
Dans l’ombre on l’entend qui bégaie Comme un enfant sur les genoux, Bientôt plus forte elle s’égaie Et s’amuse avec ses cailloux.
Elle brode de cascatelles Les blocs à remuer trop lourds, Comme l’on coudrait des dentelles Sur une robe de velours.
Les filles de la flore alpestre, Prenant le frais près de ses eaux, Écoutent son joyeux orchestre Soutenant le chant des oiseaux.
De tous les coins de la montagne Elles s’y donnent rendez-vous, Chacune amène sa compagne Et les baisers y sont plus doux.
On n’a que quatre pas à faire Pour trouver au bord du ruisseau Le cyclamen que Sand préfère Et la pervenche de Rousseau.
Théophile Gautier, 1869
Cyclamen de Naples
« Un ruisseau coule dans la cannelure formée par la rencontre des deux pans. Au point où leur écartement cesse, il se précipite dans des profondeurs effrayantes, et forme, au lieu de sa chute, un petit bassin entouré de roseaux et couvert d’une fumée humide. Autour de ses rives et sur les bords du filet d’eau alimenté par le trop- plein du bassin, croissent des bananiers, des letchis et des orangers, dont le vert sombre et vigoureux tapisse l’intérieur de la gorge. C’est là que Ralph fuyait la chaleur et la société ; toutes ses promenades le ramenaient à ce but favori ; le bruit frais et monotone de la cascade endormait sa mélancolie.
Quand son cœur était agité de ces secrètes angoisses si longtemps couvées, si cruellement méconnues, c’est là qu’il dépensait, en larmes ignorées, en plaintes silencieuses, l’inutile énergie de son âme et l’activité concentrée de sa jeunesse.«
« .. Je donnerai de ces souvenirs un seul exemple qui pourra faire juger de leur force et de leur vérité. Le premier jour que nous allâmes coucher aux Charmettes, maman était en chaise à porteurs, et je la suivais à pied. Le chemin monte ; elle était assez pesante ; et, craignant de trop fatiguer ses porteurs, elle voulut descendre à peu près à moitié chemin pour faire le reste à pied. En marchant elle vit quelque chose de bleu dans la haie, et me dit : « Voilà de la pervenche encore en fleur. » Je n’avais jamais vu de la pervenche, je ne me baissai pas pour l’examiner, et j’ai la vue trop courte pour distinguer à terre les plantes de ma hauteur. Je jetai seulement en passant un coup d’oeil sur celle-là, et près de trente ans se sont passés sans que j’ai revu de la pervenche, ou que j’ai fait attention. En 1764, étant à Cressier avec mon ami M.du Peyrou, nous montions une petite montagne au sommet de laquelle il a un joli salon qu’il appelle avec raison Bellevue. Je commençais alors d’herboriser un peu. En montant et regardant parmi les buissons, je pousse un cri de joie : »Ah ! Voilà de la pervenche ! et c’en était en effet. »… »
Jean-Jacques Rousseau, Confessions, tome 1 (1836)
Moorgraben, Paula Mendelson-Becker (autour de 1900)
L’orage gronde, le ciel est sombre… Envie de mer, de soleil, de chaleur… Alors je pense à la Méditerranée, à son bleu si profond… à la Grèce que j’aime tant… et, mettant cela en lien avec la thématique que j’ai choisie cette semaine, tant elle m’a semblé symbolique, vivante, purifiante, source de plaisir et d’évasion, je ne puis m’empêcher de revoir Nausicâ aux bras blancs, au bord du fleuve, partie rencontrer l’amour sous prétexte de laver le linge de la maisonnée (un beau passage sexiste que celui où elle évoque sa mission de fille dans une famille pleine d’hommes!). Pour celles et ceux qui lisent la belle langue d’Homère, ou veulent apprendre à la lire, je donne le texte initial. Que les autres filent directement à la traduction, qui leur permettra éventuellement de revenir par la suite essayer de reconnaître certains mots dans le texte. A cet effet, je proposerai un petit jeu de décodage à la suite des textes… Et, comme souvent, un air pour vous accompagner durant votre lecture : Nausicaa, extrait de La Moldau, par le contre-ténor Luc Arbogast.
C’est dans son palais que s’arrête Athéna, la déesse aux yeux pers, méditant en son âme le retour du courageux Ulysse. D’abord elle pénètre dans la superbe chambre où repose une jeune vierge que sa taille élégante et ses formes divines égalent aux immortelles, Nausica, la fille du magnanime Alcinoüs ; deux suivantes, qui reçurent des Grâces la beauté en partage, dorment à l’entrée de cette chambre dont les magnifiques portes sont étroitement fermées. Comme un souffle léger, Athéna s’approche du lit de la jeune vierge, se penche vers sa tête et lui parle en se montrant semblable à la fille du célèbre nautonier Dymante, compagne du même âge qu’elle et la plus chère à son cœur. Athéna aux yeux pers, sous les traits de la fille du nautonier, lui dit :
25 « Nausica, ta mère, en te donnant le jour, te rendit bien négligente ; car tes beaux vêtements sont jetés ça et là sans aucun ordre. Cependant le jour de ton mariage approche, ce jour où lu dois revêtir de riches parures, et en offrir à ceux qui te conduiront vers ton époux. Les vêtements somptueux font acquérir parmi les hommes une renommée qui rend joyeux un père et une mère vénérables. Nausica, dès que brillera la déesse Aurore, allons ensemble plonger ces vêtements dans les ondes du fleuve ; moi, je t’accompagnerai pour t’aider, afin que tout soit prêt promptement ; car tu ne seras pas longtemps vierge. Déjà les plus illustres d’entre les Phéaciens te recherchent en mariage, parce que toi, tu es aussi d’une noble origine. Ainsi donc, dès le lever de la matinale Aurore, engage ton glorieux père à faire préparer les mulets et le char qui doivent transporter tes ceintures, tes manteaux et tes riches vêtements. Il sied certainement mieux à une fille de roi d’aller sur un char plutôt que de se rendre à pied vers ce fleuve, qui est très-éloigné de la ville. »
41 En achevant ces paroles, Athéna aux regards étincelants monte vers l’Olympe où, dit-on, est l’inébranlable demeure des dieux, séjour qui n’est pas agité par les vents, qui n’est point inondé par les pluies et où la neige ne tombe jamais ; mais où circule toujours un air pur, et où règne constamment une éblouissante clarté. Athéna, après avoir donné de sages conseils à la belle Nausica, se dirige vers les célestes demeures où les dieux fortunés se réjouissent sans cesse.
48 La déesse Aurore au trône éclatant parait aussitôt, et elle réveille Nausica aux riches parures. La jeune fille, toute surprise du songe qu’elle vient de faire, se hâte de traverser les appartements pour en prévenir sa mère et son père chéris, qu’elle trouve retirés dans l’intérieur du palais. — La reine, assise près du foyer, et entourée des femmes qui la servent, filait avec des laines teintes de pourpre. Alcinoüs était sur le seuil de la porte : il se rendait, appelé par les nobles Phéaciens, au conseil des illustres chefs de l’île de Schérie. — Nausica s’approche de son père et lui dit :
57 « Père chéri, ne me feras-tu point préparer un char élevé, un char aux belles roues, afin que je puisse plonger dans les eaux du fleuve mes riches vêtements tout couverts de poussière ? Lorsque tu délibères dans le conseil avec les premiers d’entre les Phéaciens, il faut que tu sois couvert de manteaux sans souillure. Eh bien ! mon père, tu as cinq fils dans ce palais : deux sont mariés, et les trois plus jeunes ne le sont pas encore ; ceux-ci veulent toujours, tu le sais, des tuniques d’une blancheur éclatante pour se rendre dans les chœurs et dans les danses, et le soin de préparer leurs tuniques repose sur ta fille chérie. »
Elle dit. Nausica, par prudence, n’osait parler à son père de son prochain mariage. Mais Alcinoüs pénétrant la pensée de sa fille lui répond par ces mots :
68 « Mon enfant, je ne te refuserai ni mes mules, ni rien de ce que tu me demandes. Va, mes serviteurs te prépareront un chariot élevé muni d’une corbeille habilement tressée. »
Aussitôt il donne des ordres à ses esclaves, et tous s’empressent d’obéir. Les uns font sortir de la cour le chariot aux belles roues ; les autres conduisent les mules hors du palais et les attellent au chariot. La jeune fille apporte ses riches vêtements et les dépose sur l’élégant chariot. Sa mère place dans une corbeille des viandes de toute espèce, des mets délicieux, et verse du vin dans une outre de peau de chèvre ; (la jeune fille monte sur le char)
et la reine lui donne une huile ondoyante contenue dans une fiole d’or pour qu’après le bain elle puisse se parfumer avec les femmes qui l’accompagnent. Nausica saisit alors le fouet et les rênes brillantes ; elle frappe les mules pour les exciter à courir, et l’on entend aussitôt le bruit de leurs pas. Les mules s’avancent rapidement en emportant les riches vêtements de la jeune princesse suivie des femmes qui la servent.
85 Bientôt elles arrivent vers le limpide courant du fleuve ; là, dans des bassins intarissables, coule avec abondance une eau pure qui enlève rapidement toutes les souillures. Les suivantes de Nausica détellent les mules et les dirigent vers les rivages du fleuve pour qu’elles broutent les doux pâturages ; puis les femmes sortent du char les somptueux vêtements de la jeune fille, les plongent dans l’onde, et les foulent dans les bassins en luttant de vitesse les unes avec les autres. Lorsqu’elles ont ôté toutes les souillures qui couvraient ces riches étoffes, elles étendent les vêtements sur la plage en un lieu où la mer avait blanchi les cailloux ; elles se baignent ensuite, se parfument d’une huile onctueuse et prennent leur repas sur les rives du fleuve en attendant que les rayons du soleil aient séché les superbes parures de la belle Nausica.
Si vous voulez jouer… je vous propose quelques mots, autour, bien sûr, de l’eau et de la lessive, vous vous en doutiez… A vous de « remonter » au texte grec pour les retrouver, sachant que les numéros des vers sont là pour vous aider aussi!
Vous pouvez aussi préférer une traduction juxtalinéaire comme celle-ci.
Mais avant, prenez l’alphabet grec et reconnaissez les noms propres…
Facile, non? Vous pourrez remarquer que des mots assez longs sont souvent placés auprès d’eux. C’est un trait de style caractéristique des poèmes homériques. Un exemple? γλαυκῶπις Ἀθήνη = Athéna aux yeux pers.
Une difficulté toutefois : comment reconnaître « Ulysse », alors que vous ne trouverez aucun mot grec qui lui ressemble? Eh bien, il est ici : Ὀδυσσῆι μεγαλήτορι… Oui, vous l’avez compris, « Ulysse », en grec, c’est « Odysseus », comme le titre de l’oeuvre… le i dit grec n’existant justement pas en grec est un upsilon… Nouveau jeu : qui a droit en grec au même adjectif qu’Ulysse, alors que, dans le texte en français, il est traduit différemment? Et, puisqu’on y est, quel point commun entre cet adjectif et la « mégalomanie » ou une « magalopole »?
Revenons à Nausicâ…. Quels sont les qualificatifs qui lui sont donnés? Trouvez les en français, mais surtout en grec… Car malheureusement la traduction en une expression parfois un peu lourde trahit la beauté des mots grecs. Prenons cet exemple : « Ναυσικάαν ἐύπεπλον »… au passge, notez le préfixe « eu », qui signifie « bien » cf « euphémisme », et la seconde partie du mot qui peut évoquer certains mauvais films mettant un scène une Antiquité de pacotille… On retrouve le préfixe « eu » dans l’épithète liée à l’Aurore « Ἠὼς… ἐύθρονος », littéralement « au beau trône ». Avouez qu’on a plutôt l’habitude de la voir sur un char, non?
Pour rire un peu, une interprétation plus que tardive de cet épithète… sur une plaque de cheminée!
Je vous laisse poursuivre ce petit jeu, et en arrive au second. Il consiste à retrouver quelques mots en lien avec notre thème, la lessive, de l’eau à l’air… sans passer par les cendres, ici…
On lave dans le fleuve.. Si vous pensez à un gros mammifère qui vit dans l’eau douce, vous n’aurez pas de mal à trouver le terme grec dans le texte. Quant à la mer, facile! Pensez à une émission de télévision, à un bateau célèbre ou à des cures bien agréables… Ce fleuve est « plus que beau », « περικαλλέ᾽ », où vous reconnaissez peut-être le « kalos » de l’autre jour… Il a une rive escarpée « ὄχθη », et se jette dans la mer sur une belle plage de sable, « une rive en pente douce, avec du sable « θίς »…
Un très beau passage sur l’eau, je ne sais si vous l’avez remarqué? Essayez de le lire à haute voix, pour en apprécier les sonorités…
Maintenant que vous connaissez le terme qui désigne le fleuve, vous pouvez trouver, juste à côté, celui qui a trait à son cours, au flux… et qui est présent dans des mots français sous la forme « rhée »… dont des liquides moins limpides! Le rho n’est pas suivi d’un « h » en grec, mais surmonté d’une sorte de croissant de lune tourné vers la droite (comme lun descendante)… C’est ce qu’on appelle un « esprit », qui transcrit une aspiration, que l’on retrouve dans la graphie actuelle sous forme de « h »… Du coup, allez-vous trouvez le mot qui désigne l’eau? Vous le repérez? Pensez à tous les mots composés avec lui, en français : mesure de l’humidité, avion capable de se poser sur l’eau, choc thermique dû à la différence de température entre l’eau et la peau, etc… Il y en a bon nombre! L’eau est vive… Nous avons déjà évoqué son flux, on peut y ajouter les tourbillons « δινήεις, εντος : tourbillonnant » qui ont creusé la roche « βόθρος, ου : trou naturel, bassin ».
On trouve même un lexique très spécifique, lié à la lessive – le fait de laver ce qui est sale « πλύνω : laver, et son composé conjugué : ἀποπλύνεσκε : « lavait d’habitude »; ῥύπα : ce qui est sale » – comme στεῖβον < στείβω : fouler aux pieds du linge pour le nettoyer. Les jeunes filles foulent le linge au pied, avant de l’étendre sur des pierres blanchies par les flots et chauffées par le soleil. Elles en profitent alors pour s’adonner au plaisir du bain, puis s’oignent d’huile… Je vous laisse imaginer… ou lire… la suite… Un indice dans ce tableau (pour une iconographie assez fournie sur le héros et les Phéaciens, voir ce site)…
La brume a envahi la campagne en cette aube d’avril, et le murmure de la Pâturette se transforme en plainte, faisant écho à mes tourments. C’est le moment d’évoquer un jeune poète libertaire, Gaston Couté. Pourquoi jeune?, me direz-vous peut-être. Parce qu’il est mort à 31 ans. Eh oui, il n’a même pas atteint l’âge d’un certain Alexandre ni d’un certain Jésus… Un écrivain qui n’a pas renié ses origines, car il a parfois écrit en beauceron, ni sa famille (son père était meunier), comme en atteste la pièce choisie aujourd’hui, dans la mini-série que je consacre cette semaine au linge, à son traitement et à celles (pas trouvé de « ceux »…) qui le traitaient jadis, voire naguère…
Femme lavant du linge, Edouard Paris
Je suis parti ce matin même, Encor saoul de la nuit, mais pris Comme d’écœurement suprême, Crachant mes adieux à Paris. …Et me voilà, ma bonne femme, Oui, foutu comme quatre sous. …Mon linge est sale, aussi mon âme… Me voilà chez nous !
Refrain
Ma pauvre mère est en lessive. Maman, Maman, Maman, ton mauvais gâs arrive Au bon moment !…
Voici ce linge où goutta maintes Et maintes fois un vin amer, Où des garces aux lèvres peintes Ont torché leurs bouches d’enfer… Et voici mon âme, plus grise Des mêmes souillures — hélas ! Que le plastron de ma chemise Gris, rose et lilas…
Au fond du cuvier, où l’on sème, Parmi l’eau, la cendre du four, Que tout mon linge de bohème Repose durant tout un jour… Et qu’enfin mon âme, pareille À ce déballage attristant, Parmi ton âme — ô bonne vieille ! — Repose un instant…
Tout comme le linge confie Sa honte à la douceur de l’eau, Quand je t’aurai conté ma vie Malheureuse d’affreux salaud,
Ainsi qu’on rince à la fontaine Le linge au sortir du cuvier, Mère, arrose mon âme en peine D’un peu de pitié !
Et, lorsque tu viendras étendre Le linge d’iris parfumé, Tout blanc parmi la blancheur tendre De la haie où fleurit le Mai, Je veux voir mon âme, encor pure En dépit de son long sommeil, Dans la douleur et dans l’ordure, Revivre au Soleil !…
Gaston Couté, La Chanson d’un gâs qu’a mal tourné, 1928
Paysanne étendant du linge, Berthe Morisot (1881)
Le recueil contenant ce poème a eu un succès certain, car il a donné lieu à un nombre d’éditions impressionnant, jusqu’à une époque récente. Il faut dire que son auteur est fascinant, et d’une « épaisseur » et « profondeur » frappantes. Pour découvrir son oeuvre, un site qui lui est consacré. On y trouve aussi un article intéressant sur la langue employée, et une discographie (non exhaustive, est-il précisé). Car ses poèmes ont été interprétés par de nombreux/ses artistes, depuis 1930. Pour ne prendre que celui qui fait l’objet de cet article, on en trouve des versions diverses sur le net. Je ne suis pas parvenue à trouver celle de Brassens, en 1953. Il se trouvait classé parmi « Les poètes maudits », titre de l’album.
Echec aussi pour un certain « Francis Cover », dans l’album Panaches de 1963, dix ans plus tard. Par contre, vous allez pouvoir l’écouter, interprété, la même année, par la belle voix grave de Monique Morelli (1923-1993).
Une interprétation beaucoup plus moderne, par le groupe Le Ptit Crème (le titre figure sur un album de 1976), sera l’occasion pour vous de découvrir une iconographie intéressante sur Gaston Couté. Totalement différente est celle, à peine plus ancienne, de Gaston Pierron. Pour ma part, j’aime aussi beaucoup celle de Loïc Lantoine avec sa belle voix grave un peu éraillée… Pas trouvé celle de Rémo Gary en 2000, mais celles de Gabriel Yacoub, dont YouTube offre diverses versions en live, selon les lieux et les époques. Je terminerai cette énumération qui peut vous paraître lassante par une voix de femme, de nombreuses années après Monique Morelli, dans le disque de La Bergère (2002). Cependant, je ne voudrais pas laisser de côté ceux qui ont joué autant, sinon plus, que chanté les poèmes de Couté. Bernard Meulien a interprété le poème, mais là aussi j’ai fait chou blanc sur le net et ne puis vous proposer de l’entendre que dans une autre oeuvre, Sacré petit vin nouviau. La liste des interprètes est remarquablement longue… Et si vous voulez en savoir davantage, n’hésitez pas à aller voir le site que Bruno Daraquy a monté autour de » Gaston Couté, l’insurrection poétique « .
Mais revenons à la lessive, de l’eau à l’air (en passant par la cendre… belle symbolique de la vie humaine!)… Plus je recherche sur le net, plus je suis étonnée du nombre incroyable d’oeuvres d’art qui ont eu pour sujet la lessive, dans toutes ses phases, depuis le transport du linge sale jusqu’au moment du repassage final (que je ne fais pas pas entrer dans cette catégorie). Et ce, dans des environnements très divers. Les cartes postales sur ce thème ne manquent pas non plus. Et que dire des affiches! Puisque le poète parle du parfum de l’iris, je vais terminer par une touche d’humour… noir pour rire jaune, avec celle-ci, qu’a peut-être utilisée sa mère, puisqu’elle date de la fin du 19ème siècle (1892).
Je ne peux pas évoquer les lavandières, laveuses et autres lingères sans parler de la bugadière, en nissart « bugadiera » évidemment!
A Nice, des bugadières privées d’eau
Si elles ont disparu, ce n’est pas uniquement dû aux inventions techniques. A l’heure actuelle, même s’il en existait encore, vous ne pourriez pas les voir à cet endroit…
Bugadières autour de 1900
Pourquoi? Tout simplement parce qu’on ne voit plus couler le Palhon, Païoun, Paillon dans Nissa la Bella… Il a été enfoui, caché, comme s’il était honteux, hideux… Lui, le ruisseau-fleuve descendu de l’arrière-pays pour rejoindre la Méditerranée en plein coeur de la ville… Lui, qui reliait les montagnards aux marins, du Mont Auri à ce qui allait devenir la Promenade des Anglais… Lui, si impétueux l’hiver mais si discret en étiage… Totalement couvert, recouvert, rendu invisible sous ce qui est devenu le haut-lieu des rencontres de toutes sortes : théâtrales, muséales, littéraires… et le site des congrés, des promenades, des jardins d’enfants aux monstres ligneux…
Tirage d’après les plaques de verre originales de Jean Giletta, propriété de la maison d’édition éponyme fondée en 1880 à Nice
La plus célèbre des bugadières
L’héroïne de la ville, Catarina Segurana, était selon la légende une « bugadiera ».
» Catarina Segurana es presentada souta lu trat d’una frema dóu poble, budagièra de coundicioun. L’istoria vóu qu’aurìa per cas, de l’assèdi de Nissa dóu 1543, amassat d’un còu de massòla, un pouòrta-ensigna turc li raubant, en meme temp, la bandièra desenemiga. «
Cette « massola », c’est un battoir à linge, qu’elle aurait tenu à la main en se précipitant, en tête de quelques soldats, au-devant des envahisseurs franco-ottomans, et avec lequel elle aurait frappé violemment un janissaire dont elle aurait volé l’étendard, avant de galvaniser la résistance au point de faire reculer l’ennemi.
La bugadiera et son battoir à linge (1923)
Faula o realità, Catarina, seras toujou lou sìmbolou dóu courage e l’image de la voulountà de vinche, quoura lu « tiéu » soun en lou dangié, lou poudé de magnetisà, d’afoucà lu tihoun en la mauparàda. Noun soun li coulou, noun soun li fourma que pouòdon definì la bèutà… La Beutà… es lou « plen d’estre ». Es per acò, Catarina, que lu Nissart an toujou, embarbat en lou couòr, lou pantai que li as laissat. Ahì ! lu Nissart, lu Seguran…
le symbole du courage et l’image de la volonté de vaincre, quand les « tiens » sont en danger, le pouvoir de magnétiser, d’enflammer les tisons dans les « mauvaises passes ». Ni les couleurs, ni les formes peuvent définir la beauté… La Beauté… c’est la « plénitude d’être ». C’est pour cela Catherine, que les Niçois ont toujours dans le coeur le rêve que tu leur a laissé. Oui ! les Niçois, les Seguran… Henri Land
Une chanson de 1913 met en scène la jeune femme, avec sa « massa », dans le premier couplet, et insiste sur le surnom des Niçois, issu de son nom.
Terra doun l’eroisme poussa, Brès de Massena e de Pepin, Tu qu’as vist fuge Barbaroussa Davan la massa de Catin, O Nissa, la tan bèn noumada, Filhola dei fier Phoucean, Escout’ ancuei dei tiéu enfan Toui lu laut e li allegri chamada.
Terre où l’héroïsme pousse, Berceau de Masséna (1) et de Pépin (2), Toi qui a vu fuir Barberousse(3) Devant la masse (4) de Catherine, Ô Nice, la si bien nommée (5), Filleule des fiers Phocéens, Écoute aujourd’hui de tes enfants Toutes les louanges et les allègres aubades.
Refren
Flou dòu païs ligour, Nissa, lou nouostr’ amour, Ti saludan E ti cantan : « Viva lu Seguran ! » (bis)
Fleur du pays ligure, Nice, notre amour, Nous te saluons Et te chantons : « Vive les Séguran ! » (bis)
Une autre chanson la met en scène avec son battoir
Catarina Segurana, erouina dei bastioun, Catarina Segurana, que desfendia maioun, Noun pougnèt emb’un’espada, Noun bussèt emb’un bastoun. Manejava una massola Per picà sus lu nemic ! Pica ! Pica ! Pica ! Pica ! Per picà sus lu nemic ! Li bandièra li escapon, Si vé pu que li esclapa, Es la vergougna dei nemic !
Catherine Ségurane, héroïne des bastions, Catherine Ségurane, qui défendait [les] maisons, N’empoignait pas une épée, Ne cognait pas avec un bâton. Elle maniait un battoir Pour frapper sur les ennemis ! Frappe ! Frappe ! Frappe ! Frappe ! Pour frapper sur les ennemis ! Les bannières leur échappent, On ne voit plus que les [membres] éclatés, C’est la honte des ennemis !
Je n’ai trouvé ni tableaux ni chansons mettant en scène les lavandières à Nice. Par contre, on obtient sur le net un grand nombre d’informations sur la bugada et ses praticiennes en Provence.
Bugadières en Provence
La bugadiera est d’ailleurs un des santons de certaines crèches provençales.
Bugadiera, santon La marque sur le battoir indique « M. Chave, Aubagne » Le petit-fils de Marius Chave est toujours santonnier à Aubagne
Mistral a apporté une explication au terme « bugado » ou « bugada », selon les parlers, la « grande lessive » en Provence.
« Le mot bugado vient de bou, bouc, trou, parce que la lessive est proprement l’eau qui passe par le trou du cuvier. »
C’est lui aussi qui évoque les dictions liés aux lavandières.
« « Tan plan l’ivèr coume l’estiéu, li bugadiero van au riéu. » (Lou Tresor dóu Felibrige), dont la traduction pourrait être : « Tant l’hiver que l’été, les bugadières vont au ruisseau » ; ou le plus ironique : « Li bugadieros dóu riéu/ Manjarien soun ome viéu. » (Lou Tresor dóu Felibrige) « Les bugadières du ruisseau/ Mangeraient leur mari (tout) vif ». »
J’ai trouvé ces informations, ainsi que celles qui suivent, sur un site qui est une mine en ce domaine : Occitanica
« D’autres, au contraire, relèvent les traits généralement associés à ces femmes, et aux discussions autour du lavoir, lieu où se transmettent les informations (et les rumeurs). Tel est ainsi le cas de : « front de bugadiero, effronterie de harengère ; que bugadiero ! Quel bavard ! » (cf. Frédéric Mistral, Lou Tresor dóu Felibrige, définition de Bugadiero). C’est d’ailleurs le nom de cette profession que le Niçard J. Bessi choisit en 1871 pour baptiser son nouveau journal (La Bugadiera, Nice, 1871-1880). On dit aussi : « Lengut coma una bugadièra » (avoir la langue bien pendue comme une bugadière).
Notons enfin quelques expressions et dictons relatifs à la pratique :
« Que fai bugado entre Caremo e Carementrant/ Li bugadiero moron dins l’an. » : Qui fait sa lessive entre Carême et Carême-prenant, la bugadière meurt dans l’année. (superstition particulièrement répandue semble-t-il et relevée par de nombreux collecteurs).
« Las sorbras dal flascon de las bugadièiras garisson las fèbras » : Les restes de la gourde des lessiveuses guérissent les fièvres. Ce dicton souligne la réputation de bonne santé de ces bugadièras, solides travailleuses dont les « cueissas frescas » (Cf. ouvrage Grabels) furent également vantées. »
Enfin, au risque d’être prise en flagrant délit de copier-coller, je reprends sur le même site un extrait d’un poème sur la bugada, avec les deux graphies.
La bugado/ La bugada
Se soun lebados pla mati/ Se son levadas plan matin
Las labairos, e, per parti,/ Las lavairas e, per partir,
Biste, sans se trop escouti,/ Viste, sans se tròp escotir,
Cadunp al galop s’es coufado ;/ Caduna al galòp s’es cofada;
D’un grand pas lou pitiou troupel/ D’un grand pas lo pichon tropèl
Camino cat al ribatel ;/ Camina cap al rivatèl;
Dins de descos, sul toumbarel/ Dins de descas, sul tombarèl
Lous beus ban traina la bugado./ Los buèus van trainar la bugada.
Froment, Paul, A trabès régos : rimos d’un pitiou paysan, Villeneuve-sur-Lot ; impr.B. Delbergé, 1895. Texte original et transcription en graphie standardisée.
Il existe beaucoup de textes sur « la bugada ». En voici un récent, qui explicite la tradition en langage poétique.
Autrefois, deux fois l’an, c’était « la bugado » : Quel tintouin, mes amis, et quel remue-ménage ! Dès l’aube du lundi tout d’abord le trempage Dans l’eau additionnée de soude en gros cristaux ;
Un rinçage abondant ; et puis on préparait Le cuvier tapissé d’un drap ou d’un tissu ; On y mettait le linge, un autre drap dessus Où l’on plaçait les vieilles cendres du foyer ;
Sur l’ensemble on versait alors de l’eau bouillante Qui coulait dans un seau placé sous un trépied ; Ca durait une nuit où tous se relayaient : De l’eau, encor de l’eau, dans des vapeurs ardentes…
On empilait le linge en tas sur la brouette Pour aller le rincer plus loin à la rivière Ou au lavoir, selon… Et là les lavandières Frottaient encore un coup torchons et serviettes,
Camisoles, jupons… Rinçages abondants, Encor un et puis deux… Ensuite l’essorage… L’étendage sur l’herbe … et la fin de l’ouvrage ! En est-il pour encor vanter « le bon vieux temps » ? »
De la laveuse aux lavandières, sans parler des lingères, nous voici arrivés au linge… qui était au départ de cette « série », car j’avais découvert un tableau qui m’avait intriguée.
Pourquoi, me direz-vous, ne pas avoir commencé dès lors par celui-ci? Tout simplement parce que je ne parvenais pas à en trouver l’auteur-e… Et je ne l’ai pas trouvé, malgré l’appel à l’aide lancé hier auprès d’un spécialiste – pour ne pas le citer, le créateur de UN jour UN tableau, qui finira, je pense, par trouver…
A ce propos, je ne sais pas si vous êtes allé-e-s voir sa page hier, mais les tableaux et textes choisis en réaction à mon article sont magnifiques et nous font voyager de la Provence (avé l’assent) à la Bretagne, « ma bro » d’adoption (de Pen Ar Bed à Mor Bihan), en passant par les bords de Seine. J’ai découvert Clotaire Breton, « Lavandières de Saint-Martin » (1979) – sur le blog indiqué, un long passage évoquant le passé, extrait de « La Lessive » in « La vie rurale dans le Mantois et le Vexin au XIXe siècle » (Bougeatre, 1971), qui m’a rappelé les récits d’une de mes grands-mères, lorsqu’elle m’expliquait à quel point les machines à laver avaient révolutionné littéralement la vie des femmes, ce que, petite fille, j’avais du mal à comprendre, et que je n’ai saisi qu’en observant la vie quotidienne dans l’Atlas, ou plus tard, en Guinée Forestière…
Voici le tableau en question. Qui se cache derrière le linge?
Titre et artistes inconnus… help!
Après l’oeuvre – un peu longue, non? – de Brassens hier, j’ai choisi un poème vietnamien, de Pham Ho, qui a été adapté en français par Pierre Gamarra (vous savez, celui qui a écrit il y a plus de dix ans un poème sur Le Microbe et le Savon – bon il a confondu microbe et virus, mais quand même! ) et publié dans Le Trésor de l’Homme. Une parenthèse à propos de ce livre méconnu : en le recherchant sur le net, j’ai découvert qu’il était en vente à la boutique de livres d’occasion d’Emmaüs. Je ne sais pas si vous connaissez « Le lien – Pages solidaires« ? Et je me permets une nouvelle parenthèse : le commentaire d’un de ses lecteurs, sur Babelio, qui peut vous donner une idée d’évasion littéraire…
» Publié en 1978, cet assemblage de contes, fables et poèmes n’a pas pris une ride. On sort de sa lecture apaisé et plein de bonnes ondes. La plupart de ces textes se transmettent oralement entre générations et font la part belle à la faune et flore, la poésie et une certaine vision harmonieuse de la vie. Rafraîchissant ! »
Antoine Trémolières (Editions La Farandole Paris Vie, 1978)
Un texte de Brassens, extrait de « Les amoureux qui écrivent dans l’eau » (1954), texte que je ne connaissais pas du tout, découvert par ce beau matin d’avril alors que je recherchais des poèmes traitant de « lessive », en écho à ce que j’ai publié à l’aube. Bourré de références qu’il vous faudra décrypter, à moins que vous ne préfériez vous laisser aller à l’humour léger pour commencer (ou poursuivre) votre journée…. A déguster avec gourmandise et plaisir…
Un minuscule lavoir rudimentaire qui tombe de vétusté. Entrent les jeunes lavandières.
Certaines portent le linge à laver sur leur tête, d’autres poussent une brouette.
Elles tournent en rond et chantent.
LE CHŒUR DES LAVANDIÈRES
Maudits les pourceaux qui font La lessive, la lessive. Maudits les pourceaux qui font La lessive du Gascon.
LAVANDIÈRE SOPRANE
La lessive, la lessive,
LE CHŒUR DES LAVANDIÈRES
La lessive du Gascon.
LAVANDIÈRE CONTRALTE
La lessive, la lessive,
LE CHŒUR DES LAVANDIÈRES
La lessive du Gascon.
LA NYMPHE DE LA MER BALTIQUE
Voici les jeunes lavandières,
Les manieuses de battoirs
Qui de la source à l’embouchure,
De l’étoile de l’aube à l’étoile du soir
Se chamaillent avec la crasse
D’autrui.
LE CHŒUR DES LAVANDIÈRES
Maudits les pourceaux qui font La lessive, la lessive Maudits les pourceaux qui font La lessive du Gascon.
Elles ont rangé les brouettes et s’arment de leurs battoirs pour se mettre à l’ouvrage.
Entrent en grand désordre les jeunes amoureux qui écrivent sur l’eau.
Les lavandières les entourent; elles dansent en rond autour d’eux. Elles brandissent leurs battoirs et font mine de les battre. Elles chantent.
LE CHŒUR DES LAVANDIÈRES
Voici les pourceaux qui font La lessive, la lessive Voici les pourceaux qui font La lessive du Gascon.
LA NYMPHE DE LA MER BALTIQUE
Il serait vain de tirer le rideau,
Ce n’est pas une pierre de scandale,
Les jeunes amoureux qui écrivent sur l’eau
Ont coutume de retourner leur linge sale.
VÉNUS HOTTENTOTE
Le donner à laver !
YAMUBA-PIED-MENU
Ils sont légers d’argent.
ÉGÉRIE TOMAHAWK
Et trop bien élevés
Pour confier aux gens
Leurs divers soins de propreté.
LA NYMPHE DE LA MER BALTIQUE
Quoique à leur sens les lavandières soient des garces
De fougueuses langues d’aspic.
Quant à s’en occuper eux-mêmes,
Croix de paille ; ils n’ont ni le temps
Ni le courage, ils sont des vic-
Times de la déesse Flemme…
Le sexe de la grâce au reste
Ajoute encore à ce rustique
Et de pied en cap son costume
Relève de la botanique.
S’avance vers les nymphes Aline. Une courte jupe en coquelicot moule ses formes volubiles.
ALINE
Une jupe en coquelicot
« Ami, aimons-nous au plus vite »
Une jupe en coquelicot
« Ami, aimons-nous au plus tôt ».
Mademoiselle Trois-Etoiles s’avance à son tour vers les nymphes. Elle est coiffée d’un béret de lierre.
MADEMOISELLE TROIS-ETOILES
Une coiffe en lierre pistache
« Ami je meurs ou je m’attache »
Une coiffe en lierre pistache
« Ami je m’attache ou je meurs ».
Entre Fanchon. Elle est vêtue d’un corsage en pervenche. Un sein déborde le corsage.
FANCHON
En pervenche le canezou « Ami c’est à vous que je rêve » En pervenche le canezou « Ami je ne rêve qu’à vous ».
LE CHŒUR DES LAVANDIÈRES
Maudits les pourceaux qui font La lessive, la lessive Maudits les pourceaux qui font La lessive du Gascon.
LE FACTOTUM DES JEUNES AMOUREUX De quoi vous mêlez-vous, gâteuses de rivière ?
LE CHŒUR DES LAVANDIÈRES
Nous nous mêlons de nos affaires… Que laveraient les lavandières Si chacun suivait votre exemple !
LE FACTOTUM
Baste, elles ne laveraient pas ;
Il y a dans le ciel d’autres choses à faire.
LE CHŒUR DES GOUTTES D’EAU
Elles nous laisseraient tranquilles.
Du pied du col de la Furka jusqu’en Camargue
Des Pyrénées espagnoles jusqu’à Royan
De Saint-Germain source Seine jusqu’à Honneur
Et du mont Gerbier-de-Jonc jusqu’à Saint-Nazaire,
Ainsi que de n’importe où jusqu’à n’importe où
Nous nous promènerions toujours fraîches et pures.
LE CHŒUR DES LAVANDIÈRES Mais alors que mangeraient-elles ?
LE FACTOTUM
Baste, elles ne mangeraient pas ;
Il y a sous le ciel d’autres choses à faire !
LE COQ BRAHMAPOUTRE suivi de la majeure partie des poules de l’endroit.
Nous pourrions conserver nos cuisses et nos ailes Et mourir de mon naturelle.
LE CHŒUR DES LAVANDIÈRES
Mais alors comment vivraient-elles ?
LE FACTOTUM
Baste, elles cesseraient de vivre
Il y a sous le ciel d’autres choses à faire…
LE CHŒUR DES MÈTRES CUBES D’AIR
Des poumons de moins à gaver !
LE CHŒUR DES LAVANDIERES
Que deviendraient alors les demoiselles smart Les généreuses demoiselles smart Qui changent souvent de chemise Et nous en confient la lessive !
LE CHARMANT DISCIPLE D’APELLE
Elles feraient ce que les autres font
La lessive tout court ou celle du Gascon.
HUON-DE-LA-SAÔNE
Et demain quand viendra l’usage De retourner son linge sale Pour paraître up to date on les érigerait En élégantes d’avant-garde…
LE CHŒUR DES CRASSEUX OPINIÂTRES Oh, l’agréable compagnie !
LE CHŒUR DES LAVANDIÈRES faisant mine de battre les jeunes amoureux.
Y songez-vous, tas d’enragés Les demoiselles smart contraintes De décrasser leur linge Ou de n’en pas changer.
LAVANDIÈRE SOPRANE Leurs purs appas couverts de malpropre linon ?
LAVANDIÈRE CONTRALTE
Leurs phalanges rongées par la potasse ?
LE CHŒUR DES LAVANDIÈRES
Ah non !
LE CHŒUR DES FRÈRES ET SŒURS CADETS DES JEUNES LAVANDIÈRES
Ah non, car de ce fait leurs mains seraient plus dures Et plus durs leurs va-te-laver sur nos figures…
LE VIEUX PROPHÈTE DE CORMEILLES
Elles inciteraient leurs pères cacochymes A fabriquer plus de laveuses mécaniques.
Surgissent quatre ou cinq carrosses dorés. Ce sont les demoiselles smart. Leurs valets de pied s’empressent d’ouvrir les portières.
Les demoiselles descendent de voilure. Elles sont accompagnées des meilleurs parfumeurs qui pour annihiler les effluves tenaces de la savonnette à vilain pulvérisent de l’opopanax dans leur sillage.
LE CHŒUR DES DEMOISELLES SMART aux jeunes lavandières.
A la bonne heure nécessaire, Pour avoir pris notre défense Contre ces personnes sans branche, Ces personnes de basse source, Vous laverez en récompense Deux chemises supplémentaires Que nous souillerons dans ce but.
Comme une seule, toutes les lavandières se jettent à plaît-il maîtresse aux pieds des généreuses demoiselles smart.
Elles font le chien couchant. Fanatiquement elles baisent les semelles de leurs maîtresses.
LE CHŒUR DES LAVANDIÈRES
Dieu vous bénisse, généreuses demoiselles, A jamais pour vous notre zèle.
LE FACTOTUM
Ainsi soit-il ; à votre guise Rien n’est au reste plus grisant Que le spectacle d’une esclave agonisant Sous le talon d’une marquise…
LE CHŒUR DES JEUNES AMOUREUX
………… DES VOLATILES
………… DES MÈTRES CUBES D’AIR
………… DES GOUTTES D’EAU
………… DES CRASSEUX OPINIÂTRES
De-Ca-ra-bas. De-Ca-ra-bas. De-Ca-ra-bas.
Entre une troupe de lévriers de bourreau armés jusqu’aux dents.
Ils sont guidés par les valets de pied des généreuses demoiselles smart.
LE VIEUX PROPHÈTE DE CORMEILLES aux valets de pied.
Sycophantes à vos moments ?
LE CHARMANT DISCIPLE D’APELLE Quand les pots de chambre sont vides.
HUON-DE-LA-SAÔNE Et que les bottes sont cirées.
ROBIN-PÉCHE-EN-EAU-DE-BOUDIN Et les écuries nettoyées.
LES LÉVRIERS DE BOURREAU
aux jeunes amoureux.
Circulez, circulez, circulez, circulez.
Ils brandissent leurs matraques. Les jeunes amoureux s’échauffent.
LE FACTOTUM
On leur lance des épluchures à la tête ?
Les jeunes amoureux opinent du bonnet. Ils se munissent de cailloux et marchent vers les lévriers de bourreau.
Les nymphes s’interposent et pacifient les jeunes amoureux d’un geste.
Ils font alors des ricochets avec leurs projectiles.
LE CHŒUR DES JEUNES AMOUREUX
Les nymphes ont raison Les nymphes ont raison. On ne s’amuse pas à mettre Flamberge au vent devant des sbires Quand on a les grandes eaux de Versailles Dans la tête.
Entre le nain Onguent-Miton-Mitaine. Il va et vient en chantonnant d’un groupe à l’autre.
Parmi les lavandières, Brassens
Lavenderas de La Varenne, Martin Rico y Ortega Source