Quelle pièce aller voir une fin de semaine, quand les autres partent en week-end ou en vacances et que l’on reste à Paris? Une idée me vient en consultant le web : les Faux British ! Je ne l’ai pas encore vue, mais, quand j’en parle, on me dit qu’elle est tellement bonne qu’on irait bien la revoir…
Direction donc les beaux quartiers, où je trouve heureusement une place non loin de la Comédie des Champs-Elysées. A la limite… Quelle idée d’avoir ainsi avancé les heures de spectacles! Maintenant, on se trouve placé-e devant un choix cornélien : dîner ou « spectater »… Combien de salles se trouvent moins fréquentées à cause de cela? Car d’aucun-e-s .ne peuvent se passer de repas. Ce n’est pas mon cas, et j’arrive donc à l’heure sans avoir mangé… enfin, pas depuis 5 heures, ce qui reste supportable, n’est-ce pas?
J’adore l’ascenseur gigantesque de ce théâtre, avec son liftier, à qui je n’ai pas osé demandé pourquoi il n’était pas vêtu comme Spirou. Ce qui aurait été très seyant, car il est mignon comme tout. Et très aimable, ce qui ne gâche rien. Impossible de le photographier, car il est pris d’assaut… Mais quelques vues (pas très bonnes) du théâtre, dont je vous ai déjà parlé sur ce blog, voici bien longtemps…
Plusieurs surprises à l’arrivée au théâtre, mais je ne vous en dirai rien. Je vous laisse les découvrir, si vous allez voir ce spectacle, ce que je vous recommande chaudement. De quoi oublier tous les tracas du quotidien!
Car j’ai passé une heure trente à rire, rire, rire. Voilà qui fait du bien! Et à admirer des acteurs et actrices qui jouent le rôle des pires interprètes possibles. A cela s’ajoutent tous les gags liés à la mise en scène et aux décors, sans compter les textes dits de toutes les manières possibles…
Bref, un excellent moment dans cette belle salle ancienne, où seuls les genoux se plaignent…
Les artistes offrent toute une gamme de « jeux » tout aussi réjouissants les uns que les autres, flirtant parfois avec le burlesque sans vraiment y tomber.
J’ai un peu regretté la trop grande place accordée à l’un d’entre eux, visiblement tout aussi danseur que comédien. Car cela s’est fait au détriment d’autres, beaucoup plus subtils…
Je vous laisse comparer l’état du décor : avant / après… cela vous donnera peut-être une idée du spectacle?
Le public, hélas très peu nombreux (j’ai été « surclassée »!), ne cessait d’applaudir, et il a fallu couper court aux innombrables rappels.
Comme les « ancien-ne-s » de ce site le savent, j’aime le violoncelle. Alors, comment résister, par cet après-midi pluvieux, à l’appel de cette annonce? D’autant que je ne connais pas cet endroit!
Je situais bêtement l’Oratoire au Louvre ! Que nenni! Il est situé non loin, certes, mais pas du tout dans le périmètre de celui-ci. Mais en réalité c’était vrai jadis. Car il s’agit ni plus ni moins de l’ancienne Chapelle Royale du Palais.
Et j’imaginais une sorte de petite chapelle. Que nenni! En réalité, l’édifice est de taille imposante, aussi vaste qu’une grande église.
Un peu d’histoire en passant ? C’est la Congrégation de l’Oratoire (avatar de la Société de l’Oratoire, issue de la Contre-Réforme), créée en 1612 par Marie de Médicis, qui a souhaité un lieu de prière digne de sa renommée et fait lancer le chantier en 1620. Après modification des plans, il fut achevé en 1623. C’est là qu’eurent lieu les cérémonies funèbres de Richelieu, de Louis XIII, d’Anne d’Autriche et de Marie-Thérèse. Mais la consécration de l’église n’eut lieu qu’en 1750… et cela dura peu, puisqu’elle fut désacralisée à la Révolution. C’est justement en 1789 que les protestants obtiennent la liberté de culte. Et, en 1811, la première cérémonie protestante a lieu à l’Oratoire qui, depuis, est l’un des plus grands temples de Paris. Si vous voulez en savoir plus, le site de l’Oratoire est très pédagogique.
Une mini-exposition sur le mémorial de Coligny l’est également. Toutes les explications concernant histoire, actualités de l’époque, architecture et statuaire y sont apportées.
Comme tous les temples, très austère. Mais, pour ma part, j’ai ressenti une forme de malaise en y pénétrant. Une tristesse, un manque de « vie », en quelque sorte.
Le concert m’a fait oublier tout cela. Pas un concert ordinaire, non. Alternance de commentaire (par une pasteure) et lecture (par une autre pasteure) d’extraits de la Bible (plus ou moins) relatifs aux rêves et de morceaux interprétés au piano et au violoncelle.
Le public est séduit par la pianiste, dont il apprend très vite qu’elle n’est autre que l’organiste en titre de l’Oratoire. Ce qui m’a donné envie d’aller l’entendre à l’orgue, bien sûr. Coréenne née et élevée en Australie, elle a rejoint la France et mène une carrière internationale. C’est son jeune frère, arrivé plus récemment en France, qui est au violoncelle.
Et ce fut un délice de les entendre, dans des oeuvres extrêmement variées.
Parmi celles-ci, j’en ai particulièrement apprécié deux : Romance sans parole pour piano et violoncelle, de Mendelsohn (je n’en ai pas trouvé une aussi bonne interprétation sur le net, mais vous pouvez écouter ici pour en avoir une idée) et la Suite bergamasque de Debussy. Mais l’ensemble était bien choisi et interprété avec beaucoup de sensibilité, et, d’après un connaisseur, l’interprétation de Bach, remarquable.
J’avais hésité avant de réserver pour La Scala (de Paris, pas de Milan hélas) en ce mardi 26 janvier gris et terne. Mais curiosité oblige, j’ai finalement joint le théâtre pour ce faire, sachant que, jusqu’à présent, les surprises y étaient plutôt bonnes. Et il faut, me semble-t-il, encourager le « risque » en matière artistique.
L’étonnant rideau de scène
Si peu de spectateurs qu’on les a « surclassés », et que tout le monde s’est retrouvé en orchestre. Moi aussi, qui avait pourtant choisi le second balcon pour être au premier rang! Un petit conseil en passant – une fois n’est pas coutume!- Si un jour vous vous rendez dans ce théâtre, n’hésitez pas à prendre n’importe quel rang d’orchestre, le plan est tellement incliné qu’on voit bien de partout…
En scène, deux danseurs. J’hésitais à placer du féminin. Car l’un des deux a un aspect androgyne marqué. Par la suite, je la classerai plutôt côté « femme », malgré mon rejet intellectuel de la bi-catégorisation de sexe. Vêtus de tee-shirts et pantalons. Une scène plus que sobre : rien que le noir du plancher et du fond. Et une musique répétitive, qui peut parfois sembler lassante. La même répétitivité dans la chorégraphie, par moments. Mais une grâce, une souplesse, et un duo si assorti qu’on se laisse « prendre ». Aussi est-on tout surpris-e de sa brièveté. Je m’attendais à tout moment à voir surgir d’autres danseurs. Mais non. Le duo est et reste seul en scène pour la demi-heure (approximative) que dure le ballet.
Edouard Hue, danseur et chorégraphe, et Yourié Tzugawa
Ensuite, entracte. Nul-le ne s’y attendait, je pense, et personne n’a osé sortir. Pourquoi cet entracte? Pour installer un décor? Nous découvrirons que non, car la scène est tout aussi nue et noire lorsque le rideau se lève. Cette fois, dévoilant un ensemble de 9 danseurs et danseuses, dont les 2 qui nous ont déjà régalé de leur danse voluptueuse.
La seconde partie du spectacle m’a questionnée. Il faut avouer que je n’avais pas lu les commentaires ni les critiques en amont, et que je me suis questionnée sur la signification des tableaux à maintes reprises. Seul un texte en russe m’a éclairée vers la fin. Il y était question d’Ukraine, de chars et de vérité. Mais je n’avais absolument pas fait le lien avant, je dois bien l’avouer.
La succession de pièces extrêmement différentes ne m’a pas totalement séduite. Trop d’écart entre des morceaux très lents, voire sombres, et d’autres très enlevés, voire burlesques. Je n’ai pas non plus apprécié les costumes, il faut le dire. Un simple caleçon trop large. Un soutien-gorge de maillot de bain étriqué. Un tee-shirt de mauvais goût. Peut-être suis-je trop « classique »? Mais, pour moi, cela ne met pas en valeur le corps. Or, dans la danse, ce que j’apprécie, entre autres, c’est l’esthétique corporelle… Il faut dire que, de ce côté, il y a aussi des surprises, car certains membres de la troupe sont loin de correspondre à l’archétype du danseur / de la danseuse. C’est donc un parti-pris. Mais cela m’a gênée. Et surtout entraîné à focaliser sur certains – ou plutôt certaines, d’ailleurs – plus que sur d’autres. Sans compter que, pour moi, cela nuit à l’harmonie générale, à la synergie.
Beaver Dam Company
Je vous donne peut-être l’impression que je n’ai pas aimé ce spectacle? Ce n’est pas le cas. Je l’ai apprécié. Pour son côté novateur, justement. Pour la virtuosité et la grâce des interprètes. Pour certaines pièces à la chorégraphie remarquable. Il y eut donc de très bons moments, qui font oublier les autres…
La compagnie avec son chorégraphe, Edouard Hue. (remarquez à gauche les tas de vêtements, dépouilles d’une des dernières scènes)
Post-scriptum
Après avoir écrit ce qui précède, je suis allée rechercher la présentation du spectacle. C’est l’ascension de Donald Trump qui est représentée dans le second… Je ne l’avais pas deviné!
Petite synthèse pour celles et ceux qui auraient raté le précédent épisode : un jeune noble breton décide de collecter les chants traditionnels, et en particulier ceux qui rapportent l’histoire de la Bretagne, les gwerziou. Il en fait un recueil, publié sous le titre de Barzaz-Breiz : « barzaz » a le même radical que « barde » : c’est un ensemble de poèmes.
La Villemarqué a effectué deux campagnes de collectes, dans la première moitié du 19ème siècle. Il a tenté d’en sortir une histoire de la Bretagne, qui a été contestée pour manque de scientificité.
Maintenant que vous avez compris ce qu’est le Barzaz-Breiz, vous devez vous demander pourquoi j’ai autant développé avant d’en venir, comme vous l’attendez depuis le début, au concert programmé en ce dimanche 22 janvier à l’Eglise de La Madeleine. Nous y venons. C’est tout simplement le titre de ce concert.
Mais pourquoi ce titre? Eh bien, c’est évident! Les textes proviennent pour la plupart de ce recueil de chansons « historiques » bretonnes. On y retrouve la légende de la submersion de la ville d’Ys, ou encore le dialogue avec la mort de Yannig Skolan.
« La vie de Skolan est venue au pays, quiconque la chantera chaque jour aura de Dieu deux cents jours de pardon. – « Qui va là et frappe aux portes fermées ? ». – « Ma pauvre mère, c’est votre fils Skolan ». – « Qu’il reçoive ma malédiction, la malédiction de ses frères et sœurs et de tous les enfants innocents, des étoiles, de la lune et de la rosée qui tombe sur la terre… ». En route, Skolan rencontre son parrain qui lui dit : « Noir est ton cheval et noir tu es toi-même, où as-tu été et où vas-tu ? ». – « Je viens du Purgatoire et vais en Enfer avec la malédiction de ma mère ». Le parrain intercède auprès de la mère. Elle énumère les forfaits de son fils : violer sept de ses sœurs, tuer leurs enfants, briser les vitraux et tuer le prêtre, mettre le feu au blé. Mais son plus grand péché est d’avoir perdu un petit livre écrit avec le sang du Christ. Le livre, gardé au fond de la mer dans la bouche d’un poisson, est rendu. La mère donne alors le pardon. Le cheval et Skolan deviennent blancs et il va au paradis avec la bénédiction de sa mère, ses frères, sœurs, des étoiles, de la lune…. « Quand le coq chante au lever du jour, les âmes trépassées vont devant Dieu, ma pauvre mère, j’irai moi aussi ». (source)
Le programme montre à quel point ils ont été fidèles à leurs sources, rendant ainsi un hommage éclatant aux « bardes » (quel est le pluriel? Bardesses? ou faut-il dire « barzh » au singulier, donc peut-être « barzhou » au pluriel) de jadis et de naguère?
Le trio qui se produisait porte le nom de son créateur, Kêr Vari Kervarec, auquel sont parfois adjoints ceux des autres musiciens, Mehat et Dudognon.
« Le Trio Pêr Vari Kervarec se forme en début 2020, avec la volonté de proposer au public : un voyage dans cette culture bretonne, en se laissant envoûter par ces mélopées où se révèle la mémoire d’un peuple, l’âme profonde de la Bretagne. Composé de Pêr Vari Kervarec au chant en breton et aux bombardes, Loeiz Méhat aux saxophones et biniou et enfin Tony Dudognon à l’orgue, le trio compte une centaine de concerts à son actif dans toute la France.«
La Bretagne, et en particulier le Finistère, a évidemment publié autour de ce concert. Par exemple, le quotidien Ouest France titrait « Le trio finistérien va jouer à Paris et au Japon ».
« Le trio a enchaîné toujours avec succès, avec « La mémoire d’un peuple » sur le Barzaz Breizh, collection de chants par Théodore Hersart de La Villemarqué paru en 1852.
Ce spectacle est à découvrir dimanche 22 janvier à 16 h, à l’église de la Madeleine à Pari, dans le 8e arrondissement. « C’est grâce au titulaire de l’orgue de la Madeleine, François-Henri Houbart, que le concert peut avoir lieu. Il avait assisté à un de nos concert dans la cathédrale de Quimper. Ce sera un gros concert, avec 1 500 places possibles. » La participation est libre.
Les bretons de Paris devraient être nombreux, ils se sont déjà passé le mot. Le trio se produira également à la basilique Saint-Denis le 25 mars, « là ou Anne de Bretagne a été couronnée reine. » Un disque sera enregistré en avril avec une sortie prévue en fin d’année. Le trio Pêr Vari Kervarec va également partir en tournée à l’automne… au Japon ! »
Le concert était sublime! Rarement ressenti autant d’émotions et d’émotion. Je craignais le contraste, il fut positif.
Et je dois dire que les jeunes musiciens/chanteur ont su exploiter l’espace qu’offre La Madeleine. En se mouvant. En se déplaçant. En situant leurs instruments à deux extrémités d’une hypoténuse imaginaire.
Un membre du clergé est venu rejoindre le groupe et a pris la parole. J’ignorais qui il était. Après une recherche sur le net, je puis vous le dire : il s’agit ni plus ni moins de Monseigneur Patrick Chauvet, ancien recteur de Notre Dame de Paris, devenu curé de La Madeleine.
« Débarqué au cours de l’été de son poste de recteur de Notre-Dame de Paris, Mgr Patrick Chauvet deviendra le 1er septembre curé de la Madeleine.
À la surprise générale, Mgr Patrick Chauvet (auteur du livre « Au cœur de Notre-Dame », Éd. Plon), recteur archiprêtre de Notre-Dame depuis 2016, a été débarqué de son poste par décision du nouvel archevêque de Paris, Mgr Laurent Ulrich. À compter du 1er septembre, ce prélat de 71 ans, ordonné prêtre en 1980 par le cardinal François Marty, prendra ses nouvelles fonctions d’administrateur (curé) de la Madeleine.
On peut le voir dans les (mauvaises) photos ci-dessous, à la fin de sa prise de parole, puis lorsque le concert s’est terminé.
Vous l’aurez compris, ce moment de partage avec les Bretons et les ami-e-s de « ma bro » (même s’il n’est que l’un de mes pays d’adoption) a été vraiment exceptionnel et a rompu la ternitude de cet après-midi de janvier parisien, où j’avais été effarée de voir la foule autour des magasins, me demandant pourquoi cette consommation effrénée avant de comprendre que c’est la période de la grande truanderie – pardon, je veux dire des soldes.
Il n’existe pas malheureusement pas encore de CD correspondant à ce programme. Mais vous pouvez les écouter et voir sur quelques vidéos en ligne sur leur page Facebook ou sur You Tube, comme ce concert à Rostrenen, celui-ci à la cathédrale de Quimper (un morceau que j’adore) ou cet autre à Dol de Bretagne.
Il n’est pas dans mes habitudes, vous le savez, de faire de la promotion. Mais pour une fois, je vais en faire pour encourager ce jeune trio si original. Alors,si vous les voir, rendez-vous à la Basilique de Saint Denis le 25 mars, ou, si voulez acquérir leur premier CD, il suffit d’écrire à leur association « porteuse » : mibienkerne@sganarel75 ou d’aller sur ce site. « Mibien », cela signifie « fils ». Quant à Kerne, c’est la Cornouaille. Vous écrirez donc à « Fils de Cornouaille »…
Kan An Anaon, son titre, signifie « Chants des Ames ». Enfin, pas tout à fait, car on ne peut traduire littéralement le dernier terme, souvent interprété par « Trépassés », comme la Baie proche de la Pointe du Raz le rappelle.
« La conception de l’au-delà des Bretons qu’on appelle Anaon est unique en Europe. Les morts et les vivants ne sont pas séparés ; ils vivent dans deux sociétés voisines qui s’interpénètrent à des moments précis de l’année. A l’origine, Gouel an Anaon (la fête des morts) est une fête celtique pour honorer les défunts, c’est devenu une fête catholique teintée d’une tradition païenne encore vivante au siècle dernier. » (source)
« Ce que raconte le Trio Pêr Vari Kervarec, Eliaz Le Bot et Tony Dudognon nous vient des relations singulières qu’entretiennent les bretons avec la mort et l’Au-Delà. Du passage entre la vie et l’Au-Delà, du Chant des âmes au bal des Trépassés. Un seul adage : HIRIE DIME VARCHOAS DIDE (Aujourd’hui c’est moi, demain ça sera toi)« .
Vous remarquerez que je n’ai pas fait état du dernier titre. On ne peut terminer un concert nissart sans entonner Nissa La Bella. On ne peut terminer un concert corse sans chanter Dio di Salvi Regina, ni un concert basque sans l’Euzko Abendaren Ereserkia. Donc, sans surprise, celui-là s’est achevé sur l’hymne breton chanté par le public. Ce sera le seul « bémol » dans cet article : je pense que si le chanteur avait accompagné la foule, cela aurait été plus aisé pour les non-bretonnant-e-s. Alors que même les Breton-ne-s étaient gênées par la force du saxophone. Mais ce n’est qu’un petit détail dans ce magnifique partage dominical.
Barzaz Breiz, écrit parfois avec un tiret, vous connaissez peut-être? Sinon, revenons dans le passé.
Nous sommes dans les années 30. Pas de ce siècle ni du précédent, non. Du 19ème. A Paris vivent de nombreux Bretons, dont des étudiant-e-s qui ont suivi des études secondaires dans leur région, mais viennent poursuivre dans la capitale. De nombreux banquets bretons voient se développer les discours autour de l’identité bretonne, tellement mise à mal depuis la Révolution (merci, l’Abbé Grégoire!). Un cercle de jeunes gens se réunit ainsi autour de Le Gonidec. Qui est cet homme? Ni plus ni moins que celui qui a unifié l’orthographe et la grammaire de la langue bretonne. Celtomane, Jean-François, Marie, Maurice, Agathe Le Gonidec de Kerdaniel est considéré comme l’un de ceux qui ont permis au breton d’obtenir le statut de « langue », puisque ses codes étaient dès lors fixés. Au détriment de la richesse des différentes langues parlées sur le territoire breton, soit dit en passant. Mais uniformisation et reconnaissance exigent…
A ce moment, il a déjà beaucoup oeuvré et publié, dont un Nouveau Testament en breton qui lui a valu bien des difficultés avec l’Eglise. Il est en train de préparer ce qui sera sa dernière oeuvre, ce dictionnaire breton-français.
Nul ne le sait à ce moment, mais lorsqu’elle paraît en 1837, il ne lui reste qu’un an à vivre : il mourra l’année suivante, à seulement 63 ans. Sa dépouille sera transférée de Paris à Lochrist, près du Conquet, son lieu de naissance.
Si je vous ai placé la photo du monument funéraire, photo issue de la page Wikipédia, c’est que le monument a une spécificité : il a été érigé en commun par les Gallois et les Bretons, et comporte donc trois langues : Gallois, Breton, et, dans une moindre mesure (il faut hiérarchiser!), Français. Mais voici, en français, la traduction de l’inscription en breton.
« Le Gonidec, homme de bien, son nom est ici, en témoignage d’éloge sincère et du plus tendre amour, sur une colonne de pierre élevée par des frères Bretons de la petite Bretagne, et de la Grande-Bretagne, Celtes, parce qu’il aimait son pays et sa langue bretonne en laquelle il fit un dictionnaire et aussi une grammaire, et parce qu’il traduisit, le premier toute la Sainte Bible dans la langue des Bretons. Œuvre grande, bonne, céleste.
Mais revenons au Barzaz Breiz. Parmi les jeunes gens qui entourent (et sans doute admirent) Le Gonidec, figure le jeune Théodore Hersart de La Villemarqué, natif de Quimperlé. En 1837, il a 22 ans, mais ce brillant titulaire du baccalauréat littéraire, qui s’est inscrit en élève libre à l’Ecole des Chartes, a participé à certains travaux de Le Gonidec et il n’est pas le dernier à se montrer virulent lorsqu’il s’agit de défendre la Bretagne, le « bro ». Persuadé que les gwerzioù permettent de retracer une histoire de la Bretagne dont on ne fait que peu de cas dans l’histoire générale de la France, il note depuis 4 ans sur des carnets des chants de la région de Nizon, avant d’élargir son terrain d’enquête vers la Haute-Cornouaille. Son travail ne sera pas reconnu comme « scientifique », et c’est à compte d’auteur que paraît, en 1834, le Barzaz-Breiz.
Mais savez-vous ce que sont les gwerzioù (pluriel de gwerz)?
« Le terme gwerz désigne en fait une forme de chant particulière au répertoire en langue bretonne : une gwerz est un récit chanté, une forme de complainte, de ballade, de mélopée… Eva Guillorel en donne cette définition dans son ouvrage La complainte et la plainte : « […] il s’agit de pièces longues qui décrivent des faits divers tragiques à caractère local, qui montrent un important souci du détail dans les situations décrites et qui rapportent généralement avec une grande fiabilité le souvenir de noms précis de lieux et de personnes […] ».
Les chanteurs intervenaient à maintes occasions, dont les pardons, comme on le voit sur la photographie ci-dessous (source)
En quelque sorte, c’est la version bretonne des aèdes qui transmettaient l’histoire de la Grèce Antique, comme Homère, ou des griots qui portent la mémoire des peuples d’Afrique, encore à l’heure actuelle.
Une coïncidence? Vous savez qu’on dit qu’Homère était aveugle… Voici la photo d’un célèbre chanteur breton…
Puisque je parle d’Homère, c’est le moment de situer l’anecdote suivante : George Sand fut tellement enthousiasmée par le Barzaz Breiz qu’elle dit le situer au-dessus de l’Iliade…
Je ne vais pas continuer sur le sujet, mais, s’il vous intéresse, je vous conseille d’aller voir ce site très riche. Pour un aspect linguistique, c’est ici. On peut en entendre avec des interprétations par des Breton-ne-s, sur You Tube. Par exemple ici ou ici. Bien évidemment, les chanteurs/euses plus connu-e-s s’en sont saisi-e-s. C’est le cas de Denez Prigent, entre autres, dont vous pourrez écouter de nombreuses interprétations. Un reportage de l’INA, aussi, à voir. On y assiste à une séance de collectage de gwerz qui doit ressembler à ce qu’a vécu le jeune La Villemarqué. Une exposition au Manoir de Kernault, il y a 10 ans, présentait ses carnets.
Vous devez vous demander pourquoi je « disserte » sur Le Gonidec, La Villemarqué et les gwerziou.
C’est simple : si on ne connaît pas cette Histoire, on ne peut pas saisir toute l’émotion ressentie hier après-midi en entendant interpréter ces chants et ces récits par de jeunes Bretons, dans un lieu très symbolique de Paris : l’Eglise de la Madeleine. Car c’est ce à quoi j’ai assisté, en ce dimanche 22 janvier, et dont je suis sortie tellement émue que j’ai décliné l’invitation à prendre un verre d’un couple fort sympathique et intéressant, tout aussi amoureux de la Bretagne que moi, et que j’espère revoir bientôt. Une émotion partagée. Je vous en parlerai. Dans un prochain article…
Une balade en bord de Seine, en un bel après-midi de janvier, m’a conduite par hasard au Jardin des Plantes. Une affiche, à l’entrée du Parc, indique une exposition qui, justement, se termine ce jour. Comme la nuit approche, il faut faire vite pour la découvrir! Un peu frileuse, je l’avoue, car ce que j’y avais vu les années précédentes, en cette même époque de l’année, avait quelque peu bousculé mes codes esthétiques… Et ce fut encore le cas. J’aurais dû me méfier, en voyant l’affiche.
Jugez-en par vous-même… Le pauvre Lamarck, à la pause pensive, est tranquillement posté, d’ordinaire, à l’entrée nord du Jardin.
Et le voici soudain complètement envahi par une horde de plantes et d’animaux géants, et surtout de couleurs « flashy ».
L’intention cependant est louable : reproduire en « changeant d’échelle » – mais je ne suis pas parvenue, même sur le site officiel, à comprendre quelle « échelle » avait été retenue – des « scènes » de la vie animale (oui, zoocentration, pour celles et ceux qui étaient au Tibet avec moi hier soir). Ainsi, on peut voir ces charmants êtres s’entre-dévorer (non, vous ne verrez pas de photo, suis une âme trop sensible)… Ainsi, qui va absorber l’autre?
… ou en pleine copulation (bon, d’accord, une image avec carré blanc).
La promenade permet de découvrir de nombreuses espèces, et la vulgarisation est omniprésente grâce à des panonceaux explicatifs. Prenons l’exemple de l’adorable animal que voici.
Cela ferait un joli prénom, « Palomène », n’est-ce pas?
Sans surprise, je dois avouer que je fus davantage attirée par les papillons et libellules… Très stéréotypé, non?
Rassurez-vous, je ne vais pas faire défiler les 95 photographies que j’ai prises! Mais pourquoi autant, alors que je vous ai annoncé en introduction ma désapprobation des couleurs flashy? Tout simplement parce que j’ai pris plaisir à prendre des photos, et me suis amusée à cadrer et jouer de la lumière. D’abord parce que j’ai été fascinée par la représentation de la flore.
Avez-vous remarqué combien certaines photos sont « ratées » à cause de la lumière… Pas facile de faire un « reportage » au mois de janvier aux alentours de 17 heures! Alors, je me suis demandé si je ne pouvais pas transformer l’inconvénient en avantage, et tenter le contre-jour. Hmmm… pas très réussi!
C’est alors qu’est née l’idée de tenter le noir et blanc… Je viens juste de savoir que mon Iphone permet cela, autant essayer!
Et cela vous permet d’obtenir la réponse à l’énigme proposée voici quelques jours… La photo qui vous a été présentée comme « test » de noir et blanc a bien été prise au Jardin des Plantes en ce 15 janvier! Le flashy conduit à tout… et même au noir et blanc!
Un jour de grève à Paris… L’injonction de télétravailler… Avez-vous déjà passé 7 heures devant un écran, à essayer de faire appréhender les joies de la rédaction à des personnes dont le rapport à l’écrit est historiquement difficile? Si oui, vous comprendrez l’envie irrésistible de se « distraire », au sens premier du terme (pas au sens pascalien, la surcharge cognitive était trop forte!). Un film? déjà allée au cinéma cette semaine. Une pièce? Pas sûr qu’elle se joue. La nocturne du Musée Branly pour l’exposition « kimono »? Annulée pour cause de grève. Reste la musique… pas trop loin, et surtout au sud de la ville, car on oublie l’idée de traverser l’axe République – Nation en ce soir de défilé. Or voici longtemps que j’ai envie de voir « Opéra locos », à Bobino. Et justement, c’est à 19h, donc pas trop tard entre deux journées de labeur. Un appel pour vérifier la non-annulation, et je file. En voiture, bien sûr : pas question de perdre du temps dans l’attente d’improbables transports en commun.
Peu de monde dans la salle. Ce qui entraîne, à la demande des placeuses, une migration généralisée à quelques minutes du début. Chacun-e peut ainsi migrer à son gré (joli, non? je ne rajouterai pas « et changer de degré », faut pas exagérer!). Aussi, avec une place bon marché, me suis-je retrouvée très bien placée, suffisamment en hauteur pour ne pas être gênée par le chignon de la dame de devant, et avec un large espace pour déployer mes gambettes lourdes d’avoir supporté la position assise autant d’heures.
J’ai passé un moment de détente extraordinaire et de plaisir joyeux, partagé avec une salle en délire. Un spectacle à recommander à toute personne peu empreinte à aller à l’Opéra ou l’Opéra Comique.
Lui, c’est le ténor. Méconnaissable dans son costume qui le rend difforme, et avec son maquillage outré…
Deux chanteuses et trois chanteurs aux voix de qualité, aux tessitures variées. Pour certain-e-s, une amplitude admirable. Notamment l’un des chanteurs, qui se joue du genre. Cinq personnes qui chantent, mais aussi jouent et dansent avec un rythme endiablé. Un burlesque un peu trop forcé, peut-être parfois. Mais j’ai beaucoup ri. J’étais par moments littéralement « pliée en deux », notamment par le décalage entre les paroles et le jeu scénique, alors que l’air était brillamment interprété.
Le spectacle, soudain, devient interactif. Et la salle chante, interprétant les airs les plus connus : Rigoletto, la Traviata… Un spectateur se retrouve même sur scène. Car, pour constituer 3 couples, il faut 6 personnes. Qu’à cela ne tienne, on va prendre la sixième dans la salle! Et tout se termine avec des spectateurs/trices chantant debout et claquant des mains dans une ambiance chaleureuse. Exactement ce qu’il me fallait après cette journée d’interactions médiées par un écran! Que vous dire de plus? Allez-y, cela vous apportera du soleil en ce triste hiver! Je n’ai pas trouvé d’extrait avec les cinq actuel-le-s, il y a visiblement eu changement côté « femmes », mais vous aurez quand même une (toute petite) idée en regardant ceci.
Je m’essaie à la photo en noir et blanc depuis quelques temps, et j’aimerais avoir votre avis… Merci de me l’écrire en commentaires francs… En voici un premier exemple.
Vous pourrez, par la même occasion, essayer de deviner de quoi il s’agit!
L’Opéra Comique, ça vous dit quelque chose ? Historiquement, ce fut un tournant dans l’histoire de la musique : l’époque où l’on relia la musique et le théâtre. Pas forcément pour du comique, soit dit en passant…
1714… le Roi accorde aux comédiens le droit de s’exprimer, ce qu’ils faisaient déjà en transgressant ainsi l’interdiction, par des pantomimes, des panonceaux et des chansons! Il faut dire que Louis XIV avait chassé les Italiens de la Comedia Dell’Arte 21 ans plus tôt… Il était temps! Ainsi naquit l’opéra comique, alors accueilli au Théâtre de la Foire Saint Germain.
Ne le cherchez plus du côté de Saint Germain, il a depuis déménagé dans le 2ème arrondissement de Paris, rue Favart.
Il a fière allure, n’est-ce pas? Vous devez croire que je suis allée voir un spectacle hier… Erreur… Je participais à un repas organisé rue Favart. Mais pas à l’Opéra, dans un restaurant situé juste en face et dont l’histoire est liée au monde du spectacle et au monde politique. Les Noces de Jeannette, c’est son nom. Vous connaissez peut-être cet opéra-comique qui a été représenté plus de 1400 fois (merci à mon voisin historien pour cette information… et toutes les autres, transmises au cours de ce repas et qui me permettent de fanfaronner aujourd’hui (Grâce lui soient rendue).
Si cela vous intéresse, vous pouvez voir et écouter sur le net des extraits ici ou encore ici, avec Mady Mesplé. Il paraît que c’est une jolie « soupe »… à croire, comme le disait l’intervenant hier soir, que les bourgeois parisiens appréciaient ce genre. Jugez-en vous-même par le résumé de l’histoire.
« Dans un village de la campagne française, Jean, un jeune paysan sans famille, resté célibataire, s’est amouraché d’une fille sage et charmante, Jeannette, qui l’aime aussi et a accepté de l’épouser. Mais une fois devant le maire et le notaire, le promis est pris d’une soudaine crainte du mariage et il fuit la cérémonie avant d’avoir dit oui.
Jeannette paraît : elle veut savoir pourquoi il a changé d’avis. Jean avoue que la peur du mariage en est la cause et comme elle paraît prendre les choses du bon côté, il part rejoindre ses amis au cabaret. Lorsqu’elle le voit embrasser d’autres filles du village, Jeannette jure de se venger de cet homme qu’elle aime pourtant toujours.
Jean passablement éméché, revient chercher son bouquet de marié, pour l’offrir à ces dames. Mais Jeannette reparaît : elle déclare vouloir une revanche et lui dit que son père arrive, armé de ses pistolets. Jean, terrorisé, signe le contrat de mariage qu’elle lui tend, mais elle déclare qu’elle ne le signera pas, voulant simplement montrer au village que c’est elle et non lui, qui a refusé. Elle le fait sortir, signe à son tour, confie le papier à son petit cousin et informe Jean… qu’ils sont mariés ; car elle l’aime toujours !
Jean, fou furieux, promet à Jeannette que sa vie avec lui sera un enfer. Il brise tous les meubles et monte à l’étage cuver son vin. Jeannette ramasse l’habit de noce tout déchiré du garçon, le recoud, et fait remplacer le mobilier cassé par les meubles de sa dot. Elle met un couvert sur la table et disparaît dans la cuisine préparer un repas. Lorsque Jean reparaît, il est stupéfait de voir les nouveaux meubles et d’entendre Jeannette chanter dans la pièce voisine. Attendri, séduit, il déclare ne pas vouloir manger seul le repas qu’elle lui a préparé. Et les deux époux tombent dans les bras l’un de l’autre.«
Il n’empêche que quelques airs ont traversé les époques, comme vous avez pu en juger si vous avez écouté ce qui était proposé ci-dessus.
Bref, après vous avoir fait voyagé en architecture, topologie parisienne, musique et chansons, il est temps de revenir à l’objet de cet article : le restaurant.
On sait qu’historiquement il y a eu un restaurant dans ce coin dès le XVIIIème siècle, mais ce n’est pas celui qui est maintenant visible. Au XIXème naquit le Poccardi, à l’emplacement de l’actuel restaurant.
Le pluriel s’explique par le fait qu’il y avait deux restaurants du même nom, comme on le voir sur la carte postale ci-dessous…
Extérieurement, peu de changements : l’architecture est quasi-identique, et on entre toujours par la rue d’Amboise… (excusez la mauvaise qualité de la photographie… après la soirée!)
A l’intérieur, tout semble figé dans le temps : nappes brodées, affiches des différents spectacles… et le plaisir de pouvoir profiter d’espaces réservés, en toute tranquillité…
Je ne vous parlerai pas de la carte, car nous étions en groupe. Un des intérêts de ce restaurant : la privatisation des salles est gratuite, si le groupe entre dans les normes quantitatives fixées! Et les menus, de l’apéritif au café, vin compris, sont à des prix très raisonnables…