J’ai retrouvé dans ma bibliothèque les livres que j’utilisais jadis pour préparer mes interventions. L’un d’entre eux est un de ces « guides » relatifs à une thématique donnée. Devinez laquelle? L’évasion. D’actualité, n’est-ce pas? Et j’ai cherché le texte qui me « parlait » le plus. Celui que j’ai retenu est d’un écrivain qui peut paraître un peu suranné, mais que j’ai beaucoup aimé autrefois, et qui me « parle » encore aujourd’hui, Joachim du Bellay. J’en profite pour évoquer le souvenir d’une personne avec qui j’ai eu beaucoup de plaisir et d’intérêt à travailler, qui portait ce prénom devenu rare de nos jours, mon « binôme » guinéen. Fin de la parenthèse.
Si notre vie est moins qu’une journée
En l’éternel, si l’an qui fait le tour
Chasse nos jours sans espoir de retour,
Si périssable est toute chose née,
Que songes-tu, mon âme emprisonnée ?
Pourquoi te plaît l’obscur de notre jour,
Si, pour voler en un plus clair séjour,
Tu as au dos l’aile bien empennée ?
Là est le bien que tout esprit désire,
Là le repos où tout le monde aspire,
Là est l’amour, là le plaisir encore.
Là, ô mon âme, au plus haut ciel guidée,
Tu y pourras reconnaître l’Idée
De la beauté, qu’en ce monde j’adore.
Du Bellay (1550)
L’amour et la quête de la Beauté seraient les clefs de la Liberté?
Beauté physique (kalos), beauté morale (agathos)…
C’est ce qui m’a fait revenir à mes premières amours sculpturales, les Kouroï. J’avais 20 ans. Je suis restée littéralement béate, en émoi, devant Cléobis et Biton, au Musée de Delphes, plus anciens d’une trentaine d’années de celui que j’ai choisi aujourd’hui pour illustrer cet article.
Comme je le fus, beaucoup plus tard, devant l’Odalisque d’Ingres…
Le silence nocturne est impressionnant, en cette nuit de pleine lune… Je me promène dans la nature, éclairée par l’astre insolite presque insolent. La nuit est longue, longue, et j’attends avec impatience le moment où Phoebus chassera Séléné… Les oiseaux sont là pour annoncer la bonne nouvelle. Un nouveau jour se lève. Se lève? Mais c’est le soleil qui se lève, pas le jour! Le choeur des corbeaux est interrompu de temps à autres par les solistes… Le rouge-gorge laisse la place à la mésange, elle-même supplantée par la bergeronnette… Le ciel s’éclaircit, l’horizon rougit, le firmament bleuit…
Nous n’allons pas quitter l’anglophonie aujourd’hui, mais passer du Massachussets au Yorkshire, avec une autre Emily…
Tell me, tell me, smiling child, What the past is like to thee? An Autumn evening, soft and mild, With a wind that sighs mournfully.
Tell me what is the present hour? A green and flowery spray, Where a young bird sits gathering its power To mount and fly away.
And what is the future, happy one? A sea beneath a cloudless sun; A mighty, glorious, dazzling sea, Stretching into infinity.
Emily Jane Brontë
Infinité, Philippe Colin
Je ne vais pas vous copier la traduction en français, mais vous suggérer, si vous la souhaitez (sachant tout le mal que je pense des « traductions » de poèmes…), d’aller sur you tube écouter le poème, vous aurez ainsi accès au sous-titrage… d’une pierre, deux coups…
Une version reliant les 2 poèmes
Certains anthologies présente une version différente de cette oeuvre, en y adjoignant les quatrains suivants, que je vous dévoile donc…
The inspiring music’s thrilling sound, The glory of the festal day, The glittering splendour rising round, Have passed like all earth’s joys away.
Forsaken by that lady fair, She glides unheeding through them all; Covering her brow to hide the tear That still, though checked, trembles to fall.
She hurries through the outer hall, And up the stairs through galleries dim, That murmur to the breezes’ call The night-wind’s lonely vesper hymn.
Vous l’avez deviné, je préfère, pour ma part, les séparer. Mais comme j’aime la plupart des oeuvres poétiques de celle qui a enchanté nos adolescences par son seul roman, que vous l’ayez lu ou dont vous avez peut-être vu une adaptation cinématographique, un poème de plus (ou la seconde partie d’un poème) ne nuit pas au moral…
La source de cette image est pleine de ressources… Allez voir!
Les vers d’Emily ont été lus, déclamés, mis en musique, à moultes reprises. Vous avez déjà entendu la version de Michel Lascault. On trouve en ligne plusieurs vidéos, notamment les enregistrements de Franckie Mac Eachen – ce qui m’a permis de découvrir Radio Theatre Group, soit dit en passant.
Des tonalités fort différentes sont apportées par les interprètes. J’aime particulièrement celle de la chanteuse folk Janet Jones, pour November 1837. Mais aussi la mezzo-soprano Ada Bonora, elle-même écrivaine. Ou encore le choeur Les Spirituelles. Les images peuvent aussi être très belles, comme sur la vidéo de la chanteuse de jazz Lea Castro. Des curiosités visionner, cette vidéo postée par une jeune inconnue qui se surnomme Plumpie Plumpa, la montrant en train de chanter, accompagnée de sa guitare, des poèmes d’Emily Brontë. Et cette autre, dans laquelle une personne illustre un poème. Pas terrible, non? Mais « moins pire » que cette animation! Par contre, j’ai apprécié cette galerie de photos sur les soeurs Brontë, ou encore cette visite de musée (et de cimetières…). Et si vous voulez avoir l’impression d’y être vraiment, un reportage étonnant…
Un petit clin d’oeil à travers le temps… En effectuant mes recherches, j’ai découvert une autre jeune femme qui dit « Tell me », et j’ai envie de vous faire découvrir une forme surprenante de multi-, pluri- et interculturalité, au travers de ce clip de Marwa Loud.
Pour celles et ceux qui suivent quotidiennement ce blog (eh oui, il y en a! merci!) Cette nuit j’ai rédigé un article… au moment de le compléter par les images, impossible d’intégrer celles-ci…
Et quand j’ai voulu enregistrer, puis publier, impossible…
Pas moyen non plus de copier le contenu!
Pendant deux heures j’ai essayé de dépanner, puis de contacter WordPress… En vain!
J’ai fini par éteindre mon ordi. Et viens de le rallumer en cette fin d’après-midi; tout refonctionne…. mais l’article a disparu. Alors, promis, si ça marche, vous en aurez deux demain!
Je connais peu la littérature anglophone, ayant été, comme beaucoup d’enfants de ma génération, orientée vers la langue allemande et le latin… Aussi est-ce avec plaisir que je la découvre peu à peu, au fil de mes lectures et du surf sur le net. C’est ainsi que j’ai pris plaisir à déguster l’oeuvre de cette Dame du Massachussets, si extra-ordinaire et passionnante.
Je lis et comprends (pas toujours) l’anglais, mais bien évidemment me sentais incapable de traduire ce poème. Un de mes amis anglophone a eu la gentillesse d’en rechercher des traductions « valables », et j’ai choisi celle-ci, de Guy Lafaille, même si elle ne me satisfait pas pleinement – mais, à vrai dire, je reste convaincue qu’on ne peut pas « traduire » un poème…
Pour vénérer les simples jours Qui mènent les saisons Il suffit de se souvenir Qu’à toi ou à moi Ils peuvent prendre la bagatelle Appelée mortalité !
Pour donner à l’existence un air majestueux Il suffit de se souvenir Que le Gland qui est là Est l’œuf des forêts Pour atteindre l’Air d’en haut !
L’ami dont je vous parlais a ajouté que cela lui rappelait une chanson de Simon and Garfunkel, interprétée par Joan Baez, Dangling Conversation.
« We are verses out of rhythm, Nous sommes des vers, sans rythme Couplets out of rhyme, Des couplets qui ne riment pas, In syncopated time Dans un temps syncopé And the dangled conversation Et la conversation languissante And the superficial sighs, Et les soupirs superficiels Are the borders of our alliance. Sont les frontières de notre alliance« Vous pouvez l’entendre ici.
Le Vieux Chêne, Harpignies
Nouvelle découverte que celle d’Henri-Joseph d’Harpignies, au travers de ce tableau dont certains – autre découverte que celle du blog intitulé Les Orogénèses érogènes d’Eugène, j’y reviendrai sans doute) affirment qu’il s’agit du chêne de Goethe à Weimar, ce qui serait un double clin d’oeil à mon histoire : le Nord (Henri-Joseph d’Harpignies est né à Valenciennes) et Weimar, une des villes de mon adolescence… Par la suite, Harpignies peignit à nouveau cet arbre, mais cette fois en le situant dans le sud.
Vieux Chênes à Menton, Harpignies
Enfin, un autre point de rencontre avec cet artiste : le violoncelle… Le peintre jouait de cet instrument, comme me l’apprit le site des « Amis d’Harpignies » auquel j’emprunte la photo suivante.
Vous pourriez me faire remarquer que je suis passée du coq à l’âne, d’une jeune poétesse affranchie à un vieux peintre bourgeois, juste à partir d’un fruit… C’est que le Chêne questionne l’Humain plus que jamais, n’est-ce pas, Monsieur de La Fontaine? Datant du Paléogène, cette espèce est victime depuis un siècle de maladies qui la déciment.
Une consolation : « Les trois espèces de chênes (pubescent, sessile, pédonculé) principalement trouvés en France, bien qu’apparemment assez proches, se comportent comme des espèces en voie de spéciation : leur hybridation par croisement artificiel donne de mauvais résultats (ex : moins de 1 % de fécondation réussie pour l’hybride Quercus robur × petraea et robur × pubescens) et les hybrides obtenus sont très fragiles 60,61. L’hybridation semble par ailleurs rare dans la nature en raison d’une phénologie différente (dates de floraison différentes) qui permet aux trois pools génétiques d’évoluer séparément, sans pollution génétique croisée (on parle de « séparation botanique »)62. »
Il y a donc de l’espoir… Humain-e-s nous sommes, humain-e-s nous resterons, avec tous nos défauts et toutes nos qualités!
En cherchant ce matin l’explication d’un nom de famille à consonance apparemment anglaise, alors qu’il s’agit d’une famille typiquement française, de la région Grand Est, j’ai découvert un mot. J’adore. J’adore apprendre un nouveau terme. Cela remonte à mon enfance! Dès que j’ai su lire, je me suis plongée dans tous les dictionnaires possibles. Ce furent d’abord bien sûr le Larousse Illustré, puis le Larousse en 20 volumes. Le Quillet… Je passai ensuite aux dictionnaires de langues, et découvris ainsi l’écriture gothique qui m’a séduite. J’étais alors en 6ème. J’avais 9 ans. Vinrent ensuite les délices des Gaffiot et Bailly…
Bref, j’ai découvert un nouveau mot : « hypocoristique ».
Et, en plus, une énigme. Je ne trouvais pas la « racine » de ce mot, ni en grec ni en latin, parmi mes maigres connaissances.
S’il y avait eu un h entre le c et le o, j’aurais imaginé une chanteuse aussi piètre que moi, incapable d’intégrer même un mauvais choeur… Mais il n’y en a pas…
Lors de mes recherches sur le net, j’ai découvert un site où une personne, sous forme de jeu, a fait la même démarche que moi… Je cite donc intégralement ce « jeu ».
«
JEU 48 : Hypocoristique
Hypocoristique : Adjectif du grec hypo, inférieur / en-dessous et du grec chorus signifiant chœur, chant (chorale). La lettre « h » de chorus a disparu pendant la révolution française car considéré comme une marque de noblesse…noblesse qui, rappelons-le, a été alors déchue de ses privilèges. Cet adjectif signifie donc logiquement « en manque de chant » Mon perroquet semble déprimé, je pense qu’il est hypocoristique !Je n’aime pas aller dans ce lieu hypocoristique : c’est angoissant et triste. Par extension il qualifie toutes choses provoquées par ce manque musical. Il a des boutons hypocoristiques qui apparaissent à force de s’enfermer dans le silence.
Attention, c’est une plaisanterie… Le h n’a pas disparu… Mais j’ai beaucoup apprécié ce blog, qui s’appelle Filigrane…
Je pouvais toujours chercher l’étymologie, je ne risquais pas de la trouver!
« Étymol. et Hist. 1893 (DG). Empr. au gr. υ ̔ π ο κ ο ρ ι σ τ ι κ ο ́ ς « caressant » et « propre à atténuer »; cf. l’angl. hypocoristic (1796 ds NED). » (CNRTL)
Mais alors, me direz-vous, quel rapport entre un nom de famille et ce terme?
Le plus simple est que je revienne à la source, le CNRTL.
« (Terme) qui exprime une intention caressante, affectueuse, notamment dans le langage des enfants ou ses imitations. Redoublement hypocoristique; usage, valeur hypocoristique d’un mot.Les procédés formels employés pour créer des termes hypocoristiques sont par exemple les suffixes dits « diminutifs » (fillette), le redoublement (chien-chien, fifille), l’abrègement des prénoms (Mado, Alec), ou le choix de termes conventionnellement hypocoristiques (fr. mon petit poulet, mon chou) (Mounin1974). »
Ainsi, les noms de famille tels que Colas, Collet ou Colson sont des hypocoristiques de Nicolas. Comme Clos, Closse, de Nicolaus…
Mais où est passé le « Ni »?
Nouvelle question, et un autre terme « savant »…
Eh oui, le fait de supprimer le début du mot se nomme une « aphérèse ». On enlève, on ôte, on supprime… « Toine » « Toinette », pour « Antoine » ou « Antoinette ». Et le célèbre anglais « I’m » pour « I am ».
« PHONÉT. ,,Suppression (gr. aph-airesis) d’un phonème ou groupe de phonèmes à l’initiale du mot, par exemple d’une voyelle après voyelle finale du mot précédent : angl. I am > I’m.« (Mar. Lex. 1951), ou de la syllabe initiale dans des noms propres de personnes (Colas < Nicolas, Chardin < Richardin) ou dans des jurons (tudieu < vertu Dieu). »
Attention! A ne pas confondre, bien sûr, avec l’apocope… Mais ça, vous vous en doutiez, n’est-ce pas?
« Coupure qui affecte la finale d’un mot, soit par chute phonétique d’un élément, soit par abrègement arbitraire.« (Mar. Lex. 1951) : 1. Negoti, pour Negotii, est une apocope. Les poëtes français usent quelquefois de l’apocope; ils écrivent, par exemple, Londre pour Londres, je voi pour je vois, encor pour encore, etc. On dit par apocope, Grand’messe, grand-mère, au lieu de Grande messe, grande-mère. Ac.1835. »
Notons que, si vous écoutez les enfants, vous pourrez noter qu’ils et elles sont spécialistes de l’aphérèse : « core » pour « encore », « garde », pour « regarde », « pitaine » pour « capitaine », etc.
Et, si vous ne le saviez pas encore, « chandail » provient de l’aphérèse de « marchand d’ail »… Eh oui!
« Abrév. pop. de (mar)chand d’ail, nom donné au tricot porté par les vendeurs de légumes aux Halles de Paris. Fréq. abs. littér. : 89. »
Nous voici parti-e-s bien loin! Mais ça distrait en ces temps sinistres… et la langue est notre héritage…
Notez qu’en breton on adore les suffixes hypocoristiques, « ou », « ig », « achou »… Si cela vous intéresse, je vous renvoie à un linguiste, spécialiste des hypocoristiques celtiques… ou à cet article publié dans Arbres, du CNRS.
Alors, si l’on vous nomme ou a nommé-e « Ma bichette », « mon p’tit loup », « fifille à son papa », « mon coeur », vous savez maintenant qu’on a fait des « hypocoristiques » sans forcément le savoir. Si on a déformé votre prénom comme « Nany » pour « Danièle », « Fifi », pour « Philippe », « Vavard », pour « Gérard », aussi… Et si en plus on en a supprimé la première syllabe, on a produit une aphérèse!
Si vous voulez aller plus loin et que vous avez du temps à perdre en ce dimanche d’avril confiné, vous pouvez vous initier à « la recette de l’énoncé hypocoristique à l’imparfait » (Bres, 2003), si si, je n’invente rien! Et là, vous allez vous amuser.
« Commençons par une impression : les énoncés que l’on peut qualifier d’hypocoristiques apparaissent comme échoïques, comme si le locuteur parlait à la place de son interlocuteur 3, plus précisément verbalisait un élément du comportement non verbal et/ou vocal de celui-ci. C’est particulièrement net pour (7) dans lequel les mots de l’enfant semblent être l’écho des manifestations de joie de la bête. Comme tels, les énoncés hypocoristiques me semblent relever de la classe englobante de l’énoncé dialogique (Bres et Verine 2002). »
Et voici, pour la bonne bouche, c’est le cas de le dire, la fin de cet article :
« Pareil à l’amateur de bonne chère qui, dégustant la recette perpignanaise du lièvre au chocolat, n’identifiera plus cet ingrédient, croira qu’au contact de la viande de lièvre il a perdu sa saveur cacaotée, et mettra la suavité et l’onctuosité du mets sur le compte de la viande elle-même, le linguiste court toujours le risque double d’effacer le sens ou l’instruction d’un morphème parce qu’il ne le/la reconnaît plus, et d’imputer abusivement, par déplacement métonymique, tel élément du sens produit résultatif à tel morphème, alors qu’il n’est pour rien, ou au mieux simplement partie prenante, dans sa production. Ainsi fait-on, me semble-t-il, lorsqu’on escamote les instructions temporelle et aspectuelle de l’imparfait, qu’on les troque contre la valeur hypocoristique. L’imparfait dans l’énoncé hypocoristique reste lui- même, et c’est fort de cette identité qu’il participe au renforcement de la production du sens hypocoristique. »
Une petite fille courant dans le jardin, ramassant des branchages, s’élançant sur le champ…
Un groupe de jeunes femmes, sur des écrans, échangeant, travaillant, réfléchissant, discutant, se soutenant…
Un jeune chef d’orchestre privé de musiciens, de spectateurs, de concerts, avec ses petits jouant…
Un peintre isolé, penché sur l’oeuvre en cours, créant, créant, créant…
Un couple et son enfant, apportant oeufs, brioche, sourires, et l’apéritif partageant…
Un ami comprenant le désespoir profond, sans retard appelant…
Ce que j’ai vécu hier, et qui permet, jour après jour, de « tenir » dans ce confinement.
Alors, en cette pré-aube où brille un beau croissant montant, un poème d’une écrivaine qui a vécu d’autres confinements, bien plus dramatiques, car juive née en 1927, dont la famille avait décidé de résider en France, et qui a été sauvée par des familles belges : Esther Granek.
J’écrivais l’autre jour à l’un de mes amis sur ce que je voyais dans la nature autour de moi, en ce moment… Il s’est gentiment (quoique…) moqué de moi, et m’a qualifiée de « poète ». Ces derniers jours, pourtant, j’ai l’impression que la Nature se rit des Hommes, qu’elle triomphe de leur « science », comme si elle était la seule à Savoir, Savoir-faire et Savoir-être, pour reprendre le trinôme usagé…
Alors, j’ai pensé à ce poème de Marie Krysinska. Oui, d’accord, encore une femme! Mais il faut le dire et le répéter, il y a eu autant d’auteures que d’auteurs, donc… CQFD.
« Mme Marie Krysinska, dans la littèrature, occupera une place toute particulière, car personne, à moins de la plagier, ne pourra l’imiter. »
– Fernand Hauser, Simple Revue, 1894
Elle me plaît bien, cette petite Polonaise adoptée par Paris – ou adoptant Paris? – qui devient la seule femme « membre actif » des cercles littéraires des Hydropathes, des Zutiques, des Hirsutes et des Jemenfoutistes qui se réunissent au cabaret du Chat Noir.
Elle accompagne au piano les chansons et les poèmes qu’on y déclame. Elle participe aux soirées de la Goguette du Chat Noir.
Malgré sa mort relativement précoce (50 ans), elle a laissé une littérature abondante et diverse, dont des critiques… et là, il faut bien avouer que la proportion de critiques « femmes » est moins importante, n’est-ce pas?
Ronde du printemps
À Charles de Sivry.
Dans le Parc, dans le Parc les glycines frissonnent, Etirant leurs frêles bras – Ainsi que de jeunes filles Qui se réveillent d’un court sommeil Après la nuit dansée au bal, Les boucles de leurs cheveux Tout en papillotes Pour de prochaines fêtes – Dans le Parc. Dans les Prés, dans les Prés les marguerites blanches S’endimanchent, et les coquelicots Se pavanent dans leurs jupes Savamment fripées, Mais les oiseaux, un peu outrés, Rient et se moquent des coquettes Dans les Prés. Dans les Bois, dans les Bois les ramures s’enlacent: Voûte de Cathédrale aux Silences Où le pas des Visions se fait pieux et furtif, Parmi les poses adorantes des Hêtres Et les blancs surplis des Bouleaux – Sous les vitraux d’émeraude qui font Cette lumière extatique – Dans les Bois. Dans l’Eau, dans l’Eau près de joncs somnolents Tremblent les étoiles plues du soleil Dans l’Eau, Et la Belle tout en pleurs Tombe parmi les joncs somnolents, Et la Belle Meurt parmi la torpeur lumineuse des flots: La Belle Espérance S’est noyée, et cela fait des ronds Dans l’Eau.
Par une belle journée de printemps, hier, je coupais, taillais, rognais à loisir la glycine et le chèvrefeuille qui ornent par leurs floraisons la venelle, et repensais à l’un des poèmes que j’ai étudiés il y a fort longtemps… Encore une femme poète, oui… Il en fut plus qu’on ne le croit! Marie de France… Quel beau nom, n’est-ce pas?
Je ne pourrai pas l’accompagner du beau son de la harpe, mais vous le livre, en langue d’oïl, car je le préfère dans cette belle langue, et je fais le pari que vous parviendrez, sinon à tout comprendre (quoique…), du moins à l’apprécier.
Date oblige, comme j’ai décidé de vous distraire chaque jour de ce « confinement »… Voici un poème ichtyophile… rires… et un mauvais néologisme, en plus! Vous êtes gâté-e-s!
Turner, La Baie d’Uri sur le lac de Lucerne
Les Animaux et leurs hommes
Les poissons, les nageurs, les bateaux Transforment l’eau. L’eau est douce et ne bouge Que pour ce qui la touche.
Le poisson avance Comme un doigt dans un gant, Le nageur danse lentement Et la voile respire.
Mais l’eau douce bouge Pour ce qui la touche, Pour le poisson, pour le nageur, pour le bateau Qu’elle porte Et qu’elle emporte.
J’ai le plaisir depuis quelques temps de voir ce blog enrichi par les commentaires d’un inconnu, dont j’avais découvert voici peu le blog « Un jour Un tableau », blog que j’ai évoqué ici.
En relation avec le poème de Théodore de Banville publié ce matin, il m’a proposé d’aller voir les tableaux d’un peintre dont j’ignorais le nom, Jules Bastien Lepage.
Les foins (1877)
Je me suis donc documentée sur cet artiste, et ai découvert son originalité, qui m’a fait comprendre pourquoi il plaisait à mon mentor…
Il n’a fallu qu’une dizaine d’années pour que ce peintre, décédé à 36 ans, marque son époque. Il faut dire que le graphisme est étonnant, innovant. L’alliance d’une forme de classicisme, de touches d’impressionnismes et d’un dessin très pur et lisse parfois est déroutante, intrigante.
Comme si l’artiste trahissait dans ses oeuvres les tensions à la fois internes et externes… La passion et la paix ? Le bonheur et la souffrance ? Le corps et l’âme ?
J’ai glissé dans cet article quelques oeuvres que j’ai particulièrement appréciées, mais il en est d’autres tout aussi intéressantes et/ou touchantes, à vous de les découvrir… Je n’ai notamment pas traité des portraits, parfois tout aussi surprenants.
Si vous voulez en découvrir davantage, voici un diaporama sur fond de Gymnopédie…