Promenades estivales. Vers Bercy

Paris 2019 – En allant vers Bercy…

Rejoindre le Parc de Bercy à partir de Reuilly Diderot, tel est le projet en cette journée douce, au soleil voilé.

En flânant dans les rues

La première impression est celle d’une très grande variété architecturale. Elle évoque pour moi un quartier martyr, qui subit destruction et reconstruction en permanence depuis des siècles. Est-ce dû à l’évolution périphérique / central? A la proximité des gares et voies de chemin de fer? A la progressive disparition de l’industrie et d’un type d’artisanat? Ou à tout cela à la fois? Toujours est-il que des ruines récentes en côtoient de plus anciennes, que de petites maisons subsistent difficilement parmi des immeubles de tout style, et que les grands hôtels remplacent progressivement les bâtiments industriels ou autres. Et le chantier est loin d’être fini, à en juger par toutes les destructions en cours…

L’oeil est attiré, parmi tous ces mastodontes à l’esthétisme fluctuant, par une maison complètement anachronique, évoquant plus l’Espagne ou la Camargue qu’un quartier parisien…

Je la connais, cette maison, ou tout au moins j’en connais la façade, que longe un de mes bus. Mais je ne pouvais en imaginer l’arrière… Il s’agit d’un petit hôtel qui a su garder un charme désuet…

Un bout du Parc de Bercy

En entrant dans le parc, je suis séduite par un petit jardin potager, puis floral… et y entre donc pour le visiter. Pas de déception, tout est dans un ordre désordonné, ou un désordre ordonné, comme j’aime…

On y trouve des fruits et légumes tentant d’atteindre ou de garder leur maturité, des plantes invasives qui se fraient difficilement un chemin parmi les plantations domestiquées, et même une belle hutte de feuillages et de framboisiers… Une sculpture étrange attire mon attention…

Nous les accueillons bien volontiers! Mais c’est finalement une magnifique roseraie que je vais admirer, agréablement assise sur un banc ombragé…

Un moment fantastique de douceur et de méditation, à l’issue de cette belle promenade, pleine d’inattendus…

Un peu de musique en ce monde de brut – Billet 4

En ce matin de juillet, après avoir admiré l’éclipse lunaire qui a rendu la nuit encore plus magique, je profite d’une programmation superbe sur France Musique. Après une belle interprétation d’un quatuor à cordes de Leo Janacek, c’est une sublime envolée…

Le concerto en ré mineur, op. 8 n°1, Frisch and feurig, de David Popper, interprété par l’Orchestre Symphonique de Cologne, sous la direction de Willen Niklas. N’ayons pas peur de nous sentir romantique à souhait, de nous évader vers les rêves les plus fous, d’être happée par les nostalgies légères… et de nous laisser aller à l’emprise de la musique…

Si vous ne connaissez pas, précipitez-vous sur le podcast de l’émission de France Musique « Eté classique matin » du 17 juillet… Il y a d’autres petits bonheurs dans celle-ci…

Une autre version est accessible sur you tube, interprétation de Martin Rummel.

Et cela m’a donné envie de découvrir d’autres oeuvres de Popper, dont celle-ci.

Pour le cas où vous aimeriez le violoncelle, passez un jour d’une cour à l’autre du Louvre… Vous aurez peut-être la chance que j’ai eue, la semaine dernière, d’y découvrir un jeune violoncelliste qui profite de l’acoustique particulière du lieu et joue pour notre plaisir et le sien…

Vernissage à l’Istituto Italiano di Cultura

Que faire en ce mercredi soir? Une annonce sur OVS attire mon attention… Un vernissage à l’IIC, Institut Culturel Italien… « La jeune photo italienne »… Après « le Jeune ballet européen »… Décidément, le jeunisme est à l’honneur!

Me voici donc en route pour la rue de Varenne… Un quartier que j’ai beaucoup fréquenté, jadis, le 7ème, mais dans lequel je vais rarement.

Il faut oser, pour parvenir dans les lieux! Franchir un porche, puis une grille, longer puis contourner des bâtiments austères, franchir un second porche…

… pénétrer dans une cour, pour enfin monter des marches, traverser un petit hall et parvenir au saint des saints, deux vastes salles.

Dans l’une, le consul est en train de parler. D’autres personnes sont présentes sur la scène.

C’est la fin. Je suis visiblement en retard, et ai tout raté! Derrière elles et eux, des photos défilent sur un grand écran. Dans l’autre salle, un buffet est dressé. A peine la dernière parole prononcée, c’est la ruée vers celui-ci. Incroyable! Une vraie cohue. Je prends un verre de prosecco, et me dirige vers une petite salle située derrière.

Une salle… sans photos

J’y cherche en vain des photos… Ce sont des dessins, des objets et des sculptures qui m’y attendent. En toute tranquillité, je fais le tour de la pièce, qui abrite une exposition étrange pour moi, mais qui n’est pas sans intérêt. J’apprécie l’humour des sculptures représentant la table du petit-déjeuner… L’originalité des objets destinés à améliorer l’acoustique des salles, déguisés en plantes…

Et les cafetières italiennes devenues objets d’art.

Cette petite salle est déserte, j’ai pu en profiter au maximum… Mais il me faut fendre à nouveau la foule, pour parvenir de l’autre côté de la salle de réception.

L’exposition

Un côté d’une seconde salle est consacré à un projet évoquant le « faux Paris » construit pendant la seconde guerre mondiale pour leurrer les Allemands. En face, une exposition de photographies, toutes plus petites les unes que les autres, sur… les marabouts de Paris! Décidément, je ne m’attendais pas à cela…

Les différents rites divinatoires, les pharmacopées traditionnelles, les figures de marabout… Toute une série consacrée à cette vie « souterraine » d’un certain Paris.

Dans un renfoncement, un peu plus loin, trois chaises face à un téléviseur. Celui-ci diffuse en boucle un long diaporama, dont je comprendrai progressivement qu’il est en réalité le coeur de l’exposition.

Je suis restée très longtemps à regarder défiler les photographies, d’une très grande variété. De superbes photos de focalisation sur des paysages de toutes sortes… Des portraits saisissants, dont certains m’ont émue aux larmes. Des corps de femmes « ordinaires » magnifiés par la prise de vue… Une gamme d’émotions pures devant ces images dont certaines dévoilent une Italie secrète, discrète, et d’autres une universalité de la misère humaine et de la beauté sans apprêts…

Une troisième salle abrite d’autres photos, plutôt des portraits en général. J’ai été interpellée par une toute petite photo montrant un dos de femme… La série des post-adolescents est aussi saisissante, même si je l’ai moins appréciée.

Vers la sortie…

L’heure tourne, le vernissage se termine, les invités privés du consul se regroupent… et je découvre une scène qui me donne envie de « jouer à la photographe » à mon tour.

Photo de l’auteure!

Les jardins abritent également des photographies, agrandies et fixées sur des supports rigides que je n’ai pas identifiés.

Des ruines et des paysages, essentiellement. J’ai particulièrement aimé les photos représentant des ruines romaines, murs semi-détruits, colonisation par les plantes, traces de vie d’un autre temps…

Un peu de musique en ce monde de brutes. Billet 3

Un petit bijou ce matin sur France Musique… Je ne résiste pas à l’envie de le partager avec vous… Je ne connaissais pas du tout cette chanteuse, Esther Lamandier, et cela m’a donné envie d’en savoir davantage, et donc de faire quelques recherches à son sujet. En attendant, voici l’air dont il est question : La rosa enflorece (en el mez de May).

On peut trouver les paroles et leur traduction en français sur le site Lyrics translate. Cela m’a permis d’apprécier un mot très « chantant », une forme « d’allitération interne » : « los bilbilikos ». Je vous laisse essayer de deviner ce qu’il signifie… Et aussi le groupe qui a pris ce nom…

Esther Lamandier ne se contente pas de chanter, elle s’accompagne elle-même à la harpe dans ce morceau. Mais elle joue aussi de la guitare, de la vielle et de l’organe portatif. J’ai trouvé une discographie dont je ne sais si elle est assez exhaustive ou sélective ici.

Depuis que j’ai commencé à écrire ce billet, j’écoute d’autres airs, et c’est vraiment magnifique. Essentiellement des chants médiévaux, des romances sérafades, des chansons de toile, des chants araméens… Bref, tout un univers à découvrir… Et si vous l’aimez, écoutez aussi Ana Alcaide… Régalez-vous!

Sucrecuitier ?

Un petit plaisir en passant… J’ai appris un nouveau mot hier soir! Jamais rencontré auparavant… Eh oui! en passant devant cette boutique alléchante, j’ai remarqué ce terme sur le bandeau publicitaire, tout en haut, à droite…

Mille questions dès lors… Que pouvait être un « sucrecuitier »? Certes, on peut être « biscuitier », voire « biscuitier outrecuisant », puisqu’il cuit deux fois ses productions. Ou encore « charcutier », comme on aurait pu surnommer le bourreau de Jeanne, cuisant la chair fraîche… Mais « sucrecuitier »? Linguistique, logique et créativité convoquées d’urgence! Et toutes ensemble de préférence !

Imaginons – nous cuire du sucre… Que se passe-t-il ? On obtient du caramel, n’est-ce pas ? Ce serait donc un caramélisateur ? ou un caramélifacteur ? Bon, d’accord, encore des néologismes…

Donc à présent, vite un coup de surf sur le net… Et là, surprise ! Au lieu de voir défiler toutes sortes de (pseudo-) définitions, que constatè-je? Que je ne suis pas la seule que ce terme fait gamberger !

Ainsi, « Mamiefrondeuse » interpelle son lectorat pour lui demander de l’aide à ce sujet.

« Mais qui connaît la signification du mot « sucrecuitier » ? ? ?
Le petit Larousse et Wikipédia ne connaissent pas ……
(et moi jusqu’à il y a quelques jours je ne connaissais pas non plus !)

Il est probable que cela désigne celui que nous appelons le confiseur si j’en juge par l’activité de cette chaine de magasins, et par le voisinage avec le mot « biscuitier ».

Quelqu’un connait-il l’origine de ce mot « sucrecuitier » ?

Certain-e-s évoquent la possibilité de nous en faire baver… comme sur ce blog.

« Sucrecuitier : Mot inconnu du Larousse,sans doute imaginer pour « la cure gourmande » *.A lui tout seul ce mot sent bon le sucre ,le biscuit, les papilles en sont toutes chamboulées. Le sucrecuitier fabrique et cuit le sucre ,il le façonne pour enrober les bonbons et autres berlingots par exemple,mais aussi pour caraméliser les biscuits…C’est ce que nous explique la vendeuse de ce lieu merveilleux. * « La cure gourmande  » c ‘est l’enseigne de plusieurs boutiques en France et à l’étranger,mais c’est dans le sud de la France que sont fabriqués ces produits qui sentent bon le soleil. »

Papotine, quant à elle, est allée consulter des dictionnaires en ligne et interroge les autres participant-e-s d’une liste de discussion sur un site dédié à la langue française.

« À Uzès existe un magasin lumineux et sucré, qui ressemble à la maison d’Hansel et Gretel : il fourmille de bonbons de toutes formes, de toutes sortes, dont mes préférés : des petits radis, carottes, choux-fleurs, poireaux très réalistes en pâte d’amande. Sur la devanture, en grosses lettres peintes à l’ancienne : « Biscuitier  » et « Sucrecuitier« .

Vous l’avez rencontré dans vos dictionnaires ? Le TLFi ne dit rien.« 

Dès lors, pourquoi ne pas s’adresser au responsable de ces questionnements? Et voici ce que, ébahie, j’ai trouvé sur son site.

 » Le travail manuel de l’artisan sucrecuitier permet de donner au sucre cuit un bel aspect brillant et une texture agréable. Loin d’être un simple bonbon, les Choupettes, aussi appelées chiques, font partie de la tradition de la confiserie française et sont une spécialité de La Cure Gourmande. Ces sucettes pour enfants mais aussi pour les plus grands gourmands sont déclinées dans une farandole de saveurs … « 

Pourquoi « ébahie », me direz-vous? Eh oui, vous ne pouvez comprendre ma stupéfaction, car il vous manque une information : adolescente, j’étais surnommée par mes collègues de lycée « Choupette ». Or voici que je découvre la signification de ce terme… Je n’étais pourtant pas en sucre, loin s’en faut ! Encore moins vendue parmi un lot…

Encore un étrange écho… Jamais je n’aurais imaginé que cela pouvait représenter une confiserie! Autant d’années pour l’apprendre… Mais peut-être y a-t-il un autre sens? Espoir…

Donc, résumons-nous… Une enseigne qui choisit d’exploiter ce terme peu usité – si vous voulez en connaître davantage sur leur marketing, on en trouve une étude en ligne … Un mot qui fait couler beaucoup d’encre, enfin, taper sur beaucoup de touches et errer sur le web… Des définitions approximatives… Des errances étymologiques… Beaucoup de pu, finalement, pour cette enseigne!

J’ai fini par trouver une dictionnaire qui, lui, cite le mot et en donne une définition.

Comment l’ai-je découvert? Par l’intermédiaire d’un journal qui l’évoque, et choisit justement « sucrecuitier » comme un exemple de la « résurrection » de certains mots grâce à cet auteur (Sud-Ouest, 2 décembre 2012).

« Dictionnaire Gérard Boutet fait revivre les métiers et savoir-faire d’antan. Un bonheur de mots

Savez-vous ce qu’était un bousou ? Un commis de ferme chargé de curer les bestiaux. Un sucrecuitier ? Un confiseur, que l’on appelait aussi « bonbonneur ». Un javelier ? Un fabricant d’eau de javel artisanale. Un fourmilleur ? Un gagne-petit qui récoltait le couvain des fourmis en forêt. Un chaufournier ? Un ouvrier travaillant à la fabrication de la chaux. Un foinier ? Une personne qui faisait commerce de foin et de fourrage. Un tonnayre ? Un chasseur de gibier d’eau en Aquitaine.

Des noms de métiers et de tâches saisonnières de la paysannerie, de l’artisanat villageois et de la petite industrie, « La France en héritage » en regorge. C’est un « dictionnaire du savoir-faire et des façons de vivre » dans notre pays, entre 1850 et 1970, que l’on doit à Gérard Boutet. Cet Orléanais de 67 ans se définit comme « un écrivain spécialisé dans l’histoire populaire ».

« Glaneur ». Sa matière, il l’a amassée pendant plus de quinze ans, au fil de chroniques écrites dans le journal « La République du Centre ». Dans une démarche de « glaneur », comme il dit, Gérard Boutet s’est nourri de semaine en semaine d’enquêtes de terrain. « J’allais voir les petits vieux et les petites vieilles et goûtais la saveur de leurs mots. »« 

Et voici comment nous en arrivons, par un mot découvert au cours d’une promenade sur l’Ile Saint Louis, en plein Paris du XXIème siècle, à l’idée d’un bonbonneur faiseur de bon-bonheur ?

Ile Saint Louis au crépuscule

Il fait beau mais frais en cette fin de journée. Un couple marche sur le quai de la Tournelle, main dans la main. Plus tout jeune. Pas très vieux non plus. Lui porte l’uniforme de travail des « cols blancs » : un costume gris sombre. Comme je suis derrière, je ne vois pas s’il a une cravate… Elle a recouvert une robe tricolore (noir, rouge, blanc) d’un manteau trois quarts, noir comme ses chaussures à petits talons. Ils empruntent le pont de la Tournelle et, comme j’aime le faire à toute heure du jour, longent le quai de l’Ile Saint Louis en direction de Notre Dame. Elle et il s’arrêtent à l’endroit où le soleil couchant passe entre la cathédrale et le pâté de maison voisin. L’homme prend sa compagne dans ses bras… Elle paraît toute petite à côté de lui, blottie sous son épaule comme un moinillon timide. Elle se retourne, sans doute pour pouvoir profiter du spectacle du couchant, et les voici l’un contre l’autre, regardant (Allo, Saint Exupéry!) l’édifice blessé et Phoebus disparaissant progressivement à ses côtés…

Sur la Seine défilent les bateaux mouches dans lesquels parfois des tables sont dressées. Soudain une péniche rompt avec cette ambiance touristique. Elle vogue à contresens, sur le bras qu’empruntent généralement les embarcations allant vers l’ouest, alors qu’elle navigue vers l’est… J’aime à regarder les péniches, à imaginer la vie des mariniers et marinières, comme je le faisais sur les quais de la Sambre en mon jeune âge. Et puis, le souvenir d’une série oubliée, l’Homme du Picardie.

Une chorale chante dans le lointain. Venant de ce luxueux bateau portant le doux nom de Boticelli? Non, elle provient du pont Saint Louis, là où souvent s’arrêtent les passant-e-s pour écouter des groupes musicaux ou les discours de « L’homme au vélo » (dont je vous parlerai sans doute un jour…).

Les voici donc se dirigeant vers le pont. Mais, au moment où ils y arrivent, la chorale éphémère se disperse, et les jeunes qui la composaient s’égaient comme une volée de moineaux… Le couple repart en direction du Pont Louis Philippe. Le soleil est encore visible à cet endroit. Sans doute est-ce pour cela qu’il s’arrête… Ou simplement pour pouvoir à nouveau être l’un contre l’autre? Car aussitôt elle et il s’enlacent, leurs corps s’imbriquent l’un contre l’autre… Elle, face au soleil. Lui, face au bras de Seine où sont amarrées les péniches dont vous connaissez au moins l’une, Marcounet. Le vent a forci, il fait de plus en plus frais. Elle a visiblement froid, car elle glisse ses bras sous la veste de son compagnon…

Le soleil finit par disparaître, ici aussi, et ils regagnent l’île Saint Louis, pour emprunter la rue Saint Louis en l’île. Apparemment, en quête d’un restaurant, car de temps à autres l’homme regarde les cartes… Mais aussi pour profiter de l’architecture si diversifiée des immeubles de cette rue étonnante, pas encore totalement gâchée par le tourisme. J’aime les portails qui la bordent, ouvrant sur on ne sait quel couloir aux poutres marquées par le temps ou quelle cour arborée encadrée d’appartements dont on imagine le luxe discret… J’aime aussi le contraste entre le délire absolu de quelques motifs ou statues et des façades beaucoup plus sobres, notamment dans la partie la plus orientale de la rue. (Promis, j’écrirai un jour un article avec photos sur cette île… si vous le voulez…)

Le couple fait demi-tour au bout de celle-ci – vous savez, là où se situe l’Hôtel Lambert, martyr de l’alliance maudite entre fric et dictatures… Il revient donc, pour finalement pénétrer dans l’un des restaurants, sans doute repéré à l’aller… Pour quel dîner? Et quelle nuit ensuite?

L’obscurité gagne l’île, les passant-e-s, déjà en petit nombre, se font de plus en plus rares. Les quais de Seine sont peu animés pour un soir de fin mai. Il faut dire que la température ne favorise pas les pique-niques… Mais les bateaux poursuivent leur ronde autour des îles…

Un peintre danois à découvrir

Je n’étais encore jamais allée au Musée Jacquemart André… mais il vaut la peine d’être découvert, quels que soient les goûts esthétiques et les orientations socio-politiques…

Un hôtel particulier symbolique du capitalisme au siècle dernier…

On aime ou on n’aime pas le faste bourgeois de cet hôtel particulier, aux escaliers monumentaux et au mobilier et décor surabondants.

Deux escaliers en colimaçons m’ont particulièrement séduite. Hélas je n’avais pas d’appareil photo sur moi, j’ai dû me contenter de l’Iphone… en voici un aperçu…

Enfin, les parquets sont magnifiques; j’ai tenté de restituer l’originalité et la beauté de l’un d’entre eux par cette photographie.

Le Musée est donc d’abord un hymne à la gloire d’un couple, dont il porte le nom. Une originalité : une fois n’est pas coutume, c’est le patronyme de la femme qui précède celui de son financier de mari… Eh oui! Incroyable mais vrai… Et à la gloire d’une classe sociale qui a développé le mécénat artistique… et favorisé le commerce d’oeuvres d’art, donc encouragé la spéculation autour de celui-ci… Mais ce n’est pas l’objet de cet article, revenons à la peinture, et, en l’occurrence, à celle d’un Danois que, pour ma part, je découvrais totalement en ce dimanche de mai 2019.

Selon le principe adopté pour ce blog, je n’ai nullement l’intention de me poser en « critique d’art », n’en ayant pas du tout les compétences. C’est donc par focales, en fonction de mes appétences et de mes observations, que je vais présenter ici quelques aspects de l’exposition temporaire abritée dans ces lieux. J’en ai choisi quatre : les mises en perspective et en lumière, les paysages, le nu réaliste, et les nuques…

Jeux de portes et de lumières

Les affiches vues au préalable m’avaient laissée interrogative, tant les tableaux semblaient gris, ternes, sans profondeur. C’est un des cas les plus remarquables, à mon sens, de l’échec de l’impression et de l’édition de tableaux.
En effet, ce qui semble si terne et gris est en réalité d’une richesse étonnante de gammes colorées, et la lumière est rendue de manière étonnante sur certains des tableaux.

Bien sûr, les photographies ne sont pas très bonnes (il y avait du monde, difficile de se placer face au tableau)… et on va retrouver sans doute ici une partie des déficiences dont je traitais ci-dessus… Mais l’effet, face à chaque tableau, est saisissant…

Paysages nordiques et paysages du Nord

Pour la fille du Nord que je suis, les paysages évoquaient à la fois une forme de platitude à peine contrastée par des collines, les vastes étendues, cultivées ou non, brisées par des rideaux ou lignes arborées, et les dégradés de bleu pâle, de gris et de vert qui caractérisent nos contrées.

La composition du premier tableau m’a interpellée, pas vous? Quant au second, il dégage une atmosphère qui « me parle »…

Les nus

Aucune concession dans les quelques nus présentés dans cette exposition. Un réalisme parfois terrifiant, tant les « défauts » – esthétiquement parlant – des femmes sont exposés, relatés, mis en évidence, voire en valeur… Je ne présente pas les photographies de groupe, qui m’ont mise mal à l’aise… Vous les trouverez sur le net. Je me contente de ce tableau, où, par opposition, la beauté transparaît avec ou malgré les écarts par rapport à l’esthétique académique.

Le mouvement y est sans doute pour beaucoup, car la vie participe de la beauté, à mon sens. Et c’est un paradoxe qui m’a sauté aux yeux, en visitant l’exposition. D’un côté, une grande sobriété, un monde un peu figé, des décors très « géométriques ». De l’autre, une vie transmise par la narration d’une position évoquant une activité tranquille (la lecture, par exemple), mais aussi d’un mouvement, d’un geste, aussi ordinaire, routinier, voire quasi-imperceptible soit-il.

Un attrait pour les nuques ?

Faisant et refaisant plusieurs fois le parcours de l’exposition, j’avais dans un premier temps remarqué que souvent, les femmes étaient représentées de dos. En particulier son modèle préféré, qui n’était autre que son épouse. Puis j’ai été saisie par la quantité de nuques, et surtout ce qu’elles semblaient révéler de désirs implicites, que le trait et la couleur rendaient plus ou moins explicites…

Regardez par exemple les photographies « orientées » que j’ai faites en « zoomant » sur trois tableaux.

C’est toujours l’épouse de l’artiste qui est représentée, dans des activités différentes. Mais que d’émotions et de désirs traduits par la peinture! De la froideur d’une nuque effilée et bien droite à l’attrait d’une nuque charnue et pliée, toute une gamme est jouée par le peintre… révélatrice? de quoi?

Une seule nuque tranche sur cet ensemble. Il s’agit d’une femme totalement différente, à la longue chevelure blonde ramassée en tresse, tresse qui cache partiellement la nuque, ce qui n’est pas le cas des chignons des autres Dames.

Le trait est plus tranché, la représentation, sans concession, trahit l’âge de la personne. On ne sent plus le désir, mais l’observation froide du peintre…

Une idée originale… salon d’attente pour toilettes transformé en salon de lecture…

Je ne puis m’empêcher de compléter cet article par l’évocation d’un site qui m’a vraiment frappée. Si l’on veut lire tranquillement des ouvrages sur Hammeshoi, il suffit de vouloir… aller aux toilettes. Devant celles-ci, deux chaises et deux pupitres, sur lesquels sont mis à disposition deux ouvrages. Original, non?

Ailleurs…

Je suis là ils sont ailleurs
Ailleurs temporel
Ailleurs physique
Ailleurs affectif
Bref d’autres « ailleurs »

Échos de leurs vies
Travail faille souffrance
Plaisirs voyages bonheur
Accidents de la vie
Routine de leur vie

Je suis là ils sont ailleurs
Co-incidences bénies
Interactions jouissives
Relations intenses
Ils sont là, suis-je ailleurs?