Une princesse lavandière…

L’orage gronde, le ciel est sombre… Envie de mer, de soleil, de chaleur… Alors je pense à la Méditerranée, à son bleu si profond… à la Grèce que j’aime tant… et, mettant cela en lien avec la thématique que j’ai choisie cette semaine, tant elle m’a semblé symbolique, vivante, purifiante, source de plaisir et d’évasion, je ne puis m’empêcher de revoir Nausicâ aux bras blancs, au bord du fleuve, partie rencontrer l’amour sous prétexte de laver le linge de la maisonnée (un beau passage sexiste que celui où elle évoque sa mission de fille dans une famille pleine d’hommes!). Pour celles et ceux qui lisent la belle langue d’Homère, ou veulent apprendre à la lire, je donne le texte initial. Que les autres filent directement à la traduction, qui leur permettra éventuellement de revenir par la suite essayer de reconnaître certains mots dans le texte. A cet effet, je proposerai un petit jeu de décodage à la suite des textes… Et, comme souvent, un air pour vous accompagner durant votre lecture : Nausicaa, extrait de La Moldau, par le contre-ténor Luc Arbogast.

Τοῦ μὲν ἔβη πρὸς δῶμα θεά, γλαυκῶπις Ἀθήνη,
νόστον Ὀδυσσῆι μεγαλήτορι μητιόωσα.
Βῆ δ᾽ ἴμεν ἐς θάλαμον πολυδαίδαλον, ᾧ ἔνι κούρη 15
κοιμᾶτ᾽ ἀθανάτῃσι φυὴν καὶ εἶδος ὁμοίη,
Ναυσικάα, θυγάτηρ μεγαλήτορος Ἀλκινόοιο,
πὰρ δὲ δύ᾽ ἀμφίπολοι, Χαρίτων ἄπο κάλλος ἔχουσαι,
σταθμοῖιν ἑκάτερθε· θύραι δ᾽ ἐπέκειντο φαειναί.
Ἡ δ᾽ ἀνέμου ὡς πνοιὴ ἐπέσσυτο δέμνια κούρης, 20
στῆ δ᾽ ἄρ᾽ ὑπὲρ κεφαλῆς, καί μιν πρὸς μῦθον ἔειπεν,
εἰδομένη κούρῃ ναυσικλειτοῖο Δύμαντος,
ἥ οἱ ὁμηλικίη μὲν ἔην, κεχάριστο δὲ θυμῷ.
Τῇ μιν ἐεισαμένη προσέφη γλαυκῶπις Ἀθήνη·

25 « Ναυσικάα, τί νύ σ᾽ ὧδε μεθήμονα γείνατο μήτηρ; 25
εἵματα μέν τοι κεῖται ἀκηδέα σιγαλόεντα,
σοὶ δὲ γάμος σχεδόν ἐστιν, ἵνα χρὴ καλὰ μὲν αὐτὴν
ἕννυσθαι, τὰ δὲ τοῖσι παρασχεῖν, οἵ κέ σ᾽ ἄγωνται.
Ἐκ γάρ τοι τούτων φάτις ἀνθρώπους ἀναβαίνει
ἐσθλή, χαίρουσιν δὲ πατὴρ καὶ πότνια μήτηρ. 30
Ἀλλ᾽ ἴομεν πλυνέουσαι ἅμ᾽ ἠοῖ φαινομένηφι·
καί τοι ἐγὼ συνέριθος ἅμ᾽ ἕψομαι, ὄφρα τάχιστα
ἐντύνεαι, ἐπεὶ οὔ τοι ἔτι δὴν παρθένος ἔσσεαι·
ἤδη γάρ σε μνῶνται ἀριστῆες κατὰ δῆμον
πάντων Φαιήκων, ὅθι τοι γένος ἐστὶ καὶ αὐτῇ. 35
Ἀλλ᾽ ἄγ᾽ ἐπότρυνον πατέρα κλυτὸν ἠῶθι πρὸ
ἡμιόνους καὶ ἄμαξαν ἐφοπλίσαι, ἥ κεν ἄγῃσι
ζῶστρά τε καὶ πέπλους καὶ ῥήγεα σιγαλόεντα.
Καὶ δὲ σοὶ ὧδ᾽ αὐτῇ πολὺ κάλλιον ἠὲ πόδεσσιν
ἔρχεσθαι· πολλὸν γὰρ ἀπὸ πλυνοί εἰσι πόληος. » 40

41 Ἡ μὲν ἄρ᾽ ὣς εἰποῦσ᾽ ἀπέβη γλαυκῶπις Ἀθήνη
Οὔλυμπόνδ᾽, ὅθι φασὶ θεῶν ἕδος ἀσφαλὲς αἰεὶ
ἔμμεναι. Οὔτ᾽ ἀνέμοισι τινάσσεται οὔτε ποτ᾽ ὄμβρῳ
δεύεται οὔτε χιὼν ἐπιπίλναται, ἀλλὰ μάλ᾽ αἴθρη
πέπταται ἀνέφελος, λευκὴ δ᾽ ἐπιδέδρομεν αἴγλη· 45
τῷ ἔνι τέρπονται μάκαρες θεοὶ ἤματα πάντα.
Ἔνθ᾽ ἀπέβη γλαυκῶπις, ἐπεὶ διεπέφραδε κούρῃ.

48 Αὐτίκα δ᾽ Ἠὼς ἦλθεν ἐύθρονος, ἥ μιν ἔγειρε
Ναυσικάαν ἐύπεπλον· ἄφαρ δ᾽ ἀπεθαύμασ᾽ ὄνειρον,
βῆ δ᾽ ἰέναι διὰ δώμαθ᾽, ἵν᾽ ἀγγείλειε τοκεῦσιν, 50
πατρὶ φίλῳ καὶ μητρί· κιχήσατο δ᾽ ἔνδον ἐόντας·
ἡ μὲν ἐπ᾽ ἐσχάρῃ ἧστο σὺν ἀμφιπόλοισι γυναιξὶν
ἠλάκατα στρωφῶσ᾽ ἁλιπόρφυρα· τῷ δὲ θύραζε
ἐρχομένῳ ξύμβλητο μετὰ κλειτοὺς βασιλῆας
ἐς βουλήν, ἵνα μιν κάλεον Φαίηκες ἀγαυοί. 55
Ἡ δὲ μάλ᾽ ἄγχι στᾶσα φίλον πατέρα προσέειπε·

57 « Πάππα φίλ᾽, οὐκ ἂν δή μοι ἐφοπλίσσειας ἀπήνην
ὑψηλὴν ἐύκυκλον, ἵνα κλυτὰ εἵματ᾽ ἄγωμαι
ἐς ποταμὸν πλυνέουσα, τά μοι ῥερυπωμένα κεῖται;
καὶ δὲ σοὶ αὐτῷ ἔοικε μετὰ πρώτοισιν ἐόντα. 60
Βουλὰς βουλεύειν καθαρὰ χροΐ εἵματ᾽ ἔχοντα.
Πέντε δέ τοι φίλοι υἷες ἐνὶ μεγάροις γεγάασιν,
οἱ δύ᾽ ὀπυίοντες, τρεῖς δ᾽ ἠίθεοι θαλέθοντες·
οἱ δ᾽ αἰεὶ ἐθέλουσι νεόπλυτα εἵματ᾽ ἔχοντες
ἐς χορὸν ἔρχεσθαι· τὰ δ᾽ ἐμῇ φρενὶ πάντα μέμηλεν. » 65

Ὣς ἔφατ᾽· αἴδετο γὰρ θαλερὸν γάμον ἐξονομῆναι
πατρὶ φίλῳ. ὁ δὲ πάντα νόει καὶ ἀμείβετο μύθῳ·

68 « Οὔτε τοι ἡμιόνων φθονέω, τέκος, οὔτε τευ ἄλλου.
Ἔρχευ· ἀτάρ τοι δμῶες ἐφοπλίσσουσιν ἀπήνην
ὑψηλὴν ἐύκυκλον, ὑπερτερίη ἀραρυῖαν. » 70

Ὣς εἰπὼν δμώεσσιν ἐκέκλετο, τοὶ δ᾽ ἐπίθοντο.
Οἱ μὲν ἄρ᾽ ἐκτὸς ἄμαξαν ἐύτροχον ἡμιονείην
ὥπλεον, ἡμιόνους θ᾽ ὕπαγον ζεῦξάν θ᾽ ὑπ᾽ ἀπήνῃ·
κούρη δ᾽ ἐκ θαλάμοιο φέρεν ἐσθῆτα φαεινήν.
Καὶ τὴν μὲν κατέθηκεν ἐυξέστῳ ἐπ᾽ ἀπήνῃ, 75
μήτηρ δ᾽ ἐν κίστῃ ἐτίθει μενοεικέ᾽ ἐδωδὴν
παντοίην, ἐν δ᾽ ὄψα τίθει, ἐν δ᾽ οἶνον ἔχευεν
ἀσκῷ ἐν αἰγείῳ· κούρη δ᾽ ἐπεβήσετ᾽ ἀπήνης.
Δῶκεν δὲ χρυσέῃ ἐν ληκύθῳ ὑγρὸν ἔλαιον,
ἧος χυτλώσαιτο σὺν ἀμφιπόλοισι γυναιξίν. 80
Ἡ δ᾽ ἔλαβεν μάστιγα καὶ ἡνία σιγαλόεντα,
μάστιξεν δ᾽ ἐλάαν· καναχὴ δ᾽ ἦν ἡμιόνοιιν.
Αἱ δ᾽ ἄμοτον τανύοντο, φέρον δ᾽ ἐσθῆτα καὶ αὐτήν,
οὐκ οἴην, ἅμα τῇ γε καὶ ἀμφίπολοι κίον ἄλλαι.

Αἱ δ᾽ ὅτε δὴ ποταμοῖο ῥόον περικαλλέ᾽ ἵκοντο, 85
ἔνθ᾽ ἦ τοι πλυνοὶ ἦσαν ἐπηετανοί, πολὺ δ᾽ ὕδωρ
καλὸν ὑπεκπρόρεεν μάλα περ ῥυπόωντα καθῆραι,
ἔνθ᾽ αἵ γ᾽ ἡμιόνους μὲν ὑπεκπροέλυσαν ἀπήνης.
Καὶ τὰς μὲν σεῦαν ποταμὸν πάρα δινήεντα
τρώγειν ἄγρωστιν μελιηδέα· ταὶ δ᾽ ἀπ᾽ ἀπήνης 90
εἵματα χερσὶν ἕλοντο καὶ ἐσφόρεον μέλαν ὕδωρ,
στεῖβον δ᾽ ἐν βόθροισι θοῶς ἔριδα προφέρουσαι.
Αὐτὰρ ἐπεὶ πλῦνάν τε κάθηράν τε ῥύπα πάντα,
ἑξείης πέτασαν παρὰ θῖν᾽ ἁλός, ἧχι μάλιστα
λάιγγας ποτὶ χέρσον ἀποπλύνεσκε θάλασσα. 95
Αἱ δὲ λοεσσάμεναι καὶ χρισάμεναι λίπ᾽ ἐλαίῳ
δεῖπνον ἔπειθ᾽ εἵλοντο παρ᾽ ὄχθῃσιν ποταμοῖο,
εἵματα δ᾽ ἠελίοιο μένον τερσήμεναι αὐγῇ.
Αὐτὰρ ἐπεὶ σίτου τάρφθεν δμῳαί τε καὶ αὐτή,
σφαίρῃ ταὶ δ᾽ ἄρ᾽ ἔπαιζον, ἀπὸ κρήδεμνα βαλοῦσαι· 100
τῇσι δὲ Ναυσικάα λευκώλενος ἤρχετο μολπῆς.

Homère, Odyssée, chant 6

C’est dans son palais que s’arrête Athéna, la déesse aux yeux pers, méditant en son âme le retour du courageux Ulysse. D’abord elle pénètre dans la superbe chambre où repose une jeune vierge que sa taille élégante et ses formes divines égalent aux immortelles, Nausica, la fille du magnanime Alcinoüs ; deux suivantes, qui reçurent des Grâces la beauté en partage, dorment à l’entrée de cette chambre dont les magnifiques portes sont étroitement fermées. Comme un souffle léger, Athéna s’approche du lit de la jeune vierge, se penche vers sa tête et lui parle en se montrant semblable à la fille du célèbre nautonier Dymante, compagne du même âge qu’elle et la plus chère à son cœur. Athéna aux yeux pers, sous les traits de la fille du nautonier, lui dit :

25 « Nausica, ta mère, en te donnant le jour, te rendit bien négligente ; car tes beaux vêtements sont jetés ça et là sans aucun ordre. Cependant le jour de ton mariage approche, ce jour où lu dois revêtir de riches parures, et en offrir à ceux qui te conduiront vers ton époux. Les vêtements somptueux font acquérir parmi les hommes une renommée qui rend joyeux un père et une mère vénérables. Nausica, dès que brillera la déesse Aurore, allons ensemble plonger ces vêtements dans les ondes du fleuve ; moi, je t’accompagnerai pour t’aider, afin que tout soit prêt promptement ; car tu ne seras pas longtemps vierge. Déjà les plus illustres d’entre les Phéaciens te recherchent en mariage, parce que toi, tu es aussi d’une noble origine. Ainsi donc, dès le lever de la matinale Aurore, engage ton glorieux père à faire préparer les mulets et le char qui doivent transporter tes ceintures, tes manteaux et tes riches vêtements. Il sied certainement mieux à une fille de roi d’aller sur un char plutôt que de se rendre à pied vers ce fleuve, qui est très-éloigné de la ville. »

41 En achevant ces paroles, Athéna aux regards étincelants monte vers l’Olympe où, dit-on, est l’inébranlable demeure des dieux, séjour qui n’est pas agité par les vents, qui n’est point inondé par les pluies et où la neige ne tombe jamais ; mais où circule toujours un air pur, et où règne constamment une éblouissante clarté. Athéna, après avoir donné de sages conseils à la belle Nausica, se dirige vers les célestes demeures où les dieux fortunés se réjouissent sans cesse.

48 La déesse Aurore au trône éclatant parait aussitôt, et elle réveille Nausica aux riches parures. La jeune fille, toute surprise du songe qu’elle vient de faire, se hâte de traverser les appartements pour en prévenir sa mère et son père chéris, qu’elle trouve retirés dans l’intérieur du palais. — La reine, assise près du foyer, et entourée des femmes qui la servent, filait avec des laines teintes de pourpre. Alcinoüs était sur le seuil de la porte : il se rendait, appelé par les nobles Phéaciens, au conseil des illustres chefs de l’île de Schérie. — Nausica s’approche de son père et lui dit :

57 « Père chéri, ne me feras-tu point préparer un char élevé, un char aux belles roues, afin que je puisse plonger dans les eaux du fleuve mes riches vêtements tout couverts de poussière ? Lorsque tu délibères dans le conseil avec les premiers d’entre les Phéaciens, il faut que tu sois couvert de manteaux sans souillure. Eh bien ! mon père, tu as cinq fils dans ce palais : deux sont mariés, et les trois plus jeunes ne le sont pas encore ; ceux-ci veulent toujours, tu le sais, des tuniques d’une blancheur éclatante pour se rendre dans les chœurs et dans les danses, et le soin de préparer leurs tuniques repose sur ta fille chérie. »

Elle dit. Nausica, par prudence, n’osait parler à son père de son prochain mariage. Mais Alcinoüs pénétrant la pensée de sa fille lui répond par ces mots :

68 « Mon enfant, je ne te refuserai ni mes mules, ni rien de ce que tu me demandes. Va, mes serviteurs te prépareront un chariot élevé muni d’une corbeille habilement tressée. »

Aussitôt il donne des ordres à ses esclaves, et tous s’empressent d’obéir. Les uns font sortir de la cour le chariot aux belles roues ; les autres conduisent les mules hors du palais et les attellent au chariot. La jeune fille apporte ses riches vêtements et les dépose sur l’élégant chariot. Sa mère place dans une corbeille des viandes de toute espèce, des mets délicieux, et verse du vin dans une outre de peau de chèvre ; (la jeune fille monte sur le char)

et la reine lui donne une huile ondoyante contenue dans une fiole d’or pour qu’après le bain elle puisse se parfumer avec les femmes qui l’accompagnent. Nausica saisit alors le fouet et les rênes brillantes ; elle frappe les mules pour les exciter à courir, et l’on entend aussitôt le bruit de leurs pas. Les mules s’avancent rapidement en emportant les riches vêtements de la jeune princesse suivie des femmes qui la servent.

85 Bientôt elles arrivent vers le limpide courant du fleuve ; là, dans des bassins intarissables, coule avec abondance une eau pure qui enlève rapidement toutes les souillures. Les suivantes de Nausica détellent les mules et les dirigent vers les rivages du fleuve pour qu’elles broutent les doux pâturages ; puis les femmes sortent du char les somptueux vêtements de la jeune fille, les plongent dans l’onde, et les foulent dans les bassins en luttant de vitesse les unes avec les autres. Lorsqu’elles ont ôté toutes les souillures qui couvraient ces riches étoffes, elles étendent les vêtements sur la plage en un lieu où la mer avait blanchi les cailloux ; elles se baignent ensuite, se parfument d’une huile onctueuse et prennent leur repas sur les rives du fleuve en attendant que les rayons du soleil aient séché les superbes parures de la belle Nausica.

Si vous voulez jouer… je vous propose quelques mots, autour, bien sûr, de l’eau et de la lessive, vous vous en doutiez… A vous de « remonter » au texte grec pour les retrouver, sachant que les numéros des vers sont là pour vous aider aussi!

Vous pouvez aussi préférer une traduction juxtalinéaire comme celle-ci.

Mais avant, prenez l’alphabet grec et reconnaissez les noms propres…

Facile, non? Vous pourrez remarquer que des mots assez longs sont souvent placés auprès d’eux. C’est un trait de style caractéristique des poèmes homériques. Un exemple? γλαυκῶπις Ἀθήνη = Athéna aux yeux pers.

Une difficulté toutefois : comment reconnaître « Ulysse », alors que vous ne trouverez aucun mot grec qui lui ressemble? Eh bien, il est ici : Ὀδυσσῆι μεγαλήτορι… Oui, vous l’avez compris, « Ulysse », en grec, c’est « Odysseus », comme le titre de l’oeuvre… le i dit grec n’existant justement pas en grec est un upsilon… Nouveau jeu : qui a droit en grec au même adjectif qu’Ulysse, alors que, dans le texte en français, il est traduit différemment? Et, puisqu’on y est, quel point commun entre cet adjectif et la « mégalomanie » ou une « magalopole »?

Revenons à Nausicâ…. Quels sont les qualificatifs qui lui sont donnés? Trouvez les en français, mais surtout en grec… Car malheureusement la traduction en une expression parfois un peu lourde trahit la beauté des mots grecs. Prenons cet exemple : « Ναυσικάαν ἐύπεπλον »… au passge, notez le préfixe « eu », qui signifie « bien » cf « euphémisme », et la seconde partie du mot qui peut évoquer certains mauvais films mettant un scène une Antiquité de pacotille… On retrouve le préfixe « eu » dans l’épithète liée à l’Aurore « Ἠὼς… ἐύθρονος », littéralement « au beau trône ». Avouez qu’on a plutôt l’habitude de la voir sur un char, non?

Pour rire un peu, une interprétation plus que tardive de cet épithète… sur une plaque de cheminée!

Je vous laisse poursuivre ce petit jeu, et en arrive au second. Il consiste à retrouver quelques mots en lien avec notre thème, la lessive, de l’eau à l’air… sans passer par les cendres, ici…

On lave dans le fleuve.. Si vous pensez à un gros mammifère qui vit dans l’eau douce, vous n’aurez pas de mal à trouver le terme grec dans le texte. Quant à la mer, facile! Pensez à une émission de télévision, à un bateau célèbre ou à des cures bien agréables… Ce fleuve est « plus que beau », « περικαλλέ᾽ », où vous reconnaissez peut-être le « kalos » de l’autre jour… Il a une rive escarpée « ὄχθη », et se jette dans la mer sur une belle plage de sable, « une rive en pente douce, avec du sable « θίς »…

Un très beau passage sur l’eau, je ne sais si vous l’avez remarqué? Essayez de le lire à haute voix, pour en apprécier les sonorités…

Αἱ δ᾽ ὅτε δὴ ποταμοῖο ῥόον περικαλλέ᾽ ἵκοντο, 85
ἔνθ᾽ ἦ τοι πλυνοὶ ἦσαν ἐπηετανοί, πολὺ δ᾽ ὕδωρ
καλὸν ὑπεκπρόρεεν μάλα περ ῥυπόωντα καθῆραι,
ἔνθ᾽ αἵ γ᾽ ἡμιόνους μὲν ὑπεκπροέλυσαν ἀπήνης

Maintenant que vous connaissez le terme qui désigne le fleuve, vous pouvez trouver, juste à côté, celui qui a trait à son cours, au flux… et qui est présent dans des mots français sous la forme « rhée »… dont des liquides moins limpides! Le rho n’est pas suivi d’un « h » en grec, mais surmonté d’une sorte de croissant de lune tourné vers la droite (comme lun descendante)… C’est ce qu’on appelle un « esprit », qui transcrit une aspiration, que l’on retrouve dans la graphie actuelle sous forme de « h »… Du coup, allez-vous trouvez le mot qui désigne l’eau? Vous le repérez? Pensez à tous les mots composés avec lui, en français : mesure de l’humidité, avion capable de se poser sur l’eau, choc thermique dû à la différence de température entre l’eau et la peau, etc… Il y en a bon nombre! L’eau est vive… Nous avons déjà évoqué son flux, on peut y ajouter les tourbillons « δινήεις, εντος : tourbillonnant » qui ont creusé la roche « βόθρος, ου : trou naturel, bassin ».

On trouve même un lexique très spécifique, lié à la lessive – le fait de laver ce qui est sale « πλύνω : laver, et son composé conjugué : ἀποπλύνεσκε : « lavait d’habitude »; ῥύπα : ce qui est sale » – comme στεῖβον < στείβω : fouler aux pieds du linge pour le nettoyer. Les jeunes filles foulent le linge au pied, avant de l’étendre sur des pierres blanchies par les flots et chauffées par le soleil. Elles en profitent alors pour s’adonner au plaisir du bain, puis s’oignent d’huile… Je vous laisse imaginer… ou lire… la suite… Un indice dans ce tableau (pour une iconographie assez fournie sur le héros et les Phéaciens, voir ce site)

Ulysse et Nausicaa, Bernard Buffet (1994)

De l’eau à l’air en passant par les cendres…

La brume a envahi la campagne en cette aube d’avril, et le murmure de la Pâturette se transforme en plainte, faisant écho à mes tourments. C’est le moment d’évoquer un jeune poète libertaire, Gaston Couté. Pourquoi jeune?, me direz-vous peut-être. Parce qu’il est mort à 31 ans. Eh oui, il n’a même pas atteint l’âge d’un certain Alexandre ni d’un certain Jésus… Un écrivain qui n’a pas renié ses origines, car il a parfois écrit en beauceron, ni sa famille (son père était meunier), comme en atteste la pièce choisie aujourd’hui, dans la mini-série que je consacre cette semaine au linge, à son traitement et à celles (pas trouvé de « ceux »…) qui le traitaient jadis, voire naguère…

Femme lavant du linge, Edouard Paris

Je suis parti ce matin même,
        Encor saoul de la nuit, mais pris
        Comme d’écœurement suprême,
        Crachant mes adieux à Paris.
        …Et me voilà, ma bonne femme,
        Oui, foutu comme quatre sous.
        …Mon linge est sale, aussi mon âme…
            Me voilà chez nous !

Refrain

            Ma pauvre mère est en lessive.
Maman, Maman, Maman, ton mauvais gâs arrive
            Au bon moment !…


        Voici ce linge où goutta maintes
        Et maintes fois un vin amer,
        Où des garces aux lèvres peintes
        Ont torché leurs bouches d’enfer…
        Et voici mon âme, plus grise
        Des mêmes souillures — hélas !
        Que le plastron de ma chemise
            Gris, rose et lilas…


        Au fond du cuvier, où l’on sème,
        Parmi l’eau, la cendre du four,
        Que tout mon linge de bohème
        Repose durant tout un jour…
        Et qu’enfin mon âme, pareille
        À ce déballage attristant,
        Parmi ton âme — ô bonne vieille ! —
            Repose un instant…

        Tout comme le linge confie
        Sa honte à la douceur de l’eau,
        Quand je t’aurai conté ma vie
        Malheureuse d’affreux salaud,

        Ainsi qu’on rince à la fontaine
        Le linge au sortir du cuvier,
        Mère, arrose mon âme en peine
            D’un peu de pitié !


        Et, lorsque tu viendras étendre
        Le linge d’iris parfumé,
        Tout blanc parmi la blancheur tendre
        De la haie où fleurit le Mai,
        Je veux voir mon âme, encor pure
        En dépit de son long sommeil,
        Dans la douleur et dans l’ordure,
            Revivre au Soleil !…

Gaston Couté, La Chanson d’un gâs qu’a mal tourné, 1928

Paysanne étendant du linge, Berthe Morisot (1881)

Le recueil contenant ce poème a eu un succès certain, car il a donné lieu à un nombre d’éditions impressionnant, jusqu’à une époque récente. Il faut dire que son auteur est fascinant, et d’une « épaisseur » et « profondeur » frappantes. Pour découvrir son oeuvre, un site qui lui est consacré. On y trouve aussi un article intéressant sur la langue employée, et une discographie (non exhaustive, est-il précisé). Car ses poèmes ont été interprétés par de nombreux/ses artistes, depuis 1930. Pour ne prendre que celui qui fait l’objet de cet article, on en trouve des versions diverses sur le net. Je ne suis pas parvenue à trouver celle de Brassens, en 1953. Il se trouvait classé parmi « Les poètes maudits », titre de l’album.

Echec aussi pour un certain « Francis Cover », dans l’album Panaches de 1963, dix ans plus tard. Par contre, vous allez pouvoir l’écouter, interprété, la même année, par la belle voix grave de Monique Morelli (1923-1993).

Une interprétation beaucoup plus moderne, par le groupe Le Ptit Crème (le titre figure sur un album de 1976), sera l’occasion pour vous de découvrir une iconographie intéressante sur Gaston Couté. Totalement différente est celle, à peine plus ancienne, de Gaston Pierron. Pour ma part, j’aime aussi beaucoup celle de Loïc Lantoine avec sa belle voix grave un peu éraillée… Pas trouvé celle de Rémo Gary en 2000, mais celles de Gabriel Yacoub, dont YouTube offre diverses versions en live, selon les lieux et les époques. Je terminerai cette énumération qui peut vous paraître lassante par une voix de femme, de nombreuses années après Monique Morelli, dans le disque de La Bergère (2002). Cependant, je ne voudrais pas laisser de côté ceux qui ont joué autant, sinon plus, que chanté les poèmes de Couté. Bernard Meulien a interprété le poème, mais là aussi j’ai fait chou blanc sur le net et ne puis vous proposer de l’entendre que dans une autre oeuvre, Sacré petit vin nouviau. La liste des interprètes est remarquablement longue… Et si vous voulez en savoir davantage, n’hésitez pas à aller voir le site que Bruno Daraquy a monté autour de  » Gaston Couté, l’insurrection poétique « .

Mais revenons à la lessive, de l’eau à l’air (en passant par la cendre… belle symbolique de la vie humaine!)… Plus je recherche sur le net, plus je suis étonnée du nombre incroyable d’oeuvres d’art qui ont eu pour sujet la lessive, dans toutes ses phases, depuis le transport du linge sale jusqu’au moment du repassage final (que je ne fais pas pas entrer dans cette catégorie). Et ce, dans des environnements très divers. Les cartes postales sur ce thème ne manquent pas non plus. Et que dire des affiches! Puisque le poète parle du parfum de l’iris, je vais terminer par une touche d’humour… noir pour rire jaune, avec celle-ci, qu’a peut-être utilisée sa mère, puisqu’elle date de la fin du 19ème siècle (1892).

Bugadiera/o et bugada/o…

Je ne peux pas évoquer les lavandières, laveuses et autres lingères sans parler de la bugadière, en nissart « bugadiera » évidemment!

A Nice, des bugadières privées d’eau

Si elles ont disparu, ce n’est pas uniquement dû aux inventions techniques. A l’heure actuelle, même s’il en existait encore, vous ne pourriez pas les voir à cet endroit…

Bugadières autour de 1900

Pourquoi? Tout simplement parce qu’on ne voit plus couler le Palhon, Païoun, Paillon dans Nissa la Bella… Il a été enfoui, caché, comme s’il était honteux, hideux… Lui, le ruisseau-fleuve descendu de l’arrière-pays pour rejoindre la Méditerranée en plein coeur de la ville… Lui, qui reliait les montagnards aux marins, du Mont Auri à ce qui allait devenir la Promenade des Anglais… Lui, si impétueux l’hiver mais si discret en étiage… Totalement couvert, recouvert, rendu invisible sous ce qui est devenu le haut-lieu des rencontres de toutes sortes : théâtrales, muséales, littéraires… et le site des congrés, des promenades, des jardins d’enfants aux monstres ligneux…

Tirage d’après les plaques de verre originales de Jean Giletta,
propriété de la maison d’édition éponyme fondée en 1880 à Nice

La plus célèbre des bugadières

L’héroïne de la ville, Catarina Segurana, était selon la légende une « bugadiera ».

 » Catarina Segurana es presentada souta lu trat d’una frema dóu poble, budagièra de coundicioun. L’istoria vóu qu’aurìa per cas, de l’assèdi de Nissa dóu 1543, amassat d’un còu de massòla, un pouòrta-ensigna turc li raubant, en meme temp, la bandièra desenemiga. « 

Cette « massola », c’est un battoir à linge, qu’elle aurait tenu à la main en se précipitant, en tête de quelques soldats, au-devant des envahisseurs franco-ottomans, et avec lequel elle aurait frappé violemment un janissaire dont elle aurait volé l’étendard, avant de galvaniser la résistance au point de faire reculer l’ennemi.

La bugadiera et son battoir à linge (1923)
Faula o realità, Catarina, seras toujou lou
sìmbolou dóu courage e l’image de la voulountà
de vinche, quoura lu « tiéu » soun en lou dangié, lou
poudé de magnetisà, d’afoucà lu tihoun en la
mauparàda.
Noun soun li coulou, noun soun li fourma que
pouòdon definì la bèutà…
La Beutà… es lou « plen d’estre ». Es per acò,
Catarina, que lu Nissart an toujou, embarbat en
lou couòr, lou pantai que li as laissat.
Ahì ! lu Nissart, lu Seguran…
le symbole du courage et l’image de la volonté de
vaincre, quand les « tiens » sont en danger,
le pouvoir de magnétiser, d’enflammer les tisons dans
les « mauvaises passes ».
Ni les couleurs, ni les formes peuvent définir
la beauté…
La Beauté… c’est la « plénitude d’être ».
C’est pour cela Catherine, que les Niçois ont
toujours dans le coeur le rêve que tu leur a laissé. Oui
! les Niçois, les Seguran…
Henri Land
Source : La Countea

Une chanson de 1913 met en scène la jeune femme, avec sa « massa », dans le premier couplet, et insiste sur le surnom des Niçois, issu de son nom.

Terra doun l’eroisme poussa,
Brès de Massena e de Pepin,
Tu qu’as vist fuge Barbaroussa
Davan la massa de Catin,
O Nissa, la tan bèn noumada,
Filhola dei fier Phoucean,
Escout’ ancuei dei tiéu enfan
Toui lu laut e li allegri chamada.
 Terre où l’héroïsme pousse,
Berceau de Masséna (1) et de Pépin (2),
Toi qui a vu fuir Barberousse (3)
Devant la masse (4) de Catherine,
Ô Nice, la si bien nommée (5),
Filleule des fiers Phocéens,
Écoute aujourd’hui de tes enfants
Toutes les louanges et les allègres aubades.

Refren                
Flou dòu païs ligour,
Nissa, lou nouostr’ amour,
Ti saludan
E ti cantan :
« Viva lu Seguran ! » (bis)
 Fleur du pays ligure,
Nice, notre amour,
Nous te saluons
Et te chantons :
« Vive les Séguran ! » (bis)
Innou Seguran, couplet 1 et refrain
Source : Mùsica tradiciounella de la countéa de Nissa

Une autre chanson la met en scène avec son battoir

Catarina Segurana, erouina dei bastioun,
Catarina Segurana, que desfendia maioun,
Noun pougnèt emb’un’espada,
Noun bussèt emb’un bastoun.
Manejava una massola
Per picà sus lu nemic !
Pica ! Pica ! Pica ! Pica !
Per picà sus lu nemic !
Li bandièra li escapon,
Si vé pu que li esclapa,
Es la vergougna dei nemic !
 Catherine Ségurane, héroïne des bastions,
Catherine Ségurane, qui défendait [les] maisons,
N’empoignait pas une épée,
Ne cognait pas avec un bâton.
Elle maniait un battoir
Pour frapper sur les ennemis !
Frappe ! Frappe ! Frappe ! Frappe !
Pour frapper sur les ennemis !
Les bannières leur échappent,
On ne voit plus que les [membres] éclatés,
C’est la honte des ennemis !
Ma qu’era Catarina Segura ? couplet 3
Source : Mùsica tradiciounella de la countéa de Nissa

Je n’ai trouvé ni tableaux ni chansons mettant en scène les lavandières à Nice. Par contre, on obtient sur le net un grand nombre d’informations sur la bugada et ses praticiennes en Provence.

Bugadières en Provence

La bugadiera est d’ailleurs un des santons de certaines crèches provençales.

Bugadiera, santon
La marque sur le battoir indique « M. Chave, Aubagne »
Le petit-fils de Marius Chave est toujours santonnier à Aubagne

Mistral a apporté une explication au terme « bugado » ou « bugada », selon les parlers, la « grande lessive » en Provence.

« Le mot bugado vient de bou, bouc, trou, parce que la lessive est proprement l’eau qui passe par le trou du cuvier. »

C’est lui aussi qui évoque les dictions liés aux lavandières.

« « Tan plan l’ivèr coume l’estiéu, li bugadiero van au riéu. » (Lou Tresor dóu Felibrige), dont la traduction pourrait être : « Tant l’hiver que l’été, les bugadières vont au ruisseau » ; ou le plus ironique : « Li bugadieros dóu riéu/ Manjarien soun ome viéu. » (Lou Tresor dóu Felibrige) « Les bugadières du ruisseau/ Mangeraient leur mari (tout) vif ». »

J’ai trouvé ces informations, ainsi que celles qui suivent, sur un site qui est une mine en ce domaine : Occitanica

« D’autres, au contraire, relèvent les traits généralement associés à ces femmes, et aux discussions autour du lavoir, lieu où se transmettent les informations (et les rumeurs). Tel est ainsi le cas de : « front de bugadiero, effronterie de harengère ; que bugadiero ! Quel bavard ! » (cf. Frédéric Mistral, Lou Tresor dóu Felibrige, définition de Bugadiero). C’est d’ailleurs le nom de cette profession que le Niçard J. Bessi choisit en 1871 pour baptiser son nouveau journal (La Bugadiera, Nice, 1871-1880). On dit aussi : « Lengut coma una bugadièra » (avoir la langue bien pendue comme une bugadière).

Notons enfin quelques expressions et dictons relatifs à la pratique :

« Que fai bugado entre Caremo e Carementrant/ Li bugadiero moron dins l’an. » : Qui fait sa lessive entre Carême et Carême-prenant, la bugadière meurt dans l’année. (superstition particulièrement répandue semble-t-il et relevée par de nombreux collecteurs).

« Las sorbras dal flascon de las bugadièiras garisson las fèbras » : Les restes de la gourde des lessiveuses guérissent les fièvres. Ce dicton souligne la réputation de bonne santé de ces bugadièras, solides travailleuses dont les « cueissas frescas » (Cf. ouvrage Grabels) furent également vantées. »

Enfin, au risque d’être prise en flagrant délit de copier-coller, je reprends sur le même site un extrait d’un poème sur la bugada, avec les deux graphies.

La bugado/ La bugada

Se soun lebados pla mati/ Se son levadas plan matin

Las labairos, e, per parti,/ Las lavairas e, per partir,

Biste, sans se trop escouti,/ Viste, sans se tròp escotir,

Cadunp al galop s’es coufado ;/ Caduna al galòp s’es cofada;

D’un grand pas lou pitiou troupel/ D’un grand pas lo pichon tropèl

Camino cat al ribatel ;/ Camina cap al rivatèl;

Dins de descos, sul toumbarel/ Dins de descas, sul tombarèl

Lous beus ban traina la bugado./ Los buèus van trainar la bugada.

Froment, Paul, A trabès régos : rimos d’un pitiou paysan, Villeneuve-sur-Lot ; impr.B. Delbergé, 1895. Texte original et transcription en graphie standardisée.

Il existe beaucoup de textes sur « la bugada ». En voici un récent, qui explicite la tradition en langage poétique.

Autrefois, deux fois l’an, c’était « la bugado » :
Quel tintouin, mes amis, et quel remue-ménage !
Dès l’aube du lundi tout d’abord le trempage
Dans l’eau additionnée de soude en gros cristaux ;

Un rinçage abondant ; et puis on préparait
Le cuvier tapissé d’un drap ou d’un tissu ;
On y mettait le linge, un autre drap dessus
Où l’on plaçait les vieilles cendres du foyer ;

Sur l’ensemble on versait alors de l’eau bouillante
Qui coulait dans un seau placé sous un trépied ;
Ca durait une nuit où tous se relayaient :
De l’eau, encor de l’eau, dans des vapeurs ardentes…

On empilait le linge en tas sur la brouette
Pour aller le rincer plus loin à la rivière
Ou au lavoir, selon… Et là les lavandières
Frottaient encore un coup torchons et serviettes,

Camisoles, jupons… Rinçages abondants,
Encor un et puis deux… Ensuite l’essorage…
L’étendage sur l’herbe … et la fin de l’ouvrage !
En est-il pour encor vanter  « le bon vieux temps » ? »

Vette de Fonclare

La lavandière, Alphonse Moutte (1882)

Le linge

De la laveuse aux lavandières, sans parler des lingères, nous voici arrivés au linge… qui était au départ de cette « série », car j’avais découvert un tableau qui m’avait intriguée.

Pourquoi, me direz-vous, ne pas avoir commencé dès lors par celui-ci? Tout simplement parce que je ne parvenais pas à en trouver l’auteur-e… Et je ne l’ai pas trouvé, malgré l’appel à l’aide lancé hier auprès d’un spécialiste – pour ne pas le citer, le créateur de UN jour UN tableau, qui finira, je pense, par trouver…

A ce propos, je ne sais pas si vous êtes allé-e-s voir sa page hier, mais les tableaux et textes choisis en réaction à mon article sont magnifiques et nous font voyager de la Provence (avé l’assent) à la Bretagne, « ma bro » d’adoption (de Pen Ar Bed à Mor Bihan), en passant par les bords de Seine. J’ai découvert Clotaire Breton, « Lavandières de Saint-Martin » (1979) – sur le blog indiqué, un long passage évoquant le passé, extrait de « La Lessive » in « La vie rurale dans le Mantois et le Vexin au XIXe siècle » (Bougeatre, 1971), qui m’a rappelé les récits d’une de mes grands-mères, lorsqu’elle m’expliquait à quel point les machines à laver avaient révolutionné littéralement la vie des femmes, ce que, petite fille, j’avais du mal à comprendre, et que je n’ai saisi qu’en observant la vie quotidienne dans l’Atlas, ou plus tard, en Guinée Forestière…

Voici le tableau en question. Qui se cache derrière le linge?

Titre et artistes inconnus… help!

Après l’oeuvre – un peu longue, non? – de Brassens hier, j’ai choisi un poème vietnamien, de Pham Ho, qui a été adapté en français par Pierre Gamarra (vous savez, celui qui a écrit il y a plus de dix ans un poème sur Le Microbe et le Savon – bon il a confondu microbe et virus, mais quand même! ) et publié dans Le Trésor de l’Homme. Une parenthèse à propos de ce livre méconnu : en le recherchant sur le net, j’ai découvert qu’il était en vente à la boutique de livres d’occasion d’Emmaüs. Je ne sais pas si vous connaissez « Le lien – Pages solidaires« ? Et je me permets une nouvelle parenthèse : le commentaire d’un de ses lecteurs, sur Babelio, qui peut vous donner une idée d’évasion littéraire…

 » Publié en 1978, cet assemblage de contes, fables et poèmes n’a pas pris une ride. On sort de sa lecture apaisé et plein de bonnes ondes. La plupart de ces textes se transmettent oralement entre générations et font la part belle à la faune et flore, la poésie et une certaine vision harmonieuse de la vie. Rafraîchissant ! »

Antoine Trémolières (Editions La Farandole Paris Vie, 1978)

Dans le matin frais et charmant

maman étend du linge blanc

et lorsque enfin le jour décline

maman rentre la toile fine.

Bébé demande en la palpant :

– Où donc est l’eau du linge blanc ?

– Le soleil est venu la boire.

– Vraiment, je ne peux pas le croire !dit Bébé.

Personne n’a vu Monsieur Soleil quand il a bu !

Le lendemain, Bébé transporte

une jatte d’eau près des fleurs ;

puis, caché derrière une porte,

il guette le soleil buveur.

Pham Ho, adaptation Pierre Gamarra

Manet, Le Linge (1875)
Source

Parmi les lavandières

Lavenderas de Sienna, Andres di Santamaria

Un texte de Brassens, extrait de « Les amoureux qui écrivent dans l’eau » (1954), texte que je ne connaissais pas du tout, découvert par ce beau matin d’avril alors que je recherchais des poèmes traitant de « lessive », en écho à ce que j’ai publié à l’aube. Bourré de références qu’il vous faudra décrypter, à moins que vous ne préfériez vous laisser aller à l’humour léger pour commencer (ou poursuivre) votre journée…. A déguster avec gourmandise et plaisir…

Un minuscule lavoir rudimentaire qui tombe de vétusté.
Entrent les jeunes lavandières.

Certaines portent le linge à laver sur leur tête, d’autres poussent une brouette.

Elles tournent en rond et chantent.



LE
CHŒUR
DES
LAVANDIÈRES

Maudits les pourceaux qui font
La lessive, la lessive.
Maudits les pourceaux qui font
La lessive du
Gascon.

LAVANDIÈRE
SOPRANE

La lessive, la lessive,

LE
CHŒUR
DES
LAVANDIÈRES

La lessive du
Gascon.

LAVANDIÈRE
CONTRALTE

La lessive, la lessive,

LE
CHŒUR
DES
LAVANDIÈRES

La lessive du
Gascon.





LA
NYMPHE
DE
LA
MER
BALTIQUE

Voici les jeunes lavandières,

Les manieuses de battoirs

Qui de la source à l’embouchure,

De l’étoile de l’aube à l’étoile du soir

Se chamaillent avec la crasse

D’autrui.



LE
CHŒUR
DES
LAVANDIÈRES

Maudits les pourceaux qui font
La lessive, la lessive
Maudits les pourceaux qui font
La lessive du
Gascon.

Elles ont rangé les brouettes et s’arment de leurs battoirs pour se mettre à l’ouvrage.

Entrent en grand désordre les jeunes amoureux qui écrivent sur l’eau.

Les lavandières les entourent; elles dansent en rond autour d’eux.
Elles brandissent leurs battoirs et font mine de les battre.
Elles chantent.



LE
CHŒUR
DES
LAVANDIÈRES

Voici les pourceaux qui font
La lessive, la lessive
Voici les pourceaux qui font
La lessive du
Gascon.



LA
NYMPHE
DE
LA
MER
BALTIQUE

Il serait vain de tirer le rideau,

Ce n’est pas une pierre de scandale,

Les jeunes amoureux qui écrivent sur l’eau

Ont coutume de retourner leur linge sale.



VÉNUS
HOTTENTOTE

Le donner à laver !

YAMUBA-PIED-MENU

Ils sont légers d’argent.

ÉGÉRIE
TOMAHAWK

Et trop bien élevés

Pour confier aux gens

Leurs divers soins de propreté.

LA
NYMPHE
DE
LA
MER
BALTIQUE

Quoique à leur sens les lavandières soient des garces

De fougueuses langues d’aspic.

Quant à s’en occuper eux-mêmes,

Croix de paille ; ils n’ont ni le temps

Ni le courage, ils sont des vic-

Times de la déesse
Flemme…

Le sexe de la grâce au reste

Ajoute encore à ce rustique

Et de pied en cap son costume

Relève de la botanique.

S’avance vers les nymphes
Aline.
Une courte jupe en coquelicot moule ses formes volubiles.



ALINE

Une jupe en coquelicot

«
Ami, aimons-nous au plus vite »

Une jupe en coquelicot

«
Ami, aimons-nous au plus tôt ».

Mademoiselle
Trois-Etoiles s’avance à son tour vers les nymphes.
Elle est coiffée d’un béret de lierre.



MADEMOISELLE
TROIS-ETOILES

Une coiffe en lierre pistache

«
Ami je meurs ou je m’attache »

Une coiffe en lierre pistache

«
Ami je m’attache ou je meurs ».

Entre
Fanchon.
Elle est vêtue d’un corsage en pervenche.
Un sein déborde le corsage.

FANCHON

En pervenche le canezou «
Ami c’est à vous que je rêve »
En pervenche le canezou «
Ami je ne rêve qu’à vous ».

LE
CHŒUR
DES
LAVANDIÈRES

Maudits les pourceaux qui font
La lessive, la lessive
Maudits les pourceaux qui font
La lessive du
Gascon.

LE
FACTOTUM
DES
JEUNES
AMOUREUX
De quoi vous mêlez-vous, gâteuses de rivière ?

LE
CHŒUR
DES
LAVANDIÈRES

Nous nous mêlons de nos affaires…
Que laveraient les lavandières
Si chacun suivait votre exemple !

LE
FACTOTUM

Baste, elles ne laveraient pas ;

Il y a dans le ciel d’autres choses à faire.



LE
CHŒUR
DES
GOUTTES
D’EAU

Elles nous laisseraient tranquilles.

Du pied du col de la
Furka jusqu’en
Camargue

Des
Pyrénées espagnoles jusqu’à
Royan

De
Saint-Germain source
Seine jusqu’à
Honneur

Et du mont
Gerbier-de-Jonc jusqu’à
Saint-Nazaire,

Ainsi que de n’importe où jusqu’à n’importe où

Nous nous promènerions toujours fraîches et pures.

LE
CHŒUR
DES
LAVANDIÈRES
Mais alors que mangeraient-elles ?

LE
FACTOTUM

Baste, elles ne mangeraient pas ;

Il y a sous le ciel d’autres choses à faire !

LE
COQ
BRAHMAPOUTRE suivi de la majeure partie des poules de l’endroit.

Nous pourrions conserver nos cuisses et nos ailes
Et mourir de mon naturelle.

LE
CHŒUR
DES
LAVANDIÈRES

Mais alors comment vivraient-elles ?

LE
FACTOTUM

Baste, elles cesseraient de vivre

Il y a sous le ciel d’autres choses à faire…

LE
CHŒUR
DES
MÈTRES
CUBES
D’AIR

Des poumons de moins à gaver !



LE
CHŒUR
DES
LAVANDIERES

Que deviendraient alors les demoiselles smart
Les généreuses demoiselles smart
Qui changent souvent de chemise
Et nous en confient la lessive !

LE
CHARMANT
DISCIPLE
D’APELLE

Elles feraient ce que les autres font

La lessive tout court ou celle du
Gascon.

HUON-DE-LA-SAÔNE

Et demain quand viendra l’usage
De retourner son linge sale
Pour paraître up to date on les érigerait
En élégantes d’avant-garde…

LE
CHŒUR
DES
CRASSEUX
OPINIÂTRES
Oh, l’agréable compagnie !

LE
CHŒUR
DES
LAVANDIÈRES faisant mine de battre les jeunes amoureux.

Y songez-vous, tas d’enragés
Les demoiselles smart contraintes
De décrasser leur linge
Ou de n’en pas changer.

LAVANDIÈRE
SOPRANE
Leurs purs appas couverts de malpropre linon ?

LAVANDIÈRE
CONTRALTE

Leurs phalanges rongées par la potasse ?



LE
CHŒUR
DES
LAVANDIÈRES

Ah non !

LE
CHŒUR
DES
FRÈRES
ET
SŒURS
CADETS
DES
JEUNES
LAVANDIÈRES

Ah non, car de ce fait leurs mains seraient plus dures
Et plus durs leurs va-te-laver sur nos figures…



LE
VIEUX
PROPHÈTE
DE
CORMEILLES

Elles inciteraient leurs pères cacochymes
A fabriquer plus de laveuses mécaniques.

Surgissent quatre ou cinq carrosses dorés.
Ce sont les demoiselles smart.
Leurs valets de pied s’empressent d’ouvrir les portières.

Les demoiselles descendent de voilure.
Elles sont accompagnées des meilleurs parfumeurs qui pour annihiler les effluves tenaces de la savonnette à vilain pulvérisent de l’opopanax dans leur sillage.



LE
CHŒUR
DES
DEMOISELLES
SMART aux jeunes lavandières.

A la bonne heure nécessaire,
Pour avoir pris notre défense
Contre ces personnes sans branche,
Ces personnes de basse source,
Vous laverez en récompense
Deux chemises supplémentaires
Que nous souillerons dans ce but.

Comme une seule, toutes les lavandières se jettent à plaît-il maîtresse aux pieds des généreuses demoiselles smart.



Elles font le chien couchant.
Fanatiquement elles baisent les semelles de leurs maîtresses.

LE
CHŒUR
DES
LAVANDIÈRES

Dieu vous bénisse, généreuses demoiselles,
A jamais pour vous notre zèle.

LE
FACTOTUM

Ainsi soit-il ; à votre guise
Rien n’est au reste plus grisant
Que le spectacle d’une esclave agonisant
Sous le talon d’une marquise…

LE
CHŒUR
DES
JEUNES
AMOUREUX

…………
DES
VOLATILES

…………
DES
MÈTRES
CUBES
D’AIR

…………
DES
GOUTTES
D’EAU

…………
DES
CRASSEUX
OPINIÂTRES

De-Ca-ra-bas.
De-Ca-ra-bas.
De-Ca-ra-bas.

Entre une troupe de lévriers de bourreau armés jusqu’aux dents.

Ils sont guidés par les valets de pied des généreuses demoiselles smart.

LE
VIEUX
PROPHÈTE
DE
CORMEILLES aux valets de pied.

Sycophantes à vos moments ?

LE
CHARMANT
DISCIPLE
D’APELLE
Quand les pots de chambre sont vides.



HUON-DE-LA-SAÔNE
Et que les bottes sont cirées.

ROBIN-PÉCHE-EN-EAU-DE-BOUDIN
Et les écuries nettoyées.

LES
LÉVRIERS
DE
BOURREAU

aux jeunes amoureux.

Circulez, circulez, circulez, circulez.

Ils brandissent leurs matraques.
Les jeunes amoureux s’échauffent.

LE
FACTOTUM

On leur lance des épluchures à la tête ?

Les jeunes amoureux opinent du bonnet.
Ils se munissent de cailloux et marchent vers les lévriers de bourreau.

Les nymphes s’interposent et pacifient les jeunes amoureux d’un geste.

Ils font alors des ricochets avec leurs projectiles.

LE
CHŒUR
DES
JEUNES
AMOUREUX

Les nymphes ont raison
Les nymphes ont raison.
On ne s’amuse pas à mettre
Flamberge au vent devant des sbires
Quand on a les grandes eaux de
Versailles
Dans la tête.

Entre le nain
Onguent-Miton-Mitaine.
Il va et vient en chantonnant d’un groupe à l’autre.





Parmi les lavandières, Brassens




Lavenderas de La Varenne, Martin Rico y Ortega
Source

Printemps

Au printemps nous voyons

refleurir aux fenêtres

les jolies lingeries,

et les prés sont parfois

de draps blanc embellis…

La Pâturette bruit.

La lavande endormie

Le narcisse épanoui

la berge du ruisseau

attend la lavandière…

La Pâturette bruit.

Petite laveuse (Muenier, 1910)


Parad’Islande

Auður Ava Ólafsdóttir

Je viens de terminer la lecture d’un livre qui m’a apporté une bonne dose d’évasion… Evasion par la beauté du texte. Evasion par l’originalité de l’histoire et la densité du personnage principal, une femme se réalisant dans la poésie et la nature. Evasion enfin par le pays de son auteur : l’Islande. Et puis, volcans et glace… quelle meilleure symbolique des tensions qui nous animent ?

En route vers le Nord…

Au moment où j’écrivais la légende de l’illustration précédente, je me suis rendu compte du paradoxe : j’avais écrit « vers le Nord », alors que l’héroïne du roman prend son essor en se dirigeant vers le sud, la chaleur, le soleil…
Ce matin, j’ai donc eu envie de vous emmener dans ce pays dont nous connaissons peu, je pense, la production artistique. Je ne suis pas parvenue à trouver des traductions complètes des poèmes de celui que je voulais vous présenter. Je vais continuer à chercher. En attendant, pour vous permettre de vous évader à votre tour, j’ai emprunté à Lali, une Québécoise dont je vous recommande le blog, cette oeuvre sur la mer, extraite d’un recueil de Anna Svanhildur Björnsdóttir, Sur la Côte.

Anna Svanhidur Björnsdottir
Source
Tu arrives sur une côte inconnue
mais pourtant tu reconnais tout
ce que tes yeux voient

et tes oreilles distinguent un murmure bien connu
qui t’a toujours manqué

Tu sens sous tes pieds
la douceur du rêve
et les effluves emplissent tes sens
d’une odeur salée

La mer frappe en ton cœur
par ondes régulières
le battement de cœur de la mer
est ton propre battement

et le parfum sur tes lèvres
t’attire enfin là
où tu devais aller

pour trouver
la mer en toi

la mer en moi

L’après-midi d’un faune

Frontispice d’Edouard Manet, édition Derenne, 1876

Je dédie cet article à un ami musicien confiné seul dans sa Bourgogne natale, et qui me soutient chaque jour par des échanges amicaux souvent orientés vers les plaisirs procurés par les sons, qui volent vers les pauvres humain-e-s emprisonné-e-s… C’est lui qui en as choisi le thème, à partir de l’oeuvre musicale de Debussy, Prélude à l’après-midi d’un Faune.

« J’adore cette pièce, pleine de poésie brumeuse, de nonchalance contemplative, et d’une douce et tiède sensualité évanescente (naissante?)…

« Et c’est fortement d’actualité

Lascivité rêveuse…
Et mélancolie latente

L’attente de quoi… » (JL, 13/4/2020)

Je vous propose cet enregistrement de 1989 sous la direction de Leonard Bernstein.

Pour ma part, je vais commencer par le texte, que, je pense, peu de monde connaît dans son entièreté. Il faut dire qu’il est long, cet « églogue », que j’ai copié sur une édition de 1876, numérisée sur le site de la BNF, qui en propose d’autres éditions auxquelles vous pourrez accéder.

Vous pouvez, à votre guise, écouter d’abord la musique, puis lire le poème, ou bien faire l’inverse, ou mener de front les deux… Enfin, pour ce faire, vous êtes totalement libres!!!

Je dois dire que j’ai beaucoup apprécié les illustrations de ce livre, et vais donc vous en proposer quelques-unes, en espérant que leur reproduction est libre de droit, ce dont je ne suis hélas pas certaine. Mais en ces temps difficiles, je pense que des dérogations sont possibles? Quoique…

Cette oeuvre, Mallarmé la dédie à des amis, de manière très explicite.

Léon Cladel (Bracquemont, 1883)
Ecrivain, militant, Quercytain
(1835-1892)
Léon Dierx, poète parnassien
(1838-1912)

Les quatre écrivains étaient de la même génération. Stéphane Mallarmé, né en 1842, était le plus jeune de la bande…

Catulle Mendès, écrivain, librettiste (1841-1909)

Partition originale

Pour en revenir à l’oeuvre de Debussy, voici la version préférée de mon ami. Le Royal Concertgebouw Orchestra y est dirigé par Bernard Haitink. Je vous livre son commentaire.

« Elle est lumineuse et voilée à la fois…. Voilée de mystère. » (J.L.)

Thomas Turner a effectué un diaporama sur la musique de Debussy, interprétée par L’Orchestre symphonique de Montréal, Charles Édouard Dutoit, avec de très beaux tableaux, en grande partie impressionnistes. Je vous conseille d’aller visiter sa page Youtube, il y a beaucoup d’autres propositions sympathiques…

Un parallèle est effectué entre les deux oeuvres, musicale et poétique, dans cet article publié dans la Revue Italienne d’Etudes Françaises.

J’ai recherché des lectures du poème. Il y a celle de Pierre-Jean Jouve, mais je la trouve bien trop « déclamée »… sans doute est-ce dû à la période où elle a été enregistrée… Je préfère largement la version de Gérard Ansaloni, mais attention, il ne reprends que quelques extraits dans Les Faunes.

Cela me donne l’occasion d’un clin d’oeil à un autre de mes amis, musicien lui aussi, poète et amateur de faunes. Il reconnaîtra celui-ci, que je ne puis malheureusement plus aller saluer en ce moment.

Voilà qui constitue une heureuse transition vers un autre art, la danse. Bien sûr, impossible d’évoquer Debussy sans en venir à Nijinski, n’est-ce pas?

Aquarelle de Léon Bakst en 1912 (source)

Voici une version filmée en 1912, superbe. Une belle analyse en est proposée sur ce site. On trouve aussi encore à acheter des livres sur le danseur et chorégraphe, en lien avec le ballet.

1991

Depuis, la chorégraphie a été reprise à maintes reprises, avec plus ou moins de bonheur à mon goût. Un superbe décor pour cette interprétation que je ne parviens pas à dater, mais je ne suis pas séduite. Nureyev en faune / fauve dans cette version, toujours non datée.

Au cinéma, George de la Pena jouant Nijinsky dans le ballet (film éponyme, 1980)…

Je ne puis bien évidemment pas oublier le remake célèbre et fort controversé de la chorégraphie de Nijinsky dans le clip officiel de I want to break free, de Queen (2’12 à 3’10 environ) – ce qui rappelle le spectacle vu cet hiver, dont je vous ai déjà parlé…

Freddie Mercury

PS. Au moment de « boucler » cet article, je découvre un article de France Culture fort intéressant, intitulé « Le faune de Mallarmé, Debussy et Nijinski ou le Scandale des gestes nouveaux« , à lire, écouter, partager…

Et, pour forclore, un émouvant court-métrage au début très « en écho », « Henri Storck, l’après-midi d’un faune » by Colinet André, avec de beaux airs de harpe celtique. Mais pour ouvrir sur l’avenir, une performance alliant vidéo et concert, en 2011, et Muses à découvrir…

Nostalgie

Automat, Edward Hopper (1927)

Ô nostalgie des lieux qui n’étaient point
assez aimés à l’heure passagère,
que je voudrais leur rendre de loin
le geste oublié, l’action supplémentaire !

Revenir sur mes pas, refaire doucement
– et cette fois, seul – tel voyage,
rester à la fontaine davantage,
toucher cet arbre, caresser ce banc…

Monter à la chapelle solitaire
que tout le monde dit sans intérêt ;
pousser la grille de ce cimetière,
se taire avec lui qui tant se tait.

Car n’est-ce pas le temps où il importe
de prendre un contact subtil et pieux ?
Tel était fort, c’est que la terre est forte ;
et tel se plaint : c’est qu’on la connaît peu.

Reiner Maria Rilke
Pâques dans les Ardennes

Tell me, tell me…

Le silence nocturne est impressionnant, en cette nuit de pleine lune… Je me promène dans la nature, éclairée par l’astre insolite presque insolent. La nuit est longue, longue, et j’attends avec impatience le moment où Phoebus chassera Séléné… Les oiseaux sont là pour annoncer la bonne nouvelle. Un nouveau jour se lève. Se lève? Mais c’est le soleil qui se lève, pas le jour! Le choeur des corbeaux est interrompu de temps à autres par les solistes… Le rouge-gorge laisse la place à la mésange, elle-même supplantée par la bergeronnette… Le ciel s’éclaircit, l’horizon rougit, le firmament bleuit…

Nous n’allons pas quitter l’anglophonie aujourd’hui, mais passer du Massachussets au Yorkshire, avec une autre Emily…

Tell me, tell me, smiling child,
What the past is like to thee?
An Autumn evening, soft and mild,
With a wind that sighs mournfully.

Tell me what is the present hour?
A green and flowery spray,
Where a young bird sits gathering its power
To mount and fly away.


And what is the future, happy one?
A sea beneath a cloudless sun;
A mighty, glorious, dazzling sea,
Stretching into infinity.

Emily Jane Brontë

Infinité, Philippe Colin

Je ne vais pas vous copier la traduction en français, mais vous suggérer, si vous la souhaitez (sachant tout le mal que je pense des « traductions » de poèmes…), d’aller sur you tube écouter le poème, vous aurez ainsi accès au sous-titrage… d’une pierre, deux coups…

Une version reliant les 2 poèmes

Certains anthologies présente une version différente de cette oeuvre, en y adjoignant les quatrains suivants, que je vous dévoile donc…

The inspiring music’s thrilling sound,
The glory of the festal day,
The glittering splendour rising round,
Have passed like all earth’s joys away.


Forsaken by that lady fair,
She glides unheeding through them all;
Covering her brow to hide the tear
That still, though checked, trembles to fall.


She hurries through the outer hall,
And up the stairs through galleries dim,
That murmur to the breezes’ call
The night-wind’s lonely vesper hymn.

Vous l’avez deviné, je préfère, pour ma part, les séparer. Mais comme j’aime la plupart des oeuvres poétiques de celle qui a enchanté nos adolescences par son seul roman, que vous l’ayez lu ou dont vous avez peut-être vu une adaptation cinématographique, un poème de plus (ou la seconde partie d’un poème) ne nuit pas au moral…

La source de cette image est pleine de ressources… Allez voir!

Les vers d’Emily ont été lus, déclamés, mis en musique, à moultes reprises. Vous avez déjà entendu la version de Michel Lascault. On trouve en ligne plusieurs vidéos, notamment les enregistrements de Franckie Mac Eachen – ce qui m’a permis de découvrir Radio Theatre Group, soit dit en passant.

Des tonalités fort différentes sont apportées par les interprètes. J’aime particulièrement celle de la chanteuse folk Janet Jones, pour November 1837. Mais aussi la mezzo-soprano Ada Bonora, elle-même écrivaine. Ou encore le choeur Les Spirituelles. Les images peuvent aussi être très belles, comme sur la vidéo de la chanteuse de jazz Lea Castro. Des curiosités visionner, cette vidéo postée par une jeune inconnue qui se surnomme Plumpie Plumpa, la montrant en train de chanter, accompagnée de sa guitare, des poèmes d’Emily Brontë. Et cette autre, dans laquelle une personne illustre un poème. Pas terrible, non? Mais « moins pire » que cette animation! Par contre, j’ai apprécié cette galerie de photos sur les soeurs Brontë, ou encore cette visite de musée (et de cimetières…). Et si vous voulez avoir l’impression d’y être vraiment, un reportage étonnant…

Un petit clin d’oeil à travers le temps… En effectuant mes recherches, j’ai découvert une autre jeune femme qui dit « Tell me », et j’ai envie de vous faire découvrir une forme surprenante de multi-, pluri- et interculturalité, au travers de ce clip de Marwa Loud.