Le temps est incertain en ce dimanche matin, mais qu’à cela ne tienne, deux voitures se dirigent vaillamment vers le Bassin d’Arcachon pour y fêter un anniversaire.
Je connais le bassin, et apprécie toujours de m’y rendre, mais je n’étais encore jamais allée à Lanton. Mais impossible de se perdre : les autorités ont tout fait pour nous rappeler où nous sommes…
Le petit port de Cassy m’a vraiment séduite. Peut-être parce qu’il est plus que calme en ce dimanche de printemps? Je n’avais jamais vu de canards glisser sur la vase…
… ni de barques amarrées dans des bassins…
Impossible d’ignorer la principale activité du coin quand on longe le port.
Et cela tombe bien, puisque c’est ce que nous sommes venu-e-s déguster! Le repas est prévu dans un « cabanon » ou « cabane« , mais pas « tchanquée » (terme qui signifie littéralement « sur échasses », donc sur pilotis). Je vous parlerai des ripailles dans un autre article.
Quittons le port pour nous diriger vers la plage, en longeant le chenal.
Des bourrasques de vent, très violentes, rendent difficile la promenade sur la plage pour la seule intrépide, visiblement, que je suis. Mais elles présentent l’avantage de faire évoluer rapidement les nuages, et le soleil apparaît donc par moments, pour mon plus grand plaisir.
Rien de tel qu’une promenade sur les « planches » pour répondre à cette question. Quittons donc la Presqu’île de la Touques, mon lieu de résidence, pour gagner la rive gauche et rejoindre la plage… Pour ce faire, trois solutions : aller faire le tour par le pont des Belges, qui relie Trou- et Deau-ville, prendre le bac (mais il ne fonctionne qu’à marée haute (et je ne l’ai pas vu fonctionner du tout…?), ou emprunter le pont situé entre les deux nouvelles tours marquant l’entrée du port. C’est tout naturellement que nous l’empruntâmes, car situé… en face de la résidence! Paresse oblige…
Une des tours vue du balcon
En réalité, l’une des tours est l’ancien phare du port, qui a été rénové et « doublé » d’une tour presque jumelle.
J’apprends bien vite que le quai porte le nom de l’Impératrice Eugénie… « Sur le port de Deauville, au petit matin du 7 septembre 1870, l’Impératrice Eugénie, sur la route de l’exil, embarque depuis ce quai, avec le Docteur T.W. Evans, sur la goélette La Gazelle, afin de rejoindre l’Angleterre. »
La lumière est superbe, en ce matin de janvier à la douce fraîcheur. Un soleil pâle éclaire magnifiquement le port et Trouville…
J’ai malheureusement « raté » la photo de l’entrée du chenal, mais je ne résiste pas à l’envie de la partager quand même avec vous, certaine de votre indulgence.
Un homme veille sur l’entrée de la plage. Son buste est maltraité par les volatiles, marins ou non.
Ce n’est ni un artiste ni un élu. Mais un homme d’affaires, le fondateur du restaurant Maxim’s.
« En 1905, il est sollicité par la municipalité de Trouville-sur-Mer pour prendre la direction du casino de la station balnéaire, ce qui permet ainsi à Trouville de faire venir sur la côte normande une partie de la clientèle parisienne de Cornuché. En 1909, il est envisagé de reconstruire le casino, mais le projet soutenu par Cornuché n’est pas celui qui est retenu ; il donne alors sa démission et s’en va trouver le maire de Deauville, Désiré Le Hoc, à qui il propose son projet4.
Ainsi naît en 1912 le casino de Deauville, contribuant au succès de la station normande5.
Eugène Cornuché meurt le 1er avril 19266 à Paris. C’est son associé François André – l’oncle de Lucien Barrière – qui reprend alors le casino de Deauville. » (Wikipédia)
La plage est déserte. Seuls y courent des chevaux attelés, sans doute en prévision de la course du week-end. Les planches sont aussi bien vides.
Une exposition de photographies un peu « kitch » casse malencontreusement la belle harmonie de ces lieux.
De belles horloges égrènent secondes, minutes et heures. Là aussi, faute de goût : elles ne servent qu’à la publicité, à peine déguisée, de la marque.
Non loin de ce panonceau flambant neuf, un pauvre vieux rouillé évoque un grand peintre, relégué sur un recoin des cabines.
Le seul café de l’endroit est fermé. Impossible donc de boire un café en profitant de la belle vue d’une plage déserte. Dans le lointain la brume occulte un peu l’horreur industrielle…
Le temps est à la pluie en ce samedi de janvier. Mais l’envie de sortir prime. Alors, pourquoi pas un petit restaurant ? Appels en nombre, pour tenter de trouver la perle rare : un restaurant sympa, pas trop cher, accueillant… Mais voilà. Tout est fermé. Soit définitivement, soit pour « vacances ». Les répondeurs s’enchaînent. Certains sont pleins. D’autres n’acceptent pas de messages. Enfin une voix me répond. Une dame, visiblement d’un certain âge, m’explique que son restaurant est fermé depuis une dizaine d’années. Pourtant, il est toujours répertorié comme « ouvert » sur Tripadvisor et consorts! Je lui demande, épuisée par plus d’une heure d’efforts téléphoniques, si elle ne pourrait pas me donner l’adresse d’un de ses collègues, un restaurant ouvert (un samedi, ce n’est quand même pas impossible, pensais-je). Elle me dit d’essayer auprès de « La Chaumière, de l’autre côté ». L’autre côté de quoi? Mystère. J’appelle. Une voix féminine me répond fort aimablement que oui, c’est ouvert, que oui, on sera ravi de nous accueillir, que oui, l’heure n’a pas besoin d’être fixée exactement. Miracle! Il ne reste plus qu’à consulter Waze pour voir combien de temps il faut pour aller de Fouesnant au Guilvinec. Un peu plus de 30 mn. Jouable, donc, puisqu’il n’est pas encore tout à fait midi. Et la vieille Clio de la Vieille Dame (non, pas celle de Babar, mais presque!) s’élance vers le pont qui franchit l’Odet et mène en pays bigouden, de l’autre côté de la frontière (il subsiste un ethnicisme anti-bigouden incroyable chez certaine Bretonne de la Presqu’île… )
Et c’est vraiment une chaumière que je découvre, coincée entre des bâtiments de tous styles, face au port des Demoiselles. Au fait, savez-vous ce que sont ces « demoiselles »? Cherchez, je vous donnerai la solution plus tard…
Une pièce chaleureuse, au sens figuré (accueil de la propriétaire des lieux) comme au sens propre (une table près d’une grande cuisinière dont le feu de bois est bien agréable).
La Dame des lieux nous annonce qu’hélas elle ne pourra pas nous servir de « demoiselles », car les pêcheurs sont privés de leur activité depuis une semaine à cause d’une météo déplorable. Mais la carte est alléchante et propose en entrée d’autres options, comme un foie gras maison (qui se révèlera délicieux) et une assiette de vernis et palourdes farcis. Je demande s’il est possible de n’avoir que les seconds. Elle part consulter la cuisine, et revient avec un accord. Là aussi, grande qualité gustative. La suite du repas? du poisson, bien sûr. Pour moi, des sardines comme je n’en avais jamais mangé. Cuites à point mais pas trop, chair tendre…
Peu de poissons en ce moment, mais merlu et Saint Pierre sont aussi proposés.
Une hôtesse étonnante, venue s’installer ici il y a une dizaine d’années. Elle nous présente son ami ou mari, musicien guitariste, et son aide-cuisinier, une Ukrainienne qui était dans son pays assistante sociale et qu’elle fait travailler pour l’aider. Normande d’origine, elle dit avoir été adoptée par les locaux (comment a-t-elle fait? c’est si difficile de s’intégrer en Finistère!). Catholique, elle adhère cependant à la philosophie bouddhiste (j’avais compté 4 représentations de Bouddha dans la salle et sur la terrasse). Et se déclare heureuse. Bref, vous l’avez compris, une personne extrêmement intéressante selon mes critères.
Le repas fini, balade dans les environs. D’abord, sur le port. Et je comprends que « l’autre côté », c’est le quai d’en face.
Après le port de pêche, les chantiers navals, qui ressemblent parfois à des musées d’art moderne… Puis l’Enclos des phares, avec une exposition de photographies anciennes.
Si je voulais tant revoir le Musée, c’est pour trois raisons : la première, Boudin. J’aime ce peintre, et je me souvenais qu’il y était accueilli. La seconde, ce sont les maquettes de navires, qui avaient frappé mon esprit. La troisième, l’ivoire. Je n’ai pas été déçue… Et j’ai découvert trois autres sources d’intérêt : comme à Honfleur, Boudin y côtoie Saint-Saëns; la collection de peinture évoque avec bonheur l’histoire de Dieppe; et la sculpture, avec divers matériaux, n’y est pas oubliée. Je me propose donc de reprendre tout cela dans l’ordre, avec vous.
Promenade 1. La vie à Dieppe vue par les peintres
Pour celles et ceux qui connaissent la ville, vous reconnaîtrez les quais sud et ouest. Par contre, le pont tournant et le parking ont remplacé ce que l’on peut voir au premier rang, qui donne un caractère assez champêtre à ce qui est maintenant si urbain!
Un petit clin d’oeil à « Karlhiver » : les dames sont en train d’étendre leur linge sur les barrières… Et, puisqu’on parle de lessive… J’ai découvert que les dames faisaient sécher, voire « blanchir » sur la Prairie et les galets. Peut-être les voiles?
Les vues du port ne manquent pas, mais j’en ai choisi une qui m’a rappelé mes terreurs d’enfant.
A l’époque de ce tableau comme à celle de mon enfance, les grands navires partaient vers l’ouest depuis le port qui est désormais réservé aux bateaux de plaisance. Et ils pressaient les voyageurs, puis signalaient leur départ en actionnant des sirènes, dont le son me terrorisait. Plus de voyageurs maintenant, et plus de sirènes : un port extérieur a été construit à cet effet, défendu par d’impressionnants barbelés.
La mode des bains de mer est venue bouleverser la vie des Dieppoises et des Dieppois. J’ai particulièrement été interpellée par ce tableau ovale (au fait, j’ai découvert le tondo, mais comment appelle-t-on un tableau ovale?) représentant la plage de Dieppe au moment de la Première Guerre Mondiale. Regardez bien : on y voit des soldats français, mais aussi des tirailleurs sénégalais…
Chose promise, chose due. Je ne pouvais terminer cette série de tableaux sans Boudin! Il a peint entre autres les falaises du Pollet. Le Pollet, c’est ce que vous voyez au fond quand vous regardez Dieppe depuis le château (voir article précédent). Un village autrefois, dont l’église domine le port. Rattaché à la ville, il a gardé une identité forte encore aujourd’hui.
Il fait très bon à Erquy en cette soirée de décembre où j’y fais étape, de retour du Finistère. 15 degrés! Pas un souffle de vent, la mer est d’un calme olympien… non, pardon, neptunien… et une promenade s’impose pour découvrir la plage et le port au couchant.
Car oui, même si les jours ont commencé à grignoter sur les nuits, et que l’Ouest les fait paraître plus longs au crépuscule, quand on s’arrête à 17h dans un site, mieux vaut ne pas perdre de temps pour l’explorer. Direction donc la zone portuaire et le pied du Cap d’Erquy… je découvrirai son sommet demain… Un petit « bonsoir » en passant aux mouettes qui, ici, semblent avoir résisté aux goélands…
L’architecture de ce bord de mer ne peut rivaliser avec celle des villégiatures picardes ou normandes du début du XXème, mais une maison a survécu aux constructions plus récentes, comme une gardienne du temps passé…
Un coin proche du port de pêche est plus animé. Il abrite quelques restaurants et ce qui semble être le repaire des autochtones perdus parmi les touristes, un vrai « bar de village ». Je vous mets cependant au défi de le repérer, perdu au milieu des hôtels et restaurants plus bobos, blottis au pied du cap.
La tentation est grande d’aller au bout d’une première petite jetée dont la lanterne rouge vient de s’allumer…
Mais la curiosité est plus forte… aller plus loin, continuer à marcher pour découvrir ce port qui semble bien important au regard de la taille du bourg (dont j’apprendrai par la crêpière qu’il compte un peu plus de 4000 habitant-e-s… information confirmée par l’INSEE : 4008 au 1er janvier 2021!).
De nombreux panneaux font tout pour décourager les curieux et curieuses qui veulent s’aventurer dans le port de pêche. Qu’à cela ne tienne, la transgression ne me fait pas peur, d’autant que nulle vie laborieuse ni commerciale ne l’anime à cette heure avancée de ce 30 décembre… Et je découvre une véritable exposition d’objets métalliques parfois ornés d’éléments colorés.
Des camions attendent sagement que l’activité reprenne pour emporter au loin le fruit du labeur des pêcheurs. Ils jouent les stars, éclairés par les lumières du couchant, au pied du Cap.
Pendant ce temps-là, les filets en profitent pour jouer les oeuvres d’art comme s’ils étaient à Beaubourg…
Erquy a longtemps vécu de l’exploitation des carrières de grès rose des environs et de l’agriculture, car c’était l’un des débouchés sur la mer de ces activités.
Le port d’Erquy au temps des carrières. Source : Le Chasse-Marée
Si vous voulez en savoir davantage sur ces carrières et l’activité de cabotage, c’est ici.
Mais désormais, la pêche est devenue son activité principale. Le mieux pour en rendre compte me semble être la référence au site officiel de ce dernier.
» Le port d’Erquy est d’une importance capitale pour l’économie locale en faisant vivre plus du tiers de la population de la commune. Les emplois liés au monde de la pêche comprennent effectivement les marins mais aussi les employés de la criée, du mareyage et de toutes les filières annexes (mécanique, accastillage, … ). Si, au début du XXème siècle, le port d’Erquy était aussi un port de commerce actif transportant le grès rose extrait des carrières à proximité ainsi que des produits de l’agriculture, il reste aujourd’hui un port de pêche connu et reconnu.
64 navires dont 14 hauturiers constituent la flottille ;
256 marins pêcheurs ;
11 083 tonnes débarquées en 2018 ;
30 491 K€ de chiffre d’affaires en 2018 ;
3ème place sur le podium breton en 2018 ;
5ème rang au niveau national en valeur marchande (4ème en tonnage) ;
Principales techniques de pêche utilisées sur les côtes bretonnes : chalut de fond et chalut pélagique, les filets, la drague, la palangre, la ligne, le casier. »
Voilà, vous savez tout, ou presque… Il ne me reste qu’à vous faire découvrir les Maîtres de ces lieux, les Navires…
Désolée, la qualité des photos est inversement proportionnelle à la clarté… et la nuit tombe… La variété des formes, tailles et équipements des bateaux est impressionnante pour l’habituée que je suis des ports de la Haute Normandie, aux chalutiers plus lourds, imposants, quasi-« industriels ».
Un petit demi-tour au pied du phare qui concurrence le clocher de l’église qui a tenté, au loin, de le dominer.
La nuit s’empare des lieux quand, soudain, des lumières éblouissantes transforme les ondes sombres en une surface turquoise et donnent au lieu un aspect fantastique de bande dessinée.
Rien de tel pour s’évader qu’une promenade sur les falaises. Surtout quand vient l’heure du couchant, et que celle-ci correspond à une marée presque haute, qui permet les entrées et sorties des chalutiers dans le port… Hier soir j’ai assisté à un ravissant (au sens profond du terme) ballet des bateaux. D’abord, l’entrée, alors que le soleil déclinait. Puis, la sortie, quand celui-ci commençait à disparaître progressivement… J’ai pris des dizaines de photos, mais comme j’ai promis de n’en placer qu’une par jour…
Une pensée pour Jacques Brel… qu’aurait-il dit de ces ports silencieux?